dimanche, janvier 29, 2012

Marine Le Pen en meeting

Grâce aux chaînes d'information continue ont peut assister en direct à quelques uns des meetings des candidats à l'élection présidentielle. Aujourd'hui, celui de Marine Le Pen à Perpignan. Spectacle intéressant qui éclaire sur la personnalité de la candidate du Front National, très à l'aise, parfois amusante, empruntant volontiers des trucs aux comiques spécialistes du stand-up, mais aussi et surtout sur son public et sur ce qu'il attend. 

Son discours était entièrement consacré au travail et à son programme économique (vraiment très flou). Elle fut très applaudie chaque fois qu'elle s'en est pris à l'immigration, aux syndicats, qu'elle a stigmatisé les fraudes sociales, illustrées par les Mercédès des Roms, qu'elle a fait la promotion de l'apprentissage et qu'elle a expliqué qu'il fallait réserver les aides sociales, à commencer par les allocations familiales, aux Français. La salle était infiniment plus froide (pour ne pas dire glaciale) quand elle parlait d'augmenter les salaires les plus faibles, lorsqu'elle expliquait que le coût du travail n'est pas un problème et que le baisser ne servirait à rien. 

C'était à Perpignan, région où le Front National est depuis longtemps bien implanté sans vieille tradition ouvrière. En irait-il de même dans le Nord? Ce serait à vérifier. Reste que l'on a bien le sentiment que son public est plus d'artisans et de petits patrons que d'ouvriers. Public sensible à son discours sur les valeurs du travail, mais plus sceptique sur une hausse des salaires et sur sa vision de l'entreprise. Ce qui laisse à Nicolas Sarkozy qui milite pour une baisse du coût du travail un espace à reconquérir.

vendredi, janvier 27, 2012

Juppé trahi par les siens

Ce n'est pas la gauche qui est le plus critique avec Alain Juppé, ce sont ses amis ou, plutôt, ses anciens amis, des chiraquiens anti-sarkozystes comme Thierry Desjardins ou Jean-François Probst. Je les trouve bien sévères. Juppé a été agressif et un peu de mauvaise foi? c'est vrai, et il a permis à François Hollande de montrer sa pugnacité, mais il n'a pas démérité. Plusieurs de ses questions étaient pertinentes même si ses réponses sur la TVA sociale ont surpris par leur imprécision. Le projet n'est donc pas plus avancé? Et même si s'il a à plusieurs reprises donné le sentiment d'avoir intégré la défaite de son candidat.

Petite revue de la presse étrangère…

Arthur Goldhammer signale l'article que Die Zeit, le grand journal allemand, consacre à François Hollande. Le papier est assez banal, mais la phrase d'accroche surprend : "Einst als Langweiler verspottet, soll der Sozialist Hollande nun Frankreichs neuer Präsident werden." ce qui veut, en gros dire : "longtemps considéré comem un raseur, le socialiste veut être élu Président." Raseur, Hollande? ennuyeux? On lui a longtemps reproché plutôt le contraire, de blaguer trop souvent, de faire trop d'humour.

Tous les journalistes étrangers n'ont pas cette vision étrangement déformée du candidat socialiste. Le Daily Telegraph propose un résumé tout à fait fidèle de ses propositions et des réactions qu'elles suscitent à droite.

Le Times de Londres s'inquiète surtout des répercussions sur la place financière londonienne et souligne que le maire de Londres, le premier ministre britannique et plusieurs responsables économiques ont dit leur inquiétude : "The Prime Minister, the Mayor of London and British business chiefs were taken aback by Mr Hollande’s plans, claiming that they would damage financial centres. Mr Johnson (le maire de Londres) accused him of “political vindictiveness”.

Le Guardian met sur son site des extraits de la conférence de presse en VO avec sous-titres, le tout accompagné d'un article de Pierre Haski qui souligne la dimension socio-démocrate de son programme et s'amuse, comme toute la presse britannique de la vraie-fausse citation de Shakespeare.

Le Financial Times qui rappelle, dans un article étrangement sobre, que la droite s'en est également pris aux banques, souligne qu'il y a souvent loin des mots aux actes et publie la lettre d'un professeur de l'INSEAD, Theo Vermaelen, pour qui la perspective de voir Hollande arriver au pouvoir aurait été une raison suffisante de dégrader la note de la France. Le Wall Street Journal s'inquiète lui aussi des banques et met en perspective le projet de séparer les activités de dépôt et de marché. Gageons qu'il publiera vite dans ses pages Opinions quelque pamphlet sanglant.

Le New-York Times offre un compte-rendu fidèle des propos de François Hollande et de quelques unes des réactions de l'opposition, ce qui donne cependant une drôle d'impression comme dans ce passage : "Mr. Hollande said he would raise the income tax bracket for those making more than 150,000 euros a year (about $197,000) to 45 percent from 40 percent, cap tax deductions for individuals at 10,000 euros a year (about $13,000), increase taxes on bank profits and create a financial-transaction tax — the last also a promise of Mr. Sarkozy. The head of Mr. Sarkozy’s center-right political party, Jean-François Copé, said Mr. Hollande’s promises were a “fiscal clobbering of the middle class." Qui lit vite se dit que les classes moyennes en France sont bien riches…

Dans l'ensemble, donc, les lecteurs de la presse "sérieuse", ceux au moins que la politique française intéresse ont une vision assez juste et pas du tout caricaturale des propositions de François Hollande. C'est sans doute le signe qu'il ne fait pas très peur même alors même que l'on observe, depuis quelques jours, une tentative de la part de plusieurs grands dirigeants conservateurs européens, britannique, allemand ou espagnol, de venir au secours de Nicolas Sarkozy.

jeudi, janvier 26, 2012

Dimanche soir, sur six chaines…

Dimanche soir, Nicolas Sarkozy parlera donc simultanément sur six chaines de télévision, TF1, France 2, I-Télé, BFM TV, LCI et les chaines parlementaires! Dans quel autre pays démocratique serait-ce possible?  Comme nous ne sommes pas encore au pays de Big Brother, nous pourrons faire autre chose, sortir, lire, regarder un film, nul ne nous forcera à assister à l'entretien d'une heure, mais comment ne pas avoir le sentiment d'être cerné?

On se demande qui a pu avoir cette idée farfelue qui parait, au delà du ridicule, une erreur de communication.

