lundi, décembre 13, 2010

L'Amérique, la France les immigrés

Wikileaks a publié un rapport secret de l'Ambassades Etats-Unis à Paris qui donne une image de l'action des Etats-Unis en Europe à des lieues de celle que véhicule depuis cinquante ans l'anti-américanisme. Bien loin d'être l'allié de la droite la plus bornée, l'ambassade américaine s'inquiète des difficultés de la société française à intégrer les immigrés. Elle y voit une des sources des tensions à venir et veut aider à les éviter. Ingérence dans les affaires françaises, il y a certainement, mais là où on ne l'attendait pas même si quelques articles publiés dans la presse il y a quelques mois (comme ici ou ), articles sans doute soufflés aux journalistes par l'Ambassade, nous avaient prévenus. Mais voici quelques extraits d'un câble rédigé en janvier dernier qui éclairent cette politique :

-"We believe that if France, over the long run, does not successfully increase opportunity and provide genuine political representation for its minority populations, France could become a weaker, more divided country, perhaps more crisis-prone and inward-looking, and consequently a less capable ally. To support French efforts to provide equal opportunity for minority populations, we will engage in positive discourse to set a strong example; implement an aggressive youth outreach strategy; encourage moderate voices; propagate best practices; and deepen our understanding of the underlying causes of inequality in France. We will also integrate the efforts of various Embassy sections, target influential leaders among our primary audiences, and evaluate both tangible and intangible indicators of the success of our
strategy."

- "The National Assembly, among its 577 deputies, has a single black member from metropolitan France (excluding its island territories), but does not have any elected representatives of Muslim or Arab extraction, though this minority group alone represents approximately 10 percent of the population. The Senate has two Muslim Senators (out of 343), but no black representatives and only a few Senators hail from other ethnic or religious minorities. (…) none of France's approximately 180 Ambassadors is black, and only one is of North African descent. Despite Sarkozy's appointment of leaders such as Rachida Dati, Fidela Amara and Rama Yade, minorities continue to confront a very thick glass ceiling in France's public institutions."

Cet intérêt n'est sans doute pas innocent. Les Etats-Unis sont engagés dans une bataille longue contre le terrorisme islamiste et voient dans le mécontentement de communautés immigrées musulmanes mal traitées une source de problèmes : constitution d'une classe de révoltés susceptibles de s'enrôler dans des mouvements radicaux et d'autant plus difficiles à contrôler qu'ils ont la nationalité de pays amis et ne peuvent être facilement refoulés. "Social exclusion, écrit l'auteur de ce câble, has domestic consequences for France, including the alienation of some segments of the population, which can in turn adversely affect our own efforts to fight global networks of violent extremists." Comment lui donner tort?

Nos politiques de droite qui flirtent si souvent avec l'islamophobie seraient bien inspirés d'écouter ce qu'ont à leur dire ces diplomates et de prendre modèle sur la politique en sept points que ce câble décline en sept points :
- engage in a positive discourse,
- set a strong example,
- launch agressive youth outreach,
- encourage moderate voices,
- propagate best practices
- deepen our understanding of the problem,
- integrate, target and evaluate efforts.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Monsieur,

La phrase de Hirshman en exergue de votre blog m'apparaît ce soir comme une invite à vous proposer un contradicteur afin de poursuivre la réflexion entamée.

Elle ne m'apparaît pas d'aloi, en ceci, qu'empressée de sanctionner la charité, elle fait fi de sa justification. L'US Embassy in Paris n'à que faire de prévenir les tensions à venir -en cela qu'elles ne se profilent qu'épisodiques et épiphénomènales- pour la simple raison, mais ici omise, qu'il s'agit des Etats-Unis d'Amérique, ayant donc un agenda qui diffère du nôtre. Dans quelle mesure?
Pour ma part le ROI d'une telle action ne vise qu'à fidéliser une population, par l'intermédiaire de rapports cordiaux. Cela est d'autant plus aisé quand la misère se mêle au peu d'attachement pour une terre (justifié ou non) et fait de ces immigrés une population à favoriser pour balancer l'influence de la bête noire des Etats-Unis en France (Cf. Vincent Jauvert): les nationalistes, les patriotes, les souverainistes,appelons-les comme bon nous semble...
Se profilant ainsi dans la droite ligne de leur politique étrangère (Cf. Le mythe Jean Monnet, Marc JOLY, CNRS éditions), les Etats-Unis subventionnent, accompagnent et/ou promeuvent les groupements, les individus, les associations et les idées les plus prompt à abdiquer les moyens de leur autonomie nationale en reconnaissant la nécessité d'un recours à la puissance étasunienne. Ainsi François Fillon et Nicolas Sarkozy disposèrent-ils tous deux, jeunes hommes, de bourses d'études de la part du gouvernement américain.
C'est pourquoi l'étonnement (" Bien loin d'être l'allié de la droite la plus bornée, l'ambassade américaine s'inquiète des difficultés de la société française à intégrer les immigrés")qui est le votre me semble malvenu en cela qu'il néglige la constance des intérêts américains sur le territoire français et conçoit un agent intéressé comme altruiste, confinant ainsi à l'ingénuité.

Approuver si vite l'ingérence américaine démontre à quelle point sa justification ("We believe that if France, over the long run, does not successfully increase opportunity and provide genuine political representation for its minority populations, France could become a weaker, more divided country, perhaps more crisis-prone and inward-looking, and consequently a less capable ally. ")fonctionne en se confondant insidieusement sur des attentes, des revendications et des recommandations qui sont depuis longtemps présentes en France. Et obtient par mimétisme ce que la contrainte n'aurait pu leur fournir.

Les préoccupations n'ont rien d'original sinon qu'elles émanent des états-unis. Qui ont d'autant plus beau jeu d'adopter cette position que le débat fait rage depuis longtemps. A ce titre, le 6eme point a sciemment été rendu impossible par les autorités françaises (non-conformité à l'article 63 de la Constitution ; Conseil Constit. Décision du 15 novembre 2007). Qu'il me soit permis de supposer qu'il ne s'agit pas d'un hasard. Sans d'ailleurs préjugé du bien fondé des objectifs qui la sous-tendent, simplement remarquer l'opposition des politiques promues.

Dans l'attente de votre réaction, je vous prie, monsieur, d'agréer mes cordiales salutations,

E.L.

Étienne a dit…
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