jeudi, octobre 05, 2006

Redeker : attention aux dérives!

J'ai dit dans un précédent post combien il fallait défendre le droit de Robert Redeker de dire pis que pendre de l'Islam. Mais cela ne doit pas nous interdire de le critiquer et de nous inquiéter d'une dérive que l'on observe chez lui comme chez plusieurs auteurs qui viennent de l'extrême-gauche et prennent aujourd'hui des positions sur l'Islam, les banlieues, la globalisation, l'Europe qui les rapprochent dangereusement de la droite la plus… à droite. Je pense à Bruckner qui dans son dernier livre s'en prend aux rappeurs qui insultent la France (si l'on peut insulter l'islam, alors on doit aussi pouvoir insulter la France) mais aussi aux gens de Mariane et à quelques autres lus ici ou là.

Les points de convergence (encore en pointillés, fragiles, discrets) entre ces deux extrèmes semblent se situer autour :

- d'une critique de la globalisation et d'un repli sur l'espace clos des frontières (le protectionnisme d'Attac et des partisans du non lors du référendum sur la constitution européenne a pris à l'occasion des tournures nationalistes déplaisantes) ;

- d'une défense de la laïcité (souvent confondue avec la spécificité nationale) qui tourne à l'intolérance, comme on l'a vu à l'occasion des débats sur le voile ;

- d'une défense de l'histoire nationale qui revient à la figer et à interdire qu'on la revisite. Quoi de choquant à ce que les petits enfants des esclaves demandent que l'on fasse plus de place à l'histoire de leurs grands-parents dans nos livres de classe? C'est aussi notre histoire,

- d'une défense de l'Etat qui se cache, à gauche, derrière une critique convenue d'un ultra-libéralisme qui n'a jamais existé que dans l'imagination de ses critiques.

Ce ne serait pas la première fois que des intellectuels d'extrême-gauche se retrouvent avec des gens très à droite dans des combats douteux. Ce n'est jamais agréable.

vendredi, septembre 29, 2006

Soutenir Robert Redeker

Rebert Redeker, professeur de philosophie, membre du comité de rédaction des Temps Modernes (c'est à ce titre que j'ai eu quelques échanges avec lui lorsque j'ai publié des articles dans cette revue) est, dit le Monde d'aujourd'hui menacé de mort par des islamistes pour un article du Figaro dans lequel il critique l'Islam.
Disons le tout net : c'est inadmissible!!!
N'étant pas un lecteur régulier du Figaro, je n'ai pas lu son intervention. Je sais que Redeker dit en général des choses pertinentes, même si un de ses textes récents sur l'école m'avait… peu convaincu. Mais peu importe. Nous avons le droit de critiquer l'Islam, d'insulter Mohamet, le Christ ou Moïse. Que ces insultes soient le plus souvent idiotes et inutiles ne retire rien au fait que dans une société laïque et démocratique, c'est un droit sur lequel il n'est certainement pas question de revenir ni même de négocier. C'est une valeur de base de notre société, une de ces celles sans laquelle nous ne serions plus ce que nous sommes.
S'il y a des musulmans que les propos de Redeker ont choqué (il accuse l'Islam d'exalter la violence) qu'ils nous expliquent d'abord en quoi les quelques mots d'un professeur de philosophie sont plus insultants pour l'Islam que les attentats suicide et les massacres commis en son nom. Ce sont les intégristes qui tuent en son nom qui insultent l'Islam, pas ceux qui s'en prennent à des textes.
Il faut réagir d'autant plus vivement que le modèle laïque est actuellement soumis à une terrible pression : celle des intégristes musulmans qui voudraient nous pousser à l'auto-censure au nom du respect d'une religion qu'ils respectent moins que tout autre, celle des intégristes catholiques, protestants ou juifs (il faudrait ajouter à la liste les orthodoxes, naturellement) qui veulent nous interdire de parler au nom du même respect en leur foi. Que leur foi soit respectable nul n'en doute, mais notre liberté d'opinion l'est tout autant. S'ils n'aiment pas ce que dit tel ou tel, qu'ils se bouchent les oreilles!

samedi, septembre 23, 2006

Les Etats-Unis et la torture

Libération titre ce matin sur la torture que Washington serait sur le point de légaliser. Pour ceux qui penseraient qu'il ne s'agit là que d'une dérive de plus d'une administration très à droite, j'invite à lire le texte que j'ai écrit sur le sujet, texte publié il y a quelques mois dans les Temps Modernes, que l'on trouve sur mon site : Tortures en Irak : l'inquiétante candeur américaine. On y voit comment cette question de la torture repose sur des fondements idéologiques profonds, qui vont bien au delà des délires de quelques "right-wingers". On y voit aussi comment le principal théoricien des "interrogatoires coercitifs" est devenu le ministre de la justice du G.W.Bush.

vendredi, septembre 22, 2006

Islam : sortir du choc des civilisations

Les réactions aux propos du Pape ont réactivé la notion de choc des civilisations. Il faudrait pourtant s'en sortir complètement. Cette idée que nous vivrions une guerre entre l'Islam et l'Occident (confondu avec la chrétienté), idée théorisée par Samuel Huntington mais largement développée par l'administration Bush, est une formidable erreur historique.

Les islamistes sont bien en guerre, mais pas contre nous, contre les dirigeants du Moyen-Orient, dictateurs, le plus souvent laïques, qui ont tenté d'imposer la modernisation (confondue avec l'occidentalisation) à marche forcées à des populations rétives. Je pense à Saddam Hussein, au Shah d'Iran, aux régimes socialistes hérités de Nasser en Egypte, au régime baasiste de Syrie, au régime d'Arabie saoudite qui, quoique religieux, a également transformé la société.

