mercredi, août 08, 2012

L'autre catastrophe européenne : les dérives totalitaires à l'Est

Il en est une menace pour la construction européenne dont on parle bien moins dans les journaux que de la dette, mais dont on commence à sentir les effets dans nos rues : le développement à l'Est, à Roumanie, en Hongrie, en Bulgarie, de régimes autoritaires, réactionnaires, qui tolèrent, voire encouragent le racisme et les discriminations à l'égard de leurs minorités, des Roms, notamment. Ceux-ci tentent d'y échapper en émigrant, en venant s'installer chez nous mais ils le font dans des conditions d''une terrible précarité. Ne parlant pas français, sans compétences professionnelles, venus sans le sou, avec famille et enfants, souvent très jeunes, ils s'installent dans la rue, campent dans des arrêts d'autobus, sous des porches.

Pour l'heure, le dossier est entre les mains du ministère de l'intérieur qui dit vouloir démanteler les camps que certains d'entre eux construisent pour se protéger. Politique de gribouille qui n'aura pour effet que de les disperser et fragiliser un peu plus, au risque de véritables drames sanitaires dans les mois qui viennent. Comment ces enfants qui n'ont souvent pas cinq ans passeront-ils l'hiver si leurs parents ne trouvent pas un toit?

Nous avons, à l'évidence, une obligation de solidarité, de compassion à l'égard de ces populations, nous devons soigner, scolariser ces enfants et trouver une solution pour leurs parents, mais nous n'avons pas vocation à offrir aux régimes autoritaires d'extrême-droite qui s'installent à l'Est une solution facile à leurs problèmes de minorité. Les premiers responsables de l'installation de ces malheureux dans nos rues sont les néo-fascismes qui se développent un peu partout à l'Est, en Bulgarie (parti Ataka qui soutient la coalition au pouvoir), en Hongrie (parti Fidesz dont Viktor Orban, l'actuel premier ministre, est le président et le parti Jobbik, ouvertement fasciste), en Roumanie (PLM) et qui accentuent encore un peu plus les discriminations dont ces populations sont depuis la chute du communisme victimes.

Ces familles qui hantent nos rues sont, d'abord, victimes de la xénophobie qui les condamnent à une extrême pauvreté dans leur pays d'origine. Il y a moins un "problème rom" qu'un problème de transition démocratique dans les anciens pays de l'Est. C'est cela que les institutions européennes doivent viser en priorité, sachant que tous ces mouvements ont accédé au pouvoir ou en sont proches grâce à des électeurs qui vivent mal la transition démocratique.

lundi, août 06, 2012

Zones de sécurité prioritaires

Le gouvernement vient donc d'annoncer la création de 15 zones de sécurité prioritaires, ce qui nous donne droit à un de ces acronymes qu'affectionne l'administration : les ZSP. C'est dans ces zones que seront, semble-t-il, affectés les policiers recrutés en sus des effectifs actuels. S'il ne s'agissait que de cela, ce projet n'aurait guère de chance de donner des résultats : ce n'est pas en ajoutant des gendarmes et des policiers qu'on améliore forcément la sécurité, quoique disent les syndicats. C'est en travaillant mieux. Il semble, à lire les premières informations données dans la presse que ce pourrait être le cas. J'en ai retenu trois éléments qui me paraissent aller dans le bon sens :

- la recherche d'une meilleure coordination entre police, justice et acteurs travaillant à la réinsertion, ce qui est la meilleure façon d'intégrer dans le travail sur la sécurité le traitement de la délinquance sur la durée : inutile que la police arrête des délinquants si la justice ne peut pas les juger dans des délais raisonnables, inutile de condamner à des peines trop lourdes des primo-délinquants s'il apparait qu'ils risquent de faire l'apprentissage du crime en prison, inutile de libérer des délinquants si rien n'est prévu pour les accompagner dans le retour à la vie civile…
- la concentration sur un nombre limité d'objectifs dans chaque zone (le trafic de stupéfiants, les cambriolages, les violences faites aux personnes…), ce qui devrait favoriser la spécialisation des forces de police et donc une plus grande efficacité,
- le choix de zones très variées (zones urbaines en périphérie des grandes villes mais aussi zones semi urbanisées) qui indiquent que l'on a une vue globale de la sécurité et que l'on prend en compte des situations très variées.

Il faudrait pour que ces mesures soient efficaces deux autres éléments : un suivi régulier des autorités politiques et des experts qui permettent d'identifier les solutions les plus efficaces et une culture de la diffusion des meilleures pratiques au sein des administrations concernées. 

dimanche, août 05, 2012

Patience, patience…

La presse (et sans doute bien d'autres à gauche) commence à s'impatienter, à trouver que tout ne va pas assez vite, que les réformes se font attendre. Ce à quoi, les socialistes répondent que rien ne sert de courir, que mieux vaut prendre son temps si l'on veut modifier effectivement les choses. Tout le contraire, en somme, de Nicolas Sarkozy qui multipliait les initiatives qui se perdaient rapidement dans les sables.

