samedi, octobre 13, 2012

La dénégation, les structuralistes et Aragon

Dans les années soixantes, les philosophes français se sont passionnés pour un texte court de Freud de 1925, Die Verneinung, la dénégation, dont il existe plusieurs traductions en français, dont une de Jean-François Lyotard.

On y lit :

"La façon dont nos patients présentent ce qui leur vient à l'esprit pendant le travail analytique nous donne l'occasion de faire quelques observations intéressantes. "Vous allez penser maintenant que je veux dire quelque chose d'offensant, mais je n'ai réellement pas cette intention". Nous comprenons que c'est le refus d'une idée qui vient d'émerger, par projection. Ou, "vous demandez qui peut être cette personne dans le rêve. Ma mère, ce n'est pas elle". Nous rectifions donc, c'est sa mère. Nous prenons la liberté, lors de l'interprétation, de faire abstraction de la négation et d'extraire le pur contenu de l'idée. C'est comme si le patient avait dit "pour moi, c'est vrai, ma mère m'est venue à l'esprit à propos de cette personne, mais je n'ai nulle envie de laisser prévaloir cette idée".

Je me suis souvent demandé la raison de cet intérêt un peu démesuré pour ce texte. Il me semble l'avoir découverte en lisant L'élégie à Pablo Neruda d'Aragon. Dans ce trés beau poème qu'Aragon a écrit au lendemain d'un trembleent de terre qui a ébranlé la maison de Neruda, il compare au moins implicitement le tremblement de terre aux tempêtes sous le crâne que la politique soviétique avait suscitées chez les intellectuels communistes et autres compagnons de route. Et ceci juste avant d'ecrire : surtout ne croyez pas qu'il y ait dans mes propos quoi que ce soit de politique.

J'imagine que tous ces intellectuels qui faisaient alors l'apologie des totalitarismes vivaient au quotidien cette ambiguïté que décrit Freud, d'où leur intérêt pour ce texte qui leur permettait de parler de manière abstraite, savante et tout à fait masquée de leurs tourments intérieurs.


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2 commentaires:

James Brown a dit…

Je me demande si de telles tensions, ou contradictions, ont parfois pour origine la culture ambiante de l'époque, ou de la société, dans laquelle quelqu'un grandit sans avoir pu identifier de telles incohérences. On adopte des notions qui sont carrément fausses ou moins vraies que d'autres. On les fai siens puis on se voue à les défendre corps et âme.
Certains auraient signalé que'une telle position contradictoire n'était rien d'autre que du mensonge ou de la mauvaise foi alors que'en réalité, non, des gens calumniés y croyaient dur comme fer. L'histoire est plein d'exemples de ce type. L'actualité aussi.

Anonyme a dit…

En faisant un rapprochement avec votre article sur Jean Marc Ayraultet le cannabis, peut-etre avait-il très envie d'en débattre?
Quel dommage, dans une période de rigueur, ce débat aurait donné une belle bouffée d'air ... frais? Et aurait transmis une vraie idée de changement!