Avoir des opinions est l'un des éléments du bien-être, affirmait il y a une quinzaine d'années, l'économiste A.O.Hirshman. Les blogs sont une bonne manière d'afficher ses opinions mais aussi, et peut-être même surtout, de les construire. C'est ce qui m'a donné envie de tenir celui-ci
Affichage des articles dont le libellé est pathologies sociales. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est pathologies sociales. Afficher tous les articles
mercredi, juillet 16, 2008
Siné et l'antiséitisme
Siné est renvoé de Charlie Hebdo pour des propos tenus sur Jean Sarkozy, son mariage avec une héritière Darty et sa prétendue conversion au judaïsme, que Philippe Val, le directeur de l'hebdomadaire a jugé antisémites. Dans le Nouvel Observateur qui raconte l'affaire, les commentaires se succèdent. Une grande majorité soutient Siné. Pourquoi ne peut-on pas se moquer du judaïsme demandent en substance ces lecteurs, traduisant sans doute le sentiment de beaucoup qui, sans être le moins du monde antisémites, s'agacent de ce traitement particulier réservé au judaïsme et de l'utilisation systématique de l'accusation d'antisémitisme pour déconsidérer des adversaires. Il faudrait trouver un nouveau mot (qui ne soit évidemment pas antisémite) pour désigner cet agacement qu'il serait également intéressant de mesurer.
lundi, janvier 01, 2007
Histoire sans commentaires
C'est l'histoire d'une jeune ivoirienne, installée en France depuis cinq ans, qui garde des enfants à la plus grande satisfaction des parents qui lui ont confié les leurs. Au bout de quatre ans, fatiguée de vivre sans papier, de n'être payée qu'au noir, elle achète des papiers, se fait déclarer et ouvre un compte en banque au Crédit Lyonnais (LCL comme on dit maintenant).
Ell y dépose de l'argent, prend une carte bancaire, puis cherche à tirer de l'argent sur son compte. Le distributeur avale sa carte. Elle téléphone à sa banque qui lui dit : "nous avons effectivement un petit problème, il faudrait que nous prenions rendez-vous." Chose faite. Comme elle garde des enfants, deux nourrissons, elle se rend à l'agence avec ces deux enfants.
Là, deux policiers en civil l'attendent, avertis par la banque qui a découvert que ses papiers étaient faux. Ils l'emmènent au commissariat avec les deux bébés. Destination : centre de rétention avant, sans doute, expulsion. Le commissariat téléphone aux mamans leur disant : il faut que vous veniez chercher votre bébé au commissariat sans plus d'explication ("nous ne pouvons pas vous en dire plus…).
Cela s'est passé à Paris, il y a quelques semaines. Je tiens le récit de l'une des deux mères qui ne s'en est pas encore remis.
Ell y dépose de l'argent, prend une carte bancaire, puis cherche à tirer de l'argent sur son compte. Le distributeur avale sa carte. Elle téléphone à sa banque qui lui dit : "nous avons effectivement un petit problème, il faudrait que nous prenions rendez-vous." Chose faite. Comme elle garde des enfants, deux nourrissons, elle se rend à l'agence avec ces deux enfants.
Là, deux policiers en civil l'attendent, avertis par la banque qui a découvert que ses papiers étaient faux. Ils l'emmènent au commissariat avec les deux bébés. Destination : centre de rétention avant, sans doute, expulsion. Le commissariat téléphone aux mamans leur disant : il faut que vous veniez chercher votre bébé au commissariat sans plus d'explication ("nous ne pouvons pas vous en dire plus…).
Cela s'est passé à Paris, il y a quelques semaines. Je tiens le récit de l'une des deux mères qui ne s'en est pas encore remis.
Libellés :
immigration,
pathologies sociales,
sans-papiers,
Sarkozy
mercredi, novembre 29, 2006
Injustices sociales vs pathologies sociales
La Découverte vient de publier un recueil d'articles d'Axel Honneth, sociologue allemand de l'école de Francfort que l'on connaît pour ses travaux sur la reconnaissance : La société du mépris. Ce recueil est passionnant et, malheureusement, comme c'est de plus en plus souvent le cas, abominablement édité (un exemple entre dix : un des papiers d'Honneth est une réponse aux critiques faites à la Dialectique de la raison d'Horkheimer et Adorno ; à aucun moment, l'éditeur ne prend la peine de donner le nom des deux auteurs de ce livre, c'est au lecteur de chercher ou de retrouver, s'il a un peu de culture philosophique, dans sa mémoire).
