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lundi, septembre 24, 2007

Jospin, ségolène et les socialistes

Jospin récidive dans les attaques contre Ségolène. C'est, bien sûr, son droit, mais ses attaques rappellent celles de Giscard contre Chirac et celles de Rocard contre Mitterrand. Comment se fait-il que des gens intelligents, des démocrates sincères, des politiques de qualité qui ont plutôt bien gouverné se révèlent aussi mesquins dans l'adversité, aussi incapables d'accepter leur défaite et de voir la réalité en face : si les militants socialistes ont massivement (à plus de 60%) choisi Ségolène Royal contre Fabius, Strauss-Khan et (faut-il le rappeler?) Jospin, c'est sans doute qu'ils avaient de bonnes raisons de le faire. A tout le moins, leur choix signifiait qu'ils en avaient assez des dirigeants historiques du parti, qu'ils voulaient de nouvelles figures capables de renouveler problématique, programme et discours, ce que Ségolène a fait, même si ce fut souvent de manière improvisée et un peu brouillonne. Ses idées de démocratie participative ont beaucoup choqué, mais elles avaient le mérite de la nouveauté et annonçaient une révision de notre environnement politique autrement intéressant que le ravaudage constitutionnel que nous prépare la commission Balladur.

Les propos de Jospin, parler de Ségolène comme d'une figure seconde de la politique ne relèvent certainement pas du sexisme, moins encoredu racisme, mais ils sont une marque intolérable de mépris à l'égard de quelqu'un qui a été choisi par les militants et n'a pas démérité (on ne le répètera jamais assez, 47% des voix au second tour c'est infiniment mieux que 16% au premier).

Un dernier mot : à force d'attaquer aussi violemment Ségolène Royal, certains socialistes vont finir par nous faire croire que non contentes de pas voter pour elle (car comment un Jospin a-t-il pu voter pour Ségolène sachant ce qu'il en pensait?) ils ont incité leurs camarades à faire de même.

samedi, mai 05, 2007

Pourquoi tant de transfuges?

L'une des curiosités de cette élection aura été le nombre de transfuges, de soutiens traditionnels de la gauche qui se sont rapprochés de Nicolas Sarkozy. Outre Besson, on peut citer Hanin, Tapie, Allègre (qui ne s'est pas prononcé pour Sarkozy mais a annoncé si fort qu'il ne voterait pas Royal que l'on peut penser qu'il contribuera par le plus simple des moyens, le vote, à sa défaite), Séguéla, Sevran…

Difficile de dire si ces défections ont eu un impact sur les électeurs. La plupart se moquent bien de savoir pour qui votent ces personnalités, mais on ne peut exclure que ces annonces aient libéré et déculpabilisé des électeurs qui hésitaient. Reste à comprendre pourquoi tant de compagnons de route du PS ont quitté sa candidate.

Il me semble que l'on peut avancer deux ou trois raisons.

La première tient à la manière dont Ségolène Royal s'est imposée, en contournant le parti qu'elle a pris par surprise de manière non conventionnelle en s'appuyant sur les militants et sur les électeurs beaucoup plus que sur les dirigeants. Elle n'avait aucun réseau, elle n'entretenait aucun lien avec cette "bourgeoisie mitterrandienne" et n'a à aucun moment cherché à les retenir, à les flatter ou à les séduire : ils n'existaient tout simplement pas à ses yeux. Ils se sont donc trouvés libres de toute obligation de fidélité à leurs engagements antérieurs. Et comme tout, âge, statut social, revenus… concourt à en faire des électeurs de droite, ils se sont tout naturellement reportés vers leur famille politique naturelle.

On pourrait également avancer un comportement psychologique un peu particulier. Ce sont des gens attirés par les puissants. Plus que le puissant, ils aiment l'amitié que celui-ci leur porte et ce qu'elle leur dit d'eux-mêmes (le puissant qui m'aime et le montre me donne un peu de son prestige, de son pouvoir). Ils aiment aujourd'hui Sarkozy pour ces mêmes raisons qui leur ont fait aimer en son temps Mitterrand.

Ce transfert s'est fait d'autant plus facilement que Mitterrand est mort depuis assez longtemps pour qu'ils ne se sentent pas coupables de trahison à son égard et que Sarkozy affiche ce goût de la puissance et du pouvoir qu'un Chirac avait plutôt tendance à cacher derrière son coté sympa. Avec lui le pouvoir, le désir de pouvoir est quasiment nu, c'est-à-dire canaille (comme l'affichait cette Rolex qu'il portait au poignet lors du débat, geste d'une formidable insolence que la presse n'a pas relevé, alors même que ces montres valent plusieurs dizaines de Smic). Mitterrand habillait son goût du pouvoir de culture, de livres, de désinvolture… Sarkozy n'a pas de ces subtilités. Il aime le pouvoir et bien loin de le cacher l'affirme. Comment ne pas séduire ceux qui n'aiment, en politique, que le pouvoir qu'elle donne?

vendredi, mai 04, 2007

Et si c'était tout sauf Ségolène?

