Le PS est malade, comme chacun sait. Et ce ne sont pas les premières décisions de Martine Aubry qui vont le remettre d'aplomb. Pour ne prendre que cet exemple, ce n'est pas la nomination de Benoit Hamon, l'un des plus vigoureux partisans du non à la constitution européenne, comme porte-parole du PS à la veille d'élections européennes qui s'annoncent difficiles pour le PS qui va arranger les choses. On imagine déjà les tiraillements, les contradictions, le flou sur les positions d'un parti qui ne s'est jamais remis de ce conflit interne. Les premières déclarations sur l'autorisation administratives de licenciement ne sont certainement pas de bon augure. Qui peut vraiment croire que c'est là le sérieux et le travail que nous promet Martine Aubry?
Mais la crise du PS n'est pas celle de ce seul parti. Elle s'inscrit dans une crise plus profonde des gauches liée à l'effritement de deux des piliers de cette famille politique depuis la fin de la seconde guerre mondiale :
- la confiance dans la bienveillance de l'Etat,
- une critique sociale basée sur la lutte des salariés pour l'amélioration de leur condition.
La confiance dans la bienveillance de l'Etat a nourri pendant des décennies les luttes de la gauche. Il s'agissait de créer un ensemble de mesures collectives pour protéger les salariés et leurs familles. On demandait à l'Etat de s'occuper de la santé, de l'éducation, de la protection sociale… Cette confiance n'a pas disparu, mais le contexte a changé. La gauche a gagné toutes ces batailles. L'Etat a pris en charge, dans nos pays, une multitude de fonctions (santé, éducation, protection contre la vieillesse, la pauvreté…) et il l'a plutôt bien fait, mais au temps des conquêtes a succédé celui de l'optimisation. Tous ces systèmes ont mûri, vieilli et il s'agit aujourd'hui de les optimiser, de corriger les défauts apparus avec le temps. C'est, évidemment, un travail beaucoup moins exaltant, qui met les gouvernants qui s'y collent en opposition avec tous ceux qui profitent de ces défauts ou qui craignent qu'on jette le bébé avec l'eau du bain. Ce travail d'optimisation est nécessaire, les dirigeants de gauche qui ont été aux affaires le savent, mais il est difficile à la gauche de le dire sans brouiller son message traditionnel et sans susciter l'exaspération de tous ceux qui travaillent dans les institutions en charge de ces systèmes publics et qui prennent toutes ces propositions d'optimisation comme autant de critiques de leur travail et d'attaques contre leur statut.
Quant à la critique sociale, elle a changé de nature. Pendant des décennies, elle s'est concentrée sur les combats au sein des entreprises pour une amélioration des rémunérations et des conditions de travail des salariés. Elle était alors menée par les organisations syndicales dans les entreprises et relayée, au plan politique, par les partis, et d'abord par le PC qui entretenait des liens étroits avec la CGT, premier syndicat ouvrier. Mais c'est, depuis des années, bien fini. Des années de chômage ont "calmé" les ardeurs militantes des salariés dont le combat est devenu défensif. Il ne s'agissait plus d'obtenir des avancées sociales mais de lutter contre la casse sociale, contre les fermetures d'usines, les délocalisations, les licenciements collectifs, la montée de la précarité. Les syndicats ont perdu beaucoup de leur influence.
Les liens étroits entre les travailleurs menacés de perdre leur emploi et les partis politiques de gauche se sont défaits sur une question centrale : celle du protectionnisme. Les salariés qui veulent conserver un emploi menacé n'ont qu'un souci : éloigner la concurrence et le mieux pour cela est bien évidemment de fermer les frontières. Mais dans une économie ouverte, prôner le protectionnisme, c'est condamner au chômage tous ceux qui profitent de l'ouverture, qui travaillent dans des entreprises qui vivent des marchés à l'exportation. La classe salariée s'est divisée. Les partis politiques de gauche ont choisi l'ouverture, et ils ont eu raison, mais ils ont, ce faisant, ouvert une voie royale au Front National, seul parti à s'être déclaré ouvertement favorable au protectionnisme. Sa quasi disparition est une bonne nouvelle, mais elle ne signifie pas que ses électeurs vont revenir à gauche.