On nous dit que Nicolas Sarkozy veut la "jouer modeste", cette invasion des écrans dit tout le contraire. Et on peut compter sur ses adversaires pour dénoncer cette privatisation de l'espace public, cette "nationalisation" éphémère des télévisions privées. On nous annonce qu'il va renverser la table et faire des propositions décoiffantes, mais tout le monde (ou presque) les ayant entendues de sa bouche, il n'y aura pas ce travail d'infusion qui, au travers des annonces, des reprises dans les jours qui suivent dans la presse, fait évoluer l'opinion. De quoi parlera-t-on le lendemain? de ses propositions ou de son occupation des télévisions?

Cette mesure est si exceptionnelle, qu'on peut d'ores et déjà imaginer qu'il va dramatiser la situation. Il y a dans cette volonté de toucher tous les Français quelque chose de la communication en temps de guerre. Mais où est l'ennemi?  François Hollande a désigné les marchés financiers. Difficile pour Nicolas Sarkozy de reprendre l'argument. Il lui reste l'Etat social, ces cotisations sociales qui ruinent, nous dit-on, notre compétitivité. Mais l'argument a tant servi qu'on a envie de soupirer et de dire : encore…

mardi, janvier 24, 2012

"Si l’on veut être aimé dans le futur, il faut couper.”

Le Monde attribue cette phrase à Nicolas Sarkozy évoquant sa carrière après une défaite aux prochaines présidentielles. Défaite qui le mettrait dans la même situation que Valery Giscard d'Estaing, à ceci près qu'il semble vouloir s'y préparer, qu'il aimerait, nous dit-on, gagner de l'argent. Mais pourra-t-il être aimé dans le futur? C'est une ambition que l'on comprend mais qu'il n'est pas si facile à accomplir. Mitterrand et Chirac ont réussi cela, chacun à leur manière, mais d'autres ont échoué. Qui aime Pompidou? ou Giscard d'Estaing, même si derrière le ridicule du vieux monsieur qui écrit des romans à l'eau de rose se dessine une réhabilitation d'un septennat qui sut aérer une France que le gaullisme et le pompidolisme avaient tellement enfermée dans la naphtaline.

Le personnage pourra émouvoir et peut-être susciter quelque sympathie chez ceux qui se souviendront de son dynamisme, de ses échecs amoureux, de sa capacité à entraîner ses pairs dans des aventures militaires, mais que restera-t-il de son bilan? La dégradation de la France s'est sous son quinquennat accélérée, en partie de son fait, en partie par la faute de la crise, beaucoup parce qu'il a agi à contre-temps, n'ayant pas anticipé une catastrophe qu'il était peut-être difficile de prévoir. Beaucoup aussi parce que, à l'inverse de De Gaulle ou Mitterrand, il ne s'est pas placé dans la longue durée. Où sont ses grands travaux, ses réalisations qui laisseront sa marque? A quel musée, à quelle bibliothèque pourra-t-on donner son nom? Que resterait-il dans nos mémoires de Pompidou, le mal aimé, s'il n'avait imposé Beaubourg? Laquelle de ses réformes résistera à l'usure du temps? Celle sur les retraites devra être renégociée, celle sur l'Université n'a pas, c'est le moins qu'on puisse dire, encore porté beaucoup de fruits, pour le reste, on peine à voir…

Il est vrai qu'il n'est pas battu et qu'une improbable victoire arrachée de main de maître pourrait lui valoir d'entrer dans le dictionnaire des grands artistes de la politique, mais qu'en ferait-il?  dans quel état laisserait-il la France après cinq nouvelles années, si elles sont aussi chaotiques que les cinq dernières?

Cette question de l'après se pose d'ailleurs pour de nombreux politiques qui quittent la scène jeunes après avoir occupé les plus hautes fonctions. Elle se pose également pour DSK. Que faire? La tournée des conférences grassement rémunérées comme Clinton et Blair? C'est rémunérateur mais probablement un peu désespérant.

Il est un modèle que tous ces politiques devraient méditer, et peut-être suivre, celui de Schumpeter qui après avoir été ministre des finances a écrit les livres que l'on sait. S'il en a le goût, Nicolas Sarkozy pourrait, une fois passées l'amertume et la déception des premiers mois, amorcer une réflexion sur le pouvoir, son exercice, la personnalité du leader. Son expérience difficile, paradoxale lui donneraient certainement matière à nous enrichir. Mais il est, encore une fois, bien loin d'être battu.

Nicolas Sarkozy prêt à quitter la politique?

C'est ce que suggère Ouest-France reprenant une phrase citée par les journalistes du Monde.fr : « En cas d’échec, j’arrête la politique. Oui, c’est une certitude » aurait-il ainsi déclaré, interrogé sur son éventuelle incapacité à obtenir un second mandat présidentiel. Le chef de l’Etat se dirait même lucide sur la fin de sa carrière. « De toute façon, je suis au bout. Dans tous les cas, pour la première fois de ma vie, je suis confronté à la fin de ma carrière. »

Remarque en l'air? signe d'épuisement? Drôle de manière, en tout cas, de débuter une campagne électorale qui ne devrait pas rassurer ses partisans. Un candidat qui fait sienne l'hypothèse de l'échec, qui pense déjà à l'après, qui s'y prépare en un mot, ne se met pas dans les meilleures conditions pour l'emporter. Mais peut-être n'est-ce qu'un bref passage à vide? Les images le montrant dérivant sur une pirogue en Guyane tandis que Hollande faisait un tabac à Paris donnent cependant à ces quelques mots une certaine substance.

lundi, janvier 23, 2012

Hollande dans ses habits de président

Je signalais hier le coté patriotique du discours de François Hollande, son appel répété à l'identité de la gauche, la laïcité, la République, l'égalité… L'analyse du vocabulaire que propose ce matin Libération confirme cette première impression :


Mais il y avait évidemment bien plus dans ce discours. Il y avait, d'abord, symbole fort, cette foule énorme, joyeuse, colorée, réactive, qui manquait jusqu'à présent aux meetings de François Hollande, il y avait également la réunion de tous les dirigeants socialistes dont les visages étaient plutôt souriants, même Laurent Fabius paraissait heureux. Il y eut ensuite, cet effet de surprise qui a pris de court l'UMP dont les réactions ont été très en dessous de ce que l'on pouvait attendre. Depuis deux jours, on nous promettait un discours personnel, vague et sans trop d'annonces. François Hollande a fait tout le contraire : il a nourri un discours personnel de nombreuses mesures dont plusieurs paraissaient complètement nouvelles. Le secret aura été bien gardé.