On a beaucoup parlé du Tout sauf Sarkozy, et il est vrai que chez beaucoup d'électeurs de gauche que Ségolène Royal ne séduisait pas forcément, il a pu jouer en sa faveur. Mais je me demande si on n'assiste pas aujourd'hui (et depuis quelques temps) chez des électeurs qui auraient pu voter Strauss-Khan, qui ont voté Bayrou, à une sorte de Tout sauf Ségolène qui va les pousser au vote blanc ou, plus sûrement, au vote Sarkozy. Ce que je retire des quelques conversations que j'ai pu avoir avec quelques uns de ces électeurs est assez paradoxal :
- ils ne sont pas convaincus par le programme de Sarkozy,
- ils sont plutôt d'accord avec plusieurs des propositions de Ségolène Royal,
- mais ils ne voteront pas pour elle tant sa personnalité les inquiète.

Quand on fouille un peu, on s'aperçoit que c'est son anti-conformisme, sa manière de faire de la politique en dehors des chemins battus qui les gênent. Ils apprécient qu'elle ait su renouveler le discours du PS, mais ils craignent l'aventurière autoritaire qui n'en ferait qu'à sa tête. Ils lui trouvent de nombreuses qualités mais ils n'aiment pas, au fond, la femme insoumise, celle qui ne respecte aucune règle, qui parle de la dette au début du débat quand on l'interroge sur les institutions alors que le choix des thèmes du débat avait été négocié par ses proches. Ce qui lui a permis de gagner l'investiture du PS, de s'imposer dans la campagne est, au fond, ce qui la desservirait aux yeux de cet électorat formidablement conformiste.

Premier bilan de la campagne

Tous les sondages (ou presque puisqu'il y a une exception mais il s'agit d'un institut peu connu) donnent Nicolas Sarkozy gagnant avec une large majorité. On verra bien.

En attendant dimanche soir, on peut faire un premier bilan de cette campagne qui aura opposé, sur fond de glissement à droite de l'opinion :
- une formidable machine électorale au service d'un programme ouvertement conservateur,
- à une équipe brouillonne au service d'une réécriture du "logiciel" de la gauche de gouvernement.

A l'inverse de Jacques Chirac, et malgré quelques détours du coté de Jaurés, Nicolas Sarkozy a mené une campagne très à droite. Il a emprunté plusieurs de ses thèmes à Jean-Marie Le Pen (sur l'immigration, notamment), proposé une politique économique de droite classique agrémentée de mesures très favorables aux possédants (droits de succession, baisse des impôts, renforcement du bouclier fiscal mais aussi protectionnisme), multiplié les rapprochements avec les néoconservateurs (ralliement de Glucksman et de quelques autres) et développé des thèmes typiques de la pensée réactionnaire (l'origine génétique de la pédophilie…). Cette campagne qui lui a permis de faire le plein des voix de droite au premier tour aurait pu le gêner au second tour. Ce n'est, semble-t-il, pas le cas, grâce à la formidable machine électorale qu'il a mise en place, grâce à ses relais dans tout ce qui a de pouvoir, mais aussi, il ne faut pas se leurrer, grâce aux Français qui semblent avoir envie d'essayer, après le socialisme et le radicalisme à la Chirac, une expérience brutale et autoritaire, à la Thatcher.

On a beaucoup dit de Ségolène Royal qu'elle avait été choisie par le Parti Socialiste sous la pression de l'opinion. Il serait plus juste de dire qu'elle a été choisie par les militants du PS parce qu'elle promettait une révision de la politique de la gauche. Si sa campagne a été brouillonne et a manqué, sur de nombreux dossiers, de précision, elle a amorcé une véritable mue du "logiciel" de la gauche sur quatre points majeurs :
- les institutions avec le rôle des régions (la gauche jacobine est devenue girondine) et l'invention de mécanismes de contrôle de l'action politique par les citoyens (les jurys citoyens tant moqués représentent sans doute une des voies de rénovation de la politique dans les régimes démocratiques à suivre de très près) ;
- l'économie avec la fin de la diabolisation du marché, la mise en avant des entrepreneurs et du dialogue social qui signe l'abandon de la lutte des classe au profit d'une recherche de compromis par la négociation ;
- l'Etat providence : en mettant systématiquement en avant la règle du donnant-donnant, la candidate socialiste a introduit une inflexion majeure dans le discours classique de gauche ;
- la "cible" électorale : Ségolène Royal s'est adressée à une société française diverse. Sa gauche est moins associée à la cIasse ouvrière, façon PC, aux fonctionnaires façon PS, qu'à la France colorée des banlieues.

Son échec (si échec il y a) pourrait pour partie venir de que ce que changement de logiciel lancé sans préparation, jamais vraiment théorisé, a désorienté beaucoup des électeurs traditionnels de la gauche qui ont voté pour elle sans enthousiasme, sont allés chez Bayrou et ont laissé développer, sans réagir, des attaques sur ses compétences.

vendredi, avril 27, 2007

Ségolène Royal sera-t-elle aussi forte que Mitterrand?

C'est de plus en plus clair, avec ce deuxième tour se joue la deuxième manche de la recomposition du paysage politique.

La première manche a été la mise au rancart de l'idéologie marxiste et néo-gauchiste, par les militants du PS qui ont choisi Ségolène Royal contre les barons du PS, par les électeurs qui ont donné des scores ridicules à l'extrême-gauche. Le vote utile a été, dans les deux cas, le moteur : à force de faire peur, Nicolas Sarkozy et Le Pen ont accéléré le mouvement.

La seconde manche est le rapprochement de Ségolène Royal et de Bayrou. Un rapprochement qui ne dit pas son nom et ne le dira pas avant, au plus tôt, les législatives, mais qui fait glisser vers le centre le point d'équilibre de la politique française. C'est ce qui s'était déjà passé en Italie il y a quelques années. Ce rapprochement est d'autant plus facile que Bayrou l'a amorcé très tôt en s'opposant frontalement à Nicolas Sarkozy et que les programmes sont compatibles sur l'essentiel (souvenons-nous qu'il s'agit d'une élection présidentielle dans laquelle on discute plus de méthode et de principe que de mesures de gouvernement).