Phénomène de déperdition que la commission des finances de l'Assemblée nationale a évalué dans le rapport dont parle le Monde dan son édition du 5/8/2012 : "S'intéressant à l'application des 54 dispositions fiscales récentes adoptées en décembre 2011 dans le budget pour 2012, les députés notent que 40 sont " pleinement en application au 1er juin 2012 ", donc qu'un quart... ne l'est pas encore. Sur un panel plus large de textes - d'une part, les dispositions fiscales adoptées dans les lois de finances promulguées avant le 1er janvier 2011, mais qui, à la date du 1er juin 2011, n'avaient pas encore fait l'objet des textes d'application nécessaires, d'autre part, sur les dispositions fiscales contenues dans la loi de finances initiale pour 2012 et dans les lois de finances rectificatives pour 2011 et 2012, soit 249 articles de 17 lois - le ratio est à peu près équivalent."

Ce qui me fait penser à cette remarque de Bergson dans un texte sur Thibaudet : "A quel signe se reconnait la grandeur d'un homme d'Etat? En toute autre affaire, on peut apprécier directement l'homme, ou l'oeuvre, ou les deux ensemble, et dès lors porter un jugement. Mais dans le cas de l'homme d'Etat, c'est la durée de son oeuvre qui lui confère rétroactivement sa grandeur : de deux grands ministres ou soi-disant tels, l'un n'était pas supérieur à l'autre et ne l'est pas encore : il le sera, et, à partir de ce moment, l'aura été. Jusque là, leurs mérites respectifs ne sont pas plus dans le passé que dans l'avenir, et l'on ne peut guère que parier que pour l'un d'eux." (in Quelques mots sur Thibaudet, critique et philosophe, NRF, 1/07/1936).

Soit, soit… reste que l'impatience se muera en déception si toutes ces commissions ne servent qu'à enterrer les dossiers. On devrait vite le savoir.

lundi, juillet 23, 2012

Daniel Schick est un pathétique imbécile

Ce matin, Daniel Schick a posé à Fleur Pellerin une de ces questions qui donnent au journalisme quelques unes de ses lettres, non pas d'infamie, mais de consternante bêtise : "Savez-vous vraiment pourquoi vous avez été choisie ? Parce que vous êtes une belle femme issue de la diversité ? Parce que vous appartenez à une minorité peu visible ? Que vous êtes la preuve de ce qu’est une adoption réussie ? Que vous êtes un signal fort donné aux marchés asiatiques ? Peut-être aussi parce que vous êtes compétente ?" Cela mériterait une sanction, non pas pour grossièreté (même si ce journaliste est manifestement grossier), misogynie voire racisme (deux reproches que l'on pourrait être tenté de lui faire) mais plus simplement pour paresse intellectuelle. N'y a-t-il pas, dans le temps précieux qui lui est accordé, question plus intelligente à poser?

Les journalistes passent leur vie à donner des leçons de morale, d'économie, de politique à tout le monde. On aurait tort d'oublier que certains sont aussi de pathétiques imbéciles.

samedi, juillet 21, 2012

Chez certains économistes, c'est toujours le même disque…

Pascal Salin conclue un éditorial, par ailleurs intéressant et pertinent, du Wall Street Journal par ces quelques mots : "The real solutions to Europe's debt problems lie in tax cuts and deregulation, and it's here that national politicians should turn their attention. Pan-European cooperation won't deliver any government from its fiscal or economic crises."



Baisses d'impôts, dérégulations… c'est ce que cet économiste  libéral, dit et répète depuis des années, c'est le même disque qui tourne toujours, ce qui ne serait pas gênant si sa médication n'était, justement, celle qu'a appliquée Bush aux Etats-Unis avec les résultats que l'on sait, notamment en matière d'endettement. Ce sont ces mêmes idées qui ont inspiré Nicolas Sarkozy avec des résultats guère plus brillants comme on peut aujourd'hui en juger. 

On aimerait que les économistes, surtout lorsqu'ils sont de talent, changent de temps en temps de disque. Ou, plutôt, s'appliquent à comprendre pourquoi les solutions qu'ils préconisent ne donnent pas les résultats qu'ils nous promettent. Pourquoi les baisses d'impôts ne conduisent pas forcément à plus de croissance? quand le font-elles? et pourquoi? Jusqu'où aller dans la dérégulation? Toutes les règles sont-elles contre productives?… On en est malheureusement bien loin.

dimanche, juillet 15, 2012

Ces emplois qui ne trouvent pas preneurs

Alors même que l'on ne parle que des 8000 (à multiplier par combien? trois, quatre? plus?) emplois détruits par Peugeot-pSA, deux informations viennent rappeler que la création d'emplois est plus compliquée qu'il n'y parait.

La première vient de France. Elle nous apprend que le gouvernement aura beaucoup de mal à trouver les professeurs qu'il souhaite recruter. Il a les budgets, le besoin, mais pas assez de candidats.

La seconde nous vient de Grande-Bretagne. La société à laquelle avait été confiée la sécurité des Jeux Olympique (une entreprise importante puisqu'elle emploie 650 000 personnes dans le monde) s'est révélée incapable de recruter tous les personnels nécessaires. L'armée va devoir intervenir au risque d'allonger les périodes de séjour de ses soldats en Afghanistan, ce qui ne satisfait personne et, surtout pas, les militaires.

Dans le premier cas, les salaires proposés, les profils de carrière (absence de formation initiale au métier de professeurs envoyés dans les quartiers les plus difficiles que désertent les enseignant plus expérimentés), le niveau de compétences demandé et la concurrence d'autres métiers mieux rémunérés, plus calmes et plus prometteurs en terme de carrière semblent jouer un rôle déterminant.