La critique sociale n'a pas disparu, mais elle s'est déplacée, elle a changée de champ, elle a quitté le monde des entreprises et du travail pour se concentrer sur de nouveaux terrains. Portée par des associations, des ONG, elle s'est tournée vers la protection de l'environnement, des espèces en voie de disparition, vers la lutte pour l'amélioration des conditions de ceux qui sont en marge, travailleurs sans papiers, mal logés… Au sein même des entreprises, de nouvelles problématiques sont apparues, imposées de l'extérieur, comme la lutte contre le harcèlement ou contre les disparités salariales entre hommes et femmes.
Les partis de gauche n'ont pas su récupérer cette nouvelle contestation, laissant aux verts, aux écologistes une porte large ouverte. Les verts n'ont pas su construire en France une alternative politique crédible, mais cet échec ne doit pas masquer l'essentiel : les militants ont déserté les partis de gauche pour investir leur énergie et leur colère ailleurs, dans d'autres combats. On m'a reproché mon indulgence à l'égard de Ségolène Royal. Elle vient de ce que je crois qu'elle a compris cela et qu'elle a essayé, d'abord avec la démocratie participative puis avec son projet de cotisation à 20€, de ramener au PS des militants qui étaient allés ailleurs, dans des associations.
La crise du PS ne se résume pas à un combat de chefs, de candidates à l'élection présidentielle. Elle vient de cette crise d'une gauche qui a vu s'effriter deux des piliers de son idéologie. Si le PS réussit encore à gagner des élections, notamment au niveau local, dans les villes et les régions, c'est qu'il a su conserver, maintenir, construire dans ces villes et régions une offre politique qui convient aux classes moyennes qui y vit, qui souhaite plus d'équipements collectifs et de solidarité.
Avoir des opinions est l'un des éléments du bien-être, affirmait il y a une quinzaine d'années, l'économiste A.O.Hirshman. Les blogs sont une bonne manière d'afficher ses opinions mais aussi, et peut-être même surtout, de les construire. C'est ce qui m'a donné envie de tenir celui-ci
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lundi, décembre 15, 2008
dimanche, juillet 08, 2007
L'ouverture à gauche de N.Sarkozy forcera-t-elle la gauche à se rénover?
On imagine assez bien Nicolas Sarkozy s'amusant de l'affolement des socialistes, de leur empressement à répondre à ses appels à collaboration, on comprend l'agacement des dirigeants du PS et l'incompréhension des électeurs de gauche. Et, cependant, il y a dans ce que l'on appelle ouverture plus que de la manipulation.
Demander à Jack Lang de participer à une commission chargée de travailler sur la réforme des institutions n'est pas qu'un coup : il est légitime et normal que sur un sujet de ce type, l'opposition soit consultée. Les compétences de Jack Lang, sa capacité de travail, son expérience, son imagination ne peuvent que profiter à tous. Sans doute aurait-il mieux valu que cette commission fut parlementaire, mais son existence même serait un progrès.
Proposer Dominique Strauss-Khan pour la direction générale du FMI est habile. C'est mettre de coté l'homme de gauche qui séduit le plus les gens de droite et, en cas d'échec de sa nomination, une manière de l'affaiblir pour longtemps. Mais là encore, ses compétences, son expérience, ses qualités personnelles en font un excellent candidat
Pendant la campagne électorale François Bayrou a réuni 18% des électeurs au premier tour sur son projet de faire travailler les meilleurs des deux camps. Nicolas Sarkozy ne fait pas autre chose. Difficile de le lui reprocher. Cette ouverture devrait contribuer à décrisper les relations politiques.
Est-ce que cela va, comme on l'entend de plus en plus dire, asphyxier la gauche? Peut-être, mais cela devrait surtout l'amener à réfléchir de manière plus approfondie qu'elle n'a fait jusqu'à présent aux institutions, à son rôle, à ce qui la distingue de la droite sur de nombreux sujets. Qu'est-ce qui distingue une action de gauche d'une action de droite dans un pays comme la France où, on le voit bien, les frontières idéologiques se sont déplacées? Quelles sont les lignes d'opposition? de fracture? En d'autres mots, cela pourrait la forcer à faire de ce travail de rénovation dont ses dirigeants parlent tant sans voir qu'ils sont, par construction même, les plus mal placés pour la mener. Dans les années 70, ce n'est pas un cacique de la gauche officielle qui a rénové le parti socialiste d'alors, mais un outsider venu du centre droit : François Mitterrand.