Discours ancré à gauche nous dit-on? Sans doute. Mais avec des mesures qui ne devraient guère choquer les spécialistes, la séparation des activités de dépot et d'investissement est demandée depuis de nombreux mois par de nombreux économistes, et une thématique que l'on entend ailleurs : les industriels ne sont pas les derniers à contester la prééminence des marchés. Si Hollande s'est ancré à gauche, il l'a fait avec des thèmes fédérateurs.

Et sans jamais citer Nicolas Sarkozy (plus tard sur TF1, comme on le lui faisait remarquer, il faisait comme si tout cela c'était déjà du passé), il a marqué sa différence : simplicité, cohérence, respect et… autorité. Une autorité affichée dans le ton mais aussi dans la rumeur : on dit qu'il a écrit tout sel ce discours, ce qui serait bien sûr une autre manière de se distinguer et de s'envoler.

On a évidemment envie de le comparer à François Mitterrand. Il en a quelques manières de tribun, mais son style est tout différent, il est bien moins dans le charme et la séduction, et s'il lui arrive d'être flou il n'est jamais ambigu. Son discours d'hier était, par ailleurs, bien plus charpenté et structuré que beaucoup de ceux de François Mitterrand.  Il serait d'ailleurs amusant de comparer son style et celui de Mélenchon autre héritier de Mitterrand.

dimanche, janvier 22, 2012

Hollande et l'identité nationale

Ségolène Royal avait, en 2007, joué du drapeau bleu blanc rouge, Hollande a cette fois-ci construit tout son discours autour de la France, autour de ce que l'on aimerait appeler, si Nicolas Sarkozy, n'avait démonétisé le mot, notre identité nationale. Il l'a fait avec finesse, commençant par l'affirmation de la laïcité (qui, inscrite dans la Constitution, nous protégerait de toutes les tentations d'évoquer les racines chrétiennes de l'Europe que l'on devine ici ou là et pas forcément en France), concluant par une longue litanie sur l'égalité en passant par des rappels de notre histoire et par une jolie formule sur son goût des gens qui n'était pas sans rappeler Chirac qu'il a évoqué lorsqu'il a parlé de la Corrèze. On nous avait dit qu'il fendrait l'armure, il me semble qu'il l'a fait autant que possible, en parlant de son père et de sa mère, et qu'il ne ferait pas un catalogue de mesures, il nous a donné du grain à moudre. Mais c'est cette dimension patriotique qui m'a le plus frappé, il a voulu réveiller le sentiment national. Un discours réussi, en ce qu'il devrait réveiller les ardeurs socialistes (bien présentes au Bourget) et gêner ses adversaires immédiats, moins sur sa gauche que sur sa droite, ce qu'il semble avoir réussi si j'en juge par les réactions mitigées de Benhamias, le bras droit de Bayrou.

vendredi, janvier 20, 2012

Mélenchon, Le Pen et les classes populaires…

Jean-Luc Mélenchon peut-il encore monter dans les sondages? François Hollande y aurait tout intérêt pour peu que cette progression dans le sondage se fasse au dépens de Nicolas Sarkozy, d’un coté, et de Martine Le Pen, de l’autre. Ce qui supposerait que l'ex-sénateur socialiste séduise des voix populaires (pas forcément ouvrières) que Nicolas Sarkozy a déçues et que Marine Le Pen attire. Son repositionnement, l’arrêt des attaques frontales contre François Hollande et son offensive contre le FN visent bien cela. Mais peut-il réussir?

Cela ne va pas de soi.

Parce qu’il lui arrive de se comporter en populiste, on l’a souvent comparé à Marine Le Pen. Sa clientèle n’est cependant pas la même. La sienne vient, pour l’essentiel, du secteur public, protégé, personnels de santé, personnel des collectivités locales, enseignants… qui s’opposent au capitalisme pour des motifs idéologiques, mais aussi parce qu’ils souffrent de la dégradation des services publics, de la réduction de leurs budgets et du manque d’effectifs…

Celle de Marine Le Pen est toute différente. L’héritière de Montretout séduit ouvriers et employés installés dans de petites villes qui sont doublement menacés : non seulement leurs emplois sont fragiles mais s’ils le perdent ils n’ont, du fait, de l’étroitesse des marchés du travail locaux, peu de chance d’en trouver un autre.

Les uns et les autres en appellent à l’Etat pour les protéger. Mais ils n’en attendent pas la même chose. Les premiers veulent surtout qu’il affecte plus largement ses recettes aux services au public. Les seconds veulent conserver ce qu’ils ont. Et c’est à cela que répond Marine Le Pen avec son programme ultra-protectionniste.

Melenchon peut-il rassurer cette France qui travaille dans les zones industrielles des petites villes dans des entreprises d’autant plus menacées qu’elles manquent de ressources financières et de compétences managériales pour retrouver le chemin de la croissance? Ce sera difficile. Ce le sera d’autant plus qu’il ne peut compter sur le soutien même indirect des organisations syndicales absentes de ces PME. Mais sa virulence peut être efficace dans les vieilles régions industrielles, dans le Nord, en Lorraine, en France-Comptén dans le pays de Montbéliard, là où les traditions ouvrières, syndicalistes, communistes ou socialistes, ont laissé des traces et nourri des générations de travailleurs. Sa virulence, son opposition radicale aux thèses anti-immigrés du FN (et de Nicolas Sarkozy) peut séduire dans des régions dont la population ouvrière est largement issue de l’immigration. Même s’il n’emporte pas l’adhésion d’une majorité, son offensive pourrait en faire douter quelques uns, suffisamment pour freiner l’irrésistible ascension de Marine Le Pen dans ces vieilles régions industrielles.

Restera, quels que soient les résultats de l’élection, à trouver des solutions pour ces salariés. Ni Mélenchon ni Le Pen n’en ont à l’évidence. Ce sera à l’élu d’en trouver.

jeudi, janvier 19, 2012

Inégalités et mobilité sociale ; nous avons des progrès à faire!

