lundi, mars 15, 2010

Régionales : des résultats en trompe-l'oeil?

Et si ces résultats étaient en trompe-l'oeil? Y a-t-il vraiment, comme on le dit, remontée du Front National, ou effet statistique? Il suffirait que ses électeurs aient été déterminés à aller voter pour sanctionner Nicolas Sarkozy, quand des électeurs de droite déçus aient préféré rester chez eux pour que son score s'améliore mécaniquement. On peut tenir le même raisonnement pour la gauche. Pèse-t-elle vraiment 50% de l'électorat ou seulement 50% de cet échantillon biaisé? Le niveau élevé d'abstention invite à regarder ces résultats avec la plus extrême prudence.

Le scrutin de la semaine prochaine et les enquêtes que les instituts de sondage vont mener dans les semaines qui viennent nous éclaireront sans doute un peu plus sur cette question. Mais même s'il apparaît que le paysage politique a moins changé qu'on ne dit, cette élection est une défaite majeure du sarkozysme, tant sur le plan tactique (construire un parti unique de la droite) que sur le plan stratégique (détourner l'attention de la crise en lançant le débat sur l'identité nationale).

On a parlé de reconfiguration. Il sera intéressant de voir comment se distribuent les voix d'Europe Ecologie et du Front National sur le territoire, le premier étant semble-t-il plus urbain, quand l'autre maintient ses positions dans les zones rurales et semi-rurales, reprenant ainsi le vieux clivage entre une France des villes moderne tentée par un libéralisme modéré et une France des campagnes traditionnelle sensible au populisme interventionniste.

6 commentaires:

Emmanuel a dit…

Deux questions : qu'est-ce que le semi-rural ? Si on parle des banlieues pavillonnaires excentrées, je n'y vois pas autre chose que le malaise à venir déjà rencontré dans les grands ensembles, et une problématique profondément urbaine.
Marseille, Nice, Toulon, Orange, le bassin houiller du Pas de Calais sont ils des territoires ruraux ou semi-ruraux ? Non. Je respecte vos analyses qui sont le plus souvent fines, mais là j'avoue être profondément agacé par le cliché que vous colportez et qui contribue lui, au clivage entre monde rural et monde urbain, toujours au détriment du premier qui crève à petit feu, aussi faute d'être correctement représenté dans la sphère médiatique.

Bernard G a dit…

Il faut évidemment attendre des enquêtes plus détaillées pour savoir ce qu'il en est, mais pour ce qui est du vote Front National dans les campagnes, il n'est pas nouveau. Je vous renvoie à une analyse que j'en avais donné ici-même en 2007 : Pourquoi Le Pen a-t-il si bien résisté dans les zones rurales (http://bernardg.blogspot.com/2007/05/pourquoi-le-pen-t-il-si-bien-rsist-dans.html)

Emmanuel a dit…

J'ai lu attentivement votre lien. L'explication de la stigmatisation sociale plus forte dans les petites communes, le vote défouloir de déclassés. Bon. Pourquoi pas, même si à mon sens c'est un épiphénomène dans le vote FN. Je reçois aussi la peur de l'autre ressentie plus forte que celle vécue dans la décision du vote FN. Pas faux, encore faut-il observer la sociologie de ces votants, qui sont souvent (cf l'Ain début des années 200) des urbains déclassés car travaillant à Lyon, Genève, mais ne pouvant (plus) s'y loger ou simplement à proximité (exemple de Saint-Priest dont la sociologie se transforme radicalement). Ceci étant dit, les faits sont têtus. La cartographie est celle d'une France de l'Est industrieuse ou autrefois industrieuse qui a laissé sur le côté bon nombre d'hommes et de femmes autrefois intégrés et aujourd'hui en souffrance et en perte des repères traditionnels (cf bassin houiller du 62 : église catholique discréditée, syndicalisme et communismes intégrateurs disparus, paternalisme patronal évaporé)
Ici en Franche-Comté, le vote Frontiste fait ses plus gros scores dans le Territoire de Belfort, département proportionnellement plus urbain que ses voisins.
J'entends vos arguments, mais je maintiens qu'ils biaisent la perception car il ne reflète pas, ou extrêmement partiellement la réalité profonde du vote FN, tout en opposant France rurale et France urbaine alors que la sociologie de cette dichotomie est un enjeu majeur qui nécessite plus de finesse tant il est fondamentale dans les questions politiques qui vont se poser à notre pays - c'est déjà le cas - dans les prochaines décennies.

Anonyme a dit…

l'évidence est plutôt que les villes étant très fortement peuplées de français d'origine immigrée, ceux-ci ne votent pas FN, sur le total des votants ça fait un vide.
La campagne étant épargnées pour l'instant par ces populations allogènes reflète donc l'opinion d'un électorat plus homogène.

"en trompe l'oeil", un "clin d'oeil" à JMLP ?

Emmanuel a dit…

Allogène, homogène... Anonyme... J'aime votre archaïsme, votre bêtise crasse et caricaturale, votre sens du raccourci et votre aveuglement qui me donne envie de continuer à l'ouvrir.
Pour vous répondre sans sombrer dans l'insulte, imaginez les Alpes et la Franche-comté sans immigrés, sans les pasteurs suisses, les maçons, les charbonniers et les scieurs italiens... Nous vivrions dans un désert en friche.
A moins que sous le couvert du mot allogène vous ne mettiez une autre réalité.

Anonyme a dit…

"les Alpes et la Franche-comté sans immigrés, sans les pasteurs suisses, les maçons, les charbonniers et les scieurs italiens..."

belle image d'Epinal, j'admire votre archaïsme...