mercredi, mai 10, 2006

Immmigration : le point noir

Le journal Les Echos a organisé hier 9 mai un débat sous forme de chat sur l'immigration avec Patrick Weil, grand spécialiste de ces questions devant l'éternel. Comme toujours, ces débats laissent sur leur faim (la formule qui repose sur des réponses écrites de la part de l'invité rend les échanges un peu lents, la durée ( heure) est un peu courte et les questions ne sont pas toutes de grande qualité. Mais peut importe. Ce débat a mis en évidence un point noir de la réflexion sur l'immigration : la libre circulation.
Voici les échanges sur cette question :

Bernard Girard : Les différentes politiques de l'immigration ayant, tant en France qu'à l'étranger, échoué comme en témoigne le nombre élevé de clandestins un peu partout (12 millions aux Etats-Unis), ne serait-il pas plus simple de laisser les personnes libres de circuler comme elles l'entendent ?

Patrick Weil : Si on laisse les personnes libres de circuler, c'est l'effondrement des systèmes de protection sociale, de l'école publique etc. Il ya des systèmes plus efficaces que d'autres. Le système des quotas pratiqué aux USA est le pire : les quotas ne sont jamais atteints pour les qualifiés et toujours dépassés pour les non qualifiés. Il attire les irréguliers en masse. En France, nous avons des irréguliers mais pas en masse.

Bernard Girard : Pour que la liberté de circuler conduise à l'effondrement des systèmes de protection sociale, il faudrait que le nombre d'immigrés qui s'installent sans travailler augmente fortement. Qu'est-ce qui permet de l'affirmer? Dispose-t-on d'études qui permettent de dire que le vivier d'émigrés potentiels est largement supérieur au nombre d'immigrés officiels ou clandestins?

Patrick Weil : Connaissant un peu les pays africains, la queue qu'il y a devant les consulats de France - qui sont la première barrière ô combien efficace à l'entrée - je ne doute pas que si on déclarait l'immigration ouverte, on pourrait voir arriver pas mal de monde, ce qui serait bien normal !

La réponse de Patrick Weil à ma première question est classique. C'est celle que font tous les ultra-libéraux (ce que n'est pas Patrick Weil) dont la théorie voudrait qu'ils soient favorables circulation des individus quand on leur demande pourquoi ils s'y opposent.

La faiblesse de sa seconde réponse est plus inquiétante. Elle montre que Patrick Weil et, avec lui, la plupart des experts, n'ont jamais cherché à analyser le vivier potentiel (j'entends par là le nombre d'émigrés qu'il y aurait si on levait les obstacles). Ce devrait pourtant être un élément clef de la réflexion.

2 commentaires:

marchange a dit…

Monsieur,

je vous félicite tout d'abord pour votre lutte concernant la libre circulation des individus. J'y souscris totalement.

Je me permets, par ailleurs, de réagir sur votre emploi du mot "ultra-libéraux".

Ce mot ne veut rien dire. Personne ne se revendique de l'ultralibéralisme. Bien malin celui qui peut y mettre des idées dérrières qui ne seraient pas des idées "simplement" libérales ou, au contraire, des idées antilibérales.
Il n'est utilisé que par des antilibéraux car tout ce qui est "ultra" fait peur, ce n'est qu'un repoussoir.
Vous remarquez que nous autres libéraux ne tombont pas dans cette puérile façon de faire, en n'utilisant pas ultra-communisme ou néo-socialisme, par exemple.

De plus, je me permets de vous préciser qu'une personne se disant libérale ne peut être que pour la libre circulation des marchandises, des capitaux et des personnes.
Le "libéral" ne souscrivant pas à cela est un libéral "hémpiplégique", et n'aurait donc rien compris à la philosophie libérale.

Enfin, j'ai l'impression que vous justifiez la libre circulation des individus, surtout par des arguments utilitaristes.
Je trouve ça assez malheureux, car il y a des arguments éthiques qui sont bien plus percutants.
De quel droit l'Etat aurait-il le droit d'interdire à un individu de se déplacer ou de s'installer ?
Il est évidemment que dans un pays libéral, la question ne se poserait même pas.
Il me semble honnête de vous préciser que je ne trouve légitime que de vivre de son travail ou de la libre solidarité, ie la charité, et non de la fausse solidarité forcée et obligatoire telle appliquée par notre chère Etat et réclamée par les étatistes de tout bord, qui oblige le contribuable à payer plutôt que de mettre eux-même la main à la poche.
La vrai solidarité ne peut que se concevoir libre !
Cette conception de la solidarité est aussi motivée par des arguments éthiques. Le vol, même et surtout effectuée par l'Etat, n'en reste pas moins un vol.

Bravo encore pour votre combat !

Marc Girod.

Bernard G a dit…

Je trouve un peu tard le commentaire de Marchange. Mais deux remarques :
- la première sur l'ultra-libératisme. je suis assez d'accord avec mon interocuteur, j'aurais sans doute du dire libéraux ou libertariens, mais c'est ainsi qu'en France on appelle ceux qui défendent les thèses libérales,
- les arguments éthiques sont effectivement forts, ils sont de deux types, arguments sur la liberté, que défend mon interlocuteur, et arguments tirés de la compassion que l'on doit à des pauvres gens qui souffrent, que l'on trouve à gauche. Si j'utilise surtout des arguments utilitaristes, c'est que cette ligne de défense de l'immigration est peu développée. Or, c'est je crois l'une de celles qui peut faire évoluer les esprits.