jeudi, novembre 12, 2009

De quelques nuances de l'anticapitalisme

Libé a publié il y a quelques jours un intéressant sondage de Viavoice sur l'éclatement de la gauche en plusieurs familles : social-libéral, anticapitaliste, écologiste, étatiste… Le fait marquant est, cette année, "l’installation massive de la galaxie antisystème écologiste", qui se nourrit de l’effritement des quatre familles identifiées dans les précédentes enquêtes. Ses membres placent l’environnement au cœur des politiques publiques mais se disent aussi "proches" à 95% des idées anticapitalistes.

Les écologistes sont donc anticapitalistes mais pas de la manière dont le sont les électeurs proches du NPA. La différence porte, bien sûr, sur les thèmes : ils se soucient plus de l'environnement que des questions sociales, même s'ils ne négligent pas celles-ci, mais pas seulement. Il me semble que leur anticapitalisme n'est pas de la même nature. Les anticapitalistes traditionnels à la NPA, disons pour simplifier les marxistes, critiquent le capitalisme, les entreprises capitalistes pour ce qu'elles sont et ce qu'elles font. Elles leur reprochent d'exploiter les salariés, de s'enrichir sur leur dos, de leur faire une vie impossible, de leur imposer des cadences infernales… Toutes critiques qu'il est facile de documenter. Il suffit de se promener dans quelques usines…

Les écologistes reprochent aux entreprises moins ce qu'elles font que ce qu'elles pourraient faire. Leurs critiques portent moins sur leurs actes que sur leur potentiel de nuisance. Nul ne sait si les antennes de téléphonie mobile sont un risque pour la santé, mais le fait même qu'elles puissent en présenter un suffit à militer pour leur interdiction et à condamner les entreprises qui les installent. Même chose avec les OGM, les déchets nucléaires (dont nul ne sait si nous saurons demain les traiter) ou le vaccin contre la grippe qui suscite aujourd'hui tant de méfiance : nul ne peut prouver qu'il est inutile ou inefficace (voire même dangereux), il suffit cependant qu'il soit produit par des laboratoires privés pour qu'on les soupçonne d'avoir fait passer dans cette affaire les intérêts de leurs actionnaires avant ceux de la collectivité. Les écologistes ne condamnent pas des actes (où sont les documents, les déclarations… qui montreraient que les laboratoires ont monté cette opération vaccin pour arrondir leurs fins de mois?) mais du possible. C'est toute la logique du principe de précaution.

Cette nuance dans l'anticapitalisme a probablement d'ores et déjà un impact sur les stratégies des uns et des autres. La cible n'est pas la même, ce ne sont plus les entreprises qui exploitent les ouvriers que visent les écologistes, mais l'Etat qui contrôle et délivre éventuellement les autorisations de commercialisation des produits. Ce ne sont plus les salariés victimes de l'exploitation qu'ils tentent de mobiliser mais les consommateurs et les citoyens. Il ne s'agit plus, comme chez les marxistes à la NPA, de militer pour une modification de la composition du capital des entreprises (introduction de l'Etat, des salariés dans le système de gouvernance…) mais d'exercer un contrôle fin sur les activités de l'entreprise (ses produits, ses technologies…).

Il ne suffit pas de se reconnaître dans l'anticapitalisme pour être d'accord sur tout.

Lettres à Aube

Au moment où on ne parle que de la désolante polémique créée par Eric Raoult (le droit de réserve des Goncourt), je voudrais signaler la sortie chez Gallimard d'un livre remarquable, sans doute l'un des plus beaux publiés cette année : les lettres qu'André Breton a adressées à sa fille Aube (quel joli prénom!). C'est tout simple, des lettres d'un père à sa fille aimée, mais c'est infiniment troublant. On y découvre, outre cet amour paternel qui surprend un peu de la part d'un homme qu'on imaginait plutôt en statue de sel, une intimité délicate plutôt désargentée, la chasse au papillon, le souci des études d'une enfant, des réves remplis de vers de Musset, l'attention à l'égard des autres. C'est un livre qui se lit comme un recueil de poèmes et qui fait un peu honte. On aimerait tant avoir écrit d'aussi belles lettres à ses enfants.

La campagne de vaccination commence

La campagne de vaccination du public contre la grippe commence aujourd'hui dans une atmosphère étrange. Si l'on en croit les sondages, les Français ne veulent pas se faire vacciner, doutent de l'innocuité de ce vaccin, s'interrogent sur les adjuvants.

Sans doute en ira-t-il autrement lorsque la presse annoncera les premiers cas de grippe mortelle. Cette méfiance intrigue cependant. On peut y voir l'échec d'une campagne de publicité gouvernementale maladroite ou plus simplement victime de la communication tous azimuts d'un exécutif qui ne sait pas nous laisser une seconde en paix.

