samedi, mai 21, 2011

Les blogs et l'affaire DSK

Les bloggers ont chez les journalistes un statut un peu particulier : on les critique en public mais on s'inspire volontiers en privé des meilleurs. Dans l'affaire DSK, ils ont joué un rôle on ne peut plus utile. Quelques bloggers mieux informés des pratiques de la justice américaine, comme Arthur Goldhammer ou maître Eolas, ont dés le 16 mai inlassablement opposé à l'émotion et à l'incompréhension des Français (dont la mienne), leur connaissance de la procédure américaine. Ils nous ont  inlassablement dit et répété : ce qui lui arrive n'a rien d'exceptionnel et bien loin d'être particulièrement brutale la justice américaine a montré, en cette occasion, qu'elle savait traiter les puissants avec la même rigueur que les faibles ce qui, rappelaient-ils, n'est pas la première vertu de la justice française. Ils ont ouvert la voie aux avocats français inscrits au barreau de New-York (je ne savais pas qu'ils étaient si nombreux) qui ont enfoncé le clou sur un peu toutes les chaines de télévision.

Leur précision a agréablement tranché avec les approximations de la presse professionnelle auxquelles je faisais allusion hier et que Pasca Riché reprend dans cet article de Rue 89.

Ils ont, en cette affaire, servi de vigie et évité que nous ne sombrions dans un nouvel accès d'anti-américanisme primaire. Nous devons à ce titre les remercier. Ce qui n'interdit pas de penser que la justice a eu en cette affaire la main particulièrement lourde et qu'on l'a jugé et condamné dans la presse internationale et notamment américaine DSK un peu vite.

6 commentaires:

Arthur Goldhammer a dit…

Merci, cher Bernard. Je vous pose à mon tour une question sur la présomption d'innocence en France. Il y a eu la triste affaire de la famille Xavier de Ligonnès. Monsieur est en fuite, et les journaux le traitent de coupable, publient sa photo, etc. Un certain nombre d'indices sont contre lui, bien sûr, mais il y aussi de vagues rumeurs d'un complot, de dettes, de malfrats qui auraient fait pression sur lui, etc. Rien n'est encore prouvé devant un tribunal, mais je parierais que 90% des Français le considèrent désormais comme coupable, Aux États-Unis, peut-être 80% des Américains considèrent DSK comme coupable, voire comme un violeur récidiviste. C'est comme ça dans les affaires de grande notoriété, surtout là où les premiers indices sont choquants. Mais la justice reste sereine et finalement prononcera son verdict. Toutefois,"la présomption d'innocence n'existe pas aux E-U," nous dit l'avocat de Tristane Banone, en prétendant que c'est pour cette raison qu'elle ne souhaite pas témoigner contre DSK. Ou est-ce que plutôt que dans le système accusatoire, comme ce même avocat lui a sans doute expliqué, et justement à cause de la présomption d'innocence, les avocats de DSK auront toute liberté d'enquêter sur le passé de cette femme et l'obligeraient peut-être d'expliquer pourquoi, si elle avait peur que les agents de DSK ne la poursuive de leur vindicte, elle est allé témoigner devant Thierry Ardisson et ses copains à la télé au lieu de porter plainte? C'est ça la présomption d'innocence aux E-U: il ne s'agit pas d'une retenue de la presse, qui n'en a pas et qui très souvent est d'une goujaterie épouvantable; il s'agit plutôt de la liberté de la défense d'employer tous les moyens pour jeter le discrédit sur les témoins à charge. Ce n'est sans doute pas le seul moyen de rechercher la vérité, mais c'est une méthode qui laisse le jugement final entre les mains d'un jury populaire, dont le verdict doit être unananime. Et ses délibérations sont parfaitement libre. Ni le juge ni le procureur ni la défense ont le moindre mot à dire. On fait confiance donc à tout et à n'importe qui pour dire la vérité. Ayant fait mon service de juré plusieurs fois, je peux vous dire que je suis toujours très impressioné par la capacité du citoyen lambda de mettre de côté ses préjugés et de considérer les arguments des uns et des autres. À regarder nos débats politiques, qui frôlent parfois l'irrationalité et l'absurdité totales, on ne le dirait pas, mais ce qui est remarquable, c'est que quand le destin d'un homme ou d'une femme est en jeu, il se produit une sorte de transformation de l'esprit. Ce n'est pas dire que les erreurs de jugement sont inexistantes; c'est bien évidemment faux, mais je ne crois pas qu'elles soient plus nombreuses dans le système accusatoire que dans n'importe quel autre.

Bernard G a dit…

Votre réponse, cher Arthur, me laisse perplexe. Je comprends et approuve votre souhait de remettre les pendules à l'heure, mais pourquoi tant d'acharnement à défendre un système judiciaire qui n'est certainement pas exempt de faiblesses?

