Lorsque l’on parle de sécurité et de la gauche, un mot revient en permanence : angélisme. La droite l’utilise abondamment, mais la gauche aussi pour s’en défendre sans voir qu’elle donne à ses adversaires la meilleure arme qui soit.
Mais la gauche a-t-elle vraiment fait preuve d’angélisme? Du temps des gouvernements de gauche, la police et la justice ne laissaient pas plus courir les délinquants que du temps de la droite. L’une et l’autre faisaient leur travail avec autant de rigueur qu’aujourd’hui et n’étaient pas plus laxistes. Si angélisme il y eut, il n’a rien à voir avec le laxisme.
Les reproches que l'on peut faire à la gauche sont à mon sens d'une toute autre nature :
- à l’inverse de la droite, la gauche n’a pas fait de l’insécurité la question centrale de la politique. Jospin pensait que la lutte contre le chômage devait être la priorité de son gouvernement, c’est sur cette bataille qu’il a consacré l’essentiel de ses forces et de sa communication. Avec, d’ailleurs, on s’en souvient, quelques bons résultats ;
- la gauche n’a pas mesuré non plus l’impact émotionnel des faits divers. Il suffit d’un crime particulièrement odieux pour retourner l’opinion. Chacun se sent menacé, pris à parti. Les faits divers apportent de l'eau au moulin du populisme. Chaque crime qui fait la une des journaux télévisés donne le sentiment que les pouvoirs publics sont impuissants (ils n’ont pas réussi à empêcher le crime…) et trop indulgents (puisque selon le principe “qui vole un oeuf volera un jour un boeuf”, ’il aurait suffi de sanctionner plus sévèrement les petits délinquants pour l’éviter) ;
- la gauche n’a pas vraiment pris la mesure du sentiment d’insécurité qui a saisi la société française. Elle a commis l’erreur de confondre les chiffres de la délinquance tels que les révèlent les statistiques policières, chiffres qui ne portent pas particulièrement à l’inquiétude, et le vécu de la délinquance. La droite a été, de ce point de vue, plus habile : elle a compris que le sentiment d’insécurité ne se résumait pas à cela et elle a su faire son miel des enquêtes de victimation qui se sont développées ces trente dernières années.
La gauche a surtout manqué l’importance de la sécurité dans la bataille idéologique. Elle n’a pas vu que dans les sociétés contemporaines, se joue derrière ces questions de sécurité bien plus que le problème de la délinquance. La séquence de l’été 2010 vient de l’illustrer admirablement : pour faire oublier sa complaisance à l’égard de la délinquance financière (évasion fiscale, tricheries sur le financement des partis politiques), Nicolas Sarkozy met l’accent sur la (petite) délinquance des Roms. A ses yeux, aux yeux de ses amis, l’évasion fiscale, la délinquance en col blanc sous toutes ses formes sont infiniment moins graves que le vol ou les incivilités. On pourrait, de ce point, avancer que la gauche a certainement été moins laxiste que la droite qui, non contente d’euphémiser (voire dépénaliser) la délinquance en col blanc, n’a eu de cesse de la justifier. Les arguments selon lesquels il faut éviter de poursuivre les riches qui pratiquent l’évasion fiscale au motif qu’ils peuvent quitter la France ne valent certainement pas mieux que ceux selon lesquels il faut pardonner leurs larcins aux pauvres au motif qu’ils n’ont guère d’autres choix.
La gauche doit donc se battre pour réintroduire dans le champ de la délinquance des délits que la droite nous a appris à considérer avec complaisance. Les scandales Woerth et Bettencourt devraient l'y aider. Elle doit aussi s’attaquer aux politiques menées par la droite en matière de sécurité. Et pas seulement en agitant le drapeau des effectifs de la police en diminution (drapeau difficile à manipuler puisque 1) personne ne connaît avec précision les effectifs de la police, et 2) on ne peut exclure des gains de productivité).
Elle peut le faire en attaquant la droite sur deux points :
- en montrant d’abord que ces politiques ont été inefficaces comme l’indiquent les statistiques du Ministère de l’Intérieur et l’actualité,
- en soulignant, ensuite, que ces politiques ont été profondément contre-productives puisque, bien loin de réduire l’insécurité, elles ont “durci” les comportements des délinquants, comme le montrent les attaques, nouvelles, inédites, contre les policiers et l’indifférence de beaucoup de jeunes délinquants à l’égard des sanctions traditionnelles (garde à vue, prison…). La gauche pourrait ainsi faire remarquer que plus les sanctions prises à l’égard de ceux qui s’en prennent aux policiers sont lourdes et plus se multiplient les incidents qui mettent aux prises policiers et jeunes délinquants. Ce qui est tout de même paradoxal.
Toute la philosophie de la sécurité à la Sarkozy repose sur des sanctions toujours plus dures (peines plancher, peines de prison plus lourdes…). L’argument classique est que seules des sanctions plus rigoureuses peuvent inciter les délinquants à mieux se conduire. Or, cette politique est doublement inefficace :
- les délinquants se soucient moins de la dureté des sanctions que du risque d’être pris : c’est le travail de la police qui les inquiète plus que les jugements lointains de la justice
- un excès de sévérité banalise les sanctions et les rend moins efficaces. On a moins peur de la prison quand y faire un séjour est devenu banal. C’est ce qui se produit aujourd’hui dans un certain nombre de quartiers. On aimerait, à ce propos, recommander à nos politiques la lecture de Beccaia et de ces pages dans lesquelles il recommande la modération des peines : “à mesures que les supplices deviennent plus cruels, l’âme (…) s’endurcit par le spectacle renouvelé de la barbarie. On s’habitue aux supplices horribles ; et après cent ans de cruautés multipliées, les passions, toujours actives, sont moins retenues par la roue et le gibet, qu’elles ne l’étaient auparavant par la prison.”
La gauche, qui s’intéresse à la sécurité, comme l’ont montré les débats sur le sujet lors de l’université d’été des verts, devrait oser un discours qui oppose aux solutions simplistes du pouvoir en place une réflexion qui tienne compte de la complexité du sujet :
- la sécurité n’est pas la seule affaire de la police. D’autres services que ceux du Ministère de l’intérieur s’en préoccupent : les douanes au ministère des finances, l’inspection du travail… Il y a les polices municipales, les polices privées (comme celles de la SNCF et de la RATP, les sociétés de gardiennage) les acteurs privés (lorsqu’un citoyen fait blinder sa porte, il participe à la lutte contre le cambriolage…). Il y a fort à parier que ces différents acteurs ne travaillent pas toujours en bonne intelligence et qu’une meilleure coordination aiderait ;
- tous les délits ne sont pas de même nature et ne doivent donc pas être traités de la même manière, ce que l’on fait aujourd’hui lorsque l’on met également en garde à vue un automobiliste mécontent et un trafiquant de drogue…
- le rôle de la police devrait être d'assurer et garantir l'ordre et non pas de créer le désordre comme c'est si souvent le cas dans les quartiers difficiles où leurs méthodes conduisent de délits mineurs à de véritables révoltes (des gamins ne respectent pas un feu, une limitation de vitesse ou une injonction policière, les policiers partent à leur poursuite, cette course-poursuite donne lieu à un accident mortel, le quartier s'embrase) ;
- tous les services de police ne travaillent pas également bien. Certains obtiennent de meilleurs résultats que d’autres. Il serait bon de mettre en place des systèmes d’évaluation qui permettent d’identifier ceux qui travaillent le mieux, non pas pour sanctionner les autres, mais pour en extraire les bonnes pratiques qui devraient être diffusées ailleurs. Des outils d’évaluation existent qui permettent de comparer des commissariats (notamment les techniques de Data Envelopment Analysis). Il conviendrait de les utiliser en lieu et place des méthodes d’évaluation actuelles dont on a si souvent souligné les effets pervers.
Il y a certainement plein d'autres choses à faire. Mais commencer à discuter de ces questions serait une bonne manière de ramener l'insécurité à sa juste place.
Sur le même sujet, je voudrais signaler l'excellent papier d'Alternatives Economiques : Insécurité : l'échec du tout répressif.
Avoir des opinions est l'un des éléments du bien-être, affirmait il y a une quinzaine d'années, l'économiste A.O.Hirshman. Les blogs sont une bonne manière d'afficher ses opinions mais aussi, et peut-être même surtout, de les construire. C'est ce qui m'a donné envie de tenir celui-ci
mardi, août 24, 2010
lundi, août 23, 2010
Les policiers de Nicolas Sarkozy
Nicolas Sarkozy a récemment nommé à des postes de préfet ou de responsabilité dans son entourage immédiat plusieurs policiers. Ces choix confirment l'importance qu'il accorde aux nominations de collaborateurs qui lui doivent tout. Il aime gouverner entouré d'obligés. C'est vrai de tous ses conseillers qui ne seraient rien sans lui quand ses ministres ont, du fait même de leur capital électoral, une certaine autonomie. Ce l'est de ces policiers qu'il nomme préfets. Quelque brillante qu'ait pu être leur carrière, les commissaires de police deviennent rarement préfets. Ils ne sortent d'aucune de ces écoles qui forment les élites de la nation (beaucoup ont choisi la police faute d'avoir réussi le concours de l'ENA, de l'Ecole Nationale de la magistrature ou de l'Ecole des Hautes Etudes en Santé ublique), et auraient eu peu de chance d'arriver au sommet de l'Etat sans l'intervention du Prince. On peut imaginer qu'ils lui seront d'autant plus fidèles qu'ils lui doivent beaucoup, sinon, pour certains, tout.
Cette dépendance donne au Prince le droit d'être exigeant et on devine que Nicolas Sarkozy l'est : ses dossiers sont certainement très bien préparés. Elle lui permet également de faire confiance. Et on a également le sentiment qu'il sait déléguer beaucoup à ses plus proches (ses conseillers, pas ses ministres). Comment pourrait-il, d'ailleurs,traiter simultanément autant de dossiers s'il ne donnait les plus grandes marges à ses conseillers les plus proches? L'inconvénient de ce type de gestion est qu'il favorise les phénomènes de cour : les conseillers (et hauts fonctionnaires) n'ayant d'autre légitimité que celle accordée par le prince, ils ne peuvent s'opposer à lui sans risques là où un politique, fort d'une légitimité personnelle, pourrait le mettre en garde. Les mesures prises contre les Roms et les gens du voyage est un bon exemple de ces erreurs graves (parce que c'est une erreur qui lui coûtera cher dans son électorat le plus traditionnel comme le montrent les réactions de l'Eglise, des institutions juives et la gêne de beaucoup d'élus de droite) qu'une écoute plus régulière des politiques lui aurait permis d'éviter.
Chacun le devine, ces nominations de policiers ont été conçues comme un signal adressé à l'opinion : les questions de sécurité sont prises sérieusement en main puisque confiées à des experts. Mais est-ce bien le cas?
Il n'est pas sûr que la carrière d'Eric Le Douaron, le nouveau préfet de l'Isère, l'ait vraiment préparé à résoudre les problèmes rencontrés dans les banlieues de Grenoble. Il a été pendant des années commissaire du 4ème arrondissement de Paris puis directeur de la police des frontières, ce qui est bien loin des problèmes des banlieues. Patron du Raid puis des CRS, Christian Lambert a, quant à lui, plus un profil de responsable du maintien de l'ordre que de spécialiste des problèmes de la Seine Saint-Denis.
Au delà, ces nominations posent un problème de compétence plus général. Les préfets ne sont pas seulement le chef de la police. Ils sont aussi dans leurs départements et régions, chargés d'animer les autres administrations, ce qui demande une expérience qui s'acquiert sur le terrain, dans les sous-préfectures, dans les préfectures, pas dans les commissariats. On peut donc craindre qu'elles se traduisent par un dégradation de la qualité du travail de la fonction publique dans les départements ou régions qui héritent de ces policiers.
Le risque est d'autant plus réel que les policiers viennent d'une administration qui fonctionne de manière très particulière, bien loin de l'image qu'en donnent les séries policières. Les syndicats y exercent un pouvoir considérable et cogèrent l'institution au terme d'un contrat implicite qui ne date pas de Nicolas Sarkozy mais auquel il n'a pas touché. La police obéit au pouvoir politique dans les moments les plus difficiles, elle fait éventuellement le sale boulot (chasser des Roms de leur campement fait aujourd'hui partie de ces sales boulots), mais, en échange, elle se gère largement elle-même et attend du gouvernement protection chaque fois qu'elle commet une erreur. Les sanctions y sont exceptionnelles alors même que c'est un métier qui met plus que d'autres en situation de commettre des bavures aux conséquences graves.
La police est, par ailleurs, la seule administration dans laquelle les organisations syndicales ont la capacité d'infléchir régulièrement la politique gouvernementale. Ces organisations syndicales n'échappent pas aux difficultés des autres syndicats. Elles y répondent par le populisme, l'appel à toujours plus de répression.
Mais revenons à la lutte contre la délinquance. Ces nominations peuvent-elles être efficaces? Non. Toutes choses égales par ailleurs, ces préfets ont trop peu de temps pour éradiquer un phénomène complexe qui prend ses racines dans le chômage, l'échec scolaire, la pauvreté, la désespérance sociale. Ils ne resteront pas les bras croisés. Les policiers maîtrisent depuis longtemps l'art de manipuler la presse, de distiller des informations, de monter des opérations spectacle, ils sont de tous les fonctionnaires ceux qui la pratiquent le plus. Et ils multiplieront (ils ont déjà commencé de le faire) les opérations musclées et cinématographiques susceptibles d'ouvrir les journaux télévisés. On parlera d'eux, ils donneront le sentiment d'agir, mais… les policiers sont aussi de grands spécialistes de la négociation indirecte avec les délinquants, de la sous-traitance de la sécurité aux bandes et mafias. On peut craindre que se mette en place un système où d'un coté la police ferait beaucoup de bruit pour les médias et laisserait de l'autre les délinquants les plus structurés, les plus raisonnables travailler dans le calme.
Cette dépendance donne au Prince le droit d'être exigeant et on devine que Nicolas Sarkozy l'est : ses dossiers sont certainement très bien préparés. Elle lui permet également de faire confiance. Et on a également le sentiment qu'il sait déléguer beaucoup à ses plus proches (ses conseillers, pas ses ministres). Comment pourrait-il, d'ailleurs,traiter simultanément autant de dossiers s'il ne donnait les plus grandes marges à ses conseillers les plus proches? L'inconvénient de ce type de gestion est qu'il favorise les phénomènes de cour : les conseillers (et hauts fonctionnaires) n'ayant d'autre légitimité que celle accordée par le prince, ils ne peuvent s'opposer à lui sans risques là où un politique, fort d'une légitimité personnelle, pourrait le mettre en garde. Les mesures prises contre les Roms et les gens du voyage est un bon exemple de ces erreurs graves (parce que c'est une erreur qui lui coûtera cher dans son électorat le plus traditionnel comme le montrent les réactions de l'Eglise, des institutions juives et la gêne de beaucoup d'élus de droite) qu'une écoute plus régulière des politiques lui aurait permis d'éviter.
Chacun le devine, ces nominations de policiers ont été conçues comme un signal adressé à l'opinion : les questions de sécurité sont prises sérieusement en main puisque confiées à des experts. Mais est-ce bien le cas?
Il n'est pas sûr que la carrière d'Eric Le Douaron, le nouveau préfet de l'Isère, l'ait vraiment préparé à résoudre les problèmes rencontrés dans les banlieues de Grenoble. Il a été pendant des années commissaire du 4ème arrondissement de Paris puis directeur de la police des frontières, ce qui est bien loin des problèmes des banlieues. Patron du Raid puis des CRS, Christian Lambert a, quant à lui, plus un profil de responsable du maintien de l'ordre que de spécialiste des problèmes de la Seine Saint-Denis.
Au delà, ces nominations posent un problème de compétence plus général. Les préfets ne sont pas seulement le chef de la police. Ils sont aussi dans leurs départements et régions, chargés d'animer les autres administrations, ce qui demande une expérience qui s'acquiert sur le terrain, dans les sous-préfectures, dans les préfectures, pas dans les commissariats. On peut donc craindre qu'elles se traduisent par un dégradation de la qualité du travail de la fonction publique dans les départements ou régions qui héritent de ces policiers.
Le risque est d'autant plus réel que les policiers viennent d'une administration qui fonctionne de manière très particulière, bien loin de l'image qu'en donnent les séries policières. Les syndicats y exercent un pouvoir considérable et cogèrent l'institution au terme d'un contrat implicite qui ne date pas de Nicolas Sarkozy mais auquel il n'a pas touché. La police obéit au pouvoir politique dans les moments les plus difficiles, elle fait éventuellement le sale boulot (chasser des Roms de leur campement fait aujourd'hui partie de ces sales boulots), mais, en échange, elle se gère largement elle-même et attend du gouvernement protection chaque fois qu'elle commet une erreur. Les sanctions y sont exceptionnelles alors même que c'est un métier qui met plus que d'autres en situation de commettre des bavures aux conséquences graves.
La police est, par ailleurs, la seule administration dans laquelle les organisations syndicales ont la capacité d'infléchir régulièrement la politique gouvernementale. Ces organisations syndicales n'échappent pas aux difficultés des autres syndicats. Elles y répondent par le populisme, l'appel à toujours plus de répression.
