jeudi, janvier 21, 2010

Sarkozy, les journalistes, propos privés, crise publique

Les journalistes sont aujourd'hui furieux des commentaires présidentiels sur les deux journalistes de Franec 3 enlevés en Aghanistan. Nicolas Sarkozy aurait dit en conseil des ministres : "Ces journalistes étaient inconscients. Ils ont agi en contradiction avec les consignes de sécurité". "C'est insupportable de voir qu'on fait courir des risques à des militaires pour aller les chercher dans une zone dangereuse où ils avaient l'interdiction de se rendre" aurait-il ajouté selon Europe 1. Il aurait également demandé au ministre de la Défense, Hervé Morin, d'afficher une totale transparence sur les frais engagés. "Il faut que les Français sachent le coût de cette histoire". Soit environ un million d'euros. Une pétition pour protester contre les propos présidentiels circule. 

On comprend l'énervement des journalistes. Mais on a même temps envie de leur dire de se calmer un peu. Il ne s'agit que de propos privés, comme peuvent en tenir tous les responsables confrontés à des situations de ce type. Il ne s'agit pas de censure, comme ailleurs, et je ne vois pas qu'on ait donné à la presse ou au service public des consignes pour ne plus couvrir les guerres. J'ajouterai même que l'on peut trouver naturel ce type de réaction de la part de gens, le Président de la République ou le Ministre de la Défense, qui ont à gérer une situation difficile.

Ce qui dans cette affaire, comme dans d'autres similaires, me frappe surtout, c'est l'effacement de la frontière privéee/public. Des propos privés ne sont évidemment pas de même nature que des propos publics. Et c'est en ce sens que l'on ne peut, par exemple, mettre sur le même plan les propos imbéciles mais privés de Hortefeux sur les arabes ("quand il y en a un ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes") et ceux, publics et donc beaucoup plus graves de Gaudin sur les manifestations de joie après un match Algérie-Egypte et le déferlement dans Marseille de drapeaux algérieux (propos, par ailleurs, vraiment très cons : pourquoi y aurait-il eu des drapeau français dans une manifestation de ce type?).

Cette confusion entre le privé et le public est certainement aggravée par la possibilité que tout un chacun a, aujourd'hui, de capter des conversations et de les diffuser largement sur internet. Mais il n'y avait pas de caméras dans la salle du conseil des ministres. Ce sont des participants qui ont rapporté ces propos.

Ce n'est pas une nouveauté, les ministres ont de tous temps rapporté aux journalistes ce qui se passait au Conseil. Mais des règles existaient qui tendaient à maintenir la distinction entre privé et public (les ministres ne disaient pas tout, parlaient en off, les informations étaient, pour l'essentiel, publiées dans le Canard Enchaîné). On avait l'impression en lisant la deuxième page de ce journal d'entrer dans les conversations mais on faisait spontanément la différence entre ce qui était de l'ordre de l'émotion et ce qui était décision politique. Ce n'est plus le cas : un mouvement d'humeur du Président (mouvement une fois encore compréhensible) devient parole officielle qui suscite suffisamment de réactions pour que l'Elysée monte en ligne transformant ainsi des propos insignifiants en quelque chose de beaucoup plus grave. Ce ne sont pas les propos de Nicolas Sarkozy qui posent problème, ce sont ceux de Claude Guéant s'exprimant officiellement sur la question.

La distinction entre parole publique et parole privée doit être maintenue. L'excés de transparence a un coût. Je ne suis pas sûr que les gens chargés de négocier avec les talibans qui retiennent nos deux journalistes, soient aidés par cette polémique.

Cette distinction doit être maintenue par tous les acteurs et, d'abord, par les premiers intéressés, les membres du gouvernement, les premiers cercles du pouvoir qui se lâchent de plus en plus fréquemment. Qui le font, probablement, parce qu'ils n'ont pas d'autre manière d'exprimer leurs désaccords (comme le disait excellement hier Luc Ferry : on ne peut rien dire au Président. On peut éventuellement exprimer une fois un désaccord, une seconde fois si l'on est vraiment très puissant, mais c'est à peu près tout). Mais cette distinction doit être également être maintenue par les journalistes. Il est bon qu'ils nous donnent ce type d'informations mais ce serait bien qu'ils trouvent une manière les présenter qui les mette en perspective et évite de leur donner plus d'importance qu'elles n'ont.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

A part un blog consacré au sarkozysme anti-républicain avec pleins de fautes (Fraenc, fautes dans le profit perso..), il y a quoi ici ?

Il serait temps de rétablir le respect, car Mr. Sarkozy est le président de TOUS les français. Il devient insupportable de le voir stigmatiser une population (les journalistes) et, pour un tenor de la communication qu'il est : Il aurait du mesurer l'impact de ses propos.

Bernard G a dit…

Je ne suis pas sûr de bien comprendre le sens de cette remarque : vient-elle d'un sarkozyste? Mais je prends plutôt sa défense dans ce post. D'un anti-sarkozyste? Mais pourquoi parler de sarkozysme anti-républicain? Et en quoi serais-je anti-républicain?