Le succès des islamistes dans les opinions arabes (succès que l'on aurait tort de mésestimer) tient sur trois bases :
- ils se sont battus contre les dictatures abominables de ces régions que les régimes occidentaux ont toujours soutenues,
- ils s'appuient sur le nationalisme rampant de sociétés qui ont, toutes ou presque, étaient victimes de la colonisation, qui ont vécu la modernisation comme une contrainte imposée par la force par des étrangers,
- ils disent vouloir créer une société plus conforme à l'identité, aux valeurs traditionnelles des pays du Moyen-Orient.

Ils profitent des erreurs répétées de l'Occident et de ses alliés dans cette région. L'intervention en Irak et la guerre du Liban en sont les deux derniers exemples. Leurs stratégies violentes (attentats…) sont acceptées de beaucoup parce qu'elles donnent le sentiment de renverser l'asymétrie des situations (pour une fois, les occidentaux sont touchés). Mais rien de tout cela ne veut dire qu'ils nous visent directement. Les victimes des attentats de Londres, Madrid… sont, si j'ose dire, les victimes collatérales d'un conflit qui se déroule au sein même du monde musulman. Et plutôt que d'exaspérer les musulmans qui n'ont rien à voir avec les intégristes, qui n'en veulent pour rien au monde, nous devrions les aider. Et nous pouvons le faire depuis chez nous.

Les musulmans d'occident qui ne voudraient pas vivre dans une société islamique, qui se disent en privé effarés, désespérés par cette montée de la violence, de l'intolérance, pourraient, s'ils le voulaient, amorcer un mouvement de rebellion contre cette prise d'otage de l'Islam par des fascistes intégristes. Il suffirait qu'ils disent tout haut et en public ce qu'ils pensent tout bas, qu'ils descendent massivement dans la rue, en France, en Grande-Bretagne… pour dire aux islamistes : cela suffit! vous ne parlez pas en notre nom! vos assassinats insultent infiniment plus l'Islam que quelques mauvaises caricatures. Leur exemple rendrait courage à tous ceux qui dans le monde musulman sont écrasés par la dictature intégriste, il aiderait à renverser le rapport de force qui joue aujourd'hui, dans les pays d'Islam, trop souvent en faveur des extrémistes.

Immigration : Ségolène, encore un effort!

Ségolène Royal a organisé sur son site internet, Désir d'avenir, un débat sur l'immigration, brouillon comme sont souvent ces débats, mais intéressant. Il montre notamment que l'opinion est plus riche, plus diversifiée, plus généreuse aussi, que ne le disent les sondages et les politiques qui s'en inspirent (c'est l'un des bénéfices de ces débats en ligne de nous montrer que nous sommes plus compliqués, nuancés, hésitants, audacieux… que ne le suggèrent les experts en opinions).

L'objectif de ces débats est de l'aider à construire son programme pour les présidentielles. L'idée est excellente, encore faut-il la suivre. Ce qui n'est pas forcément ce qu'elle fait si j'en juge par les propos qu'elle a tenus le 19 septembre sur LCI à Christophe Barbier : "Le chiffre de sans-papiers régularisés pose un problème de crédibilité de la parole de l'Etat. Bizarrement, le chiffre des régularisés correspond aux chiffres annoncés à l'avance par le ministère de l'Intérieur. Il y a un mensonge public, puisque Nicolas Sarkozy avait annoncé une régularisation au cas par cas en examinant les cas individuels et comme par hasard, il aboutit au résultat qu’il avait affiché avant.

Il faut avoir dans ce domaine (celui des régularisations) des attitudes responsables, appliquer des critères. Nicolas Sarkozy en est sa troisième loi. Il a cassé le seul outil de régularisation en continu, c’est-à-dire la carte de 10 ans qui permettait avant de régulariser tranquillement chaque année 2000 ou 3 000 étrangers qui participaient à l’économie de notre pays. En cassant cet outil, Sarkozy a créé la situation actuelle. L’Etat français doit, c’est sa responsabilité, établir des règles claires et ensuite les appliquer. Dans le domaine de l’accueil des étrangers, il faut tenir les deux bouts de façon équilibrée, c’est à dire respecter les étrangers qui sont ici en situation régulière, les loger correctement, les respecter dans leur travail, ne pas tenir des propos xénophobes à leur encontre, c’est-à-dire ne pas faire l’amalgame entre tous les étrangers en France. Ensuite c’est fixer des règles claires. La solution, comme dans tous les pays d’Europe, c’est la régularisation au long cours des étrangers.

J’ai proposé des visas aller retour, qui permettent aux étrangers de venir pour des activités saisonnières ou autres de façon régulière et de pouvoir rentrer en toute sécurité dans leur pays. L’idée ce n’est pas de revenir sur le droit au regroupement familial, C’est une solution gagnant-gagnant. Gagnant pour le travailleur étranger qui n’a pas forcément envie de se déraciner. Et gagnant pour l’économie française.”.

On est évidemment très loin de la démagogie de Nicolas Sarkozy, mais très loin également de ce que l'on pourrait attendre d'une candidate qui a choisi de mettre de l'air frais dans nos débats politiques.