Mais revenons à la lutte contre la délinquance. Ces nominations peuvent-elles être efficaces? Non. Toutes choses égales par ailleurs, ces préfets ont trop peu de temps pour éradiquer un phénomène complexe qui prend ses racines dans le chômage, l'échec scolaire, la pauvreté, la désespérance sociale. Ils ne resteront pas les bras croisés. Les policiers maîtrisent depuis longtemps l'art de manipuler la presse, de distiller des informations, de monter des opérations spectacle, ils sont de tous les fonctionnaires ceux qui la pratiquent le plus. Et ils multiplieront (ils ont déjà commencé de le faire) les opérations musclées et cinématographiques susceptibles d'ouvrir les journaux télévisés. On parlera d'eux, ils donneront le sentiment d'agir, mais… les policiers sont aussi de grands spécialistes de la négociation indirecte avec les délinquants, de la sous-traitance de la sécurité aux bandes et mafias. On peut craindre que se mette en place un système où d'un coté la police ferait beaucoup de bruit pour les médias et laisserait de l'autre les délinquants les plus structurés, les plus raisonnables travailler dans le calme.
samedi, août 14, 2010
Entre Poutine et Berlusconi
Ce n'est pas la première fois que la France et sa politique sont critiquées par la presse ou des organisations internationales. On se souvient des critiques que la politique française avait suscitées pendant la guerre du Vietnam ou, plus près de nous, les réactions américaines aux discours de Dominique de Villepin à propos de l'Irak. Mais à chaque fois, les positions françaises suscitaient l'approbation d'une grande majorité des Français et la sympathie de beaucoup à l'étranger, notamment du coté des non-alignés. C'est, cette fois-ci, tout différent. les critiques faites à l'extérieur relaient celles faites à l'intérieur et viennent, pour beaucoup, de ceux qui trouvaient, à l'étranger, quelques vertus aux positions françaises. C'est l'image de la France, celle qu'elle veut donner d'elle-même qui est écornée. Et avec elle celle d'un Président dont l'image se situe, pour l'instant encore dans une version light, quelque part entre Poutine et Berlusconi. Cela n'augure guère d'une Présidence du G20 dont Nicolas Sarkozy et ses amis attendaient tant.
vendredi, août 13, 2010
L'art de façonner l'opinion : un exemple concret
Il y a quelques jours, Eric Fassin a publiée dans Le Monde une libre opinion mettant en évidence le rôle des commentateurs dans la fabrication de l'opinion :
En matière de sécurité, écrivait-il, "les annonces de la majorité" seraient "plébiscitées". Du moins Le Figaro l'affirmait-il en "une" le 5 août, en s'appuyant sur un sondage IFOP : "Roms, déchéance de nationalité, peines planchers, vidéosurveillance : les idées de l'UMP sont approuvées aussi à gauche." Une dépêche AFP dictera le ton des médias : "Le consensus semble transcender assez largement les tranches d'âge, appartenances sociales ou préférences politiques affichées."
Il est vrai que le "palmarès" du sondage (c'est le mot utilisé par Le Figaro) est impressionnant : 80 % des Français seraient favorables à"l'instauration d'une peine incompressible de trente ans de prison pour les assassins de policiers et de gendarmes", 79 % au"démantèlement des camps illégaux de Roms", et ils le sont au retrait de nationalité pour les Français d'origine étrangère, à 70 % "en cas d'atteinte à la vie d'un policier ou d'un gendarme", et à 80 % en cas "de polygamie ou d'incitation à l'excision". Avec ces scores de maréchal, on peut bien parler de "plébiscite"pour Nicolas Sarkozy.
Le plébiscite médiatique du sondage plébiscitaire est souligné par l'indifférence qui entoure un sondage du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) publié par L'Humanité du 6 août. Il est vrai que les résultats en sont moins spectaculaires : 62 % jugent nécessaire le démantèlement des camps illégaux de Roms (contre 79 % favorables, selon le sondage IFOP), et sur le retrait de la nationalité pour meurtre de policier, ils sont 57 % (contre 70 %). L'écart se creuse d'ailleurs si l'on considère les réponses extrêmes -"tout à fait" ou "pas du tout". Sans doute la tendance n'est-elle pas inversée ; du moins est-elle atténuée.
Les résultats paraissent d'autant plus vrais qu'ils sont moins vraisemblables. "De fait, s'émerveille Le Figaro, qui aurait cru que 62 % des électeurs de gauche approuveraient que l'on retire leur nationalité française à des ressortissants d'origine étrangère coupables de polygamie ou d'excision ?" Et de répondre à Martine Aubry, qui dénonce une "dérive antirépublicaine" : "les dirigeants socialistes, dépassés par leurs troupes, n'ont toujours pas fait leur révolution culturelle, huit ans après l'élimination de Lionel Jospin au premier tour de la présidentielle".
L'enjeu, c'est le consensus censé réunir électeurs de droite et de gauche. Le 6 août, sur la foi du sondage IFOP, Le Monde s'interrogeait : "Sécurité : la fin d'un clivage ?" ; mais L'Humanité titre, à partir du sondage CSA : "L'ultrasécuritaire clive la France". Car l'écart y est très important entre, d'une part, droite et extrême droite (très semblables dans leurs réponses), et d'autre part gauche et extrême gauche (également proches) - dans un rapport, pour chaque réponse, d'au moins 1 à 2. Même dans le sondage IFOP, l'opposition entre droite et gauche reste "clivante" (bien plus que tout autre critère) - le rapport est de 1 à 1,5 ou 2 !
Cet engouement médiatique est d'autant plus frappant que le sondage IFOP serait un désaveu pour les médias : des résultats jugés "spectaculaires" par Jérôme Fourquet, de l'IFOP, qui voit dans cette enquête la confirmation de ce qu'il pressentait : "L'affaire Bettencourt a occupé une place très importante dans les médias, mais l'opinion, elle, a davantage été marquée par les violences des dernières semaines."
Mais l'insécurité est-elle la priorité des Français ? En réalité, la grande enquête "victimation et sentiment d'insécurité en Ile-de-France", menée tous les deux ans auprès de 10 000 personnes (soit dix fois plus que les sondages IFOP ou CSA), concluait en 2009 que, pour les Franciliens, ce n'est plus du tout la délinquance qui est jugée prioritaire (avec un recul, depuis 2001, de 39,2 % à 12,6 %), mais, et de loin, la pauvreté et le chômage (à 39,8 % et 40,9 %).
Une enquête nationale de l'IFOP, fin juillet, montre certes une forte progression du sentiment que la délinquance a augmenté depuis 2007 (de 43 % à 59 %) ; mais 84 % des sondés se jugent personnellement en sécurité. Mieux : on croit d'autant plus à cette augmentation que le taux de délinquance est plus faible dans son propre département ! France-Soir en conclut que, depuis l'élection de Nicolas Sarkozy, "le sentiment "d'insécurité" se généralise". N'est-ce pas plutôt la croyance dans la montée de l'insécurité ? La délinquance pèserait-elle moins dans le quotidien des Français que dans l'actualité médiatique ?
La "vérité" résulte d'une construction. Pas plus que les journalistes ou les politiques, les sondeurs ne sont les interprètes autorisés des Français. Les uns et les autres proposent des versions de l'opinion, qui la reflètent moins qu'elles ne contribuent à la former. Quand on interroge sur les"camps illégaux de Roms", note Rue89, on pourrait ajouter une question pour savoir "si les gens sont favorables au respect de la loi qui oblige certaines communes à aménager des terrains d'accueil pour les Roms". "C'est vrai, on aurait pu la poser, reconnaît-on à l'IFOP. Mais on est obligé de faire des choix, et tous les choix sont mutilants."
Définir les questions, ce n'est pas un simple préalable méthodologique ; c'est aussi un enjeu politique. Car les problèmes ne se posent jamais tout seuls ; ce sont toujours des acteurs politiques qui les posent pour en imposer les termes. "L'opinion publique" ne préexiste pas au débat public, dont les représentations médiatiques et sondagières font partie ; elle en est l'enjeu même. Le président de la République définit l'insécurité comme une priorité, et la pose en lien avec l'immigration, voire avec l'origine.
Il reflète moins ainsi quelque xénophobie ou racisme inhérents aux Français qu'il ne les attise par son discours et sa politique. Si la gauche, intimidée par la droite, mais aussi par les médias et les sondeurs, acceptait les termes de Nicolas Sarkozy, elle serait condamnée à perdre en 2012. Sa seule chance de gagner, c'est de poser d'autres questions, et de proposer d'autres articulations, en particulier avec la politique économique - et ainsi de façonner autrement l'opinion.
Quelques heures (et un autre commanditaire, Marianne vs Le Figaro) plus tard, voilà de quoi apporter de l'eau au moulin de Fassin et de quoi montrer, de manière éclatante, que les jugements sur la politique gouvernementale dépendent massivement des questions posées, "69 % des Français jugent Nicolas Sarkozy "inefficace" en matière de sécurité, selon un sondage", selon un autre titre du Monde :
La crédibilité du chef de l'Etat en matière de sécurité s'est fortement effritée, selon un sondage CSA pour le magazine Marianne à paraître samedi 14 août (le fichier PDF de l'enquête est disponible ici). D'après cette enquête, 69 % des sondés jugent "inefficace" son action comme ministre de l'intérieur, puis comme chef de l'Etat, sur les questions de sécurité. Ce constat sévère, et qui explique sans doute la multiplication des annonces sécuritaires par la majorité ces dernières semaines, est partagé à gauche (72 %). Mais les sympathisants de droite sont une majorité (53 %) à faire le même constat. Seuls 27 % des sondés jugent queNicolas Sarkozy a été "efficace" en matière de lutte contre l'insécurité (25 % à gauche, 45 % à droite).
L'enquête montre aussi que Nicolas Sarkozy est jugé inefficace dans tous les aspects de la lutte contre l'insécurité : Pour 58 %, le chef de l'Etat est jugé "plutôt inefficace en matière d'atteintes aux biens" ; 69 % partagent ce constat pour les atteintes aux personnes ; 72 % pour la délinquance financière et 78 % le jugent "plutôt inefficace" pour lutter contre les violences urbaines.
LE LIEN ENTRE INSÉCURITÉ ET IMMIGRATION MINORITAIRE DANS L'OPINION
Autre information qui vient, en partie, contredire le lien établi de plus en plus fréquemment par l'UMP entre immigration et insécurité : la principale cause de celle-ci, aux yeux des Français, est sociale : pour 73 % des sondés et 68 % des sympathisants de droite, ce sont les inégalités qui causent l'augmentation de la délinquance. Pour 68 % d'entre eux et 64 % à droite, la suppression par Nicolas Sarkozy de la police de proximité est également en cause. Deux autres hypothèses sont validées :"l'incivilité des citoyens" (68 %) et la réduction du nombre de policiers (66 %).
L'immigration est citée comme cause de la hausse de l'insécurité par une forte minorité (47 %), tandis que 49 % estiment qu'elle y contribue"peu ou pas du tout". En revanche, les sympathisants de droite sont nettement plus nombreux, 61 % (contre 33 % à gauche), à partager ce constat.
Plus étonnant encore, au vu des précédentes enquêtes d'opinion, dont celle de l'IFOP qui avait fait polémique : le projet de priver de nationalité les Français d'origine étrangère coupables de certains crimes est jugé défavorablement par une courte majorité. Précisément, 51 % des sondés, contre 46 %, jugent que "tous les Français doivent être égaux devant la loi quelle que soit leur origine". Avec un net clivage partisan : 63 % des sympathisants de gauche partagent ce constat, contre seulement 28 % de ceux de droite.
L'institut CSA a également testé l'adhésion à la phrase "les Français d'origine étrangère sont des Français à part entière", qui recueille 75 % d'approbation, contre 22 %. Il a également demandé si les exilés fiscaux méritaient la nationalité française. Seuls 28 % jugent que oui, contre 66 %.
Tout cela invite à prendre les résultats des enquêtes d'opinion avec un certain relativisme…
En matière de sécurité, écrivait-il, "les annonces de la majorité" seraient "plébiscitées". Du moins Le Figaro l'affirmait-il en "une" le 5 août, en s'appuyant sur un sondage IFOP : "Roms, déchéance de nationalité, peines planchers, vidéosurveillance : les idées de l'UMP sont approuvées aussi à gauche." Une dépêche AFP dictera le ton des médias : "Le consensus semble transcender assez largement les tranches d'âge, appartenances sociales ou préférences politiques affichées."
Il est vrai que le "palmarès" du sondage (c'est le mot utilisé par Le Figaro) est impressionnant : 80 % des Français seraient favorables à"l'instauration d'une peine incompressible de trente ans de prison pour les assassins de policiers et de gendarmes", 79 % au"démantèlement des camps illégaux de Roms", et ils le sont au retrait de nationalité pour les Français d'origine étrangère, à 70 % "en cas d'atteinte à la vie d'un policier ou d'un gendarme", et à 80 % en cas "de polygamie ou d'incitation à l'excision". Avec ces scores de maréchal, on peut bien parler de "plébiscite"pour Nicolas Sarkozy.
Le plébiscite médiatique du sondage plébiscitaire est souligné par l'indifférence qui entoure un sondage du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) publié par L'Humanité du 6 août. Il est vrai que les résultats en sont moins spectaculaires : 62 % jugent nécessaire le démantèlement des camps illégaux de Roms (contre 79 % favorables, selon le sondage IFOP), et sur le retrait de la nationalité pour meurtre de policier, ils sont 57 % (contre 70 %). L'écart se creuse d'ailleurs si l'on considère les réponses extrêmes -"tout à fait" ou "pas du tout". Sans doute la tendance n'est-elle pas inversée ; du moins est-elle atténuée.
Les résultats paraissent d'autant plus vrais qu'ils sont moins vraisemblables. "De fait, s'émerveille Le Figaro, qui aurait cru que 62 % des électeurs de gauche approuveraient que l'on retire leur nationalité française à des ressortissants d'origine étrangère coupables de polygamie ou d'excision ?" Et de répondre à Martine Aubry, qui dénonce une "dérive antirépublicaine" : "les dirigeants socialistes, dépassés par leurs troupes, n'ont toujours pas fait leur révolution culturelle, huit ans après l'élimination de Lionel Jospin au premier tour de la présidentielle".
L'enjeu, c'est le consensus censé réunir électeurs de droite et de gauche. Le 6 août, sur la foi du sondage IFOP, Le Monde s'interrogeait : "Sécurité : la fin d'un clivage ?" ; mais L'Humanité titre, à partir du sondage CSA : "L'ultrasécuritaire clive la France". Car l'écart y est très important entre, d'une part, droite et extrême droite (très semblables dans leurs réponses), et d'autre part gauche et extrême gauche (également proches) - dans un rapport, pour chaque réponse, d'au moins 1 à 2. Même dans le sondage IFOP, l'opposition entre droite et gauche reste "clivante" (bien plus que tout autre critère) - le rapport est de 1 à 1,5 ou 2 !
Cet engouement médiatique est d'autant plus frappant que le sondage IFOP serait un désaveu pour les médias : des résultats jugés "spectaculaires" par Jérôme Fourquet, de l'IFOP, qui voit dans cette enquête la confirmation de ce qu'il pressentait : "L'affaire Bettencourt a occupé une place très importante dans les médias, mais l'opinion, elle, a davantage été marquée par les violences des dernières semaines."
Mais l'insécurité est-elle la priorité des Français ? En réalité, la grande enquête "victimation et sentiment d'insécurité en Ile-de-France", menée tous les deux ans auprès de 10 000 personnes (soit dix fois plus que les sondages IFOP ou CSA), concluait en 2009 que, pour les Franciliens, ce n'est plus du tout la délinquance qui est jugée prioritaire (avec un recul, depuis 2001, de 39,2 % à 12,6 %), mais, et de loin, la pauvreté et le chômage (à 39,8 % et 40,9 %).
Une enquête nationale de l'IFOP, fin juillet, montre certes une forte progression du sentiment que la délinquance a augmenté depuis 2007 (de 43 % à 59 %) ; mais 84 % des sondés se jugent personnellement en sécurité. Mieux : on croit d'autant plus à cette augmentation que le taux de délinquance est plus faible dans son propre département ! France-Soir en conclut que, depuis l'élection de Nicolas Sarkozy, "le sentiment "d'insécurité" se généralise". N'est-ce pas plutôt la croyance dans la montée de l'insécurité ? La délinquance pèserait-elle moins dans le quotidien des Français que dans l'actualité médiatique ?
La "vérité" résulte d'une construction. Pas plus que les journalistes ou les politiques, les sondeurs ne sont les interprètes autorisés des Français. Les uns et les autres proposent des versions de l'opinion, qui la reflètent moins qu'elles ne contribuent à la former. Quand on interroge sur les"camps illégaux de Roms", note Rue89, on pourrait ajouter une question pour savoir "si les gens sont favorables au respect de la loi qui oblige certaines communes à aménager des terrains d'accueil pour les Roms". "C'est vrai, on aurait pu la poser, reconnaît-on à l'IFOP. Mais on est obligé de faire des choix, et tous les choix sont mutilants."
Définir les questions, ce n'est pas un simple préalable méthodologique ; c'est aussi un enjeu politique. Car les problèmes ne se posent jamais tout seuls ; ce sont toujours des acteurs politiques qui les posent pour en imposer les termes. "L'opinion publique" ne préexiste pas au débat public, dont les représentations médiatiques et sondagières font partie ; elle en est l'enjeu même. Le président de la République définit l'insécurité comme une priorité, et la pose en lien avec l'immigration, voire avec l'origine.
Il reflète moins ainsi quelque xénophobie ou racisme inhérents aux Français qu'il ne les attise par son discours et sa politique. Si la gauche, intimidée par la droite, mais aussi par les médias et les sondeurs, acceptait les termes de Nicolas Sarkozy, elle serait condamnée à perdre en 2012. Sa seule chance de gagner, c'est de poser d'autres questions, et de proposer d'autres articulations, en particulier avec la politique économique - et ainsi de façonner autrement l'opinion.
Quelques heures (et un autre commanditaire, Marianne vs Le Figaro) plus tard, voilà de quoi apporter de l'eau au moulin de Fassin et de quoi montrer, de manière éclatante, que les jugements sur la politique gouvernementale dépendent massivement des questions posées, "69 % des Français jugent Nicolas Sarkozy "inefficace" en matière de sécurité, selon un sondage", selon un autre titre du Monde :
La crédibilité du chef de l'Etat en matière de sécurité s'est fortement effritée, selon un sondage CSA pour le magazine Marianne à paraître samedi 14 août (le fichier PDF de l'enquête est disponible ici). D'après cette enquête, 69 % des sondés jugent "inefficace" son action comme ministre de l'intérieur, puis comme chef de l'Etat, sur les questions de sécurité. Ce constat sévère, et qui explique sans doute la multiplication des annonces sécuritaires par la majorité ces dernières semaines, est partagé à gauche (72 %). Mais les sympathisants de droite sont une majorité (53 %) à faire le même constat. Seuls 27 % des sondés jugent queNicolas Sarkozy a été "efficace" en matière de lutte contre l'insécurité (25 % à gauche, 45 % à droite).
L'enquête montre aussi que Nicolas Sarkozy est jugé inefficace dans tous les aspects de la lutte contre l'insécurité : Pour 58 %, le chef de l'Etat est jugé "plutôt inefficace en matière d'atteintes aux biens" ; 69 % partagent ce constat pour les atteintes aux personnes ; 72 % pour la délinquance financière et 78 % le jugent "plutôt inefficace" pour lutter contre les violences urbaines.
