dimanche, juillet 10, 2011

Martine Aubry et les 35 heures

Voilà que la droite relance le débat sur les 35 heures au plus grand plaisir de ses électeurs (voir, par exemple, Thierry Desjardins). Débat sans fin puisque voilà bientôt dix ans que la droite est au pouvoir et qu'elle aurait eu mille fois l'occasion de revenir dessus. Si elle ne l'a pas fait, c'est que c'est probablement impossible.

Dans sa dernière mouture, l'UMP propose de renégocier dans les branches le temps de travail. On imagine mal les syndicats revenir sur cette durée légale sauf à penser que les entreprises consentent en échange des hausses de salaire (de près de 12% si l'on revenait aux 39 heures, sans compter les cotisations sociales!). Mais peu importe, l'objectif est moins de modifier un temps de travail auquel les entreprises se sont adaptées sans vraies difficultés que de rappeler à ses électeurs, notamment aux chefs d'entreprise, commerçants, artisans et autres petits patrons, que cette mesure qu'ils ont tant détesté fut portée par Martine Aubry. La droite n'a pas oublié la manifestation qui a réuni, en 1999, à l'appel du MEDEF et de la CGPME, 25 000 patrons porte de Versailles contre Martine Aubry. Plus la campagne avancera, plus on y reviendra. Il faut dire que cette mesure est restée très impopulaire dans ces catégories même si les entreprises de moins de 20 salariés en sont aujourd'hui exonérées..

Cette impopularité durable des lois Aubry tient probablement à la manière dont cette opération a été menée. On parle beaucoup de réformes, on insiste souvent sur la difficulté de réformer, on le dit peu, mais les 35 heures sont un exemple de réforme doublement réussie : les entreprises ont, en moins de quatre ans, modifié profondément leurs méthodes de travail, et les objectifs poursuivis, la création d'emploi, ont été à peu près satisfaits (la réduction du temps de travail a permis de créer de 300 à 400 000 emplois et a relancé la croissance qui en a créé d'autres).

Cette réussite, mais aussi l'impopularité de ces lois Aubry, tient, je crois, à quelques facteurs :
- à la détermination de Martine Aubry qui n'a jamais varié au grand dam des grands patrons qui la connaissaient et pensaient, tel Jean Gandois, pouvoir l'assouplir,
- à la solidité du dispositif mis en place. On sait que les chefs d'entreprise se plaignent beaucoup de l'insécurité juridique en matière de droit du travail. Cette insécurité tient, pour l'essentiel, à ce que le droit se fait, non pas sur des textes, mais au terme d'un processus long au cours duquel les juges sont amenés à revoir, interpréter, éventuellement corriger les textes votés par le Parlement. La jurisprudence qui modifie lentement les textes gêne les entreprises dans la mesure où elles s'intéressent moins à l'esprit des textes qu'à la meilleure manière de les utiliser, de les contourner, d'y échapper. A la lecture d'un article du code du travail, un employeur ne se dit pas : "voilà ce que je dois faire" mais : "voilà ce que je risque si je ne fais ce qui est demandé." Or, les lois sur les 35 heures ont échappé à cette insécurité. Les textes étaient clairs, précis et ne prêtaient pas ou peu à contestation. La jurisprudence en a, pour l'essentiel, confirmé le contenu,
- à l'impossibilité pratique de contourner le dispositif comme c'est souvent le cas (pour ne prendre que cet exemple, l'embauche de salariés en CDD rend tout simplement caducs les plans de sauvegarde de l'emploi et les dispositifs en faveur de la Gestion prévisionnelle de l'emploi et des compétences introduits dans la loi de cohésion sociale de janvier 2005) : les entreprises ont du recruter alors même que toute leur politique consistait depuis des années à réduire leurs effectifs (d'après l'INSEE, les établissements de plus de 1 000 salariés, qui représentaient 23 % de l’emploi en 1979, n’en constituaient plus que 13 % en 1994!)
- à l'entrée en force de la loi et des salariés dans le domaine réservé des directions. Il faut avoir assisté à la fin des années 90 à des comités de direction ou à des conseils d'administration pour voir combien cela a hérissé les patrons.

C'est ce dernier point qui a, sans doute, le plus compté. Martine Aubry a, en effet, forcé les entreprises à revoir leur organisation avec les syndicats dans des négociations difficiles puisqu'il ne s'agissait pas seulement de donner quelques jours de congé supplémentaires aux salariés mais de revoir la distribution du temps travaillé dans les détails. C'est le coeur même de leurs règlements que les entreprises ont du retravailler avec les représentants des salariés, ce qu'elles n'avaient jamais fait. L'un des objectifs avoués des 35 heures était de renforcer le pouvoir syndical. Et, de fait, dans toutes les entreprises, même dans les petites PME, les directions ont du se mettre autour d'une table avec des délégués du personnel en situation de force pour négocier les horaires, l'organisation, les plannings, les rotations des effectifs, les heures d'arrivée ou de départ… Et cela a paru insupportable à tous ces patrons qui pensaient comme Yvon Gattaz, l'ancien Président du MEDEF : "à chacun ses compétences, au tourneur de tourner, au chef d’entreprise de gérer."

La gauche a souvent éprouvé une certaine gêne à l'égard des 35 heures. En témoigne, entre autres, le désir de Manuel Valls de les "déverouiller". Elle a tort. Cette mesure a été une grande avancée sociale, elle est un modèle de réforme profonde réussie et elle donne un exemple de politique économique efficace. Les lois sur les 35 heures, dans leur première mouture, ont, en effet, incité les entreprises à recruter pour compenser les heures perdues mais aussi à réaliser des investissements de productivité puisqu'il suffisait pour bénéficier des aides associées au passage aux 35 heures de recruter 6% d'effectifs supplémentaires quand elles perdaient  10% du temps de travail. Ce sont les deux moteurs de la croissance que cette mesure allumait en même temps. Ceci explique sans doute que l'industrie française n'en ait pas, à l'inverse de tous les pronostics, souffert. Bien au contraire : elle a connu dans les mois qui ont suivi une croissance plus rapide que le reste de l'Europe et les Etats-Unis.

mercredi, juillet 06, 2011

Francois Hollande, l'autonomie du dialogue social et la constitution

Les propos récents de Francois Hollande sur le dialogue social ont fait polémique. Sont-ils néo-libéraux, comme l'ont pensé plusieurs à l'extrême-gauche mais aussi des observateurs comme Arthur Goldhammer, ou plus simplement socio-démocrates comme je le crois?

Pour en décider, il faut revenir à la proposition de Francois Hollande : "La Constitution devrait, dit-il, garantir à l'avenir une véritable autonomie aux partenaires sociaux." Il voudrait que le parlement et le gouvernement soient juridiquement liés par les conventions signées entre partenaires sur, précise-t-il, "des sujets bien précis et avec la vérification des mécanismes de représentativité."

Il ne propose donc pas la complète liberté de négociation (on ne pourrait pas négocier sur tout et n'importe quoi n'importe comment) mais une transformation du rôle de l'Etat qui devrait beaucoup plus se soucier du respect de la procédure que de la substance des accords.

En affirmant la prééminence de l'autonomie des acteurs, Francois Hollande est en ligne avec toutes les réformes engagées depuis les lois Auroux de 1982 qui donnaient déjà aux partenaires sociaux la possibilité de déroger à la loi notamment en matiere d'aménagement du temps de travail. Le processus a été poursuivi avec notamment la loi Fillon de 2004 qui permettait, sous certaines conditions, des dérogations moins favorables aux salariés. Ce qui avait, à l'époque, suscité les protestations extrêmement vives des syndicats mais aussi des juristes spécialisés.

Cette quête d'autonomie s'inscrit dans le cadre plus large d'évolution du droit social vers plus de décentralisation, plus de négociations avec des obligations plus nombreuses de négocier, la création d'instances susceptibles de le faire dans les entreprises (77% des entreprises de plus de 20 salariés ont des représentants du personnel) et l'ouverture de la négociation à de nouveaux domaines dont les conditions de travail. Cette autonomie est le pendant du développement du dialogue social : on ne peut à la fois vouloir plus de dialogue et brider complètement celui-ci.

La crainte de ses critiques est que la contractualisation accrue des relations de travail conduise à une dégradation des positions des travailleurs. Mais est-ce le cas? Si dégradation il y a, est-elle liée a ces possibilités de dérogation? La loi de 2004 ouvrait la porte à des accords dérogatoires. Il y en a eu très peu pour deux motifs :
- les branches qui ont rédigé des accords depuis ont pris en compte ce risque de dérogation et l'ont très vigoureusement encadré : soit elles interdisent les dérogations, soit elles les limitent. Les négociations d'entreprise ne peuvent que difficilement défaire les conventions signées au niveau de la branche professionnelle,
- les entreprises et leurs DRH hésitent à utiliser ces possibilités qui supposent une grande maîtrise technique de textes juridiques complexes quand on peut obtenir le même résultat en jouant sur le contrat de travail (recours à l'intérim, aux CDD...) ou sur l'organisation sans dégrader le climat social.

La non utilisation de cette possibilité ouverte par la loi amène à une autre remarque : la non effectivité de beaucoup des textes publiés dans le domaine social jugés trop complexes par la plupart des acteurs. Si le dialogue social parait si médiocre en France alors que tant a été fait pour le développer depuis les lois Auroux, c'est qu'il est miné par une réelle insécurité juridique. Les acteurs ne comprennent pas des textes que la jurisprudence fait souvent évoluer dans un sens inattendu. Dit autrement : la plupart des acteurs, dirigeants ou syndicalistes ne savent à quel saint se vouer. Ce qui explique que malgré tous les textes généreux sur, par exemple, la parité home-femme, les écarts de salaires entre sexes restent aussi importants. Plutôt que de se lancer dans des opérations périlleuses, les directions cherchent d'autres solutions et vident, ce faisant, le dialogue social de l'essentiel de son contenu.

Et c'est là que la proposition de Francois Hollande parait intéressante : en proposant de garantir par la Constitution une véritable autonomie aux acteurs sociaux, il apporte un élément qui pourrait réduire cette insécurité qui rend le dialogue si difficile alors même que tous les outils pour le mener sont disponibles. C'est en ce sens que sa proposition me parait moins néo-libérale que soucieuse de rendre le dialogue social plus efficace, ce qui est un souci plutôt socio-démocrate.  Il serait bon qu'il poursuive sa réflexion et amène des propositions qui simplifient le code du travail et incitent les partenaires sociaux à revenir à la table de négociation.

lundi, juillet 04, 2011

F.Hollande a-t-il une approche neo-libérale du syndicalisme?

A plusieurs reprises, Arthur Goldhammer, excellent observateur de l'actualité française, a analysé les positions de Francois Hollande en matière de syndcialisme comme relevant d'une sorte de néo-libéralisme alors même qu'il souligne, pour s'en étonner, la présence dans son entourage de plusieurs syndicalistes de la CFDT, de la CGT et de l'UNSA. Cette critique qui n'est pas éloignée de celles de J.L.Melenchon me surprend tant elle me parait faire fi de la réalité du syndicalisme à la française, de son extrême faiblesse et de ses rapports avec le politique.