C'est une conférence (avec ici les graphiques) d'Alan Krueger, un économiste qui a travaillé pour Barack Obama avant de retourner à Princeton, qui devrait faire quelque bruit chez les économistes mais qui pourrait aussi nourrir nos débats politiques. On y trouve un graphique qui associe inégalités des revenus et mobilité sociale :


On lit ce graphique de la manière suivante plus un pays est en haut, à droite plus ses inégalités sont grandes, plus il est à droite en haut plus la mobilité intergénérationnelle y est faible, plus les revenus des enfants dépendent de ceux des parents. Que les inégalités soient très fortes aux Etats-Unis n'est pas une information nouvelle, que la mobilité sociale y soit aussi faible est, par contre, moins connu. Mais oublions un instant les Etats-Unis et regardons l'Europe. On trouve en bas à gauche, les pays du Nord : faible inégalité et plus grande mobilité et en haut à droite, pas très loin des Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France. Nous avons des efforts considérables à faire tant pour réduire les inégalités que pour aider la mobilité sociale.

On remarquera que l'Allemagne qu'on nous présente comme un modèle l'est effectivement : les inégalités y sont plus faibles que chez nous et la mobilité sociale plus importante.

Le diesel Hollande…

On le sent bien, la campagne de Hollande patine. Les journalistes et l'opposition mettent l'accent sur le flou de ses propositions, mais c'est probablement de bonne tactique (qu'aurait-on dit s'il avait présenté son programme économique deux jours avant la perte du triple A?). Non, ce qui donne cette impression de flottement c'est qu'il ne suscite pas, à l'inverse de Ségolène Royal en 2007,  d'enthousiasme. Il ne crée pas ce mouvement qui donne envie de se battre pour lui. Il est bon orateur (excellent même), il a réussi à mettre le PS au pas malgré quelques incidents ici ou là, mais il ne passionne pas. Il y a chez lui quelque chose de ces diesels qui roulent bien et ne coûtent pas cher mais ronronnent et ennuient les amateurs de belles voitures.

Cela tient sans doute à sa personnalité et à son positionnement : un président normal n'excite pas vraiment les foules. A l'inverse de Ségolène Royal, de Nicolas Sarkozy, de Jean-Luc Mélenchon ou, bien sûr, de Marine Le Pen, il ne clive pas. Si personne n'est tombé amoureux de lui, personne non plus ne le déteste. En ce sens, il rappelle le Chirac de la dernière période. Est-ce un handicap ? Cela ne l'aide sans doute pas à enrayer sa longue glissade dans les sondages mais il bénéficie de la prime de celui qui a le plus de chance de l'emporter à gauche. Et les sondages le suggèrent, ce pourrait être un atout pour le second tour face à Sarkozy. Encore faut-il y arriver. Mais, ne serait-ce que pour nous donner un peu plus l'envie de le défendre, il aurait intérêt à trouver quelque additif à mélanger à son carburant.

L'exemple de Nixon?

On reproche beaucoup à François Hollande mais aussi à François Bayrou de rester discrets sur leur programme. On pourrait faire le même reproche à Nicolas Sarkozy : si quelqu'un a compris en quoi consistait son projet de TVA sociale, qu'il le dise!




Mais l'exemple vient de loin et de… haut (je ne suis pas sûr que cet adjectif convienne vraiment, mais à défaut…), je veux dire de Nixon, si j'en juge par ce rappel de ses "secret plans" pour en finir avec la guerre du Vietnam en 1968, avec la levée du contrôle des prix en 1972… qui agaçaient (le mot est faible) les commentateurs mais ont trouvé grâce auprès des théoriciens de la stratégie. "The American citizenry, écrivait par exemple Steven Kerr, l'auteur d'un formidable article sur les incitations (On the folly of rewarding A while hopping for B), wants its candidates for public office to set forth operative goals, making their proposed programs "perfectly clear" specifying sources and use of funds, etc. However, since operative goals are lower in acceptance, and since aspirants  to public office need acceptance (from at least 50.1 percent of the people), most politicians prefer to speak only of official goals, at least until after the election." Dit autrement, tout le monde est convaincu que l'austérité sera au rendez-vous et l'accepte, mais un détail trop précis des mesures proposées pour réduire les déficits reviendrait à couper l'herbe sous les pieds du candidat. D'où ce sentiment étrange de flou et d'incertitude qui entoure ce début de campagne.

Quand le vice paie…

On sait que depuis Mandeville et Adam Smith le capitalisme et le vice font bon ménage. Le moindre escroc peut aujourd'hui espérer tirer quelques sous de ses mésaventures en en faisant un livre ou un scénario. Voilà, dans le même genre d'idées, que le Huffington Post, un journal en ligne que personne ne connaissait en France vient de se faire une publicité gratuite dans tous les médias en recrutant comme directrice éditoriale Anne Sinclair. Qu'elle ait les compétences pour l'emploi, nul n'en doute, mais aurait-elle été choisie si son mari n'avait occupé si longtemps la première page des journaux? On peut en douter…

mercredi, janvier 18, 2012

La crise et les super yachts

C'est la Tribune qui nous l'apprend : jamais les super yachts ne se sont mieux vendus. On en a vendu 263 en 2011 dans le monde contre 204 un an plus tôt. A eux seuls, ils représentent un chiffre d'affaires de 2,5 milliards d'euros. De quoi se mettre en colère? Oui mais de quoi, surtout, s'inquiéter. Quand les super riches achètent des Rolls et des yachts de très grande taille c'est qu'ils préfèrent dépenser leur argent pour leurs plaisirs (et le prestige), plutôt que pour s'enrichir. C'est qu'ils n'ont plus confiance dans l'avenir et se comportent comme ces pauvres qui ont si peu confiance dans le leur qu'ils dépensent ce qui leur reste plutôt que d'épargner. Vivement des difficultés pour les industriels du très grand luxe pour nous rassurer!


Imbécile brutalité

La campagne suit son bonhomme de chemin avec chaque jour un peu plus de fébrilité (et de brutalité) du coté de la majorité. Voilà que Gérard Longuet, crétin avéré depuis que, ministre de la Défense, on peut juger de ses prestations publiques, politique à l'éthique défaillante, facho bien introduit depuis qu'il a épousé la soeur de Bolloré, compare Hollande au capitaine du Concordia. Nadine Morano dont la finesse n'est pas la première qualité est enfoncée. Les socialistes demandent des excuses? Ils ont tort. On le leur reprochera. Et on les accusera d'être, à cause même de ces excuses, aussi coupables que leurs adversaires. Pourquoi ne se contentent-ils pas, à l'image de Fabius, de souligner l'indécence et la bêtise de la comparaison?