LE LIEN ENTRE INSÉCURITÉ ET IMMIGRATION MINORITAIRE DANS L'OPINION
Autre information qui vient, en partie, contredire le lien établi de plus en plus fréquemment par l'UMP entre immigration et insécurité : la principale cause de celle-ci, aux yeux des Français, est sociale : pour 73 % des sondés et 68 % des sympathisants de droite, ce sont les inégalités qui causent l'augmentation de la délinquance. Pour 68 % d'entre eux et 64 % à droite, la suppression par Nicolas Sarkozy de la police de proximité est également en cause. Deux autres hypothèses sont validées :"l'incivilité des citoyens" (68 %) et la réduction du nombre de policiers (66 %).
L'immigration est citée comme cause de la hausse de l'insécurité par une forte minorité (47 %), tandis que 49 % estiment qu'elle y contribue"peu ou pas du tout". En revanche, les sympathisants de droite sont nettement plus nombreux, 61 % (contre 33 % à gauche), à partager ce constat.
Plus étonnant encore, au vu des précédentes enquêtes d'opinion, dont celle de l'IFOP qui avait fait polémique : le projet de priver de nationalité les Français d'origine étrangère coupables de certains crimes est jugé défavorablement par une courte majorité. Précisément, 51 % des sondés, contre 46 %, jugent que "tous les Français doivent être égaux devant la loi quelle que soit leur origine". Avec un net clivage partisan : 63 % des sympathisants de gauche partagent ce constat, contre seulement 28 % de ceux de droite.
L'institut CSA a également testé l'adhésion à la phrase "les Français d'origine étrangère sont des Français à part entière", qui recueille 75 % d'approbation, contre 22 %. Il a également demandé si les exilés fiscaux méritaient la nationalité française. Seuls 28 % jugent que oui, contre 66 %.
Tout cela invite à prendre les résultats des enquêtes d'opinion avec un certain relativisme…
La disparition de la mixité sociale
On n'a jamais tant parlé de mixité sociale (voir par exemple, ici). Mais n'est-ce pas le signe que plus on en parle plus elle se défait sous le coup de mécanismes puissants?
J'ai eu cette intuition sur la plage, il y a quelques jours. J'étais au Lavandou, cette station très connue depuis que Nicolas Sarkozy y passe ses vacances, qui combine des quartiers de haut luxe et une plage populaire. J'étais sur cette dernière. Et j'ai eu l'impression de découvrir une France que je ne connaissais pas ou, plutôt, que je ne fréquente pas d'ordinaire. Une France de gens souvent en surpoids, de jeunes gens et de jeunes filles avec des tatouages et des piercings, une France comme une autre, ni plus ni moins belle ou agréable que celle que je connais, mais si éloignée. Passé le premier moment de surprise, il m'est apparu que mon étonnement n'était que la révélation de l'impitoyable ségrégation sociale qui s'est mise en place ces dernières années dans notre société.
Autrefois, dans les familles bourgeoises, les plus riches et les classes populaires (domestiques…) vivaient au quotidien ensemble, comme aujourd'hui chez les Bettencourt. C'est aujourd'hui fini : chacun reste dans son univers, les classes les plus riches dans leurs ghettos, les classes moyennes et les classes populaires dans les leurs. Les occasions de se rencontrer, de vivre ensemble se sont raréfiées : le service militaire a disparu, l'école ne joue plus ce rôle tant les classes des quartiers bourgeois (populaires) sont, même dans les établissements publics remplies d'enfants de bourgeois (des classes populaires), le travail a lui aussi cessé de le jouer tant on ne fréquente dans son milieu professionnel que des collègues ayant mêmes diplômes, mêmes profils de carrière… Quant à la culture : il suffit de regarder le public des salles de cinéma ou de théâtre que l'on fréquente pour voir que l'on est entre soi. Même sur les réseaux sociaux, on se découvre entre pairs.
Cette ségrégation croissante se voir partout. Le logement y joue semble-t-il une place déterminante. Son évolution illustre bien le phénomène : les petits logements des beaux quartiers (chambres de bonnes transformées en studios…) qui étaient hier occupés par des ouvriers ou des employés, sont aujourd'hui habités par de jeunes bourgeois qui habiteront demain les appartements, plus spacieux, des étages inférieurs. Ce sont les enfants de ces jeunes bourgeois qui s'inscrivent dans les écoles de ces quartiers, qui vont dans les meilleurs lycées puis dans les classes préparatoires aux grandes écoles.
Le travail y contribue également à sa manière. Le système hiérarchique qui dominait dans l'industrie fordiste mettait en contact direct cadres, ouvriers et employés. Les nouvelles méthodes de management, plus participatives, ont eu pour effet de renforcer les liens entre pairs au dépens de ceux liés à la hiérarchie : les jeunes cadres qui travaillent dans la banque, l'informatique ne se voient pratiquement qu'entre eux.
Faire ses courses, notamment ses courses alimentaires dans les grandes villes, reste, bizarrement, la dernière occasion que l'on ait de croiser des gens d'autres milieux.
A quoi tout cela tient-il? On ne peut parler de volonté politique de créer une société ségréguée. On ne peut non plus tout mettre sur le dos des préférences individuelles. Il faut regarder ailleurs, peut-être du coté du libre jeu du marché. Si le prix du m2 augmente dans les beaux quartiers, même les petits logements deviennent inabordables pour la majorité. Seuls peuvent y prétendre ceux qui ont des ressources familiales ou des profils de carrière avantageux.
J'ai eu cette intuition sur la plage, il y a quelques jours. J'étais au Lavandou, cette station très connue depuis que Nicolas Sarkozy y passe ses vacances, qui combine des quartiers de haut luxe et une plage populaire. J'étais sur cette dernière. Et j'ai eu l'impression de découvrir une France que je ne connaissais pas ou, plutôt, que je ne fréquente pas d'ordinaire. Une France de gens souvent en surpoids, de jeunes gens et de jeunes filles avec des tatouages et des piercings, une France comme une autre, ni plus ni moins belle ou agréable que celle que je connais, mais si éloignée. Passé le premier moment de surprise, il m'est apparu que mon étonnement n'était que la révélation de l'impitoyable ségrégation sociale qui s'est mise en place ces dernières années dans notre société.
Autrefois, dans les familles bourgeoises, les plus riches et les classes populaires (domestiques…) vivaient au quotidien ensemble, comme aujourd'hui chez les Bettencourt. C'est aujourd'hui fini : chacun reste dans son univers, les classes les plus riches dans leurs ghettos, les classes moyennes et les classes populaires dans les leurs. Les occasions de se rencontrer, de vivre ensemble se sont raréfiées : le service militaire a disparu, l'école ne joue plus ce rôle tant les classes des quartiers bourgeois (populaires) sont, même dans les établissements publics remplies d'enfants de bourgeois (des classes populaires), le travail a lui aussi cessé de le jouer tant on ne fréquente dans son milieu professionnel que des collègues ayant mêmes diplômes, mêmes profils de carrière… Quant à la culture : il suffit de regarder le public des salles de cinéma ou de théâtre que l'on fréquente pour voir que l'on est entre soi. Même sur les réseaux sociaux, on se découvre entre pairs.
Cette ségrégation croissante se voir partout. Le logement y joue semble-t-il une place déterminante. Son évolution illustre bien le phénomène : les petits logements des beaux quartiers (chambres de bonnes transformées en studios…) qui étaient hier occupés par des ouvriers ou des employés, sont aujourd'hui habités par de jeunes bourgeois qui habiteront demain les appartements, plus spacieux, des étages inférieurs. Ce sont les enfants de ces jeunes bourgeois qui s'inscrivent dans les écoles de ces quartiers, qui vont dans les meilleurs lycées puis dans les classes préparatoires aux grandes écoles.
Le travail y contribue également à sa manière. Le système hiérarchique qui dominait dans l'industrie fordiste mettait en contact direct cadres, ouvriers et employés. Les nouvelles méthodes de management, plus participatives, ont eu pour effet de renforcer les liens entre pairs au dépens de ceux liés à la hiérarchie : les jeunes cadres qui travaillent dans la banque, l'informatique ne se voient pratiquement qu'entre eux.
Faire ses courses, notamment ses courses alimentaires dans les grandes villes, reste, bizarrement, la dernière occasion que l'on ait de croiser des gens d'autres milieux.
A quoi tout cela tient-il? On ne peut parler de volonté politique de créer une société ségréguée. On ne peut non plus tout mettre sur le dos des préférences individuelles. Il faut regarder ailleurs, peut-être du coté du libre jeu du marché. Si le prix du m2 augmente dans les beaux quartiers, même les petits logements deviennent inabordables pour la majorité. Seuls peuvent y prétendre ceux qui ont des ressources familiales ou des profils de carrière avantageux.
mercredi, août 04, 2010
Sécurité : des mesures si inefficaces que c'en est pathétique
Ce qui frappe, lorsque l'on regarde toutes les mesures annoncées ces derniers jours pour renforcer la lutte contre l'insécurité, c'est, au delà des attaques aux principes républicains justement dénoncés par la presse et une multitude de blogs, leur inefficacité de quelque point de vue qu'on les envisage.
Inefficaces, d'abord, dans leur lutte contre l'insécurité :
- qui peut croire un instant que c'est en envoyant des parents en prison que l'on réduira la délinquance juvénile? Jean-Pierre Rosenczweig le dit excellemment dans son blog ;
- comment imaginer que quelques descentes d'inspecteurs du fisc dans les campements de gens du voyage changeront quoi que ce soit aux habitudes d'une population surtout remarquable par sa pauvreté?
- qui pense, enfin, que le risque de perdre sa nationalité retiendra quiconque de commettre un délit?
Peu importe, dira-t-on, puisqu'il s'agit de lancer un message en direction de l'électorat du Front National. Mais, là encore, ces mesures promettent d'être inefficaces. Pour au moins deux motifs :
- cet électorat a voté pour Nicolas Sarkozy en 2007 et a été terriblement déçu, choqué. Celui qui se présentait comme l'ami des laissés pour compte, de tous ceux que la gauche avait négligés avec ses 35 heures, s'est révélé l'ami des plus riches, non pas des plus méritants (capitalistes qui investissent leur fortune dans de nouveaux projets, entrepreneurs qui mettent toutes leurs ressources dans des entreprises risquées), ce qui aurait été compris et accepté, mais des rentiers : tous ses "amis", Bouygues, Bolloré, Lagardère sont des héritiers qui n'ont eu que la peine de naître ou, pire encore, comme on vient de le découvrir avec l'affaire Woerth, des détrousseurs de vieille dame riche…
- ensuite, cet électorat a, ces dernières années, beaucoup évolué. Moins extrémiste que par le passé (la collaboration, l'antisémitisme, l'Algérie française, l'OAS ne font plus partie de son histoire), populaire, ouvrier, concentré dans des régions frappées de plein fouet par la désindustrialisation et le chômage, il est plus sensible au discours FN sur la mondialisation aux promesses protectionnistes de Marine Le Pen qu'aux rodomontades sur la sécurité. Parce qu'il est populaire et qu'il sait ce que c'est que d'élever seul un enfant, cet électorat peut mieux que quiconque juger de l'inefficacité des mesures proposées pour, par exemple, lutter contre la délinquance juvénile.
Inefficaces encore sur le plan politique puisqu'elles ne peuvent qu'apporter du grain à moudre à ceux qui voudraient, à droite, offrir une alternative républicaine à Nicolas Sarkozy. On n'a pas beaucoup entendu, ces derniers jours Villepin, Juppé ou, même Fillon, mais ce silence ne vaut-il pas désapprobation? Le jour venu, il leur sera toujours possible de dire qu'ils ont résisté à la dérive droitière d'un Président dont les meilleurs soutiens sont les Morano, Lefebvre, Bertrand, Hortefeux et autres Mariani. La fine fleur de la droite de l'UMP.
Tout cela est tout simplement pathétique et montre que ce pouvoir (ou, plutôt, ce Président) a perdu la main.
PS Pour ajouter le pitoyable au pathétique, l'Elysée et ses avocats n'ont rien trouvé de mieux que d'expliquer qu'ils ne font que suivre la gauche lorsqu'ils envisagent la déchéance de nationalité. Non seulement c'est faux, mais ils se révèlent incapables de prendre leurs responsabilités!
Inefficaces, d'abord, dans leur lutte contre l'insécurité :
- qui peut croire un instant que c'est en envoyant des parents en prison que l'on réduira la délinquance juvénile? Jean-Pierre Rosenczweig le dit excellemment dans son blog ;
- comment imaginer que quelques descentes d'inspecteurs du fisc dans les campements de gens du voyage changeront quoi que ce soit aux habitudes d'une population surtout remarquable par sa pauvreté?
- qui pense, enfin, que le risque de perdre sa nationalité retiendra quiconque de commettre un délit?
Peu importe, dira-t-on, puisqu'il s'agit de lancer un message en direction de l'électorat du Front National. Mais, là encore, ces mesures promettent d'être inefficaces. Pour au moins deux motifs :
- cet électorat a voté pour Nicolas Sarkozy en 2007 et a été terriblement déçu, choqué. Celui qui se présentait comme l'ami des laissés pour compte, de tous ceux que la gauche avait négligés avec ses 35 heures, s'est révélé l'ami des plus riches, non pas des plus méritants (capitalistes qui investissent leur fortune dans de nouveaux projets, entrepreneurs qui mettent toutes leurs ressources dans des entreprises risquées), ce qui aurait été compris et accepté, mais des rentiers : tous ses "amis", Bouygues, Bolloré, Lagardère sont des héritiers qui n'ont eu que la peine de naître ou, pire encore, comme on vient de le découvrir avec l'affaire Woerth, des détrousseurs de vieille dame riche…
- ensuite, cet électorat a, ces dernières années, beaucoup évolué. Moins extrémiste que par le passé (la collaboration, l'antisémitisme, l'Algérie française, l'OAS ne font plus partie de son histoire), populaire, ouvrier, concentré dans des régions frappées de plein fouet par la désindustrialisation et le chômage, il est plus sensible au discours FN sur la mondialisation aux promesses protectionnistes de Marine Le Pen qu'aux rodomontades sur la sécurité. Parce qu'il est populaire et qu'il sait ce que c'est que d'élever seul un enfant, cet électorat peut mieux que quiconque juger de l'inefficacité des mesures proposées pour, par exemple, lutter contre la délinquance juvénile.
Inefficaces encore sur le plan politique puisqu'elles ne peuvent qu'apporter du grain à moudre à ceux qui voudraient, à droite, offrir une alternative républicaine à Nicolas Sarkozy. On n'a pas beaucoup entendu, ces derniers jours Villepin, Juppé ou, même Fillon, mais ce silence ne vaut-il pas désapprobation? Le jour venu, il leur sera toujours possible de dire qu'ils ont résisté à la dérive droitière d'un Président dont les meilleurs soutiens sont les Morano, Lefebvre, Bertrand, Hortefeux et autres Mariani. La fine fleur de la droite de l'UMP.
Tout cela est tout simplement pathétique et montre que ce pouvoir (ou, plutôt, ce Président) a perdu la main.
PS Pour ajouter le pitoyable au pathétique, l'Elysée et ses avocats n'ont rien trouvé de mieux que d'expliquer qu'ils ne font que suivre la gauche lorsqu'ils envisagent la déchéance de nationalité. Non seulement c'est faux, mais ils se révèlent incapables de prendre leurs responsabilités!
lundi, août 02, 2010
La spirale de la lose
Les dernières déclarations de Nicolas Sarkozy et de ses fidèles sur la sécurité éclairent d'une lumière crue la méthode de Sarkozy : des déclarations fracassantes conçues pour séduire sans se soucier une seconde de savoir si elles ont la moindre chance d'être mises en oeuvre. En l'espèce, l'exercice atteint ses limites. Chacun sent bien que le Parlement, le Conseil constitutionnel, l'Europe s'y opposeront ou y mettront tant d'obstacles que les mesures annoncées resteront nulles et non avenues. C'est toute sa politique que ces propos déconsidèrent. Mais peu importe, il faut occuper l'espace, j'allais dire l'estrade, faire oublier les scandales, reconquérir l'électorat du Front National en le flattant dans ce que l'on pense être le sens de son poil (je dis pense être parce qu'il n'est pas certain que sa partie populaire, celle que vise Sarkozy, soit si xénophobe et raciste qu'on le dit) et tout est bon pour cela, même le pire.
En choisissant de faire campagne sur la sécurité, Nicolas Sarkozy a pris il y a quelques années le risque de voir les résultats éventuels de sa politique démentis par le moindre fait divers et d'être condamné à aller vers toujours plus de déclarations guerrières, de phrases fortes, de menaces (sinon d'atteintes) sur les libertés. Il est aujourd'hui en plein dans ce qui ressemble à une "spirale de la lose".
En choisissant de faire campagne sur la sécurité, Nicolas Sarkozy a pris il y a quelques années le risque de voir les résultats éventuels de sa politique démentis par le moindre fait divers et d'être condamné à aller vers toujours plus de déclarations guerrières, de phrases fortes, de menaces (sinon d'atteintes) sur les libertés. Il est aujourd'hui en plein dans ce qui ressemble à une "spirale de la lose".
jeudi, juillet 29, 2010
Gens du voyage… Un pas dans la pire des directions
Avec tout ce train de mesures pris en plein été contre les gens du voyage et les roms, Nicolas Sarkozy innove. Il nous avait habitué aux déclarations martiales contre la délinquance. On se souvient des racaille, du karcher et de toutes ses formules à l'emporte-pièce qui mobilisent un vocabulaire militaire : "Nous allons déclarer la guerre à la délinquance" (en juin 2002 devant 2000 cadres de la police), "Dés demain, c'est une guerre sans merci qui sera engagée à l'endroit des trafics et des trafiquants et j'en assumerai pleinement la responsabilité, les conditions de mise en oeuvre, le suivi des résultats" (février 2008). Mais il avait jusqu'à présent évité de confondre délinquance et communauté. Même lorsqu'il s'en prenait aux voyous des banlieues (la racaille), il évitait soigneusement de stigmatiser leurs familles, leurs proches. On peut même le créditer d'avoir beaucoup fait pour banaliser la présence au sommet de l'Etat de personnes issues de ce que l'on appelle aujourd'hui la diversité. En ce sens, son discours et ses pratiques étaient différentes de celles du Front National et de l'extrême-droite traditionnelle.
Or, avec les mesures prises contre les gens du voyages, gitans et autres Roms, il en va tout autrement. Ce ne sont plus des délinquants qui sont visés mais bien toute une communauté fragile, pauvre, victime depuis des siècles de discriminations. Les inspecteurs du fisc, qui auraient été mieux inspirés d'aller contrôler les déclarations de Madame Bettencourt, iront contrôler celles des gens du voyage, non parce qu'existent à leur endroit des soupçons de délinquance (comme on pourrait le faire pour les propriétaires de ces 4x4 somptueux que l'on voit parfois dans les cités) mais parce que gens du voyage.