Mais on peut aussi y voir un signe de notre relation compliquée avec la technologie, de notre méfiance à son égard. Et, en ce sens, cet échec serait à rapprocher des batailles contre le nucléaire, les antennes de téléphonie mobile, les OGM. On retrouve effectivement chez les adversaires de la vaccination des arguments qui servent contre ces autres techniques : avidité des grands groupes industriels, faiblesse des controles réalisés par des laboratoires financés par l'industrie.

Mais on peut également y voir l'inverse, une sorte de lassitude de l'opinion à l'égard de toutes ces menaces qu'on nous annonce chaque matin : cette grippe vient après les déchets nucléaires, le réchauffement climatique, les effets pervers des OGM ou des antennes de téléphonies mobile… On y croit un petit peu, assez pour se faire peur dans nos conversations de bureau, mais pas suffisamment pour se protéger.

Entre les deux, je ne sais que choisir. Peut-être y a-t-il des deux.

vendredi, novembre 06, 2009

Eric Besson va-t-il gagner son pari?

Eric Besson semble en passe de gagner son pari grâce… à la presse et, d'abord, à celle de gauche. Après Libération qui regrettait, dès le lendemain de l'annonce de ce débat, que la gauche refuse de s'y associer (éditorial de Laurent Joffrin), c'est au tour du Monde d'expliquer, dans un autre éditorial, que "plutôt que d'alimenter le vain débat sur l'opportunité du débat (…) il nous parfait plus utile d'aller d'emblée au fond de l'affaire : quels sont les traits de l'identité nationale?" On voit bien l'intérêt pour les journaux : cela fait de la matière à articles qui ne coûtent pas très cher à produire. Chacun peut y aller de son commentaire et les rédactions peuvent solliciter jusqu'à plus soif tous ces auteurs, experts, intellectuels, lecteurs, qui ne demandent pas de rémunération. Mais je ne suis pas sûr que l'intérêt des journaux fasse celui des lecteurs.

On aimerait recommander à tous ceux qui entreprennent de s'interroger sur l'identité nationale de relire le Jean-Paul Sartre de la question juive. Ce n'est évidemment pas en nous regardant dans un miroir que nous trouverons notre identité, c'est en écoutant ce que les autres, ceux qui nous regardent de l'extérieur, ont à nous dire sur ce que nous sommes. Si traits communs il y a, seuls des regards étrangers peuvent le discerner. Nous en sommes incapables, sauf à penser qu'être Français se résume à quelques imbécilités jusqu'alors réservées aux supporters des clubs de foot et de rugby, genre Marseillaise, drapeau et coq gaulois.

Pour conclure, une anecdote. Je me trouvais il y a quelques années à l'aéroport de Séoul. A l'autre bout du grand hall où j'attendais mon avion, se trouvait un groupe d'une vingtaine de jeunes filles autour de deux bonnes soeurs. D'où j'étais, je ne pouvais pas distinguer leur visage, pas plus les entendre, juste voir leurs gestes, leurs mouvements. C'étaient incontestablement des Françaises. Par curiosité, je me suis rapproché. C'étaient effectivement des Françaises, mais toutes nées en Corée et amenées en France bébé parce qu'orphelines. Leur francité s'exprimait dans leurs manières de se tenir, de mettre la main sur la hanche, de se projeter dans la conversation vers leur interlocutrices, de rire…

Je n'avais pu deviner leur francité que parce que, plongé depuis quelques temps, en Asie, je reconnaissais soudain ce que je n'avais pas vu depuis longtemps : des Français ensemble. Elles auraient pu porter un voile ou une burqua qu'elles n'en seraient pas moins restées pleinement françaises.

lundi, novembre 02, 2009

Chirac, lui, n’a pas d’amis.

Phrase terrible de Charles Pasqua à propos de Chirac : "Chirac, lui, n’a pas d’amis." Tout le contraire de Mitterrand qui en avait rangé tant dans tous ses tiroirs et de Nicolas Sarkozy qui confond si souvent amitié et relations. Mais Pasqua a sans doute raison : comme le disait un jour Sarkozy, Chirac est tout le contraire de ce que l'on croit, une brillante intelligence (et non pas un benêt inculte comme on s'est si souvent amusé à le décrire) d'une grande dureté (rien du sympathique bonhomme qu'on a longtemps cru). Comment aurait-il pu faire pareille carrière autrement?

