mercredi, juin 22, 2011

De DSK à Georges Tron, deux figures du harcèlement sexuel

Les affaires DSK et Georges Tron, les accusations portées contre ces deux politiques qui sont peut-être (qui sait, après tout?) innocents, illustrent deux formes assez différentes de déviance sexuelle.

Il y a chez DSK qui sort nu de sa salle de bain pour agresser une femme qu'il n'a jamais vue (si, encore une fois, il est coupable) quelque chose de la brute que rien ne retient. Et comme l'on sait, par ailleurs, que ses collaborateurs lui avaient recommandé la plus grande prudence, son comportement illustre jusqu'à la caricature ce qu'Aristote appelait l'akrasia, qu'on traduit en général en français par incontinence mais que les philosophes américains qui se sont intéressés à la question appellent plutôt "faiblesse de la volonté" : je sais que je ne dois pas faire ceci ou cela,  je le sais vraiment, je ne l'oublie pas et cependant je le fais.

Chez Georges Tron (s'il est, encore, une fois coupable, ce que j'ignore), on est plutôt dans l'exploitation d'un de ces mécanismes d'ancrage (ou de pied dans la porte) qu'ont étudié les psychologues. Il y a une étude célèbre souvent répétée qui consistait à envoyer des étudiants mendier. Dans le premier protocole, ils doivent demander aux gens qu'ils rencontrent : "t'as pas un euro?" Dans le second, ils commencent par demander l'heure, ce que les passants leur donnent volontiers, puis ils demandent qu'on leur prête un peu d'argent pour passer un coup de téléphone à l'amie avec laquelle ils ont rendez-vous. Et l'on compare leurs recettes à la fin de la journée. Le deuxième protocole est infiniment plus efficace : qui a dit une première fois oui dit plus facilement oui une deuxième fois. Or, les jeunes femmes que Tron a harcelées ont d'abord accepté qu'il leur caresse les pieds, de là à glisser une main un peu plus haut sous leur jupe… il n'y a qu'un pas qu'il leur est difficile de refuser.

Autre différence : DSK ne joue, au pire, que de sa force physique, sa position sociale, sa richesse, sa situation hiérarchique n'est à aucun moment sollicitée pour convaincre la femme de chambre qui, semble-t-il, ignorait tout de ses hautes fonctions. A l'inverse, Georges Tron en use et abuse. Les jeunes femmes qu'il harcèle peuvent craindre de perdre leur emploi, voire, ce qui est pire, la garde de leur enfant.

Je ne sais lequel est le plus coupable. Mon intuition me dit que le comportement de Georges Tron, s'il est avéré, est plutôt pire en ce qu'il repose sur un calcul alors que celui de DSK semble plus "spontané", mais ce n'est qu'une intuition. Reste que nous sommes bien confrontés à deux comportements assez différents. Est-ce que ce sont les deux seules figures du harcèlement sexuel? Y en a-t-il d'autres? D'autres affaires nous permettront peut-être de le dire.

2 commentaires:

Arthur Goldhammer a dit…

Mais DSK a déjà plaidé coupable, en quelque sorte, à un harcèlement du type Tron, pour utiliser votre distinction: son aventure avec son collègue du FMI, qui a parlé, elle, d'une "contrainte de la part de son supérieur hiérarchique." Le FMI a choisi de le blanchir.

Bernard G a dit…

Ce qui prouve que l'on peut pratiquer les deux "stratégies". Il me semble, cependant, que le FMI avait dans cette première affaire blanchi DSK parce que la relation était consentie (avec de nombreux échanges de mails peu équivoques), ce qu'ont indiqué tant les enquêteurs du FMI qu'une société d'avocat.