La faiblesse du syndicalisme français a de nombreuses causes : vieille tradition antisyndicale du patronat, structure de l'économie avec le poids des petites entreprises dans lesquelles il est difficile pour un syndicat de s'implanter, mais aussi politisation. A l'extreme-gauche, le syndicalisme a longtemps été considèré comme une simple courroie de transmission du politique. Et il a fallu des annees pour que la CGT gagne son autonomie. Ailleurs, les syndicats se sont accommodés de l'intervention de l'Etat parce qu'elle leur permettait d'étendre à toute une profession les accords signés dans quelques grandes entreprises. Le patronat lui-même n'y est pas hostile puisque cela lui permet de limiter les distorsions de concurrence et de tergiverser sans fin dans les négociations dans l'attente d'une intervention du politique. Mais cette solution n'a évidemment rien de satisfaisant : elle favorise la division syndicale, les positions radicales et la "paresse" syndicale. Pourquoi se battre dans les boites si l'on peut espérer obtenir gain de cause au Parlement? Ajoutons, par ailleurs que l'intervention de l'Etat conduit à des solutions souvent inadaptées : ce qui vaut dans la métallurgie ne vaut pas forcement dans le bâtiment...et favorise les solutions qui conviennent aux secteurs que les syndicats peuvent le plus facilement mobiliser en soutien d'une action politique, soit le secteur public.

La position de Hollande et celle des syndicalistes qui le conseillent n'est en rien neo-libérale (ce qui le serait serait de demander une réduction du rôle des syndicats), elle vise, ce qui est tout différent, à renforcer l'autonomie des syndicats, à rendre au dialogue social, c'est-à-dire la recherche de compromis entre partenairers sociaux toute sa place, et à rapprocher la recherche de compromis des acteurs et des situations. En ce sens, elle se situe pleinement dans la tradition social-démocrate. Et j'imagine qu'elle s'appuie sur une réflexion approfondie tant de ce qui s'est passé avec les 35 heures que de la lenteur des négociations engagées sur les retraites, la pénibilité au travail... qui ont montré les limites d'une intervention autoritaire de l'Etat. Si les partenaires sociaux avaient effectivement négocié la reforme de la retraite, on aurait sans doute abouti à quelque chose de plus satisfaisant.

samedi, juillet 02, 2011

Il y a donc bien eu complot, mais organisé par qui?

A mesure que les révélations se multiplient sur la personnalité de la femme de chambre, ce qui n'était qu'une hypothèse un peu farfelue se confirme : Dominique Strauss-Kahn a bien été victime d'un complot. Reste à savoir qui l'a organisé? Cette jeune femme sulfureuse et quelques uns de ses amis pas très recommandables trop contents de profiter de l'opportunité? ou quelqu'un d'autre? et si tel est le cas, qui? et pour le compte de qui? C'est là-dessus que l'enquête dans l'enquête devrait maintenant se focaliser.  

La femme de chambre se prostituait…

C'est ce qu'annonce le New-York Post, journal qui a pas mal de choses à se faire pardonner dans cette affaire. L'article est un peu bizarre, il indique qu'elle a été placée dans cet hôtel du centre ville par son syndicat, ce qui devrait permettre d'accuser celui-ci de proxénétisme. Mais voici ce que dit le journal : "The Sofitel housekeeper who claims the former IMF boss sexually assaulted her in his room was doing double duty as a prostitute, collecting cash on the side from male guests, The Post has learned. "There is information . . . of her getting extraordinary tips, if you know what I mean. And it's not for bringing extra f--king towels," a source close to the defense investigation said yesterday. The woman was allegedly purposely assigned to the Midtown hotel by her union because it knew she would bring in big bucks. When you're a chambermaid at Local 6, when you first get to the US, you start at the motels at JFK [Airport]. You don't start at the Sofitel," the source said. "There's a whole squad of people who saw her as an earner." The woman also had "a lot of her expenses -- hair braiding, salon expenses -- paid for by men not related to her," the source said."

Cela confirmerait donc que la relation sexuelle fut consentie mais payée. Je ne sais pas si cela rend DSK plus présidentiable, mais cela n'en fait certainement pas un violeur.

Si tel est bien le cas, on peut imaginer que des clients se seraient manifestés une fois qu'on l'aurait vue à la télévision. Il est, d'ailleurs, assez bizarre que personne ne se soit manifesté pour dire à la presse ou sur internet que l'on trouvait dans cet hôtel des femmes de chambre pas très farouches.

Il manque aux centristes plus qu'un leader…

Les derniers rebondissements de l'affaire DSK ont rejeté au second plan les spéculations sur la présence d'un candidat centriste au premier tour de la présidentielle. Mais on peut être sûr qu'elles reprendront dés que la poussière sera retombée. Ira, ira pas? Sarkozy laissera-t-il Borloo, Bayrou ou Morin faire le pas? Cela donnera de la matière aux éditorialistes et aux journalistes politiques mais le plus surprenant est peut-être que l'on se pose ces questions. Dans notre système institutionnel, si le centre existait, il aurait naturellement un candidat. C'est bien, d'ailleurs, ce qui fut le cas tant que celui-ci a eu un semblant d'existence. Mais il faut bien en convenir : il s'est évaporé.

La droite n'est pas plus unie aujourd'hui qu'hier, il y a toujours deux droites, mais le centre ne compte plus.  Si elle aujourd'hui divisée, c'est entre le Front National et l'UMP. Pour qu'un mouvement politique existe, il lui faut un leader, et le centre en a pléthore, mais aussi un parti qui représente, dans lequel se reconnait, une classe sociale, et c'est ce qui lui manque.

Si le Front National pèse aujourd'hui tant dans la politique, s'il séduit une partie des troupes de l'UMP, la droite populaire, c'est qu'il a un leader convaincant et incontesté dans son camp (Marine Lepen après son père), un parti (composé de militants venus de l'extrême-droite mais aussi des franges les plus conservatrices de la droite traditionnelle), un corpus idéologique (simplet mais cohérent basé sur le rejet de la mondialisation, de l'Europe, de l'euro…) et, surtout, une classe sociale à laquelle il apporte un corpus d'idées et de solutions, en un mot une idéologie pour traiter ses problèmes : toute cette frange de la population qui est ou se sent victime de la mondialisation et des élites qui l'ont mise en place et en profitent.

Le centre n'a rien de tout cela : ses troupes militantes, ceux que Gramsci appelait les "caporaux" de l'action politique, ont été absorbées par l'UMP qui en a fait des élus au siège bancal et, pour les plus en vue, des ministres susceptibles d'être à tout moment privés de leur voiture de fonction et de leur gyrophare (est-ce vraiment insulter Sauvadet et Leonetti que de dire que leur entrée au gouvernement ne changera pas grand chose à quoi que ce soit aux politiques en matière de fonction publique ou d'affaires européennes?). Quant à la classe sociale qu'il pourrait représenter, on a beau chercher, on ne trouve pas. Et ceci de quelque manière que l'on s'y prenne. Que l'on analyse la société en terme d'opinion politique, de classes d'âge ou de classes sociales, aucune place ne leur est laissée : les réformistes et socio-démocrates sont plutôt tentés par le PS et les écologistes, les libéraux et les traditionalistes par l'UMP, les plus âgés trouvent leur bonheur à l'UMP, les plus jeunes à gauche, les classes populaires qui profitent de la mondialisation (salariés des grandes entreprises internationales, des secteurs en croissance) ou en sont protégées (fonctionnaires) sont attirées par le PS ou les écologistes, les petits patrons, artisans, commerçants par l'UMP, celles qui en souffrent par le FN. Ce qui ne laisse aucune place pour un centre qui mène exactement la même politique que la droite, a les mêmes valeurs et les mêmes objectifs.

Moralité : le centre ne représente rien et ne sert à rien. Il ne doit son existence qu'à un mode d'élection en deux tours qui incite les candidats qui l'ont emporté dans chacun de leur camp au premier tour à se rapprocher de l'électeur médian au second pour l'emporter. Qui peut au premier tour réunir quelques uns de ces électeurs médians peut toujours espérer les négocier au second. Cela fait une ambition personnelle, pas un projet politique.

vendredi, juillet 01, 2011

DSK : maintenant que la messe semble dite…

Maintenant que la messe semble dite (comment croire qu'une femme victime d'un viol continue de travailler comme si de rien n'était comme l'indique la lettre du procureur?), quel peut être le rôle de DSK dans la politique française? Peut-il redevenir candidat du PS aux prochaines présidentielles? Il faudrait d'abord qu'il en ait envie, mais "l'épisode" pourrait lui avoir donné un désir que l'on disait parfois lui manquer. Et si tel était le cas, quelle serait sa position?

Ses compétences n'ont pas disparu en trois semaines. Il sera beaucoup plus difficile à la majorité de pointer ses faiblesses, son goût des femmes et de l'argent, comme elle semblait vouloir le faire. Reste une vieille déclaration sur Israël qu'on pourrait lui reprocher, mais qui osera lui chercher des poux après ce qu'il vient de vivre.

La droite que l'on ne manquera pas de soupçonner sera pour le moins mal à l'aise, surtout si l'on découvre que Claude Guéant (ou quelqu'autre Buisson) avait constitué une cellule pour "dégommer" DSK du temps où il passait pour le concurrent le plus dangereux.

Reste à savoir ce qu'il en sera de ce qui était, au moins à mes yeux, sa principale faiblesse politique : l'opposition féroce de la gauche de la gauche à un candidat qu'elle soupçonnait de libéralisme. Que penseront ces électeurs de tout l'argent dépensé par la famille Strauss-Kahn dans cette affaire? Le lui reprocheront-ils? ou se diront-ils que pour une fois une fortune a été utilisée à bon escient? Les premières réactions de Mélenchon qui, si j'ai bonne mémoire, avait été dans cette affaire tout à fait correct, seront à suivre avec intérêt. Tout comme celles d'Eva Joly qui pourrait, si elle n'y prend garde, se suicider d'un mot mal placé…

Un coup monté?

A peine la nouvelle du probable retrait de l'accusation dans l'affaire DSK, que la rumeur enfle : il aurait été victime d'un coup monté. Et le premier à lui donner quelque consistance est un financier américain, Nouriel Roubini, connu pour ses analyses souvent pessimistes de la situation économique. Il suit l'affaire depuis Aspen où il est pour une conférence et une signature de livre et dans l'un de ses tweets il fait état de soupçons formulés par des services secrets de coup monté contre DSK par des proches de Sarkozy : "Our mid-may RGE note reported that few intelligence sources were suggesting that DSK was likely set-up." Dans un autre tweet, il se fait plus précis : "One cannot rule out a setup as smear campaign against him in french press close to Sarko." On peut imaginer que cette rumeur pour l'instant sans le moindre fondement risque d'avoir un certain succès. 

DSK innocent?

Nouveau coup de tonnerre : selon le NewYork Times les accusations contre DSK seraient sur le point de s'effondrer. Il y aurait bien eu relation sexuelle, mais consentie, l'accusatrice serait engagée dans différents trafics, dans des opérations de blanchiment d'argent. A l'heure où j'écris, rien n'est encore sûr, mais si tel est le cas, si dans quelques heures, quelques jours ou quelques semaines, la justice américaine abandonne toute poursuite que se passera-t-il?