La troisième manche s'enclenchera dés demain. Bayrou et Royal sont aussi adversaires que complices. L'un et l'autre peuvent prétendre au leadership de ce centre gauche recomposé qui pourrait occuper un large pan de l'espace politique. L'un et l'autre ont du talent et de l'habileté stratégique. Ségolène Royal part cependant avec un handicap : elle a plus besoin de Bayrou que lui d'elle et elle est plus tenue par ses électeurs qu'il ne l'est. Reste qu'il doit lui aussi jouer une partie difficile. Si Ségolène Royal gagne l'élection, il lui sera plus facile de créer son groupe charnière à l'Assemblée que si elle perd et il aura un boulevard pour mener son opération. Ségolène Royal exclue du paysage, puisqu'à l'Elysée, il aura pour adversaire Hollande, DSK, Fabius… Mais peut-il appeler à voter pour elle sans casser ce qui lui reste de troupes et sans se déjuger?

Le piège Bayrou

En proposant à Farnçois Bayrou un débat, Ségolène Royal a construit, sans l'anticiper, un piège dans lequel Nicolas Sarkozy s'est enfermé à toute vitesse.

Rappelons la séquence des événements.
- Dès qu'elle a anoncé son intention de dialoguer avec le candidat centriste, Nicolas Sarkozy a fait savoir qu'il n'était pas dans son intention de faire de même. Logique : il n'a pas envie de ramener sur le devant de la scène celui de ses adversaires qui a eu au premier tour (Le Pen mis à part, bien sûr), les mots les plus durs sur sa personne.
- Et il fait tout pour éviter que le débat ait lieu. Ce qui lui est facile puisque les règles d'égalité des temps de parole pendant la campagne lui donnent la possibilité de l'empêcher. Il suffit qu'il dise non, qu'il refuse de participer à un débat pour que la télévision qui aurait accepté de recevoir Bayrou et Royal se retrouve dans l'illégalité.

On a envie de dire : bien joué. Le débat n'aura pas lieu à la télévision et Ségolène Royal passe pour ridicule : elle a, une nouvelle fois, improvisé. Sauf que… On ne parle que de ce débat dont personne ne voit bien en quoi il pourrait faire du mal à la démocratie. Amener deux candidats du premier tour à échanger en public est certainement plus moral que de détourner en cachette les élus du perdant.

Bayrou reste donc dans l'actualité et pas n'importe comment : comme victime de l'ostracisme des médias. On l'interdit de télévision, de parole. Et qui l'interdit? Pas Ségolène Royal dont les collaborateurs se démènent pour trouver une solution (qu'ils auront sans doute trouvé lorsque vous lirez ce post), mais Nicolas Sarkozy, celui-là même qui traîne derrière lui, depuis des semaines, des mois, plusieurs casseroles médiatiques : licenciement du patron de Paris-Match, agressions verbales à l'égard des journalistes et de la direction de FR3, amitiés avec les dirigeants des trois grands groupes de média française : Lagardère, Bouygues et Dassault… Si l'on avait voulu illustrer les dangers du contrôle d'un clan sur les médias, on ne s'y serait pas mieux pris. Et c'est toute la campagne de redressement de l'image du candidat UMP, cette opération cosmétique qui vise à effacer ces angles trop rugueux, qui s'en trouve compromise. Il nous fait des risettes à la télévisions, mais derrière les écrans, il se comporte en grand méchant loup.

On peut deviner que Bayrou ne lâchera pas le morceau et que Ségolène Royal ne manquera pas une occasion d'enfoncer le clou. Tous deux ont là une belle occasion de tacler leur adversaire et, plus encore, un motif de se faire les yeux doux…

mercredi, avril 04, 2007

Qu'est-ce qui ne passe pas chez Ségolène Royal?

Je lisais hier dans Libération (ou ailleurs, je ne sais plus très bien tant entre journaux, blogs… on lit de choses) un journaliste s'étonner du silence de la presse féminine qui ne soutient pas Ségolène Royal alors même qu'elle est l'archétype de ces femmes battantes qu'elles mettent en permanence en avant.

Ce silence est l'indice d'un phénomène plus général. Beaucoup de femmes et, notamment beaucoup d'électrices de gauche, ne se retrouvent pas dans Ségolène Royal. Elles la trouvent glaciale, dure… Ce matin encore dans Libération, une journaliste qui accompagne José Bové et se plaint de son manque de discipline dit : «Je suis obligée de faire ma Ségolène Royal, de gueuler et de tout cadrer.»

Ce malaise est certainement l'une des faiblesses de Ségolène Royal. Si les hommes l'accusent d'incompétence (et il y a là beaucoup de machisme), les femmes lui reprochent volontiers sa personnalité alors même qu'elle pourrait être (devrait être) un modèle pour toutes celles qui ont de l'ambition, qui veulent faire carrière, qui sont modernes et, plus généralement, pour toutes celles qui se battent pour obtenir la place qu'elles méritent dans une société largement dominée par les hommes.

