mardi, juin 09, 2009

Le drame du PS : ce n'est plus une opposition, mais un vivier

Cette dernière défaite du PS signale un changement majeur : le Parti Socialiste a cessé d'être un parti d'opposition. Non que ses dirigeants soient plus sarkozystes aujourd'hui qu'hier, ils le sont toujours autant, mais la victoire d'Europe Ecologie a déplacé le curseur. La véritable opposition au pouvoir en place est ce rassemblement hétéroclite dont l'avenir n'est pas garanti. Je dis opposition parce que c'est aujourd'hui la seule force qui ne soit pas dans la majorité que le gouvernement est forcé d'écouter, la seule qui lui impose ses problématiques et qui l'oblige à se définir en fonction de ses projets, de son programme. Une opposition, c'est cela. Ce n'est que cela : la force politique qui ne gouverne pas mais qui cependant impose ses thèmes aux gens en place. C'est ce qu'a été pendant toutes les années 70 le PS. La droite gouvernait, mais la plupart des réformes qu'elle a alors mis en place s'inspiraient de son programme : avortement, vote à 18 ans, allégement de la censure… tout cela venait de la gauche. La seule vraie réforme de droite des années Giscard a été la libération des prix.

Le PS a cessé d'être cette force d'inspiration. Plus personne ne s'intéresse à ce qu'il pense, ne se préoccupe de son programme. Les quelques idées qu'avait amenées Ségolène Royal pendant la campagne électorale ont disparu de l'horizon. Il ne lui reste que ses élus et ses experts. Le PS a su attirer pendant les années Mitterrand toute une génération de qualité qui en est restée proche mais qui aimerait bien goûter aux plaisirs du pouvoir. C'est devenu un vivier dans lequel Nicolas Sarkozy pioche avec délectation. Et pas seulement pour des ministères : combien de hauts fonctionnaires formés dans des cabinets minsitériels de gauche sont aujourd'hui dans les allées du pouvoir?

Etre un vivier a bien sûr des avantages. Cela permet de gérer correctement des villes et des régions Et les succès du PS dans ce domaine tiennent probablement pour beaucoup à ces compétences. Mais il devrait se méfier, les plus jeunes ne se tournent plus vers lui. Et c'est demain à droite que se trouvera ce vivier de compétences.

4 commentaires:

Leo a dit…

Bernard,

merci pour cette analyse très originale et qui donne à réfléchir.
Donc s'opposer, c'est influencer. Une sorte de dialogue républicain très musclé. Peut-être une caractéristique bien française de notre démocratie. En tout cas, ce modèle ne s'applique pas à la démocratie américaine, où les idées traversent difficilement les frontières étanches des partis.

Peut-être le néo-thatcherisme de Blair est-il le seul exemple au delà de nos frontières d'une opposition d'un parti se parant résolument des idées de l'opposition.

Mais là, c'était la Gauche adoptant les idées de la droite.

Arthur Goldhammer a dit…

Léo, Le parti Démocrate sous Clinton a lui aussi adopté pas mal d'idées du part Républicain: voir Justin Vaïsse, L'Histoire du néoconservatisme. Et la droite un peu partout en Europe accepte l'Etat-providence et tout ce qui va avec. Le Blairisme est un peu particulier parce qu'il fallait évincer des éléments du parti qui résistait à l'évolution que vous décrivez, mais il n'est pas un exemple unique

Recriweb a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Recriweb a dit…

Ce n'est pas nouveau. Le PS n'est plus un parti d'opposition, mais un parti d'alternance depuis un bon petit moment déjà.
J'ai tendance à croire que, pour bien s'en rendre compte, il faut cesser de raisonner en terme gauche droite et opter pour une lecture de classe. Le PS n'est plus du côté du travail, mais sert la soupe au capital -- tout au plus a-t-il une vision différente de la droite pour mener politique en ce sens, guère plus.
Que les électeurs de "gauche"s'en rendent compte (un peu), c'est plutôt rassurant.