Dans le second, ce sont les contrats à durée très courte (le temps des Jeux), le système de planification des missions, de recrutement et de formation des nouveaux embauchés qui sont, semble-t-il, en cause.

Dans les deux cas, les emplois potentiels sont là, les candidats aussi puisqu'il y a du chômage, mais la demande (celle des entreprises, de l'Etat) ne rencontre pas l'offre (des salariés à la recherche d'un poste). Ce qui fait penser que le problème n'est pas forcément du coté de ceux qui cherchent un emploi mais du coté de ceux qui en proposent. Alors même que toutes les politiques menées ces dernières années visaient justement à "punir" les chômeurs pour les forcer à prendre n'importe quel emploi. Peut-être faudrait-il pour mener une politique de l'emploi regarder moins du coté des chômeurs et plus du coté de ceux qui ne trouvent pas les personnels dont ils ont besoin.


vendredi, juillet 06, 2012

Mais oui, il faut brider les hauts salaires

Louis Schweitzer vient de donner à Telos une courte note dans laquelle il reprend l'essentiel du papier qu'il avait publié il y a quelques semaines dans la revue Commentaires sur les hautes rémunérations. Il y développe un approche mesurée et conclue sur ces mots : "certaines pistes méritent d’être explorées : la présence, dans les conseils d’administration des sociétés cotées, d’administrateurs représentant les salariés, à l’image de ce qui se fait en Suède ; ou le régime de droit commun du droit de vote double pour les actions nominatives détenues depuis plus de deux ans qui est aujourd’hui optionnel en France ; ou encore une fiscalité plus favorable pour les bénéfices réinvestis ; ou enfin une limitation de la déductibilité des intérêts payés du bénéfice imposable, limitation qui existe dans nombre de pays européens mais pas en France."

Cela suffirait-il à réduire les hautes rémunérations? à les ramener à des niveaux plus raisonnables  susceptibles de réduire ces effets négatifs à long terme des écarts de rémunération entre le monde économique et financier et les mondes de l’université, de la recherche, de l’administration, de la médecine, de la politique ou des arts et lettres que Schweitzer souligne lui-même? Pas sûr. Mais peut-il en être autrement alors qu'il reprend, sans les interroger, les arguments classiques pour justifier ces salaires :
- " l’influence du patron sur les résultats et l’avenir de l’entreprise est essentielle",
-  "il n’y a pas un très grand nombre de dirigeants de premier ordre",
-  "le dirigeant d’une très grande entreprise à la réussite éclatante peut s’enrichir au même titre que le propriétaire d’une PME qui réussit, qu’un avocat d’affaires talentueux ou qu’un associé d’une firme de conseil ou d’une banque d’affaires",
- "l’existence d’un « marché » mondial des dirigeants, le rôle de firmes de recrutement elles-mêmes mondiales, a contribué à la hausse de ces rémunérations."

Tous arguments éminemment contestables.

L'influence du patron sur les résultats de l'entreprise est essentielle? A voir. On peut trouver quelques exemples de patrons charismatiques, comme Steve Jobs chez Apple, mais ils sont plutôt rares. Idem pour les patrons catastrophiques. On peut surtout s'interroger sur l'influence réelle des patrons dans ces grandes organisations dans lesquelles toutes les décisions ont été au préalable préparées par des équipes de consultants et de collaborateurs. Quel est l'impact réel du dirigeant d'une entreprise automobile sur le choix d'un véhicule, de ce qui fait son succès ou son échec?  Et cet impact est-il le même dans toutes les entreprises.  Quel est vraiment le rôle du patron dans les bureaucraties industrielles? Il y a quelques années je m'amusais à demander à mes interlocuteurs d'une très grosse entreprise française de me dire combien de temps il faudrait pour que l'entreprise s'effondre dans l'hypothèse d'une mise en sommeil prolongé de la direction générale. Tous convenaient qu'il faudrait plusieurs mois, voire plusieurs années avant que quiconque s'en rende vraiment compte. Comment se fait-il, sur un registre plus sérieux, que l'on réussisse aussi facilement à trouver des successeurs aux patrons les plus admirés lorsqu'ils s'en vont à l'improviste? Les dirigeants s'attribuent volontiers les réussites de l'entreprise qu'ils dirigent et abandonnent aux autres leurs échecs. Louis Schweitzer lui même a refusé d'endosser les difficultés de Renault lorsque Nicolas Sarkozy les lui a imputées (voir ici).  

Il n'y a pas un très grand nombre de dirigeants de premier ordre? Je serais tenté de dire qu'il n'y a surtout pas beaucoup de grandes entreprises et que ceux qui sont en place ne veulent pas abandonner leur poste, ce qui peut donner le sentiment qu'il y a peu d'élus. Mais combien de cadres seraient  en mesure de prendre la succession de leurs dirigeants si ceux-ci leur laissaient la place? Beaucoup plus sans doute qu'on ne veut bien dire.

Les dirigeants des grands groupes ont bien le droit de s'enrichir au même titre que les propriétaires des PME? Sans doute, à ceci près qu'ils ne prennent pas les mêmes risques. Lorsque le dirigeant d'un grand groupe échoue il part avec beaucoup d'argent. Un patron de PME qui se plante peut tout perdre, cela fait une grosse différence qui justifierait que les bureaucrates à la tête des grands groupes ne s'enrichissent pas autant.