Cette difficulté tient probablement à sa personnalité. Dire cela, c'est entrer dans les eaux troubles de la psychologie et de la psychanalyse de bazar. Il me semble, cependant, à écouter plusieurs de ces femmes qu'elles reprochent au fond à Ségolène Royal sa figure maternelle. Elle prend à rebours les idées dominantes en matière d'éducation des enfants, elle met en avant des valeurs (l'effort, le travail, le donnant-donnant…) dont la plupart des femmes se méfient lorsqu'elles élèvent leurs enfants, des valeurs qu'elles reprochent souvent à leur mère d'avoir mises en avant.

Tout se passe comme si au fond ces femmes que Ségolène Royal met mal à l'aise lui reprochaient de trop ressembler à leur mère. Et l'on sait les relations difficiles que des filles peuvent entretenir avec leur mère.

Je vous avais averti, on n'est pas loin de la psychologie de bazar.

vendredi, mars 16, 2007

Convaincante!

Lors de la dernière élection présidentielle, les commentateurs demandaient à Lionel Jospin de fendre l'armure. C'est ce qu'a fait hier soir Ségolène Royal dans une prestation efficace, de qualité dont avaient disparu plusieurs de ses faiblesses, notamment le coté mécanique de certaines de ses réponses et ses maladresses verbales. Est-ce l'effet de l'apprentissage (auquel cas, elle apprendrait rapidement), mais elle était à l'aise sur tous les sujets, concrète, déterminée et comme toujours émouvante lorsque son projet renvoie à son histoire personnelle (ce mélange si original de révolte et de besoin d'autorité qui lui donne une vraie authenticité lorsqu'elle parle de la jeunesse et de son projet pour la France).

Seul moment un peu délicat : lorsqu'on lui a posé des questions techniques sur les impôts. Elle a botté en touche ou, plutôt, renvoyé à son gouvernement, mais a-t-elle eu tort? Elle a en tout cas mis le doigt sur une difficulté de cette campagne : comment se positionner comme candidat à la Présidentielle sans tomber dans le programme de gouvernement?

Cette émission réussie peut contribuer à faire tomber les questions sur ses capacités à gouverner. Moins par sa réussite que parce qu'elle a mis en évidence une réelle capacité à s'améliorer, à s'imposer face au Parti Socialiste, à s'émanciper et à prendre de la hauteur.

vendredi, mars 09, 2007

Pourquoi Ségolène Royal passe-t-elle si mal auprès des couches supérieures?

Tout le monde l'a observé, Ségolène Royal passe mal, très mal auprès des classes moyennes supérieures diplômées devenues le coeur de l'électorat du PS qui avaient plébiscité, lors des primaires socialistes Dominique Strauss-Khan. Ce sont ces classes moyennes aisées et cultivées qui lui font un procès en incompétence, qui rient de ses bévues (qui les grossissent parce qu'après tout, Sarkozy en fait autant et qui n'en ferait pas dans ce genre de compétition?) et de ses tailleurs blancs.

Lorsqu'on lui en parle, l'intéressée parle de machisme, explique que les femmes doivent faire deux fois plus d'efforts que les hommes. Toutes choses exactes, mais ces mêmes couches aisées aujourd'hui si sévères ne lui étaient pas hostiles au début de la campagne. Le machisme n'explique donc pas tout.

Il me semble que l'on peut dater le décrochage des déclarations de François Hollande sur les impôts. En fixant la barre à 4000€, ce qui est beaucoup pour une majorité de Français, mais pas énorme pour ces classes aisées pour lesquelles cette réflexion a sonné un peu comme une déclaration de guerre. Non qu'ils soient opposés au paiement d'impôts, mais ils ont le sentiment (pas forcément faux) de contribuer plus que leur part au financement des dépenses collectives. Cette remarque de François Hollande était en phase avec le choix stratégique de Ségolène Royal de viser les classes populaires qui ont manqué à Jospin en 2002, mais c'était laisser un espace vide au centre que Bayrou a su habilement exploiter.

Ont également joué deux facteurs :

- la volonté d'être concrète, proche des gens, genre dans lequel Ségolène Royal excelle, mais qui lui interdit de faire rêver. L'utopie est rarement pragmatique, or les classes aisées préfèrent l'utopie qui leur permet de continuer de profiter de leur confort aux mesures concrètes qui peut les gêner au quotidien,

- l'absence de programme culturel qui parle à ces classes moyennes qui sont en les premiers consommateurs. Elle aurait dû demander à Jack Lang des conseils dans ce domaine.

J'y ajouterai un défaut personnel : il manque à Ségolène Royal comme à beaucoup de femmes qui se sont battues pour arriver là où elles sont cette "élégance" intellectuelle que l'on retrouve, sous des formes différentes, chez Fabius, Giscard, Straus-Khan, Lang ou Villepin. Elle n'a pas cette facilité, cette grâce dans les échanges d'idées que possède celui qui sait, depuis la plus petite enfance qu'il est un peu supérieur aux autres. Ce n'est pas qu'elle manque d'humour, elle en a manifestement beaucoup, mais on aimerait qu'elle sache faire croire, comme faisait si bien François Mitterrand, qu'elle peut un instant s'évader pour aller admirer une cathédrale, écouter un concert, se promener seule dans un musée, rêver… Cette absence de toute désinvolture lui donne parfois un aspect autoritaire et sec qui la dessert (je pense à cette scène prise dans un aéroport au proche-orient, elle croise Françoise de Panafieu, ne la voit pas ou fait semblant de ne pas la voir, et lorsque celle-ci l'interpelle, elle refuse de lui répondre).