On aimerait qu'elle aborde la question de fond : celle des migrations dont l'immigration n'est que l'un des aspects, qu'elle nous explique pourquoi fermer nos frontières est non seulement irréaliste, inefficace mais absurde, qu'elle nous dise comment elle compte non pas interdire ou bloquer, mais :
- ce qu'elle compte faire pour réguler les flux d'entrée et de sortie (réguler ne voulant pas dire interdire, mais plutôt organiser, comme on organise une queue dans une administration pour éviter les bousculades),
- quelles mesures elle pense prendre pour faciliter les aller-retour des immigrés (question centrale : les immigrés qui sont entrés ne peuvent pas repartir même lorsqu'ils le souhaitent de crainte de ne pouvoir revenir). Son projet de visa aller-retour est un premier pas dans cette direction, mais il faut aller plus loin,
- quels dispositifs elle imagine (ou, plus modestement, quelle procédure elle compte prendre pour trouver des solutions) pour protéger les droits des travailleurs migrants, qu'il s'agisse des immigrés qui viennent chez nous ou des Français qui s'installent à l'étranger.

On aimerait, enfin, qu'elle construise un discours positif sur l'immigration (discours étrangement absent de son intervention), qu'elle explique que nous avons changé de monde, que nous vivons dans un monde ouvert où chacun de nous peut être appelé à migrer, revenir, repartir, que c'est le quotidien de nos enfants, de tous nos enfants, que les marchés du travail se sont eux aussi globalisés et que plutôt que de tenter de fermer nos frontières, on devrait les ouvrir.

Encore un (gros) effort, Ségolène!

jeudi, septembre 21, 2006

Le retour des intellectuels?

Pendant des années, on s'est plaint du déclin des intellectuel. Le plus souvent marxistes, ils ont sombré avec la chute du mur de Berlin, leur parole vidée de toute force tant ils s'étaient trompés, tant ils nous avaient menti, tant ils s'étaient menti. Ils se sont enfermés dans leurs universités, replié sur les publications savantes et les colloques austères. L'intellectuel était devenu chercheur. Depuis quelques mois (quelques années?), il me semble que cette figure est de retour. J'en vois deux indices :
- l'intervention de plus en plus fréquente des économistes dans le débat public, dans la presse et, surtout, sur les blogs qui se sont multipliés ces dernières années. Non contents d'être les conseillers du prince, ils veulent former l'opinion, la convaincre, corriger ses erreurs (en matière d'économie, mais aussi dans des domaines connexes que leur discipline a progressivement investis) ;
- les signatures d'une revue grand public comme Philosophie magazine. Dans son dernier numéro, on retrouve Alain de Libera, Sandra Laugier, Barbara Cassin et Luc Brisson qu'on retrouvait plutôt dans des revues savantes.
Espérons qu'ils diront, qu'ils disent moins de sottises que leurs grands prédécesseurs. Pour l'heure, ils ne sont pas moins arrogants, quoique peut-être moins emphatiques. Un reste de la prudence du chercheur?

mercredi, septembre 20, 2006

Le fantasme du complot a la vie dure

Les attentats du 11 septembre n'ont-ils été qu'une illusion? On sait que depuis le début un certain nombre d'auteurs, plus malins que tous les témoins, toutes les caméras, tous les journalistes… nous assurent que la destruction des deux tours new-yorkaises n'est que le fruit d'un immense complot d'une administration américaine en perdition.
Aussi bizarre que cela puisse paraître, cette thèse n'a pas disparu. Elle réapparaît régulièrement. Dernier exemple, cette analyse (voir également celle-ci), à l'apparence tout à fait scientifique, qui "montre" que les tours se seraient effondrées comme font celles que l'on démolit de manière contrôlée. Tout cela avec à l'appui une analyse de la vidéo. On ne sait pas très bien ce que veulent prouver ses auteurs? Que les bâtiment auraient été minés avant l'impact des avions? Mais qui aurait pu les miner sans que personne ne s'en rende compte?
Le plus extraordinaire est qu'il y ait des gens manifestement intelligents qui consacrent autant de temps à pareilles balivernes. Question : convainquent-ils quiconque?
Reste que tout cela rappelle l'assassinat de Kennedy et le flou qui l'entoure. On sait probablement depuis toujours la vérité, mais… il ne se passe pas de décennie (que dis-je? d'année) sans qu'un nouveau livre ne conteste la vérité officielle. Vérité contestable parce qu'officielle.

mardi, septembre 19, 2006

Internet : l'erreur de la presse

Les journaux sont aujourd'hui malades d'internet. Ils le savent et tentent, par tous les moyens de se sortir de l'impasse dans laquelle ils se sentent inéluctablement poussés. Internet remet, en effet, directement en cause :
- la production de contenu,
- l'accès au lecteur,
- les relations avec les annonceurs.

Pour s'en sortir, les journaux ont pesé que le plus simple serait de se mettre sur internet. Pensant bien faire, ils ont mis gratuitement à disposition leur contenu pendant quelques jours. Ce faisant, ils ont commis une double erreur :
- erreur marketing, puisqu'en mettant gratuitement à disposition leur contenu du jour, ils ont accéléré la déperdition des lecteurs (pourquoi acheter un journal que l'on peut feuilleter gratuitement sur internet?);
- erreur sur la nature même d'internet. Ils n'ont pas vu qu'internet est, d'abord, un formidable outil d'archivage.

Ils auraient du faire exactement le contraire : maintenir payant le journal du jour (et éventuellement de la veille) et mettre gratuitement à disposition des internautes, les journaux des jours précédents auxquels le lecteur ne peut pas avoir accès, sinon en se rendant dans une bibliothèque, ils auraient ainsi contribué à enrichir le contenu du web sans se tirer une balle dans le pied. Certains l'ont fait, comme l'Humanité ou, dans un genre différent la revue Le Banquet. Résultat, on les trouve lorsque l'on fait une recherche et leur présence sur le web est plus importante que ne l'est celle dans les kiosques. On dira que cela ne leur apporte pas d'argent, ce qui est vrai, mais cela augmente leur visibilité sans leur en faire perdre plus.

lundi, septembre 18, 2006

Le pape, l'Islam…

On conçoit aisément que les musulmans aient été blessés par les propos peu oecuméniques et pas très diplomatiques du Pape, mais on aimerait que les foules musulmanes dépensent autant d'énergie pour condamner ceux qui tuent sans discriminationau nom de Dieu et insultent certainement plus l'Islam que le Pape ou quelques caricaturistes.

