Ségolène Royal a organisé sur son site internet, Désir d'avenir, un débat sur l'immigration, brouillon comme sont souvent ces débats, mais intéressant. Il montre notamment que l'opinion est plus riche, plus diversifiée, plus généreuse aussi, que ne le disent les sondages et les politiques qui s'en inspirent (c'est l'un des bénéfices de ces débats en ligne de nous montrer que nous sommes plus compliqués, nuancés, hésitants, audacieux… que ne le suggèrent les experts en opinions).
L'objectif de ces débats est de l'aider à construire son programme pour les présidentielles. L'idée est excellente, encore faut-il la suivre. Ce qui n'est pas forcément ce qu'elle fait si j'en juge par les propos qu'elle a tenus le 19 septembre sur LCI à Christophe Barbier : "Le chiffre de sans-papiers régularisés pose un problème de crédibilité de la parole de l'Etat. Bizarrement, le chiffre des régularisés correspond aux chiffres annoncés à l'avance par le ministère de l'Intérieur. Il y a un mensonge public, puisque Nicolas Sarkozy avait annoncé une régularisation au cas par cas en examinant les cas individuels et comme par hasard, il aboutit au résultat qu’il avait affiché avant.
Il faut avoir dans ce domaine (celui des régularisations) des attitudes responsables, appliquer des critères. Nicolas Sarkozy en est sa troisième loi. Il a cassé le seul outil de régularisation en continu, c’est-à-dire la carte de 10 ans qui permettait avant de régulariser tranquillement chaque année 2000 ou 3 000 étrangers qui participaient à l’économie de notre pays. En cassant cet outil, Sarkozy a créé la situation actuelle. L’Etat français doit, c’est sa responsabilité, établir des règles claires et ensuite les appliquer. Dans le domaine de l’accueil des étrangers, il faut tenir les deux bouts de façon équilibrée, c’est à dire respecter les étrangers qui sont ici en situation régulière, les loger correctement, les respecter dans leur travail, ne pas tenir des propos xénophobes à leur encontre, c’est-à-dire ne pas faire l’amalgame entre tous les étrangers en France. Ensuite c’est fixer des règles claires. La solution, comme dans tous les pays d’Europe, c’est la régularisation au long cours des étrangers.
J’ai proposé des visas aller retour, qui permettent aux étrangers de venir pour des activités saisonnières ou autres de façon régulière et de pouvoir rentrer en toute sécurité dans leur pays. L’idée ce n’est pas de revenir sur le droit au regroupement familial, C’est une solution gagnant-gagnant. Gagnant pour le travailleur étranger qui n’a pas forcément envie de se déraciner. Et gagnant pour l’économie française.”.
On est évidemment très loin de la démagogie de Nicolas Sarkozy, mais très loin également de ce que l'on pourrait attendre d'une candidate qui a choisi de mettre de l'air frais dans nos débats politiques.
On aimerait qu'elle aborde la question de fond : celle des migrations dont l'immigration n'est que l'un des aspects, qu'elle nous explique pourquoi fermer nos frontières est non seulement irréaliste, inefficace mais absurde, qu'elle nous dise comment elle compte non pas interdire ou bloquer, mais :
- ce qu'elle compte faire pour réguler les flux d'entrée et de sortie (réguler ne voulant pas dire interdire, mais plutôt organiser, comme on organise une queue dans une administration pour éviter les bousculades),
- quelles mesures elle pense prendre pour faciliter les aller-retour des immigrés (question centrale : les immigrés qui sont entrés ne peuvent pas repartir même lorsqu'ils le souhaitent de crainte de ne pouvoir revenir). Son projet de visa aller-retour est un premier pas dans cette direction, mais il faut aller plus loin,
- quels dispositifs elle imagine (ou, plus modestement, quelle procédure elle compte prendre pour trouver des solutions) pour protéger les droits des travailleurs migrants, qu'il s'agisse des immigrés qui viennent chez nous ou des Français qui s'installent à l'étranger.
On aimerait, enfin, qu'elle construise un discours positif sur l'immigration (discours étrangement absent de son intervention), qu'elle explique que nous avons changé de monde, que nous vivons dans un monde ouvert où chacun de nous peut être appelé à migrer, revenir, repartir, que c'est le quotidien de nos enfants, de tous nos enfants, que les marchés du travail se sont eux aussi globalisés et que plutôt que de tenter de fermer nos frontières, on devrait les ouvrir.
Encore un (gros) effort, Ségolène!
Avoir des opinions est l'un des éléments du bien-être, affirmait il y a une quinzaine d'années, l'économiste A.O.Hirshman. Les blogs sont une bonne manière d'afficher ses opinions mais aussi, et peut-être même surtout, de les construire. C'est ce qui m'a donné envie de tenir celui-ci
vendredi, septembre 22, 2006
jeudi, septembre 21, 2006
Le retour des intellectuels?
Pendant des années, on s'est plaint du déclin des intellectuel. Le plus souvent marxistes, ils ont sombré avec la chute du mur de Berlin, leur parole vidée de toute force tant ils s'étaient trompés, tant ils nous avaient menti, tant ils s'étaient menti. Ils se sont enfermés dans leurs universités, replié sur les publications savantes et les colloques austères. L'intellectuel était devenu chercheur. Depuis quelques mois (quelques années?), il me semble que cette figure est de retour. J'en vois deux indices :
- l'intervention de plus en plus fréquente des économistes dans le débat public, dans la presse et, surtout, sur les blogs qui se sont multipliés ces dernières années. Non contents d'être les conseillers du prince, ils veulent former l'opinion, la convaincre, corriger ses erreurs (en matière d'économie, mais aussi dans des domaines connexes que leur discipline a progressivement investis) ;
- les signatures d'une revue grand public comme Philosophie magazine. Dans son dernier numéro, on retrouve Alain de Libera, Sandra Laugier, Barbara Cassin et Luc Brisson qu'on retrouvait plutôt dans des revues savantes.
Espérons qu'ils diront, qu'ils disent moins de sottises que leurs grands prédécesseurs. Pour l'heure, ils ne sont pas moins arrogants, quoique peut-être moins emphatiques. Un reste de la prudence du chercheur?
- l'intervention de plus en plus fréquente des économistes dans le débat public, dans la presse et, surtout, sur les blogs qui se sont multipliés ces dernières années. Non contents d'être les conseillers du prince, ils veulent former l'opinion, la convaincre, corriger ses erreurs (en matière d'économie, mais aussi dans des domaines connexes que leur discipline a progressivement investis) ;
- les signatures d'une revue grand public comme Philosophie magazine. Dans son dernier numéro, on retrouve Alain de Libera, Sandra Laugier, Barbara Cassin et Luc Brisson qu'on retrouvait plutôt dans des revues savantes.
Espérons qu'ils diront, qu'ils disent moins de sottises que leurs grands prédécesseurs. Pour l'heure, ils ne sont pas moins arrogants, quoique peut-être moins emphatiques. Un reste de la prudence du chercheur?
mercredi, septembre 20, 2006
Le fantasme du complot a la vie dure
Les attentats du 11 septembre n'ont-ils été qu'une illusion? On sait que depuis le début un certain nombre d'auteurs, plus malins que tous les témoins, toutes les caméras, tous les journalistes… nous assurent que la destruction des deux tours new-yorkaises n'est que le fruit d'un immense complot d'une administration américaine en perdition.
Aussi bizarre que cela puisse paraître, cette thèse n'a pas disparu. Elle réapparaît régulièrement. Dernier exemple, cette analyse (voir également celle-ci), à l'apparence tout à fait scientifique, qui "montre" que les tours se seraient effondrées comme font celles que l'on démolit de manière contrôlée. Tout cela avec à l'appui une analyse de la vidéo. On ne sait pas très bien ce que veulent prouver ses auteurs? Que les bâtiment auraient été minés avant l'impact des avions? Mais qui aurait pu les miner sans que personne ne s'en rende compte?
Le plus extraordinaire est qu'il y ait des gens manifestement intelligents qui consacrent autant de temps à pareilles balivernes. Question : convainquent-ils quiconque?
Reste que tout cela rappelle l'assassinat de Kennedy et le flou qui l'entoure. On sait probablement depuis toujours la vérité, mais… il ne se passe pas de décennie (que dis-je? d'année) sans qu'un nouveau livre ne conteste la vérité officielle. Vérité contestable parce qu'officielle.
Aussi bizarre que cela puisse paraître, cette thèse n'a pas disparu. Elle réapparaît régulièrement. Dernier exemple, cette analyse (voir également celle-ci), à l'apparence tout à fait scientifique, qui "montre" que les tours se seraient effondrées comme font celles que l'on démolit de manière contrôlée. Tout cela avec à l'appui une analyse de la vidéo. On ne sait pas très bien ce que veulent prouver ses auteurs? Que les bâtiment auraient été minés avant l'impact des avions? Mais qui aurait pu les miner sans que personne ne s'en rende compte?
Le plus extraordinaire est qu'il y ait des gens manifestement intelligents qui consacrent autant de temps à pareilles balivernes. Question : convainquent-ils quiconque?
Reste que tout cela rappelle l'assassinat de Kennedy et le flou qui l'entoure. On sait probablement depuis toujours la vérité, mais… il ne se passe pas de décennie (que dis-je? d'année) sans qu'un nouveau livre ne conteste la vérité officielle. Vérité contestable parce qu'officielle.
mardi, septembre 19, 2006
Internet : l'erreur de la presse
Les journaux sont aujourd'hui malades d'internet. Ils le savent et tentent, par tous les moyens de se sortir de l'impasse dans laquelle ils se sentent inéluctablement poussés. Internet remet, en effet, directement en cause :
- la production de contenu,
- l'accès au lecteur,
- les relations avec les annonceurs.
Pour s'en sortir, les journaux ont pesé que le plus simple serait de se mettre sur internet. Pensant bien faire, ils ont mis gratuitement à disposition leur contenu pendant quelques jours. Ce faisant, ils ont commis une double erreur :
- erreur marketing, puisqu'en mettant gratuitement à disposition leur contenu du jour, ils ont accéléré la déperdition des lecteurs (pourquoi acheter un journal que l'on peut feuilleter gratuitement sur internet?);
- erreur sur la nature même d'internet. Ils n'ont pas vu qu'internet est, d'abord, un formidable outil d'archivage.
Ils auraient du faire exactement le contraire : maintenir payant le journal du jour (et éventuellement de la veille) et mettre gratuitement à disposition des internautes, les journaux des jours précédents auxquels le lecteur ne peut pas avoir accès, sinon en se rendant dans une bibliothèque, ils auraient ainsi contribué à enrichir le contenu du web sans se tirer une balle dans le pied. Certains l'ont fait, comme l'Humanité ou, dans un genre différent la revue Le Banquet. Résultat, on les trouve lorsque l'on fait une recherche et leur présence sur le web est plus importante que ne l'est celle dans les kiosques. On dira que cela ne leur apporte pas d'argent, ce qui est vrai, mais cela augmente leur visibilité sans leur en faire perdre plus.
- la production de contenu,
- l'accès au lecteur,
- les relations avec les annonceurs.
Pour s'en sortir, les journaux ont pesé que le plus simple serait de se mettre sur internet. Pensant bien faire, ils ont mis gratuitement à disposition leur contenu pendant quelques jours. Ce faisant, ils ont commis une double erreur :
- erreur marketing, puisqu'en mettant gratuitement à disposition leur contenu du jour, ils ont accéléré la déperdition des lecteurs (pourquoi acheter un journal que l'on peut feuilleter gratuitement sur internet?);
- erreur sur la nature même d'internet. Ils n'ont pas vu qu'internet est, d'abord, un formidable outil d'archivage.
Ils auraient du faire exactement le contraire : maintenir payant le journal du jour (et éventuellement de la veille) et mettre gratuitement à disposition des internautes, les journaux des jours précédents auxquels le lecteur ne peut pas avoir accès, sinon en se rendant dans une bibliothèque, ils auraient ainsi contribué à enrichir le contenu du web sans se tirer une balle dans le pied. Certains l'ont fait, comme l'Humanité ou, dans un genre différent la revue Le Banquet. Résultat, on les trouve lorsque l'on fait une recherche et leur présence sur le web est plus importante que ne l'est celle dans les kiosques. On dira que cela ne leur apporte pas d'argent, ce qui est vrai, mais cela augmente leur visibilité sans leur en faire perdre plus.
lundi, septembre 18, 2006
Le pape, l'Islam…
On conçoit aisément que les musulmans aient été blessés par les propos peu oecuméniques et pas très diplomatiques du Pape, mais on aimerait que les foules musulmanes dépensent autant d'énergie pour condamner ceux qui tuent sans discriminationau nom de Dieu et insultent certainement plus l'Islam que le Pape ou quelques caricaturistes.
Tant que les foules musulmanes ne se lèveront pas pour manifester leur colère contre les assassins et les terroristes, j'aurai, pour ma part, du mal à prendre au sérieux l'émotion de ceux qui demandent des excuses au Pape. Nous vivons dans des sociétés libres qui nous donnent le droit de tenir les propos que nous voulons. Et cela me parait infiniment plus respectable qu'une foi qui conduit des gamins au suicide.
La colère des foules islamiques ne doit pas nous faire mettre sous le manteau nos valeurs.
Tant que les foules musulmanes ne se lèveront pas pour manifester leur colère contre les assassins et les terroristes, j'aurai, pour ma part, du mal à prendre au sérieux l'émotion de ceux qui demandent des excuses au Pape. Nous vivons dans des sociétés libres qui nous donnent le droit de tenir les propos que nous voulons. Et cela me parait infiniment plus respectable qu'une foi qui conduit des gamins au suicide.
La colère des foules islamiques ne doit pas nous faire mettre sous le manteau nos valeurs.
mercredi, septembre 13, 2006
Le pouvoir du regard
Il y a actuellement au (petit) musée du Luxembourg une exposition de peintures du Titien que ses organisateurs ont étrangement choisi de titrer : "le pouvoir en face". C'est, comme toujours dans ce musée, trop petit, un peu court, mais cela plait au public qui le fréquente, public dont la jeunesse n'est pas la première caractéristique (on a même l'impression que le Sénat, qui gère ce musée, a emprunté ses fichiers au Figaro magazine tant la clientèle est âgée), mais l'exposition est intéressante. Elle ne présente que des portraits, tous ou presque pris de 3/4. Seules exceptions, deux ou trois portraits de profil (dont celui, célèbre, de François 1er). Une question vient immédiatement à l'esprit lorsque l'on visite cette exposition : pourquoi ces expositions de 3/4. Pourquoi pas de portraits de face?