Quant à l'argument sur l'existence d'un marché mondial des dirigeants, il suffit de regarder la composition des directions des grandes entreprises européennes, japonaises, américaines ou chinoises pour se convaincre de son inanité : combien d'Allemands à la tête d'entreprises françaises? d'Américains à la tête d'entreprises chinoises? Pour qu'il en aille autrement, il faudrait que les processus de sélection des dirigeants soient uniformisés or il n'en est rien. Nulle part!

Les très hauts salaires que s'accordent aujourd'hui les patrons, et qu'ils ne s'accordaient pas hier (étaient-ils pour autant de moins bons patrons?) relèvent de la prédation. Tout simplement. Et à ce titre, ils méritent d'être combattus. Et inutile de craindre des catastrophes. On trouvera toujours des gens de qualité pour diriger les grands groupes.



  

jeudi, juillet 05, 2012

Georges Marchais, Aragon, les écrouelles…

Préparant une série d'émissions de radio sur le communisme et la poésie (Les communistes aiment la poésie) qui cherche à comprendre pourquoi les PC ont été les seuls partis politiques à s'intéresser à la poésie, je lis les entretiens de Francis Crémieux et Jean Ristat, l'exécuteur testamentaire d'Aragon, édités en 2003 (Avec Aragon), ouvrage fourmillant d'anecdotes plus ou moins intéressantes, je trouve le récit d'une maladie d'Aragon à la fin de sa vie (en 1979, soit trois ans avant sa mort) : "Aragon est alors victime d'hallucinations auditives et visuelles. Il entend chanter du Mallarmé sur les toits de Paris. Il est persécuté par les chemises noires, les fascistes et certains représentants de la droite française. (…) On veut lui enfoncer un pieu dans le ventre ou alors quelqu'un est assis, là, sans doute dans le couloir, Dieu sait pourquoi, pour le tuer sans doute… (…) Alors on appelle un psychiatre qui pose son diagnostic : délire paranoïde… Il est question de le mettre sous tutelle, ce à quoi je m'oppose de toutes mes forces (…) Heureusement il y a le Parti (…) il y a la visite de Georges Marchais. Il annonce sa venue, rue de Varenne, un après-midi. Il apporte à Louis un magnifique bouquet. Ils parlent. (…) Après son départ, Louis semble recouvrer ses esprits, comme on dit dans le vieux langage." Quelques heures plus tard, Aragon confie à Ristat ses affaires.

On ne savait pas (j'ignorais, tout au moins) que Georges Marchais avait ce pouvoir de guérir non pas les écrouelles mais les délires. Il est vrai qu'à force de vivre dans un monde imaginaire…

PS J'oubliais : on y apprend également que les surréalistes appelaient Jacques Lacan "le con", ce qui n'est pas sans saveur et plutôt… (oh! que dis-je) pertinent.

Didier Lombard mis en examen : un délire collectif

Voilà l'ancien Président de France Telecom mis en examen pour harcèlement moral suite à la vague de suicides dans son entreprise. D'autres dirigeants, l'entreprise elle-même comme personne morale pourraient suivre. Cela participe d'une évolution de longue durée de la conflictualité dans le monde du travail. Depuis que les syndicats ne représentent plus grand monde, plusieurs leurs représentants ont choisi de poursuivre le combat sur le terrain juridique Les textes sur le harcèlement moral, utilisés ici, sont une de leurs meilleures armes. Mais on en vient, avec ces mises en examen, et les éventuelles condamnations qui pourraient suivre (condamné pour avoir poussé quelqu'un au suicide?) à une situation absurde.

Que les méthodes de management moderne, avec leur volonté d'obtenir des salariés qu'ils fassent volontairement ce que l'on attend d'eux (dans le cas de France Telecom, un départ négocié au mieux des intérêts de l'entreprise),  leurs permanentes injonctions contradictoires, génèrent de la souffrance, c'est incontestable. Et que Lombard ait pratiqué un management particulièrement brutal est avéré (même chose, d'ailleurs, chez Renault ou cela a fini comme on sait). Mais de là à le poursuivre en justice pour incitation au suicide, il y a un pas. Rares sont malheureusement, ceux qui ont rappelé qu'il était, pour le moins, audacieux d'établir un rapport de causalité entre les conditions de travail et le suicide. Deux auteurs sont intervenus sur ce dossier, avec des arguments scientifiques solides : un statisticien, René Padieu, inspecteur honoraire de l'INSEE, qui a donné un court papier dans La Croix dans lequel il dénonçait un véritable délire collectif (on trouvera ici un entretien dans lequel il revient sur les réactions à ce papier) et un sociologue, François Vatin, professeur à Paris X, dans un article publié en 2011 dans la revue Commentaires (°134). 


 Leurs arguments peuvent être ainsi résumés : 
- la mesure de la fréquence de l'incidence des conditions de travail sur la fréquence des suicides est, en l'état actuel de nos outils statistiques, difficile, voire impossible, -
 on sait, cependant, que le suicide est fortement corrélé au chômage, ce qui signifie que le travail salarié "protège" du suicide, 
- le taux de suicide moyen chez France Telecom est comparable à celui de la population française (après redressement pour tenir compte de l'effet âge, Padieu montre que le taux de suicide chez FT est inférieur à celui de la population française : "là où la suicidalité générale française laisserait attendre une vingtaine de suicides par an, il s’en produit 15 : une sursuicidalité à FT n’apparaît pas", 
- il y aurait en France à peu près "400 suicides au travail" par an, ce qui représente 5% du nombre suicides. Pourcentage trop faible pour en faire un problème majeur de santé public, 
- le sentiment de vague de suicides est lié au traitement médiatique de ces événements. Si la presse reprend systématiquement tous les cas de suicide dans une entreprise alors qu'elle n'informe sur les autres suicides, on a assez naturellement l'impression d'une épidémie, mais ce n'est qu'une illusion liée au grossissement. 