Le mystère Bayrou

Il y a un mystère Bayrou. Voilà un candidat qui n'est plus neuf, qui a montré ses limites et ses faiblesses, qui en a de nouvelles et qui cependant remonte très vite dans les sondages, au point que certains commencent à l'imaginer au second tour où il aurait, il est vrai, de bonnes chances de l'emporter tant contre Sarkozy (la gauche le préférerait sans difficultés) que contre Hollande (la droite le préférerait sans doute au candidat PS). Ses limites sont pourtant bien connues. Il est seul et sans troupes, son programme est du plus grand flou, pour ne pas dire invisible. Et s'il gagnait les élections, on ne sait avec qui il gouvernerait ni comment il ferait pour constituer une majorité aux législatives qui suivront l'élection présidentielle. Devra-t-il gouverner avec un PS qui aura gagné les élections? avec une coalition gauche droite? avec un bout de l'UMP? Et cependant, les sondages montrent qu'il progresse dans l'opinion. Sans doute est-il le candidat de ceux que les autres ne satisfont pas. En 2007, il avait attiré des voix socialistes que Ségolène Royal gênait. Et il l'avait fait battre en facilitant le report au second tour de ces voix sur Nicolas Sarkozy. Il pourrait très bien, cette fois-ci, servir de solution de rechange aux électeurs de droite qui ne supportent plus Nicolas Sarkozy, sa personne, ses scandales et sa politique droitière. Il se retrouverait une nouvelle fois dans la position de celui qui fait et défait les rois mais toujours sans la possibilité d'en profiter. Sauf à faire ce qu'il a refusé à Ségolène Royal en 2007 : passer un deal avec l'un ou l'autre candidat.

mardi, janvier 17, 2012

Dégradé? Une affaire d'honneur?

Le toujours excellent Arthur Goldhammer s'amuse dans un récent post de l'erreur d'un internaute français qui confond "downgraded" et "degraded" mot qui renvoie en anglais aux notions d'honneur et d'humiliation, ce qui lui permet de souligner le glissement de sens observé dans la presse française ces derniers jours qui rappelle ce sens de l'honneur dont d'Iribarne faisait une caractéristique du tempérament français. Il est vrai que la dramatisation de la perte du triple A se colore chez nous d'un sentiment d'humiliation que je ne me souviens pas d'avoir trouvé dans les réactions américaines à la même dégradation il y a quelques mois. En se faisant le défenseur intransigeant mais incapable du triple A Sarkozy aurait donc commis une erreur tactique (en mettant en avant une notation qui n'intéressait il y a quelques mois encore personne), et une faute politique en faisant d'une mesure technique une question d'honneur. Mais gageons qu'il saura vite faire oublier ce faux pas en annonçant de nouvelles réformes comme cette suppression de la cinquième semaine de congés payés dont il était question hier.

lundi, janvier 16, 2012

Hollande, Sarkozy, deux tactiques, deux gestions du temps

Plus on avance dans la campagne, plus on voit se dessiner deux tactiques, deux manières de gérer le temps que les réactions à la crise du AAA a une nouvelle fois illustré. D'un coté, Nicolas Sarkozy multiplie les annonces, les projets, les promesses de réforme comme s'il était assuré de remporter l'élection, comme si le temps ne lui était pas compté, de l'autre, François Hollande évite de trop s'avancer, reste sur le plan des principes et se garde de trop s'engager sur des projets détaillés. Le premier prend le risque de passer pour brouillon et inconsistant, le seconde pour flou et incertain.

Il y a là deux manières de maîtriser le temps. Nicolas Sarkozy parie sur l'oubli : il fait tant de promesses que nous oublierons, pense-t-il, celles d'hier et d'avant-hier. François Hollande veut, à l'inverse et à la manière de Mitterrand (qui utilisait cependant une autre technique, l'ambiguïté), se réserver le droit de trancher plus tard, au moment qu'il jugera opportun.

Le premier prend le risque d'être en permanence démenti, le second celui d'être accusé de manquer de réactivité, d'être trop prudent. La faiblesse de Sarkozy est que nous savons qu'il ne tient pas ses promesses, qu'il y a beaucoup de vent derrière tous ses discours, celle de Hollande est qu'il ne nous a pas encore montré qu'il savait trancher, décider.


samedi, janvier 14, 2012

Fonctionnaires, à vos portefeuilles!

Un passage des déclarations du préfet Gaudin à propos du scandale de l'IGS dans le Monde d'hier (Les policiers de l'IGS conservent tout mon soutien) devrait retenir l'attention de tous ceux qui se piquent de rechercher des solutions pour lutter contre le déficit de l'Etat :

"Est-il normal que Claude Bard, qui coordonnait l'enquête en 2007, et qui est aujourd'hui à la tête de l'IGS, ait défrayé un expert sur ses deniers personnels? 
"Ce fonctionnaire a été appelé dans le cadre d'une réquisition liée à une enquête judiciaire pour analyser la manière dont étaient traités certains dossiers d'étrangers à la Préfecture de police. Il est parfaitement qualifié pour cette mission en sa qualité de chef du bureau des étrangers d'une grande préfecture, celle du Rhône. Il fallait bien quelqu'un qui ait à la fois expérience et recul. S'agissant des défraiements liés à son déplacement, M. Bard les a tout simplement directement réglés afin de lui éviter une avance. Bien loin de constituer une anomalie, il s'agit d'un cas exemplaire de bonnes relations entre fonctionnaires."