A tout cela, Ségolène Royal peut opposer de véritables qualités : une formidable détermination, une approche originale des problèmes, une réelle capacité d'écoute et une force de conviction qui frappe au milieu d'interventions médiocres. Je pense à ce qu'elle disait hier, sur Canal +, sur l'importance de savoir dire non pour construire sa vie, moment étonnant de vérité où on la sentait toute entière dans ce qu'elle disait. Il y a chez cette femme quelque chose d'authentique que l'on rencontre rarement chez les hommes politiques. Elle sait faire parler son coeur, ce qui la distingue certainement de Nicolas Sarkozy chez lequel on soupçonne toujours le spécialiste en marketing qui calcule les mots qui peuvent séduire.

jeudi, mars 01, 2007

Des intellectuels s'engagent pour Ségolène Royal

Le Nouvel Observateur publie une pétition d'intellectuels en faveur de Ségolène Royal. Texte classique dont le rôle dans la campagne est un peu indéfini.

S'il s'agissait de montrer que les soutiens de Ségolène ont plus de classe, de talent et de diplômes que ceux déclarés de son adversaire (de doc Gynéco à Johnny en passant par Steevy), c'est réussi mais était-ce vraiment nécessaire?

S'il s'agissait de montrer que les intellectuels s'engagent, c'est là encore réussi, mais ce qui frappe, à lire la liste, c'est le nombre de signataires dont on n'a jamais entendu parler. Ce qui veut probablement dire que les intellectuels sont rentrés dans les souterrains, qu'ils n'occupent plus le devant de la scène envahi par des journalistes, des comédiens, des chanteurs, des gens qui ne correspondent pas forcément à ce qu'on appelait autrefois les intellectuels.

S'il s'agissait de faire parler du Nouvel Observateur qui investit, semble-t-il, moins dans les sondages que ses confrères, c'est également réussi, mais n'est-ce pas un peu dérisoire?

Il y a dans cette pétition comme un goût de cendre… ou plutôt, comme un goût de cigarette qui n'est plus qu'un souvenir depuis que l'on a cessé de fumer.

vendredi, février 16, 2007

Bayrou ou la stratégie du dindon… de la farce

L'hypothèse du troisième homme qui verrait Bayrou (et non pas Le Pen) au second tour face à Sarkozy (l'hypothèse qu'il se retrouve face à Ségolène Royal n'est aujourd'hui envisagée par personne) étant de plus en plus souvent évoquée dans la presse, il convient de s'interroger sur ce qui pourrait se passer dans cette hypothèse.

Bonne nouvelle pour François Bayrou : il aurait de bonnes chances de l'emporter, les électeurs de gauche qui ne veulent surtout pas de Nicolas Sarkozy et qui lui sont gré de ses attaques contre l'actuel gouvernement s'ajoutant aux électeurs de droite qui ne veulent pas non plus du ministre de l'intérieur à L'Elysée, cela pourrait faire une majorité anti-sarko. Mais une fois élu que fera-t-il?? ou, plutôt, que pourra-t-il faire?

Dans la foulée des élections présidentielles, il doit y avoir des élections législatives qui seront certainement très disputées, chaque camp voulant rattraper une élection perdue pour les uns par la faute d'une candidate maladroite, volée pour les autres par des chiraquiens revanchards. Sans doute verra-t-on quelques seconds couteaux rejoindre à toute vitesse l'UDF, mais les pesanteurs de la politique sont telles que la bataille se jouera entre le PS et ses alliés et l'UMP.

Quelque que soit celui qui l'emporte, François Bayrou sera amené à choisir le patron de la formation gagnante qui fera, naturellement, la politique pour laquelle il aura été élue. Et Bayrou pourra se retirer à l'Elysée en dindon de la farce condamné à jouer les rois fainéants.

Pour qu'il en aille autrement, il faudrait que les deux partis soient à égalité, qu'il y ait autant de députés d'un coté que de l'autre, que la solution soit si inextricable qu'il n'y ait, comme en Allemagne il y a quelques mois, d'autre solution qu'un gouvernement d'union nationale. Avouons que c'est peu probable et que l'on ne voit pas bien qui pourrait le diriger, le seul ayant autorité et légitimité pour le faire étant, du fait de son élection, à l'Elysée. Là encore, François Bayrou serait le dindon de la farce.

Cette impasse stratégique est le fait de nos institutions. Bayrou ne pourrait donc s'en sortir qu'en les changeant rapidement, en organisant, par exemple, un référendum sur une sixième république qui modifierait les règles du jeu, réduirait le rôle des grands partis et faciliterait l'émergence de forces centristes. Des élections législatives à un seul tour avec une forte dose de proportionnelle pourrait être l'une de ces solutions…

mercredi, février 14, 2007

Le mépris de Bernard Tapie

Le Monde publie ce soir sur son site une interview de Bernard Tapie qui respire le mépris de Ségolène Royal (et avec elle des femmes) et des électeurs à un point qui laisse presque sans voix. Quelques extraits :

- "Le "je" utilisé en permanence m'inquiète car en bordurant, comme elle semble le faire, les DSK, Fabius, Jospin et autres Kouchner, elle rend son inexpérience personnelle plus flagrante et dangereuse. Tu ne gagnes pas la Champion's League avec une équipe de deuxième division ! Or mis à part [Jean-Louis] Bianco [directeur de campagne de Ségolène Royal], ce ne sont pas ceux qui l'entourent aujourd'hui qui pourront lui permettre de surmonter les difficultés que la France connaît."