Les nouveaux habits du débat public

Le débat sur l'identité nationale qu'organise la droite succède au référendum sur la poste qu'avait organisé la gauche… Personne n'ose le dire, mais tout cela relève de la même tactique : créer des événements qui incitent ses partisans à s'exprimer de manière bruyante pour donner à ses propositions ou à des politiques un peu plus de poids et de légitimité. Prenons le référendum sur la poste. 2 millions de Français ont participé à une votation sur la privatisation du service public. 95% se sont déclarés contre. Surprise? Seuls les plus opposés aux projets du gouvernement (et il faut dire qu'ils étaient nombreux) se sont déplacés. Les autres, les indifférents n'ont pas pris cette peine. La même chose se produira avec le débat sur l'identité nationale. Qui ira dans les préfectures et les sous-préfectures? Qui prendra le temps de discuter de la francité de la burqua, du chant de la marseillaise une fois par an ou autres âneries? sinon ceux qui sont déjà convaincus que l'identité nationale est menacée et qu'il faut la défendre contre les barbares qui ne chantent pas le chant national dans les stades.

Tous ces débats ont les mêmes caractéristiques :
- on en connaît les conclusions avant même qu'ils aient débuté (il faut maintenir la poste dans le service public, la burqua n'est pas française, il faut chanter la marseillaise…),
- ils ont l'allure du débat démocratique, de cette démocratie participative dont parlait Ségolène Royal, mais en sont tout le contraire puisque n'y participent que ceux qui partagent les conclusions initiales de leurs organisateurs,
- ils ont pour objet de donner une certaine légitimité populaire à des décisions qui suscitent une forte opposition,
- ils valent moins par les propositions qui en sortent (elles sont déjà écrites) que par le nombre de ceux qui y ont participé. Eric Besson ne convaincra vraiment que s'il fait mieux que les organisateurs de la votation sur la poste.

L'organisation du débat sur l'identité nationale est en général interprétée comme une opération pour reconquérir les voix d'extrême-droite. Il est en ce sens à rapprocher des Etats généraux que veut organiser le ministre de l'industrie dont on sait déjà qu'ils recommanderont toute une série de mesures protectionnistes qui visent à satisfaire un électorat ouvrier victime des délocalisations (il fallait entendre l'autre soir Estrosi à la télévision répéter jusqu'à plus soif le mot "ouvrier" pour deviner la cible). Le souci tactique est évident. Mais on peut aussi y voir la volonté de légitimer une politique qui se heurte à une opposition qui a su prendre de nouvelles formes avec, notamment, les micro-mobilisations sur des cas concrets que le RESF (Réseau Education sans frontière) réussit très régulièrement. Disons le simplement : les politiques de reconduite à la frontière qui séduisent tant la droite de la droite ne passent pas dans l'opinion. L'objet du débat sur l'identité nationale est de leur donner la légitimité qui leur manque.

mardi, octobre 27, 2009

Ostracisme de masse : au tour de la génétique?

Pasca Riché vient de publier dans Rue 89 un très intéressant papier sur l'utilisation de la génétique à droite avec des propos de Hortefeux à propos de l'affaire Sarkozy proprement stupéfiants. Il souligne combien cet appel à la génétique est récurrent à droite (il cite plusieurs propos tout aussi étonnants de Nicolas Sarkozy) et attribue tout cela à l'influence de la nouvelle droite.

Hypothèse plausible. qui fait penser que ces propos s'inscrivent dans une vieille tradition de l'ostracisme de masse qui prend des visages différents selon les périodes mais ne disparait jamais complètement. Cette histoire est certainement très complexe, mais j'imagine que l'on pourrait la réduire a gros traits en ces quelques étapes :
- dans l'antiquité grecque, le climat fabriquait des barbares que l'on pouvait réduire en esclavage avec la meilleure conscience du monde (brutes lorsque nés dans des pays trop froids, mollassons lorsque nés dans des pays trop chauds il leur manquait la faculté délibératrice qui distinguait les grecs)) ;
- plus tard, le sang a permis à l'aristocratie de justifier ses privilèges et sa domination sur un peuple qui manquait justement de ce sang : "bon sang ne saurait mentir" ;
- au XVIIIème siècle, quand les peuples commencent à s'émanciper émerge la notion de race et, avec elle, le racisme qui autorise, au nom de la supériorité de la race blanche, massacres de masse et esclavage ;
- le nazisme a porte un coup mortel au racisme (ce qui ne veut pas dire qu'il ne subsiste pas, mais plus personne n'ose en faire une théorie positive). Le voilà donc remplacé par cette "théorie" des gênes qui permet tout à la fois de justifier les positions acquises (je l'ai dans les gênes), la transmission à ses enfants (ils ont les mêmes gênes) mais aussi de sélectionner au plus tôt (dès le plus jeune âge, à quand des analyses génétiques à la naissance) les individus susceptibles de devenir dangereux et de les traiter (emprisonner, castrer…) avant qu'ils ne passent à l'acte.