La réponse vient rapidement : cette vue de 3/4 permet de mettre en évidence le regard des modèles ou, plutôt, de leur donner une vision panoramique. Tandis que l'on se déplace devant les tableaux, que ce soit de droite à gauche, ou de près à loin, on a l'impression d'être suivi du regard par le personnage peint. Cette exposition donne aux modèles une vision panoramique, j'allais dire panoptique qui serait inquiétante s'ils n'avaient le plus souvent un regard tendre, mélancolique. Tendresse et mélancolie qui ne leur étaient pas forcément naturelles si l'on en juge par les biographies de certains. Mais peu importe, cette présentation en coin les met en position de nous dominer, de nous scruter et, surtout, de vivre.
On pourrait se trouver mal à l'aise. Ce n'est pas le cas. Sans doute parce que cette présentation a toujours quelque chose d'artificiel. Elle ne cherche pas à nous tromper, elle ne cache pas son jeu : elle met de la vie dans ce qui ne se cache pas de n'être qu'une image.
La réponse vient rapidement : cette vue de 3/4 permet de mettre en évidence le regard des modèles ou, plutôt, de leur donner une vision panoramique. Tandis que l'on se déplace devant les tableaux, que ce soit de droite à gauche, ou de près à loin, on a l'impression d'être suivi du regard par le personnage peint. Cette exposition donne aux modèles une vision panoramique, j'allais dire panoptique qui serait inquiétante s'ils n'avaient le plus souvent un regard tendre, mélancolique. Tendresse et mélancolie qui ne leur étaient pas forcément naturelles si l'on en juge par les biographies de certains. Mais peu importe, cette présentation en coin les met en position de nous dominer, de nous scruter et, surtout, de vivre.
On pourrait se trouver mal à l'aise. Ce n'est pas le cas. Sans doute parce que cette présentation a toujours quelque chose d'artificiel. Elle ne cherche pas à nous tromper, elle ne cache pas son jeu : elle met de la vie dans ce qui ne se cache pas de n'être qu'une image.
Les régimes spéciaux, l'équité…
Depuis que François Fillon a fait ses déclarations au Parisien, on ne parle plus que des régimes spéciaux. Nouveau sujet pour la campagne électorale? On verra bien. Les arguments utilisés par ceux qui veulent réformer ces régimes méritent qu'on s'y attarde un instant. Ils sont deux types :
- économiques : ces régimes sont en faillite, la collectivité doit les renflouer,
- moraux : il n'est pas normal ("normal" voulant ici dire "juste") que les salariés des entreprises publiques bénéficient d'un régime plus avantageux que les autres.
Je me limiterai à cette dimension morale. La thèse défendue est, qu'au fond, si l'on veut être équitable, et il faut l'être, tout le monde doit être traité de la même manière (les règles de calcul de la pension doivent être les mêmes pour tous). Cet argument moral joue un rôle déterminant puisque c'est celui qui va permettre aux partisans de la réforme de convaincre des citoyens, qui n'ont pas de lumière sur la dimension économique du problème, de sa justesse.
Or, il ne va pas de soi. On peut poser au moins deux questions :
- Pourquoi faudrait-il, d'abord, que les pensions soient calculées de la même manière pour tout le monde?
- Et si on applique ce principe d'équité aux pensions, pourquoi ne pas l'appliquer à d'autres éléments du contrat de travail, aux rémunérations, à ce que les américains appellent les "benefits", disons les avantages sociaux. Est-il équitable que les cadres aient des mutuelles plus avantageuses que les employés et ouvriers?
La question centrale est celle du statut de la retraite. De quoi s'agit-il? D'une rémunération que la société accorde aux travailleurs âgés? ou d'une composante du contrat de travail? Dit autrement : est-ce une assistance ou du salaire différé?
Si la retraite relevait de l'assistance, son montant ne serait pas indexé sur les rémunérations pendant la vie professionnelle. Si elle est un salaire différé, son calcul est un élément du deal que le salarié qui entre dans une entreprise passe avec son employeur, c'est une composante du contrat de travail (implicite dans les entreprises publiques puisque le statut remplace en pratique le contrat) qu'il signe lors de son embauche.
On trouve dans ce deal d'autres éléments, comme la sécurité dans l'emploi, le salaire ou les conditions de travail. En échange de la sécurité de l'emploi et d'une retraite plus précoce et meilleure, le salarié accepte un certain nombre d'inconvénients : salaires qui peuvent être plus faibles que dans le privé, conditions de travail difficiles, acquisition de compétences qui n'ont pas de valeur marchande en dehors de l'entreprise qui les emploie (que peut faire un conducteur de TGV qui quitte la SNCF de ses compétences?).
On peut juger ce deal déséquilibré (et sans doute l'est-il dans certaines entreprises) mais c'est un contrat que les salariés ont passé avec l'entreprise. Ce contrat est intervenu dans un grand nombre de leurs décisions, il les a guidés tout au long de leur vie. S'ils ont choisi de rester dans l'entreprise quand ils auraient pu poursuivre leur carrière ailleurs, s'ils ont accepté des promotions lentes quand ils auraient pu espérer mieux, c'était pour conserver ces avantages. Les entreprises publiques ne peuvent revenir unilatéralement sur ce contrat sans manquer à leur parole. Ce qui veut dire que les salariés de ces entreprises auront de bonnes raisons de se sentir floués si leur régime de retraite est modifié par une décision du gouvernement. Et c'est justement parce qu'ils auront le sentiment d'être victime d'une injustice qu'il y a de bonnes chances qu'ils résistent à toute tentative de le réformer.
Le dilemme moral est donc plus compliqué que ne veulent bien le dire les partisans d'une réforme de ces régimes spéciaux. Est-ce que cela veut dire que l'on ne peut rien faire? Pas forcément. S'il n'est pas moral de modifier unilatéralement un contrat, rien n'interdit de le renégocier et de demander aux salariés des entreprises publiques de contribuer complètement au financement de leurs pensions.
Il n'y a de problème que parce que les régimes spéciaux en grande difficulté sont financés par le régime général. Il n'y a, effectivement, pas de motif que les salariés du privé paient pour ceux des entreprises publiques, sauf à penser que ce paiement est une subvention déguisée qui permet à ces entreprises de nous offrir leurs services à des prix avantageux. C'est probablement la réalité, mais on voit bien ce que ce tour de passe passe peut avoir de contestable : pourquoi les habitants de Perpignan contribueraient-ils au financement des transports en commun dans la région parisienne?
Si l'on sen tient à la dimension morale, la solution serait donc de se tourner vers les entreprises et leurs salariés et de leur dire : il est injuste de faire payer à la collectivité vos déficits. Si aujourd'hui vos régimes sont en difficulté, c'est du fait des décisions que vous avez prises. Trouvez chez vous les moyens de financer ces pensions. Nous vous aiderons à passer le cap, mais nous ne pouvons plus accepter cette injustice.
Une solution de ce type amènerait les entreprises à renégocier avec leurs salariés les conditions de leur contrat en tenant compte de leurs situations particulières. L'alignement sur les conditions du régime général pourrait être l'une des solutions retenues, mais d'autres pistes pourraient être explorées, comme l'augmentation des cotisations (particulièrement faibles dans ces entreprises), l'allongement des durées d'activité…
Conclusion : si l'on s'en tient à un raisonnement de type moral, la solution passe par la responsabilisation des entreprises et la renégociation en leur sein de leurs contrats de travail. Propriétaire et financier de ces entreprises, l'Etat serait en droit de leur donner des échéances et des objectifs, d'exercer une pression forte pour obtenir des résultats, mais rien ne justifie qu'il passe en force.
- économiques : ces régimes sont en faillite, la collectivité doit les renflouer,
- moraux : il n'est pas normal ("normal" voulant ici dire "juste") que les salariés des entreprises publiques bénéficient d'un régime plus avantageux que les autres.
Je me limiterai à cette dimension morale. La thèse défendue est, qu'au fond, si l'on veut être équitable, et il faut l'être, tout le monde doit être traité de la même manière (les règles de calcul de la pension doivent être les mêmes pour tous). Cet argument moral joue un rôle déterminant puisque c'est celui qui va permettre aux partisans de la réforme de convaincre des citoyens, qui n'ont pas de lumière sur la dimension économique du problème, de sa justesse.
Or, il ne va pas de soi. On peut poser au moins deux questions :
- Pourquoi faudrait-il, d'abord, que les pensions soient calculées de la même manière pour tout le monde?
- Et si on applique ce principe d'équité aux pensions, pourquoi ne pas l'appliquer à d'autres éléments du contrat de travail, aux rémunérations, à ce que les américains appellent les "benefits", disons les avantages sociaux. Est-il équitable que les cadres aient des mutuelles plus avantageuses que les employés et ouvriers?
La question centrale est celle du statut de la retraite. De quoi s'agit-il? D'une rémunération que la société accorde aux travailleurs âgés? ou d'une composante du contrat de travail? Dit autrement : est-ce une assistance ou du salaire différé?
Si la retraite relevait de l'assistance, son montant ne serait pas indexé sur les rémunérations pendant la vie professionnelle. Si elle est un salaire différé, son calcul est un élément du deal que le salarié qui entre dans une entreprise passe avec son employeur, c'est une composante du contrat de travail (implicite dans les entreprises publiques puisque le statut remplace en pratique le contrat) qu'il signe lors de son embauche.
On trouve dans ce deal d'autres éléments, comme la sécurité dans l'emploi, le salaire ou les conditions de travail. En échange de la sécurité de l'emploi et d'une retraite plus précoce et meilleure, le salarié accepte un certain nombre d'inconvénients : salaires qui peuvent être plus faibles que dans le privé, conditions de travail difficiles, acquisition de compétences qui n'ont pas de valeur marchande en dehors de l'entreprise qui les emploie (que peut faire un conducteur de TGV qui quitte la SNCF de ses compétences?).
On peut juger ce deal déséquilibré (et sans doute l'est-il dans certaines entreprises) mais c'est un contrat que les salariés ont passé avec l'entreprise. Ce contrat est intervenu dans un grand nombre de leurs décisions, il les a guidés tout au long de leur vie. S'ils ont choisi de rester dans l'entreprise quand ils auraient pu poursuivre leur carrière ailleurs, s'ils ont accepté des promotions lentes quand ils auraient pu espérer mieux, c'était pour conserver ces avantages. Les entreprises publiques ne peuvent revenir unilatéralement sur ce contrat sans manquer à leur parole. Ce qui veut dire que les salariés de ces entreprises auront de bonnes raisons de se sentir floués si leur régime de retraite est modifié par une décision du gouvernement. Et c'est justement parce qu'ils auront le sentiment d'être victime d'une injustice qu'il y a de bonnes chances qu'ils résistent à toute tentative de le réformer.
Le dilemme moral est donc plus compliqué que ne veulent bien le dire les partisans d'une réforme de ces régimes spéciaux. Est-ce que cela veut dire que l'on ne peut rien faire? Pas forcément. S'il n'est pas moral de modifier unilatéralement un contrat, rien n'interdit de le renégocier et de demander aux salariés des entreprises publiques de contribuer complètement au financement de leurs pensions.
Il n'y a de problème que parce que les régimes spéciaux en grande difficulté sont financés par le régime général. Il n'y a, effectivement, pas de motif que les salariés du privé paient pour ceux des entreprises publiques, sauf à penser que ce paiement est une subvention déguisée qui permet à ces entreprises de nous offrir leurs services à des prix avantageux. C'est probablement la réalité, mais on voit bien ce que ce tour de passe passe peut avoir de contestable : pourquoi les habitants de Perpignan contribueraient-ils au financement des transports en commun dans la région parisienne?
Si l'on sen tient à la dimension morale, la solution serait donc de se tourner vers les entreprises et leurs salariés et de leur dire : il est injuste de faire payer à la collectivité vos déficits. Si aujourd'hui vos régimes sont en difficulté, c'est du fait des décisions que vous avez prises. Trouvez chez vous les moyens de financer ces pensions. Nous vous aiderons à passer le cap, mais nous ne pouvons plus accepter cette injustice.
Une solution de ce type amènerait les entreprises à renégocier avec leurs salariés les conditions de leur contrat en tenant compte de leurs situations particulières. L'alignement sur les conditions du régime général pourrait être l'une des solutions retenues, mais d'autres pistes pourraient être explorées, comme l'augmentation des cotisations (particulièrement faibles dans ces entreprises), l'allongement des durées d'activité…
Conclusion : si l'on s'en tient à un raisonnement de type moral, la solution passe par la responsabilisation des entreprises et la renégociation en leur sein de leurs contrats de travail. Propriétaire et financier de ces entreprises, l'Etat serait en droit de leur donner des échéances et des objectifs, d'exercer une pression forte pour obtenir des résultats, mais rien ne justifie qu'il passe en force.
mardi, septembre 12, 2006
Automne, un film gratuit sur Google video
C'est un film de 1h 50 minutes que l'on peut voir intégralement et gratuitement sur internet sans le télécharger de manière illégale. Un "vrai" film, avec des comédiens professionnels, Laurent Lucas, Iréne Jaocb, Michel Aumont, Benjamin Rolland… dirigé par Ra'up McGee, un metteur en scène américain dont c'est, semble-t-il, le premier film.
Ce film est sorti en salle aux Etats-Unis en juin, il a été bien accueilli par la critique qui y a vu un hommage rendu par un américain au cinéma noir français (Melville, Becker) lui-même inspiré du cinéma noir américain. Il est, depuis juillet, disponible sur le net. C'est, semble-t-il, une première. Je n'ai pas trouvé de blog qui en parle (mais je n'ai pas cherché longtemps). On peut imaginer que le réalisateur et le producteur (qui a certainement eu son mot à dire) y ont vu un moyen de faire parler de leur film, peut-être une façon d'intéresser un distributeur en France puisque ce film en français, avec des comédiens français, n'a pas à ma connaissance (le nom du réalisateur est inconnu de la base de données d'Allociné) trouvé de salle chez nous. C'est en tout cas une manière de faire circuler une oeuvre qui resterait autrement enfermée dans des cartons. Et donc une bonne idée. D'autant que le film est loin d'être inintéressant. les personnages vivent, existent.
A voir sur… Googlevidéo (et peut-être ailleurs).
Ce film est sorti en salle aux Etats-Unis en juin, il a été bien accueilli par la critique qui y a vu un hommage rendu par un américain au cinéma noir français (Melville, Becker) lui-même inspiré du cinéma noir américain. Il est, depuis juillet, disponible sur le net. C'est, semble-t-il, une première. Je n'ai pas trouvé de blog qui en parle (mais je n'ai pas cherché longtemps). On peut imaginer que le réalisateur et le producteur (qui a certainement eu son mot à dire) y ont vu un moyen de faire parler de leur film, peut-être une façon d'intéresser un distributeur en France puisque ce film en français, avec des comédiens français, n'a pas à ma connaissance (le nom du réalisateur est inconnu de la base de données d'Allociné) trouvé de salle chez nous. C'est en tout cas une manière de faire circuler une oeuvre qui resterait autrement enfermée dans des cartons. Et donc une bonne idée. D'autant que le film est loin d'être inintéressant. les personnages vivent, existent.