Les cartes de la présidentielle seront-elles de nouveau rebattues? On peut imaginer que les soupçons se tournent vers des rivaux politiques (ils ne seraient pas en cause, d'après le NYT mais…), que DSK de retour en France revienne au premier plan avec une personnalité enrichie d'une descente aux enfers inédite. Aura-t-il le courage et l'envie de participer aux primaires? ou sera-t-il choisi par acclamations par une gauche tout à la fois soulagée et un peu confuse (quoiqu'elle ait été dans l'ensemble correcte)? Il est bien évidemment bien trop tôt pour se poser ce type de questions, mais comment y échapper?

Quant à la justice et à la police américaine, qu'en dire? On est tout à la fois effrayé de sa brutalité et admiratif de sa rigueur (au moins dans ce cas). Est-ce la personnalité de l'accusé? Elle a manifestement su travailler à charge et décharge, comme on l'attend ici d'un juge d'instruction. La première victime sera la presse américaine qui pendant des semaines a littéralement lynché DSK. Mais elle a vendu du papier. N'est-ce pas, à ses yeux, la seule chose qui compte vraiment.

jeudi, juin 30, 2011

Ecologistes : ce sera donc Eva Joly

Ce sera donc Eva Joly… Ce sera certainement plus clair que Nicolas Hulot, mais pourquoi les écologistes veulent-ils aller à la présidentielle? Ils savent, nous savons que leur candidat n'a aucune chance d'être élu. Nous savons également qu'ils représentent une sensibilité politique importante et sans doute un des espaces qui comptent le plus en matière de production d'idées, de concepts. Si l'on parlait la langue de Gramsci, on dirait qu'ils sont l'un des intellectuels organiques les plus importants (et les plus intéressants) de notre société. Leur objectif devrait être, non pas de concourir dans une élection où ils seront inaudibles (on n'entendra, en fait, que leurs chamailleries avec les socialistes pour obtenir plus de places aux prochaines législatives), mais de devenir l'intellectuel dominant, hégémonique qu'ils ont la capacité d'être. Et cela, ils le seraient plus facilement devenus s'ils s'étaient engagés dans les primaires socialistes, s'ils avaient fait entendre leur voix face aux Aubry, Hollande et autres Ségolène. Ils auraient, de cette manière, plus sûrement "verdi" le discours du candidat de gauche qui concourra contre Nicolas Sarkozy et auraient mieux assuré des places éligibles aux prochaines législatives. Ils auraient, de plus, bénéficié de la machine socialiste, des débats qui seront organisés un peu partout alors qu'ils risquent d'être marginalisés, abandonnés à leur solitude et condamnés à faire de la figuration. Mais sans doute y a-t-il des logiques d'appareil qu'il est difficile de combattre.

mardi, juin 28, 2011

Martine Aubry intéresse-t-elle plus que François Hollande?

Martine Aubry vient donc de se lancer dans la course, à sa manière, pas très flamboyante, un peu maladroite, mais solide. Les sondages nous disent qu'elle a rattrapé son retard sur  François Hollande. Elle le talonne, nous dit Le Monde. Mais les sondages ne sont qu'un élément d'informations parmi d'autres. Google trends, un outil de Google qui mesure le nombre de requêtes réalisées sur le moteur de recherche éclaire son image d'une toute autre manière.


Elle y devance systématiquement son adversaire, ce qui est à première vue surprenant. Un moteur de recherches étant en général utilisé pour recueillir des informations sur un concept, un événement, une personne, cet intérêt suggère qu'elle intrigue. On sollicite son avis plus que celui de son adversaire mais on ne sait non plus vraiment qui elle est. Elle intéresse mais reste mal connue, son image est floue, contradictoire. Il y a, d'un coté, la dame des trente-cinq heures jugée inflexible voire ringarde (ce qu'elle ne fut pas, soit dit en passant), et, de l'autre, le maire de Lille réélue avec 60% des voix par des citoyens enchantés de son travail, de sa proximité ; d'un coté, la secrétaire générale qui a obtenu son poste au terme d'elections contestées et contestables et, de l'autre, la secrétaire générale qui remet le PS au travail. Quoique feutrée, la campagne des primaires devrait l'aider à préciser cette image.

mercredi, juin 22, 2011

De DSK à Georges Tron, deux figures du harcèlement sexuel

Les affaires DSK et Georges Tron, les accusations portées contre ces deux politiques qui sont peut-être (qui sait, après tout?) innocents, illustrent deux formes assez différentes de déviance sexuelle.

Il y a chez DSK qui sort nu de sa salle de bain pour agresser une femme qu'il n'a jamais vue (si, encore une fois, il est coupable) quelque chose de la brute que rien ne retient. Et comme l'on sait, par ailleurs, que ses collaborateurs lui avaient recommandé la plus grande prudence, son comportement illustre jusqu'à la caricature ce qu'Aristote appelait l'akrasia, qu'on traduit en général en français par incontinence mais que les philosophes américains qui se sont intéressés à la question appellent plutôt "faiblesse de la volonté" : je sais que je ne dois pas faire ceci ou cela,  je le sais vraiment, je ne l'oublie pas et cependant je le fais.

Chez Georges Tron (s'il est, encore, une fois coupable, ce que j'ignore), on est plutôt dans l'exploitation d'un de ces mécanismes d'ancrage (ou de pied dans la porte) qu'ont étudié les psychologues. Il y a une étude célèbre souvent répétée qui consistait à envoyer des étudiants mendier. Dans le premier protocole, ils doivent demander aux gens qu'ils rencontrent : "t'as pas un euro?" Dans le second, ils commencent par demander l'heure, ce que les passants leur donnent volontiers, puis ils demandent qu'on leur prête un peu d'argent pour passer un coup de téléphone à l'amie avec laquelle ils ont rendez-vous. Et l'on compare leurs recettes à la fin de la journée. Le deuxième protocole est infiniment plus efficace : qui a dit une première fois oui dit plus facilement oui une deuxième fois. Or, les jeunes femmes que Tron a harcelées ont d'abord accepté qu'il leur caresse les pieds, de là à glisser une main un peu plus haut sous leur jupe… il n'y a qu'un pas qu'il leur est difficile de refuser.

Autre différence : DSK ne joue, au pire, que de sa force physique, sa position sociale, sa richesse, sa situation hiérarchique n'est à aucun moment sollicitée pour convaincre la femme de chambre qui, semble-t-il, ignorait tout de ses hautes fonctions. A l'inverse, Georges Tron en use et abuse. Les jeunes femmes qu'il harcèle peuvent craindre de perdre leur emploi, voire, ce qui est pire, la garde de leur enfant.

Je ne sais lequel est le plus coupable. Mon intuition me dit que le comportement de Georges Tron, s'il est avéré, est plutôt pire en ce qu'il repose sur un calcul alors que celui de DSK semble plus "spontané", mais ce n'est qu'une intuition. Reste que nous sommes bien confrontés à deux comportements assez différents. Est-ce que ce sont les deux seules figures du harcèlement sexuel? Y en a-t-il d'autres? D'autres affaires nous permettront peut-être de le dire.

dimanche, juin 19, 2011

Drogues, alcool, du ludique à la dépendance, en passant par la défonce

L'un des bénéfices secondaires des propositions socialistes de dépénalisation du cannabis pourrait être de nous amener à envisager ces questions de la drogue sous un angle nouveau, non plus celui des produits (tabac, alcool, cannabis, cocaïne…) mais sous celui des comportements puisque, comme le montre bien l'exemple de l'alcool, leur consommation peut prendre différentes tournures : le ludique (un verre ou deux) et le social (on boit et fume ensemble), la défonce (on boit ou on se drogue pour perdre conscience) et de la dépendance (on boit ou on se pique parce qu'on en a besoin). Orienter ainsi ce débat permettrait de pointer mais aussi d'anticiper et prévenir une évolution à la britannique des comportements de la jeunesse française : tous produits confondus, il semble bien que la culture de la défonce (ce que les britanniques appellent le binge drinking) soit en train de prendre une place nouvelle et ne soit plus seulement réservée aux écoles de commerce comme le montre une promenade en début de soirée sur les quais de Seine ou le long du canal Saint-Martin. Des jeunes gens et des jeunes filles, souvent très jeunes, lycéens, étudiants ou employés, se réunissent autour de bouteilles de bière, de vin ou d'alcool.  

Cannabis : l'attaque surprise de la gauche sur la sécurité

Une fois n'est pas coutume, la gauche vient, grâce à Stéphane Gatignon, le maire de Sevran qui veut des casques bleus dans sa ville, et Daniel Vaillant, de prendre la droite en revers sur l'un de ses sujets préférés : la sécurité.

En avançant l'idée d'une dépénalisation du cannabis, elle ouvre un débat inédit en France, met en évidence l'échec de la politique de sécurité de Nicolas Sarkozy sur un sujet central (puisque c'est le trafic de drogue qui nourrit l'essentiel de la criminalité, et pas seulement dans les banlieues, mais aussi, semble-t-il, beaucoup des accidents au travail et sur la route) et l'attaque de front sur sa philosophie : la répression à tout crin. Elle reprend, par ailleurs, à son compte le discours catastrophiste de la droite (et de l'extrême-droite) sur certains quartiers et aborde la question policière sous un angle qui ne peut que satisfaire les policiers (le manque de moyens, la fatigue des fonctionnaires sur le terrain…).

Il y a, bien sûr, des difficultés, tout le monde à gauche n'est pas disposé à aller dans cette direction, mais les réactions ne sont pas toutes négatives. On a beaucoup parlé de l'opposition de Ségolène Royal. Sans doute est-elle hostile à la dépénalisation, mais sa réaction est pour le moins nuancée. Stéphane Gatignon, dit-elle dans un entretien au Monde, "pense que si on dépénalise le cannabis, il n'y aura plus de trafic puisque l'État contrôlera le commerce du cannabis et donc il y aura un prix fixé et on ne pourra plus faire de trafic comme autrefois l'alcool. Le raisonnement économique se tient. Le problème, c'est que la toxicomanie est aussi un problème gravissime de santé publique. La vraie question, c'est les polytoxicomanie, c'est-à-dire ceux qui se droguent, boivent de l'alcool, fument, ont des conduites à risque. La question fondamentale, c'est la prévention, l'éducation. On ne peut pas relâcher la répression sur le trafic. Pas de légalisation." On a vu critique plus sévère!

Il y a aussi quelques bénéfices secondaires : sans aller aussi loin que Daniel Vaillant et Stéphane Gatignon, Dominique de Villepin s'oriente dans la même direction et d'autres à droite pourraient faire de même. Je pense notamment à cette remarque de Jean-Pierre Raffarin, cité dans l'Express, qui se dit "très franchement" opposé à l'idée avant de préciser : "Je comprends qu'il y ait débat. Parce que c'est vrai que c'est parce que c'est interdit qu'il y a un marché. Je vois bien qu'il y a une difficulté."

Le plus insolite est que cette idée de dépénalisation vient des libertariens, ces penseurs très à droite qui ne jurent que par les vertus du marché (voir pour plus de détails sur leurs arguments cette chronique que j'ai donnée il y a quelques années à la radio). Mais ce n'est qu'un détail.