Tant que les foules musulmanes ne se lèveront pas pour manifester leur colère contre les assassins et les terroristes, j'aurai, pour ma part, du mal à prendre au sérieux l'émotion de ceux qui demandent des excuses au Pape. Nous vivons dans des sociétés libres qui nous donnent le droit de tenir les propos que nous voulons. Et cela me parait infiniment plus respectable qu'une foi qui conduit des gamins au suicide.

La colère des foules islamiques ne doit pas nous faire mettre sous le manteau nos valeurs.

mercredi, septembre 13, 2006

Le pouvoir du regard

Il y a actuellement au (petit) musée du Luxembourg une exposition de peintures du Titien que ses organisateurs ont étrangement choisi de titrer : "le pouvoir en face". C'est, comme toujours dans ce musée, trop petit, un peu court, mais cela plait au public qui le fréquente, public dont la jeunesse n'est pas la première caractéristique (on a même l'impression que le Sénat, qui gère ce musée, a emprunté ses fichiers au Figaro magazine tant la clientèle est âgée), mais l'exposition est intéressante. Elle ne présente que des portraits, tous ou presque pris de 3/4. Seules exceptions, deux ou trois portraits de profil (dont celui, célèbre, de François 1er). Une question vient immédiatement à l'esprit lorsque l'on visite cette exposition : pourquoi ces expositions de 3/4. Pourquoi pas de portraits de face?

La réponse vient rapidement : cette vue de 3/4 permet de mettre en évidence le regard des modèles ou, plutôt, de leur donner une vision panoramique. Tandis que l'on se déplace devant les tableaux, que ce soit de droite à gauche, ou de près à loin, on a l'impression d'être suivi du regard par le personnage peint. Cette exposition donne aux modèles une vision panoramique, j'allais dire panoptique qui serait inquiétante s'ils n'avaient le plus souvent un regard tendre, mélancolique. Tendresse et mélancolie qui ne leur étaient pas forcément naturelles si l'on en juge par les biographies de certains. Mais peu importe, cette présentation en coin les met en position de nous dominer, de nous scruter et, surtout, de vivre.

On pourrait se trouver mal à l'aise. Ce n'est pas le cas. Sans doute parce que cette présentation a toujours quelque chose d'artificiel. Elle ne cherche pas à nous tromper, elle ne cache pas son jeu : elle met de la vie dans ce qui ne se cache pas de n'être qu'une image.

Les régimes spéciaux, l'équité…

Depuis que François Fillon a fait ses déclarations au Parisien, on ne parle plus que des régimes spéciaux. Nouveau sujet pour la campagne électorale? On verra bien. Les arguments utilisés par ceux qui veulent réformer ces régimes méritent qu'on s'y attarde un instant. Ils sont deux types :
- économiques : ces régimes sont en faillite, la collectivité doit les renflouer,
- moraux : il n'est pas normal ("normal" voulant ici dire "juste") que les salariés des entreprises publiques bénéficient d'un régime plus avantageux que les autres.

Je me limiterai à cette dimension morale. La thèse défendue est, qu'au fond, si l'on veut être équitable, et il faut l'être, tout le monde doit être traité de la même manière (les règles de calcul de la pension doivent être les mêmes pour tous). Cet argument moral joue un rôle déterminant puisque c'est celui qui va permettre aux partisans de la réforme de convaincre des citoyens, qui n'ont pas de lumière sur la dimension économique du problème, de sa justesse.

Or, il ne va pas de soi. On peut poser au moins deux questions :
- Pourquoi faudrait-il, d'abord, que les pensions soient calculées de la même manière pour tout le monde?
- Et si on applique ce principe d'équité aux pensions, pourquoi ne pas l'appliquer à d'autres éléments du contrat de travail, aux rémunérations, à ce que les américains appellent les "benefits", disons les avantages sociaux. Est-il équitable que les cadres aient des mutuelles plus avantageuses que les employés et ouvriers?

La question centrale est celle du statut de la retraite. De quoi s'agit-il? D'une rémunération que la société accorde aux travailleurs âgés? ou d'une composante du contrat de travail? Dit autrement : est-ce une assistance ou du salaire différé?

Si la retraite relevait de l'assistance, son montant ne serait pas indexé sur les rémunérations pendant la vie professionnelle. Si elle est un salaire différé, son calcul est un élément du deal que le salarié qui entre dans une entreprise passe avec son employeur, c'est une composante du contrat de travail (implicite dans les entreprises publiques puisque le statut remplace en pratique le contrat) qu'il signe lors de son embauche.

On trouve dans ce deal d'autres éléments, comme la sécurité dans l'emploi, le salaire ou les conditions de travail. En échange de la sécurité de l'emploi et d'une retraite plus précoce et meilleure, le salarié accepte un certain nombre d'inconvénients : salaires qui peuvent être plus faibles que dans le privé, conditions de travail difficiles, acquisition de compétences qui n'ont pas de valeur marchande en dehors de l'entreprise qui les emploie (que peut faire un conducteur de TGV qui quitte la SNCF de ses compétences?).