A voir sur… Googlevidéo (et peut-être ailleurs).
vendredi, septembre 01, 2006
Violence à l'école : une mauvaise action
La publication par le Point de la liste des 450 établissements recensant le plus d'actes de violence est tout à la fois une sottise et une mauvaise action.
Une sottise, car cette liste, telle qu'elle est présentée ne veut rien dire. Tous ceux qui s'intéressent à la chose publique et aux sondages savent depuis longtemps que les journalistes sont en ces matières atrocement nuls. A preuve, lorsqu'il s'agit de commenter le plus petit sondage politique, il font maintenant appel à des experts. Mais lorsqu'il s'agit de tirer à boulets rouges sur l'Education Nationale, tout est bon (regardez donc le titre de l'Express de cette semaine!).
Mais c'est aussi une mauvaise action. Imaginez un instant que vous soyez parent d'un enfant appelé, du fait de la carte scolaire à entrer dans l'un des établissements ainsi stigmatisés, qu'allez-vous faire? vous allez chercher à le mettre ailleurs. Dans le public, si vous y arrivez, dans le privé si vous en avez les moyens. Résultat : ne resteront dans cet établissement que ceux dont les parents ne s'intéressent pas à leurs enfants. Il y a quelques chances que ce soient ceux-là mêmes dont les enfants sont fauteurs de violence. Résultat : la violence augmentera alors que l'action des enseignants et de l'Education Nationale informée par ces statistiques correctement traitées auraient permis d'agir.
Irresponsables, incompétents… cela fait beaucoup pour une corporation qui passe son temps à donner des leçons aux autres. Je ne suis pas de ceux qui trouvent à la presse tous les défauts, mais en l'espèce, les journalistes du Point auraient mieux fait de tourner sept fois leur plume dans l'encrier avant de publier cette liste.
Une sottise, car cette liste, telle qu'elle est présentée ne veut rien dire. Tous ceux qui s'intéressent à la chose publique et aux sondages savent depuis longtemps que les journalistes sont en ces matières atrocement nuls. A preuve, lorsqu'il s'agit de commenter le plus petit sondage politique, il font maintenant appel à des experts. Mais lorsqu'il s'agit de tirer à boulets rouges sur l'Education Nationale, tout est bon (regardez donc le titre de l'Express de cette semaine!).
Mais c'est aussi une mauvaise action. Imaginez un instant que vous soyez parent d'un enfant appelé, du fait de la carte scolaire à entrer dans l'un des établissements ainsi stigmatisés, qu'allez-vous faire? vous allez chercher à le mettre ailleurs. Dans le public, si vous y arrivez, dans le privé si vous en avez les moyens. Résultat : ne resteront dans cet établissement que ceux dont les parents ne s'intéressent pas à leurs enfants. Il y a quelques chances que ce soient ceux-là mêmes dont les enfants sont fauteurs de violence. Résultat : la violence augmentera alors que l'action des enseignants et de l'Education Nationale informée par ces statistiques correctement traitées auraient permis d'agir.
Irresponsables, incompétents… cela fait beaucoup pour une corporation qui passe son temps à donner des leçons aux autres. Je ne suis pas de ceux qui trouvent à la presse tous les défauts, mais en l'espèce, les journalistes du Point auraient mieux fait de tourner sept fois leur plume dans l'encrier avant de publier cette liste.
Sarkozy et le droit de grève : mais à qui parle-t-il donc?
Nicolas Sarkozy est délicieux. Dès que l'on commence à l'oublier, à ne plus y penser (difficile, ces jours-ci, avec ses reconduites à la frontière de gamins qui ne demandaient rien de plus que de terminer leur scolarité, mais enfin…), dès que l'on tourne un instant la tête ailleurs, il trouve le moyen de se rappeler à notre bon souvenir. Cette fois-ci, c'est à propos du droit de grève qu'il veut associer, dans les 8 jours, d'un vote à bulletin secret pour en finir avec ce qu'il appelle la dictature des minorités. Il a prononcé ces fortes phrases devant les patrons du MEDEF, ce qui fait sourire. Où sont les patrons qui ont connu ces vingt dernières années des grèves de plus d'une semaine? Ceux qui avaient mis la clef sous le paillasson, et ceux là seulement. Pour le reste les organisations syndicales du privé ont depuis longtemps abandonné la grève comme moyen de pression sur les directions. Parce qu'elles savent qu'il est difficile de l'organiser en période de chômage massif avec des personnels dont on peut facilement se séparer. Parce qu'elles savent également qu'elles peuvent revendiquer de bien d'autres manières (il suffit d'interroger n'importe quel DRH pour savoir que les syndicats n'ont pas besoin de se mettre en grève pour le mettre en rogne).
Même dans la fonction publique, plus habituée des arrêts de travail, les grèves qui durent plus de 8 jours sont rares. Combien l'année dernière? Il faut revenir à 1995 pour en retrouver de vraiment longues (je me trompe peut-être, mais…). Moralité : ce sont des mots en l'air, une manière de s'attirer les bonnes graces d'une clientèle qui lui est acquise et qui crie d'autant plus fort contre les grèves qu'ils en ont peu dans leurs établissements.
Un peu de démagogie, rien de plus. Mais on est en campagne électorale…
Même dans la fonction publique, plus habituée des arrêts de travail, les grèves qui durent plus de 8 jours sont rares. Combien l'année dernière? Il faut revenir à 1995 pour en retrouver de vraiment longues (je me trompe peut-être, mais…). Moralité : ce sont des mots en l'air, une manière de s'attirer les bonnes graces d'une clientèle qui lui est acquise et qui crie d'autant plus fort contre les grèves qu'ils en ont peu dans leurs établissements.
Un peu de démagogie, rien de plus. Mais on est en campagne électorale…
mardi, août 08, 2006
Blair? Et si on lisait la presse britannique…
Nos principaux candidats à l'élection présidentielle, je veux dire Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, ont fait, de manière plus ou moins officielle, de Tony Blair leur modèle. On comprend bien pourquoi : tous deux aimeraient découvrir ce secret qui l'a fit durer si longtemps, qui lui a permis tout à la fois de conserver des voix de gauche et de faire taire son opposition de droite.
Son image est chez nous médiocre. Cela tient, pour beaucoup à ses positions sur l'Irak et le Liban, sur la manière dont il a collé aux positions américaines. Mais la lecture de la presse anglaise montre que son bilan est mitigé : bon sur le front économique, il est beaucoup plus discutable sur le front de la sécurité, celui qui justement intéresse nos deux candidats.
Sa politique repose sur quelques éléments qui sont inacceptables et qu'il faudrait combattre si l'un ou l'autre de nos deux candidats s'avisaient de les lui emprunter :
- une politique de surveillance accrue de la population qui passe par la technologie (des caméras partout, caméras qui ont permis de retrouver très rapidement les auteurs de l'attentat dans le métro de Londres) mais aussi par des systèmes de surveillance de ses voisins (Neighbourhood Watch et autres dispositifs comparables dont ceux imaginés par des journaux qui donnaient l'adresse de personnes condamnées pour pédophilie ) ;
- le développement d'une politique de lutte contre les risques en matière de sécurité qui conduit à rechercher les prédicteurs de comportements délictueux et à agir avant que tout délit ait été commis. Politique dont le film Minority Report avec ses personnages poursuivis pour des crimes qu'ils n'avaient pas encore commis a montré les dangers (fiction? sans doute, mais il s'est trouvé des éditorialistes en Grande-Bretagne pour demander que l'on mette en prison de manière préventive ceux qui pourraient commettre des crimes sexuels). Les études de l'INSERM qui ont fait tant de bruit au printemps s'inscrivent dans cette logique ;
- le développement d'une politique pénale qui durcit les peines pour les récidivistes sans relation avec la gravité des actes commis : le modèle est là ce dispositif que l'on rencontre dans certains Etats américains qui permet de condamner à la prison à vie ceux qui ont déjà été condamnés deux fois, serait-ce pour des délits mineurs ;
- la notion de comportement anti-social développée par le gouvernement travailliste qui conduit à sanctionner durement des délits mineurs ou des comportements insignifiants et justifie que le gouvernement (travailliste!) finance des écoles religieuses qui seraient mieux à même que des écoles publiques d'enseigner les valeurs morales aux jeunes.
Ces politiques sont dangereuses pour les libertés. Elles profitent :
- de la montée en puissance du mouvement de défense des victimes,
- du développement de toute une série de travaux qui vont chercher du coté de la biologie l'explication des comportements déviants (voir dans le dernier numéro de Prospect l'article de David Rose),
- de l'exploitation des thèses sur la disparition du capital social qu'il faudrait reconstituer,
- de l'action des mouvements religieux dans le monde anglo-saxon,
- de l'arrivée au premier plan de deux nouvelles familles de crimes : la pédophilie et le terrorisme qui tendent à se substituer dans notre imaginaire et dans nos craintes aux crimes et délits plus classiques.
L'exemple britannique est dangereux parce que sont nos liberté qui seraient in fine menacées sans, faut-il le préciser, aucun bénéfice puisque ces politiques sont, semble-t-il, inefficaces. Les caméras permettent de retrouver les auteurs d'attentats une fois ceux-ci commis mais pas de les prévenir. L'analyse des risques ne diminue pas les crimes et délits, mais favorise le développement de carrières criminelles, le Neighbourhood Watch et les systèmes de community policing auraient, selon certains ttravaux récents, plutôt tendance à augmenter les délits (voir par exemple : Adam Crawford, Stuart Lister and David Wall, Great Expectations: Contracted community policing in New Earswick, York).
On sent bien que Nicolas Sarkozy s'inspire au Ministère de l'Intérieur de l'exemple britannique. Il ne faudrait pas que Ségolène Royal fasse de même.
Son image est chez nous médiocre. Cela tient, pour beaucoup à ses positions sur l'Irak et le Liban, sur la manière dont il a collé aux positions américaines. Mais la lecture de la presse anglaise montre que son bilan est mitigé : bon sur le front économique, il est beaucoup plus discutable sur le front de la sécurité, celui qui justement intéresse nos deux candidats.
Sa politique repose sur quelques éléments qui sont inacceptables et qu'il faudrait combattre si l'un ou l'autre de nos deux candidats s'avisaient de les lui emprunter :
- une politique de surveillance accrue de la population qui passe par la technologie (des caméras partout, caméras qui ont permis de retrouver très rapidement les auteurs de l'attentat dans le métro de Londres) mais aussi par des systèmes de surveillance de ses voisins (Neighbourhood Watch et autres dispositifs comparables dont ceux imaginés par des journaux qui donnaient l'adresse de personnes condamnées pour pédophilie ) ;
- le développement d'une politique de lutte contre les risques en matière de sécurité qui conduit à rechercher les prédicteurs de comportements délictueux et à agir avant que tout délit ait été commis. Politique dont le film Minority Report avec ses personnages poursuivis pour des crimes qu'ils n'avaient pas encore commis a montré les dangers (fiction? sans doute, mais il s'est trouvé des éditorialistes en Grande-Bretagne pour demander que l'on mette en prison de manière préventive ceux qui pourraient commettre des crimes sexuels). Les études de l'INSERM qui ont fait tant de bruit au printemps s'inscrivent dans cette logique ;
- le développement d'une politique pénale qui durcit les peines pour les récidivistes sans relation avec la gravité des actes commis : le modèle est là ce dispositif que l'on rencontre dans certains Etats américains qui permet de condamner à la prison à vie ceux qui ont déjà été condamnés deux fois, serait-ce pour des délits mineurs ;
- la notion de comportement anti-social développée par le gouvernement travailliste qui conduit à sanctionner durement des délits mineurs ou des comportements insignifiants et justifie que le gouvernement (travailliste!) finance des écoles religieuses qui seraient mieux à même que des écoles publiques d'enseigner les valeurs morales aux jeunes.
Ces politiques sont dangereuses pour les libertés. Elles profitent :
- de la montée en puissance du mouvement de défense des victimes,
- du développement de toute une série de travaux qui vont chercher du coté de la biologie l'explication des comportements déviants (voir dans le dernier numéro de Prospect l'article de David Rose),
- de l'exploitation des thèses sur la disparition du capital social qu'il faudrait reconstituer,
- de l'action des mouvements religieux dans le monde anglo-saxon,
- de l'arrivée au premier plan de deux nouvelles familles de crimes : la pédophilie et le terrorisme qui tendent à se substituer dans notre imaginaire et dans nos craintes aux crimes et délits plus classiques.
L'exemple britannique est dangereux parce que sont nos liberté qui seraient in fine menacées sans, faut-il le préciser, aucun bénéfice puisque ces politiques sont, semble-t-il, inefficaces. Les caméras permettent de retrouver les auteurs d'attentats une fois ceux-ci commis mais pas de les prévenir. L'analyse des risques ne diminue pas les crimes et délits, mais favorise le développement de carrières criminelles, le Neighbourhood Watch et les systèmes de community policing auraient, selon certains ttravaux récents, plutôt tendance à augmenter les délits (voir par exemple : Adam Crawford, Stuart Lister and David Wall, Great Expectations: Contracted community policing in New Earswick, York).
On sent bien que Nicolas Sarkozy s'inspire au Ministère de l'Intérieur de l'exemple britannique. Il ne faudrait pas que Ségolène Royal fasse de même.
dimanche, juillet 09, 2006
Déprime transatlantique
On ne sait pas encore à l'huere où j'écris ce que seront les résultats de la finale, mais on sait déjà qu'elle n'a pas suscité cet enthousiasme qui avait tant frappé les esprits en 1998. Comme si les bons résultats de nos footballeurs ne réussissaient pas à dissiper cette atmosphère de déprime, de spleen, de cafard qui semble s'être emparé d'une France qui se voit, dans le miroir de son équipe de foot, vieillissante, fatiguée avec, cependant, quelques beaux restes.
Pour être juste, disons, que cette mélancolie n'est pas spécifiquement française. Il semble bien que les Américains n'en soient pas loin. C'est, du moins, ce que suggèrent les résultats de ce sondage tout récent. Je n'ai pas eu le courage de le traduire, mais les voici dans leur version originale :
"A majority of Americans say they're not living the American Dream, according to a new survey conducted by Dr. Douglas E. Schoen for the Aspen Institute's annual Ideas Festival. Now is that any real surprise to anyone? Of course it all depends on one's definition or concept of the so-called "American Dream," doesn't it? Overall, Americans work more hours and take fewer vacations than people in other parts of the world. An astounding number of Americans have no health insurance.
