vendredi, juillet 10, 2009

En finir avec le socialisme?

Libération a publié hier un étrange débat entre Manuel Vals et Aquilino Morelle (Aquilino qui? N'y avait-il rue de Solférino personne de plus connu que l'ancien rédacteur des discours de Lionel Jospin pour débattre avec le maire d'Evry) sur l'avenir du socialisme et du PS.

Le premier veut supprimer du vocabulaire politique le mot socialisme ("concept ambigu (…qui) risque de brouiller notre identité", le second veut défricher une "nouvelle utopie". Etrange débat entre un socialiste qui vire à droite et prend dorénavant ses références chez Blair (ou, plutôt chez Giddens, qui a tant inspiré Blair) et un haut fonctionnaire (d'on ne sait de quel ministère) que ses anciennes fonctions classeraient plutôt du coté des archéo (mais allez savoir!).

Débat sans grand intérêt sinon qu'il illustre la difficulté des socialistes à définir ce qui les distingue de la droite. Alors même que cela ne devrait pas être si difficile. Je vois, comme cela à la volée, au moins trois ou quatre différences :
- le souci de la réduction des inégalités qui ne sont jamais conçues comme naturelles et acceptables,
- la confiance dans la capacité des citoyens à se comporter de manière socialement acceptable qui permet d'augmenter les marges de liberté de chacun,
- le goût de la socialisation et de la mutualisation qui permettent aux mieux lotis de venir en aide aux moins bien lotis,
- la volonté d'agir sur le marché, de le réguler pour corriger ses défauts et limiter ses dérives.

Est-ce cela le socialisme au sens où l'entendait Pierre Leroux? Pour l'essentiel, certainement. Est-ce dépassé? Bien sûr que non.

La gauche a changé ces dernières années. Elle a du abandonner les réflexes du tout Etat et le protectionnisme. Elle a du accepter l'idée que l'on ne pouvait faire sans le marché. Mais qui, à part quelques néo-marxistes en a un instant douté?

Elle doit encore évoluer et intégrer dans sa réflexion, non pas l'écologie, comme on dit, mais la crise du futur qui fait douter des capacités de la technologie à apporter des solutions aux problèmes de demain qu'il s'agisse des retraites (si l'on s'inquiète autant de leur financement c'est que l'on ne croit plus que les grains de productivité nous permettront de les financer) ou de l'environnement (si l'on insiste autant sur sa défense c'est que l'on ne croit plus que le progrès technique puisse corriger ses excès, ses erreurs). Mais c'est en bonne voie.

On remarquera que sur chacun de ces thèmes, il est assez facile de distinguer ce que pourrait faire un gouvernement de gauche de ce que fait aujourd'hui un gouvernement de droite.

mercredi, juillet 08, 2009

Michael Jackson, Hadopi et autres jeux vidéo

Oserais-je l'avouer? Je crois bien n'avoir jamais entendu une chanson de Michael Jackson et s'il m'est arrivé comme tout un chacun de voir des photos le montrant en train de danser, je ne me souviens pas de l'avoir jamais vu à la télévision. Ce n'est pas que je fuie ce type de musique (même si je ne la recherche pas) ni que je vive en ermite (j'écoute la radio régulièrement, je regarde la télévision, je lis les journaux, il m'arrive même d'aller au concert), mais je suis passé complètement à coté.

Comme j'étais passé à coté des jeux vidéo qui occupent tant de jeunes gens et de moins jeunes.

Je pourrais me justifier en trouvant que tout cela n'a aucun intéret, mais ce qui me frappe c'est la manière dont j'ai pu être aveugle à ce qui m'entoure avec la meilleure bonne foi. Et cet aveuglement m'interdit évidemment de comprendre l'émotion des uns et le plaisir des autres.