- "Elle a été ministre, députée, elle est présidente de région, et elle ne sait pas de quoi souffrent les gens? Mais on ne construit pas la France de l'avenir en faisant le tour des cafés du commerce, en réunissant deux cents à trois cents pékins dans un préau pour leur demander quels sont leurs problèmes. Ces débats participatifs, c'est le contraire de ce que réclament les gens en souffrance, ils veulent des réponses, des solutions."

- "Les socialistes ont choisi Ségolène Royal, exclusivement sur la foi des sondages. Ce n'était pas mon choix : tu ne passes pas de journaliste à La Montagne à directeur de la rédaction du Monde. Ça ne remet pas en cause son intelligence, sa bonne foi, mais il y a des responsabilités qui ne s'improvisent pas. Pour être le premier des français, il faut avoir accompli un autre parcours."

Tout cela est détestable, grossier et antipathique (les journalistes de la Montagne, les gens qui ont participé aux réunions participatives, ceux, tous ceux qui ont une opinion et ont envie de la faire entendre apprécieront). Mais Tapie n'est pas le seul. Beaucoup d'autres ex-Mitterandistes se sont prononcés pour Nicolas Sarkozy. J'ai même entendu Roger Hanin expliquer qu'il voterait pour lui parce que c'était un homme de gauche (oui! de gauche!).

Je sais bien qu'Hanin n'est pas un analyste politique de premier plan, mais cela laisse tout de même rêveur. Que des gens plutôt bien informés puissent prendre pour un homme de gauche un candidat qui propose de supprimer l'impôt sur les successions, une mesure conservatrice s'il en est une, fait douter de notre intelligence ou de notre bon sens : sommes-nous donc si naïfs qu'il suffit de citer les noms de Jaurès ou de Blum dans un discours pour être qualifié d'homme de gauche? Si c'est cela être de gauche, alors ce mot n'a plus beaucoup de sens.

lundi, février 12, 2007

L'étonnant discours de Madame Royal

Le discours du 11 février de Ségolène Royal a été bien reçu par les militants socialistes et, de manière plus générale, par la presse. Ses bévues, le procès en incompétence sont oubliés. Il faut, cependant, le lire de près pour voir que, s'il est socialiste, comme l'a affirmé François Hollande, il l'est de manière peu conventionnelle.

Il commence, ce qui n'est pas banal, par un long développement sur la dette et sur les entreprises, notamment les PME, avec une proposition qui semble provenir directement des débats participatifs sur un système de caution mutuel qui évite aux patrons de PME d'offrir des garanties sur leurs biens personnels lorsque leur entreprise rencontre des difficultés. Je ne suis pas sûr que cela convainque beaucoup de patrons de PME de voter pour Ségolène Royal (d'autant que les médias n'ont pas beaucoup relayé cette proposition), mais cela indique une approche nouvelle de la société pour une socialiste : non seulement les fonctionnaires et les travailleurs ne sont plus les seuls dont elle se préoccupe mais elle a, de plus, une vision assez réaliste du monde des PME (beaucoup de patrons sont effectivement amenés à offrir leurs biens personnels en garantie lorsque leur entreprise va mal).

On aurait aimé qu'elle aille plus loin dans cette même direction et qu'elle aborde une autre question qui gêne les plus petites PME : celle du lissage des revenus pour éviter les effets de ciseau que connaissent tous ceux qui ont des revenus en montagnes russes (comme l'on paie des impôts sur les revenus des années précédentes, on peut se trouver pris à la gorge pour peu que l'on ait fait une bonne année suivie d'une ou deux mauvaise année, avec des impôts (et cotisations sociales) très élevés à payer les années où l'on a des revenus faibles. On aurait également aimé qu'elle approfondisse sa réflexion économique et qu'elle éclaire mieux les faiblesses de notre économie, avec quelques dizaines d'entreprises très puissantes, très compétitives (Michelin, Dassault, Lagardère, Bouygues; Aventis, Air Liquide, EDF, Renault, Peugeot…) qui ne créent plus d'emplois en France (leur expansion se fait à l'étranger) et une multitude de PME sous-capitalisées, sous-managées qui ne peuvent pas créer d'emplois parce qu'elles n'ont pas les moyens de la croissance. Mais un discours de candidat n'est pas un cours d'économie…

Ségolène Royal insiste également beaucoup sur la réforme de l'Etat, ce qui n'est pas forcément dans la tradition socialiste, elle fait une place très importante aux femmes et aux jeunes, notamment ceux des banlieues, plus présents dans son discours que les travailleurs. Elle insiste sur les logiques du donnant-donnant (des droits et des devoirs) qui dessine une approche nouvelles des valeurs de la gauche. Si elle a repris plusieurs des propositions du programme socialiste, elle n'a certainement pas mis son mouchoir dans sa poche et repris plusieurs de ses propositions antérieures (jurys citoyens, encadrement militaire, révision de la carte scolaire…). Qui peut dire qu'elle manque de caractère et de courage (car il en faut pour expliquer aux fonctionnaires que l'on va moderniser la fonction publique, pour dire aux enseignants que l'on va revoir la carte scolaire…)?