Cette attaque est risquée mais elle vient des deux meilleures sources que la gauche ait pu trouver : un maire de banlieue au contact, au quotidien, avec les problèmes de la drogue, et un ancien ministre de l'intérieur qui connait de l'intérieur les problèmes policiers. On peut penser que les socialistes finiront pas nous expliquer, un peu à la manière de Raffarin, qu'il faut organiser un grand débat pour approfondir les solutions et résoudre les problèmes de santé qu'évoque Ségolène Royal. Leur attaque surprise et, semble-t-il, non concertée (le hasard fait parfois bien les choses!) a le mérite de pointer un vrai problème et d'éclairer d'un jour nouveau, celui de l'échec, la politique de sécurité de Nicolas Sarkozy. Celle-ci aura du mal à s'en remettre!


lundi, juin 13, 2011

José Bové choisi Nicolas Hulot

Il fut un temps où les choses étaient simples : on était de gauche, de droite ou du centre et on se reconnaissait à quelques choix, à quelques idées simples. Aujourd'hui on ne sait plus vraiment qui est avec qui, surtout chez les écologistes. On pensait José Bové plutôt du coté de l'extrême-gauche, voilà qu'il se range derrière la bannière de Nicolas Hulot dont rien ne permet de dire qu'il est de gauche. Aurait-il tourné sa veste? Même pas. Et cela ne lui interdira sans doute pas de prendre demain de nouveau des positions radicales. Mais on a un peu le tournis, comme si à force de recomposer le paysage politique on ne savait plus qui est qui : les souverainistes de gauche s'approprient les thèmes populistes de l'extrême droite, les laïcs se transforment en anti-islamistes, les écologistes flottent on ne sait où quant aux socialisme du drapeau de Ségolène Royal ou de la sécurité de Manuel Valls il emprunte à la droite la plus traditionnelle discours et valeurs. Et on s'étonnera que les électeurs pensent à autre chose!

PS. Après avoir écrit ce post, je trouve cet article de Rue 89 qui souligne les interrogations des enseignants qui ne savent plus très bien s'ils sont de gauche. Le flou idéologique des politiques explique peut-être le désenchantement et les hésitations de beaucoup : si les politiques ne savent plus où ils sont, pourquoi les électeurs le sauraient-ils mieux?

vendredi, juin 10, 2011

Que sont les hommes devenus?

L'affaire DSK a permis aux femmes de multiplier les récits de harcèlement et de balourdises dont elles sont victimes. Les hommes sont plus discrets. Ils sont en fait si discrets qu'on n'en a, à ma connaissance, entendu aucun raconter ses propres expériences de harceleur ou de dépendant sexuel (puisque c'est la nouvelle maladie à la mode). Or, on peut supposer que toutes ces femmes harcelées l'ont bien été par quelques hommes. On attendait des sondages avec des questions comme : "vous est-il arrivé de harceler une femme?" ou "avez-vous parfois eu le sentiment d'être allé un peu loin?" ou encore : "vous est-il arrivé d'obtenir par la force et contre le gré de votre partenaire des faveurs sexuelles?" Mais non, rien de tout cela. Tout se passe comme si les hommes n'entendaient pas, ne se sentaient pas concernés. Pudeur? Ce n'est pas impossible. Déni? Peut-être. Gêne devant des comportements fréquents? Sans doute. Malaise devant une limite qu'il est difficile à définir tant une "douce violence" permet parfois de lever réserves et pudeurs? Probablement.  

Il serait, en tout cas, intéressant de savoir. 

Un cadeau aux riches un peu désordre

Avec sa nouvelle loi de finance qui modifie le régime et le mode de calcul de l'ISF, le gouvernement a fait un beau cadeau aux plus riches. Mais on devine qu'on est à la veille d'échéances électorales importantes tant le désordre est grand. Tout s'est manifestement fait dans la précipitation. D'ordinaire, cet impôt est collecté en juin. Ce devait être cette année au plus tard le 15 juin comme en attestent les imprimés que l'on pouvait encore lire hier sur le site du Ministère des Finances. Mais voilà, il fallait vite en faire profiter les électeurs. La déclaration est donc reportée à la fin septembre. Ce que beaucoup de contribuables ignorent ou veulent vérifier, d'où encombrement dans les bureaux d'informations du Ministère dans les beaux quartiers. D'où sans doute aussi, pour certains, dépôt de déclaration et du chèque qui va avec (puisque l'on paie cet impôt en même temps qu'on le déclare), déclaration et chèque que l'administration devra traiter… Mais s'il en va de l'élection de notre cher Président… 

L'étrange impuissance des médias

Corinne Lepage indiquait hier à la télévision (dans un débat confus et sans grand intérêt où l'on a vu des gens intelligents expliquer que les affaires Bettencourt et DSK étaient mises en avant pour ne pas parler des choses graves et importantes!) qu'on a plus parlé dans la presse internationale de l'affaire DSK que de la mort de Ben Laden. C'est, a-t-elle même ajouté, l'événement dont on a le plus parlé après l'attentat des Twin Towers. Est-ce à dire que tout le monde est au courant? Pas forcément.

Le New-York Times publiait hier une histoire étrange. Un marchand de vin de Boooklin qui a la même adresse que DSK mais pas le même code postal a reçu un paquet de livres qui lui était destiné. Personne ne s'appelait dans ce magasin Dominique Strauss-Khan, le personnel l'a cependant ouvert, a été surpris de recevoir des livres religieux (l'envoi venait d'une quelconque secte juive), a rangé le paquet et a mis deux jours à faire le rapprochement. Comme l'explique le journal "it might seem surprising that on Friday afternoon, when a package arrived at Dandelion Wine addressed to Dominique Strauss-Kahn, no one there had heard of him. Not the mailman, who asked “Is there a Dominique here?” Not the three workers in the store. One of them, Tom Athans, accepted the package anyway; he had a ex-girlfriend in France and thought it might be a practical joke." Surprising? Certainement.


Qu'en conclure? Manifestement tout le monde ne lit pas la presse, ne regarde pas la télévision, ou le fait sans y prêter grande attention. 

vendredi, juin 03, 2011

Ils se noient, qui est ému?

On se demande parfois comment nos grands-parents ont pu laisser faire en Allemagne dans les années trente, comment ils ont pu être aussi aveugles aux massacres. Mais sommes nous si différents? 200 Africains qui voulaient pénétrer en Europe viennent de se noyer sur les cotes italiennes, ils étaient 150 il y a quelques semaines, hommes, femmes, enfants. Qui s'en soucie? Qui proteste? Qui hurle? Qui ose dire à tous ceux, et d'abord à nos politiques, qui invectivent chaque jour les immigrés qu'ils ont une part de responsabilité dans ces drames? Personne!

Notre indifférence est abyssale. Nous n'éprouvons, ni sympathie ni même intérêt pour ces victimes. Qu'elles restent là où elles sont. Qu'elles crèvent loin de nos yeux. Renvoyez ces bateaux d'où ils viennent disait il y a peu une députée UMP. Aurait-elle dit autrement en 1933?


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mercredi, juin 01, 2011

L'affaire DSK en révélateur de nos différences

Parce qu'elle passionne des deux cotés de l'Atlantique, l'affaire DSK met, mieux que bien d'autres, en évidence combien les sociétés française et américaine sont différentes.

Dans un billet d'hier, Arthur Goldhammer disait combien les propos d'Alain Finkelkraut et Vincent Peillon sur le plateau de Mots Croisés lui paraissaient extravagantes. Il parle, à propos du premier de sénilité et s'interroge sur le bon sens du second. Comme beaucoup de ce coté-ci de l'Atlantique, j'avais trouvé l'un et l'autre plutôt pertinents et en tout cas, tout à fait raisonnables. C'est la force de sa réaction plus que la différence d'opinion qui me surprend. 

Sur un tout autre plan, la lecture d'une certaine presse populaire montre combien le réflexe raciste qui consiste à attribuer une communauté les défauts d'un de ses membres reste naturel chez beaucoup d'Américains : DSK est coupable de viol (l'est-il d'ailleurs? nul ne le sait, mais peu importe), il est Français, tous les Français sont donc des violeurs en puissance. S'il s'agissait des propos d'un quelconque farfelu sur internet, il ne conviendrait pas d'en tenir compte, mais ce raisonnement est tenu par l'éditorialiste du New-York-Post, un journal tiré à 660 000 exemplaires. Presse de caniveau? Sans doute. Mais avec beaucoup de lecteurs que lire pareilles insanités ne gêne pas plus que cela. Je ne veux pas dire que tous les new-yorkais sont d'indécrottables racistes, ce serait commettre l'erreur que les journalistes du Post commettent eux-mêmes, mais nous n'avons probablement pas la même sensibilité au racisme.

Autre exemple : la saga de la recherche d'un appartement par les Strauss-Kahn. La manière dont les riverains, les voisins leur ont interdit de s'installer là où ils voulaient serait chez nous complètement impossible. Non que tous auraient été heureux de recevoir une personnalité qui attire la foule des photographes, mais jamais, sauf peut-être dans quelque village reculé, aurait-on vu des propriétaires s'opposer avec autant de fermeté et de manière aussi unanime à l'installation à coté de chez eux d'une célébrité sulfureuse. Cela me fait penser à ces rideaux qui se soulèvent légèrement dans les petites villes de province lorsque passe un étranger dans la rue. On parle beaucoup de liberté aux Etats-Unis, on a là un exemple assez éclairant de tout le contraire, du contrôle extrêmement tatillon que la société peut y exercer sur les individus. Disons, pour rester simple, que cette affaire révèle combien nos conceptions de la liberté peuvent être différentes.

PS Dans ce même billet Arthur Goldhammer s'interroge sur le rôle dans la popularité de DSK de ses conseillers en communication. C'est une excellente question que je ne crois avoir vu posée ailleurs. Et si DSK avait été, comme tous ces candidats dont tout le monde veut plusieurs mois avant le choix d'un bulletin, une construction fantasmatique?

mardi, mai 31, 2011

Le retour d'Eric Woerth en professeur de morale!

L'une des conséquences inattendue de l'affaire DSK est le retour d'Eric Woerth, que l'on croyait mort et enterré, sur nos plateaux de télévision en professeur de morale. Loin de s'expliquer sur ce qui lui a été reproché (il est vrai qu'il faudrait que les journalistes lui posent la question) il explique longuement que les socialistes ont perdu la bataille morale. On aimerait lui demander laquelle? Mais peu importe : tout cela montre une formidable confusion entre ce qui relève de la vie privée, et c'est bien le cas de DSK, et ce qui relève de la confusion des genres entre le privé et le public, comme dans l'affaire Woerth, mais aussi dans celles de tous ces ministres qui ont du quitter ces derniers mois le gouvernement pour cause de voyages privés dans des jets de milliardaire en pleine révolution, de cigare ou de location d'avion à des prix exorbitants.

PS. Balkany dont on connaissait déjà les moeurs aimables (fellation exigée sous la menace d'un pistolet) est de nouveau sur la sellette. C'est cette fois-ci sa suppléante, une judoka, qui se plaint d'avances répétées.


lundi, mai 30, 2011

Cachez ces radars que je ne saurais voir…

Nos débats sur les radars (faut-il en signaler la présence ou au contraire la cacher?) me rappellent ceux  sur le droit de porter des armes cachées (right to carry concealed guns) qui ont occupé dans les années 90 et 2000 nombre de chercheurs et d'économistes américains. La base de données du NBER, le National Bureau of EconomicResearch, recense 88 papiers sur ce thème qui reprennent en général les arguments développés par quelques auteurs, John Lott, David Mustard (auteurs d'un papier au titre explicite : "More guns, less crime") et de leurs critiques, Ian Ayres et John Donohue, notamment, qui soulignent que le crime a diminué aux Etats-Unis partout dans les années 90, dans les Etats où la circulation des armes était limitée comme dans ceux dans lesquels elle était autorisée.