Among the survey's findings:
While 81 percent of survey respondents agree that America is the land of opportunity, the idea isn't something that is being realized, it is more of an abstract concept.
Seventy-five percent say the American Dream is somewhat broken, with just 1 in 4 saying it is "alive and well" today.
Just 49 percent of respondents agree that if you work hard and play by the rules, you can lead a solid middle-class life, while 51 percent of Americans disagree with that statement.
Seventy-seven percent of those polled agree that America's political system has failed to provide answers at a time when Americans are increasingly alarmed about how technology is reshaping their lives.
Seventy-two percent agree that today the world has changed, but our political parties have not.
Schoen, a Democratic party strategist, says: "The rising costs of healthcare, the unaffordability of a college education and the need to self-finance your retirement leaves most Americans today caught in an affordability crisis."
Schoen's survey finds that after six years of Republican rule in both the White House and Congress, there is no desire to move the country to the left--or the right. Seventy-four percent say that government should pursue policies that grow the economy, compared with just 26 percent who say that government should pursue policies that redistribute wealth from the richest to the middle class and poorest.
Sixty-three percent of the respondents believe government has a constructive role to play in supporting institutions like the church, marriage, and family.
Ninety-five percent agree with the statement: "Our country is strongest when it is united and together and therefore we need to find common solutions to our problems that both Democrats and Republicans agree with."
The survey was conducted among 1,200 American voters and has an overall margin of error of +/-1.44 percent."
Pour être juste, disons, que cette mélancolie n'est pas spécifiquement française. Il semble bien que les Américains n'en soient pas loin. C'est, du moins, ce que suggèrent les résultats de ce sondage tout récent. Je n'ai pas eu le courage de le traduire, mais les voici dans leur version originale :
"A majority of Americans say they're not living the American Dream, according to a new survey conducted by Dr. Douglas E. Schoen for the Aspen Institute's annual Ideas Festival. Now is that any real surprise to anyone? Of course it all depends on one's definition or concept of the so-called "American Dream," doesn't it? Overall, Americans work more hours and take fewer vacations than people in other parts of the world. An astounding number of Americans have no health insurance.
Among the survey's findings:
While 81 percent of survey respondents agree that America is the land of opportunity, the idea isn't something that is being realized, it is more of an abstract concept.
Seventy-five percent say the American Dream is somewhat broken, with just 1 in 4 saying it is "alive and well" today.
Just 49 percent of respondents agree that if you work hard and play by the rules, you can lead a solid middle-class life, while 51 percent of Americans disagree with that statement.
Seventy-seven percent of those polled agree that America's political system has failed to provide answers at a time when Americans are increasingly alarmed about how technology is reshaping their lives.
Seventy-two percent agree that today the world has changed, but our political parties have not.
Schoen, a Democratic party strategist, says: "The rising costs of healthcare, the unaffordability of a college education and the need to self-finance your retirement leaves most Americans today caught in an affordability crisis."
Schoen's survey finds that after six years of Republican rule in both the White House and Congress, there is no desire to move the country to the left--or the right. Seventy-four percent say that government should pursue policies that grow the economy, compared with just 26 percent who say that government should pursue policies that redistribute wealth from the richest to the middle class and poorest.
Sixty-three percent of the respondents believe government has a constructive role to play in supporting institutions like the church, marriage, and family.
Ninety-five percent agree with the statement: "Our country is strongest when it is united and together and therefore we need to find common solutions to our problems that both Democrats and Republicans agree with."
The survey was conducted among 1,200 American voters and has an overall margin of error of +/-1.44 percent."
mardi, juin 27, 2006
Une idée pour nos ministres
Si nos minitres cherchent de bonnes idées, ils devraient regarder du coté de la Chine qui n'en manque pas. Dernière en date : la décision de certaines universités de n'accorder de diplômes à leurs étudiants qu'une fois qu'ils ont trouvé un emploi. Comme cela, au moins sont-elles sures d'avoir des diplômés qui trouvent un travail (sauf que certains se lancent dans la fabrication de faux-certificats de travail, ce qui est aussi, après tout, une activité).
Pour ceux qui douteraient de la qualité de mes informations, voici mes sources : une dépèche d'Interfax.
Au delà de l'aspect "plaisant" de la mesure on retiendra qu'il n'est pas forcément si facile pour un étudiant chinois de trouver un emploi malgré la croissance très rapide de l'économie locale. D'où des manifestations qui ont comme un goût de CPE. Comme quoi…
Some Chinese universities withholding diplomas until employment
Beijing. June 26. INTERFAX-CHINA - Some universities, which are under pressure to boost the employment rate for new graduates in a poor labor market, are telling students they will not receive their diploma if they fail to find work.
Students in China's eastern Anhui Province have complained that university administrators have refused to distribute diplomas until students provide letters proving they have found work, according to the Xin'An Evening News.
Some unemployed students have resorted to forging contracts and acceptance letters in order to get their diploma, the paper said.
Chinese graduates are entering a tough labor market and as many as 60% of them may fail to find work despite the booming economy, according to government data.
About 4.1 million people will graduate from universities this year, a 500% increase over seven years ago, while job openings for university graduates fell 22% from last year to only 1.6 mln positions, according to the National Development and Reform Commission.
Under such pressure, students have reacted violently to anything that could impact their job prospects.
Nearly 10,000 students at Shengda College in China's central Henan Province rioted earlier this month, vandalizing the campus and looting banks, supermarkets, and electronic stores, after school administrators told the students their diplomas would be issued from Shengda College instead of the more prestigious Zhengzhou Univeristy.
Students had paid the school's high tuition after administrators promised them the better diploma, according to media reports.
-ED
Pour ceux qui douteraient de la qualité de mes informations, voici mes sources : une dépèche d'Interfax.
Au delà de l'aspect "plaisant" de la mesure on retiendra qu'il n'est pas forcément si facile pour un étudiant chinois de trouver un emploi malgré la croissance très rapide de l'économie locale. D'où des manifestations qui ont comme un goût de CPE. Comme quoi…
Some Chinese universities withholding diplomas until employment
Beijing. June 26. INTERFAX-CHINA - Some universities, which are under pressure to boost the employment rate for new graduates in a poor labor market, are telling students they will not receive their diploma if they fail to find work.
Students in China's eastern Anhui Province have complained that university administrators have refused to distribute diplomas until students provide letters proving they have found work, according to the Xin'An Evening News.
Some unemployed students have resorted to forging contracts and acceptance letters in order to get their diploma, the paper said.
Chinese graduates are entering a tough labor market and as many as 60% of them may fail to find work despite the booming economy, according to government data.
About 4.1 million people will graduate from universities this year, a 500% increase over seven years ago, while job openings for university graduates fell 22% from last year to only 1.6 mln positions, according to the National Development and Reform Commission.
Under such pressure, students have reacted violently to anything that could impact their job prospects.
Nearly 10,000 students at Shengda College in China's central Henan Province rioted earlier this month, vandalizing the campus and looting banks, supermarkets, and electronic stores, after school administrators told the students their diplomas would be issued from Shengda College instead of the more prestigious Zhengzhou Univeristy.
Students had paid the school's high tuition after administrators promised them the better diploma, according to media reports.
-ED
lundi, juin 19, 2006
La morale contre les chiffres
La République des Idées vient de publier une note de lecture tout à fait passionnante sur un livre paru il y a quelques mois aux Etats-Unis (Goetz & Shapiro, Death by a thousand cuts), livre qui décortique la manière dont la droite conservatrice a réussi à convaincre les Américains de la nocivité des droits de succession. A la gauche qui avançait des arguments économiques, la droite a répondu par des arguments moraux et des récits de vie poignants. Elle a su convaincre des Américains qui se croient souvent plus riches qu'ils ne sont (39% pensent faire partie des 1% d'Américains les plus riches) de voter pour la suppression de cet impôt.
A défaut de lire le livre de Goetz et Shapiro, qu'on ne trouve pas en librairie, la lecture de cette note édifiante peut faire réfléchir et aider à comprendre quelques uns des phénomènes que nous observons ici (comme le vote anti-immigrés dans des villages alsaciens que n'habite aucun immigré), voire aider à prévenir une offensive réactionnaire.
A défaut de lire le livre de Goetz et Shapiro, qu'on ne trouve pas en librairie, la lecture de cette note édifiante peut faire réfléchir et aider à comprendre quelques uns des phénomènes que nous observons ici (comme le vote anti-immigrés dans des villages alsaciens que n'habite aucun immigré), voire aider à prévenir une offensive réactionnaire.
lundi, juin 12, 2006
Les impôts sur le web, c'est formidable, mais…
Les impôts sur le net, c'est formidable, cela va plus vite, on sait tout de suite à quelle sauce on va être mangé (et malgré toutes les déclarations ministérielles, l'impôt sur le revenu ne diminue pas ou alors de drôle de façon), mais tout cela on le sait. Ce que l'on oublie parfois, c'est que l'informatique n'est pas une science de tout repos.
Je suis équipé d'un Macintosh. J'utilise trois navigateurs (Camino, Firefox et Safari). J'ai réussi avec Camino à remplir correctement ma feuille sans trop de souffrance (sinon qu'il faut retrouver la déclaration de l'année précédente, on en a besoin pour s'inscrire), la présentation est relativement claire, l'ergonomie plutôt bonne, l'enregistrement automatique des données une excellente chose. Tout allait donc bien jusqu'à ce que je souhaite apposer ma signature électronique sur le document. Et là, patratrac, après plusieurs essais, impossible de signer.
Je me dis : c'est peut-être Camino, un navigateur que peu de gens connaissent. Je tente donc de me connecter avec mes deux autres navigateurs sans succès. Heureusement, les gens des impôts on eu la bonne idée de donner un numéro de téléphone. J'appelle. C'est payant (c'est même assez cher), mais l'attente est raisonnable : un peu moins de 5 minutes. Je tombe sur une jeune femme aimable qui m'explique que cette année sur Mac, un seul navigateur fonctionne : Netscape, mais que je peux aller sur PC sur lequel Explorer donne pleinement satisfaction.
C'est ce que j'ai fait, sans trop m'inquiéter. Il me restait assez de temps pour résoudre le problème si problème il y avait eu. Mais j'ai une pensée inquiète pour tous ceux qui ont repoussé à demain soir le pensum et qui ne savent pas encore que la direction informatique du Minefi n'a pas réussi à mettre au point un dispositif vraiment universel.
Si j'ai un conseil à vous donner : il faut s'y mettre ce soir. Cela laissera la journée de demain pour agir en cas de problème.
Je suis équipé d'un Macintosh. J'utilise trois navigateurs (Camino, Firefox et Safari). J'ai réussi avec Camino à remplir correctement ma feuille sans trop de souffrance (sinon qu'il faut retrouver la déclaration de l'année précédente, on en a besoin pour s'inscrire), la présentation est relativement claire, l'ergonomie plutôt bonne, l'enregistrement automatique des données une excellente chose. Tout allait donc bien jusqu'à ce que je souhaite apposer ma signature électronique sur le document. Et là, patratrac, après plusieurs essais, impossible de signer.
Je me dis : c'est peut-être Camino, un navigateur que peu de gens connaissent. Je tente donc de me connecter avec mes deux autres navigateurs sans succès. Heureusement, les gens des impôts on eu la bonne idée de donner un numéro de téléphone. J'appelle. C'est payant (c'est même assez cher), mais l'attente est raisonnable : un peu moins de 5 minutes. Je tombe sur une jeune femme aimable qui m'explique que cette année sur Mac, un seul navigateur fonctionne : Netscape, mais que je peux aller sur PC sur lequel Explorer donne pleinement satisfaction.
C'est ce que j'ai fait, sans trop m'inquiéter. Il me restait assez de temps pour résoudre le problème si problème il y avait eu. Mais j'ai une pensée inquiète pour tous ceux qui ont repoussé à demain soir le pensum et qui ne savent pas encore que la direction informatique du Minefi n'a pas réussi à mettre au point un dispositif vraiment universel.
Si j'ai un conseil à vous donner : il faut s'y mettre ce soir. Cela laissera la journée de demain pour agir en cas de problème.
mardi, mai 23, 2006
A propos d'un numéro de Mots croisés : immigration, déprime
J'ai regardé hier soir Mots Croisés, ce qui ne m'arrive pas souvent. Le thème du débat (avec Perrineau, Joffrin, Vals, Bertrand, un journaliste de droite et un autre spécialiste des sondages dont le nom m'échappe alors même qu'il est très connu) : le désintérêt des Français pour la politique.
Deux remarques après-coup :
- Au cours du débat, plusieurs invités insistent sur cette crainte du futur des Français qui semblent convaincus que l'avenir de leur enfant sera plus difficile que le leur. Ce n'est pas vrai qu'en France comme l'indique ce sondage que je viens de lire : "According to the BIGresearch May Consumer Intentions and Actions Survey 62% of the 7,500 consumers survey said that their children and/or grandchildren will NOT have a better economic future than they looked forward to. Typical reasons ranged from the "better educated children and better technology," to "bad politics, bad government, inflation and national debt are killing us. This negative anticipation was shared across all age groups, with more women responding negatively than men. However, younger respondents (ages 18-24) were not quite as downbeat as older consumers. The age group with the most uncertain economic outlook on the future was 35-54-year-olds. Among this group." Bien loin d'être rassurant, ces sondages aux résultats parallèles veulent probablement dire qu'il va falloir réinventer nos croyances sur la promotion sociale. Elle passait, chez nous comme ailleurs (chez nous peut-être plus qu'ailleurs) par l'éducation. Ce n'est manifestement plus vrai.
- Laurent Joffrin interrogé sur son livre sur la gauche caviar indique que cette gauche (en gros les intellectuels de gauche) a troqué les ouvriers contre les immigrés. Elle a (elle aurait) développé l'idée qu'il faudrait laisser les frontières ouvertes. On entend souvent cette thèse, exprimée d'une manière ou d'une autre. Mais j'aimerais que l'on me montre les articles ou les livres qui disent qu'il faut laisser circuler librement les personnes. A part mes articles et mes livres (qui n'ont pas eu beaucoup d'échos), je n'en vois tout simplement pas. C'est un fantasme inventé par la droite, une sorte d'ennemi imaginaire qu'elle s'est fabriquée pour justifier ses politiques que la gauche reprend maintenant à son compte. Ce n'est rien d'autre.