Socialiste, son discours? Peut-être, mais surtout ségoliniste, mais qu'il ait été bien accueilli par les militants montre que la révolution du Parti Socialiste est bel et bien engagée en profondeur. C'est ce que n'avaient sans doute pas vu ses concurrents malheureux au sein du parti socialiste.

dimanche, février 04, 2007

Les blogs, la rumeur

On a beaucoup dit que la blogosphère favorisait le développement de rumeurs. L'actualité récente fait penser que les choses sont un peu plus complexes. S'il est vrai que la blogosphère accélère la diffusion d'informations contrôlées, il faut ajouter qu'elle en modifie profondément la nature.

La blogosphère fait sortir la rumeur de l'univers des échanges verbaux, ce qui change beaucoup de choses :

- alors qu'il est à peu près impossible de savoir d'où vient la rumeur qui circule dans les conversations, il est relativement facile d'identifier les sources des rumeurs sur le web,

- alors qu'il est à peu près impossible de saisir la rumeur, invisible à qui n'est pas partie prenante des conversations, il est très facile d'accéder à la rumeur sur internet qui est écrite et au vu et su de tout le monde : la victime est plus tôt informée,

- alors que la rumeur verbale vaut par sa clandestinité, la rumeur sur internet, parce qu'elle est écrite, prend une existence nouvelle, l'écriture lui donne une existence nouvelle, elle peut être reprise dans la presse, ce qui donne aux victimes la possibilité de la combattre, de démentir de faire intervenir la justice, de prouver leur innocence.

Pour tous ces motifs, et à l'inverse de ce qui est souvent dit, internet ne multiplie pas les rumeurs, il en change la nature. On en a récemment eu, à l'occasion de la campagne présidentielle plusieurs exemples : les impôts de Ségolène Royal, ses amants…

Dans les deux cas, la publicité faite sur internet à des informations sans fondement a permis aux victimes de réagir très vite, de démentir des informations fausses, d'identifier les responsables de leur diffusion (des gens proches de l'UMP), de les dénoncer et, éventuellement, de les poursuivre en justice. Résultat : des rumeurs qui auraient pu circuler pendant des mois sans être démenties sont mortes dans l'oeuf.

lundi, janvier 29, 2007

Trou d'air

Une nouvelle formule a fait son apparition ces dernières semaines : le trou d'air, pour décrire les difficultés que rencontre Ségolène Royal. Etrange formule qui évite d'insulter l'avenir. Les trous d'air que l'on connaît lorsque l'on est en avion conduisent rarement à la chute, ils ne sont qu'un mauvais moment à passer. Tout se passe comme les socialistes avaient au moins gagné cette bataille des mots dans l'opinion et les médias : le recul de Ségolène Royal dans les sondages, les incidents qui se multiplient ne seraient donc pas si graves que cela…

Reste à comprendre ce qui se passe. Ce que l'on reproche à Ségolène Royal est pour l'essentiel, et quoique disent les gens de l'UMP, assez insignifiant. On n'y fait vraiment attention que parce qu'elle a choisi une stratégie qui ne laisse aucun os à ronger à ses adversaires. Sa démarche participative lui permet de retarder la présentation de son programme, de laisser le doute sur ce qu'elle présentera (le programme du PS, le sien, un mélange des deux?). Et en l'absence de vrais os à ronger, ses adversaires se précipitent sur ses bévues, n'hésitant pas, à l'occasion, à en fabriquer de toutes pièces. On les aura rapidement oubliées lorsqu'elle égrénera des propositions que ses adversaires pourront combattre. Reste que ces attaques répétées sur ces maladresses d'expression, ses à peu-près, ces formules prononcées un peu trop vite accréditent l'idée qu'elle serait incompétente ou pas à la hauteur, ce qui n'est pas très bon pour elle.

Les socialistes tout à la défense de leur candidate accusent leur adversaire de taper sous la ceinture, de faire une politique des boules puantes, ce qui est habile : l'affaire Clearstream, pour ne citer qu'un exemple très récent, a montré combien certains pouvaient utiliser de détestables méthodes pour faire de la politique. Et il n'est jamais bon de passer pour un mauvais joueur. Tant que Nicolas Sarkozy restera ministre de l'intérieur il leur sera facile de créer le doute et de suggérer qu'il utilise les moyens de l'Etat au service de sa carrière et de sa campagne.

On objectera que ce n'est pas nouveau. Ce qui n'est pas faux. Ce qui l'est, par contre, c'est que même le ministre de l'intérieur ne puisse plus faire ses coups en douce. L'article du Canard Enchaîné qui révélait l'enquête des Renseignements Généraux sur le collaborateur de Ségolène Royal était d'une impitoyable précision. Il ne racontait pas une rumeur mais donnait les noms des fonctionnaires responsables de l'opération. Même dans les services de police les plus discrets, il n'y a plus de secrets. Cela ne fait que confirmer une tendance que l'on observe depuis quelques années.

Dans l'affaire Clearstream, on a vu un général, présenté comme une vedette des services de contre-espionnage, habitué donc, a priori, à travailler dans l'ombre, tout raconter à des juges. Il y a quelques années, on avait vu comment un secret d'Etat (les liens présumés de Charles Hernu et des services secrets des pays de l'Est) était tombé entre les mains des journalistes. Les mésaventures de Chirac et de ses valises de billet se situent dans la même logique : on ne peut plus tenir, dans nos sociétés modernes, de secret. Et avec le secret, c'est l'espace privé de chacun qui se rétrécit comme peau de chagrin, comme dans cette conversation téléphonique sur la Corse avec un humoriste…