La question est un peu la même : qu'y a-t-il de plus dissuasif? une menace affichée ou une menace cachée? L'argument des partisans de la menace cachée est simple : dés lors que n'importe qui peut être menaçant, le délinquant potentiel se méfie de tout le monde et adopte des comportements en conséquence. Les partisans de l'affichage mettent plutôt en avant sa dimension préventive : c'est dans les endroits les plus dangereux qu'on affiche le port d'une arme ou un panneau annonçant un radar.

L'essentiel de la discussion américaine a porté sur l'analyse des données statistiques. Elle est restée en ce sens très savante même si ses conclusions ont souvent été utilisées à des fins directement politiques et commerciales (quel meilleur argument pour imposer les ventes d'armes dans les Etats réticents que d'expliquer qu'elles favorisent la paix civile?).

Mais le plus intéressant dans ces débats est qu'il semble bien que la menace, cachée ou affichée, n'ait pas été le seul facteur dans le recul de la criminalité aux Etats-Unis que l'on peut attribuer à bien d'autres facteurs : le vieillissement de la population, une meilleure protection des biens, voire la légalisation de l'avortement comme l'a expliqué un auteur en s'appuyant sur l'exemple new-yorkais (avec un argument pour le moins… surprenant : ce sont les jeunes filles célibataires qui ont avorté en priorité or, ce sont leurs enfants qui étaient le plus souvent délinquants)… Il en va sans doute de même pour la baisse de la mortalité sur nos routes. L'amélioration des routes, l'élimination des points noirs, la multiplication des radars et des ronds points qui cassent la vitesse, le permis à points qui invite les amateurs de vitesse à plus de prudence, l'informatisation qui rapproche le délit de sa sanctions (48 heures pour recevoir l'amende) et rend plus difficile les arrangements avec le ciel ont probablement tous joué un rôle. Dommage que les pouvoirs publics qui s'étaient amusés à casser un outil qui fonctionnait si bien se soient précipités sur une solution qui fait beaucoup de bruit mais dont rien ne dit qu'elle sera efficace.

jeudi, mai 26, 2011

Cela ressemble à une blague, mais ce n'en est pas une…

Nous nous plaignons régulièrement de nos journalistes. L'affaire DSK nous donne l'occasion de jeter un coup d'oeil sur ce qui se fait aux Etats-Unis où l'on trouve à coté du meilleur des articles dont le moins qu'on puisse dire est qu'ils ne témoignent d'une grande conscience professionnelle. Je pense notamment à cet éditorial d'Andrea Peyser qui n'est pas tout à fait n'importe si j'en juge par son CV puisqu'elle a travaillé pour plusieurs titres dont CNN et a obtenu plusieurs prix professionnels. Ce qu'elle dit de DSK (Sexy DSK had France in his pants) est à ce point caricatural que j'ai d'abord cru qu'il s'agissait d'une plaisanterie, d'humour, mais non c'est semble-t-il très sérieusement qu'elle écrit : "Dominique Strauss-Kahn did not act alone. Throughout France, hands are as dirty as those of a chambermaid tasked with scrubbing a $3,000 Sofitel suite. The upstairs-downstairs saga of the Big Shot who allegedly sexually brutalized the maid did not hatch out of the ether. It is as if the majority of the citizens of France -- locked into 1950s-style notions of sexism, misogyny and racism -- was complicit in the horrific, accused deed." Tout le reste du papier est de la même eau. On y apprend que "to many in France, attempted rape is (…) Free love gone bad. A joke." Peut-être devrions nous cotiser pour lui offrir quelques jours de vacances en France. Qui sait, avec un peu de chance, elle en reviendra peut-être sans avoir été violée…

mercredi, mai 25, 2011

Rumeurs, coups bas, officines…

L'affaire DSK a donné l'occasion d'un véritable étalage de ragots de toutes sortes. On nous dit (à la télévision sur une chaîne nationale à une heure de grande écoute) qu'il aurait fréquenté une boite échangiste (s'agit-il des Chandelles dont parle par ailleurs Le Monde?), on nous raconte qu'il aurait été surpris en délicate posture et en galante compagnie dans une voiture, toutes informations qui seraient probablement sorties sous forme de rumeurs sur internet avec photos à l'appui dans quelques mois s'il n'avait été arrêté à New-York mais que personne n'a, à ma connaissance, cherché à vérifier. Ce qui serait vus la gravité des accusations portées contre DSK et le rôle joué par sa réputation bien plus utile que toutes les élucubrations sur un éventuel complot.

On découvre, par ailleurs, que la plupart des scoops sur cette affaire viennent d'un site français, ce qui est surprenant, la plupart des acteurs étant aux Etats-Unis, classé à droite : Atlantico. Ses informations viennent très certainement de la même source : le Ministère de l'intérieur de Claude Guéant, contre lequel DSK avait d'ailleurs mis en garde ses interlocuteurs avant sa dernière mésaventure.

L'utilisation de ce type de ragots pour descendre un adversaire politique n'est pas nouveau. On se souvient de l'affaire Markovic et des Pompidou. Exemple qui montre que ce n'est pas forcément efficace. Mais jusqu'à présent cela passait par des rumeurs entretenues par des sous-entendus dans la presse qui facilitaient une sorte de diffusion clandestine de l'information. Avec internet, ces "informations" deviennent publiques, présentées comme dans le cas d'Atlantico sous la forme du journalisme d'investigation (nous vérifions et croisons nos sources affirme le responsable du site) et reprises par des médias officiels et des journalistes qui les répètent sans les vérifier. Le cas de l'ADN sur la toilette de la jeune femme est caractéristique. Vrai, faux? Nul ne sait mais le doute est installé.

Dès lors qu'une information est disponible sur internet, il est impossible d'en empêcher la diffusion. Le mieux serait certainement que les journalistes enquêtent très vite sur son origine lorsqu'elle est de nature politique, vérifient et nous aident à distinguer ce qui relève, dans ce qu'on appelle journalisme d'investigation, d'enquêtes approfondies à la Mediapart et de la communication politique d'une Présidence aux abois prête à tout pour casser ses adversaires.  Et que les politiques s'emparent de cette affaire et demandent, puisqu'il y a des soupçons de manipulation, des comptes au pouvoir en place. Et qu'ils le fassent vite parce qu'après Dominique Strauss-Kahn on peut craindre que d'autres, à gauche comme à droite, se retrouvent victimes des mêmes pratiques.

mardi, mai 24, 2011

Paris change, un quartier perd son âme…

J'étais samedi dernier invité à parler de l'avant-garde dans une galerie parisienne dans le vingtième arrondissement. Il y a quelques années, cela se serait passé dans le sixième, quartier qui change. On me disait tout à l'heure que les Laines Ecossaises, institution plus que centenaire du boulevard Saint-Germain (créées il y a 116 ans) vont fermer en juillet pour cause de loyer trop élevé. Un salon de coiffure un peu plus loin sur le trottoir d'en face vient d'être remplacé par une boutique Maubuisson qui paie, dit-on, un loyer de 250 000€/an et La Hune est vendue à Vuitton. Il y a quelques années, déjà, l'hôtel qui jouxte Lipp, devenu filiale d'une chaine américaine, avait changé de nom, perdant ainsi sa référence à la rue qui se dressait autrefois à cet endroit. Le Drugstore qui faisait de si délicieuses glaces à la framboise est devenu magasin de mode. Que reste-t-il de Saint-Germain des Près?

Dior remplaçant le Divan avait réussi à tuer le coin de la rue de l'Abbaye et de la rue Bonaparte. Vuitton risque d'assassiner  le coin de la rue Saint-Benoit et du Boulevard Saint-Germain. Saint-Germain des Près meurt, le 10ème et le 20ème s'éveillent. 

lundi, mai 23, 2011

Mais bien sûr…

Il y a toutes ces théories du complot qui donnent envie de recommander à leurs auteurs de changer de métier et de se mettre à l'écriture de romans policiers. La fiction ne pourrait pas être pire que la réalité (la saga Strauss-Kahn? un nouvel épisode des Feux de l'amour au FMI) avec comme souvent aux USA un paquet de $. Cette fois-ci, l'auteur du scénario s'appelle Mike Whitney. Il a un blog où il s'interroge sur la globalisation. Il y affirme, avec tout le sérieux nécessaire, que DSK a été attaqué pour avoir voulu s'en prendre au dollar. Mais oui, tout s'éclaire : à la tête du FMI, il y avait ce Frenchie voulait dégommer le $, il fallait donc l'éliminer. On sait qu'ils ont la braguette énervée, pourquoi pas un petit scandale sexuel? Voici, pour les curieux son billet : Was Dominique Strauss-Kahn Trying to Torpedo the Dollar? Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer sa conclusion : "Can you believe it? DSK is lecturing bankers about redistribution? That's not what they want to hear. What they want to hear is why ripping off poor people actually makes the world a better place. DSK's speech just shows that he wasn't drinking the Koolaid anymore. He was becoming a nuisance and they needed to get rid of him." Quand je pense que l'on se moque de BHL ou de Jack Lang tout juste coupables de délits d'amitié!

samedi, mai 21, 2011

Les blogs et l'affaire DSK

Les bloggers ont chez les journalistes un statut un peu particulier : on les critique en public mais on s'inspire volontiers en privé des meilleurs. Dans l'affaire DSK, ils ont joué un rôle on ne peut plus utile. Quelques bloggers mieux informés des pratiques de la justice américaine, comme Arthur Goldhammer ou maître Eolas, ont dés le 16 mai inlassablement opposé à l'émotion et à l'incompréhension des Français (dont la mienne), leur connaissance de la procédure américaine. Ils nous ont  inlassablement dit et répété : ce qui lui arrive n'a rien d'exceptionnel et bien loin d'être particulièrement brutale la justice américaine a montré, en cette occasion, qu'elle savait traiter les puissants avec la même rigueur que les faibles ce qui, rappelaient-ils, n'est pas la première vertu de la justice française. Ils ont ouvert la voie aux avocats français inscrits au barreau de New-York (je ne savais pas qu'ils étaient si nombreux) qui ont enfoncé le clou sur un peu toutes les chaines de télévision.

Leur précision a agréablement tranché avec les approximations de la presse professionnelle auxquelles je faisais allusion hier et que Pasca Riché reprend dans cet article de Rue 89.

Ils ont, en cette affaire, servi de vigie et évité que nous ne sombrions dans un nouvel accès d'anti-américanisme primaire. Nous devons à ce titre les remercier. Ce qui n'interdit pas de penser que la justice a eu en cette affaire la main particulièrement lourde et qu'on l'a jugé et condamné dans la presse internationale et notamment américaine DSK un peu vite.

DSK trop vite condamné…

DSK est d'ores et déjà condamné. Il a violé cette jeune femme. Et ses amis qui le défendent, intellectuels, socialistes, sont d'abominables machistes comme ne nous l'ont pas envoyé dire Denise Bombarbier et tant d'éditorialistes de la presse anglo-saxonne.