Deux remarques après-coup :
- Au cours du débat, plusieurs invités insistent sur cette crainte du futur des Français qui semblent convaincus que l'avenir de leur enfant sera plus difficile que le leur. Ce n'est pas vrai qu'en France comme l'indique ce sondage que je viens de lire : "According to the BIGresearch May Consumer Intentions and Actions Survey 62% of the 7,500 consumers survey said that their children and/or grandchildren will NOT have a better economic future than they looked forward to. Typical reasons ranged from the "better educated children and better technology," to "bad politics, bad government, inflation and national debt are killing us. This negative anticipation was shared across all age groups, with more women responding negatively than men. However, younger respondents (ages 18-24) were not quite as downbeat as older consumers. The age group with the most uncertain economic outlook on the future was 35-54-year-olds. Among this group." Bien loin d'être rassurant, ces sondages aux résultats parallèles veulent probablement dire qu'il va falloir réinventer nos croyances sur la promotion sociale. Elle passait, chez nous comme ailleurs (chez nous peut-être plus qu'ailleurs) par l'éducation. Ce n'est manifestement plus vrai.
- Laurent Joffrin interrogé sur son livre sur la gauche caviar indique que cette gauche (en gros les intellectuels de gauche) a troqué les ouvriers contre les immigrés. Elle a (elle aurait) développé l'idée qu'il faudrait laisser les frontières ouvertes. On entend souvent cette thèse, exprimée d'une manière ou d'une autre. Mais j'aimerais que l'on me montre les articles ou les livres qui disent qu'il faut laisser circuler librement les personnes. A part mes articles et mes livres (qui n'ont pas eu beaucoup d'échos), je n'en vois tout simplement pas. C'est un fantasme inventé par la droite, une sorte d'ennemi imaginaire qu'elle s'est fabriquée pour justifier ses politiques que la gauche reprend maintenant à son compte. Ce n'est rien d'autre.
lundi, mai 22, 2006
Peter Handke : propos d'ivrogne?
Libération publie ce matin un article de Peter Handke dans lequel il répond aux attaque des deux écrivains qui ont soutenu la décision du patron de la Comédie Française de déprogrammer l'une de ses oeuvres. Je lis partout que Peter Handke est l'un des grands noms de la littérature allemande contemporaine. Soit. Je ne me souviens pas d'avoir lu quoi que ce soit de lui. Mais si j'en juge par le texte publié ce matin dans Libé, texte écrit semble-t-il directement en français (ce qui pourrait expliquer beaucoup de choses), on est plus proche des propos d'un ivrogne fatigué qui aurait trop lu Thomas Bernard (auteur admirable) que de Proust.
Comme je ne suis pas sûr de ne pas dire une sottise, je vais de ce pas acheter et lire un lire un livre de Peter Handke.
Comme je ne suis pas sûr de ne pas dire une sottise, je vais de ce pas acheter et lire un lire un livre de Peter Handke.
dimanche, mai 21, 2006
A lire sur l'immigration
A lire : un bon dossier sur l'immigration dans les Dossiers du Net. Je le signale d'autant plus volontiers que ses auteurs ont eu la bonne idée de reprendre plusieurs de mes interventions sur le sujet dans AligreFM.
samedi, mai 20, 2006
Triste samedi;
Il pleut, il fait beau, je lis le Monde. Trois articles me fichent le cafard :
- le premier raconte comme une députée néerlandaise d'origine somalienne doit quitter l'Europe chassée par des voisins que ses gardes du corps gênaient (elle était menacée de mort par des islamistes extrémistes) et une ministre trop ambitieuse (qui voulait lui retirer sa nationalité néerlandaise),
- le second explique que les gouvernants polonais montent dans les sondages depuis qu'ils se sont associés à l'extrême-droite que l'on sait antisémite,
- le troisième est une photo d'un noir à quatre pattes sur une plage, un clandestin qui n'est pas mort pendant le voyage…
Je ne sais pas si je vais continuer la lecture du journal… ou plutôt si, je sais, je vais lire les papiers sur l'affaire cleartream : pitoyable mais tellement insignifiant!
- le premier raconte comme une députée néerlandaise d'origine somalienne doit quitter l'Europe chassée par des voisins que ses gardes du corps gênaient (elle était menacée de mort par des islamistes extrémistes) et une ministre trop ambitieuse (qui voulait lui retirer sa nationalité néerlandaise),
- le second explique que les gouvernants polonais montent dans les sondages depuis qu'ils se sont associés à l'extrême-droite que l'on sait antisémite,
- le troisième est une photo d'un noir à quatre pattes sur une plage, un clandestin qui n'est pas mort pendant le voyage…
Je ne sais pas si je vais continuer la lecture du journal… ou plutôt si, je sais, je vais lire les papiers sur l'affaire cleartream : pitoyable mais tellement insignifiant!
mercredi, mai 17, 2006
Répression, frustration
Il y a quelques années, on parlait beaucoup du cycle infernal répression/contestation. La leçon semble avoir été apprise chez nous, mais pas en Arabie Saoudite. Le roi de ce beau pays vient d'interdire aux journaux de publier des photos de femmes (mais oui! ) au motif qu'elles ne peuvent qu'exciter les jeunes gens et les détourner du droit chemin. On devrait recommander à ce bon roi et à ses conseillers la lecture de Norbert Elias. Ils y apprendraient que le le meilleur moyen de dompter les pulsions est d'inciter les individus à s'auto-discipliner (voir les beaux passages sur notre capacité à rester impassible devant des femmes en bikini l'été sur la plage). Je crains qu'en censurant, le roi Abdhulla ne fasse exactement le contraire, qu'il n'augmente un peu plus encore la frustration des jeunes gens (d'où des comportements qui incitent les autorités à réprimer un peu plus). On a tendance à voir la main de l'Islam derrière ce genre de mesures. Je me demande si ce n'est pas , plus que l'Islam, le manque de maturité politique qui les explique.
mardi, mai 16, 2006
Etranges espions
Le Nouvel Observateur nous ont appris que les listings de Clearstream étaient diffusés sur CD-ROMen 4000 exemplaires avant d'être disponibles sur internet sans mot de passe. On croit rêver! Fallait-il donc être un génie de l'informatique, comme on nous a si souvent présenté un des protagonistes de l'affaire ou un grand espion comme le général Rondot pour les trouver?
Cette affaire est chaque jour un peu plus pitoyable.
Les listings auraient été en ligne, L'AFFAIRE CLEARSTREAM
Cette affaire est chaque jour un peu plus pitoyable.
Les listings auraient été en ligne, L'AFFAIRE CLEARSTREAM
vendredi, mai 12, 2006
Jouer avec Googletrends
Google vient de sortir un nouvel outil qui devrait rapidement devenir un jouet : Googletrends. Il s'agit d'une fonction qui permet de suivre les tendances des interrogations sur Google; Il ne donne pas de chiffres, mais des indications sur les évolutions des interrogations et sur leur origine (selon la ville, le pays, la langue).
Sur mon site consacré à la banlieue, j'ai fait état des résultats sur mai 68 qui montre que les internautes s'y sont plus intéressés à l'occasion des manifestations du CPE que lors des émeutes de novembre.
J'ai depuis fait d'autres recherches. J'ai notamment regardé ce que donnait immigration (j'y reviendrais dans un autre post) et Viagra (je cherchais, en fait, un mot qui puisse être entend en plusieurs langues). Le résultat fera-t-il sourire?
Sur mon site consacré à la banlieue, j'ai fait état des résultats sur mai 68 qui montre que les internautes s'y sont plus intéressés à l'occasion des manifestations du CPE que lors des émeutes de novembre.
J'ai depuis fait d'autres recherches. J'ai notamment regardé ce que donnait immigration (j'y reviendrais dans un autre post) et Viagra (je cherchais, en fait, un mot qui puisse être entend en plusieurs langues). Le résultat fera-t-il sourire?
mercredi, mai 10, 2006
Des biscuits au laxatif
Lorsque j'étais lycéen il nous arrivait de glisser des boules puantes ou des coussins péteurs sur le siège de nos professeurs. Ce n'était ni très fin ni très gentil (les boules puantes salissaient les vêtements), mais cela nous faisait rire et participait du folklore scolaire. Je vois, en lisant les news de la BBC, que ces bonnes pratiques, bien loin de disparaître, se sont modernisées. Le journal raconte qu'une femme est aux Etats-Unis poursuivie en justice pour avoir aidé sa fille à fabriquer des cookies fourrés au laxatif. On imagine les rires… mais l'objectif n'était pas tant de faire rire que de venger sa fille à laquelle le professeur donnait systématiquement de mauvaises notes. C'est moins drôle…
Immmigration : le point noir
Le journal Les Echos a organisé hier 9 mai un débat sous forme de chat sur l'immigration avec Patrick Weil, grand spécialiste de ces questions devant l'éternel. Comme toujours, ces débats laissent sur leur faim (la formule qui repose sur des réponses écrites de la part de l'invité rend les échanges un peu lents, la durée ( heure) est un peu courte et les questions ne sont pas toutes de grande qualité. Mais peut importe. Ce débat a mis en évidence un point noir de la réflexion sur l'immigration : la libre circulation.
Voici les échanges sur cette question :
Bernard Girard : Les différentes politiques de l'immigration ayant, tant en France qu'à l'étranger, échoué comme en témoigne le nombre élevé de clandestins un peu partout (12 millions aux Etats-Unis), ne serait-il pas plus simple de laisser les personnes libres de circuler comme elles l'entendent ?
Patrick Weil : Si on laisse les personnes libres de circuler, c'est l'effondrement des systèmes de protection sociale, de l'école publique etc. Il ya des systèmes plus efficaces que d'autres. Le système des quotas pratiqué aux USA est le pire : les quotas ne sont jamais atteints pour les qualifiés et toujours dépassés pour les non qualifiés. Il attire les irréguliers en masse. En France, nous avons des irréguliers mais pas en masse.
Bernard Girard : Pour que la liberté de circuler conduise à l'effondrement des systèmes de protection sociale, il faudrait que le nombre d'immigrés qui s'installent sans travailler augmente fortement. Qu'est-ce qui permet de l'affirmer? Dispose-t-on d'études qui permettent de dire que le vivier d'émigrés potentiels est largement supérieur au nombre d'immigrés officiels ou clandestins?
Patrick Weil : Connaissant un peu les pays africains, la queue qu'il y a devant les consulats de France - qui sont la première barrière ô combien efficace à l'entrée - je ne doute pas que si on déclarait l'immigration ouverte, on pourrait voir arriver pas mal de monde, ce qui serait bien normal !
La réponse de Patrick Weil à ma première question est classique. C'est celle que font tous les ultra-libéraux (ce que n'est pas Patrick Weil) dont la théorie voudrait qu'ils soient favorables circulation des individus quand on leur demande pourquoi ils s'y opposent.
La faiblesse de sa seconde réponse est plus inquiétante. Elle montre que Patrick Weil et, avec lui, la plupart des experts, n'ont jamais cherché à analyser le vivier potentiel (j'entends par là le nombre d'émigrés qu'il y aurait si on levait les obstacles). Ce devrait pourtant être un élément clef de la réflexion.
Voici les échanges sur cette question :
Bernard Girard : Les différentes politiques de l'immigration ayant, tant en France qu'à l'étranger, échoué comme en témoigne le nombre élevé de clandestins un peu partout (12 millions aux Etats-Unis), ne serait-il pas plus simple de laisser les personnes libres de circuler comme elles l'entendent ?
Patrick Weil : Si on laisse les personnes libres de circuler, c'est l'effondrement des systèmes de protection sociale, de l'école publique etc. Il ya des systèmes plus efficaces que d'autres. Le système des quotas pratiqué aux USA est le pire : les quotas ne sont jamais atteints pour les qualifiés et toujours dépassés pour les non qualifiés. Il attire les irréguliers en masse. En France, nous avons des irréguliers mais pas en masse.
Bernard Girard : Pour que la liberté de circuler conduise à l'effondrement des systèmes de protection sociale, il faudrait que le nombre d'immigrés qui s'installent sans travailler augmente fortement. Qu'est-ce qui permet de l'affirmer? Dispose-t-on d'études qui permettent de dire que le vivier d'émigrés potentiels est largement supérieur au nombre d'immigrés officiels ou clandestins?
Patrick Weil : Connaissant un peu les pays africains, la queue qu'il y a devant les consulats de France - qui sont la première barrière ô combien efficace à l'entrée - je ne doute pas que si on déclarait l'immigration ouverte, on pourrait voir arriver pas mal de monde, ce qui serait bien normal !
La réponse de Patrick Weil à ma première question est classique. C'est celle que font tous les ultra-libéraux (ce que n'est pas Patrick Weil) dont la théorie voudrait qu'ils soient favorables circulation des individus quand on leur demande pourquoi ils s'y opposent.
La faiblesse de sa seconde réponse est plus inquiétante. Elle montre que Patrick Weil et, avec lui, la plupart des experts, n'ont jamais cherché à analyser le vivier potentiel (j'entends par là le nombre d'émigrés qu'il y aurait si on levait les obstacles). Ce devrait pourtant être un élément clef de la réflexion.
mardi, mai 09, 2006
Trois pétitions sur l'immigration à signer
Les pétitions nous en disent souvent plus sur les projets d'un gouvernement que bien des discours. En voici en tout cas trois qu'il me parait urgent de signer :
- la première proteste contre une circulaire qui organise l'arrestation des clandestins jusque dans les salles d'opération,
- la seconde s'élève contre les mesures prises à l'égard des enfants scolarisés en France dont les papiers ne sont pas complètement en règle,
- la troisième proteste contre le projet de loi actuellement en discussion à l'Assemblée Nationale.
- la première proteste contre une circulaire qui organise l'arrestation des clandestins jusque dans les salles d'opération,
- la seconde s'élève contre les mesures prises à l'égard des enfants scolarisés en France dont les papiers ne sont pas complètement en règle,
- la troisième proteste contre le projet de loi actuellement en discussion à l'Assemblée Nationale.
lundi, mai 08, 2006
Les néo-conservateurs sont formidables
Les éno-conservateurs américains nous avaient habitué au pire. Mais pire que pire, il y a. Voici que d'après le New-York-Times qui leur consacre un long article, ils seraient en passe de lancer l'offensive contre la contraception au nom d'une guerre des cultures qui opposerait les peuples avides de sexe utilisateurs forcenés des techniques de contraception (les notres) et les peuples qui continuent de faire des enfants (les autres). Ce sont naturellement les organisations catholiques hostiles à l'avortement qui sont à la pointe de ce nouveau combat.
On peut lire cet article ici.
On peut lire cet article ici.
jeudi, mai 04, 2006
Clearstream et le secret
Que penser de l'affaire Clearstream? La presse se fait l'écho de la radicalisation d'une partie de l'électorat de droite (ce qui veut probablement dire qu'ils seront plus nombreux à voter pour le Front National et son candidat aux prochaines présidentielles). Peut-être serait-il temps qu'un certain nombre de politiques reprennent leur sang-froid et analysent ce qui se passe avec un peu de bon sens et en tirent les conséquences pour demain.