Difficile aujourd'hui de dire qui peut mener ce travail de refondation, mais le recrutement de vedettes du PS par Nicolas Sarkozy pour des tâches qui n'ont rien de honteux (à l'inverse de ce qui s'est passé avec Besson) devrait faciliter le renouvellement des dirigeants. Si Jack Lang et DSK sont occupés ailleurs, d'autres pourront prendre leur place
Demander à Jack Lang de participer à une commission chargée de travailler sur la réforme des institutions n'est pas qu'un coup : il est légitime et normal que sur un sujet de ce type, l'opposition soit consultée. Les compétences de Jack Lang, sa capacité de travail, son expérience, son imagination ne peuvent que profiter à tous. Sans doute aurait-il mieux valu que cette commission fut parlementaire, mais son existence même serait un progrès.
Proposer Dominique Strauss-Khan pour la direction générale du FMI est habile. C'est mettre de coté l'homme de gauche qui séduit le plus les gens de droite et, en cas d'échec de sa nomination, une manière de l'affaiblir pour longtemps. Mais là encore, ses compétences, son expérience, ses qualités personnelles en font un excellent candidat
Pendant la campagne électorale François Bayrou a réuni 18% des électeurs au premier tour sur son projet de faire travailler les meilleurs des deux camps. Nicolas Sarkozy ne fait pas autre chose. Difficile de le lui reprocher. Cette ouverture devrait contribuer à décrisper les relations politiques.
Est-ce que cela va, comme on l'entend de plus en plus dire, asphyxier la gauche? Peut-être, mais cela devrait surtout l'amener à réfléchir de manière plus approfondie qu'elle n'a fait jusqu'à présent aux institutions, à son rôle, à ce qui la distingue de la droite sur de nombreux sujets. Qu'est-ce qui distingue une action de gauche d'une action de droite dans un pays comme la France où, on le voit bien, les frontières idéologiques se sont déplacées? Quelles sont les lignes d'opposition? de fracture? En d'autres mots, cela pourrait la forcer à faire de ce travail de rénovation dont ses dirigeants parlent tant sans voir qu'ils sont, par construction même, les plus mal placés pour la mener. Dans les années 70, ce n'est pas un cacique de la gauche officielle qui a rénové le parti socialiste d'alors, mais un outsider venu du centre droit : François Mitterrand.
Difficile aujourd'hui de dire qui peut mener ce travail de refondation, mais le recrutement de vedettes du PS par Nicolas Sarkozy pour des tâches qui n'ont rien de honteux (à l'inverse de ce qui s'est passé avec Besson) devrait faciliter le renouvellement des dirigeants. Si Jack Lang et DSK sont occupés ailleurs, d'autres pourront prendre leur place
vendredi, mai 04, 2007
Premier bilan de la campagne
Tous les sondages (ou presque puisqu'il y a une exception mais il s'agit d'un institut peu connu) donnent Nicolas Sarkozy gagnant avec une large majorité. On verra bien.
En attendant dimanche soir, on peut faire un premier bilan de cette campagne qui aura opposé, sur fond de glissement à droite de l'opinion :
- une formidable machine électorale au service d'un programme ouvertement conservateur,
- à une équipe brouillonne au service d'une réécriture du "logiciel" de la gauche de gouvernement.
A l'inverse de Jacques Chirac, et malgré quelques détours du coté de Jaurés, Nicolas Sarkozy a mené une campagne très à droite. Il a emprunté plusieurs de ses thèmes à Jean-Marie Le Pen (sur l'immigration, notamment), proposé une politique économique de droite classique agrémentée de mesures très favorables aux possédants (droits de succession, baisse des impôts, renforcement du bouclier fiscal mais aussi protectionnisme), multiplié les rapprochements avec les néoconservateurs (ralliement de Glucksman et de quelques autres) et développé des thèmes typiques de la pensée réactionnaire (l'origine génétique de la pédophilie…). Cette campagne qui lui a permis de faire le plein des voix de droite au premier tour aurait pu le gêner au second tour. Ce n'est, semble-t-il, pas le cas, grâce à la formidable machine électorale qu'il a mise en place, grâce à ses relais dans tout ce qui a de pouvoir, mais aussi, il ne faut pas se leurrer, grâce aux Français qui semblent avoir envie d'essayer, après le socialisme et le radicalisme à la Chirac, une expérience brutale et autoritaire, à la Thatcher.