Ils sont raisonnable et convaincants.

En mettant en examen Didier Lombard, la justice s'est, en tout cas, mise dans un bien mauvais cas. Si elle condamne les dirigeants de Frante Telecom, elle commettra une erreur lourde de conséquences : dés qu'une personne se suicidera, on pourrait dorénavant mettre en examen ses proches ou tous ceux avec lesquels elle était en conflit. Si elle abandonne les poursuites, elle passera pour complice, incapable d'aller jusqu'au bout. Il n'y aurait, pour se sortir de ce mauvais pas, qu'une solution : que la justice (ou le ministère du travail) commande à des statisticiens et à des sociologues (puisque depuis Durkeim ils s'occupent de ces questions) une étude approfondie.

lundi, juillet 02, 2012

Le cas Copé

Dans l'un de ses derniers posts, l'excellent Arthur Goldhammer, s'en prend à Jean-François Coppé qu'il avoue ne pas aimer, sentiment que je comprends d'autant mieux que je le partage même si ce n'est pas pour les mêmes raisons. Sa description du patron de l'UMP, "a corporate lawyer with the look of a high-pressure, low-ethic used car salesman" souligne le coté populiste du personnage. Ce coté est certainement détestable mais ce qui, personnellement, me met le plus mal à l'aise est le hiatus entre les politiques que préconise, soutient ou tolère Copé et son histoire personnelle telle que la raconte Wikipedia.

"Aîné d'une famille de trois enfants, Jean-François Copé est le fils de Monique Ghanassia, originaire d'Algérie, et du professeur Roland Copé, chirurgien gastro-entérologue proctologue d'origine juive roumaine. Du côté paternel, son grand-père Marcu Hirs Copelovici, fils de Copel et Zleta, originaires de Bessarabie, est un médecin né à Iaşi dans l'est de la Roumanie au début du XXe siècle. Fuyant l'antisémitisme de son pays, il émigre à Paris en 1926. Devenu Marcel Copé, il se marie peu après avec Gisèle Lazerovici, fille de Ghidale Lazerovici, comptable. En octobre 1943, le couple échappe avec ses deux enfants à la rafle d'Aubusson (le père de Jean-François Copé a alors 13 ans) en trouvant refuge chez M. et Mme Leonlefranc, faits par la suite Justes. Jean-François Copé fait de cet évènement familial un des motifs profonds de son engagement politique. Du côté maternel, son grand-père Ismaël André Ghanassia, fils de Moïse Ghanassia et Djouhar Soussi, originaires de Miliana, est avocat à Alger. Son épouse, Lise Boukhabza, est la petite-fille d'un rabbin originaire de Tunisie, et d'une mère originaire de Tétouan au Maroc. André Ghanassia, son épouse et leurs trois enfants, dont Monique, quittent Alger pour la métropole dans les années 1950, peu après les débuts de la guerre d'Algérie."

Comment peut-on lorsque l'on est héritier de cette histoire justifier les politiques à l'égard des Roms menées par Nicolas Sarkozy et son gouvernement? Cette histoire familiale lui imposait de se dresser contre Guéant et ses politiques discriminatoires et xénophobes. On peut être de droite sans être un salaud. Je crains que Copé soit les deux. 

dimanche, juillet 01, 2012

Pourquoi les Américains sont-ils plus religieux que les Européens?

Sur leur blog à deux voix, Richard Posner et Gary Becker (Prix Nobel d'économie) s'interrogent sur la religiosité comparée des Américains et des Européens. Pour expliquer la bien plus grande foi des Américains ils avancent plusieurs hypothèses de nature économique et notamment la compétition très vive que se font aux Etats-Unis les différentes religions, concurrence plus rare en Europe. C'est une hypothèse intéressante, mais il est une autre qu'ils n'examinent pas : le rôle des églises dans l'aide sociale. Chaque fois que je me suis trouvé aux Etats-Unis dans une église, j'ai été frappé du montant élevé des dons faits par des paroissiens qui n'étaient pas tous forcément riches. Une partie de ces dons est sans doute récupérée par les ecclésiastiques qui mènent bien plus grand train qu'en Europe mais l'essentiel va probablement aux oeuvres sociales. Tout se passe comme si les églises américaines collectaient un d'impôt volontaire à vocation sociale et jouaient le rôle qu'occupe chez nous l'Etat lorsqu'il aide les plus démunis. Dès lors que nous ne sommes pas seulement égoistes, que nous nous soucions de notre prochain,  moins d'impôts = plus de religion. Hypothèse osée, je le conçois mais ne pourrait-on pas établir une corrélation entre les statistiques sur la foi et celles sur les niveaux de l'impôt.

mardi, juin 26, 2012

Une passion française : le SMIC

Le gouvernement a donc choisi de donner un tout petit coup de pouce au SMIC, tout juste 2%. On devine déjà les protestations de FO, de Mélenchon et le soupir de soulagement du Medef. Le plus surprenant est certainement cette passion française pour le salaire minimum qui nous aveugle sur la réalité des rémunérations. S'il est vrai qu'il est difficile de vivre avec un Smic, comme le rappellent régulièrement les journaux, il l'est encore plus de vivre sans travail, avec un temps partiel ou, ce qui revient au même, des CDD suivis de période de recherche d'un emploi.  A revenus équivalents, un salarié qui a un emploi régulier peut obtenir des prêts de ses fournisseurs, de la banque qui seront refusés au salarié avec un emploi précaire. Un salarié avec un CDI peut également espérer une promotion, des augmentations liées à son ancienneté ou à l'acquisition de compétences spécifiques à l'entreprise qui l'emploie, toutes choses interdites au salarié précaire.