Ce que l'on reproche à Villepin n'est rien d'autre qu'une mauvaise manipulation comme il s'en fait régulièrement. Il a voulu profiter d'informations douteuses pour glisser une peau de banane sur le chemin d'un adversaire politique. En soi, rien que très banal, pas très glorieux, pas infamant, non plus même si aucune règle n'a été respectée comme le signalait ce matin sur France Inter François Hollande.
Ce qui est étonnant, remarquable, c'est que ce qui aurait pu n'être qu'un non-événement ait pris ces proportions. Et cela, grâce aux lettres anonymes, à la justice et… à la presse. Nous vivons dans une société dans laquelle on ne peut plus garder aucun secret. C'est parce que nos politiques ne l'ont pas compris qu'ils se trouvent si régulièrement pris les doigts dans la confiture. Il serait temps qu'ils y réfléchissent et qu'ils nous disent comment ils comptent gouverner dans une société où toute information, même la plus secrète (que l'on pense aux accusations d'espionnages faites à Charles Hernu que François Mitterrand avait fait classer secret d'Etat et qu'on a si rapidement connue) epput à tout moment être révélée au public.
La question du secret n'est pas nouvelle. Lorsque l'on visite les appartements privés de Louis XV à Versailles, le guide explique que le roi soupçonnait ses domestiques (3000 frotteurs de parquet, des centaines de cuisiniers…) d'être des espions en puissance. Pour lutter contre cela il a fait construire un meuble secret (un secrétaire) et des appartements dont l'entretien demande peu de personnel et qui rendent difficile l'écoute aux portes. Mais il semble bien que nous soyons dans une situation où les solutions techniques ne sont plus en mesure d'éviter la propagaton du secret. Ce sont les méthodes de gouvernement qu'il faut probablement changer. Mais comment?
On peut aborder la question de plusieurs manières :
- sur un plan tactique, on peut se demander comment Villepin aurait pu éviter cette catastrophe? à quel moment aurait-il du avertir Sarkozy des soupçons qui pesaient sur lui?
- sur le plan moral : peut-on gouverner sans secret?
- sur le plan stratégique : lorsque l'on est pris la main dans le pot de confiture faut-il nier jusqu'au dernier moment? doit-on avouer?
Ce que l'on reproche à Villepin n'est rien d'autre qu'une mauvaise manipulation comme il s'en fait régulièrement. Il a voulu profiter d'informations douteuses pour glisser une peau de banane sur le chemin d'un adversaire politique. En soi, rien que très banal, pas très glorieux, pas infamant, non plus même si aucune règle n'a été respectée comme le signalait ce matin sur France Inter François Hollande.
Ce qui est étonnant, remarquable, c'est que ce qui aurait pu n'être qu'un non-événement ait pris ces proportions. Et cela, grâce aux lettres anonymes, à la justice et… à la presse. Nous vivons dans une société dans laquelle on ne peut plus garder aucun secret. C'est parce que nos politiques ne l'ont pas compris qu'ils se trouvent si régulièrement pris les doigts dans la confiture. Il serait temps qu'ils y réfléchissent et qu'ils nous disent comment ils comptent gouverner dans une société où toute information, même la plus secrète (que l'on pense aux accusations d'espionnages faites à Charles Hernu que François Mitterrand avait fait classer secret d'Etat et qu'on a si rapidement connue) epput à tout moment être révélée au public.
La question du secret n'est pas nouvelle. Lorsque l'on visite les appartements privés de Louis XV à Versailles, le guide explique que le roi soupçonnait ses domestiques (3000 frotteurs de parquet, des centaines de cuisiniers…) d'être des espions en puissance. Pour lutter contre cela il a fait construire un meuble secret (un secrétaire) et des appartements dont l'entretien demande peu de personnel et qui rendent difficile l'écoute aux portes. Mais il semble bien que nous soyons dans une situation où les solutions techniques ne sont plus en mesure d'éviter la propagaton du secret. Ce sont les méthodes de gouvernement qu'il faut probablement changer. Mais comment?
On peut aborder la question de plusieurs manières :
- sur un plan tactique, on peut se demander comment Villepin aurait pu éviter cette catastrophe? à quel moment aurait-il du avertir Sarkozy des soupçons qui pesaient sur lui?
- sur le plan moral : peut-on gouverner sans secret?
- sur le plan stratégique : lorsque l'on est pris la main dans le pot de confiture faut-il nier jusqu'au dernier moment? doit-on avouer?
samedi, avril 22, 2006
Intellectuel de haut vol ou… vieux con?
La lecture du blog que partagent Posner et Becker, deux des intellectuels les plus en vue aux Etats-Unis (le second a été Prix Nobel d'économie, le premier est l'un des théoriciens de l'application du raisonnement économique dans le droit) laisse souvent réveur. Leurs analyses des manifestations contre le CPE en témoignent une nouvelle fois, comme dans cet extrait d'une intervention de Richard Posner où l'on apprend que nous sommes particullièrement xénophobes parce que si je comprends bien nous sommes attentiifs à préserver notre indépendance et notre langue : "They (les français) are unusually xenophobic, as indicated by their efforts to prevent the incorporation of English words into the French language, their resistance to foreign acquisition of French companies, and their emphatically independent line (going back to De Gaulle) in foreign relations and military matters." Comme toujours dans ces interventions, vient le moment où les auteurs se demandent comme une société aussi bizarre peut avoir d'aussi bons résultats, être aussi riche que l'Allemagne, avoir une espérance de vie supérieure à celle de bien d'autres pays (à commencer par les Etats-Unis) et offrir tant de vacances à ses travailleurs. La raison (assez banale, vue de ce coté-ci) viendrait d'une très forte productivité (mais pourquoi, d'où vient-elle? on ne nous le dit pas). Je passe sur le reste du papier et ses digressions sur les difficultés de Rumsfled pour en venir à la conclusion qui ferait sourire si elle n'était le fait de l'un des intellectuels américains les plus en vue : "The dramatic though not complete changes in the German and Japanese national cultures that occurred in the wake of World War II were facilitated by the fact that in each case the war had smashed much of the existing national culture as well as demonstrated its dysfunctional character. That has yet to happen in France." En d'autres mots : c'est une bonne guerre qu'il nous faudrait! Ce qui n'est pas une remarque très nouvelle, mais qui fait tout de même un peu vieux con, non?
mercredi, avril 12, 2006
Les médias comme discipline
D'un peu partout en Europe et en Asie (Chine, notamment), mais aussi de province, me viennent des échos de gens qui hésitent à se rendre en France (annulent leur voyage ou le repoussent) du fait des manifestations contre le CPE. Une fois passé le premier sourire, on peut s'interroger sur le rôle des médias. Tous ces gens (dont des journalistes) qui annulent leur voyage se décident au vu de ces gestes de violence que leur montre la télévision, comme ceux de ce jeune homme qui s'acharne à coups de pieds sur une personne à terre (un photographe, semble-t-il, dont on n'a pas depuis entendu parler).
Ces images donnent, nous sommes bien placés pour le savoir, une image déformée de ce qui s'est passé à Paris. Reste que le décalage entre les réactions (ne pas venir à Paris de crainte des violences) et la réalité (pas grand chose) met en évidence la puissance de la télévision : elle donne du sens aux événements. Et ce sens n'est pas sans effet sur les acteurs. Si la télévision montre la violence, monte en épingle la violence, ceux qui n'ont aucune intention violente (soit la quasi totalité) se trouvent dans l'obligation de lutter contre des violences qui restent en tout état de cause marginales.
D'où cette thèse : la télévision (les médias en général) en montrant les événements dans ce qu'ils ont de plus spectaculaire disciplinent les manifestants, les acteurs, aussi sûrement que les CRS quoique de manière plus subtile : ils n'empêchent pas les manifestants d'être violents, ils forcent les organisateurs des manifestations à lutter de manière préventive contre ceux qui pourraient se comporter de manière violente.
Ces images donnent, nous sommes bien placés pour le savoir, une image déformée de ce qui s'est passé à Paris. Reste que le décalage entre les réactions (ne pas venir à Paris de crainte des violences) et la réalité (pas grand chose) met en évidence la puissance de la télévision : elle donne du sens aux événements. Et ce sens n'est pas sans effet sur les acteurs. Si la télévision montre la violence, monte en épingle la violence, ceux qui n'ont aucune intention violente (soit la quasi totalité) se trouvent dans l'obligation de lutter contre des violences qui restent en tout état de cause marginales.
D'où cette thèse : la télévision (les médias en général) en montrant les événements dans ce qu'ils ont de plus spectaculaire disciplinent les manifestants, les acteurs, aussi sûrement que les CRS quoique de manière plus subtile : ils n'empêchent pas les manifestants d'être violents, ils forcent les organisateurs des manifestations à lutter de manière préventive contre ceux qui pourraient se comporter de manière violente.
vendredi, avril 07, 2006
Histoiresd'internet
Je viens de vivre une expérience sur internet que je ne prends avec le sourire que parce que j'ai appris depuis que j'utilise ces outils (et cela fait maintenant des années, puisque j'ai "découvert" internet il y a bientôt dix ans à l'occasion d'un projet de film pour Canal +) que la patience est souvent notre meilleure alliée.
Il y a quelques semaines et pour satisfaire les envies de ma dernière fille qui souhaitait accéder à internet depuis sa chambre, j'ai acheté la Livebox Pro de Wanadoo. Comme j'ai choisi une option "pro" deux techniciens (un "spécialiste" et un apprenti) sont venus l'installer. Ils y ont passé la matinée et sont partis en me disant qu'ils seraient probablement obligés de revenir. En fait, l'installation s'est mise à fonctionner dés qu'ils ont tourné le dos (ce qui me fait penser que la technologie sait parfois être moqueuse). Reste que les malheureux qui n'ont pas choisi une version "pro" et n'ont donc pas de visite de technicien doivent souffrir l'enfer.
Quelques jours plus tard, mon site disparait (et, avec lui, la principale de mes boites aux lettres). Explication : à l'occasion de l'achat de la Livebox Wanadoo a repris le nom de domaine que j'avais acheté chez Lycos.
Je téléphone chez Wanadoo (ayant une option pro, je n'ai pas eu à trop attendre et chaque fois que j'ai appelé je suis tombé sur des interlocuteurs aimables, charmants, disposés à m'aider mais pas toujours très compétents) où l'on m'explique qu'il suffit de rediriger mon site. Ce qui est tout simple, comme j'ai pu le vérifier, pour qui a un site "perso" (dont l'adresse est quelque chose comme http:perso…), mais extrêmement compliqué, voire à peu près impossible pour qui a un site avec un nom de domaine hébergé chez quelqu'un d'autre (est-ce vraiment impossible? Probablement pas, mais aucun de mes quatre ou cinq interlocuteurs n'a su m'expliquer comment faire).
Au bout de quelques heures d'expériences qui n'aboutissent à rien, je me demande s'il ne serait pas plus simple de changer d'hébergeur et de tout transporter chez Wanadoo.
"Pas de problème", me répond l'un de mes interlocuteurs. Nous avons tout ce qu'il vous faut. Et il me présente l'offre Wanadoo : des capacités d'hébergement de 100 ou 150 Mo. Problème : j'ai sur mon site, déjà plus de 1600 Mo et il est probable que je vais rapidement atteindre les 2000 Mo. Plusieurs interlocuteurs plus tard, on m'oriente vers Oléane, la filiale de France Telecom qui s'occupe de l'hébergement. Là non plus, aucun problème. On peut me fournir ce que je souhaite. Il suffit de payer 125€ par mois (à titre de comparaison, je paie 19€ HT chez Lycos!). Je décide donc de rester chez Lycos. Je choisis de résilier l'option nom de domaine chez wanadoo (je devrais dire chez Le relaisnet, société qui gère pour le compte de Wanadoo ce problème) et je me retrouve vers Nordest, autre entreprise (filiale de France Telecom?) qui gère les noms de domaines. On m'explique comment faire. Cela parait simple, mais ce ne l'est pas tellement dans mon cas (inutile d'entrer dans le détail, il suffit de savoir que l'informatique a plus d'un tour dans son sac quand il s'agit de rendre fou).
Quelques heures plus tard, la résiliation prend effet. Mais lorsque je consulte mon site, je trouve toujours page blanche.
Je décide alors de m'adresser à Lycos. Je leur envoie d'abord un mail auquel ils me répondent très rapidement qu'ils sont désolés de ne pas pouvoir me répondre, mais que dès qu'ils auront le temps…(sic!).
A force de chercher sur leur site, je trouve un numéro de téléphone qui ne répond pas rapidement (on n'est pas chez Wanadoo). Après quatre heures d'essais infructueux, je tombe sur un jeune homme charmant, serviable, qui m'explique qu'il est installé en Allemagne, qu'ils sont deux à répondre aux clients français (ce qui explique les quatre heures d'attente), qu'il n'a jamais rencontré un cas comme le mien et qu'il ne peut donc pas le résoudre, mais qu'il va le soumettre au service technique. Ce qu'il fait (je recevrai un peu plus tard un mail de ce même service technique me donnant des indications sur la marche à suivre).
Reprenant toute la démarche depuis le début, je décide de reourner vers le prestataire qui gère dorénavant mon nom de domaine (le mystérieux Nordest). Je vérifie et il apparait qu'il n'a pas (ou que je n'ai pas) effectué correctement les redirections (problème de DNS pour les techniciens) que je lui avais adressé la veille. Je corrige donc. Et je reçois en récompense un mail me disant qu'on a pris bonne note de ma demande et que cela peut prendre quatre jours avant qu'elle aboutisse effectivement.
Quelques heures plus tard, la connexion est rétablie.
De cette histoire qui a mis à terre mon site pendant quatre jours, je retiendrai trois enseignements :
- que le sujet est si compliqué qu'on a vraiment besoin d'interlocuteurs humains. Même pas très compétents, ils rassurent, donnent des pistes, forcent à s'expliquer…
- que France Télécom n'a décidément rien compris au film (proposer à des clients "pro" des capacités d'hébergement aussi faibles est tout simplement ridicule, les prix pratiqués par Oléane n'ont pas de sens),
- que dans un marché ouvert où tout est fait pour que les gens changent rapidement de fournisseur, il serait temps que les acteurs se mettent d'accord sur des procédures simples de transfert, d'échange et de communication. Simples et… gratuites (je ne dis cela que parce que Lycos annonce fièrement dans sa documentation que les clients qui l'abandonnent peuvent partir sans rien avoir à payer, ce qui fait penser que ce n'est pas le cas partout.