Si je comprends bien M.Gaudin, il est naturel et normal qu'un fonctionnaire paie de sa poche les dépenses professionnelles d'un collègue. Plus même : ce serait un cas exemplaire, ce qui veut sans doute dire un exemple à suivre… Pourquoi, en effet, l'Etat rembourserait-il des frais si les collègues s'en chargent? On pourrait ainsi régler le problème de la dette : demander aux fonctionnaires de cotiser pour financer leurs déplacements…

L'explication est naturellement grotesque. On en rirait, d'autant plus volontiers que Michel Gaudin n'a rien d'un comique troupier, si l'on ne devinait derrière ce "cas exemplaire de bonnes relations entre fonctionnaires" une caisse noire sur laquelle Claude Bard s'est probablement remboursé.

vendredi, janvier 13, 2012

La fin du triple A

Les rumeurs confirment ce que l'on craignait depuis plusieurs semaines : fin du triple A pour la France, dégradée semble-t-il (mais ce ne sont encore que des rumeurs) plus que ses voisins. Il va nous falloir penser la dette. Certains ont déjà commencé comme Nathalie Sarthou-Lajus, auteur d'une Ethique de la dette (PUF, 1997) qui explique que la dette est fondatrice du lien social ou, de manière plus inattendue Friedrich List, économiste allemand du 19ème siècle, théoricien du protectionisme et grand ennemi des classiques, de Smith et Say, qui écrivait : "la dette dont le fardeau accable (la Hollande et les Pays-Bas) n'est qu'une suite d'efforts excessifs pour maintenir leur indépendance et il dans la nature des choses que le mal atteigne un point où il devienne insupportable, et où l'incorporation dans une plus grande nationalité leur semble à eux-mêmes désirable et nécessaire" (Système National d'Economie Politique, p.298). List était partisan d'une grande Allemagne qui regroupe le Danemark et les Pays-Bas, mais ce fut aussi un défenseur ardent du Zollverein, l'union douanière qui a donné naissance à l'Allemagne.

Près d'un tiers des Français d'accord avec les idées du FN? Voire…

Il faut se méfier des titres des journaux, même des meilleurs. Le Monde titrait hier "Près d'un tiers des Français adhèrent aux idées du Front National" en présentation des résultats d'un sondage de TNS-Sofres, interprétation qu'une lecture plus attentive invite à nuancer.

A le lire dans le détail, on découvre bien des éléments qui soulignent :
- le pessimisme des électeurs de l'UMP : 38% des sympathisants du parti majoritaire pensent que Marine Le Pen sera présente au second tour de l'élection présidentielle, score élevé qui suggère que beaucoup doutent de la capacité de leur candidat à rassembler la droite,
- et la porosité entre l'électorat de l'UMP et le Front National : pour 46% d'entre eux, Marine Le Pen est la représentante d'une droite patriote attachée aux valeurs traditionnelles et ils sont 45% à penser que l'UMP devrait faire des alliances électorales avec le FN (de circonstance pour 38% d'entre eux, globale pour 7%). Alliance qui pourrait justifier l'entrée de ministres FN dans un gouvernement de droite pour 33% des partisans de l'UMP,

Mais on découvre également que l'adhésion aux idées du FN, quoiqu'en progression, reste faible (11%), même à droite : 50% des sympathisants UMP adhèrent aux constats qu'exprime Marine Le Pen mais pas aux solutions qu'elle propose. Solutions qui auraient même plutôt tendance à reculer dans l'opinion :
- préférence nationale dans l'emploi (22% contre 45% en 1991),
- suppression de l'euro (30% contre 34% il y a un an),
- rétablissement de la peine de mort (33% contre 45% en 2000),
- l'immigration (49% des personnes interrogées pensent qu'il y a trop d'immigrés en France, ils étaient 59% en 2000).

Seul thème du FN en progression dans l'opinion : la place de l'Islam. 51% des personnes interrogées trouvent qu'on lui accorde trop de droit contre 43% en 2010. Mais est-ce un thème propre au FN? Les débats sur l'identité nationale et la politique de Claude Guéant montrent qu'il est bien partagé à droite.



mercredi, janvier 11, 2012

Pouvoir d'achat, TVA sociale et quotient familial

Les propositions sont à préciser de part et d'autre mais le débat fiscal qu'on nous promettait pour la présidentielle est engagé avec, d'un coté, le gouvernement qui milite pour une TVA sociale et, de l'autre, la gauche qui propose une transformation du quotient familial.

On sait encore peu de choses des projets socialistes, mais Les Echos citent une étude du Trésor qui en éclaire les effets : "la direction du Trésor vient de consacrer une note de 150 pages aux effets à attendre d'une telle réforme. Elle ne l'a évidemment pas fait pour le PS, mais pour le Haut Conseil de la famille, rattaché à Matignon. L'intérêt de ces simulations est qu'elles collent parfaitement avec le projet socialiste : les scénarios étudiés ont été calibrés pour assurer un rendement constant pour l'Etat -ce qui est l'objectif visé par François Hollande. Le Trésor a en fait simulé plusieurs scénarios (réduction d'impôt, abattement sur le salaire imposable, etc). Parmi eux, c'est celui du PS qui réduit le plus les inégalités : le crédit d'impôt est en effet le seul à bénéficier aux non-imposables. Dans l'hypothèse où l'Etat reverserait l'intégralité des gains aux ménages, le crédit d'impôt s'élèverait à 607 euros par enfant, calcule le Trésor. La réforme aurait des effets massifs : la moitié la plus riche de la population reverserait 3,5 milliards d'euros à la moitié la plus pauvre. Dans le détail, elle ferait près de 5 millions de gagnants (à hauteur de 829 euros par an en moyenne) et un peu moins de 4,5 millions de perdants (à hauteur de 931 euros en moyenne). Pour près de deux tiers des ménages, la réforme serait neutre. Les gagnants se situeraient parmi les ménages gagnant jusqu'à 3 SMIC (soit 4.200 euros brut par mois). L'impact serait défavorable au-delà. Les pertes seraient considérables pour les familles de plus de trois enfants aux revenus élevés. Elles perdraient jusqu'à 1.692 euros pour chacun des deux premiers enfants, 3.384 euros pour chacun des suivants, calcule le Trésor."

En clair, cette mesure conduirait à une augmentation du pouvoir d'achat des ménages gagnant jusqu'à 3 SMIC (on retrouve les 4000€ dont parlait en 2007 François Hollande). Soit, exactement l'inverse de l'effet produit par la TVA sociale qui augmenterait, si elle était mise en place, les coûts de la plupart des produits de consommation courante et réduirait d'autant le pouvoir d'achat de ceux qui dépensent l'essentiel de leurs revenus (soit ceux dont le revenus sont, justement, inférieurs à 4000€). Je sais bien que le gouvernement présente son projet comme une arme anti-délocalisation, un argument qu'Olivier Bouba-Olga avait efficacement déconstruit en 2007. Non seulement, la TVA sociale ne permettra pas de rapatrier les emplois perdus mais elle conduira à une augmentation des prix, les entreprises étant surtout soucieuses dans les périodes d'incertitude économique de consolider leurs comptes.

