mercredi, mai 01, 2013

L'autorité de François Hollande

Rien n'y fait, la critique revient en boucle : François Hollande manquerait d'autorité. Affaire, dit-on de personnalité. Trop fin tacticien, soucieux de toujours maintenir plusieurs fers au feu, il en oublierait de trancher. Critique étonnante quand on voit comment il fait avancer des dossiers qui prennent de front sa majorité, que ce soit sur la productivité ou la transparence des élus, l'opposition, comme sur le mariage pour tous, ou encore les syndicats avec l'accord national interprofessionnel (ANI). Il sait manifestement où il va et ne change pas, malgré les apparences, de route. Pourquoi, alors cette impression récurrente de manque d'autorité?

Cela tient pour une part, sans doute, à sa bonhommie naturelle et à son allure de bon médecin de province. Il n'a, ni dans son physique ni dans ses propos, le tranchant d'un Sarkozy, la distance d'un Mitterrand ou d'un Giscard, le charisme et la vigueur virile d'un Chirac.

Pompidou n'avait rien de tout cela et pourtant personne ne critiquait cependant son manque d'autorité. Mais le contexte, les institutions et le processus qui l'ont menés à la Présidence étaient différents.

Le quinquennat a modifié bien plus qu'on ne l'imaginait le fonctionnement de notre système politique. Le premier ministre a cessé d'être le paravent qui protégeait le Président et lui permettait, en en changeant dans les cas les plus graves ou en sifflant la fin de la récréation dans les cas plus légers, de reprendre la main lorsque la majorité s'agitait un peu trop. Le Président est aujourd'hui en première ligne sur tout. Il doit entrer dans le détail des dossiers et s'engager personnellement. Il ne peut plus reculer sans perdre aussitôt la face. C'est tout le dispositif qui construisait l'autorité du Président, qui le mettait à l'abri du quotidien qui est tombé.

Le quinquennat  a, de fait, cassé le système des godillots qui a si longtemps marqué la cinquième République. Un "système godillot" ne fonctionne que si on laisse aux élus des marges de liberté qui leur permettent de se singulariser sans que cela ait de conséquences pour l'exécutif. Ce n'est plus vrai lorsque le Président est sur tout ou presque en première ligne. Un député ne peut plus aujourd'hui faire entendre une voix un peu différente sans aussitôt s'opposer à lui.

Le mécanisme des primaires qui a porté François Hollande au pouvoir a également contribué à affaiblir son autorité. Hier, les candidats s'emparaient du parti de manière brutale, à la suite d'un coup d'Etat (De Gaulle, Chirac contre Chaban),  d'un assassinat du père (Pompidou, Sarkozy). Ils écrasaient leurs adversaires (Mitterrand et Rocard, Sarkozy et Juppé) qui n'avaient plus de poids politique. Leur parole ne portait plus : ils étaient dominés. Les primaires ont changé tout cela : Montebourg et Valls ont acquis une légitimité qui les autorisent à se projeter dans le futur, à se considérer comme des alter-ego du Président, à affirmer des positions qui ne sont pas les siennes et à être écoutés.

Hollande peut-il renverser cette situation? Ce n'est pas certain. Peut-être pourrait-il tenter de proposer une vision de la société française qui s'impose à tous et le situe au dessus de la mêlée. En bon pragmatique, il a préféré mettre en avant sa boite à outils. Reste à espérer qu'elle donne rapidement des résultats convaincants.

1 commentaire:

James Brown a dit…

Remarques intéressantes sur la manière dont les successions "brutales" avaient eu lieu. Pour autant qu'il aurait pu affaiblir Hollande, je préfère le système des primaires, plus civilisé.