jeudi, novembre 30, 2006

Ségolène ou Sarko, histoire de prénoms

On pourrait dire "Royal" et "Nicolas", mais ce n'est pas ce que l'on fait, on dit "Ségolène" et "Sarko" ou "Sarkozy". La manière dont on nomme les politiques n'est pas indifférente. II y a ceux dont on détourne le nom : lorsque l'on entendait prononcer "Mitrand" au lieu de "Mitterrand", on savait que l'on avait immédiatement affaire à un homme de droite plutôt à la droite de la droite. Il y a ceux dont le nom devient support d'un substantif, comme De Gaulle, qui a donné naissance au gaullisme ou Giscard au giscardisme. On remarquera, à propos de Giscard, qu'un peuple républlicain n'a pas manqué de l'amputer de sa particule (volée, volée ou plutôt achetée, dit-on, ce qui a sans doute contribué en son temps à son succès : il en a toute l'apparence, mais il n'en est pas vraiment, je veux dire de l'aristocratie).

Mais revenons à Ségolène et à Sarkozy. On dit parfois "Ségo" pour Ségolène, abréviation qui tient à la longueur de son prénom et à l'influence de "Sarko". Ces deux diminutifs riment, ce qui fait sourire. Mais pourquoi l'une a-t-elle droit à son prénom et l'autre à son patronyme?

On peut imaginer plusieurs hypothèses :

- la première vaguement psyschanalytique. Ségolène Royale a beaucoup raconté sa jeunesse et son père militaire brutal et hyper-viril. Barrer son patronyme pourrait être une manière de la venger. Nous sommes solidaires de la jeune fille en souffrance et nous le marquons en l'amputant du nom de son père ;

- autre hypothèse vaguement psychanalytique : nous sommes républicains et un peu gênés par ce patronyme qui nous rappelle un cadavre dans le placard de notre histoire. Non que nous regrettions le roi, mais la guillotine… bof, bof…

Des féministes pur(e)s et dur(e)s pourraient être choqué(e)s et y voir une forme discrète de discrimination. Auraient-(ils)elles tort? Je n'en suis pas certain. On peut analyser cette familiarité comme une manière ne pas vraiment prendre au sérieux cette femme candidate (celle-ci ou n'importe quelle autre). Mais si l'on s'en tient à cette ligne de réflexion, il faut se demander si toutes les femmes sont traitées de la même manière.

Je ne me souviens pas qu'on ait, à droite, parlé de Simone, Michèle ou Françoise (pour cette dernière, on a souvent entendu dire "la Panafieu" ce qui suggérait des informations particulières et pas forcément aimables (ni avérées), sur la vie sentimentale de la dame). A gauche, c'est un peu plus compliqué. Personne n'a jamais appelé Guigou "Elizabeth", il est vrai qu'elle est plutôt du genre glacial, mais j'ai entendu à plusieurs reprises appeler Martine Aubry, "Martine", sans que ce soit un signe de familiarité. Et comme personne ne l'a jamais accusée de manquer d'intelligence ou de compétence ni d'être excessivement féminine, c'était une manière particulièrement perverse de la dégommer.

Pour Ségolène Royal, les choses sont plus subtiles. Les socialistes, lors de leur campagne interne, se sont appelés par leur prénom, une manière comme une autre de dédramatiser leur concurrence, de lisser les oppositions. Laurent et Dominique ont débattu avec Ségolène, ce qui lui a donné un air de familiarité qui n'était pas évident. Mais qui, dans le public, dit Laurent ou Dominique? Le seul homme politique qui ait, me semble-t-il, un prénom est François Hollande, mais peut-être est-ce parce que nous nous glissons dans la chambre du couple qu'il forme avec "la Royal" (jamais entendu, il est vrai que toute belle qu'elle soit, elle n'inspire guère la gaudriole) et que nous nous mettons à lui parler comme Ségolène fait (enfin, j'espère!).

On peut d'ailleurs penser que l'on dit d'autant plus volontiers Ségolène qu'il est toujours un peu étrange d'entendre Hollande (vous remarquerez que le prénom manque) dire "Ségolène Royal". Imagine-t-on le ridicule d'un Jacques Chirac parlant de sa femme et disant : "Madame Chirac"? Même Georges Marchais s'en était gardé lors de ce bel épisode où il avait commandé à son épouse, dont j'ai oublié le prénom, de faire les valises et de rentrer à Paris (merveille de l'internet, je fais sur Google "Marchais + valises" et je trouve le prénom : son épouse s'appelle Liliane, c'était en 1980 et il s'agissait du programme commun).

Ce prénom rare et un peu précieux (vous connaissez beaucoup de femmes de 50 ans qui s'appellent Ségolène? les parents qui donnaient ce prénom à leur fille dans les années 50 se comptaient sur les doigts d'une ou deux mains comme en témoignent ces statistiques) la protège de trop de familiarité : Martine, Catherine ou Geneviève auraient été moins efficaces. Merci papa Royal!

Mais est-ce que cette familiarité va l'aider dans la campagne présidentielle? Sans doute. Cela devrait l'aider à adoucir l'image un peu rude qu'elle donne volontiers d'elle-même et ringardiser un peu plus un Sarkozy dont l'image ressemble de plus en plus à celle de cet "agité du bocal" dont parlait dans un tout autre contexte Céline (Louis-Ferdinand).

1 commentaire:

Alain a dit…

Dès le surlendemain de la désignation de Ségolène Royal, le journal du dimanche faisait paraître un sondage selon lequel 37% des personnes interrogées déclaraient choisir Ségolène Royal parce que c’est une femme; Loin devant toutes autres considérations. La mère Denis vedette médiatique elle aussi en son temps, aurait tout aussi bien pu faire l’affaire. Segolène c’est aussi un peu Magalie de la star academy. Rappelons-nous. La production faisait tout pour sortir Magalie de l’émission mais à chaque fois, par jeu et tout à son esprit frondeur, le public la sauvait par ses votes. Mais le public n’était pas dupe sur les qualités de la gagnante et à la fin du jeu, quand l’album fut dans les bacs, ce même public l’abandonna. Il se pourrait que Ségolène Royal soit la prochaine victime du syndrome de Magalie.
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