On peut juger ce deal déséquilibré (et sans doute l'est-il dans certaines entreprises) mais c'est un contrat que les salariés ont passé avec l'entreprise. Ce contrat est intervenu dans un grand nombre de leurs décisions, il les a guidés tout au long de leur vie. S'ils ont choisi de rester dans l'entreprise quand ils auraient pu poursuivre leur carrière ailleurs, s'ils ont accepté des promotions lentes quand ils auraient pu espérer mieux, c'était pour conserver ces avantages. Les entreprises publiques ne peuvent revenir unilatéralement sur ce contrat sans manquer à leur parole. Ce qui veut dire que les salariés de ces entreprises auront de bonnes raisons de se sentir floués si leur régime de retraite est modifié par une décision du gouvernement. Et c'est justement parce qu'ils auront le sentiment d'être victime d'une injustice qu'il y a de bonnes chances qu'ils résistent à toute tentative de le réformer.

Le dilemme moral est donc plus compliqué que ne veulent bien le dire les partisans d'une réforme de ces régimes spéciaux. Est-ce que cela veut dire que l'on ne peut rien faire? Pas forcément. S'il n'est pas moral de modifier unilatéralement un contrat, rien n'interdit de le renégocier et de demander aux salariés des entreprises publiques de contribuer complètement au financement de leurs pensions.

Il n'y a de problème que parce que les régimes spéciaux en grande difficulté sont financés par le régime général. Il n'y a, effectivement, pas de motif que les salariés du privé paient pour ceux des entreprises publiques, sauf à penser que ce paiement est une subvention déguisée qui permet à ces entreprises de nous offrir leurs services à des prix avantageux. C'est probablement la réalité, mais on voit bien ce que ce tour de passe passe peut avoir de contestable : pourquoi les habitants de Perpignan contribueraient-ils au financement des transports en commun dans la région parisienne?

Si l'on sen tient à la dimension morale, la solution serait donc de se tourner vers les entreprises et leurs salariés et de leur dire : il est injuste de faire payer à la collectivité vos déficits. Si aujourd'hui vos régimes sont en difficulté, c'est du fait des décisions que vous avez prises. Trouvez chez vous les moyens de financer ces pensions. Nous vous aiderons à passer le cap, mais nous ne pouvons plus accepter cette injustice.

Une solution de ce type amènerait les entreprises à renégocier avec leurs salariés les conditions de leur contrat en tenant compte de leurs situations particulières. L'alignement sur les conditions du régime général pourrait être l'une des solutions retenues, mais d'autres pistes pourraient être explorées, comme l'augmentation des cotisations (particulièrement faibles dans ces entreprises), l'allongement des durées d'activité…

Conclusion : si l'on s'en tient à un raisonnement de type moral, la solution passe par la responsabilisation des entreprises et la renégociation en leur sein de leurs contrats de travail. Propriétaire et financier de ces entreprises, l'Etat serait en droit de leur donner des échéances et des objectifs, d'exercer une pression forte pour obtenir des résultats, mais rien ne justifie qu'il passe en force.

mardi, septembre 12, 2006

Automne, un film gratuit sur Google video

C'est un film de 1h 50 minutes que l'on peut voir intégralement et gratuitement sur internet sans le télécharger de manière illégale. Un "vrai" film, avec des comédiens professionnels, Laurent Lucas, Iréne Jaocb, Michel Aumont, Benjamin Rolland… dirigé par Ra'up McGee, un metteur en scène américain dont c'est, semble-t-il, le premier film.
Ce film est sorti en salle aux Etats-Unis en juin, il a été bien accueilli par la critique qui y a vu un hommage rendu par un américain au cinéma noir français (Melville, Becker) lui-même inspiré du cinéma noir américain. Il est, depuis juillet, disponible sur le net. C'est, semble-t-il, une première. Je n'ai pas trouvé de blog qui en parle (mais je n'ai pas cherché longtemps). On peut imaginer que le réalisateur et le producteur (qui a certainement eu son mot à dire) y ont vu un moyen de faire parler de leur film, peut-être une façon d'intéresser un distributeur en France puisque ce film en français, avec des comédiens français, n'a pas à ma connaissance (le nom du réalisateur est inconnu de la base de données d'Allociné) trouvé de salle chez nous. C'est en tout cas une manière de faire circuler une oeuvre qui resterait autrement enfermée dans des cartons. Et donc une bonne idée. D'autant que le film est loin d'être inintéressant. les personnages vivent, existent.
A voir sur… Googlevidéo (et peut-être ailleurs).

vendredi, septembre 01, 2006

Violence à l'école : une mauvaise action

La publication par le Point de la liste des 450 établissements recensant le plus d'actes de violence est tout à la fois une sottise et une mauvaise action.
Une sottise, car cette liste, telle qu'elle est présentée ne veut rien dire. Tous ceux qui s'intéressent à la chose publique et aux sondages savent depuis longtemps que les journalistes sont en ces matières atrocement nuls. A preuve, lorsqu'il s'agit de commenter le plus petit sondage politique, il font maintenant appel à des experts. Mais lorsqu'il s'agit de tirer à boulets rouges sur l'Education Nationale, tout est bon (regardez donc le titre de l'Express de cette semaine!).
Mais c'est aussi une mauvaise action. Imaginez un instant que vous soyez parent d'un enfant appelé, du fait de la carte scolaire à entrer dans l'un des établissements ainsi stigmatisés, qu'allez-vous faire? vous allez chercher à le mettre ailleurs. Dans le public, si vous y arrivez, dans le privé si vous en avez les moyens. Résultat : ne resteront dans cet établissement que ceux dont les parents ne s'intéressent pas à leurs enfants. Il y a quelques chances que ce soient ceux-là mêmes dont les enfants sont fauteurs de violence. Résultat : la violence augmentera alors que l'action des enseignants et de l'Education Nationale informée par ces statistiques correctement traitées auraient permis d'agir.
Irresponsables, incompétents… cela fait beaucoup pour une corporation qui passe son temps à donner des leçons aux autres. Je ne suis pas de ceux qui trouvent à la presse tous les défauts, mais en l'espèce, les journalistes du Point auraient mieux fait de tourner sept fois leur plume dans l'encrier avant de publier cette liste.