Mais revenons à l'essentiel : au contenu de ce recueil. On y trouve beaucoup de choses intéressantes et notamment une opposition, utile dans les débats sur l'équité et la société juste, entre injustices sociales et pathologies sociales : des situations justes peuvent être insupportables.
C'est lorsque l'on regarde le monde social avec d'autres lunettes, que l'on peut voir, au delà des injustices que le réformiste corrige avec plus ou moins de bonheur, de véritables pathologies sociales.
C'est une manière de réintroduire dans le jeu politique l'opposition entre réformisme et révolution (ou, si l'on préfère, critique radicale de la société) qui s'était effacée ces dernières années, le mot révolution s'étant vidé de son sens. Mais c'est aussi une façon de légitimer dans le débat public d'autres manières de s'exprimer en politique. Aux experts qui argumentent de manière rationnelle et s'attachent à corriger les injustices que l'on sait mesurer, Honneth oppose ceux qui utilisent la parabole, la métaphore, la rhétorique pour rendre visible l'inacceptable que les acteurs ne voient pas toujours (d'où la figure de l'esclave heureux que l'on rencontre dans ce livre). C'est de cette manière, en effet, que l'on peut espérer modifier les normes dans une société.
Au coeur de cette distinction, il y a, explique Honneth un glissement dans les préoccupations de la philosophie politique : "il ne s'agit plus, écrit-il à propos de Hobbes qui aurait été l'un des premiers à initier ce glissement, de savoir comment une communauté peut garantir à ses membres une vie qui soit à la fois bonne et juste, tout ce qui le préoccupe c'est de savoir comment elle peut être en mesure de construire un ordre qui recoive un assentiment général. (…) La philosophie n'est censée apporter de réponse qu'aux problèmes relatifs à l'institution de rapports sociaux justes ; quant aux conditions qui garantissent une vie bonne, elles sont si peu accessibles à une définition générale qu'elles doivent rester en dehors du cadre de la philosophie."
Cette opposition entre injustices et pathologies sociales parait utile et pourrait bien demain nourrir les débats au sein de la gauche entre réformistes et radicaux.
Mais revenons à l'essentiel : au contenu de ce recueil. On y trouve beaucoup de choses intéressantes et notamment une opposition, utile dans les débats sur l'équité et la société juste, entre injustices sociales et pathologies sociales : des situations justes peuvent être insupportables.
C'est lorsque l'on regarde le monde social avec d'autres lunettes, que l'on peut voir, au delà des injustices que le réformiste corrige avec plus ou moins de bonheur, de véritables pathologies sociales.
C'est une manière de réintroduire dans le jeu politique l'opposition entre réformisme et révolution (ou, si l'on préfère, critique radicale de la société) qui s'était effacée ces dernières années, le mot révolution s'étant vidé de son sens. Mais c'est aussi une façon de légitimer dans le débat public d'autres manières de s'exprimer en politique. Aux experts qui argumentent de manière rationnelle et s'attachent à corriger les injustices que l'on sait mesurer, Honneth oppose ceux qui utilisent la parabole, la métaphore, la rhétorique pour rendre visible l'inacceptable que les acteurs ne voient pas toujours (d'où la figure de l'esclave heureux que l'on rencontre dans ce livre). C'est de cette manière, en effet, que l'on peut espérer modifier les normes dans une société.
Au coeur de cette distinction, il y a, explique Honneth un glissement dans les préoccupations de la philosophie politique : "il ne s'agit plus, écrit-il à propos de Hobbes qui aurait été l'un des premiers à initier ce glissement, de savoir comment une communauté peut garantir à ses membres une vie qui soit à la fois bonne et juste, tout ce qui le préoccupe c'est de savoir comment elle peut être en mesure de construire un ordre qui recoive un assentiment général. (…) La philosophie n'est censée apporter de réponse qu'aux problèmes relatifs à l'institution de rapports sociaux justes ; quant aux conditions qui garantissent une vie bonne, elles sont si peu accessibles à une définition générale qu'elles doivent rester en dehors du cadre de la philosophie."
Cette opposition entre injustices et pathologies sociales parait utile et pourrait bien demain nourrir les débats au sein de la gauche entre réformistes et radicaux.
Inscription à :
Articles (Atom)