On a beaucoup dit de Ségolène Royal qu'elle avait été choisie par le Parti Socialiste sous la pression de l'opinion. Il serait plus juste de dire qu'elle a été choisie par les militants du PS parce qu'elle promettait une révision de la politique de la gauche. Si sa campagne a été brouillonne et a manqué, sur de nombreux dossiers, de précision, elle a amorcé une véritable mue du "logiciel" de la gauche sur quatre points majeurs :
- les institutions avec le rôle des régions (la gauche jacobine est devenue girondine) et l'invention de mécanismes de contrôle de l'action politique par les citoyens (les jurys citoyens tant moqués représentent sans doute une des voies de rénovation de la politique dans les régimes démocratiques à suivre de très près) ;
- l'économie avec la fin de la diabolisation du marché, la mise en avant des entrepreneurs et du dialogue social qui signe l'abandon de la lutte des classe au profit d'une recherche de compromis par la négociation ;
- l'Etat providence : en mettant systématiquement en avant la règle du donnant-donnant, la candidate socialiste a introduit une inflexion majeure dans le discours classique de gauche ;
- la "cible" électorale : Ségolène Royal s'est adressée à une société française diverse. Sa gauche est moins associée à la cIasse ouvrière, façon PC, aux fonctionnaires façon PS, qu'à la France colorée des banlieues.
Son échec (si échec il y a) pourrait pour partie venir de que ce que changement de logiciel lancé sans préparation, jamais vraiment théorisé, a désorienté beaucoup des électeurs traditionnels de la gauche qui ont voté pour elle sans enthousiasme, sont allés chez Bayrou et ont laissé développer, sans réagir, des attaques sur ses compétences.
En attendant dimanche soir, on peut faire un premier bilan de cette campagne qui aura opposé, sur fond de glissement à droite de l'opinion :
- une formidable machine électorale au service d'un programme ouvertement conservateur,
- à une équipe brouillonne au service d'une réécriture du "logiciel" de la gauche de gouvernement.
A l'inverse de Jacques Chirac, et malgré quelques détours du coté de Jaurés, Nicolas Sarkozy a mené une campagne très à droite. Il a emprunté plusieurs de ses thèmes à Jean-Marie Le Pen (sur l'immigration, notamment), proposé une politique économique de droite classique agrémentée de mesures très favorables aux possédants (droits de succession, baisse des impôts, renforcement du bouclier fiscal mais aussi protectionnisme), multiplié les rapprochements avec les néoconservateurs (ralliement de Glucksman et de quelques autres) et développé des thèmes typiques de la pensée réactionnaire (l'origine génétique de la pédophilie…). Cette campagne qui lui a permis de faire le plein des voix de droite au premier tour aurait pu le gêner au second tour. Ce n'est, semble-t-il, pas le cas, grâce à la formidable machine électorale qu'il a mise en place, grâce à ses relais dans tout ce qui a de pouvoir, mais aussi, il ne faut pas se leurrer, grâce aux Français qui semblent avoir envie d'essayer, après le socialisme et le radicalisme à la Chirac, une expérience brutale et autoritaire, à la Thatcher.
On a beaucoup dit de Ségolène Royal qu'elle avait été choisie par le Parti Socialiste sous la pression de l'opinion. Il serait plus juste de dire qu'elle a été choisie par les militants du PS parce qu'elle promettait une révision de la politique de la gauche. Si sa campagne a été brouillonne et a manqué, sur de nombreux dossiers, de précision, elle a amorcé une véritable mue du "logiciel" de la gauche sur quatre points majeurs :
- les institutions avec le rôle des régions (la gauche jacobine est devenue girondine) et l'invention de mécanismes de contrôle de l'action politique par les citoyens (les jurys citoyens tant moqués représentent sans doute une des voies de rénovation de la politique dans les régimes démocratiques à suivre de très près) ;
- l'économie avec la fin de la diabolisation du marché, la mise en avant des entrepreneurs et du dialogue social qui signe l'abandon de la lutte des classe au profit d'une recherche de compromis par la négociation ;
- l'Etat providence : en mettant systématiquement en avant la règle du donnant-donnant, la candidate socialiste a introduit une inflexion majeure dans le discours classique de gauche ;
- la "cible" électorale : Ségolène Royal s'est adressée à une société française diverse. Sa gauche est moins associée à la cIasse ouvrière, façon PC, aux fonctionnaires façon PS, qu'à la France colorée des banlieues.