Ils découvriront certainement que certains ne sont pas en règle mais aussi que beaucoup sont tellement pauvres qu'ils ne sont pas imposables. Mais peu importe. Un pas est franchi. Dans la panique, Nicolas Sarkozy que l'on a souvent accusé, de manière absurde, de renouer avec le pétainisme (Badiou…), vient de redécouvrir l'une des pires pratiques de la droite des années trente : la politique du bouc émissaire.
PS On parle beaucoup depuis quelques jours de gitans, de roms, de gens du voyage… On découvre que la plupart (95%) sont français depuis des siècles, portent des noms on ne peut plus français et sont souvent sédentarisés (dans des caravanes ou des appartements). On les appelle tziganes, roms, manouches, gitans, romanichels, voire yéniches (ces nomades d'origine européenne seraient, selon certaines sources, les plus nombreux en France, on parle ici de 300 000 yéniches, chiffre difficile à vérifier). Plus qu'une appartenance ethnique, c'est un mode de vie et de sociabilité, des modes d'éducation de leurs enfants, des pratiques religieuses et économiques héritées du nomadisme mais aussi des droits limités (notamment en matière de citoyenneté et de droit de vote) qui les distinguent du reste de la population.
Or, avec les mesures prises contre les gens du voyages, gitans et autres Roms, il en va tout autrement. Ce ne sont plus des délinquants qui sont visés mais bien toute une communauté fragile, pauvre, victime depuis des siècles de discriminations. Les inspecteurs du fisc, qui auraient été mieux inspirés d'aller contrôler les déclarations de Madame Bettencourt, iront contrôler celles des gens du voyage, non parce qu'existent à leur endroit des soupçons de délinquance (comme on pourrait le faire pour les propriétaires de ces 4x4 somptueux que l'on voit parfois dans les cités) mais parce que gens du voyage.
Ils découvriront certainement que certains ne sont pas en règle mais aussi que beaucoup sont tellement pauvres qu'ils ne sont pas imposables. Mais peu importe. Un pas est franchi. Dans la panique, Nicolas Sarkozy que l'on a souvent accusé, de manière absurde, de renouer avec le pétainisme (Badiou…), vient de redécouvrir l'une des pires pratiques de la droite des années trente : la politique du bouc émissaire.
PS On parle beaucoup depuis quelques jours de gitans, de roms, de gens du voyage… On découvre que la plupart (95%) sont français depuis des siècles, portent des noms on ne peut plus français et sont souvent sédentarisés (dans des caravanes ou des appartements). On les appelle tziganes, roms, manouches, gitans, romanichels, voire yéniches (ces nomades d'origine européenne seraient, selon certaines sources, les plus nombreux en France, on parle ici de 300 000 yéniches, chiffre difficile à vérifier). Plus qu'une appartenance ethnique, c'est un mode de vie et de sociabilité, des modes d'éducation de leurs enfants, des pratiques religieuses et économiques héritées du nomadisme mais aussi des droits limités (notamment en matière de citoyenneté et de droit de vote) qui les distinguent du reste de la population.
dimanche, juillet 25, 2010
Styles de journalisme
Le traitement de l'affaire Woerth/Bettencourt le confirme : il y a plusieurs manières de pratiquer le journalisme.
Il y a la manière "fasciste" à la Mediapart qui consiste à enquêter, à vérifier ses sources et à publier ce que l'on trouve même si cela ne fait pas plaisir aux puissants du jour.
Il y a la façon du Figaro, pas de tout le Figaro, de sa direction qui prête ses colonnes aux services de communication de l'Elysée avec si peu de respect des règles élémentaires du métier (il n'est même pas besoin de parler de déontologie) qu'une rédaction plutôt acquise au sarkozysme ne peut s'empêcher de protester.
Et puis il y a la manière insidieuse que pratique le Journal du Dimanche qui nous offre, dans sa livraison datée du 25 juillet 2010 deux beaux exemples de jésuitisme.
Le premier, dans un article intitulé "Les secrets d'une déchirure", nous apprend que "François-Marie Banier était aussi très proche d'André Bettencourt. Intime. "Ce n'est pas tout à fait exact" corrige-t-on dans l'entourage du photographe." Et un peu plus loin Liliane et son mari "étaient libres tous deux." Difficile de mieux amplifier la rumeur qui court dans tous les salons : avant d'être l'ami de madame, François-Marie Banier aurait été l'amant de Monsieur.
Le second dans un petit papier sur la même page, intitulé "Cinq millions de francs pour une photo" nous apprend que les Bettencourt ont acheté il y a quelques années des photos compromettantes d'un présidentiable (qui n'a pas été élu) en compagnie d'une professionnelle sur une plage de Nouvelle-Calédonie. On ne nous dit pas de qui il s'agit, ce qui autorise toutes les suppositions. Si la somme avait été libellée en €, on aurait pensé à Villepin (et l'on aurait pu élaborer des scenari séduisants : une allusion à cette affaire pour calmer un adversaire que l'on dit proche d'Edwy Plenel), mais puisqu'il s'agit de francs il faut remonter un peu plus haut. A Balladur? On l'imagine mal en pareille situation? A un jeune loup du parti républicain? C'est plus probable…
On ne peut s'empêcher de rapprocher ces manières de pratiquer le journalisme des modèles économiques des différents journaux. Mediapart est un journal jeune qui a besoin de lecteurs, d'abonnés qu'il ne peut séduire qu'en leur donnant envie de lire ses papiers, ce qui suppose qu'ils soient riches d'informations qu'on ne trouve pas ailleurs. Son modèle économique lui permet de ne traiter que d'une petite partie de l'actualité mais d'y consacrer plus de ressources qu'un grand titre. D'où le succès de ses investigations. Le Figaro appartient à un industriel de l'armement dont l'Etat est le principal client. On peut supposer que ces cadeaux faits au pouvoir dans ces moments difficiles lui seront rappelés lors de prochaines négociations de contrats d'armement.
Il y a la manière "fasciste" à la Mediapart qui consiste à enquêter, à vérifier ses sources et à publier ce que l'on trouve même si cela ne fait pas plaisir aux puissants du jour.
Il y a la façon du Figaro, pas de tout le Figaro, de sa direction qui prête ses colonnes aux services de communication de l'Elysée avec si peu de respect des règles élémentaires du métier (il n'est même pas besoin de parler de déontologie) qu'une rédaction plutôt acquise au sarkozysme ne peut s'empêcher de protester.
Et puis il y a la manière insidieuse que pratique le Journal du Dimanche qui nous offre, dans sa livraison datée du 25 juillet 2010 deux beaux exemples de jésuitisme.
Le premier, dans un article intitulé "Les secrets d'une déchirure", nous apprend que "François-Marie Banier était aussi très proche d'André Bettencourt. Intime. "Ce n'est pas tout à fait exact" corrige-t-on dans l'entourage du photographe." Et un peu plus loin Liliane et son mari "étaient libres tous deux." Difficile de mieux amplifier la rumeur qui court dans tous les salons : avant d'être l'ami de madame, François-Marie Banier aurait été l'amant de Monsieur.
Le second dans un petit papier sur la même page, intitulé "Cinq millions de francs pour une photo" nous apprend que les Bettencourt ont acheté il y a quelques années des photos compromettantes d'un présidentiable (qui n'a pas été élu) en compagnie d'une professionnelle sur une plage de Nouvelle-Calédonie. On ne nous dit pas de qui il s'agit, ce qui autorise toutes les suppositions. Si la somme avait été libellée en €, on aurait pensé à Villepin (et l'on aurait pu élaborer des scenari séduisants : une allusion à cette affaire pour calmer un adversaire que l'on dit proche d'Edwy Plenel), mais puisqu'il s'agit de francs il faut remonter un peu plus haut. A Balladur? On l'imagine mal en pareille situation? A un jeune loup du parti républicain? C'est plus probable…
On ne peut s'empêcher de rapprocher ces manières de pratiquer le journalisme des modèles économiques des différents journaux. Mediapart est un journal jeune qui a besoin de lecteurs, d'abonnés qu'il ne peut séduire qu'en leur donnant envie de lire ses papiers, ce qui suppose qu'ils soient riches d'informations qu'on ne trouve pas ailleurs. Son modèle économique lui permet de ne traiter que d'une petite partie de l'actualité mais d'y consacrer plus de ressources qu'un grand titre. D'où le succès de ses investigations. Le Figaro appartient à un industriel de l'armement dont l'Etat est le principal client. On peut supposer que ces cadeaux faits au pouvoir dans ces moments difficiles lui seront rappelés lors de prochaines négociations de contrats d'armement.
samedi, juillet 24, 2010
Images de Françoise Meyers-Bettencourt
Libération publie ce matin une image de Françoise Meyers-Bettencourt, presque souriante, plutôt séduisante, le visage un peu rond, aimable, en un mot. Une photo de Michael Zumstein de l'agence Vu prise dans les photos de son avocat, Olivier Metzner.
Cela change des images sévères, ingrates que l'on nous montrait jusqu'à présent, comme celle-ci (du Figaro) où la comparaison avec sa mère, vieille dame distinguée, est terrible :
On remarquera que la presse a souvent édité cette photo, ne retenant que le visage de la fille qui n'est guère plus avenante sur cet autre cliché pris lors des obsèques de son père où elle porte encore des lunettes :
Sans doute ses avocats et ses proches lui ont-il recommandé de faire un effort de communication. Bizarrement, ils ont fait appel pour cela à un photographe qui est plus adepte des reportages en banlieue que des photos de people. Mais ils lui ont retiré ses lunettes et lui ont demandé, sinon de sourire, du moins de se composer un visage qui s'en rapproche. On devine, d'ailleurs, à regarder de près cette image que cela ne lui est pas venu très facilement : elle a conservé ces foulards qu'elle affectionne et ses toilettes sombres qui semblent être son ordinaire.
Cette indifférence à son image aurait dû inquiéter ses adversaires. Une femme qui s'en soucie si peu est en colère, probablement inflexible et peu disposée aux compromis.
Adoucir son image devrait aider ses avocats auprès de l'opinion même si celle-ci parait plutôt bien comprendre (pour autant que je puisse en juger d'après quelques conversations et le ton général des articles consacrés à l'affaire) ses motivations.
Cela change des images sévères, ingrates que l'on nous montrait jusqu'à présent, comme celle-ci (du Figaro) où la comparaison avec sa mère, vieille dame distinguée, est terrible :
On remarquera que la presse a souvent édité cette photo, ne retenant que le visage de la fille qui n'est guère plus avenante sur cet autre cliché pris lors des obsèques de son père où elle porte encore des lunettes :
Sans doute ses avocats et ses proches lui ont-il recommandé de faire un effort de communication. Bizarrement, ils ont fait appel pour cela à un photographe qui est plus adepte des reportages en banlieue que des photos de people. Mais ils lui ont retiré ses lunettes et lui ont demandé, sinon de sourire, du moins de se composer un visage qui s'en rapproche. On devine, d'ailleurs, à regarder de près cette image que cela ne lui est pas venu très facilement : elle a conservé ces foulards qu'elle affectionne et ses toilettes sombres qui semblent être son ordinaire.
Cette indifférence à son image aurait dû inquiéter ses adversaires. Une femme qui s'en soucie si peu est en colère, probablement inflexible et peu disposée aux compromis.
Adoucir son image devrait aider ses avocats auprès de l'opinion même si celle-ci parait plutôt bien comprendre (pour autant que je puisse en juger d'après quelques conversations et le ton général des articles consacrés à l'affaire) ses motivations.
vendredi, juillet 23, 2010
Roms, sécurité, Bettencourt, suite
Alors que l'affaire Woerth-Bettencourt continue de nous apporter son lot de révélations affligeantes pour le pouvoir (Patrice de Maistre était sur la liste des 3000 titulaires de comptes en suisse, Dexia aurait refusé un retrait de 500 000€ à Liliane Bettencourt), que les protestations contre le traitement judiciaire de l'affaire se multiplient, l'actualité a donné à Nicolas Sarkozy l'occasion d'allumer un contre-feu sur un de ses thèmes favoris : la sécurité.
Le sujet est délicat : cela fait maintenant 8 ans qu'il a déclaré la guerre à l'insécurité et malgré tous les textes qu'il a fait voter, tous les policiers qu'il a fait recruter, toutes ses déclarations martiales le sentiment d'insécurité n'a pas diminué, ce qui autorise à parler d'échec, comme le fait la gauche (même si on aurait tort de confondre sentiment d'insécurité et insécurité : on peut éprouver ce sentiment alors même que la situation s'améliore). Mais il l'a abordé de manière tout à la fois habile et détestable. S'en prendre aux Roms de la manière dont il l'a fait est détestable pour toutes les raisons qu'ont dites les associations de défense des droits de l'homme, mais c'est habile parce que les roms ont, pour des tas de raison, très mauvaise presse. Ils sont très impopulaires dans les campagnes, les petites villes et la lointaine périphéries des grandes villes. En s'en prenant à eux, Nicolas Sarkozy peut espérer détourner la colère des Français, de ces "petites gens" qu'exaspèrent les révélations quotidiennes de l'affaire Woerth-Bettencourt.
Est-ce que cela suffira à faire oublier l'affaire Woerth? Pas sûr. C'est dans les classes moyennes, celles qui paient des impôts, qui peuvent comparer leur taux d'imposition et celui de Mme Bettencourt, que l'affaire Woerth fait les plus grops dégâts. Or, ce n'est pas dans ces milieux que la détestation des Roms est la plus importante. En fait, qui vit en centre-ville ou dans les banlieues aisées n'en rencontre jamais.
Le sujet est délicat : cela fait maintenant 8 ans qu'il a déclaré la guerre à l'insécurité et malgré tous les textes qu'il a fait voter, tous les policiers qu'il a fait recruter, toutes ses déclarations martiales le sentiment d'insécurité n'a pas diminué, ce qui autorise à parler d'échec, comme le fait la gauche (même si on aurait tort de confondre sentiment d'insécurité et insécurité : on peut éprouver ce sentiment alors même que la situation s'améliore). Mais il l'a abordé de manière tout à la fois habile et détestable. S'en prendre aux Roms de la manière dont il l'a fait est détestable pour toutes les raisons qu'ont dites les associations de défense des droits de l'homme, mais c'est habile parce que les roms ont, pour des tas de raison, très mauvaise presse. Ils sont très impopulaires dans les campagnes, les petites villes et la lointaine périphéries des grandes villes. En s'en prenant à eux, Nicolas Sarkozy peut espérer détourner la colère des Français, de ces "petites gens" qu'exaspèrent les révélations quotidiennes de l'affaire Woerth-Bettencourt.
Est-ce que cela suffira à faire oublier l'affaire Woerth? Pas sûr. C'est dans les classes moyennes, celles qui paient des impôts, qui peuvent comparer leur taux d'imposition et celui de Mme Bettencourt, que l'affaire Woerth fait les plus grops dégâts. Or, ce n'est pas dans ces milieux que la détestation des Roms est la plus importante. En fait, qui vit en centre-ville ou dans les banlieues aisées n'en rencontre jamais.
lundi, juillet 19, 2010
François-Marie Banier est un bon ami
Le Monde nous apprend que l'île d'Arros appartient bien à Liliane Bettencourt mais qu'elle devrait revenir à François-Marie Banier, désigné comme bénéficiaire, au même titre, cependant, que trois associations médicales : Orvacs, Solthis et Crepats, toutes trois fondées par le couple de professeurs de médecine Gilles Brücker et Christine Katlama. Le premier est l'exécuteur testamentaire de Liliane Bettencourt et, nous apprend un portrait de Banier publié par Libération en 1997 et titré le bouquet de Narcisse, un ami d'enfance du photographe : "Et sa mère à lui, comment était-elle? se demande la journaliste, Marie-Dominique Lelièvre. Là, Banier perd de son brio, se ferme comme un obturateur. «Belle et narcissique», dit-il. On se tourne vers les proches. «Je ne sais pas si j'ai envie d'en parler. Belle. Une femme de ces milieux-là», dit son ami d'enfance, l'épidémiologiste Gilles Brucker. «Cette sorte de gens qui ont reconstruit la France. Avec de grosses valeurs bourgeoises», affirme un intime, l'acteur Pascal Gregory. Belle, donc." Le même Brucker qui est aujourd'hui l'exécuteur testamentaire de Liliane Bettencourt.
Mieux vaudrait pour ce spécialiste du sida que l'on ne découvre pas que sa généreuse bienfaitrice souffre de faiblesse. D'autant que l'on ne comprend pas bien ce que des associations dédiées à la lutte contre le sida, associations financées par ailleurs par la Fondation Bettencourt gagneraient à devenir propriétaire d'une île au fin fond du monde.
Tout cela nous confirme en tout cas que Banier est généreux avec ses amis et que ses amants ne sont pas trop méchants. Ne voyait-on pas, il y a quelques jours, Pascal Gregory, intime en 1997 du photographe expliquer à la télévision que Banier n'était pas intéressé, qu'il distribuait son argent à de bonnes causes? Celles de Bruucker et Katlama, sans doute…
Mieux vaudrait pour ce spécialiste du sida que l'on ne découvre pas que sa généreuse bienfaitrice souffre de faiblesse. D'autant que l'on ne comprend pas bien ce que des associations dédiées à la lutte contre le sida, associations financées par ailleurs par la Fondation Bettencourt gagneraient à devenir propriétaire d'une île au fin fond du monde.
Tout cela nous confirme en tout cas que Banier est généreux avec ses amis et que ses amants ne sont pas trop méchants. Ne voyait-on pas, il y a quelques jours, Pascal Gregory, intime en 1997 du photographe expliquer à la télévision que Banier n'était pas intéressé, qu'il distribuait son argent à de bonnes causes? Celles de Bruucker et Katlama, sans doute…
Tel un ouragan, l'affaire Woerth-Bettencourt balaie tout sur son passage
L'affaire Woerth-Bettencourt suit son petit bonhomme de chemin et continue, tel un ouragan, à tout détruire sur son passage. Parmi les victimes il y a, d'ores et déjà, la réforme de la justice (comment mieux illustrer les faiblesses de cette réforme annoncée qu'en suscitant la méfiance sur toutes les actions du procureur?), la capacité du gouvernement à gouverner (quelle autorité ont encore les ministres quand chacun sait qu'ils ne seront plus là en octobre?) et l'autorité du Président (qui refuse le mot rigueur quand son premier ministre le répète à qui veut l'entendre). On ne sait tout simplement plus qui gouverne. Ou, plutôt, on devine que Fillon a pris en charge les affaires sérieuses (la crise, la dette, la rigueur…) quand l'Elysée manipule les magistrats pour éviter que l'affaire n'éclabousse un Président inquiet pour le financement de sa prochaine campagne présidentielle (financement qu'il va lui falloir revoir de fond en comble tant les dons aux micro-partis et autres astuces vont être scrutés dans les mois qui viennent).
lundi, juillet 12, 2010
Dégâts politiques majeurs
Nicolas Sarkozy va donc parler ce soir. Très bien. Il était temps. Mais que va-t-il dire? On peut imaginer plusieurs hypothèses :
- il tente de noyer le poisson derrière une critique de la presse et notamment de Mediapart, de l'internet, et de la gauche (il parlera alors de calomnies, d'accusations sans fondement…),
- il annonce des mesures pour moraliser la vie politique et dans la foulée un remaniement ministériel,
- il tente de renvoyer tout cela à un pschitt sans importance et refuse de parler d'autre chose que des retraites.