Sarkozy et le droit de grève : mais à qui parle-t-il donc?

Nicolas Sarkozy est délicieux. Dès que l'on commence à l'oublier, à ne plus y penser (difficile, ces jours-ci, avec ses reconduites à la frontière de gamins qui ne demandaient rien de plus que de terminer leur scolarité, mais enfin…), dès que l'on tourne un instant la tête ailleurs, il trouve le moyen de se rappeler à notre bon souvenir. Cette fois-ci, c'est à propos du droit de grève qu'il veut associer, dans les 8 jours, d'un vote à bulletin secret pour en finir avec ce qu'il appelle la dictature des minorités. Il a prononcé ces fortes phrases devant les patrons du MEDEF, ce qui fait sourire. Où sont les patrons qui ont connu ces vingt dernières années des grèves de plus d'une semaine? Ceux qui avaient mis la clef sous le paillasson, et ceux là seulement. Pour le reste les organisations syndicales du privé ont depuis longtemps abandonné la grève comme moyen de pression sur les directions. Parce qu'elles savent qu'il est difficile de l'organiser en période de chômage massif avec des personnels dont on peut facilement se séparer. Parce qu'elles savent également qu'elles peuvent revendiquer de bien d'autres manières (il suffit d'interroger n'importe quel DRH pour savoir que les syndicats n'ont pas besoin de se mettre en grève pour le mettre en rogne).
Même dans la fonction publique, plus habituée des arrêts de travail, les grèves qui durent plus de 8 jours sont rares. Combien l'année dernière? Il faut revenir à 1995 pour en retrouver de vraiment longues (je me trompe peut-être, mais…). Moralité : ce sont des mots en l'air, une manière de s'attirer les bonnes graces d'une clientèle qui lui est acquise et qui crie d'autant plus fort contre les grèves qu'ils en ont peu dans leurs établissements.
Un peu de démagogie, rien de plus. Mais on est en campagne électorale…

mardi, août 08, 2006

Blair? Et si on lisait la presse britannique…

Nos principaux candidats à l'élection présidentielle, je veux dire Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, ont fait, de manière plus ou moins officielle, de Tony Blair leur modèle. On comprend bien pourquoi : tous deux aimeraient découvrir ce secret qui l'a fit durer si longtemps, qui lui a permis tout à la fois de conserver des voix de gauche et de faire taire son opposition de droite.

Son image est chez nous médiocre. Cela tient, pour beaucoup à ses positions sur l'Irak et le Liban, sur la manière dont il a collé aux positions américaines. Mais la lecture de la presse anglaise montre que son bilan est mitigé : bon sur le front économique, il est beaucoup plus discutable sur le front de la sécurité, celui qui justement intéresse nos deux candidats.

Sa politique repose sur quelques éléments qui sont inacceptables et qu'il faudrait combattre si l'un ou l'autre de nos deux candidats s'avisaient de les lui emprunter :

- une politique de surveillance accrue de la population qui passe par la technologie (des caméras partout, caméras qui ont permis de retrouver très rapidement les auteurs de l'attentat dans le métro de Londres) mais aussi par des systèmes de surveillance de ses voisins (Neighbourhood Watch et autres dispositifs comparables dont ceux imaginés par des journaux qui donnaient l'adresse de personnes condamnées pour pédophilie ) ;

- le développement d'une politique de lutte contre les risques en matière de sécurité qui conduit à rechercher les prédicteurs de comportements délictueux et à agir avant que tout délit ait été commis. Politique dont le film Minority Report avec ses personnages poursuivis pour des crimes qu'ils n'avaient pas encore commis a montré les dangers (fiction? sans doute, mais il s'est trouvé des éditorialistes en Grande-Bretagne pour demander que l'on mette en prison de manière préventive ceux qui pourraient commettre des crimes sexuels). Les études de l'INSERM qui ont fait tant de bruit au printemps s'inscrivent dans cette logique ;

- le développement d'une politique pénale qui durcit les peines pour les récidivistes sans relation avec la gravité des actes commis : le modèle est là ce dispositif que l'on rencontre dans certains Etats américains qui permet de condamner à la prison à vie ceux qui ont déjà été condamnés deux fois, serait-ce pour des délits mineurs ;

- la notion de comportement anti-social développée par le gouvernement travailliste qui conduit à sanctionner durement des délits mineurs ou des comportements insignifiants et justifie que le gouvernement (travailliste!) finance des écoles religieuses qui seraient mieux à même que des écoles publiques d'enseigner les valeurs morales aux jeunes.

Ces politiques sont dangereuses pour les libertés. Elles profitent :

- de la montée en puissance du mouvement de défense des victimes,

- du développement de toute une série de travaux qui vont chercher du coté de la biologie l'explication des comportements déviants (voir dans le dernier numéro de Prospect l'article de David Rose),

- de l'exploitation des thèses sur la disparition du capital social qu'il faudrait reconstituer,

- de l'action des mouvements religieux dans le monde anglo-saxon,

- de l'arrivée au premier plan de deux nouvelles familles de crimes : la pédophilie et le terrorisme qui tendent à se substituer dans notre imaginaire et dans nos craintes aux crimes et délits plus classiques.