Son échec (si échec il y a) pourrait pour partie venir de que ce que changement de logiciel lancé sans préparation, jamais vraiment théorisé, a désorienté beaucoup des électeurs traditionnels de la gauche qui ont voté pour elle sans enthousiasme, sont allés chez Bayrou et ont laissé développer, sans réagir, des attaques sur ses compétences.
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jeudi, octobre 19, 2006
Elections présidentielles et marketing
Le débat entre les trois candidats socialistes a donné lieu à des analyses quantitatives et qualitatives du type de celles que les spécialistes du marketing pratiquent régulièrement (voir, par exemple, celle que Médiatrie a réalisée pour Libération). Ces analyses sont naturellement intéressantes (et certainement utiles pour les candidats), mais je ne suis pas sûr qu'elles apportent grand chose aux électeurs qui hésitent.
Un électeur qui s'interroge (ce qui est, à quelques mois de l'élection, le cas de la grande majorité) a besoin d'informations qu'il ne trouve ni dans les médias ni dans les débats. Les débats nous donnent des informations sur les programmes que les candidats affichent. Mais chacun sait bien qu'ils ne les appliqueront pas. Mieux vaut souvent, d'ailleurs, qu'ils s'en gardent. Les enquêtes d'opinion nous donnent des indications sur l'impact de leurs propos sur l'opinion. Mais nous avons besoin de tout autre chose. Nous avons besoin de connaître la personnalité des candidats, leur capacité à faire face à des situations imprévues, à anticiper, à s'imposer dans des moments difficiles, mais aussi à entendre et comprendre une société qui bouge. Nous avons besoin de savoir s'ils ont l'étoffe d'un homme d'Etat dans un monde en profond changement. Et cela, les analyses marketing ne nous le donnent pas.
Sans doute disposons nous déjà d'informations sur chacun :
- nous savons que Fabius a su anticiper et prendre des décisions courageuses et difficiles dans le cadre du sang contaminé. On a vu qu'il a su faire face avec dignité et calme à des attaques d'une violence extrême dans la même affaire ;
- l'épisode conjugal de Sarkozy nous a sans doute plus dit sur sa personnalité profonde (et sur sa modernité) que ses discours démagogiques : bien loin de le désservir, cet épisode a montré qu'il pouvait garder raison dans des moments de crise personnelle, ce qui est une qualité pour qui veut devenir Président ;
- nous devinons chez Ségolène Royal une vision à long terme (sans cette vision, elle n'aurait pas réussi cette longue marche jusqu'à la candature), de l'inflexibilité et une capacité à écouter et comprendre la sociéété que l'on ne trouve pas forcément chez ses concurrents (même si cela s'accompagne, chez elle, d'allures cassantes) ;
- DSK respire la compétence mais que savons-nous de son caractère? de sa capacité à faire face à des obstacles?
Il nous en faudrait plus, beaucoup plus, pour savoir lequel sera le mieux armé pour diriger le pays pendant 5 ans. Je ne suis pas sûr que la généralisation des techniques marketing nous aide à le découvrir.
Un électeur qui s'interroge (ce qui est, à quelques mois de l'élection, le cas de la grande majorité) a besoin d'informations qu'il ne trouve ni dans les médias ni dans les débats. Les débats nous donnent des informations sur les programmes que les candidats affichent. Mais chacun sait bien qu'ils ne les appliqueront pas. Mieux vaut souvent, d'ailleurs, qu'ils s'en gardent. Les enquêtes d'opinion nous donnent des indications sur l'impact de leurs propos sur l'opinion. Mais nous avons besoin de tout autre chose. Nous avons besoin de connaître la personnalité des candidats, leur capacité à faire face à des situations imprévues, à anticiper, à s'imposer dans des moments difficiles, mais aussi à entendre et comprendre une société qui bouge. Nous avons besoin de savoir s'ils ont l'étoffe d'un homme d'Etat dans un monde en profond changement. Et cela, les analyses marketing ne nous le donnent pas.
