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jeudi, février 15, 2007

La démocratie participative et les experts

Au lendemain des élections, lorsque l'on se penchera sur les causes de son échec, si Ségolène Royal échoue, on mettra certainement en avant sa volonté de faire une place à la démocratie participative. On critiquera la mise à l'écart des experts de toutes sortes, comme le faisait hier, sans beaucoup d'élégance Bernard Tapie, et comme le fait, dans le même numéro du Monde, un sociologue qui se plaint de "l'éviction des chercheurs des débats électoraux", éviction, dit-il, "stupide et humiliante." On soulignera l'éloignement des intellectuels qui ont préféré le silence ou Sarkozy à la candidate du Parti Socialiste.

Plus que cette éviction, ce qui me frappe c'est la fragilité de l'expertise de tous ces "sachants", fragilité qui plus que tout autre chose justifie que l'on ne prenne pas pour argent comptant tout ce qu'ils nous disent. Pour rester dans l'actualité, telle que nous la présentent les pages Débats du Monde, je prendrai deux exemples :

- le premier n'a rien à voir avec la politique puisqu'il s'agit de climat. Il y a quelques jours, Serge Galam, très estimable sociophysicien qui applique les lois de la physique au monde social nous expliquait que les prévisions des experts en climatologie étaient très contestables. Rien, expliquait-il en substance, ne permet de dire que le réchauffement climatique est lié à l'activité humaine. Dans les jours qui ont suivi deux climatologues ont démonté son texte montrant qu'il confondait la météorologie (qui fait des prévisions à court terme et se trompe souvent) et la climatologie (qui fait des prévisions à long terme et se trompe beaucoup moins) et qu'il confondait, à propos de Galilée, la rotation de la terre autour du soleil et la forme de la terre (ce qui pour un physicien qui se pique d'épistémologie est un peu gênant) : l'expert disait des sottises ;

- le second a à voir avec la campagne électorale. Raymond Boudon, sociologue estimable, théoricien de la droite depuis longtemps, expliquait du haut de sa science (qui n'est pas mince) que la démocratie participative n'a pas de sens. A preuve : elle n'est pas traduisible en anglais. Là encore, l'expert disait des sottises. Non seulement, l'expression est traduisible en anglais, comme le rappelle Yves Sintomer, dans Le Monde, mais le concept a fait l'objet, tout récemment encore, de débats vifs aux Etats-Unis. Le concept est né de réflexions sur la société civile, sur le rôle des associations et des ONG, mais également de la place prise dans les débats publics des échanges sur internet. Que Raymond Boudon soit passé à coté veut tout simplement dire que son expertise ne lui permet pas de tout voir.

Au travers de ces discussions, c'est le rôle des experts et des intellectuels qui est en cause. On sait depuis longtemps que les intellectuels touche-à-tout disent beaucoup de bêtises et sont parfois dangereux (il suffit de relire ce qui a pu être écrit par des gens intelligents au lendemain de 68 pour frémir à posteriori : s'ils avaient eu le pouvoir que d'horreurs auraient pu être commises au nom de leur expertise!). Les intellectuels qui ne l'ignorent pas se sont pendant des années retiré du champ public (d'où ce silence que l'on a si souvent regretté alors que l'on aurait du s'en réjouir. S'il se taisaient, c'est qu'ils travaillaient et ne parlaient en public que de choses qu'ils connaissaient). Or, l'on voit depuis quelques années, ces mêmes intellectuels, jaloux des succès des essayistes et autres journalistes pressés de revenir sur le devant de la scène et d'afficher leurs opinions sur tout et rien au risque de dire des sottises comme tout un chacun.

En mettant en avant sa démocratie participative, Ségolène Royal a mis des bâtons dans leurs roues, ceci explique peut-être leur dépit…

mercredi, janvier 10, 2007

L'humanitaire à la sauce web

Internet révolutionne aussi les manières de donner.

J'ai découvert il y a quelques semaines un site (dont je parle ailleurs, mais je ne sais plus bien où) qui a choisi d'utiliser les techniques de la publicité sur le web pour financer des actions humanitaires. Ce site vend donc à des annonceurs des publicités à la manière de Google. L'annonceur ne paie que lorsqu'un internaute clique sur sa publicité. L'astuce est ici qu'une partie de la recette ainsi collectée est reversée à des associations à but humanitaire. Le visiteur qui veut marquer son intérêt pour la lutte contre la faim peut ainsi cliquer plusieurs fois sur les annonces. Celui lui prend un peu de son temps, mais c'est un autre qui paie pour lui. Etrange, un peu farfelu, mais pas complètement absurde. Cela peut permettre aux entreprises de donner aux causes qui suscitent le plus d'intérêt.

Dans un esprit voisin, je trouve sur le site internet de Tétu une information qui propose une autre manière de faire des dons. Je cite :

Alors que la quatrième saison de «The L Word» vient de débuter aux États-Unis, les producteurs de la série proposent jusqu'à ce soir d'acheter sur Ebay une petite apparition dans l'un des épisodes. L'argent récolté ira à l'association Queer Lounge qui se bat pour faire connaître les œuvres de cinéastes gay et lesbiennes à l'industrie du cinéma. L'association officie notamment dans les festivals de Toronto ou de Sundance, offrant la possibilité à des jeunes scénaristes ou réalisateurs de rencontrer les producteurs de grands réseaux américains. L'enchère qui remportera la mise sur Ebay offrira au gagnant, outre un rôle de figuration dans la saison 4 de «The L Word», une rencontre avec les acteurs et un déjeuner avec l'équipe de la série à Vancouver. L'enchère se termine aux alentours de 19 heures (heure française) le 8 janvier. L'enchère était montée à 6.300 dollars le 8 janvier au matin. Quand à la série elle-même, la saison 4 s'annonce beaucoup plus légère. Les fans du show avaient été déçus par la série de drames endurés par les héroïnes dans la saison 3, les scénaristes ont donc décidé de retrouver légèreté et humour dans les prochains épisodes et réservent quelques coups de théâtre sentimentaux.

Pour enchérir, aller sur ebay.com et chercher «L Word walk on».

Pour ceux qui ne seraient pas très au courant des dernières nouveautés dans le monde des séries télévisées, The L word est une série (bien faite) qui met en scène une communauté de lesbienne en Californie. Ceci explique cela. Reste que l'on va donner un peu de son temps pour passer à la télé (on n'a donc pas tout perdu) et le salaire ira à une association.