Il y a quelques semaines et pour satisfaire les envies de ma dernière fille qui souhaitait accéder à internet depuis sa chambre, j'ai acheté la Livebox Pro de Wanadoo. Comme j'ai choisi une option "pro" deux techniciens (un "spécialiste" et un apprenti) sont venus l'installer. Ils y ont passé la matinée et sont partis en me disant qu'ils seraient probablement obligés de revenir. En fait, l'installation s'est mise à fonctionner dés qu'ils ont tourné le dos (ce qui me fait penser que la technologie sait parfois être moqueuse). Reste que les malheureux qui n'ont pas choisi une version "pro" et n'ont donc pas de visite de technicien doivent souffrir l'enfer.
Quelques jours plus tard, mon site disparait (et, avec lui, la principale de mes boites aux lettres). Explication : à l'occasion de l'achat de la Livebox Wanadoo a repris le nom de domaine que j'avais acheté chez Lycos.
Je téléphone chez Wanadoo (ayant une option pro, je n'ai pas eu à trop attendre et chaque fois que j'ai appelé je suis tombé sur des interlocuteurs aimables, charmants, disposés à m'aider mais pas toujours très compétents) où l'on m'explique qu'il suffit de rediriger mon site. Ce qui est tout simple, comme j'ai pu le vérifier, pour qui a un site "perso" (dont l'adresse est quelque chose comme http:perso…), mais extrêmement compliqué, voire à peu près impossible pour qui a un site avec un nom de domaine hébergé chez quelqu'un d'autre (est-ce vraiment impossible? Probablement pas, mais aucun de mes quatre ou cinq interlocuteurs n'a su m'expliquer comment faire).
Au bout de quelques heures d'expériences qui n'aboutissent à rien, je me demande s'il ne serait pas plus simple de changer d'hébergeur et de tout transporter chez Wanadoo.
"Pas de problème", me répond l'un de mes interlocuteurs. Nous avons tout ce qu'il vous faut. Et il me présente l'offre Wanadoo : des capacités d'hébergement de 100 ou 150 Mo. Problème : j'ai sur mon site, déjà plus de 1600 Mo et il est probable que je vais rapidement atteindre les 2000 Mo. Plusieurs interlocuteurs plus tard, on m'oriente vers Oléane, la filiale de France Telecom qui s'occupe de l'hébergement. Là non plus, aucun problème. On peut me fournir ce que je souhaite. Il suffit de payer 125€ par mois (à titre de comparaison, je paie 19€ HT chez Lycos!). Je décide donc de rester chez Lycos. Je choisis de résilier l'option nom de domaine chez wanadoo (je devrais dire chez Le relaisnet, société qui gère pour le compte de Wanadoo ce problème) et je me retrouve vers Nordest, autre entreprise (filiale de France Telecom?) qui gère les noms de domaines. On m'explique comment faire. Cela parait simple, mais ce ne l'est pas tellement dans mon cas (inutile d'entrer dans le détail, il suffit de savoir que l'informatique a plus d'un tour dans son sac quand il s'agit de rendre fou).
Quelques heures plus tard, la résiliation prend effet. Mais lorsque je consulte mon site, je trouve toujours page blanche.
Je décide alors de m'adresser à Lycos. Je leur envoie d'abord un mail auquel ils me répondent très rapidement qu'ils sont désolés de ne pas pouvoir me répondre, mais que dès qu'ils auront le temps…(sic!).
A force de chercher sur leur site, je trouve un numéro de téléphone qui ne répond pas rapidement (on n'est pas chez Wanadoo). Après quatre heures d'essais infructueux, je tombe sur un jeune homme charmant, serviable, qui m'explique qu'il est installé en Allemagne, qu'ils sont deux à répondre aux clients français (ce qui explique les quatre heures d'attente), qu'il n'a jamais rencontré un cas comme le mien et qu'il ne peut donc pas le résoudre, mais qu'il va le soumettre au service technique. Ce qu'il fait (je recevrai un peu plus tard un mail de ce même service technique me donnant des indications sur la marche à suivre).
Reprenant toute la démarche depuis le début, je décide de reourner vers le prestataire qui gère dorénavant mon nom de domaine (le mystérieux Nordest). Je vérifie et il apparait qu'il n'a pas (ou que je n'ai pas) effectué correctement les redirections (problème de DNS pour les techniciens) que je lui avais adressé la veille. Je corrige donc. Et je reçois en récompense un mail me disant qu'on a pris bonne note de ma demande et que cela peut prendre quatre jours avant qu'elle aboutisse effectivement.
Quelques heures plus tard, la connexion est rétablie.
De cette histoire qui a mis à terre mon site pendant quatre jours, je retiendrai trois enseignements :
- que le sujet est si compliqué qu'on a vraiment besoin d'interlocuteurs humains. Même pas très compétents, ils rassurent, donnent des pistes, forcent à s'expliquer…
- que France Télécom n'a décidément rien compris au film (proposer à des clients "pro" des capacités d'hébergement aussi faibles est tout simplement ridicule, les prix pratiqués par Oléane n'ont pas de sens),
- que dans un marché ouvert où tout est fait pour que les gens changent rapidement de fournisseur, il serait temps que les acteurs se mettent d'accord sur des procédures simples de transfert, d'échange et de communication. Simples et… gratuites (je ne dis cela que parce que Lycos annonce fièrement dans sa documentation que les clients qui l'abandonnent peuvent partir sans rien avoir à payer, ce qui fait penser que ce n'est pas le cas partout.
Un petit air de Fernadel
C'est un dessin humoristique paru ces jours-ci dans le New-York Herald Tribune qui moque Berlusconi et ses télévisions. Amusant, sans plus, sinon que pour nous, Français, ce Berlusconi a dans le sourire quelque chose d'inattendu : une lointaine (pas si lointaine, d'ailleurs) ressemblance avec Fernandel. Comme ce comédien ne doit pas être très connu en dehors de nos frontières. Je ne suis même pas sûr qu'il le soit tant que cela chez les plus jeunes de chez nous, il faut qu'il ait su se donner un air qui signifie le béat bien au delà de nos cultures…
mardi, avril 04, 2006
CPE : pourquoi tant de manifestants?
Mon site principal est en maintenance pendant deux jours, ce qui le rend inaccessible. J'ai donc décidé de mettre sur mon blog dans l'attente le texte de la chronique de ce 4 avril sur Aligre FM. Elle traite du CPE et des manifestations. On peut l'écouter en cliquant sur le titre.
Bonjour, nous allons une nouvelle fois revenir sur le CPE, mais cette fois-ci vous souhaiter nous parler des manifestations et de leur succès…
On verra si les manifestations d’aujourd’hui ont autant de succès que celles de la semaine dernière, mais je voudrais essayer de comprendre pourquoi le CPE a suscité une telle levée de bouclier, pourquoi une nouvelle fois, le pays s’est dressé, est descendu massivement dans la rue et a manifesté avec autant de force son opposition…
C’est sans doute que le CPE inquiétait beaucoup de monde…
Le gouvernement a effectivement réussi à réunir syndicalistes, parents et jeunes, lycéens et étudiants dans le même refus de ce nouveau contrat de travail. Mais si tous se sont retrouvés, tous n’avaient pas forcément les mêmes motifs de manifester et c’est un peu cela que je veux ce matin décortiquer.
Pour les syndicats, c’est assez simple : ils étaient furieux de ne pas avoir été invités à négocier…
C’est effectivement ce qui explique que l’on ait trouvé coude à coude les syndicats les plus modérés, ceux qui ont signé les accords sur les retraites ou l’assurance maladie, et les plus radicaux. Il faut dire qu’en allant directement au vote par le Parlement sans passer par la case négociation le gouvernement a tout simplement rayé d’un trait de plume la raison d’être du syndicalisme. Si les questions liées au droit du travail sont traitées directement par le Parlement sans discussions avec les organisations syndicales, le syndicalisme devient inutile surtout lorsqu’il est comme chez nous sans troupes. C’était, de la part du gouvernement, une formidable maladresse. Une maladresse d’autant plus grande que le gouvernement précédent, celui de Jean-Pierre Raffarrin avait fait voter un texte qui visait à renforcer la négociation entre partenaires sociaux.
Mais ce sont les motivations des parents et des lycéens qui méritent le plus l’attention.
Pour ce qui est des parents, c’est tout simplement l’inquiétude pour leurs enfants qui les a fait descendre dans la rue…
Sans doute, mais cette inquiétude n’est pas nouvelle. Si les parents sont descendus cette fois-ci si nombreux dans la rue, c’est qu’ils ont découvert que toutes les stratégies qu’ils avaient pu imaginer pour aider leurs enfants à entrer sur le marché du travail étaient inefficaces. Même les enfants qui suivent les conseils qu’on leur donne rencontrent des difficultés…
Vous pensez à la difficulté de trouver un emploi avec un diplôme de l’enseignement supérieur.
Bien sûr. On nous a pendant des années dit qu’il fallait poursuivre ses études, obtenir un bac + 4 ou + 5 pour trouver plus facilement un emploi, or on découvre que ce n’est pas si simple. Les diplômes n’ouvrent pas la porte à l’emploi. Bien au contraire, on a souvent le sentiment que l’enseignement supérieur est utilisé pour masquer le chômage des jeunes. Tant qu’ils sont inscrits à l’université, les étudiants ne sont pas à l’ANPE…
On dit beaucoup que l’enseignement supérieur n’est pas assez proche du monde du travail, qu’il y prépare mal…
On a longtemps cru qu’il suffisait de suivre des formations spécialisées plus proches des attentes des entreprises pour trouver plus facilement un emploi. Or, il apparaît que cela ne marche pas ainsi. Les universités, l’enseignement supérieur privé ont multiplié les formations de type professionnel: DESS, masters… Bien loin de donner des emplois aux jeunes qui en sortent, ces formations sont devenues des fournisseurs de stagiaires à des entreprises qui ne recrutent pas plus. Il y a une véritable dérive qui bien loin de faciliter l’entrée sur le marché du travail la rend plus difficile : on pensait devenir journaliste, on fait des stages pas rémunérés ou mal rémunérés dans des journaux et on découvre, lorsque l’on a son diplôme en main que plus personne n’est là pour vous recruter, sinon avec des emplois précaires.
D’où des frustrations…
Mais oui. Et le mécanisme est très simple. Les établissements d’enseignement supérieur, publics et privés, sont en concurrence les uns avec les autres pour attirer les étudiants. Ils leur proposent des formations séduisantes qui mènent à des métiers qui ont une bonne image. Et comme tout le monde se dit : j’ai plus de chances de trouver un emploi avec un complément de formation professionnelle, ces établissements remplissent leurs classes et, comme ils sont nombreux, ils produisent trop de candidats pour des postes rares. Je parlais à l’instant du journalisme, on sait qu’il y a de nombreuses écoles qui forment des apprentis journalistes, elles en forment beaucoup plus que n’en recrutent effectivement les journaux. On pourrait donner d’autres exemples. Une rapide recherche sur internet m’a permis de compter 7 formations au marketing de luxe destinées à des gens qui ont un bac + 4 ou +5. Et il y en a sans doute plus.
Qui sont souvent payantes…
Payantes et coûteuses : cela descend rarement en dessous de 6000€. Or, croyez-vous que les entreprises de luxe recrutent autant de spécialistes du marketing qu’en forment ces écoles? J’en doute d’autant plus que leurs DRH ont en général le choix entre de jeunes diplômés d’une bonne école de commerce qui apprendront vite les quelques astuces du métier et des gens qui ont ajouté à un bac+5 médiocre quelques mois d’une spécialisation qui ne correspond pas forcément à leurs besoins.
Vous êtes en train de nous dire que l’allongement des études n’est pas toujours une bonne chose…
Les parents qui ont financé cet allongement des études découvrent que cela n’est pas utile. Que les entreprises qui passent leur vie à demander à l’enseignement supérieur de faire des efforts, bien loin de jouer le jeu, ont profité de la multiplication des stages, des formations en alternance… pour se constituer une main d’oeuvre gratuite ou quasiment gratuite qui fait directement concurrence aux jeunes diplômés. Pourquoi recruter quelqu’un en CDI quand on peut avoir un stagiaire qui possède à peu près les mêmes compétences et qui coûte beaucoup moins cher?
Les entreprises sont donc responsables?
Elles profitent d’un système pervers dans lequel elles n’ont, paradoxalement, pas leur mot à dire. Si on leur demandait de contribuer au financement de ces formations, ce qui serait après tout normal, il est probable qu’elles seraient plus rigoureuses tant sur les contenus que sur le nombre de places ouvertes. Il y aurait corrélation entre l’offre de diplômés et la demande. Mais ce n’est pas le cas. D’où ces frustrations de jeunes gens qui trouvent des emplois qui ne correspondent pas aux formations qu’ils ont suivies.
S’il y avait des parents dans ces manifestations, il y avait surtout des étudiants et des lycéens, ce qui a surpris tous ceux qui pensaient que le CPE était surtout destiné aux jeunes sans qualifications?
C’est effectivement un argument qu’ont beaucoup utilisé les avocats du gouvernement, mais qui montre surtout qu’ils n’ont pas compris ce que le CPE pouvait avoir d’inquiétant pour des jeunes qui souhaitent entrer sur le marché du travail.
Inquiétant parce que l’on pouvait être licencié sans motivation…
Ce n’est pas le licenciement qui fait problème. On peut aussi bien l’être avec un CDI. C’est le mépris affiché à l’égard de la jeunesse. Le CPE prévoyait une période de deux ans pendant laquelle on pouvait licencier sans motivation, ce qui en pratique veut dire que le salarié pendant ces deux ans ne pouvait aller devant le juge, pour contester son licenciement. Le CPE, c’était refuser aux jeunes la protection du juge en cas de conflit, c’était leur dénier le statut de sujet de droit. C’était en faire des citoyens de seconde zone, qui n’ont pas les mêmes droits que les autres. C’était créer une de ces injustices, une de ces atteintes à la dignité de la personne qui poussent à la protestation, à la révolte. Il faut là-dessus relire ce qu’en dit Emmanuel Renault dans un petit livre sur le mépris publié il a quelques années.
Mais vous nous disiez, c’était, je crois il y a quinze jours que le CPE n’interdisait pas le recours à la justice. Il y a d’ailleurs eu des affaires portées aux prud’hommes à propos du CNE…
C’est vrai et c’est d’ailleurs ce qu’a réaffirmé le conseil constitutionnel, mais ce n’est pas le sens du texte qui visait bien à bloquer l’intervention du juge dans les relations de travail. C’est ce que voulait explicitement dire l’absence de motivation.
Il faut ajouter que ce sentiment d’injustice était redoublé d’un sentiment de ne pas être reconnus à leur juste valeur.
Vous faites allusion à ces formations professionnelles qu’ils ont suivies?