Je ne suis pas sûr que les politiques, même les plus modernes, aient pris conscience de ce que cela implique. Je ne suis pas sûr non plus que nous ayons collectivement beaucoup à gagner à cette transparence de tous les instants. D'un coté, elle peut nous permettre d'exercer un contrôle plus serré sur les élus, mais de l'autre, elle rend plus difficile toute action politique qui suppose réflexion, maturation des idées et un peu de liberté dans leur expression…

lundi, novembre 20, 2006

Ségolène, les profs et les 35 heures…

Il faut regarder la vidéo vue par plusieurs centaines de milliers de personnes dans laquelle Ségolène Royal parle des 35 heures des profs, il faut voir les sourires narquois de ses voisins, son air calme et déterminé pour comprendre sa popularité et sa victoire. Quel parent (de gauche, de droite, du centre…) peut aller contre ce qu'elle dit? Ce qui la distingue de ses voisins, et de beaucoup de la classe politique est qu'elle dit des choses de bon sens, que beaucoup ont pensé et qu'elle le fait sans se soucier des calculs politiques (les syndicats sont contre, soit, hé bien signons un pacte avec eux pour pouvoir agir…).
Paradoxalement, je pense que cette vidéo clandestine mais largement diffusée l'a doublement servie :
- en montrant qu'elle avait des idées et qu'elle n'hésitait pas à les afficher même devant un public timide, ironique,
- en confirmant qu'elle ne participait pas au jeu politicien et que les politiques et les journalistes faisaient souvent beaucoup de bruit pour pas grand chose.

jeudi, novembre 16, 2006

Ségolène Royal, les enseignants et les 35 heures

La diffusion sur internet d'une vidéo montrant Ségolène Royal défendant les 35 heures pour les enseignants a certainement été organisée pour le porter tort. On ne sait par qui, même si certainns soupçonnent l'UMP. Mais peu importe. Il ne faudrait pas que ce petit mystère interdise de s'interroger sur la proposition.

Il y a quelques jours, le Monde indiquait que tous les acteurs de l'Education à l'exception des syndicats d'enseignant, tous les ministres en avaient révé. Et l'on comprend pourquoi lorsque l'on apprend que le chiffre d'affaires des petits cours représente 900M€ par an, soit 150€ par lycéen, sachant naturellement que l'enseignement à domicile concerne plus les familles aisées que les familles modestes. Ces dépenses progresseraient de 5 à 10% par an d'après cette note d'Emeric Burin des Roziers sur Débat 2007.

Tout cela devrait inviter à prendre au sérieux la proposition de Ségolène Royal. S'il est vrai qu'elle parait d'une mise en oeuvre difficile, elle offre une piste de réflexion. Pourquoi, par exemple, ne pas demander aux enseignants qui le souhaitent de consacrer quelques heures de plus à des enseignements en petits groupes pour le soutien des élèves en difficulté contre un complément de rémunération?

dimanche, novembre 12, 2006

Les jurys citoyens de Ségolène Royal et John Rawls

Les jurys citoyens de Ségolène Royal font couler beaucoup d'encre (par exemple ici). Ils suscitent en général beaucoup d'hostilité, mais on sent, même chez les plus critiques, l'intuition que derrière cette proposition, il y a une vraie question : les citoyens ne se sentent plus vraiment ou pas complètement représentés. Sans aller jusqu'à dire que notre démocratie est en crise, les symptomes d'un mal-être sont nombreux :
- la dispersion des voix lors du premier tour de la précédente élection présidentielle sur une myriade de petits candidats, l'importance des abstentions et le nombre élevé de gens qui ne sont pas inscrits sur les listes électorales indique que beaucoup ne se reconnaissent pas dans les candidats et dans leurs programmes,
- la crispation à l'égard de l'Europe que personne ne juge vraiment démocratique (pour avoir essayé il y a quelques années de le montrer dans un document qui m'avait été commandé par la Commission je peux témoigner qu'il faut beaucoup se creuser les méninges pour trouver les institutions européennes démocratiques au sens classique du mot) témoigne de l'exaspération de beaucoup à l'égard de ces systèmes où l'on se préoccupe moins des désirs des citoyens que des rapports de force entre groupes de pression et lobbies.

Notre politique se fait aujourd'hui au croisement de quatre sources :
- les sondages qui auscultent régulièrement l'opinion,
- les avis d'experts,
- les élections,
- l'action de communication des lobbies et groupes de pression.

En introduisant des jurys citoyens, Ségolène Royal en propose une nouvelle. Ces jurys seraient, nous dit-elle, composés de gens tirés au sort (un peu à la manière des jurys d'assise ou des responsables de la cité dans l'antiquité grecque). Elle a précisé que les jurys n'étaient pas forcément là pour condamner (elle a, à ce propos, fait allusion aux jurys littéraires). On peut compléter :
- ils ne seraient pas représentatifs de l'opinion comme le sont les sondages,
- ils n'auraient pas la compétence des experts,
- ils n'auraient pas la légitimité des élus,
- ils n'auraient pas les intérêts des lobbies.

Est-ce que cela les déconsidère? pas forcément. Ces jurys me rappellent ces assemblées réunies sous un voile d'ignorance qu'imaginait John Rawls pour créer une société juste. Des gens qui ne sachant pas ce que serait leur place dans la société qu'ils concevaient ne pouvaient que concevoir une société juste. Utopie? Sans doute, mais qui met le doigt là où cela fait mal : le sentiment d'impuissance et d'injustice de beaucoup de citoyens qui ont le sentiment que la politique se fait en dehors d'eux et que les décisions prises le sont sans souci de la justice.