Mais où sont les preuves de sa culpabilité? Nous n'avons pour l'instant que le témoignage de la victime que seule la police a entendue, la réputation de DSK de faire sa cour de manière très pesante et… beaucoup de confusion :  erreurs de la police sur l'heure, sur les vidéos (on le voyait parait-il sortir en toute hâte de sa chambre alors qu'il n'y a pas de caméras dans les couloirs de cet hôtel), le frère de la victime dont le témoignage a fait tant de bruit se révèle un ami… Tout cela mériterait, au minimum, un peu de prudence. Je veux bien que DSK soit un fou de sexe, mais même pour un pervers, sauter nu sur une femme de chambre inconnue dans une chambre d'hôtel n'est pas banal. Et téléphoner ensuite sur le lieu du crime pour réclamer son téléphone parait pour le moins imprudent.

Tant qu'un peu de clarté ne sera pas mis sur tout cela, mieux vaudrait garder son calme. Les présomptions de sa culpabilité sont fortes, mais cela ne suffit certainement pas à le condamner. La présomption d'innocence est aussi une manière de donner à la justice le temps de faire son travail. A trop la fouler, on risque de prononcer une condamnation avant même d'avoir mené l'enquête.



vendredi, mai 20, 2011

Triple peine pour DSK

DSK devrait donc sortir de prison, mais à quel prix. Alors même qu'il n'est pas jugé il est déjà condamné à une triple peine :
- l'obligation d'abandonner son poste au FMI et ses ambitions politiques,
- l'obligation de financer lui-même les gardes armés qui l'empêcheront de s'enfuir. La mesure qui va le ruiner, lui et sa famille, est extravagante : n'y a-t-il donc plus de police aux Etats-Unis pour exécuter ce qui relève d'une décision de justice? S'il avait choisi de rester en prison, lui aurait-on fait payer son hébergement et ses repas? On devine dans cette décision, une volonté de frapper, et de frapper fort au portefeuille quelqu'un qui n'est pas encore jugé mais aussi les effets délétères de la privatisation à outrance des services publics,
- une peine de prison qui peut être longue s'il est déclaré coupable.

Cela fait beaucoup. On est en tout cas bien loin de la juste proportion des peines dont parlaient Montesquieu er Beccaria.

Je parlais il y a quelques jours de la brutalité du système américain, ce qui m'a valu quelques échanges intéressants avec des lecteurs et amènera sans doute dans les semaines qui viennent des spécialistes à examiner de plus près ce qui rapproche et distingue nos systèmes. Ces derniers développements vont plutôt dans mon sens.

mercredi, mai 18, 2011

Affaire DSK : les conséquences politiques

Personne n'en parle, mais tout le monde y pense : quelles vont être les conséquences politiques de la mise hors jeu de DSK dans ces conditions? A droite, beaucoup se réjouissent, pensant que cela devrait profiter à Nicolas Sarkozy. A gauche, on est encore sous le choc, mais quatre points méritent attention.

Le PS est une organisation solide, résiliente Qu'on se souvienne de la manière dont il s'était sorti de l'abandon en rase campagne de Jacques Delors. Il avait su très vite se mettre en état de marche derrière Lionel Jospin. Ce sera cette fois-ci la même chose. Rien dans ce que l'on reproche à DSK ne peut porter atteinte au parti. C'est une affaire exclusivement personnelle qui n'a rien à voir avec ses opinions, ses engagements…

Le nouveau candidat, que ce soit Hollande, Aubry ou Fabius (qui pourrait bien sortir du bois) aura moins de soutiens affichés dans l'opinion de droite mais aussi beaucoup moins d'adversaires à l'extrême-gauche. Jean-Luc Mélenchon pourrait bien être une victime collatérale de cette affaire : il perd son meilleur ennemi, celui qu'il appelait "l'affameur des peuples".

Avec Dominique Strauss-Khan, la campagne aurait beaucoup tourné autour des questions internationales, son point fort mais aussi celui de Nicolas Sarkozy qui ne peut vraiment avancer de réussites que dans ce domaine. Avec Hollande, Aubry, la campagne se recentrera sur les questions intérieurs où son bilan est le plus souvent médiocre quand ce n'est pas mauvais.

Enfin, la personnalité de Strauss-Khan, la richesse de sa femme, sa ryad à Marrakech, ses promenades en Porshe avaient commencé de gommer les faiblesses de comportement de Nicolas Sarkozy. Le style infiniment plus sobre de François Hollande, celui de Martine Aubry, celui-même de Laurent Fabius ne peut que les mettre en évidence.

Pour tous ces motifs, il n'est pas certain que Nicolas Sarkozy ait, comme on le dit, tant de raisons de se réjouir.

Les conséquences à moyen terme de l'affaire DSK

On connait tous aujourd'hui les conséquences à court terme de l'affaire DSK : il ne sera pas candidat à la candidature du PS et donc pas aux présidentielles. Mais à moyen-terme, l'impact de cette affaire sur la société française pourrait être significati. J'en vois trois :
- elle pourrait, d'abord, désinhiber les journalistes : ils savaient, mais seul le correspondant de Libération à Bruxelles, Jean Quatremer, et un humoriste, Stephane Guillon, avaient osé mettre les pieds dans le plat et encore de manière indirecte en faisant allusion à la réputation de directeur général du FMI. Il leur sera difficile, demain, de ne pas arguer de cette erreur professionnelle (s'ils avaient dénoncé plus tôt les incartades de DSK peut-être aurait-on évité cet épisode) pour publier ce qu'ils savent ;
- elle devrait, ensuite, donner un peu d'air aux juges d'instruction que la réforme de la justice voulait éliminer. La vision que donne la justice américaine, sa brutalité, son incitation à négocier plutôt qu'à juger, c'est-à-dire à chercher la vérité, devraient conduire à retrouver des vertus à un juge dont la fonction est d'instruire à charge et décharge. On ne pourra certainement pas, dans l'avenir, réformer la justice, donner au procureur plus de pouvoir sans penser à cette affaire ;
- elle pourrait, enfin, modifier assez profondément l'image que nous nous faisons d'une certaine forme de "drague" qui, quoique ne relèvant pas du viol proprement dit, utilise certaines formes de contraintes. Combien de femmes, ici comme ailleurs, on été confrontées à ce type de comportement de la part d'hommes par ailleurs tout à fait respectables? Les discussions sur cette affaire sont, pour beaucoup l'occasion de revisiter  tel ou tel épisode vécu avec plus ou moins de souffrance, de le réévaluer et de se dire : "c'était plus grave que je ne l'ai alors pensé, cela méritait plus qu'une gifle ou l'oubli". Et ce qui est vrai des femmes l'est également des hommes puisque ce "travail" de réévaluation se fait en public, dans ces conversations sur l'affaire où l'on entend des femmes, de toutes conditions, de tous âges, raconter comment elles ont été un jour ou l'autre confrontées à des violences similaires. La violence mesurée dans les rapports sexuels (je dis mesurée parce qu'il n'y eut évidemment ni coups de poings ni rien de similaire) jusqu'alors ignorée émerge et devient, sous nos yeux, un fait social.

dimanche, mai 15, 2011

DSK arrêté

Réveil brutal ce matin à 6h30 : DSK arrêté pour tentative de viol sur une employée du Sofitel. Que l'accusation soit exacte (le plus probable, on imagine mal la police new-yorkaise ne pas prendre ses précautions avec un personnage de cette stature) ou délirante (on ne peut, naturellement, l'exclure), sa candidature parait bien compromise. Comment se relever d'une affaire qui parait plausible tant ses antécédents militent contre lui? Les Français sont en général tolérants sur les amours de leurs dirigeants mais je doute qu'ils approuvent une agression sexuelle. La tonalité des réactions à gauche et à droite dans les heures qui viennent sera à suivre de près.

Reste à Martine Aubry à se mettre en selle et à très rapidement faire oublier cet épisode déplorable. Nous pourrons tester son envie d'être présidente à la manière dont elle va annoncer dans les heures ou les jours qui viennent sa candidature à la candidature.

samedi, mai 14, 2011

Le populisme de la classe ouvrière


(Blogger ayant à la suite de sa grande panne de jeudi (dont personne ne parle) effacé les messages de ce jour, je remets celui-ci. Pour ceux qui voudraient faire pareil, il suffit d'une interrogation sur Google avec le titre du message ou quelques mots clef et de cliquer sur cached pour retrouver le message d'origine).

Les sondages qui donnent Marine Le Pen en tête dans les intentions de vote dans la classe ouvrière étonnent et inquiètent, mais sont-ils si surprenants? Les meilleurs connaisseurs de la classe ouvrière le savent depuis longtemps, certains de ses membres ont toujours été sensibles aux sirènes populistes. En témoigne ce commentaire de Christian Lescureux, l'un des dirigeants de la Fédération communiste du Pas-de-Calais dans les années 60 que cite une jeune historienne, Marion Fontaine, qui l'a rencontré en 1998 pour la préparation d'une thèse sur la ville de Lens en plein pays minier : "Ils (les mineurs) demeuraient très souvent dépourvus d'une certaine culture politique. Ils étaient très sensibles à l'aspect spectaculaire des choses, très fragiles face aux discours populistes, facilement enclins à s'en remettre aux beaux parleurs, aux personnages dotés d'une certaine autorité charismatique?" (cité dans Sport, sociabilité et cultures politiques en territoire lensois, 1936-1955, Les Cahiers du centre de recherche historique, 2003).

Analyse que les observateurs ont reprises à l'occasion de scrutins ultérieurs. En 2002, Pascal Perrineau écrivait : "Le Pen fait un tabac chez les couches populaires. Un quart des ouvriers qui sont allés voter ont voté pour Jean- Marie Le Pen. C'est le premier électorat ouvrier, mieux que Chirac et Jospin. En revanche c'est dans la catégorie des cadres supérieurs et des professions libérales que Le Pen fait ses plus mauvais scores... (Ceux qui votent F.N.) sont des gens qui sont en bas de l'échelle des revenus mais aussi de l'échelle des savoirs. Plus le niveau de culture est élevé, plus on est à l'abri d'un vote Le Pen."

On remarquera la proximité des analyses : ce serait le manque de culture politique (le dirigeant communiste) ou de savoir (le politologue) qui expliqueraient la séduction que les leaders du FN exercent non pas sur toute la classe  mais sur 25 à 30% de celle-ci (un peu plus selon les derniers sondages). On notera également le glissement : le fasciste cède la place aux beaux parleurs, c'est-à-dire aux démagogues et aux populistes, et le  parallélisme fait entre hiérarchie sociale et "correction politique" : les cadres supérieurs ne se laisseraient pas séduire par le charisme du leader populiste.

Cette explication est à première vue séduisante. Elle éclaire bien le glissement d'une partie de la classe ouvrière de l'extrême-gauche à l'extrême-droite, d'un démagogue à l'autre, de Georges Marchais à Jean-Marie Le Pen. Elle me parait pourtant s'appuyer sur une base bien faible :  le manque de culture politique ou de savoir de la classe ouvrière. Pourquoi ce même manque de savoir ou de culture en conduirait certains à se prononcer pour des partis populistes, d'autres pour des partis de gouvernement et d'autres encore à s'abstenir? Cette ignorance est-elle d'ailleurs avérée? Qui peut dire que les ouvriers sont moins bien informés que les cadres supérieurs de l'histoire des fascismes? Qui, du moins, l'a vérifié?

On gagnerait, je crois, à se pencher sur les raisons du succès des démagogues et à essayer de comprendre pourquoi certains penchent plutôt vers des démagogues d'extrême-gauche à la Mélenchon qui visent les possédants et d'autres vers des démagogues d'extrême-droite à la Le Pen qui ciblent les étrangers.