La première de ces solutions est la tactique utilisée depuis le début par son quarteron de mousquetaires : Bertrand, Morano, Lefevre. Elle ne peut que braquer un peu plus la presse contre lui, une presse qui n'a pas apprécié les allusions à Salengro et au fascisme. La seconde est celle proposée par Raffarin, Juppé, Villepin, en un mot les anciens premiers ministres de droite. Elle aurait le mérite d'aider à tourner la page (la tourner, pas l'effacer), surtout si Eric Woerth, Estrosi et Kouchner sont absents du nouveau gouvernement. La dernière serait la réédition de l'acadabrantesque chiraquien.
Aucune n'est à vrai dire pleinement satisfaisante. L'Elysée a commis une formidable erreur politique en refusant de répondre aux questions des socialistes sur le conflit d'intérêt et en imposant à Eric Woerth de garder sa double casquette de trésorier de l'UMP et de ministre. Il la paiera très cher et très longtemps. Il a permis à la presse et au Français de découvrir l'étrange connivence entre ce pouvoir et les plus riches. Nous savions que le bouclier fiscal était une erreur politique majeure. Il est devenu, avec cette affaire, simple remerciement pour services rendus à l'UMP
- il tente de noyer le poisson derrière une critique de la presse et notamment de Mediapart, de l'internet, et de la gauche (il parlera alors de calomnies, d'accusations sans fondement…),
- il annonce des mesures pour moraliser la vie politique et dans la foulée un remaniement ministériel,
- il tente de renvoyer tout cela à un pschitt sans importance et refuse de parler d'autre chose que des retraites.
La première de ces solutions est la tactique utilisée depuis le début par son quarteron de mousquetaires : Bertrand, Morano, Lefevre. Elle ne peut que braquer un peu plus la presse contre lui, une presse qui n'a pas apprécié les allusions à Salengro et au fascisme. La seconde est celle proposée par Raffarin, Juppé, Villepin, en un mot les anciens premiers ministres de droite. Elle aurait le mérite d'aider à tourner la page (la tourner, pas l'effacer), surtout si Eric Woerth, Estrosi et Kouchner sont absents du nouveau gouvernement. La dernière serait la réédition de l'acadabrantesque chiraquien.
Aucune n'est à vrai dire pleinement satisfaisante. L'Elysée a commis une formidable erreur politique en refusant de répondre aux questions des socialistes sur le conflit d'intérêt et en imposant à Eric Woerth de garder sa double casquette de trésorier de l'UMP et de ministre. Il la paiera très cher et très longtemps. Il a permis à la presse et au Français de découvrir l'étrange connivence entre ce pouvoir et les plus riches. Nous savions que le bouclier fiscal était une erreur politique majeure. Il est devenu, avec cette affaire, simple remerciement pour services rendus à l'UMP
jeudi, juillet 08, 2010
Une affaire d'écuries, maintenant…
La descente aux enfers d'Eric Woerth continue mais sous un autre angle, avec cet article ravageur de l'Express, journal dont le directeur de la rédaction, Christophe Barbier, passait pour plutôt proche de Carla Sarkozy : Le haras qui rit de Florence Woerth. Je n'entre pas dans les détails que l'on trouve sur le site de l'Express qui sont, une nouvelle fois, aussi accablants que peu suspects d'irrégularité : ces gens là ne violent pas la loi, ils l'exploitent à leur profit. Je m'en tiendrai à ceci : MadameWoerth s'y révèle une véritable spécialiste de l'optimisation fiscale (en fait de la défiscalisation), ce qui fait 1) douter de sa naïveté quant aux comptes suisses de Madame Bettencourt et amène, 2) à s'interroger sur la nature des relations au sein de ce couple. Engager une campagne contre la fraude fiscale lorsque l'on vit avec une femme dont le métier est d'exploiter toutes les lacunes du droit fiscal ne va pas de soi. Voir sa femme exploiter une faiblesse d'une loi qu'on a préparée et fait voter ne doit pas, non plus, être de tout repos. Eric Woerth était peut-être honnête, comme l'affirment tous ses amis, mais ce devait être un combat de tous les jours.
mercredi, juillet 07, 2010
Mais pourquoi se défendent-ils si mal?
La ligne de défense choisie par le gouvernement laisse perplexe. Plutôt que de répondre aux questions précises des députés socialistes, questions qu'il est dans leur rôle de poser, plutôt que d'accepter une mission d'enquête parlementaire qui permettrait de tirer au clair toutes ces accusations et, éventuellement, de mettre en évidence erreurs et faux témoignages, ils crient contre toute évidence à la calomnie (pourquoi Claire T voudrait-elle calomnier Eric Woerth ou Nicolas Sarkozy?), s'en prennent violemment à l'opposition, convoquent le populisme quand ce n'est pas le fascisme. Comme s'ils voulaient détourner l'attention du fond du dossier. Ce qui ne peut qu'accréditer l'idée qu'ils ont quelque chose à cacher. Cette ligne de défense est tout simplement suicidaire.
Pourquoi cet argent?
Les révélations sur les enveloppes kraft de Madame Bettencourt ont donné à nos journaux l'occasion de revenir sur le financement des partis politiques (toute une page hier dans le Monde) et de donner des chiffres. Les partis politiques ont quatre sources de financement : le financement public, les cotisations des membres, les contributions des élus et les dons de personnes physiques.
Voici les chiffres
UMP PS
financement public 34 484 473 22 702 818
contribution des élus 1 721 280 13 166 686
dons de personnes physiques 7 409 001 1 697 237
Au regard de ces chiffres, on peut, d'abord, se demander : à quoi ont bien pu servir ces 150 000€ que Madame Bettencourt a donnés à Eric Woerth? Où sont-il? Se retrouvent-ils dans cette comptabilité?
Si c'est le cas, ce doit être dans la case des dons de personnes physiques. On sait qu'ils sont plafonnés à 7500€, mais rien n'interdisait de diviser cette somme en une multitude de petits dons, de 50 à 100€ attribués à des fantômes, ce qui aurait permis de les blanchir. C'est une technique ancienne que pratiquait beaucoup le PCF dans les années 50 et 60. Lorsqu'il avait besoin d'argent, ses dirigeants envoyaient le patron de l'Humanité "emprunter" quelques millions aux NMPP (je dis emprunter mais c'était en fait du chantage. La conversation se résumait à un : "si vous voulez éviter une grève, donnez-nous x millions…" Le Monde de la grande époque ne faisait pas mieux : il suffisait d'un éditorial de son directeur administratif attaquant la gestion des NMPP pour que les dirigeants de celles-ci, comprenant le message, accordent des facilités au grand quotidien du soir). Ces valises de billets se retrouvaient dans la comptabilité sous forme de dons collectés à la fête de l'huma ou ailleurs.
150 000€ représentent 2% des dons de personnes physiques. Ce qui n'est pas rien. Il suffirait que quelques dizaines de personnes contribuent de cette manière au financement de l'UMP pour expliquer l'écart entre les dons faits à l'UMP et ceux faits au PS.
Mais on peut aussi imaginer que ces sommes aient été utilisées à d'autres fins, en dehors de toute comptabilité, pour rembourser, en liquide, des frais engagés par des militants ou des élus, ou pour financer des activités pas très avouables (comme l'achat d'un service de claque, le financement de colleurs d'affiches mercenaires…).
L'affaire Woerth a révélé une faiblesse des lois sur le financement des partis politiques : les dons individuels sont plafonnés à 7500€, mais rien n'interdit de donner à plusieurs partis et pour peu que chacun crée son propre parti, ce plafond est facilement détourné. Une analyse plus fine des comptes des partis politiques mettrait sans doute en évidence d'autres écarts à cette moralisation dont on nous a tant parlé ces derniers jours.
Voici les chiffres
UMP PS
financement public 34 484 473 22 702 818
contribution des élus 1 721 280 13 166 686
dons de personnes physiques 7 409 001 1 697 237
Au regard de ces chiffres, on peut, d'abord, se demander : à quoi ont bien pu servir ces 150 000€ que Madame Bettencourt a donnés à Eric Woerth? Où sont-il? Se retrouvent-ils dans cette comptabilité?
Si c'est le cas, ce doit être dans la case des dons de personnes physiques. On sait qu'ils sont plafonnés à 7500€, mais rien n'interdisait de diviser cette somme en une multitude de petits dons, de 50 à 100€ attribués à des fantômes, ce qui aurait permis de les blanchir. C'est une technique ancienne que pratiquait beaucoup le PCF dans les années 50 et 60. Lorsqu'il avait besoin d'argent, ses dirigeants envoyaient le patron de l'Humanité "emprunter" quelques millions aux NMPP (je dis emprunter mais c'était en fait du chantage. La conversation se résumait à un : "si vous voulez éviter une grève, donnez-nous x millions…" Le Monde de la grande époque ne faisait pas mieux : il suffisait d'un éditorial de son directeur administratif attaquant la gestion des NMPP pour que les dirigeants de celles-ci, comprenant le message, accordent des facilités au grand quotidien du soir). Ces valises de billets se retrouvaient dans la comptabilité sous forme de dons collectés à la fête de l'huma ou ailleurs.
150 000€ représentent 2% des dons de personnes physiques. Ce qui n'est pas rien. Il suffirait que quelques dizaines de personnes contribuent de cette manière au financement de l'UMP pour expliquer l'écart entre les dons faits à l'UMP et ceux faits au PS.
Mais on peut aussi imaginer que ces sommes aient été utilisées à d'autres fins, en dehors de toute comptabilité, pour rembourser, en liquide, des frais engagés par des militants ou des élus, ou pour financer des activités pas très avouables (comme l'achat d'un service de claque, le financement de colleurs d'affiches mercenaires…).
L'affaire Woerth a révélé une faiblesse des lois sur le financement des partis politiques : les dons individuels sont plafonnés à 7500€, mais rien n'interdit de donner à plusieurs partis et pour peu que chacun crée son propre parti, ce plafond est facilement détourné. Une analyse plus fine des comptes des partis politiques mettrait sans doute en évidence d'autres écarts à cette moralisation dont on nous a tant parlé ces derniers jours.
mardi, juillet 06, 2010
C'était donc cela…
Médiapart publie un témoignage accablant de Claire T. la comptable que Madame Bettencourt a licenciée en 2008 pour cause de "mauvais témoignage" dans le conflit qui l'oppose à sa fille. On y apprend que la milliardaire a financé à hauteur d'au moins 150 000€ la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy qui a, lui-même, reçu à plusieurs reprises des enveloppes de billets des Bettencourt. Elle ne peut évidemment pas apporter de preuves matérielles mais suffisamment d'indices pour que les policiers auxquels elle a fait ces déclarations puissent travailler et remonter la piste : intervention de Patrick de Maistre, nombreux voyages de celui-ci en Suisse, appel téléphonique à la responsable de l'agence BNP, une certaine Eva qu'il ne devrait pas être difficile de retrouver, pour vérifier qu'elle ne pouvait pas retirer plus des 50 000€ qui lui étaient autorisés, témoignages des autres domestiques qui entendaient tout à travers les portes tant les Bettencourt devenus durs d'oreille avec l'âge parlaient fort…
Plus surprenant, peut-être, on apprend de ce témoignage que le fisc qui ne manque jamais de sanctionner un contribuable qui dépose en retard sa déclaration sait faire preuve d'indulgence lorsqu'il s'agit du retard d'une contribuable comme Mme Bettencourt (alors même que les 10% auraient représentés 4 millions d'€). On apprend également que les Bettencourt n'ont pas fait l'objet d'un seul contrôle fiscal depuis 1995, au contraire de ce qu'on nous avait dit ("tous les gros contribuables sont contrôlés tous les trois ans".)
Ces révélations prouvent qu'Eric Woerth et tous ceux qui nous assuraient qu'il n'y avait pas eu de financement parallèle ont menti. Le parapluie Rocard ne tient plus.
Il reste, bien sûr, à vérifier ces informations ou, plutôt, à trouver des preuves. C'est le travail de la police. Mais il reste bien d'autres choses à comprendre :
- c'est sur instruction de Philippe Courroye, que l'on présentait comme un ami de Nicolas Sarkozy que les policiers ont interrogé une nouvelle fois Claire T. Que s'est-il passé entre les deux hommes? Le magistrat at-il choisi de quitter le navire ou n'est-ce que le sursaut d'honneur d'un homme qui n'en peut plus de se faire accuser de ne pas faire son métier correctement?
- comment imaginer une seconde que ce financement parallèle n'ait pas créé chez ceux qui en ont bénéficié une obligation d'indulgence à l'égard de la fraude fiscale? La lutte contre l'évasion fiscale était le cheval de bataille d'Eric Woerth. N'était-ce donc que poudre aux yeux?
- qu'attendait Patrick de Maistre du recrutement de Florence Woerth. L'a-t-il recrutée de son chef (ce que peuvent suggérer les enregistrements) ou l'a-t-il fait à la demande de son mari? ce qui modifierait le jugement que l'on peut porter sur le trésorier de l'UMP.
J'ajouterai, pour conclure, que rien de tout cela ne serait sorti si Nicolas Sarkozy avait eu le bon sens de changer de gouvernement il y a quelques semaines au début de cette affaire. La pression médiatique serait retombée. Le juge Courroie n'aurait pas envoyé ses policiers réinterroger la comptable qui serait restée silencieuse forte des 400 000€ de primes de licenciement qu'elle a reçus.
Plus surprenant, peut-être, on apprend de ce témoignage que le fisc qui ne manque jamais de sanctionner un contribuable qui dépose en retard sa déclaration sait faire preuve d'indulgence lorsqu'il s'agit du retard d'une contribuable comme Mme Bettencourt (alors même que les 10% auraient représentés 4 millions d'€). On apprend également que les Bettencourt n'ont pas fait l'objet d'un seul contrôle fiscal depuis 1995, au contraire de ce qu'on nous avait dit ("tous les gros contribuables sont contrôlés tous les trois ans".)
Ces révélations prouvent qu'Eric Woerth et tous ceux qui nous assuraient qu'il n'y avait pas eu de financement parallèle ont menti. Le parapluie Rocard ne tient plus.
Il reste, bien sûr, à vérifier ces informations ou, plutôt, à trouver des preuves. C'est le travail de la police. Mais il reste bien d'autres choses à comprendre :
- c'est sur instruction de Philippe Courroye, que l'on présentait comme un ami de Nicolas Sarkozy que les policiers ont interrogé une nouvelle fois Claire T. Que s'est-il passé entre les deux hommes? Le magistrat at-il choisi de quitter le navire ou n'est-ce que le sursaut d'honneur d'un homme qui n'en peut plus de se faire accuser de ne pas faire son métier correctement?
- comment imaginer une seconde que ce financement parallèle n'ait pas créé chez ceux qui en ont bénéficié une obligation d'indulgence à l'égard de la fraude fiscale? La lutte contre l'évasion fiscale était le cheval de bataille d'Eric Woerth. N'était-ce donc que poudre aux yeux?
- qu'attendait Patrick de Maistre du recrutement de Florence Woerth. L'a-t-il recrutée de son chef (ce que peuvent suggérer les enregistrements) ou l'a-t-il fait à la demande de son mari? ce qui modifierait le jugement que l'on peut porter sur le trésorier de l'UMP.
J'ajouterai, pour conclure, que rien de tout cela ne serait sorti si Nicolas Sarkozy avait eu le bon sens de changer de gouvernement il y a quelques semaines au début de cette affaire. La pression médiatique serait retombée. Le juge Courroie n'aurait pas envoyé ses policiers réinterroger la comptable qui serait restée silencieuse forte des 400 000€ de primes de licenciement qu'elle a reçus.
lundi, juillet 05, 2010
L'affaire Woerth met en péril bien plus que la réforme des retraites
Tous les éditorialistes nous disent ce matin que les deux démissions forcées de Blanc et Joyandet ont pour objet de sauver le soldat Woerth et, avec lui, la réforme des retraites. Mais c'est bien plus que cela qui est en cause. Erice Woerth était manifestement une pièce maîtresse du dispositif sarkoziste. Ses difficultés remettent en cause bien plus que des comportements individuels contestables ou imprudents. Ils jettent une lumière crue sur :
- le bouclier fiscal sur lequel Nicolas Sarkozy a toujours refusé de revenir et dont on découvre (à commencer sans doute par ses défenseurs) qu'il aboutit à des absurdités (pour rester dans l'euphémisme),
- les finances de l'UMP (et donc de la prochaine campagne présidentielle) dont Woerth était le responsable,
- la capacité du Président à faire preuve de sang-froid dans une crise politique tant sa gestion de l'affaire est pathétique.
C'est la capacité de cette équipe, de ce gouvernement mais aussi et surtout de ce Président à gérer la crise financière que nous traversons qui se retrouvent ainsi mises en cause. Les vertus qu'on attend d'un Président dans ses périodes et qu'on avait tendance à lui prêter (sang-froid, habileté tactique, volontarisme) sont en train de voler en éclat.
- le bouclier fiscal sur lequel Nicolas Sarkozy a toujours refusé de revenir et dont on découvre (à commencer sans doute par ses défenseurs) qu'il aboutit à des absurdités (pour rester dans l'euphémisme),
- les finances de l'UMP (et donc de la prochaine campagne présidentielle) dont Woerth était le responsable,
- la capacité du Président à faire preuve de sang-froid dans une crise politique tant sa gestion de l'affaire est pathétique.