On remarquera que dans tous les cas (sauf peut-être dans celui de l'aristocratie) la science est convoquée pour justifier ce qui n'est qu'idéologie.

samedi, octobre 24, 2009

Dynasties politiques

L'affaire Jean Sarkozy a mis l'éclairage sur un phénomène que les politologues connaissent bien, celui des dynasties politiques. On sait que beaucoup de nos politiques sont des enfants de politiques. On pense aux Debré (Michel, Jean-Louis, Bernard), aux Joxe (Louis, Pierre), aux Jeanneney (Jean, Jean-Michel), aux Laurent (Paul, Pierre, Michel) ou aux Seguy au PC, aux Le Pen… le phénomène est fréquent chez nous, mais peut-être plus encore aux Etats-Unis.

Pareto, Mosca, Michels et tous les théoriciens de l'élitisme en ont, en leur temps, parlé. Trois jeunes économistes, Pedro & Ernesto Dal Bó et Jason Snyder, viennent de reprendre le dossier. Ils ont publié, il y a un peu plus de deux ans, un papier, Political dynasties, qui montre, à partir de données américaines, que ces dynasties sont fréquentes dans cette grande démocratie. On pense aux Bush, aux Kennedy, mais il n’y a pas qu’eux, loin s’en faut. Et ils s’interrogent sur les raisons de cela.

On peut avancer plusieurs hypothèses :
- la première est qu’il y aurait dans ces familles des gênes qui rendraient particulièrement aptes à l’exercice de responsabilités politiques. C’est une thèse qui nous était jusqu’à présent un peu étrangère et dont on a pu deviner l’émergence en France ces derniers jours. Il fallait lire les réactions de la presse, je ne parle même pas des politiques, au lendemain de la déclaration télévisée du jeune Jean pour voir combien l’idée était implicite dans de nombreux commentaires admiratifs : c’était "tel père tel fils…” à longueur de colonnes ;
- la seconde est le népotisme pur : la nomination d’un de ses enfants est une manière pour l’élu d’affirmer son pouvoir, de s’imposer face à ses adversaires politiques, c’est une marque de son pouvoir : “je suis élu, je fais ce que je veux” ;
- la troisième est que le pouvoir engendre le pouvoir.

Partant d'une analyse statistique sophistiquée Pedro et Ernesto Dal Bó et Jason Snyder retiennent cette dernière hypothèse : tout se passe comme si les élus construisaient au fil des années un capital, leur nom, leur réseau… qu’ils transmettent à leurs enfants. Plus quelqu’un a de pouvoir, plus il dure dans le pouvoir, plus il y a de chance qu’un de leurs enfants en hérite.

Ce phénomène dynastique choque nos sensibilités démocratiques. Ces trois auteurs montrent cependant qu'il a eu des effets inattendus. Il a notamment contribué à favoriser la montée en puissance des femmes dans la politique. Et, effectivement, beaucoup de femmes politiques sont des héritières. Comme Martine Aubry, Roselyne Bachelot qui a hérité de la circonscription de son père, Françoise de Panafieu, fille de François Missoffe et, bien sûr, Marine Le Pen. 31% des parlementaires femmes américains sont, d'après leurs calculs, des héritiers contre seulement 8% des hommes. Ce qui éclaire d’un jour un peu blême les progrès de la féminisation de la politique.

A l'inverse de ce que le cas Jean Sarkozy pourrait faire penser cela ne permet pas aux héritiers d’entrer dans la carrière plus jeune. Ce qui confirme que cette affaire est exceptionnelle et va bien au delà des pratiques ordinaires.

Ces trois auteurs montrent enfin, et ce n'est pas le moins surprenant, que la tradition dynastique, ce qu’ils appellent le biais dynastique, est plus forte dans le monde politique que dans la plupart des autres professions.

vendredi, octobre 23, 2009

Une faute politique majeure : la réforme de la taxe professionnelle

Si on a aimé l'affaire Jean Sarkozy, on va adorer la réforme de la taxe professionnelle. Car avec la suppression de cet "impôt imbécile", son père prend un risque politique considérable. Telle qu'elle a été conçue, cette réforme va mettre la droite à feu et à sang.

Cette réforme imaginée pour favoriser l'investissement industriel laisse, d'abord, de coté les professions libérales (les 700 000 travailleurs indépendants sous le régime des BNC) qui continueront de payer cette taxe. Médecins, infirmiers libéraux, experts-comptables, géomètres, kinésithérapeutes… il s'agit, pour l'essentiel d'électeurs de la droite qui pourraient très bien se venger lors des prochaines régionales.