Dans ses analyses de la démagogie, dans le livre V de son traité de politique, Aristote insiste beaucoup sur les compétences rhétoriques des démagogues et sur leur capacité à exciter la haine du peuple contre les riches et les puissants. Les démagogues rencontrent leurs succés chez ceux qui en veulent aux riches, qui sont jaloux de leurs richesses ou qui leur reprochent de s'enrichir sur leur dos. Ils donnent à qui éprouve de la jalousie ou de la colère une justification, une bonne raison de haïr ceux qui sont mieux lotis, de les accuser de leurs malheurs. L'autorité que le démagogue tire de ses compétences et de sa capacité à réunir le peuple cautionne, légitime la jalousie de qui se sent menacé dans son statut, dégradé, mal traité. "Non seulement, dit-il en substance à ses auditeurs, vous n'êtes pas seul à penser ce que vous pensez, mais en plus vous avez raison de le penser." "Et, ajoute-t-il, avec moi les choses vont changer." Pourquoi changeront-elles? "Parce que j'irai au bout de mes promesses, je ne me laisserai arrêter par le premier obstacle."

Cette confiance qu'a le démagogue dans ses capacités à bousculer les obstacles est sans doute ce qui séduit le plus des électeurs qui ne sont pas ignorants mais en ont assez des promesses qui ne sont pas tenues et, plus encore, des projets qui n'aboutissent pas et sont en permanence remis en cause. En un sens, les électeurs n'en peuvent plus de cette hésitation permanente du politique dont témoigne plus que d'autres la présidence de Sarkozy qui passe son temps à défaire ce qu'elle a construit.

Le Pen, Mélenchon confortent leurs auditeurs dans le sentiment qu'ils ont bien raison d'en vouloir aux "affameurs du peuple", "aux destructeurs des services publics qui veulent tout privatiser" (version Mélenchon) ou au "étrangers qui prennent notre travail" (version Le Pen). Ils s'adressent à des populations différentes. Marine Le Pen séduit les ouvriers du secteur privé qui ont perdu leur emploi du fait des délocalisations, de la concurrence internationale et notamment de celle des  pays émergents qui se replient sur une France fermée aux autres. Mélenchon séduit les personnels du secteur public qui craignent son démantèlement. Mais l'un comme l'autre mettent en avant leur volonté de sauter les obstacles, de faire tomber les murailles. Quant à leurs électeurs, ils envoient aux candidats "sérieux" un double message de défiance : non seulement, on ne croit plus en vos solutions mais on ne croit même plus que vous soyez en mesure de mettre en oeuvre celles que vous proposez même lorsqu'elles paraissent pertinentes.

Vue sous cet angle, la stratégie de Nicolas Sarkozy qui consiste à coller au Front National pour lui voler ses électeurs parait vouée à l'échec : ce n'est pas seulement son programme qui les séduit chez Marine Le Pen mais aussi la capacité qu'ils lui prêtent de faire bouger les choses; Or, là-dessus, le bilan de Nicolas Sarkozy est on ne peut plus médiocre. Non seulement, il n'a pas mené à bien toutes les réformes promises, mais celles qu'il a conduites n'ont pas donné les résultats escomptés et, bien souvent, il est amené à revenir dessus ou à les désavouer. Le dernier épisode en date (les déclarations de Wauquiez sur le RSA) ne sont qu'une pierre de plus à jeter sur une présidence qui, malgré toutes les déclarations martiales, parait condamnée à l'immobilisme.

dimanche, mai 08, 2011

Quand les philosophes se mettent eux aussi à écrire en anglais

Je parlais ici même il y a quelques jours de Claudine Tiercelin qui vient d'être élue au Collège de France. Je disais qu'elle n'avait pas de fiche Wikipedia (ce qui ne saurait maintenant tarder) mais elle a un site, très sobre, très simple, avec beaucoup de liens vers ses papiers et une bibliographie semble-t-il très complète. Sa lecture illustre une double évolution du monde intellectuel :

- la multiplication des articles, qui semble être devenu le format canonique de la recherche quand le livre jouait, au moins en philosophie, ce rôle il n'y a pas si longtemps ;
- et l'utilisation de plus en plus fréquente de l'anglais dans une discipline dont les langues de travail étaient plutôt l'allemand ou le français.

Ces évolutions indiquent que la philosophie se plie à son tour aux règles de la publication de recherche développée dans d'autres disciplines (en économie notamment). On l'observe à d'autres signes, comme la multiplication des références, l'introduction de celles-ci au sein du texte entre crochets et non plus en notes ou dans le corps même du texte comme on faisait autrefois. Les textes de Deleuze ou Foucault avaient l'allure d'essais (ce qui n'interdisait ni la profondeur ni la richesse), ceux-ci ont plus l'allure de rapports d'étape dans une recherche.

De toutes ces évolutions, la plus contestable me parait être l'utilisation de l'anglais. On dira que cela facilite la communication avec des collègues qui ne lisent pas le français. Ce qui est vrai. Mais cet avantage doit être nuancé. L'utilisation de l'anglais par des non-anglophones pose plusieurs problèmes :

- cela met en situation d'infériorité les auteurs dont l'anglais n'est pas la langue maternelle par rapport à ceux de leurs collègues dont il l'est. Qui peut affirmer, sans rire qu'il maîtrise aussi bien l'anglais que sa langue maternelle même si, comme Claudine Tiercelin, on a une licence d'anglais.
- cela introduit un vague dans les concepts que devine quiconque s'est amusé à comparer différentes traductions d'un texte philosophique. Le travail des concepts demande une maîtrise de la langue dans laquelle on écrit que l'on n'a pas forcément dans une langue étrangère.
- cela risque de modifier à terme les hiérarchies et lignées au risque de prendre pour nouveau ce qui n'est que répétition d'idées déjà développées ailleurs. C'est déjà le cas en économie, comme le faisait remarquer non sans amertume Maurice Allais. Combien d'articles d'économies citent de lointains épigones anglo-saxons d'auteurs français ou allemands que l'auteur semble ignorer ;
- cela coupe du public cultivé de sa propre langue. Foucault ou Deleuze étaient lus bien au delà du cercle des spécialistes. Je doute que ce soit le cas de Claudine Tiercelin. Ce qui ne pose guère de problème lorsqu'il s'agit d'articles traitant de questions très techniques est plus gênant lorsque les thèmes abordés sont susceptibles d'intéresser bien au delà. L'un des effets secondaires de cette montée en puissance de l'anglais pourrait, d'ailleurs, bien être de couper l'enseignement de la philosophie qui se fait.

Cette coupure du public cultivé n'est certainement pas une bonne nouvelle. Tant pour le public cultivé et curieux qui perd une occasion de se frotter à des pensées complexes que pour la philosophie qui risque de s'enfermer dans des débats scolastiques sans fin. On ne peut pas à la fois s'en prendre à la philosophie mondaine des Finkielkraut, Ferry et autres BHL et rendre ses textes à peu près inaccessibles au lecteur le mieux disposé. C'est, d'ailleurs, un peu ce qui s'est produit lorsqu'à la fin du Moyen-Age des philosophes, cachés derrière leur latin de cuisine, en sont venus à débattre sans fin de sujets abscons. Faut-il le rappeler? la modernité est née avec l'abandon progressif du latin et l'utilisation des langues parlées dans les Eglises mais aussi en philosophie.

Je voudrais pour conclure citer le début de l'épitre sur l'art de traduire et sur l'intercession des saints de Luther, un texte qui date de 1530 : "Le sage Salon dit dans Proverbe XI (verset 26) : "Celui qui garde son blé, les gens le maudissent : mais la bénédiction vient sur celui qui le vend." Cette parole doit être comprise comme concernant tout ce qui peut servir à l'utilité commune ou à la consolation de la chrétienté. C'est pourquoi aussi le Seigneur, dans l'Evangile, traite le serviteur infidèle de coquin paresseux parce qu'il avait enterré et caché son argent dans la terre."




vendredi, mai 06, 2011

Football : discrimination pour cause de marketing?

L’affaire de quotas à la Fédération Française de Football n’en finit pas de faire des vagues. De nouvelles révélations montrent que la séance a été enregistrée par un de ses participants choqués par les propos entendus lors de réunions précédentes et l’on apprend, par Mediapart, que des cadres de la Direction technique avaient préparé des histogrammes sur les binationaux à partir de statistiques bricolées en partant des noms et de la couleur de peau des gamins engagées dans les écoles de formation (puisqu’il s’agit de cela : des enfants engagés dans les écoles qui forment l’élite footballistique de demain). Ailleurs, on parlerait probablement de racisme mais c’est là peu probable sauf à penser que les dirigeants du foot français sont masochistes. Depuis des années, ce sport emploie un très grand nombre de jeunes dont les familles sont originaires d’Afrique et jamais on n’avait entendu parler de racisme chez les professionnels (avec le public, il peut en aller autrement). Sans doute s’agit-il d’autre chose.

Je parierai pour une discrimination pour cause de marketing. L’équipe de France (car il s’agit d’elle et d’elle seulement) est censée représenter la France, celle au moins qui s’intéresse à ce sport. Elle est d’autant plus populaire que les spectateurs s’y reconnaissent : ses succès sont ceux de toute la France qui regarde les matchs à la télévision. Or, on peut imaginer qu’une équipe trop noire ait paru à ses grands argentiers, à ceux qui négocient avec leurs principaux pourvoyeurs de fonds, je veux dire les télévisions qui vivent de la retransmission des matchs, un handicap. Je ne serais pas surpris d’apprendre que les responsables de la FFF qui ont engagé ces démarches discriminatoires l’aient fait pour satisfaire une demande implicite ou explicite des télévisions, tel ou tel responsable d’une grande chaîne leur ayant dit dans une conversation, officielle ou informelle, qu’à avoir trop de noirs dans cette équipe on risquait de lasser ou d’agacer les téléspectateurs. Ce ne serait pas la première fois que la télévision intervient dans le fonctionnement de ce sport. Des horaires au jeu, les demandes explicites ou implicites des télévisions ont souvent été des ordres pour les professionnels (un journaliste sportif de France Culture (il y en a!) expliquait récemment dans un article publié dans Geste que la télévision avait ralenti le jeu).

Le silence assourdissant des responsables sportifs des télévisions sur cette affaire pourrait faire penser qu’ils ne sont peut-être pas si à l’aise que cela dans leurs baskets…

jeudi, mai 05, 2011

Du rififi chez les philosophes

Le Collège de France vient d’élire à la chaire de Jacques Bouveresse, rebaptisée chaire de Métaphysique et de philosophie de la connaissance, une drôle de bougresse, je veux dire une femme de caractère : Claudine Tiercelin. Ce n’est pas la plus connue des philosophes contemporaines, je ne suis pas sûr qu’elle ait jamais été invitée à la télévision et que ses livres se vendent beaucoup en dehors des quelques librairies universitaires. Abomination finale : elle n’a même pas de page sur Wikipedia. Il est vrai que sa spécialité, la métaphysique, n’est pas de celles qui attirent les foules. Mais cette femme ne mâche pas ses mots.