L'exemple britannique est dangereux parce que sont nos liberté qui seraient in fine menacées sans, faut-il le préciser, aucun bénéfice puisque ces politiques sont, semble-t-il, inefficaces. Les caméras permettent de retrouver les auteurs d'attentats une fois ceux-ci commis mais pas de les prévenir. L'analyse des risques ne diminue pas les crimes et délits, mais favorise le développement de carrières criminelles, le Neighbourhood Watch et les systèmes de community policing auraient, selon certains ttravaux récents, plutôt tendance à augmenter les délits (voir par exemple : Adam Crawford, Stuart Lister and David Wall, Great Expectations: Contracted community policing in New Earswick, York).

On sent bien que Nicolas Sarkozy s'inspire au Ministère de l'Intérieur de l'exemple britannique. Il ne faudrait pas que Ségolène Royal fasse de même.

dimanche, juillet 09, 2006

Déprime transatlantique

On ne sait pas encore à l'huere où j'écris ce que seront les résultats de la finale, mais on sait déjà qu'elle n'a pas suscité cet enthousiasme qui avait tant frappé les esprits en 1998. Comme si les bons résultats de nos footballeurs ne réussissaient pas à dissiper cette atmosphère de déprime, de spleen, de cafard qui semble s'être emparé d'une France qui se voit, dans le miroir de son équipe de foot, vieillissante, fatiguée avec, cependant, quelques beaux restes.

Pour être juste, disons, que cette mélancolie n'est pas spécifiquement française. Il semble bien que les Américains n'en soient pas loin. C'est, du moins, ce que suggèrent les résultats de ce sondage tout récent. Je n'ai pas eu le courage de le traduire, mais les voici dans leur version originale :

"A majority of Americans say they're not living the American Dream, according to a new survey conducted by Dr. Douglas E. Schoen for the Aspen Institute's annual Ideas Festival. Now is that any real surprise to anyone? Of course it all depends on one's definition or concept of the so-called "American Dream," doesn't it? Overall, Americans work more hours and take fewer vacations than people in other parts of the world. An astounding number of Americans have no health insurance.

Among the survey's findings:


While 81 percent of survey respondents agree that America is the land of opportunity, the idea isn't something that is being realized, it is more of an abstract concept.

Seventy-five percent say the American Dream is somewhat broken, with just 1 in 4 saying it is "alive and well" today.

Just 49 percent of respondents agree that if you work hard and play by the rules, you can lead a solid middle-class life, while 51 percent of Americans disagree with that statement.

Seventy-seven percent of those polled agree that America's political system has failed to provide answers at a time when Americans are increasingly alarmed about how technology is reshaping their lives.

Seventy-two percent agree that today the world has changed, but our political parties have not.
Schoen, a Democratic party strategist, says: "The rising costs of healthcare, the unaffordability of a college education and the need to self-finance your retirement leaves most Americans today caught in an affordability crisis."

Schoen's survey finds that after six years of Republican rule in both the White House and Congress, there is no desire to move the country to the left--or the right. Seventy-four percent say that government should pursue policies that grow the economy, compared with just 26 percent who say that government should pursue policies that redistribute wealth from the richest to the middle class and poorest.

Sixty-three percent of the respondents believe government has a constructive role to play in supporting institutions like the church, marriage, and family.

Ninety-five percent agree with the statement: "Our country is strongest when it is united and together and therefore we need to find common solutions to our problems that both Democrats and Republicans agree with."

The survey was conducted among 1,200 American voters and has an overall margin of error of +/-1.44 percent.
"

mardi, juin 27, 2006

Une idée pour nos ministres

Si nos minitres cherchent de bonnes idées, ils devraient regarder du coté de la Chine qui n'en manque pas. Dernière en date : la décision de certaines universités de n'accorder de diplômes à leurs étudiants qu'une fois qu'ils ont trouvé un emploi. Comme cela, au moins sont-elles sures d'avoir des diplômés qui trouvent un travail (sauf que certains se lancent dans la fabrication de faux-certificats de travail, ce qui est aussi, après tout, une activité).

Pour ceux qui douteraient de la qualité de mes informations, voici mes sources : une dépèche d'Interfax.

Au delà de l'aspect "plaisant" de la mesure on retiendra qu'il n'est pas forcément si facile pour un étudiant chinois de trouver un emploi malgré la croissance très rapide de l'économie locale. D'où des manifestations qui ont comme un goût de CPE. Comme quoi…


Some Chinese universities withholding diplomas until employment

Beijing. June 26. INTERFAX-CHINA - Some universities, which are under pressure to boost the employment rate for new graduates in a poor labor market, are telling students they will not receive their diploma if they fail to find work.

Students in China's eastern Anhui Province have complained that university administrators have refused to distribute diplomas until students provide letters proving they have found work, according to the Xin'An Evening News.

Some unemployed students have resorted to forging contracts and acceptance letters in order to get their diploma, the paper said.

Chinese graduates are entering a tough labor market and as many as 60% of them may fail to find work despite the booming economy, according to government data.

About 4.1 million people will graduate from universities this year, a 500% increase over seven years ago, while job openings for university graduates fell 22% from last year to only 1.6 mln positions, according to the National Development and Reform Commission.

Under such pressure, students have reacted violently to anything that could impact their job prospects.

Nearly 10,000 students at Shengda College in China's central Henan Province rioted earlier this month, vandalizing the campus and looting banks, supermarkets, and electronic stores, after school administrators told the students their diplomas would be issued from Shengda College instead of the more prestigious Zhengzhou Univeristy.