C'est la capacité de cette équipe, de ce gouvernement mais aussi et surtout de ce Président à gérer la crise financière que nous traversons qui se retrouvent ainsi mises en cause. Les vertus qu'on attend d'un Président dans ses périodes et qu'on avait tendance à lui prêter (sang-froid, habileté tactique, volontarisme) sont en train de voler en éclat.
vendredi, juillet 02, 2010
Woerth : et voilà que les Suisses s'y mettent
Il ne manquait plus que cela : voilà que les gestionnaires de fortune installés en suisse, ulcérés par la politique d'Eric Woerth se lancent à leur tour à ses trousses. C'est ce qu'ils ont entrepris si l'on en croit cet article de la Tibne de Genève qui nous apprend que Florence Woerth était une cliente assidue de l'Hotel d'Angleterre, un établissement de luxe qui se trouve à quelques jets de pierre de ces fiduciaires spécialisées dans la gestion des fortunes qui tentent d'échapper au fisc. Un "Genevagate" menace Mme Bettencourt et les Woerth;écrit la Tribune de Genève dans un article qui sent la revanche et qui parle, détail qui méritera quelques éclaircissements, du transfert, il y a quelques 2 ans, de 280 millions d'€ des comptes français de Liliane Bettencourt chez UBS Genève.
Gestion des hommes : Obama fait-il mieux?
J'ai à plusieurs reprises souligné ici-même les faiblesses de la gestion sarkozyste des ressources humaines. Mais les autres font-ils mieux? La récente éviction du général McCrystal par Obama permet une comparaison. D'autant que plusieurs articles l'ont traité sous cet angle dans The Economist : Managing a McChrystal, dans la la Harvard Business Review : President Obama fires McChrystal, kills innovation de Bruce Nussbaum et General McChrystal's falure of followership de Barbara Kellerman, et sur un site où s'exprime régulièrement Jack Welch, l'ancien président de General Electric.
Bruce Nussbaum est un journaliste spécialisé dans l'innovation. Il n'est donc pas surprenant qu'il insiste dans son papier sur cette question. Le coeur de son argument est au fond le suivant : le général McCrystal était une personnalité hors-norme dans le monde militaire, comme en témoigne et sa carrière et ses choix politiques (il a voté Obama aux dernières élections présidentielles quand ses collègues préféraient McBain). C'est un homme imaginatif qui pratique (ou qui est, du moins, familier) des techniques de Design thinking conçues pour favoriser l'innovation. En s'en séparant, Obama a donc perdu un homme capable d'inventer une nouvelle stratégie dans une guerre difficile pour ce qui n'est qu'une incivilité. C'est donc une erreur.
Argument solide tant que l'on ne regarde pas les tactiques appliquées en Afghanistan. Je ne suis évidemment pas un spécialiste de ces questions, mais il me semble qu'elles sont directement inspirées (ou qu'elles réinventent, mais c'est la même chose), les méthodes de la guerre révolutionnaire théorisée par les militaires français en Algérie (Godard, Trinquier, Argoud) avec les succès que l'on sait et, surtout, les dérives politiques qui ont amené De Gaulle à supprimer, dés qu'il l'a pu, le 5ème bureau. Les responsables de ce bureau était l'inventeur de cette guerre psychologique qui voulait, comme l'expliquait Argoud, que l'armée cherche "par priorité à rallier la population, à gagner sa confiance. C'est l'aspect politique du problème : il est essentiel." On trouvera une histoire de ces méthodes et du 5ème bureau dans cet article très complet de Pierre Pahlavi publié dans une revue militaire canadienne : La guerre politique : une arme à double tranchant. L'auteur y montre comment ce type de guerre qui fait des militaires des politiques les a conduits en définitive à l'insurrection et à l'OAS qui ne fit, semble-t-il, qu'appliquer à l'Etat français des concepts développés pour lutter contre le FLN (contre-terrorisme…).
Barbara Kellerman, qui enseigne à la John F.Kennedy School de Harvard est une spécialiste des questions de leadership. Son article aborde les choses sous un tout autre angle. Obama a, dit-elle, commis à peu près la même erreur que McCain lorsqu'il a choisi Sarah Palin : il a nommé une personne qu'il ne connaissait, dont il n'avait pas suffisamment examiné le curriculum et qui s'est révélé tout autre qu'il imaginait : indiscipliné, indiscret et, semble-t-il, manipulateur. C'est, du moins, ce que suggère l'article de The Economist qui laisse penser que le général McCrystal a fait fuiter un rapport dont il était l'auteur qui recommandait d'augmenter les troupes en Afghanistan pour forcer la main du Président Obama qui hésitait.
Jack Welch; l'une des vedettes du business aux Etats-Unis, est plus aimable. Il approuve pleinement Obama d'avoir fait preuve de fermeté mais aussi la manière dont il a procédé : rapidité d'exécution, traitement respectueux du général McCrystal, remplacement par un général plus respecté encore que lui.
Jack Welch’s message to students about lessons from President Obama and General McChrystal from ADDiCTiVE NETWORKS on Vimeo.
De manière un peu surprenante, chacun de ces commentaires éclaire cette décision. Obama a certainement commis une erreur en recrutant sans mieux le connaître McChrystal, mais il a eu raison de s'en séparer, pour les raisons que dit Jack Welch mais aussi pour mettre en garde les militaires contre les risques de dérive que comporte toute guerre, qui sous couvert de psychologie, se mêle de politique.
Bruce Nussbaum est un journaliste spécialisé dans l'innovation. Il n'est donc pas surprenant qu'il insiste dans son papier sur cette question. Le coeur de son argument est au fond le suivant : le général McCrystal était une personnalité hors-norme dans le monde militaire, comme en témoigne et sa carrière et ses choix politiques (il a voté Obama aux dernières élections présidentielles quand ses collègues préféraient McBain). C'est un homme imaginatif qui pratique (ou qui est, du moins, familier) des techniques de Design thinking conçues pour favoriser l'innovation. En s'en séparant, Obama a donc perdu un homme capable d'inventer une nouvelle stratégie dans une guerre difficile pour ce qui n'est qu'une incivilité. C'est donc une erreur.
Argument solide tant que l'on ne regarde pas les tactiques appliquées en Afghanistan. Je ne suis évidemment pas un spécialiste de ces questions, mais il me semble qu'elles sont directement inspirées (ou qu'elles réinventent, mais c'est la même chose), les méthodes de la guerre révolutionnaire théorisée par les militaires français en Algérie (Godard, Trinquier, Argoud) avec les succès que l'on sait et, surtout, les dérives politiques qui ont amené De Gaulle à supprimer, dés qu'il l'a pu, le 5ème bureau. Les responsables de ce bureau était l'inventeur de cette guerre psychologique qui voulait, comme l'expliquait Argoud, que l'armée cherche "par priorité à rallier la population, à gagner sa confiance. C'est l'aspect politique du problème : il est essentiel." On trouvera une histoire de ces méthodes et du 5ème bureau dans cet article très complet de Pierre Pahlavi publié dans une revue militaire canadienne : La guerre politique : une arme à double tranchant. L'auteur y montre comment ce type de guerre qui fait des militaires des politiques les a conduits en définitive à l'insurrection et à l'OAS qui ne fit, semble-t-il, qu'appliquer à l'Etat français des concepts développés pour lutter contre le FLN (contre-terrorisme…).
Barbara Kellerman, qui enseigne à la John F.Kennedy School de Harvard est une spécialiste des questions de leadership. Son article aborde les choses sous un tout autre angle. Obama a, dit-elle, commis à peu près la même erreur que McCain lorsqu'il a choisi Sarah Palin : il a nommé une personne qu'il ne connaissait, dont il n'avait pas suffisamment examiné le curriculum et qui s'est révélé tout autre qu'il imaginait : indiscipliné, indiscret et, semble-t-il, manipulateur. C'est, du moins, ce que suggère l'article de The Economist qui laisse penser que le général McCrystal a fait fuiter un rapport dont il était l'auteur qui recommandait d'augmenter les troupes en Afghanistan pour forcer la main du Président Obama qui hésitait.
Jack Welch; l'une des vedettes du business aux Etats-Unis, est plus aimable. Il approuve pleinement Obama d'avoir fait preuve de fermeté mais aussi la manière dont il a procédé : rapidité d'exécution, traitement respectueux du général McCrystal, remplacement par un général plus respecté encore que lui.
De manière un peu surprenante, chacun de ces commentaires éclaire cette décision. Obama a certainement commis une erreur en recrutant sans mieux le connaître McChrystal, mais il a eu raison de s'en séparer, pour les raisons que dit Jack Welch mais aussi pour mettre en garde les militaires contre les risques de dérive que comporte toute guerre, qui sous couvert de psychologie, se mêle de politique.
Un enfer…
Nul n'en doute, Eric Woerth vit depuis quelques jours un véritable enfer. Tout montagnard et résistant qu'il soit il est peu probable qu'il tienne longtemps à ce rythme de révélations. Partira-t-il? s'enfoncera-t-il dans la dépression? Nul ne sait, mais il est certain que le coût sera élevé. Mais il n'est pas le seul au gouvernement dans ce cas. Que doivent aujourd'hui penser ces ministres que Nicolas Sarkozy a désignés du doigt comme devant être sanctionnés lors du prochain remaniement en octobre prochain? "Avions, cigares et critiques sur la nature des hôtels, cela ne m'a pas plus."a-t-il dit désignant clairement Joyandet, Blanc et Rama Yade. On le comprend. Mais pourquoi attendre octobre? pourquoi faire tourner pendus au bout d'un fil ces trois ministres et, sans doute, quelques autres? pourquoi leur imposer ce supplice qui ressemble à l'abominable Lingchi chinois? Parce que maintenant qu'ils ont été désignés à la vindicte publique on peut être sûr que les langues vont se délier et qu'on en apprendra des vertes et des pas mûres sur chacun. Mieux vaudrait en finir, s'en séparer, trancher de manière nette. Cela éviterait que les plus audacieux n'en rajoutent à la manière de Stéphane Guillon et que les plus timorés ne se fassent un peu plus courtisans (c'est-à-dire usants) si c'est possible. Une fois encore, la gestion des ressources humaines ets l'un des points faibles de Nicolas Sarkozy.
jeudi, juillet 01, 2010
Réforme des retraites :Eric Woerth est plus un handicap qu'un atout
La dernière ligne des défenseurs d'Eric Woerth est que sans lui la réforme des retraites serait compromise. Mais est-ce bien le cas. Thierry Desjardins, qui rappelle que Xavier Darcos en fut d'abord chargé, en doute. J'ajouterai, m'appuyant sur ce qu'Aristote dit dans son Traité de rhétorique, qu'un gouvernement ne peut persuader les citoyens de la nécessité d'une réforme ou d'un changement que s'il est jugé apte à préparer et prévoir l'avenir de manière raisonnable, s'il donne le sentiment de s'être préoccupé, dans ses prises de décision, des autres et si, enfin, il passe pour honnête et plus soucieux de l'intérêt général que de son intérêt personnel. C'est le prix, élevé, à payer pour obtenir la confiance des citoyens.
Si tant de réformes échouent, c'est que ceux qui les veulent sont en défaut sur l'un ou l'autre de ces points. Malgré tous leurs efforts de communication, on ne les croit plus capables de prendre des décisions raisonnables parce qu'ils en ont pris trop de mauvaises. On doute de leur bienveillance parce qu'ils se sont trop souvent comportés en égoïstes plus attachés à la poursuite de leur intérêt personnel qu'au bien-être de la collectivité. Et on met en cause leurs motivations, parce qu'ils ont trop souvent menti et caché les motifs réels de leurs décisions. Leur passé les rattrape et parle pour eux.
Si tant de réformes échouent, c'est que ceux qui les veulent sont en défaut sur l'un ou l'autre de ces points. Malgré tous leurs efforts de communication, on ne les croit plus capables de prendre des décisions raisonnables parce qu'ils en ont pris trop de mauvaises. On doute de leur bienveillance parce qu'ils se sont trop souvent comportés en égoïstes plus attachés à la poursuite de leur intérêt personnel qu'au bien-être de la collectivité. Et on met en cause leurs motivations, parce qu'ils ont trop souvent menti et caché les motifs réels de leurs décisions. Leur passé les rattrape et parle pour eux.
Or, qui peut aujourd'hui croire qu'Eric Woerth est une garantie de fair-play et d'honnêteté après les informations publiées par Mediapart sur ses mésaventures dans les années 90 dans l'Oise (et ses salaires dénoncés par la Cour des Comptes régionale)? Bien loin d'être un atout, ce malheureux ministre qui avait su faire oublier ses faiblesses passées et son compagnonnages avec Jean-François Mancel est un handicap pour le gouvernement. Nicolas Sarkozy qui n'est pas sot l'a certainement compris, mais peut-être manque-t-il de cette force de caractère qui lui permettrait de trancher dans le vif.
mercredi, juin 30, 2010
Woerth, pelote de fil : et maintenant les comptes de l'UMP
L'extraordinaire dans des affaires comme celle de Woerth est qu'elles sont comme une pelote dont on tire un fil… toujours plus long. Voici que le Canard Enchaîné enquête sur Eric Woerth, reconstitue sa carrière et retrouve sur son chemin quelques personnages sulfureux, comme Jean-François Mancel ou… Louise-Yvonne Casetta, la fameuse cassette. C'est le système de financement de l'UMP qui se retrouve aujourd'hui sous les projecteurs. Ce qui est une très mauvaise nouvelle pour Eric Woerth (et expliquerait que l'on entende des craquements dans sa défense) d'autant que son dossier s'enrichit d'une nouvelle affaire qui mérite, pour le moins, explication : la succession Wildenstein traitées par l'administration fiscale avec un bien étrange indulgence.
Maintenant que le financement de l'UMP (et donc de la prochaine campagne présidentielle) est sorti de l'ombre, on peut penser que les jours de Woerth au gouvernement sont comptés. Reste à savoir s'il tiendra jusqu'au 14 juillet ou s'il sera forcé de démissionner avant que cette affaire ne crée trop de dégâts collatéraux.
Maintenant que le financement de l'UMP (et donc de la prochaine campagne présidentielle) est sorti de l'ombre, on peut penser que les jours de Woerth au gouvernement sont comptés. Reste à savoir s'il tiendra jusqu'au 14 juillet ou s'il sera forcé de démissionner avant que cette affaire ne crée trop de dégâts collatéraux.
mardi, juin 29, 2010
Il faut changer de gouvernement
Combien de temps ce gouvernement peut-il encore tenir? Le climat politique s'est en quelques semaines tant dégradé que l'on ne peut que s'interroger sur la capacité de l'équipe en place à gouverner.
Les soupçons sur Eric Worth vont compliquer les négociations sur les retraites. Je doute que Bernard Thibault demande au ministre des nouvelles de Mme Bettencourt, comme le suggère Thierry Desjardins dans son blog, il est trop bien élevé pour cela, mais les difficultés du ministre rendront plus difficiles les compromis. Les syndicalistes sont plus que d'autres sensibles aux rapports de force, ils ont été nourris de cela, et les scandales actuels renforcent l'exaspération de leurs mandants en même temps qu'ils affaiblissent un gouvernement qui a d'autant plus besoin de succès rapides qu'il est dans la nasse. C'est peu de choses, mais cela rend les négociations plus tendues.
Mais il n'y a pas que lui. L'un des effets secondaires de ce climat est de compliquer les relations toujours difficiles entre les ministères et leurs administrations qui ont presque toujours tendance à résister aux impulsions venues d'en haut et qui résistent d'autant mieux qu'elles sentent les ministres fragiles (ces résistances sont naturelles et inévitables : le temps long de l'administration et des carrières des fonctionnaires n'est pas celui, forcément très court des politiques). En d'autres mots, plus il y a de scandales, plus il est difficile de se faire entendre de l'administration.
Au Parlement, ce n'est pas mieux : les scandales libèrent la parole de ceux qui, dans la majorité, désapprouvent, s'inquiètent ou, plus simplement, rencontrent des électeurs. Difficile dans ces conditions de gouverner.
Pour tous ces motifs, Nicolas Sarkozy devrait changer de gouvernement et en profiter pour tirer les leçons de la séquence que nous venons de vivre, en donnant quelques règles précises (logements de fonction, déplacements, véhicules, taille des cabinets, rémunérations…) et en élaborant des éléments de déontologie (conflits d'intérêt, utilisation de l'argent public).
Mais s'en rend-il seulement compte alors qu'il préfère regarder un match de foot plutôt que de recevoir la présidente de la Confédération Helvétique?
Les soupçons sur Eric Worth vont compliquer les négociations sur les retraites. Je doute que Bernard Thibault demande au ministre des nouvelles de Mme Bettencourt, comme le suggère Thierry Desjardins dans son blog, il est trop bien élevé pour cela, mais les difficultés du ministre rendront plus difficiles les compromis. Les syndicalistes sont plus que d'autres sensibles aux rapports de force, ils ont été nourris de cela, et les scandales actuels renforcent l'exaspération de leurs mandants en même temps qu'ils affaiblissent un gouvernement qui a d'autant plus besoin de succès rapides qu'il est dans la nasse. C'est peu de choses, mais cela rend les négociations plus tendues.
Mais il n'y a pas que lui. L'un des effets secondaires de ce climat est de compliquer les relations toujours difficiles entre les ministères et leurs administrations qui ont presque toujours tendance à résister aux impulsions venues d'en haut et qui résistent d'autant mieux qu'elles sentent les ministres fragiles (ces résistances sont naturelles et inévitables : le temps long de l'administration et des carrières des fonctionnaires n'est pas celui, forcément très court des politiques). En d'autres mots, plus il y a de scandales, plus il est difficile de se faire entendre de l'administration.
Au Parlement, ce n'est pas mieux : les scandales libèrent la parole de ceux qui, dans la majorité, désapprouvent, s'inquiètent ou, plus simplement, rencontrent des électeurs. Difficile dans ces conditions de gouverner.
Pour tous ces motifs, Nicolas Sarkozy devrait changer de gouvernement et en profiter pour tirer les leçons de la séquence que nous venons de vivre, en donnant quelques règles précises (logements de fonction, déplacements, véhicules, taille des cabinets, rémunérations…) et en élaborant des éléments de déontologie (conflits d'intérêt, utilisation de l'argent public).
Mais s'en rend-il seulement compte alors qu'il préfère regarder un match de foot plutôt que de recevoir la présidente de la Confédération Helvétique?
lundi, juin 28, 2010
Il faut en finir avec ce gouvernement de tricheurs
Eric Woerth se débat comme un beau diable ans un bénitier. On veut bien croire qu'il n'ait rien commis de répréhensible mais le spectacle qu'il nous donne l'accable :
- sa femme, d'abord, recrutée par la société qui gère les comptes de Mme Bettencourt alors qu'il est ministre du budget puis nommée, il y a quelques semaines, au conseil de surveillance de Hermès. L'aurait-elle été si elle n'avait été la femme du ministre du budget?