Je suis en la matière un peu comme sont nos politiques avec ce qu'ils appellent piratage sur internet. Si la loi Hadopi est si mauvaise et absurde, c'est qu'ils n'ont tout simplement aucune idée de ce qui se passe sur internet. Ils ne comprennent pas parce qu'ils ne voient pas.

dimanche, juillet 05, 2009

La fin de l'intellectuel parisien

Dans une interview au beau titre (Le nom de Sarkozy provoque un pénible désir d'injure) donnée à Libération, Stéphane Rials, juriste de très bonne réputation, indique que Nicolas Sarkozy voudrait "abolir le déclinant «pouvoir spirituel» des intellectuels." Je ne sais pas si c'est le cas. J'en doute un peu : notre Président a certainement d'autres soucis en tête. Mais cette remarque m'a ramené au déclin que tout le monde a observé de cette figure étrange de la scène politico-médiatique française : l'intelectuel. Figure qui renvoie à quelques grands noms : Sartre, Camus, Mauriac, Foucault mais aussi, un peu plus loin, Bernanos, Aragon… tous auteurs qui ont profité de leurs succès dans le monde littéraire pour s'imposer comme une figure de la conscience morale en politique.

Plus personne aujourd'hui ne peut prétendre à ce titre. Aucun des noms que l'on peut évoquer (Sollers, BHL, Debray…) ne suscite tout à la fois l'admiration des gens cultivés et l'intérêt des politiques.

Ce déclin n'est pas lié aux politiques qui n'ont jamais vraiment cherché à chasser du paysage cet adversaire (on se souvient encore des remarques de de Gaulle sur Sartre en 1968 : "On ne met pas Voltaire en prison"), mais aux évolutions de la scène intellectuelle. On a beaucoup incriminé la télévision qui aplatit tout (et il est vrai que je me souviens d'avoir eu honte pour Jacques Derrida en le voyant tentant, à la télévision, de s'expliquer). Mais il n'y a pas cela, il y a aussi des facteurs propre à la scène intellectuelle qui ont rendu pratiquement impossible l'émergence de ces intellectuels :
- le premier est la disparition des "grands auteurs". Un "grand auteur" est quelqu'un qui publie des livres que d'autres commentent, que le public, et d'abord le public savant, attend avec impatience, dont on parle avant qu'ils soient publiés. Les savants d'aujourd'hui publient des articles dans des revues éparses que ne lisent que les spécialistes. Leurs livres, lorsqu'ils en publient ne sont que des resucées de ces articles que connaissent déjà les plus avertis ;
- le second est la domination de l'anglais : si l'on veut aujourd'hui compter sur la scène intellectuelle il faut publier en anglais dans des revues internationales. Cela coupe les intellectuels de leur public cultivé naturel, celui qui sans être spécialiste achetait les livres de Deleuze et Foucault, Furet et Aron, les feuilletait, les lisait à demi, mais contribuait à leur réputation. Cela oblige également à respecter un certain nombre de normes de production qui forcent à la spécialisation et à la mathématisation ;
- cette domination de l'anglais et des revues anglo-saxonnes casse le mécanisme de citation qui aidait à construire les jeunes réputations (qui écrit en anglais est presque mécaniquement amené à citer plus d'auteurs américains qu'il ne ferait autrement. L'utilisation d'internet pour les recherches ne fait qu'aggraver ce phénomène) ;
- le troisième est la dérive de notre système universitaire. A force de refuser toute sélection, nos étudiants ont fabriqué un système baroque où les meilleurs étudiants vont dans les grandes écoles alors que les meilleures carrières universitaires continuent, dans la plupart des disciplines, de se faire à l'université. Ceux qui pourraient prétendre au statut d'intellectuel ont perdu leur premier public naturel : celui des étudiants les plus brillants.

Ce déclin n'est pas perdu pour tout le monde. Il a profité aux économistes qui occupent aujourd'hui le devant de la scène. Dommage qu'ils soient si souvent disciples de Pangloss.

mercredi, juillet 01, 2009

Nicolas Sarkozy : la reconquête de l'opinion

Nicolas sarkozy a entrepris de reconquérir l'opinion. Et il le fait habilement en ciblant la gauche intellectuelle, cette gauche que l'on disait hier caviar qui fait l'opinion, celle des salons et des journaux qui, en cascade, descend jusqu'au bon peuple.

Il avait commencé en se battant bec et ongles pour sa mauvaise loi Hadopi qui lui a valu la sympathie de plusieurs centaines de vedettes que l'on avait plutôt l'habitude de voir à gauche. Il poursuit avec une interview intéressante et subtile dans le Nouvel Observateur dont le titre est à lui seul tout un programme : "Jai commis des erreurs".