Ensuite, et surtout, cette réforme suscite les plus extrêmes réserves (et ce n'est sans doute qu'un euphémisme!) chez les élus locaux, maires, conseillers généraux, régionaux qui savent mieux que quiconque que cette taxe représente 50% des recettes des collectivités territoriales.

L'Etat s'est, naturellement, engagé à compenser par transfert des impôts les recettes perdues Mais qui peut vraiment le croire? Une loi de finance promulguée en 1995 prévoyait de consacrer plus de 17,8 milliards de francs, soit 2, 8 milliards d’€ à la compensation de la taxe professionnelle. Dans la loi de finances pour 2009, cette compensation est passée à 582 millions d'euros, soit cinq fois moins.

Mais il n'y a pas que les montants, il y a aussi les affectations. Les élus territoriaux peuvent à bon droit craindre que l'Etat ne profite de ces transferts pour pousser ses projets qui ne sont pas forcément les leurs (zones franches, quartiers en difficulté…). En un mot, ils peuvent craindre de perdre une partie de leur liberté d'action.

Ils peuvent également craindre la perte d'un outil de négociation important. Lorsqu'une entreprise industrielle veut s'installer, il n'est pas rare qu'elle rencontre des oppositions de tous ceux qui craignent des nuisances. Les maires favorables à ces implantation pouvaient les défendre au nom de l'emploi et des recettes qu'elle pouvaient apporter ("avec la taxe professionnelle que va payer cette entreprise, nous allons pouvoir construire une piscine, réduire les impôts locaux…"). Ce sera impossible avec des transferts venus de l'Etat. D'où, probablement des problèmes d'aménagement du territoire pour les années à venir.

Sur le plan économique, cette réforme n'est pas plus convaincante. Elle repose sur l'idée que des entreprises moins imposées investiraient plus. Mais c'est mal comprendre le fonctionnement des entreprises qui :
- choisissent leurs investissements en fonction de leurs débouchés et non des taux d'imposition,
- savent parfaitement jouer des différentiels entre taux d'imposition. Faut-il le rappeler, dans un groupe international, il suffit de demander à la filiale installée dans un pays à imposition élevée de vendre à un prix faible à une filiale installée dans un pays avec peu d'impôt pour réduire ses bénéfices là où ils sont le plus imposés et les augmenter là où l'Etat est moins gourmand.

mercredi, octobre 21, 2009

"Les commentateurs, ils commentent…"

"Les commentateurs, ils commentent. Moi je suis du côté des acteurs, donc j'agis" (Nicolas Sarkozy à Saint-Dizier, le 20 octobre)

Phrase qui en dit long sur les ambitions de Nicolas Sarkozy : il aimerait rester dans l'histoire comme celui qui a agi, qui a transformé la société française.Mais il n'est pas sûr qu'il réussisse par la faute de la méthode qu'il a choisie.

On le sait, il est en permanence sur le front. C'est à lui qu'il revient d'annoncer toutes les réformes, il intervient sur tous les sujets au risque de lasser. Qui l'écoute encore? qui se souvient de ce qu'il nous disait la semaine dernière sur la jeunesse? sur la réforme des lycées? Ce zapping permanent laisse l'opinion désorientée, sceptique… Mais ce n'est pas le plus grave. A tout prendre à son compte, il retire à ses ministres le bénéfice de leurs efforts, il les démobilisent : pourquoi se donneraient-ils le mal de mener à bien n'importe laquelle de ses réformes dés lors qu'ils n'en tireront aucun bénéfice politique? Et comme cela n'avance pas, il intervient directement dans la gestion des ministères, prend des sanctions à l'égard des hauts fonctionnaires qui ne sont pas assez dociles (hier les préfets, demain qui d'autre?), au risque de rendre impossible toute action suivie. Une réforme, petite ou grande, bien ou mal acceptée de l'opinion, demande de la constance, un travail continu, de longue haleine or c'est ce dont il se prive, leur préférant de longs discours qui lui assurent un passage au journal de 20 heures et de textes soumis au Parlement dans la précipitation, au risque d'être inapplicables.

Peut-être devrait-il relire Henri Fayol qui dénonçait en 1920 dans un rapport d'une extrême férocité toutes les faiblesses de l'administration des PTT et de sa gestion par les politiques. Il y trouverait matière à réflexion. Ce rapport n'est pas à ma connaissance disponible sur internet mais on le trouve dans toutes les bonnes bibliothèques.