- ses dîners ensuite : combien de contribuables en difficulté peuvent espérer dîner dans l'intimité avec le ministre du budget à quelques jours d'un contrôle fiscal? et si dans ces dîners on n'y parle pas un peu d'argent, alors il faudra nous raconter la conversation,
- ses mensonges (demi-vérités ou oublis) enfin : il n'était pas au courant du dossier de Mme Bettencourt mais il avait demandé une enquête fiscale sur François-Marie Basnier… Tien donc!
Il n'y a peut-être pas d'enrichissement personnel, pas d'intervention illégale auprès des services fiscaux, mais il y a bien connivence avec les plus fortunés et exploitation de ces relations pour faire avancer (ne serait-ce que de manière passive) la carrière de ses proches, en l'espèce de sa femme.
On nous dit qu'Eric Woerth est attaqué pour la réforme des retraites. S'il y tenait vraiment, il partirait. Et Nicolas Sarkozy renverrait ce gouvernement qui prend l'eau de toutes parts. Des cigares de l'un aux voyages de l'autre, en passant par les permis de construire douteux, les nominations farfelues (comme celle du fils de l'ineffable Bachelot) et par les dîners privés du ministre du budget, il y a motif à changer une équipe qui ressemble de plus en plus à celle qui nous a mené au désastre en Afrique du Sud.
- sa femme, d'abord, recrutée par la société qui gère les comptes de Mme Bettencourt alors qu'il est ministre du budget puis nommée, il y a quelques semaines, au conseil de surveillance de Hermès. L'aurait-elle été si elle n'avait été la femme du ministre du budget?
- ses dîners ensuite : combien de contribuables en difficulté peuvent espérer dîner dans l'intimité avec le ministre du budget à quelques jours d'un contrôle fiscal? et si dans ces dîners on n'y parle pas un peu d'argent, alors il faudra nous raconter la conversation,
- ses mensonges (demi-vérités ou oublis) enfin : il n'était pas au courant du dossier de Mme Bettencourt mais il avait demandé une enquête fiscale sur François-Marie Basnier… Tien donc!
Il n'y a peut-être pas d'enrichissement personnel, pas d'intervention illégale auprès des services fiscaux, mais il y a bien connivence avec les plus fortunés et exploitation de ces relations pour faire avancer (ne serait-ce que de manière passive) la carrière de ses proches, en l'espèce de sa femme.
On nous dit qu'Eric Woerth est attaqué pour la réforme des retraites. S'il y tenait vraiment, il partirait. Et Nicolas Sarkozy renverrait ce gouvernement qui prend l'eau de toutes parts. Des cigares de l'un aux voyages de l'autre, en passant par les permis de construire douteux, les nominations farfelues (comme celle du fils de l'ineffable Bachelot) et par les dîners privés du ministre du budget, il y a motif à changer une équipe qui ressemble de plus en plus à celle qui nous a mené au désastre en Afrique du Sud.
dimanche, juin 27, 2010
Le Monde a donc choisi…
Les personnels du Monde ont donc choisi. Et ce qu'on en lit dans la presse, dans Le Monde, d'abord, ne suscite pas l'enthousiasme. Les scores, d'abord, inquiètent : 90,24% en faveur de la solution BNP (Bergé, Niel, Pigasse) à la SRM, 82,5% pour la société des personnels, 85% pour la société des lecteurs, 92% pour les salariés de la Vie Catholique… Les plébiscites ne sont jamais bon signe. Comme on ne peut pas reprocher aux organisateurs de ces votes d'avoir triché et que l'on imagine mal que Perdriel et les représentants de Prisa et de France Telecom aient été exceptionnellement mauvais (ce que ne suggère aucun article), d'autres facteurs ont du jouer. On pense à l'effet Sarkozy. Convoquer le directeur du Monde pour lui dire qu'il ne voulait pas de l'association BNP à la tête du journal était la meilleure manière de convaincre journalistes et lecteurs de la choisir au nom de l'indépendance éditoriale, mais ont-ils bien fait?
Demander à des assemblées de choisir dans l'urgence un repreneur parmi des candidats qui n'ont pas eu le temps (tout le monde le dit) de travailler leur projet était une erreur. Y ajouter la crainte d'une main mise du pouvoir (main mise qu'il convient de relativiser, le service public ne fait pas aujourd'hui particulièrement de cadeaux au pouvoir en place comme on peut le voir en regardant la manière dont les journaux télévisés traitent l'affaire Woerth) était masquer un peu plus les enjeux.
A l'inverse de ce que pensent, semble-t-il, la plupart des journalistes et lecteurs du Monde, l'indépendance éditoriale n'est plus aujourd'hui la question centrale. Pour une raison toute simple : il ne peut y avoir d'indépendance éditoriale s'il n'y a d'indépendance économique. Ce sont les comptes qui font la différence. Un journal qui gagne de l'argent n'a pas, dans nos sociétés ouvertes, besoin d'obéir aux pouvoirs en place, que ceux-ci soient politiques ou économiques! Or, rien de ce que l'on devine des projets n'explique comment le Monde dans de nouvelles mains gagnera de l'argent.
Il est vrai que le choix n'était pas facile avec d'un coté, une offre de deux professionnels de la presse qui ont fait leurs preuves, ce qui aurait du être un atout, mais dont le leader, Perdriel, n'est plus de toute première jeunesse et, de l'autre, des financiers dont l'expérience dans le domaine de la presse est à peu près inexistante (malgré les quelques aventures dans le domaine de Pigasse que ceux qui l'ont pratiqué présentent volontiers comme un redoutable tueur).
Dans chaque offre, il y avait un spécialiste des nouvelles technologies, France Télécom, d'un coté, Free, de l'autre. Deux sociétés très différentes tant par leur histoire que par leur culture mais qui ont un point commun : elles n'ont, ni l'une ni l'autre, aucune expérience de la gestion des contenus, or c'est ce que produisent les journaux : des contenus.
L'alliance tuyaux-contenus peut paraître séduisante de prime abord, mais l'est-elle vraiment? Faut-il rappeler qu'elle n'a jamais marché, que tous ceux qui l'ont tentée d'AOL à Yahoo se sont plantés, tout simplement parce qu'elles sont contradictoires : le fournisseur de tuyaux doit, s'il veut attirer des clients, refuser toute discrimination entre contenus.
On aurait aimé savoir comment les uns et les autres envisageaient de générer du chiffre d'affaires, ce qui veut dire comment financer une activité, la production d'informations, qui coûte trop cher à produire pour être vendue à son prix réel et qui doit être, d'une manière ou d'une autre, subventionnée : par la publicité (qui représente à peu près la moitié des revenus de beaucoup de titres), par des fondations, par l'Etat… Nous n'avons eu là-dessus malheureusement aucune information alors même que les nouvelles technologies, internet, réduisent considérablement les coûts de diffusion et rendent d'autant plus difficile la vente à son coût réel des informations. Et je ne suis pas sûr que la réflexion de l'équipe BNP soit sur ces sujets beaucoup plus avancée que celle de l'offre concurrente. Je crains même qu'elle soit, sur ce sujet, le seul qui compte vraiment, très en retard.
En fait, le seul élément favorable en faveur de la solution BNP me parait être la position très particulière de Pierre Bergé : il a 80 ans (il est né en 1930), n'a semble-t-il pas d'héritiers naturels et pourrait très bien être tenté de confier sa fortune à une fondation, ce qui serait une bonne manière de faire évoluer la structure capitalistique du journal et de lui donner cette assise financière qui lui fait défaut.
Demander à des assemblées de choisir dans l'urgence un repreneur parmi des candidats qui n'ont pas eu le temps (tout le monde le dit) de travailler leur projet était une erreur. Y ajouter la crainte d'une main mise du pouvoir (main mise qu'il convient de relativiser, le service public ne fait pas aujourd'hui particulièrement de cadeaux au pouvoir en place comme on peut le voir en regardant la manière dont les journaux télévisés traitent l'affaire Woerth) était masquer un peu plus les enjeux.
A l'inverse de ce que pensent, semble-t-il, la plupart des journalistes et lecteurs du Monde, l'indépendance éditoriale n'est plus aujourd'hui la question centrale. Pour une raison toute simple : il ne peut y avoir d'indépendance éditoriale s'il n'y a d'indépendance économique. Ce sont les comptes qui font la différence. Un journal qui gagne de l'argent n'a pas, dans nos sociétés ouvertes, besoin d'obéir aux pouvoirs en place, que ceux-ci soient politiques ou économiques! Or, rien de ce que l'on devine des projets n'explique comment le Monde dans de nouvelles mains gagnera de l'argent.
Il est vrai que le choix n'était pas facile avec d'un coté, une offre de deux professionnels de la presse qui ont fait leurs preuves, ce qui aurait du être un atout, mais dont le leader, Perdriel, n'est plus de toute première jeunesse et, de l'autre, des financiers dont l'expérience dans le domaine de la presse est à peu près inexistante (malgré les quelques aventures dans le domaine de Pigasse que ceux qui l'ont pratiqué présentent volontiers comme un redoutable tueur).
Dans chaque offre, il y avait un spécialiste des nouvelles technologies, France Télécom, d'un coté, Free, de l'autre. Deux sociétés très différentes tant par leur histoire que par leur culture mais qui ont un point commun : elles n'ont, ni l'une ni l'autre, aucune expérience de la gestion des contenus, or c'est ce que produisent les journaux : des contenus.
L'alliance tuyaux-contenus peut paraître séduisante de prime abord, mais l'est-elle vraiment? Faut-il rappeler qu'elle n'a jamais marché, que tous ceux qui l'ont tentée d'AOL à Yahoo se sont plantés, tout simplement parce qu'elles sont contradictoires : le fournisseur de tuyaux doit, s'il veut attirer des clients, refuser toute discrimination entre contenus.
On aurait aimé savoir comment les uns et les autres envisageaient de générer du chiffre d'affaires, ce qui veut dire comment financer une activité, la production d'informations, qui coûte trop cher à produire pour être vendue à son prix réel et qui doit être, d'une manière ou d'une autre, subventionnée : par la publicité (qui représente à peu près la moitié des revenus de beaucoup de titres), par des fondations, par l'Etat… Nous n'avons eu là-dessus malheureusement aucune information alors même que les nouvelles technologies, internet, réduisent considérablement les coûts de diffusion et rendent d'autant plus difficile la vente à son coût réel des informations. Et je ne suis pas sûr que la réflexion de l'équipe BNP soit sur ces sujets beaucoup plus avancée que celle de l'offre concurrente. Je crains même qu'elle soit, sur ce sujet, le seul qui compte vraiment, très en retard.
En fait, le seul élément favorable en faveur de la solution BNP me parait être la position très particulière de Pierre Bergé : il a 80 ans (il est né en 1930), n'a semble-t-il pas d'héritiers naturels et pourrait très bien être tenté de confier sa fortune à une fondation, ce qui serait une bonne manière de faire évoluer la structure capitalistique du journal et de lui donner cette assise financière qui lui fait défaut.
samedi, juin 26, 2010
L'amérique, les Frac et la France profonde
Le 5 mars dernier Le Monde publiait un papier d'Emmanuelle Lequeux au titre délicieusement provocant : L'amérique en pince pour les FRAC à l'occasion d'une exposition itinérante de quelques pièces tirées des collections de ces Fonds régionaux d'art contemporain qui couvrent la France et donnent la possibilité de voir de l'art contemporain un peu partout. Les spécialistes qui connaissent bien le marché n'ont pas manqué d'ironiser : l'Amérique redécouvre les vertus des subventions publiques lorsque les marchés s'effondrent et que les institutions comme les Frac restent les dernières à acheter des oeuvres à ses artistes.
Cette ironie est de bonne guerre et probablement justifiée. Reste qu'il est agréable pour qui se promène en France de découvrir, dans les endroits les plus insolites ces lieux où l'on expose ce qui se fait de plus nouveau. Les bâtiments sont en général de grande qualité, les collections toujours intéressantes (même si, effet inattendu de cet art de conservateur, on ne connaît pasla plupart des artistes qui y sont présentés) et l'environnement agréable. Il n'y a que les textes qui qui accompagnent les oeuvres et tentent de les expliquer qui laissent rêveurs. Mais peut-être faut-il les prendre pour ce qu'ils sont : un exercice poétique un peu maladroit.
Il y a les Frac, bien sûr, mais pas seulement. Me promenant il y a quelques jours en Creuse, le département le plus dépeuplé, le plus vide de France, j'ai découvert sur une île, dans le lac de Vassivière, à des kilomètres de la moindre ville de quelque importance, un Centre international d'art et du paysage qui présentait, à coté d'oeuvres d'une artiste italienne qui joue avec des projecteurs de cinéma, Rosa Barba (quel nom charmant pour une artiste dont l'oeuvre pourrait à la longue nous barber), une belle collection de land art dispersée tout autour de l'île. Il n'y avait pas quatre visiteurs, mais cela ajoutait au plaisir de la découverte (et qu'on ne me dise pas qu'en ces temps de disette budgétaire, il faut couper dans ces dépenses, elles ne nous coûtent guère plus cher que les déplacements privés de certains de nos ministres et sont ouvertes à tous).
J'ai pris quelques (mauvaises) photos de ce joli lieu. J'aimerais qu'elles donnent envie à quelques lecteurs de ce blog de faire un détour par ce Centre.

Cette ironie est de bonne guerre et probablement justifiée. Reste qu'il est agréable pour qui se promène en France de découvrir, dans les endroits les plus insolites ces lieux où l'on expose ce qui se fait de plus nouveau. Les bâtiments sont en général de grande qualité, les collections toujours intéressantes (même si, effet inattendu de cet art de conservateur, on ne connaît pasla plupart des artistes qui y sont présentés) et l'environnement agréable. Il n'y a que les textes qui qui accompagnent les oeuvres et tentent de les expliquer qui laissent rêveurs. Mais peut-être faut-il les prendre pour ce qu'ils sont : un exercice poétique un peu maladroit.
Il y a les Frac, bien sûr, mais pas seulement. Me promenant il y a quelques jours en Creuse, le département le plus dépeuplé, le plus vide de France, j'ai découvert sur une île, dans le lac de Vassivière, à des kilomètres de la moindre ville de quelque importance, un Centre international d'art et du paysage qui présentait, à coté d'oeuvres d'une artiste italienne qui joue avec des projecteurs de cinéma, Rosa Barba (quel nom charmant pour une artiste dont l'oeuvre pourrait à la longue nous barber), une belle collection de land art dispersée tout autour de l'île. Il n'y avait pas quatre visiteurs, mais cela ajoutait au plaisir de la découverte (et qu'on ne me dise pas qu'en ces temps de disette budgétaire, il faut couper dans ces dépenses, elles ne nous coûtent guère plus cher que les déplacements privés de certains de nos ministres et sont ouvertes à tous).
J'ai pris quelques (mauvaises) photos de ce joli lieu. J'aimerais qu'elles donnent envie à quelques lecteurs de ce blog de faire un détour par ce Centre.
vendredi, juin 25, 2010
Santé : des alternatives inquiétantes
Je participais ce matin à une émission de radio sur la santé. J'y étais convié pour avoir écrit, il y a quelques années, un livre sur le cancer aujourd'hui épuisé mais que l'on peut trouver sur internet (Dernière Conversation) aux coté de Martine Laval, auteur d'un livre sur le management qui traite longuement des professions médicales (N'écoutez pas trop votre cerveau).
Conversation intéressante mais qui m'a laissé un sentiment de malaise. Mon interlocutrice est proche de David Servan-Schreiber, elle cite abondamment le professeur Cayatte, célèbre patron du service oncologie de la Pitié Salpétrière qui insiste, lui aussi, sur les vertus d'une bonne alimentation pour lutter contre le cancer, et insiste sur les effets délétères des chimiothérapies. Discours que l'on entend de plus en plus souvent qui associe critique des médecins, de la technologie, des laboratoires pharmaceutiques et éloge de médecines plus "naturelles" et de la prévention. Discours qui recueille un soutien fort dans l'opinion comme en témoignent le succés de librairie de tous ceux qui traitent de ces sujets, de Servan-Schreiber et Cayatte, bien sûr, mais aussi dans un registre un peu différent (plus écologiste, moins bobo consumériste) de Barbier et Farrachi.
Je sais bien les méfaits des chimiothérapies, combien elles épuisent et je suis aussi convaincu que quiconque que les méthodes des médecins sont perfectibles. Mais à entendre mon interlocutrice de ce matin, je ne pouvais m'empêcher de me demander si ces discours qui expliquent que mieux vaudrait, dans certains cas, ne pas soigner plutôt que de de faire souffrir, n'apportent pas de l'eau au moulin de tous ceux qui aimeraient bien contingenter les dépenses de santé. Après tout, le meilleur moyen de lutter contre les méfaits des chimiothérapies et les stratégies des laboratoires, ce serait de ne plus se soigner. Ou, plutôt, de ne réserver ces soins, qui coûtent forcément cher, à une minorité (ceux qui ont une chance de s'en sortir, ceux qui ont les moyens, les plus jeunes…).
On peut reprocher beaucoup de choses aux médecins, mais leur mission reste tout de même de nous soigner sans discrimination de sexe, de race, de revenus ou d'âge.
Conversation intéressante mais qui m'a laissé un sentiment de malaise. Mon interlocutrice est proche de David Servan-Schreiber, elle cite abondamment le professeur Cayatte, célèbre patron du service oncologie de la Pitié Salpétrière qui insiste, lui aussi, sur les vertus d'une bonne alimentation pour lutter contre le cancer, et insiste sur les effets délétères des chimiothérapies. Discours que l'on entend de plus en plus souvent qui associe critique des médecins, de la technologie, des laboratoires pharmaceutiques et éloge de médecines plus "naturelles" et de la prévention. Discours qui recueille un soutien fort dans l'opinion comme en témoignent le succés de librairie de tous ceux qui traitent de ces sujets, de Servan-Schreiber et Cayatte, bien sûr, mais aussi dans un registre un peu différent (plus écologiste, moins bobo consumériste) de Barbier et Farrachi.