Bien plus que le niveau du Smic, c'est la précarité qui appauvrit, c'est contre elle qu'il conviendrait de lutter en incitant les entreprises à recruter en CDI (ce qui pourrait se faire en simplifiant les procédures de licenciement). Mais le Smic nous donne régulièrement l'occasion d'échanger les mêmes arguments sur le coût du travail (oubliant que les hausses du Smic ont été largement compensées par les exonérations de cotisations sociales), la difficulté de vivre avec un petit salaire, la productivité des entreprises (en oubliant que les plus menacées par la concurrence internationale versent des salaires en général largement supérieur au Smic)… Une passion française, en somme!

mardi, juin 19, 2012

Les riches des entreprises

On nous dit que les dirigeants des groupes publics s'organisent pour contester la limitation de leurs rémunérations que voudrait leur imposer le gouvernement. Non pour eux-même (voyons donc!) mais pour le bien de leur entreprise : ils ne sont pas forcément ceux qui ont les plus hautes rémunérations au sein même de leur entreprise (ce qui est sans doute vrai dans plusieurs cas). La mesure, si elle était appliquée risquerait donc 1) de laminer leur autorité et, 2) de réduire les incitations des meilleurs à devenir dirigeant. Deux arguments assez contestables : s'il est vrai qu'ils n'ont pas aujourd'hui les plus gros salaires sans que cela affecte leur autorité, pourquoi en irait-il autrement demain? et, par ailleurs, qui a dit que le désir d'une grosse augmentation est le seul moteur de l'ambition? Dans de nombreuses  entreprises commerciales les promotions entrainent régulièrement une réduction de rémunération (tout simplement parce que changeant de statut, on perd les primes calculées selon le chiffre d'affaires réalisé que perçoivent les commerciaux), cela n'a jamais empêché les meilleurs de se battre pour obtenir ces promotions.

Mais cette ligne de défense met en évidence l'émergence dans les grands groupes (et sans doute aussi dans les les ETI, les entreprises de taille intermédiaire) d'une catégorie que C.Wright Mills avait identifiée dans L'Elite au pouvoir que viennent (enfin) d'éditer en France les éditions Agone : celle des cadres dirigeants d'entreprise, de ces cadres supérieurs qui font fortune grace à l'entreprise et gagnent, disons plus d'un million d'€ par an. Combien sont-ils? Je ne connais pas de statistique qui donne ce chiffre, mais on les compte sur les doigts d'une main ou deux dans les grands groupes et ils ne doivent guère être plus de quelques centaines, chiffre que confirme l'étude d'Olivier Godechot ("les 0.01% les mieux payés dans le secteur privé (1692 personnes), touchaient, écrit-il, au minimum 867 000 €, et en moyenne 1 682 000 € par an"). Ce ne sont ni des héritiers (même si beaucoup sont issus de la meilleure bourgeoisie) ni des entrepreneurs, ce sont des cadres qui ont atteint les plus hauts niveaux de la hiérarchie, ceux où l'on peut capturer une partie de la richesse produite par l'entreprise.

Ils ont un même profil de carrière : issus de bonnes écoles (mais plutôt de HEC, de l'ESSEC ou d'une bonne école d'ingénieur que de l'ENA ou de l'ENS), ils ont été identifiés très rapidement comme de "hauts potentiels" par les DRH de leur entreprise qui leur ont organisé une carrière rapide leur permettant de découvrir très rapidement tous les postes de responsabilité, à commencer par ceux liés à la finance. Ils ont progressé parce qu'ils ont su donner l'impression de compétence et montré leur loyauté (il n'est pas rare qu'ils aient été amenés, au cours de cette carrière à licencier des collègues, des amis, épreuve fatale aux plus sensibles). Ils y ont gagné une certaine irresponsabilité (ils vont si vite d'un poste à l'autre qu'ils ne supportent jamais les conséquences de leurs décisions, c'est toujours au successeur de rattraper leurs éventuelles bourdes) et beaucoup d'arrogance : leur carrière rapide témoigne de leurs qualités.

Ils ne se sentent pas forcément riches (et ne se vivent pas toujours comme tel) mais ils le sont infiniment plus que ceux qui occupaient les mêmes postes il y a quinze ou vingt ans. Ils ne sont ni avides ni cupides, juste attachés à des rémunérations qui sont comme autant de signes de leurs "qualités supérieures", d'indices de la confiance qu'on leur fait. Leur richesse leur permet d'accéder aux produits de luxe (montres, bons restaurants, voiliers de plaisance…) mais ils ont, en général, l'argent discret.

S'ils sont sur un marché de l'emploi, celui est étroit et essentiellement national : on voit peu de cadres dirigeants d'origine étrangère dans les entreprises françaises, et guère plus de français ou de britanniques à la tête des entreprises allemandes, suédoises ou espagnoles.