Sans doute disposons nous déjà d'informations sur chacun :
- nous savons que Fabius a su anticiper et prendre des décisions courageuses et difficiles dans le cadre du sang contaminé. On a vu qu'il a su faire face avec dignité et calme à des attaques d'une violence extrême dans la même affaire ;
- l'épisode conjugal de Sarkozy nous a sans doute plus dit sur sa personnalité profonde (et sur sa modernité) que ses discours démagogiques : bien loin de le désservir, cet épisode a montré qu'il pouvait garder raison dans des moments de crise personnelle, ce qui est une qualité pour qui veut devenir Président ;
- nous devinons chez Ségolène Royal une vision à long terme (sans cette vision, elle n'aurait pas réussi cette longue marche jusqu'à la candature), de l'inflexibilité et une capacité à écouter et comprendre la sociéété que l'on ne trouve pas forcément chez ses concurrents (même si cela s'accompagne, chez elle, d'allures cassantes) ;
- DSK respire la compétence mais que savons-nous de son caractère? de sa capacité à faire face à des obstacles?
Il nous en faudrait plus, beaucoup plus, pour savoir lequel sera le mieux armé pour diriger le pays pendant 5 ans. Je ne suis pas sûr que la généralisation des techniques marketing nous aide à le découvrir.
mercredi, octobre 18, 2006
Le débat
Alors ce débat?
Première remarque : il n'était pas une seconde ennuyeux. Cela était un risque, mais les intervenants et les journalistes et l'ont mené de telle manière que l'on est resté attentif jusqu'au bout.
Seconde remarque. Malgré leurs ressemblances (même génération, même formation, même appartenance politique, même programme à respecter), les trois candidats ont su marquer leurs différences tant dans le fond que dans la forme et la méthode.
Sur la forme, d'abord : Ségolène Royal a certainement été la plus incisive, la seule à entrer directement dans le vif du sujet sans faire de commentaire sur l'exercice, la seule à ne citer ses concurrents qu'au tout dernier moment, presque avec réticence. Sur le plan de la courtoisie, Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn l'ont emporté haut la main, mais Ségolène Royal est la seule qui ait tenté, en fin d'émission, une pointe d'humour, signe sans doute d'un soulagement.
Toujours sur la forme : Fabius est certainement celui qui maîtrise le mieux, et avec le plus d'élégance, la langue française. Il est précis, ses phrases sont bien construites, il ne bafouille pas (comme l'a fait deux ou trois fois DSK). Ségolène Royal est, sur ce plan là, loin derrière les deux autres (comment peut-on sortir de l'ENA et maîtriser aussi mal l'expression parlée?) et ses explications ont paru à une ou deux reprises embarassées (je pense notamment à tout ce qu'elle a dit de la valeur ajoutée qui sentait la récitation de fiche préparée par ses collaborateurs).
Venons-en maintenant au fond. On a beaucoup dit que ce débat était à haut risque pour Ségolène Royal. Elle s'en est bien sortie. On attendait DSK sur les questions économiques. Il a été brillant lorsqu'il a parlé de la dette, mais pour le reste, il a déçu. Trop général, trop dans le flou et le vague. Ses tentatives répétées de mettre le changement en perspective, de convier dans la discussion le futur, les tendances profondes de la sociétéé sont toutes tombées à plat. Laurent Fabius a été des trois le plus précis, mais c'est aussi celui dont les propositions paraissaient le plus vieillies (augmentation du Smic sans réflexion sur son impact sur les autres salaires, réflexion que l'on trouvait chez ses deux concurrents). Fabius est le seul à avoir longuement et à plusieurs reprises parlé de l'Europe. Il a eu raison de mettre en avant cette dimension, mais était-il le mieux placé pour le faire? Comment ne pas s'interroger sur son "non" à la constitution européenne? Essayait-il de séduire ceux qui ne lui ont pas pardonné cette trahison? Il n'a sans doute fait que la leur rappeler.