Derrière des débats techniques sur la fiscalité, c'est donc la question du pouvoir d'achat qui est en cause. La gauche privilégiant celui des plus modestes qui dépensent tous leurs revenus, la droite les plus aisés qui épargnent quand ils ne consomment pas des produits de luxe. En 2007, Nicolas Sarkozy s'était présenté comme le candidat du pouvoir d'achat. Cela lui sera, cette fois-ci, plus difficile.

Un Président de gauche pour une France de droite?

Lorsqu'ils interprètent les sondages, les observateurs ont les yeux fixés sur l'écart entre Nicolas Sarkozy et François Hollande, écart qui se resserre au premier tour mais reste toujours élevé au second. Il en est un autre qui n'est pas moins intéressant : celui entre les voix qui se portent sur les candidats de gauche, Mélenchon, Joly, Hollande, Arnaud (41% d'après le dernier sondage de BVA) et celles qui se portent sur les candidats de droite, Sarkozy, Le Pen,  Villepin : 45% qui montent à 56% si l'on y ajoute les voix des électeurs de Bayrou qui sont probablement dans leur majorité des électeurs de droite que Nicolas Sarkozy a déçus. Hollande est en tête mais la majorité des Français penche plutôt à droite.


Si François Hollande est élu au second tour, il le devra plus aux divisions de la droite qu'aux forces de la gauche. Ces divisions sont profondes mais elles ne sont pas une garantie. Qu'il inquiète trop les électeurs de droite et ceux-ci se retourneront vers leur candidat "naturel". Les Français ont clairement envie de changer de président, ils n'ont pas forcément envie de gauche. Il en allait autrement en 1981…

mardi, janvier 10, 2012

Thierry Desjardins, que l'on connait pour son blog qui rappelle à qui l'ignorerait que l'antisarkoysme se porte bien à droite vient de publier un livre portrait de Dominique de Villepin dont il semble avoir fait son héros pour cette campagne présidentielle.


On y apprend beaucoup de choses (inutiles) sur son nom et sa particule qui n'a rien de vraiment aristocratique. On y découvre qu'il est plus un émigré qu'un Français ordinaire (né au Maroc, élevé au Vénézuela où il aura comme condisciple Anne Wiazemski), ce qui explique peut-être son image rêvée, idéale de la France. Diplomate, il continue de vivre à l'étranger. On découvre également qu'il s'est séparé de sa femme (pour vivre avec une journaliste comme tant d'autres? l'auteur ne nous le dit pas) et l'on y retrouve de multiples piques contre Sarkozy que Desjardins égraine régulièrement dans son blog, mais guère de révélations. On devine seulement, derrière le récit effarant des coups bas et affaires de la droite ces cinq dernières années, pour qui Thierry Desjardins roule. 

La police roumaine contrôle les Roms à Paris

Ils sont 25 officiers de police roumains, élégants et polyglottes, qui, depuis novembre et jusque fin février, patrouillent dans les rues de Paris, accompagnés de deux collègues français, à la recherche des Roms, jeunes ou moins jeunes qui mendient dans les rues. "Pour savoir qui les met dans la rue", m'expliquaient hier les deux policiers français qui en accompagnait un au coin du boulevard Saint-Michel et du Boulevard Saint-Germain avant de m'inviter à bavarder avec ce collègue "qui parle 5 langues". Cet "officier de police roumain" (ainsi se présenta-t-il lorsque je lui demandais s'il était policier) m'expliqua gravement que les Roms, quoique nés en Roumanie, donnent vraiment de son pays "une mauvaise image". Lorsque je lui fis remarquer qu'ils étaient citoyens européens et avaient donc le droit de circuler librement au sein de l'UE, il ne l'a pas contesté même s'il n'aurait sans doute pas fallu beaucoup insister beaucoup pour lui faire dire que les Roms n'étaient pas vraiment roumains. Est-ce ma présence, notre conversation? la jeune mendiante n'a pas demandé son reste et est aussitôt partie.

Question : avons nous vraiment besoin du soutien de policiers roumains pour faire circuler quelques mendiants dans les rues de Paris?


vendredi, janvier 06, 2012

Villepin à 8%?

C'est ce qu'annonce Thierry Desjardins qui dit tenir son information d'un ancien collègue du Figaro. Le chiffre n'aurait pas été publié à la demande de l'Elysée "hystérique". C'est plausible : Villepin peut espérer réunir les vieux gaullistes, bonapartistes de toutes sortes et nostalgiques du beau style, qui doivent bien peser cela, et tous ceux que ses propositions de salaire citoyen ont séduit (j'en connais, personnellement). Mais si l'Elysée est intervenu, pouvait-il un instant penser que cela resterait confidentiel?

Reste, évidemment, à Dominique de Villepin à obtenir ses signatures, ce qui ne va pas de soi puisqu'il semble que d'autres, et non des moindres comme Marine Le Pen, peinent à obtenir les leurs.

mercredi, janvier 04, 2012

Seafrance : improvisation au sommet de l'Etat

La Scop qui envisage de reprendre les salariés de Seafrance vient de rejeter les propositions de l'Elysée au nom de l'insécurité juridique qu'elle créerait : la solution préconisée par l'Elysée suppose en effet une liquidation qui contraindrait la Scop à négocier de nouveaux accords avec les ports sans garantie de succès. Belle gifle pour Nicolas Sarkozy qui vient une nouvelle fois de montrer l'amateurisme et l'improvisation de tant de ses décisions. A ne penser qu'à l'impact de celles-ci sur l'opinion, il en oublie que nous vivons dans un monde complexe où la seule volonté d'un homme ne peut faire changer durablement les choses.

Sans doute saura-t-il se tirer de ce mauvais pas comme il a fait de bien d'autres avant, mais tout cela confirme ce que l'on devrait appeler son défaut de méthode de gouvernement.
Le CSA a tranché et indiqué les règles de la campagne présidentielle sur les radios et télévision. Voici comment le Monde les résume :


On voit tout de suite que cela ne sera pas simple à gérer : on imagine déjà le casse-tête des personnes chargées de gérer tout cela. Bien des antennes risquent de limiter au maximum leurs émissions politiques pour ne pas perdre leurs auditeurs tant des émissions politiques trop équitables risquent de devenir rapidement ennuyeuses. 