Leurs rémunérations élevées sont moins dues à leurs talents et à la compétition sur le marché du travail qu'à une idéologie, celle qui veut que la création de valeur pour l'actionnaire soit le premier objectif de  l'entreprise et que seules permettent de l'obtenir des politiques de rémunération qui alignent les revenus des dirigeants sur l'intérêt des actionnaires. Politiques encouragées par les mesures prises depuis plusieurs années pour réduire le taus d'imposition des plus riches.

Le taux d'imposition à 75% que propose François Hollande et les mesures prises dans le secteur public forceront probablement les entreprises à revoir le mode de rémunération des cadres dirigeants (à quoi bon gagner tant si c'est pour le donner à l'Etat?) et sans doute à s'interroger sur leurs principes : la création de valeur pour l'actionnaire doit-elle être vraiment leur objectif principal? Mais cela ne devrait guère avoir d'impact sur la qualité de leur management.

lundi, juin 18, 2012

Drôle de victoire?

Cette belle victoire de la gauche n'a pas suscité l'enthousiasme. D'excellents commentateurs, comme Arthur Goldhammer se demandent même ce qui a pu, dans le programme de François Hollande, la justifier. Il n'a pas tort, mais si victoire il y a eu c'est peut-être parce que la droite ne s'est pas mobilisée, convaincue de l'échec des politiques conservatrices à la Sarkozy, déboussolée par sa campagne ultra-droitière. Les échecs multiples des membres de la droite populaire et les performances somme toute médiocres des candidats FN l'indiquent : les électeurs de droite n'ont pas voulu se radicaliser. Hollande ne leur fait pas peur, plus même ils sont prêts à lui faire confiance pour peu qu'il réussisse à faire plier Angela Merkel quand Sarkozy lui cédait si facilement. Les choses changeront sans doute dans les mois qui viennent quand il dévoilera son programme, mais pour l'instant il profite du peu de confiance que les électeurs de droite ont en leurs dirigeants politiques.

dimanche, juin 17, 2012

Génération Hollande

François Hollande a ce soir doublement gagné les législatives : il a une majorité absolue PS à l'assemblée et réussi le renouvellement d'une bonne partie de la classe politique : on ne compte pas le nombre de politiques d'hier et avant-hier (Lang, Alliot-Marie…) qui ont été battus. L'Assemblée de demain sera rajeunie, féminisée avec un peu plus de représentants de la diversité, plus proche donc de la France de tous les jours. Cela devrait aider Hollande à réussir le reste, tout le reste qui n'est pas mince, et l'inciter à prendre très rapidement quelques mesures symboliques qui ne coûtent pas cher (mariage homosexuel, vote des étrangers non communautaires, contrôle plus strict des comportements de la police lorsque ceux-ci sont contestables, taxation à 75% des revenus les plus élevés…) mais sont susceptibles de lui donner plus de liberté pour agir comme il l'entend sur le plan économique.

Quant à la droite, les échanges, par médias interposés entre Juppé et Copé l'annoncent, elle n'est pas au bout de son travail de redéfinition de ses valeurs.  

Et s'ils allaient chercher ailleurs leur compagne…

Hollande, Montebourg, DSK, Borloo, Sapin, Chalandon, Baroin… La liste des politiques de haut vol qui convolent (ou vivent) avec des journalistes n'en finit pas de s'allonger. Au point que cela en devient presque gênant. Tant pour ces journalistes qui à force de tomber sous le charme des animaux politiques qu'elles ont pour mission d'observer et analyser vont finir par nous faire douter de leur capacité à se tenir à l'écart que pour ces politiques dont on se demande s'il leur arrive de rencontrer d'autres femmes que des journalistes politiques. Combien de dentistes, d'expert-comptables, de notaires, de cadres plus ou moins supérieurs sont aussi charmantes, intéressantes, intelligentes qu'une journaliste? Beaucoup  certainement. Mais voilà, nos hommes politiques ne les voient pas tant ils vivent dans un cercle étroit et terriblement provincial, celui de ce Paris où médias et politiques se croisent, se fréquentent loin des Français ordinaires.  

mardi, juin 12, 2012

La première dame est une garce…

Il y a quelques années, Arnaud Montebourg s'était fait taper sur les doigts pour avoir expliqué que le principal défaut de Ségolène Royal était son compagnon. On a aujourd'hui envie de retourner le compliment. Le principal défaut de François Hollande est peut-être sa compagne. Nous l'avions vue éjecter manu militari Julien Dray d'une soirée, voilà qu'elle soutient ouvertement l'adversaire socialiste de Ségolène Royal alors que François Hollande, Martine Aubry et Cécile Duflot tentent de lui donner un coup de main. Ce n'est ni élégant ni intelligent et cela témoigne, pour le moins, d'un caractère déplaisant, hargneux, voire méchant, ce qui est l'une des définitions du mot "garce" (l'autre étant, d'après le TLF, compagne hors mariage, ce qui tombe à pic).

lundi, juin 11, 2012

Faut-il, pour cause de défaite électorale, jeter le message de Mélenchon ?