Quant à Ségolène Royal, concrète et pragmatique, elle a montré de véritables qualités. Mal à l'aise dans l'exposé général, elle a marqué des points chaque fois qu'elle s'est appuyée sur son expérience du terrain : 35 heures, délocalisations, bureaucratie, dépendance… On sentait qu'elle était, au quotidien, confrontée à ces questions et qu'elle s'était attachée à les résoudre. Aux promesses de ses deux concurrents, elle opposait sa pratique quotidienne. Sans doute est-ce ce qui fait sa popularité.
Si proches et, cependant, si différents… Ce sont des personnalités, des manières d'aborder la politique qui se sont révélées dans ce débat. Plus proche du concret chez Ségolène Royal, plus sensible aux rapports de force à gauche chez Laurent Fabius, plus attentif aux évolutions profondes de notre société chez DSK.
Première remarque : il n'était pas une seconde ennuyeux. Cela était un risque, mais les intervenants et les journalistes et l'ont mené de telle manière que l'on est resté attentif jusqu'au bout.
Seconde remarque. Malgré leurs ressemblances (même génération, même formation, même appartenance politique, même programme à respecter), les trois candidats ont su marquer leurs différences tant dans le fond que dans la forme et la méthode.
Sur la forme, d'abord : Ségolène Royal a certainement été la plus incisive, la seule à entrer directement dans le vif du sujet sans faire de commentaire sur l'exercice, la seule à ne citer ses concurrents qu'au tout dernier moment, presque avec réticence. Sur le plan de la courtoisie, Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn l'ont emporté haut la main, mais Ségolène Royal est la seule qui ait tenté, en fin d'émission, une pointe d'humour, signe sans doute d'un soulagement.
Toujours sur la forme : Fabius est certainement celui qui maîtrise le mieux, et avec le plus d'élégance, la langue française. Il est précis, ses phrases sont bien construites, il ne bafouille pas (comme l'a fait deux ou trois fois DSK). Ségolène Royal est, sur ce plan là, loin derrière les deux autres (comment peut-on sortir de l'ENA et maîtriser aussi mal l'expression parlée?) et ses explications ont paru à une ou deux reprises embarassées (je pense notamment à tout ce qu'elle a dit de la valeur ajoutée qui sentait la récitation de fiche préparée par ses collaborateurs).
Venons-en maintenant au fond. On a beaucoup dit que ce débat était à haut risque pour Ségolène Royal. Elle s'en est bien sortie. On attendait DSK sur les questions économiques. Il a été brillant lorsqu'il a parlé de la dette, mais pour le reste, il a déçu. Trop général, trop dans le flou et le vague. Ses tentatives répétées de mettre le changement en perspective, de convier dans la discussion le futur, les tendances profondes de la sociétéé sont toutes tombées à plat. Laurent Fabius a été des trois le plus précis, mais c'est aussi celui dont les propositions paraissaient le plus vieillies (augmentation du Smic sans réflexion sur son impact sur les autres salaires, réflexion que l'on trouvait chez ses deux concurrents). Fabius est le seul à avoir longuement et à plusieurs reprises parlé de l'Europe. Il a eu raison de mettre en avant cette dimension, mais était-il le mieux placé pour le faire? Comment ne pas s'interroger sur son "non" à la constitution européenne? Essayait-il de séduire ceux qui ne lui ont pas pardonné cette trahison? Il n'a sans doute fait que la leur rappeler.
Quant à Ségolène Royal, concrète et pragmatique, elle a montré de véritables qualités. Mal à l'aise dans l'exposé général, elle a marqué des points chaque fois qu'elle s'est appuyée sur son expérience du terrain : 35 heures, délocalisations, bureaucratie, dépendance… On sentait qu'elle était, au quotidien, confrontée à ces questions et qu'elle s'était attachée à les résoudre. Aux promesses de ses deux concurrents, elle opposait sa pratique quotidienne. Sans doute est-ce ce qui fait sa popularité.
Si proches et, cependant, si différents… Ce sont des personnalités, des manières d'aborder la politique qui se sont révélées dans ce débat. Plus proche du concret chez Ségolène Royal, plus sensible aux rapports de force à gauche chez Laurent Fabius, plus attentif aux évolutions profondes de notre société chez DSK.
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