A trop vouloir jouer le jeu de l'égalité, le CSA a probablement tué la campagne électorale de premier tour à la télévision (au second tour ce sera naturellement plus simple). Ce qui devrait inciter les grands candidats, ceux qui ont des troupes et des moyens financiers à reporter leurs efforts sur des techniques plus traditionnelles, meetings en province, rencontres avec les Français, interviews dans la presse régionale… C'est certainement plus fatigant, mais cela permet de nouer un lien plus étroit avec les Français. Nicolas Sarkozy et François Hollande l'ont compris qui ont choisi de parcourir la France en tous sens.


2011 : l'année de l'automatisation des services

Ce sera probablement passé inaperçu au milieu de toutes les autres nouvelles de l'année qui vient de se terminer, mais 2011 aura été, en France et probablement ailleurs dans le monde développé, l'année de l'automatisation systématique de trois grands services au public, la banque, la grande distribution et la poste.

Cela s'est fait presque discrètement et plutôt à la satisfaction des consommateurs qui ont vu les queues devant les caisses et les guichets diminuer et les agents et employés changer de métier et devenir conseil et soutien. Si ce mouvement se confirme, comme on peut le supposer, les jeunes gens nés en ce début du siècle ne pourront plus comprendre ce que voulait dire W.C.Fields dans ce délicieux petit sketch :


Tout n'est pas encore complètement stabilisé. La grande distribution semble encore hésiter entre plusieurs modèles (le "drive" : commandes passées sur internet, le client va chercher au dépôt sa commande ; le passage aux caisses mains libres : le client scanne ses achats et passe devant une caisse où la caissière fait une vérification statistique ; les caisses avec douchette aussi dites self-scanning : le client scanne ses produits devant une employée qui le conseille et contrôle), mais le pli est pris. Même chose dans les banques : tous les grands réseaux ont  transformé leurs agences en boutiques à automates et pour la poste.

Si cela peut passer pour une bonne nouvelle pour les clients (service plus rapide, agents aux comportements plus commerciaux), on peut douter que c'en soit une pour l'emploi. Il y a plus de trente ans, le rapport Nora-Minc sur l'informatisation de la société française annonçait une hécatombe dans les emplois de service, notamment dans la banque. Il ne s'était jusqu'à présent rien produit de tel. Mais cette automatisation systématique annonce une réévaluation massive et rapide des politiques des ressources humaines de ces entreprises de service et une réduction programmée de leurs effectifs. Avec les caisses automatiques que l'on trouve dans la grande distribution, une employée fait aujourd'hui le travail de quatre caissières. Il serait bien surprenant que les grandes enseignes n'en tirent pas rapidement les conséquences (peut-être même même est-ce déjà fait dans ces magasins type monop ou Carrefour Market qui se multiplient, à mi-chemin entre la supérette et l'hypermarché).


Les gains de productivité sont en général accompagnés d'une augmentation des rémunérations des salariés qui conservent leur emploi. Ne serait-ce que parce que le contenu de l'emploi change : conseiller et contrôler n'est pas la même chose que passer des articles devant un scanner. Est-ce que ce sera le cas cette fois-ci? On peut en douter, ne serait-ce que parce qu'un chômage croissant exercera une pression sur les salaires.

mardi, janvier 03, 2012

Hollande : ce qui fait un bon texte

François Hollande vient donc de publier le texte qui doit (re)lancer sa campagne. Texte que publie intégralement Libération dans sa livraison de ce matin au moment même où l’affaire Karachi vient mettre de nouveaux bâtons dans les jambes de Nicolas Sarkosy. Difficile de trouver meilleur moment. Difficile également de faire texte mieux construit, plus efficace. On devine, à le lire, qu’il a été préparé et travaillé jusqu’à la dernière minute et qu’il devrait toucher juste et modifier sensiblement l’image un peu floue que donnait Hollande ces dernières semaines.

C’est un texte ferme, incisif, qui attaque dans le vif Nicolas Sarkozy là où cela fait mal : son inconstance, les mesures prises en faveur des privilégiés, son inefficacité en matière européenne, la dégradation de la France : «Un mandat se juge sur des résultats, une politique sur sa cohérence, un caractère sur sa constance.» Et qui propose des formules qui font mouche : «J’entends déjà les lieutenants paniqués de Nicolas Sarkozy prétendre que dans la tempête il ne serait pas sage de changer le capitaine. Ce qui prête à sourire quand le navire s’est échoué» et, quelques lignes plus loin, cette autre formule qui se prête à déclinaison dans les conversations de toutes sortes : «plutôt que de reconduire un président qui aurait tellement changé, pourquoi ne pas changer de président, tout simplement?» On remarquera le p minuscule à président quand tant d’autres auraient is une majuscule : présidence normale, dit-il…

Un texte riche en allusions de toutes sortes. Au saint-simonisme, d’abord, qui a tant nourri nos élites administratives et économiques : «Nos ouvriers, nos techniciens, nos chercheurs, nos savants, nos fonctionnaires…» On s’attendrait presque à ce qu’il les oppose aux rentiers, aux héritiers, mais ce n’est pas nécessaire. Nous avons tous cette musique dans les oreilles. Aux slogans de la gauche qui manifeste, ensuite : «l’angoisse est partout, la confiance nulle part» évoque le «la police est partout, a justice nulle part» de l’extrême-gauche dont il reprend le vocabulaire pour parler de la crise : «mondialisation débridée, arrogance et cupidité des élites financières, libéralisme effréné…». A l’histoire, enfin, avec ces cent-dix jours qui renvoient à ces cent jours qui ont justement duré cent-dix jours et se sont conclus par le départ de Napoléon.

Un texte qui ne s’attarde pas sur la critique de Nicolas Sarkozy, elle a si souvent été faite quoique rarement avec autant de vigueur, mais qui poursuit avec les quelques idées simples et fortes qui vont guider son programme dans les mois à venir : la vérité, la volonté, la justice (le mot revient plusieurs fois), l’espérance, c’est-à-dire le retour de la confiance en l’avenir. Un programme qu’il ne décline pas ce qui laisse peu de prise à ses adversaires qui seraient tombés comme vérole sur le bas clergé sur des mesures plus détaillées.

En un mot, un excellent texte qui devrait lui servir de socle pour une campagne qu’il semble avoir choisi de mener au plus près des Français, ce qui est sans doute ce qu’ils attendent. Et ce qui devrait se révéler d’autant plus nécessaire que les nouvelles règles du CSA vont rendre à peu près insupportable la campagne audiovisuelle.


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