Peut-on comparer l'affaire Ligonnés et celle de DSK? Il y a au moins deux différence :
- le premier a disparu et est reté silencieux, le second clame son innocence ;
- Ligonnés n'a pas été sanctionné, DSK l'a déjà été et triplement (perte de son emploi, séjour en prison, condamnation à des dépenses extravagantes pour se faire garder).

Ce que vous dites de la jeune Tristane Barone est sonne juste. Et, de fait son comportement pour le moins erratique ne peut qu'introduire un doute quant à son témoignage et à ses motivations (ce qui ne veut évidemment pas dire qu'elle ment).

J'ai beaucoup de mal à trouver bon et juste que la vérité puisse sortir de la démolition d'une victime, si, comme vous le suggérez, les avocats de DSK n'auraient d'autre choix que de mettre en évidence les faiblesses de caractère de cette jeune femme, comme ils feront sans doute avec la malheureuse femme de chambre. N'y a-t-il donc pas d'autres manières, plus respectueuse des droits de chacun, de faire émerger la vérité?

Mais c'est ce que vous dites du comportement des jurés qui me parait le plus intéressant : comme c'est, de plus, basé sur une expérience répétée, je dois en conclure qu'il se passe dans ces jurys populaires à l'américaine quelque chose de particulier qui n'existe pas dans nos jurys et qui mériterait d'être approfondi par des psychosociologues.

Cela dit, peut-on dire que la justice américaine commet moins d'erreurs judiciaires que la justice française (ou vice-versa)? C'est probablement indécidable, ce serait cependant l'une des meilleures manières de départager les partisans de l'une et l'autre pratique.

Arthur Goldhammer a dit…

Et Éric Woerth? Il a perdu son emploi, il doit vider ses poches pour payer sa défense dans une affaire sans lien avec l'Affaire Bettencourt, son avenir a été démoli par des avocats déterminés a défendre l'intérêt de leur cliente, toutes les règles de la procédure ont été bafouées à maintes reprises avec fuites du bureau du juge, écoutes téléphoniques et enquête sur les factures d'un fonctionnaire, etc. Et j'admets volontiers que moi aussi, j'ai hurlé avec les loups en le présumant coupable.

Je suis d'accord avec vous sur le mal qu'on fait parfois aux témoins en recherchant la vérité, Mais le système inquisitoire, est-il sûr qu'il offre une meilleure protection? Florence Woerth a, elle aussi, perdu son emploi et sa réputation sans avoir été inculpée, à ma connaissance. Elle le mérite, peut-être, mais DSK aussi, peut-être. On ne sait pas encore.

J'espère que je ne suis pas coupable d'"acharnement." Mon but est simplement d'insister que, si on veut faire la comparaison, il faut tenir compte des faiblesses des deux côtés.

Bernard G a dit…

Je ne suis pas certain que la comparaison avec l'affaire Woerth soit très pertinente. Woerth n'a quitté le gouvernement qu'après de longs mois et ce sont les révélations de la presse, qui a démonté les uns après les autres ses mensonges, bien plus que la justice qui ont brisé (mais pour combien de temps?) sa carrière politique. Une comparaison plus judicieuse serait avec l'affaire Balkany accusé d'avoir imposé à une maitresse une fellation sous la menace d'une arme. Celle-ci a porté plainte, il n'a jamais été poursuivi. Il ne s'en serait probablement pas sorti aussi facilement aux Etats-Unis et ne serait plus depuis longtemps l'ami du Prédisent.

Il me semble qu'il faut distinguer ce qui relève de la presse et ce qui relève de la justice.

Je parlais il y a quelques jours de la triple peine de DSK, il va maintenant falloir parler de la double peine de la victime : non seulement, elle a été (ou aurait été) à demi-violée mais en plus les avocats de DSK vont tout faire pour la démolir, pour insinuer qu'elle a menti, qu'elle n'est pas la femme qu'elle prétend être. Ce qui lui fera peut-être regretté d'avoir porté plainte. Les victimes de viol ont déjà beaucoup de mal à porter plainte, ce système accusatoire ne peut que les inciter à plus de prudence encore.

Anonyme a dit…

la présomption d'innocence est une notion JURIDIQUE qui déclare l'accusé innocent tant qu'il n'est pas jugé,quand bien même il accomplirait l'acte qui lui vaut d'être poursuivi en public.Ca ne signifie donc nullement qu'il n'a pas accompli l'acte susdit.L'accomplissement de l'acte même reconnu ne préjuge pas du jugement qui peut reconnaître au prévenu des circonstances partiellement ou totalement atténuantes par ex.,en fonction des circonstances(légitime défense,irresponsabilité ...)

code d'einstein a dit…

Bonjour,

Vous êtes cordialement invité à visiter mon blog.

Description : Mon Blog(fermaton.over-blog.com), présente le développement mathématique de la conscience humaine.

La Page No-29, THÉORÈME DU TIGRE.

BILL CLINTON, DSK et TIGRE ?

Cordialement

Clovis Simard