Mediapart a eu l’excellente idée de l’interviewer. Et on l’entend égréner les jugements les plus fermes sur le monde philosophique parisien. Cela commence par un hommage appuyé à son prédecesseur : “je fais d’abord suite à Jacques Bouveresse que je tiens, sans aucune espèce de nuance, pour le plus grand philosophe français des cinquante dernières années.” Exit les Derrida, Badiou, Deleuze, Foucault et autres Jean-Luc Marion! Elle continue en s’étonnant que jamais l’on ne cite Jules Vuillemin, Gilles Gaston Granger, Emile Meyerson, Jacques Herbrand, Jean Nicod ou Jean Largeault. “Je suis, ajoute-t-elle, toujours abasourdie, quand j’entends aujourd’hui parler de philosophie «française», de devoir constater que personne ne juge indécent de ne pas simplement «évoquer» ces très grands noms à cette occasion.” Exit Sartre, Merleau-Ponty, Levinas et tous les heidegeriens. Quant à ceux qui se piquent d’éthique, elle leur réserve une de ses meilleures piques : “Je crois vraiment qu’il faut se méfier comme de la peste de «l’éthique» quand elle est devenue, comme c’est apparemment le cas pour certains philosophes, un véritable fonds de commerce. Mais comme disait Peirce, pour déverser la philosophie à la louche, il y a toujours eu des marchands de soupe à tous les coins de rue.”

On aura remarqué la fermeté du ton. La dame ne doit pas être commode! Il est vrai qu’elle se voit en militante : “En philosophie, il faut choisir et s’engager. La philosophie est à cet égard, comme la vie: un massacreur de possibles. Tout n’est pas possible en même temps.” Le reste de l’interview porte sur ses thèses et ses travaux. On devine à la lire qu’elle appartient à cette famille de philosophes français formés à la logique et à l’épistémologie qui ont redécouvert la philosophie analytique anglo-saxonne dans les années 70 et avec elle la métaphysique. Je pense à Frédéric Nef, Pascal Engel, Joëlle Proust et, bien sûr, quoique dans une spécialité un peu différente, Alain de Libéra.

Ce ton vigoureux annonce des cours passionnants, des débats vifs, de quoi sortir la philosophie parisienne de ce que notre métaphysicienne bagarreuse appelle de la “paresse intellectuelle.” D’ici à ce que l’on retrouve l’atmosphères des querelles scolastiques, il n’y a qu’un pas qui n’effaroucherait certainement pas la titulaire de cette nouvelle chaire.

mercredi, mai 04, 2011

Ben Laden, la torture et un peu d'autopromotion

Puisque l'exécution de Ben Laden remet au goût du jour la torture je me permets au texte que j'avais publié sur le sujets dans les Temps Modernes il y a quelques années et dont on trouvera ici une copie. J'y montre combien la justification de la torture est profondément inscrite dans la culture américaine, notamment chez des auteurs auxquels on ne penserait pas spontanément comme Robert Nozick. Seuls, dans mon enquête, les militaires et ceux qui enseignaient dans les académies militaires manifestaient un scepticisme de bon aloi. 

La montée de Le Pen : la faute à la gauche?

Dans une réponse aux critiques que lui adressait Arthur Godhammer, l’auteur du portrait plutôt complaisant de Marine Lepen dans le New-York Times écrit : "the success of Le Pen and others is related to the failure of the left to articulate answers to current crises." A ses yeux, donc, comme à ceux de beaucoup d’autres, l’incapacité de la gauche à apporter des réponses satisfaisantes à la crise que nous traversons serait responsable de la montée de Marine Le Pen en France et des populismes. On retrouvait il y a quelques jours la même idée dans un article publié dans le Monde (Les dérapages néo-réacs reflets de la panique morale) dont les auteurs expliquaient que “l’hégémonie culturelle dextriste ne serait pas ce qu'elle est si elle n'était pas d'abord partie de gauche.” Il est vrai qu’à leurs yeux le processus était ancien puisqu’il remontait “à une période allant de 1977 à 1984.”

Attribuer à une gauche qui n’est plus au pouvoir depuis de nombreuses années la responsabilité de la montée des populismes est pour le moins surprenant. Si elle n’a pas su construire une réponse plausible à la crise qui peut dire que la droite a fait mieux? Et comme elle est aujourd’hui au pouvoir, ce serait plutôt de son coté qu’il faudrait en bonne logique chercher les causes de cette montée des populismes. Mais peut-être faut-il les chercher ailleurs.

Les politiques n’ont pas su nous dit-on trouver de réponse à la crise. Ce serait, d’abord, à vérifier. Nous avons après tout échappé au pire. Et si le choc de 2008 fut aussi brutal que celui de 1929, il n’a certainement pas eu les mêmes conséquences. Et sans doute faut-il en créditer les politiques tant en Europe qu’aux Etats-Unis mais il est vrai que des années de domination de la pensée libérale, la mondialisation et l’épuisement des solutions classiques, keynésiennes ou libérales (épuisement symbolisé par les remarques de François Mitterand sur le “on a tout essayé” à propos du chômage et de Lionel Jospin sur “L’Etat ne peut pas tout” à propos des licenciements chez Michelin), ont progressivement libéré le secteur économique de la main mise de l’Etat. Si le marché fut, comme l’expliquait Karl Polanyi, une invention de l’Etat, il faut convenir que ses principaux acteurs, les entreprises ont su prendre leur autonomie, elles peuvent aujourd’hui mettre en concurrence les Etats et ne manquent pas de le faire.

Beaucoup de citoyens ont donc le sentiment que leur vote, qu’il se porte à gauche ou à droite, ne change pas grand chose à la politique économique. D’où, sans doute, la montée de l’abstention (“à quoi bon voter si mon vote ne se sert à rien dans les domaines qui m’intéressent vraiment?”) mais aussi des thématiques populistes. Dès lors que les débats sur l’économie paraissent sans objet (“puisque de toutes manières les politiques n’y peuvent pas grand chose”), les affrontements politiques se portent sur des sujets sur lesquels les citoyens ont le sentiment que les politiques peuvent encore agir : la sécurité, l’immigration…

Le meilleur moyen de lutter contre le populisme est sans doute d’en montrer les dangers, mais aussi de convaincre les électeurs de la capacité du politique à reprendre le contrôle sur le secteur économique. Non pas au niveau national, ce qui n’a pas de sens, mais au niveau européen et surtout peut-être au niveau international. C’est là que l’expérience de DSK au FMI peut se révéler un atout de tout premier plan.

Ben Laden, déjà les théories du complot

C’est fascinant, il suffit de bavarder avec des inconnus dans la rue ou d’entendre les réactions à la radio ou à la télévision pour voir prospérer des théories du complot : les Américains ne pouvaient pas ignorer la cachette de Ben Laden. S’ils n’ont rien fait, c’est pour de bonnes raisons. Lesquelles? Au choix, et selon les interlocuteurs ses relations avec la famille Bush ou la CIA, la religion du père d’Obama… Et si on l’a tué quand on aurait pu le prendre vivant, c’est pour qu’il ne parle pas. Mais est-il vraiment mort? Pourquoi l’a-t-on jeté à la mer? et pourquoi ne veut-on pas nous montrer sa photo? celle que l’on a vue dans la presse était un montage. Etrange, non? La CIA nous a habitués à tant de coups tordus que cette fois-ci encore…

On retrouve dans ces rumeurs les ingrédients classiques : la défiance à l’égard de l’information officielle, défiance d’autant plus surprenante que nous vivons dans des sociétés libres où les autorités ont le plus grand mal à garder secret quoi que ce soit. Le désir d’établir toujours et partout des relations de cause à effet. Rien ne peut être laissé au hasard ou à l’incompétence. Tout doit avoir une explication rationnelle. Pourquoi, pourtant, ne pas imaginer que l’on peut cacher des choses aux services secrets? Pourquoi ne pas admettre les pannes, les failles dans les institutions les mieux huilées? Il y a tapie dans ces rumeurs l’idée d’une superpuissance qui contrôle tout et ne peut donc faillir.

On remarquera également la formidable flexibilité de ces réécritures de la réalité qui font beaucoup pour leur succès : ces rumeurs peuvent convenir à tout le monde, à l’anti-américain le plus féroce, au gauchiste qui en veut à Bush et à la CIA, à l’ennemi juré d’Obama comme au partisan de Ben Laden.

On peut parier qu’elles auront la vie dure et que toutes les dénégations du monde n’empêcheront pas leur diffusion.

lundi, mai 02, 2011

Football : un éclairage inattendu et bienvenu sur les discriminations

Il est rare qu'on ait le détail des échanges qui conduisent à prendre des mesures discriminatoires. Le verbatim des débats à la Fédération Française de Football est de ce point de vue un document passionnant. On y découvre plusieurs mécanismes à l'oeuvre :
- la stupidité de responsables qui accumulent sans sourciller les sottises sur les qualités athlétiques des jeunes noirs et des jeunes maghrébins comme si l'on ne trouvait pas des petits noirs malingres et de grands blondinets  ;
- les euphémismes qui permettent de concevoir des politiques discriminatoires sans jamais tenir le moindre propos raciste ;
- la perte des repères démocratiques et républicains : ces responsables envisagent tout simplement d'établir un distingo entre jeunes Français selon l'origine de leurs parents ou grands-parents (entre ceux dont la parentèle permet d'avoir une double nationalité et les autres). Ont-ils donc oublié que la loi ne peut qu'être la même pour tous?
- l'oubli des valeurs méritocratiques du sport devenu spectacle de masse. On veut que l'équipe de France ressemble à… mais à quoi? au public de la télévision? Je doute que ce soit comme cela que l'on gagne des compétitions.

Il est bon qu'un participant à cette réunion ait eu la bonne (mais oh combien étrange) idée de l'enregistrer et de faire passer cette bande à Medaipart dont on ne sait plus très bien si c'est un journal ou une vigie.

dimanche, mai 01, 2011

Le rêve poussiéreux de François Hollande

Le petit Journal de Canal Plus s’est amusé à comparer le premier discours de François Hollande dans sa campagne pour la candidature aux prochaines élections présidentielles à un discours que Nicolas Sarkozy a donné en 2007. Ses journalistes ont, naturellement, insisté sur les ressemblances : mêmes références, mêmes accents, presque les mêmes mots. C’était cruel et… désespérant.

François Hollande est un homme de qualité, il a du talent, des idées, il connaît les dossiers, sait rire et est ouvert aux idées des autres. Il y avait certainement plein de choses intéressantes dans son discours mais quelle idée de reprendre, pour structurer une campagne cette vieille idée du rêve? Non seulement cela montre un défaut d’imagination mais, plus grave, une mécompréhension de ce qu’attendent les électeurs. Nous ne voulons pas qu’on nous fasse rêver. A quoi d’ailleurs pourrions nous rêver?

Nous n'avons que faire de rêves. Nous voulons que l’on nous rende confiance dans l’avenir, dans notre société, dans nos chances de rester une grande puissance (nous ne voulons pas rêver d’en être une, non, plus simplement croire que c’est encore possible), dans notre possibilité d’agir, via la politique, sur l’économie, de contrôler nos vies… C’est à cette condition que nous aurons envie de retourner aux urnes parce que nous aurons le sentiment que nous pourrons, par nos votes, contrôler ce qui compte : l’économique et le social, alors que nous avons le sentiment que les décisions qui comptent, celles qui ont un impact sur nos vies de tous les jours sont prises ailleurs, loin par des gens sur lesquels nous n’avons aucun moyen d’action. Nous voulons que l’on nous rende confiance pas que l’on nous fasse rêver.