Students had paid the school's high tuition after administrators promised them the better diploma, according to media reports.

-ED

lundi, juin 19, 2006

La morale contre les chiffres

La République des Idées vient de publier une note de lecture tout à fait passionnante sur un livre paru il y a quelques mois aux Etats-Unis (Goetz & Shapiro, Death by a thousand cuts), livre qui décortique la manière dont la droite conservatrice a réussi à convaincre les Américains de la nocivité des droits de succession. A la gauche qui avançait des arguments économiques, la droite a répondu par des arguments moraux et des récits de vie poignants. Elle a su convaincre des Américains qui se croient souvent plus riches qu'ils ne sont (39% pensent faire partie des 1% d'Américains les plus riches) de voter pour la suppression de cet impôt.
A défaut de lire le livre de Goetz et Shapiro, qu'on ne trouve pas en librairie, la lecture de cette note édifiante peut faire réfléchir et aider à comprendre quelques uns des phénomènes que nous observons ici (comme le vote anti-immigrés dans des villages alsaciens que n'habite aucun immigré), voire aider à prévenir une offensive réactionnaire.

lundi, juin 12, 2006

Les impôts sur le web, c'est formidable, mais…

Les impôts sur le net, c'est formidable, cela va plus vite, on sait tout de suite à quelle sauce on va être mangé (et malgré toutes les déclarations ministérielles, l'impôt sur le revenu ne diminue pas ou alors de drôle de façon), mais tout cela on le sait. Ce que l'on oublie parfois, c'est que l'informatique n'est pas une science de tout repos.
Je suis équipé d'un Macintosh. J'utilise trois navigateurs (Camino, Firefox et Safari). J'ai réussi avec Camino à remplir correctement ma feuille sans trop de souffrance (sinon qu'il faut retrouver la déclaration de l'année précédente, on en a besoin pour s'inscrire), la présentation est relativement claire, l'ergonomie plutôt bonne, l'enregistrement automatique des données une excellente chose. Tout allait donc bien jusqu'à ce que je souhaite apposer ma signature électronique sur le document. Et là, patratrac, après plusieurs essais, impossible de signer.
Je me dis : c'est peut-être Camino, un navigateur que peu de gens connaissent. Je tente donc de me connecter avec mes deux autres navigateurs sans succès. Heureusement, les gens des impôts on eu la bonne idée de donner un numéro de téléphone. J'appelle. C'est payant (c'est même assez cher), mais l'attente est raisonnable : un peu moins de 5 minutes. Je tombe sur une jeune femme aimable qui m'explique que cette année sur Mac, un seul navigateur fonctionne : Netscape, mais que je peux aller sur PC sur lequel Explorer donne pleinement satisfaction.
C'est ce que j'ai fait, sans trop m'inquiéter. Il me restait assez de temps pour résoudre le problème si problème il y avait eu. Mais j'ai une pensée inquiète pour tous ceux qui ont repoussé à demain soir le pensum et qui ne savent pas encore que la direction informatique du Minefi n'a pas réussi à mettre au point un dispositif vraiment universel.
Si j'ai un conseil à vous donner : il faut s'y mettre ce soir. Cela laissera la journée de demain pour agir en cas de problème.

mardi, mai 23, 2006

A propos d'un numéro de Mots croisés : immigration, déprime

J'ai regardé hier soir Mots Croisés, ce qui ne m'arrive pas souvent. Le thème du débat (avec Perrineau, Joffrin, Vals, Bertrand, un journaliste de droite et un autre spécialiste des sondages dont le nom m'échappe alors même qu'il est très connu) : le désintérêt des Français pour la politique.
Deux remarques après-coup :
- Au cours du débat, plusieurs invités insistent sur cette crainte du futur des Français qui semblent convaincus que l'avenir de leur enfant sera plus difficile que le leur. Ce n'est pas vrai qu'en France comme l'indique ce sondage que je viens de lire : "According to the BIGresearch May Consumer Intentions and Actions Survey 62% of the 7,500 consumers survey said that their children and/or grandchildren will NOT have a better economic future than they looked forward to. Typical reasons ranged from the "better educated children and better technology," to "bad politics, bad government, inflation and national debt are killing us. This negative anticipation was shared across all age groups, with more women responding negatively than men. However, younger respondents (ages 18-24) were not quite as downbeat as older consumers. The age group with the most uncertain economic outlook on the future was 35-54-year-olds. Among this group." Bien loin d'être rassurant, ces sondages aux résultats parallèles veulent probablement dire qu'il va falloir réinventer nos croyances sur la promotion sociale. Elle passait, chez nous comme ailleurs (chez nous peut-être plus qu'ailleurs) par l'éducation. Ce n'est manifestement plus vrai.
- Laurent Joffrin interrogé sur son livre sur la gauche caviar indique que cette gauche (en gros les intellectuels de gauche) a troqué les ouvriers contre les immigrés. Elle a (elle aurait) développé l'idée qu'il faudrait laisser les frontières ouvertes. On entend souvent cette thèse, exprimée d'une manière ou d'une autre. Mais j'aimerais que l'on me montre les articles ou les livres qui disent qu'il faut laisser circuler librement les personnes. A part mes articles et mes livres (qui n'ont pas eu beaucoup d'échos), je n'en vois tout simplement pas. C'est un fantasme inventé par la droite, une sorte d'ennemi imaginaire qu'elle s'est fabriquée pour justifier ses politiques que la gauche reprend maintenant à son compte. Ce n'est rien d'autre.