Intéressante parce qu'elle innove. Pour la première fois un politique accepte, dans une période qui n'est pas de crise, de commenter son action de manière critique et d'avouer erreurs et regrets sans langue de bois. D'une certaine manière, cette interview est aussi rafraîchissante que le tutoiement de Daniel Cohn-Bendit : voilà des politiques qui se comportent normalement, qui acceptent de ne pas avoir toujours raison, qui se rencontrent et le disent.

Habile parce qu'elle est menée d'un ton familier et qu'elle le reconciliera avec tous ceux qui, à droite, critiquent moins sa politique que ses mauvaises manières (ce qu'il dit sur son coté bling bling vaut bien pardon). Bien loin de critiquer les journalistes qui l'éreintent, il leur répond de manière assez juste et convaincante.

Cette interview confirme enfin sa fascination pour Mitterrand qui fut certainement son modèle (modèle jusque dans sa politique de communication, Mitterrand avait su lui aussi jouer avec les journalistes, c'était à la télévision avec Yves Mourousi) et auquel il semble en permanence se mesurer.

Est-ce que cela suffira à reconquérir l'opinion? N'est pas Nasser qui veut, mais cela devrait lui permettre de renvoyer au rayon des erreurs de jeunesse ces comportements qui avaient suscité l'antisarkozisme primaire.

Sur le fond, cependant, cette interview ne change rien. Il ne remet en cause rien de sa politique. On aimerait qu'il lui applique la même intelligence critique. Mais c'est sans doute trop demander.

mardi, juin 30, 2009

Une ambassade en cadeau de consolation?

Roger Karoutchi ambassadeur auprès de l'OCDE, Christine Boutin au Vatican et Roger Laporte qui s'en prend à ses anciens collègues sans beaucoup d'élégance demain auprès du Comité Olypiuqe (si cela existe…). Les ministres qui ont perdu leur emploi ne sont pas contents, c'est compréhensible mais faut-il le leur rappeler : c'est la règle du jeu. Et l'on aimerait qu'ils fassent preuve d'un peu de dignité, qu'ils gardent pour eux leur amertume. Promis : cela passera! Mais non, ils protestent et Nicolas Sarkozy dont la gestion des ressources humaines est pour le moins étrange, cède, il leur donne des lots de consolation, des ambassades. Comme si les postes de la République étaient à sa disposition! On me dira que ce n'est pas nouveau. Sans doute, mais cela se faisait autrefois dans la discrétion. Les partants attendaient un peu avant de dégommer leurs collègues de la veille. Aujourd'hui, ils n'attendent même pas qu'une bonne nuit de sommeil les ramène à la raison.

lundi, juin 29, 2009

La rigueur, victime collatérale de l'affaire Geisser

On se souvient de l'affaire Geisser, du nom de ce chercheur convoqué devant le conseil de discipline du CNRS pour manquement à l'obligation de réserve sur intervention d'un fonctionnaire de défense attaché à l'établissement. Une pétition circule pour prendre sa défense qu'Elizabeth Roudinesco refuse de signer parce qu'on n'y présente pas ce chercheur qui défend l'islamisme radical. Ce matin, dans Libération, Esther Benbassa, l'animatrice de cette pétition s'en prend à Roudinesco dans des termes qui retirent un peu plus encore l'envie de signer cette pétition et me font penser que ceux qui l'ont signée, même s'ils ont eu (et ont toujours) de bons motifs de protester, devraient se retirer

Je pense à trois passages de ce texte :