L'échec cuisant de Mélenchon suscite aujourd'hui de nombreuses analyses. A-t-il commis une erreur tactique en allant, sans préparation ni organisation locale, affronter Marine Le Pen sur des terres que le FN laboure depuis des années? ou a-t-il commis une erreur stratégique en développant en direction des classes populaires un argumentaire plutôt destiné à la petite bourgeoisie intellectuelle comme le suggère Laurent Joffrin lorsqu'il écrit qu'un "candidat qui proclame à tous vents que l’immigration ne pose aucun problème ne saurait remporter un grand succès auprès des ouvriers et des employés, qui craignent la concurrence d’une main d’œuvre sous-payée et corvéable à merci."? Sans doute les deux.

Cet échec ne doit cependant pas être surestimé. Mélenchon ne sera pas député, mais il s'est créé un espace politique qu'il pourra continuer d'occuper. Ce qu'il fera sans doute, une fois passé le goût amer de la défaite. Il est de tous les hommes politiques le seul à avoir su remettre les débats sur l'immigration à leur juste place, celle de l'usine à fantasmes et il faut qu'il poursuive ce combat et qu'il continue à nourrir le débat politique de ses analyses souvent très fines, bien plus fines que ne le suggère ses attaques désolantes à l'égard des médias.

Ce n'est pas évident. On peut craindre que sous couvert de réalisme le Front de Gauche et le PC remisent ce théme comme semble le leur suggérer Joffrin. Ce serait tout simplement désolant. On peut faire de la politique sans être élu. Et Mélenchon aura dans les années qui viennent un rôle à jouer. Il peut contribuer à faire évoluer le débat démocratique sur une des questions qui le minent depuis des années. Il doit continuer pour rendre confiance à tous ceux qui ne se satisfont pas de la stigmatisation des étrangers. Surtout chez les ouvriers et les employés qui ne sont pas tous convaincus, tant s'en faut, que l'immigration est la mère de leurs difficultés.

vendredi, juin 08, 2012

Le défi politique de François Hollande : ramener la droite au centre

En cette veille d'élections législatives, on s'interroge naturellement sur les résultats de la gauche, sur la capacité de la gauche socialiste d'avoir une majorité qui lui permette de gouverner, mais le véritable défi politique de François Hollande est, sur le long terme, ailleurs. La politique et la campagne très à droite qu'ont menées Nicolas Sarkozy et son gouvernement ces derniers mois ont favorisé une dérive de leur électorat vers les terres du Front National, comme le signale Marianne dans son dernier numéro. Dérive inquiétante parce qu'elle annonce, à l'occasion de la prochaine alternance une droite dure, sur les positions de la Droite Populaire dont Jean-François Coppé semble se rapprocher chaque jour un peu plus.

Ces électeurs de droite aujourd'hui tentés par l'alliance avec le Front National (tentation que l'on pourra sans doute vérifier dans quelques triangulaires) ne voteront jamais à gauche, mais il est de la responsabilité de Hollande et de son gouvernement de les guérir de ce tropisme réactionnaire et de les ramener vers des positions plus consensuelles. Il peut le faire en calmant le jeu politique, en luttant contre la défiance à l'égard d'autrui (l'étranger, le jeune…), en donnant à la négociation avec toutes les parties le temps nécessaire, ce qui ne veut pas dire céder.

Ce ne sera pas facile parce que l'on voit aujourd'hui se radicaliser les trois droites : la droite économique (le Medef et tous ceux qui annoncent qu'ils vont voter avec leurs pieds), la droite culturelle (l'Eglise catholique et tous ceux qui s'opposent aux évolutions en matière d'avortement, de droit des femmes, de mariage homosexuel…), la droite populiste et sécuritaire (qui s'en prend aux immigrés, aux chômeurs…).

D'une certaine manière, je dirai que le principal défi de Hollande est pour les années qui viennent, non pas de séduire les électeurs de droite, mais de les ramener vers le centre-droit. 

mercredi, juin 06, 2012

Les journalistes politiques s'ennuient…

Depuis quelques jours, nous les voyons en peine, les journalistes politiques. Plus rien à se mettre sous la dent, les ministres sont discrets, se gardent de toute déclaration fracassante, le Président s'est fait photographié, ce qui nous a valu une avalanche de commentaires de photographes dont on ne sait s'ils appréciaient la photo ou le photographe. On nous a raconté en long, en large et en travers que Nicolas Sarkozy était allé au cinéma. La belle affaire! Mais rien d'autre, aucune petite phrase, aucune brouille de bout de couloir à se mettre sous la dent, rien sinon ces quelques mots insignifiants de Cécile Duflot (dont les tenus ont discrètement changé) sur la dépénalisation du cannabis.

Ils n'osent encore dire que le gouvernement fait rien, mais ils en brûlent d'envie. Alors même que cette fadeur d'un juin pluvieux est le meilleur signe qu'Hollande et son gouvernement puissent donner, le meilleur gage que les corps intermédiaires auront leur mot à dire, que les ministres vont travailler sur les dossiers. Ce qui pourrait d'ailleurs les mettre en difficulté : parce que plus que des journalistes politiques, ce sont des journalistes spécialisés (en économie, transports, éducation, énergie…) qu'il faut pour interroger des ministres qui travaillent vraiment. Ces journalistes existent, ils peuvent s'imposer, comme l'a montré François Lenglet lors de la campagne présidentielle. Leurs questions sont souvent plus pointues, plus difficiles, plus intéressantes aussi, que celles des spécialistes des petites phrases. Mais le débat démocratique a tout à y gagner. La meilleure nouvelle de ces premières semaines est sans doute le spleen qui gagne les journalistes politiques.