Je sais bien les méfaits des chimiothérapies, combien elles épuisent et je suis aussi convaincu que quiconque que les méthodes des médecins sont perfectibles. Mais à entendre mon interlocutrice de ce matin, je ne pouvais m'empêcher de me demander si ces discours qui expliquent que mieux vaudrait, dans certains cas, ne pas soigner plutôt que de de faire souffrir, n'apportent pas de l'eau au moulin de tous ceux qui aimeraient bien contingenter les dépenses de santé. Après tout, le meilleur moyen de lutter contre les méfaits des chimiothérapies et les stratégies des laboratoires, ce serait de ne plus se soigner. Ou, plutôt, de ne réserver ces soins, qui coûtent forcément cher, à une minorité (ceux qui ont une chance de s'en sortir, ceux qui ont les moyens, les plus jeunes…).
On peut reprocher beaucoup de choses aux médecins, mais leur mission reste tout de même de nous soigner sans discrimination de sexe, de race, de revenus ou d'âge.
jeudi, juin 24, 2010
Le goût des traitres
Les remous à France inter, la bronca anti Hess et Val invitent une nouvelle fois à jeter un regard sur l'étrange gestion des ressources humaines que pratique Nicolas Sarkozy puisque c'est, une nouvelle fois de lui qu'il s'agit (il a nommé les dirigeants de la radio publique).
Cette gestion me parait marquée de deux traits contradictoires et insolites :
- une certaine faiblesse à l'égard de ses collaborateurs et notamment de ses ministres qu'il conserve même lorsqu'ils dérapent ou prennent des positions qui vont à l'encontre de la sienne. Le cas de Rama Yade est dans tous les esprits, mais on pense aussi bien à Rachida Dati qu'il a conservée à son poste bien au delà du raisonnable et à quelques autres dont Hortefeux : conserver un ministre de l'intérieur condamné pour racisme n'est-ce pas se mettre dans le cas de voir un policier raciste tirer argument des propos de son ministre pour se justifier? Tout se passe comme s'il avait du mal à licencier, à rompre (une faiblesse que l'on retrouve chez nombre de chefs d'entreprise), et lorsqu'il s'y résigne enfin, il fait tout pour que ses victimes ne lui en veuillent pas trop (les cas tout récents de Boutin et Darcos sont, de ce point de vue, exemplaire).
- un goût particulier pour les traitres, les renégats (ou, si l'on préfère un vocabulaire moins brutal, ceux qui tournent leur veste) de Besson à Val (qui a dirigé un journal satirique plus proche de l'extrême-gauche de l'UMP) en passant par Kouchner auxquels on peut confier les tâches les plus difficiles sachant qu'ils ne peuvent refuser et qu'ils mèneront leur mission avec d'autant plus d'énergie qu'ils ont brûlé tous leurs vaisseaux et n'ont à attendre aucune complaisance de personne, ni de leurs anciens amis ni de leurs nouveaux collègues qui les méprisent et leur reprochent d'occuper des places qu'ils auraient aimé garder.
Tout cela fait un étrange mélange de sentimentalisme et d'habileté tactique que l'on ne trouvait pas chez ses prédécesseurs qui avaient d'autres défauts : Mitterrand s'entourait d'intellectuels à la Debray qui n'hésitaient pas, une fois quittés les palais de la République, à le démolir, Chirac faisait peut-être un peu trop confiance à ses amis de trente ans…
Cette gestion me parait marquée de deux traits contradictoires et insolites :
- une certaine faiblesse à l'égard de ses collaborateurs et notamment de ses ministres qu'il conserve même lorsqu'ils dérapent ou prennent des positions qui vont à l'encontre de la sienne. Le cas de Rama Yade est dans tous les esprits, mais on pense aussi bien à Rachida Dati qu'il a conservée à son poste bien au delà du raisonnable et à quelques autres dont Hortefeux : conserver un ministre de l'intérieur condamné pour racisme n'est-ce pas se mettre dans le cas de voir un policier raciste tirer argument des propos de son ministre pour se justifier? Tout se passe comme s'il avait du mal à licencier, à rompre (une faiblesse que l'on retrouve chez nombre de chefs d'entreprise), et lorsqu'il s'y résigne enfin, il fait tout pour que ses victimes ne lui en veuillent pas trop (les cas tout récents de Boutin et Darcos sont, de ce point de vue, exemplaire).
- un goût particulier pour les traitres, les renégats (ou, si l'on préfère un vocabulaire moins brutal, ceux qui tournent leur veste) de Besson à Val (qui a dirigé un journal satirique plus proche de l'extrême-gauche de l'UMP) en passant par Kouchner auxquels on peut confier les tâches les plus difficiles sachant qu'ils ne peuvent refuser et qu'ils mèneront leur mission avec d'autant plus d'énergie qu'ils ont brûlé tous leurs vaisseaux et n'ont à attendre aucune complaisance de personne, ni de leurs anciens amis ni de leurs nouveaux collègues qui les méprisent et leur reprochent d'occuper des places qu'ils auraient aimé garder.
Tout cela fait un étrange mélange de sentimentalisme et d'habileté tactique que l'on ne trouvait pas chez ses prédécesseurs qui avaient d'autres défauts : Mitterrand s'entourait d'intellectuels à la Debray qui n'hésitaient pas, une fois quittés les palais de la République, à le démolir, Chirac faisait peut-être un peu trop confiance à ses amis de trente ans…
mardi, juin 22, 2010
La presse et l'Equipe
Il y avait hier, dans le Monde, un étrange article des deux correspondants du journal en Afrique du Sud qui, sous couvert d'analyser la catastrophe médiatique de ces derniers jours, critiquait à mi-mot le journal L'Equipe et ses journalistes."Les critères habituels d'une bonne information – fiable, donc recoupée, sourcée – ne sont pas forcément retenus par des reporters très jeunes, à qui l'on demande un labeur proche de l'abattage." écrivent en conclusion Gérard Davet et Bruno Lesprit qui s'en prennent également aux divers consultants que les chaines de télévision emploient pour couvrir cette coupe du monde.
Ces remarques sont assez en phase avec ce que pensent beaucoup de journalistes "sérieux" qui n'ont guère apprécié les derniers titres de L'Equipe. Ils reprochent au quotidien sportif de prendre modèle sur la presse britannique dans ce qu'elle a de moins reluisant au risque de dégrader un peu plus l'atmosphère au sein d'une équipe qui allait mal depuis longtemps. Sans doute ont-ils raison, mais leur analyse aurait gagné à tenir compte de ce que la presse sportive vit des événements sportifs et des succès des équipes nationales. Les résultats catastrophiques de l'équipe de France annonçaient un véritable manque à gagner pour ce quotidien et son éditeur (qui est certainement intervenu dans le choix du titre) a pu trouver dans la publication des propos orduriers de Nicolas Anelka, propos qui seraient en d'autres circonstances restés confidentiels, une manière de relancer les ventes. Les journalistes ont trop tendance à l'oublier : faire un journal, c'est aussi vendre du papier. Et on peut penser que cette "mascarade" lui en a fait vendre beaucoup.
Je n'irai pas jusqu'à dire que les journalistes de L'Equipe ont choisi de mettre les insultes d'Anelka en titre pour vendre plus de papier, c'est la préoccupation de leur éditeur. Ils ont recherché, trouvé, mis en valeur et donné un sens à ce qui aurait pu n'être qu'une altercation de fin de march, comme il en existe sans doute, mille autres, que parce que les joueurs, l'entraîneur les traitent depuis des années de manière indigne. Ils se sont vengés des mauvaises manières de Domenech à leur égard. Ni plus ni moins.
Ces remarques sont assez en phase avec ce que pensent beaucoup de journalistes "sérieux" qui n'ont guère apprécié les derniers titres de L'Equipe. Ils reprochent au quotidien sportif de prendre modèle sur la presse britannique dans ce qu'elle a de moins reluisant au risque de dégrader un peu plus l'atmosphère au sein d'une équipe qui allait mal depuis longtemps. Sans doute ont-ils raison, mais leur analyse aurait gagné à tenir compte de ce que la presse sportive vit des événements sportifs et des succès des équipes nationales. Les résultats catastrophiques de l'équipe de France annonçaient un véritable manque à gagner pour ce quotidien et son éditeur (qui est certainement intervenu dans le choix du titre) a pu trouver dans la publication des propos orduriers de Nicolas Anelka, propos qui seraient en d'autres circonstances restés confidentiels, une manière de relancer les ventes. Les journalistes ont trop tendance à l'oublier : faire un journal, c'est aussi vendre du papier. Et on peut penser que cette "mascarade" lui en a fait vendre beaucoup.
Je n'irai pas jusqu'à dire que les journalistes de L'Equipe ont choisi de mettre les insultes d'Anelka en titre pour vendre plus de papier, c'est la préoccupation de leur éditeur. Ils ont recherché, trouvé, mis en valeur et donné un sens à ce qui aurait pu n'être qu'une altercation de fin de march, comme il en existe sans doute, mille autres, que parce que les joueurs, l'entraîneur les traitent depuis des années de manière indigne. Ils se sont vengés des mauvaises manières de Domenech à leur égard. Ni plus ni moins.
samedi, juin 12, 2010
Le départ de 200 réformateurs, Eluard…
Le départ des 200 communistes "réformateurs" me fait penser à cette remarque de José Corti sur Paul Eluard dans ses Souvenirs désordonnés : "Après la Libération, il ne demeurait plus attaché à ses camarades que parce que, s'il avait perdu la foi (Parti, mon Parti), il ne se reconnaissait pas le droit d'ébranler la leur, leur seul soutien." Cette amitié profonde, ce respect des militants qui continuaient de croire et de se battre malgré tout fut sans doute un des ciments de ce Parti qui n'en finit pas de mourir, dont les derniers lambeaux s'abandonnent à un populiste, ex-trotskyste (Mélenchon) pour on ne sait quelle aventure qui ne les mènera sans doute pas très loin.
lundi, juin 07, 2010
La réforme des retraites sera-t-elle le tombeau de Sarkozy?
A lire les commentaires de Libération sur le dernier sondage Viavoice pour ce journal qui montre une nouvelle chute de popularité du chef de l'Etat (64% d'opinions négatives), on peut se demander si cette réforme tant voulue ne sera pas fatale au chef de l'Etat. Il est vrai qu'elle est terriblement mal partie.
Balladur et Fillon avaient su nous convaincre, lors des précédentes réformes, qu'il était juste de modifier le système des retraites tant nous risquions de faire du tort aux générations futures. Argument typiquement utilitariste (si on fait la somme des peines et plaisirs des générations successives…) que l'on n'entend plus beaucoup aujourd'hui.
Le débat s'est porté sur la justice au sein des générations actuelles, entre ceux qui ne souffriront pas de ces réformes (parce qu'ils ont un capital, la possibilité de travailler plus longtemps…) et ceux, beaucoup plus nombreux, qui en souffriront. Et sur ce champ de la justice, la position gouvernementale est beaucoup plus difficile à tenir. Ne serait-ce que parce qu'il suffit de se reporter à son vécu pour voir que cette réforme ne peut que dégrader les conditions de la majorité des retraités. Il n'est pas besoin d'aller chercher très loin. Nous savons tous d'expérience :
- que l'age d'entrée dans le monde du travail est en permanence retardé (allongement des études, difficulté de trouver un premier emploi) alors même que l'âge de départ de la vie active reste désespérément bas : les entreprises ne recrutent pas de seniors et chacun devine que c'est pour de "bonnes raisons" (dans un monde de renouvellement rapide des technologies, il est difficile d'échapper au turn-over des compétences) : il sera donc de plus en plus difficile de cotiser assez longtemps pour toucher une pension pleine,
- que le travail fatigue et use : si les salariés sont si heureux de partir tôt à la retraite, ce n'est pas qu'ils sont paresseux mais qu'ils n'en peuvent plus, physiquement, mais aussi mentalement : la structure hiérarchique de nos organisations use! Retarder l'âge légal du départ en retraite ne peut que pénaliser ceux qui auront eu la chance de commencer de cotiser suffisamment (c'est-à-dire, pour l'essentiel, ceux qui ont commencé de travailler tôt).
L'un des résultats les plus significatifs de ce sondage est le comportement des plus jeunes : 67% des 18-24 ans sont hostiles au report de l'âge légal. Résultat surprenant si l'on songe qu'ils en sont très loin, mais que l'on comprend mieux si l'on tient compte de leur double inquiétude :
- des salariés qui restent plus longtemps au travail risquent de rendre plus difficile une entrée déjà très difficile sur le marché du travail,
- la multiplication des retraites incomplètes de leurs parents devrait les forcer à aider ceux dont les revenus seront insuffisants.
Si cette réforme donne tant le sentiment d'injustice, c'est que chacun que devine que c'est l'équilibre entre générations qu'elle risque de profondément modifier. Sous couvert de régler un problème comptable, c'est la conception du dernier âge de la vie qui est en passe de profondément changer. On associait hier facilement la retraite à un certain confort de vie, on pourrait très bien l'associer demain à la pauvreté. On voit, d'ailleurs, se mettre en place toute une série de mécanismes conçus pour permettre aux plus âgés de compenser des retraites trop faibles :
- possibilité donnée aux retraités de poursuivre une activité professionnelle tout en touchant leur retraite,
- création du statut d'auto-entrepreneur qui permet de travailler sans facturer la TVA (ce qui en gros veut dire sans faire de comptabilité) jusqu'à 30 000€ de chiffre d'affaires annuel, de quoi arrondir des pensions trop faibles chez les plus jeunes retraités,
- développement des offres de viager hypothécaire qui permettent de recevoir un capital ou une rente en hypothéquant un bien immobilier.
C'est un modèle qu'on trouve ailleurs dans le monde. Il n'est pas sûr que l'importer chez nous soit la meilleure idée.
PS J'en profite pour signaler la sortie, aux éditions Connaissances et Savoirs, d'un livre collectif dirigé par Dan Sylvain et Joerg Tremmel : Générations équitables, auquel j'ai donné une contribution sur ce sujet : Réforme des retraites : entre justice inter et intragénérationnelle.
Balladur et Fillon avaient su nous convaincre, lors des précédentes réformes, qu'il était juste de modifier le système des retraites tant nous risquions de faire du tort aux générations futures. Argument typiquement utilitariste (si on fait la somme des peines et plaisirs des générations successives…) que l'on n'entend plus beaucoup aujourd'hui.
Le débat s'est porté sur la justice au sein des générations actuelles, entre ceux qui ne souffriront pas de ces réformes (parce qu'ils ont un capital, la possibilité de travailler plus longtemps…) et ceux, beaucoup plus nombreux, qui en souffriront. Et sur ce champ de la justice, la position gouvernementale est beaucoup plus difficile à tenir. Ne serait-ce que parce qu'il suffit de se reporter à son vécu pour voir que cette réforme ne peut que dégrader les conditions de la majorité des retraités. Il n'est pas besoin d'aller chercher très loin. Nous savons tous d'expérience :
- que l'age d'entrée dans le monde du travail est en permanence retardé (allongement des études, difficulté de trouver un premier emploi) alors même que l'âge de départ de la vie active reste désespérément bas : les entreprises ne recrutent pas de seniors et chacun devine que c'est pour de "bonnes raisons" (dans un monde de renouvellement rapide des technologies, il est difficile d'échapper au turn-over des compétences) : il sera donc de plus en plus difficile de cotiser assez longtemps pour toucher une pension pleine,
- que le travail fatigue et use : si les salariés sont si heureux de partir tôt à la retraite, ce n'est pas qu'ils sont paresseux mais qu'ils n'en peuvent plus, physiquement, mais aussi mentalement : la structure hiérarchique de nos organisations use! Retarder l'âge légal du départ en retraite ne peut que pénaliser ceux qui auront eu la chance de commencer de cotiser suffisamment (c'est-à-dire, pour l'essentiel, ceux qui ont commencé de travailler tôt).
L'un des résultats les plus significatifs de ce sondage est le comportement des plus jeunes : 67% des 18-24 ans sont hostiles au report de l'âge légal. Résultat surprenant si l'on songe qu'ils en sont très loin, mais que l'on comprend mieux si l'on tient compte de leur double inquiétude :
- des salariés qui restent plus longtemps au travail risquent de rendre plus difficile une entrée déjà très difficile sur le marché du travail,
- la multiplication des retraites incomplètes de leurs parents devrait les forcer à aider ceux dont les revenus seront insuffisants.
Si cette réforme donne tant le sentiment d'injustice, c'est que chacun que devine que c'est l'équilibre entre générations qu'elle risque de profondément modifier. Sous couvert de régler un problème comptable, c'est la conception du dernier âge de la vie qui est en passe de profondément changer. On associait hier facilement la retraite à un certain confort de vie, on pourrait très bien l'associer demain à la pauvreté. On voit, d'ailleurs, se mettre en place toute une série de mécanismes conçus pour permettre aux plus âgés de compenser des retraites trop faibles :
- possibilité donnée aux retraités de poursuivre une activité professionnelle tout en touchant leur retraite,
- création du statut d'auto-entrepreneur qui permet de travailler sans facturer la TVA (ce qui en gros veut dire sans faire de comptabilité) jusqu'à 30 000€ de chiffre d'affaires annuel, de quoi arrondir des pensions trop faibles chez les plus jeunes retraités,
- développement des offres de viager hypothécaire qui permettent de recevoir un capital ou une rente en hypothéquant un bien immobilier.
C'est un modèle qu'on trouve ailleurs dans le monde. Il n'est pas sûr que l'importer chez nous soit la meilleure idée.
PS J'en profite pour signaler la sortie, aux éditions Connaissances et Savoirs, d'un livre collectif dirigé par Dan Sylvain et Joerg Tremmel : Générations équitables, auquel j'ai donné une contribution sur ce sujet : Réforme des retraites : entre justice inter et intragénérationnelle.
jeudi, juin 03, 2010
Le corps de Sakozy
Je voyais hier, sur Canal +, un journaliste expliquer qu'il faudrait augmenter les impôts (ce que tout le monde nous dit aujourd'hui) suivi d'une rediffusion d'une séquence où Nicolas Sarkozy expliquait que, justement, il n'en était pas question, qu'il n'avait pas été élu pour cela. Ce qui m'a frappé, ce n'est pas que Nicolas Sarkozy doive se résoudre à ce qu'il jugeait hier impossible : après tout, la situation a changé, mais que son corps, la manière dont il affirmait que jamais il ne le ferait en se mettant tout entier en avant pour mieux nous convaincre (vieux truc de rhétorique) se révèle aujourd'hui si contre-productif. Alors que l'on pourrait comprendre que la situation l'ait fait changer d'avis, le fait qu'il ait exprimé son refus en y mettant tout son corps, rend son reniement d'autant plus brutal et insupportable. Cet homme sera sanctionné, puni par ce qui fut sa première qualité : sa capacité à incarner physiquement son engagement.
Inscription à :
Articles (Atom)