- "Cette ingérence, écrit Benbassa, intolérable risque de devenir la règle dans des universités dont les présidents, désormais autonomes, à savoir tout puissants, pourront se sentir autorisés à imposer toutes les censures. Un bon chercheur ne sera-t-il désormais plus qu'un chercheur docile, ressassant une science inoffensive, et se pliant aux diktats des sots et des puissants." Je veux bien que la polémique n'exige pas une grande rigueur et que beaucoup d'universitaires sont hostiles à l'autonomie. Mais tout de même. Il y a dans ce texte autant d'erreurs de raisonnement que de membres de phrase : généralisation abusive, pétition de principe, raisonnement circulaire, effet d'épouvantail… Si les travaux scientifiques d'Esther Benbassa sont de ce niveau, n'est-ce pas elle qui devrait se trouver devant la commission de discipline pour insuffisance notoire?
- "Mme Roudinesco qui, si elle se prévaut d'un titre universitaire, n'appartient pas (…) au corps des chercheurs ni à celui des enseignants-chercheurs (…) intellectuelle jamais évaluée par sa tutelle (…) pense et agit exactement comme l'ingénieur général…" Cela s'appelle une attaque ad hominem d'autant plus détestable que Mme Roudinesco a bien été sollicitée pour signer cet appel. Elle aurait le droit de s'exprimer lorsqu'elle pense comme Mme Benbassa, et le devoir de se taire lorsqu'elle pense autrement?
- "Si l'on brûle des livres demain…" conclut l'auteur de ce brulôt dont on se demande si elle raisonne toujours avec autant de subtilité et si, lorsqu'elle mène ses recherches, elle réfléchit avec autant de mépris pour le bon sens.

Lorsqu'il y a quelques années, des professeurs très hostiles à Claude Allègre allaient sur les ondes diffuser des contre-vérités, je m'étais demandé s'il était bien raisonnable de leur confier des enfants, en lisant ce texte de benbassa, je me demande si le CNRS ne ferait pas bien de demander à ses collaborateurs non pas un devoir de réserve qui ne veut évidemment rien dire dans leur cas, mais un devoir de respect d'un minimum de rigueur scientifique et logique dans leur expression publique.

Julien Dray, peut-être pas de malversation, mais…

Julien Dray est, nous dit ce matin Libération, sorti souriant de ses trois jours d'audition par la brigade financière : "Il n'y a pas de reproche qui tienne. Tout est vide (...) Rien ne tient" a-t-il affirmé. Soit. Et tant mieux. Reste que les chiffres avancés, ces prêts d'amis laissent rêveurs et… inquiets. Est-ce vraiment une bonne manière de gérer son budget? Disons-le sans méchanceté, un de nos proches se comporterait de cette manière, on se ferait du souci pour lui, on lui recommanderait de changer de mode de vie, on parlerait à mi-mot d'imprudence, de cavalerie, de délit d'amitié, de banqueroute personnelle à venir.

Dans le cas d'un politique, l'inquiétude est encore plus forte. Même si Julien Dray n'est à aucun moment intervenu en faveur de ceux qui lui prêtaient si gentiment de l'argent, comment ne pas voir que ces "bienfaiteurs" pourraient un jour de difficulté le solliciter et qu'il lui serait bien difficile de résister à leur demande.

Je conçois bien que des politiques se disent in petto : "pourquoi n'aurais-je pas moi aussi des revenus élevés alors même que je nomme des gens à des postes qui assurent des centaines de milliers d'euros de revenus" (il suffit de voir les nominations un peu partout dans les grandes entreprises et administrations, de collaborateurs de Nicolas Sarkozy, de leurs proches… et les conditions qui leur sont proposées pour comprendre la tentation) mais on attend justement d'eux, et notamment de socialistes, qu'ils fassent preuve d'un peu plus de vertu que la moyenne de nos concitoyens.

Julien Dray n'a peut-être commis aucun délit, mais il ne s'est certainement pas montré plus vertueux que la moyenne. Et cela, on peut le lui reprocher. Même si l'on comprend qu'être vertueux n'est pas si facile. Aristote parlait à ce propos d'incontinence…

jeudi, juin 25, 2009

Et le front de gauche

On a peu parlé, sinon dans L'Humanité pour s'en féliciter, des résultats du Front de gauche aux dernières élections européennes. Le dernier numéro de La Riposte, organe de militants du PC opposants à la direction (et très liés au Vénézuela qui les finance probablement un peu), vient de publier une intéressante analyse :
- les voix du Front de gauche sont à peine supérieures à celles du PCF en 2004 (+ 100 000 électeurs),
- les voix qu'a perdues le PS (> 2 millions) ne se sont pas reportées sur lui, ce qui signifie que l'avenir de la gauche n'est pas pour ces électeurs à la gauche de la gauche,
- si les abstentions ont surtout touché les classes populaires, c'est que le Front de Gauche n'a pas su les convaincre d'aller voter,
- les alliés du PCF dans ce Front de gauche sont minuscules. Le Front de gauche n'est qu'un faux nez du PC.

Pas mal vu.