Mais bien sûr. On a dit à des étudiants qui suivent des formations professionnelles, qui connaissent bien le monde du travail grâce aux stages qu’ils y ont fait, que tout cela ne sert à rien, que les entreprises ont besoin de deux ans pour les former, les évaluer, prendre une décision… Comment n’auraient-ils pas eu le sentiment qu’on ne les reconnaissait pas à leur juste valeur.
Non seulement, on ne leur reconnaît pas le statut de sujet de droit susceptible d’aller devant le juge en cas de conflit mais, en plus, on leur disait que tous les efforts faits pour se former, pour acquérir les compétences dont les entreprises ont, leur dit-on, besoin ne valaient rien, qu’il fallait tout recommence à zéro. Il y avait de quoi se révolter.
Parce qu’ils avaient le sentiment de ne pas être respectés pour ce qu’ils sont, pour ce qu’ils valent…
Vous avez raison d’utiliser le mot respect. Les manifestations anti-CPE n’ont pas grand chose avec le mouvement des banlieues de novembre, sinon sur ce point : les uns comme les autres ont le sentiment qu’on leur manque de respect. Et on sait tous que cela met en colère et suscite la révolte. Tout simplement parce que colère et révolte sont des manières de reconquérir l’estime de soi que l’on a perdue, que l’on vous a fait perdre en ne vous reconnaissant pas comme un sujet de droit disposant de compétences et de capacités.
Cette révolte contre cette double injustice aurait pu rester confinée chez les jeunes, or elle a trouvé un écho chez les syndicats et chez les parents, c’est-à-dire chez tous ceux qui disposent d’un CDI et qui n’étaient pas directement visés…
C’est qu’ils craignent d’être les prochaines victimes de ces réformes…
Bien sûr. Et à juste titre puisque les quelques protections dont bénéficient les salariés en CDI sont bien en point de mire. Le MEDEF ne s’en est jamais caché.
Cette solidarité est d’autant plus remarquable qu’on a beaucoup utilisé les difficultés des uns pour réduire les avantages des autres. Il y a quelques années, Denis Olivennes avait publié une note qui expliquait en substance que la société française avait fait le choix du chômage, qu’elle avait choisi de protéger ceux qui avaient un emploi au risque de laisser sur le coté de la route ceux qui n’en avaient pas, les jeunes, les chômeurs2. Pour parler comme les économistes, les insiders bloqueraient le chemin aux outsiders. Or, bien loin de s’opposer, les uns et les autres se sont réunis contre le gouvernement mais contre aussi les entreprises qui usent et abusent de la situation, car, il ne faut pas se faire d’illusions, derrière la critique du gouvernement, il y a celles des entreprises qui jouent de tous ces contrats pour réduire le coût du travail.
Est-ce que le recul du gouvernement peut faire tomber cette colère et cette révolte?
On verra bien, mais on peut dores et déjà dénombrer les victimes de cette affaire. Au delà des individus, et je pense naturellement à Dominique de Villepin que l’on dit jusque dans les rangs de l’UMP carbonisé, cette affaire aura mis à mal un système institutionnel qui rend fous nos hommes politiques. On a vu une nouvelle fois comment leurs ambitions présidentielles peuvent les conduire à faire n’importe quoi. Y aurait-il eu un CPE, le premier ministre aurait-il été aussi inflexible s’il n’avait voulu s’afficher comme plus efficace que Nicolas Sarkozy? De quelque manière que s’achève cet épisode, l’une des conclusions que l’on peut en tirer est qu’il faut revoir notre système institutionnel.
Le spectacle que donne la gauche n’est pas beaucoup plus réjouissant…
C’est vrai. Du moins est-elle dans l’opposition, ce qui évite aux candidats à l’investiture de prendre le pays en otage de leurs ambitions.
Cet épisode aura également signé le glas d’une idée qui traînait depuis des années dans les manuels d’économie politique : celle selon laquelle les entreprises ne recrutent pas parce qu’elles ne peuvent pas licencier. Toutes les études qui ont été réalisées sur le sujet, nous en parlions la semaine dernière, montrent que la solution n’est pas là. C’est important dans la mesure où vont probablement s’ouvrir dans les jours qui viennent des négociations sur l’emploi des jeunes.
Cette contestation aura également mis en évidence les effets pervers de tous ces contrats que l’on a multipliés ces dernières années.
Mais on peut également craindre que le respect de la loi ne sorte victime de cette affaire. On peut sourire de l’imbroglio qu’a créé Jacques Chirac en promulguant une loi dont il nous dit qu’il ne faut surtout pas l’appliquer. Mais c’est l’inquiétude qui devrait, je crois, prévaloir. Pour sauver un Premier ministre qu’il n’a d’ailleurs pas sauvé, sinon en apparence, il a pris un risque considérable que nous ne mesurons pas encore tout à fait. C’est la loi, son autorité qu’il a mises en cause. On nous a expliqué pendant plusieurs jours qu’il n’était pas questions de revenir sur ce que le Parlement avait voté, que force devait rester à la loi, et voilà que celui qui est chargé de la promulguer nous explique qu’il ne faut surtout pas l’appliquer. Tout ce que la France compte de philosophes du droit doit s’arracher les cheveux.
Revenons au CPE. Tout le monde a le sentiment qu’il est condamné, que l’on va vers une renégociation sur l’emploi des jeunes. Que peut-on en attendre?
Pour qu’elle soit utile, il faudrait qu’elle réunisse tous les acteurs, les entreprises, les salariés et les représentants des jeunes qui ne sont pas tous étudiants. Il faudrait également qu’elle aborde l’ensemble de la problématique et je pense notamment à tout ce qui concerne les stages et les formations à visée professionnelle, je pense également à tout ce qui touche à ces contrats atypiques qui encombrent le droit du travail et qu’il faudrait supprimer pour revenir à un contrat de travail unique basé sur un CDI aménagé. Peut-on faire cela en quelques semaines? J’en doute. D’autant plus que ce n’est pas le chemin que semblent avoir choisi les responsables politiques appelés à discuter de cette question.
Bonjour, nous allons une nouvelle fois revenir sur le CPE, mais cette fois-ci vous souhaiter nous parler des manifestations et de leur succès…
On verra si les manifestations d’aujourd’hui ont autant de succès que celles de la semaine dernière, mais je voudrais essayer de comprendre pourquoi le CPE a suscité une telle levée de bouclier, pourquoi une nouvelle fois, le pays s’est dressé, est descendu massivement dans la rue et a manifesté avec autant de force son opposition…
C’est sans doute que le CPE inquiétait beaucoup de monde…
Le gouvernement a effectivement réussi à réunir syndicalistes, parents et jeunes, lycéens et étudiants dans le même refus de ce nouveau contrat de travail. Mais si tous se sont retrouvés, tous n’avaient pas forcément les mêmes motifs de manifester et c’est un peu cela que je veux ce matin décortiquer.
Pour les syndicats, c’est assez simple : ils étaient furieux de ne pas avoir été invités à négocier…
C’est effectivement ce qui explique que l’on ait trouvé coude à coude les syndicats les plus modérés, ceux qui ont signé les accords sur les retraites ou l’assurance maladie, et les plus radicaux. Il faut dire qu’en allant directement au vote par le Parlement sans passer par la case négociation le gouvernement a tout simplement rayé d’un trait de plume la raison d’être du syndicalisme. Si les questions liées au droit du travail sont traitées directement par le Parlement sans discussions avec les organisations syndicales, le syndicalisme devient inutile surtout lorsqu’il est comme chez nous sans troupes. C’était, de la part du gouvernement, une formidable maladresse. Une maladresse d’autant plus grande que le gouvernement précédent, celui de Jean-Pierre Raffarrin avait fait voter un texte qui visait à renforcer la négociation entre partenaires sociaux.
Mais ce sont les motivations des parents et des lycéens qui méritent le plus l’attention.
Pour ce qui est des parents, c’est tout simplement l’inquiétude pour leurs enfants qui les a fait descendre dans la rue…
Sans doute, mais cette inquiétude n’est pas nouvelle. Si les parents sont descendus cette fois-ci si nombreux dans la rue, c’est qu’ils ont découvert que toutes les stratégies qu’ils avaient pu imaginer pour aider leurs enfants à entrer sur le marché du travail étaient inefficaces. Même les enfants qui suivent les conseils qu’on leur donne rencontrent des difficultés…
Vous pensez à la difficulté de trouver un emploi avec un diplôme de l’enseignement supérieur.
Bien sûr. On nous a pendant des années dit qu’il fallait poursuivre ses études, obtenir un bac + 4 ou + 5 pour trouver plus facilement un emploi, or on découvre que ce n’est pas si simple. Les diplômes n’ouvrent pas la porte à l’emploi. Bien au contraire, on a souvent le sentiment que l’enseignement supérieur est utilisé pour masquer le chômage des jeunes. Tant qu’ils sont inscrits à l’université, les étudiants ne sont pas à l’ANPE…
On dit beaucoup que l’enseignement supérieur n’est pas assez proche du monde du travail, qu’il y prépare mal…
On a longtemps cru qu’il suffisait de suivre des formations spécialisées plus proches des attentes des entreprises pour trouver plus facilement un emploi. Or, il apparaît que cela ne marche pas ainsi. Les universités, l’enseignement supérieur privé ont multiplié les formations de type professionnel: DESS, masters… Bien loin de donner des emplois aux jeunes qui en sortent, ces formations sont devenues des fournisseurs de stagiaires à des entreprises qui ne recrutent pas plus. Il y a une véritable dérive qui bien loin de faciliter l’entrée sur le marché du travail la rend plus difficile : on pensait devenir journaliste, on fait des stages pas rémunérés ou mal rémunérés dans des journaux et on découvre, lorsque l’on a son diplôme en main que plus personne n’est là pour vous recruter, sinon avec des emplois précaires.
D’où des frustrations…
Mais oui. Et le mécanisme est très simple. Les établissements d’enseignement supérieur, publics et privés, sont en concurrence les uns avec les autres pour attirer les étudiants. Ils leur proposent des formations séduisantes qui mènent à des métiers qui ont une bonne image. Et comme tout le monde se dit : j’ai plus de chances de trouver un emploi avec un complément de formation professionnelle, ces établissements remplissent leurs classes et, comme ils sont nombreux, ils produisent trop de candidats pour des postes rares. Je parlais à l’instant du journalisme, on sait qu’il y a de nombreuses écoles qui forment des apprentis journalistes, elles en forment beaucoup plus que n’en recrutent effectivement les journaux. On pourrait donner d’autres exemples. Une rapide recherche sur internet m’a permis de compter 7 formations au marketing de luxe destinées à des gens qui ont un bac + 4 ou +5. Et il y en a sans doute plus.
Qui sont souvent payantes…
Payantes et coûteuses : cela descend rarement en dessous de 6000€. Or, croyez-vous que les entreprises de luxe recrutent autant de spécialistes du marketing qu’en forment ces écoles? J’en doute d’autant plus que leurs DRH ont en général le choix entre de jeunes diplômés d’une bonne école de commerce qui apprendront vite les quelques astuces du métier et des gens qui ont ajouté à un bac+5 médiocre quelques mois d’une spécialisation qui ne correspond pas forcément à leurs besoins.
Vous êtes en train de nous dire que l’allongement des études n’est pas toujours une bonne chose…
Les parents qui ont financé cet allongement des études découvrent que cela n’est pas utile. Que les entreprises qui passent leur vie à demander à l’enseignement supérieur de faire des efforts, bien loin de jouer le jeu, ont profité de la multiplication des stages, des formations en alternance… pour se constituer une main d’oeuvre gratuite ou quasiment gratuite qui fait directement concurrence aux jeunes diplômés. Pourquoi recruter quelqu’un en CDI quand on peut avoir un stagiaire qui possède à peu près les mêmes compétences et qui coûte beaucoup moins cher?
Les entreprises sont donc responsables?
Elles profitent d’un système pervers dans lequel elles n’ont, paradoxalement, pas leur mot à dire. Si on leur demandait de contribuer au financement de ces formations, ce qui serait après tout normal, il est probable qu’elles seraient plus rigoureuses tant sur les contenus que sur le nombre de places ouvertes. Il y aurait corrélation entre l’offre de diplômés et la demande. Mais ce n’est pas le cas. D’où ces frustrations de jeunes gens qui trouvent des emplois qui ne correspondent pas aux formations qu’ils ont suivies.
S’il y avait des parents dans ces manifestations, il y avait surtout des étudiants et des lycéens, ce qui a surpris tous ceux qui pensaient que le CPE était surtout destiné aux jeunes sans qualifications?
C’est effectivement un argument qu’ont beaucoup utilisé les avocats du gouvernement, mais qui montre surtout qu’ils n’ont pas compris ce que le CPE pouvait avoir d’inquiétant pour des jeunes qui souhaitent entrer sur le marché du travail.
Inquiétant parce que l’on pouvait être licencié sans motivation…
Ce n’est pas le licenciement qui fait problème. On peut aussi bien l’être avec un CDI. C’est le mépris affiché à l’égard de la jeunesse. Le CPE prévoyait une période de deux ans pendant laquelle on pouvait licencier sans motivation, ce qui en pratique veut dire que le salarié pendant ces deux ans ne pouvait aller devant le juge, pour contester son licenciement. Le CPE, c’était refuser aux jeunes la protection du juge en cas de conflit, c’était leur dénier le statut de sujet de droit. C’était en faire des citoyens de seconde zone, qui n’ont pas les mêmes droits que les autres. C’était créer une de ces injustices, une de ces atteintes à la dignité de la personne qui poussent à la protestation, à la révolte. Il faut là-dessus relire ce qu’en dit Emmanuel Renault dans un petit livre sur le mépris publié il a quelques années.
Mais vous nous disiez, c’était, je crois il y a quinze jours que le CPE n’interdisait pas le recours à la justice. Il y a d’ailleurs eu des affaires portées aux prud’hommes à propos du CNE…
C’est vrai et c’est d’ailleurs ce qu’a réaffirmé le conseil constitutionnel, mais ce n’est pas le sens du texte qui visait bien à bloquer l’intervention du juge dans les relations de travail. C’est ce que voulait explicitement dire l’absence de motivation.
Il faut ajouter que ce sentiment d’injustice était redoublé d’un sentiment de ne pas être reconnus à leur juste valeur.
Vous faites allusion à ces formations professionnelles qu’ils ont suivies?
Mais bien sûr. On a dit à des étudiants qui suivent des formations professionnelles, qui connaissent bien le monde du travail grâce aux stages qu’ils y ont fait, que tout cela ne sert à rien, que les entreprises ont besoin de deux ans pour les former, les évaluer, prendre une décision… Comment n’auraient-ils pas eu le sentiment qu’on ne les reconnaissait pas à leur juste valeur.
Non seulement, on ne leur reconnaît pas le statut de sujet de droit susceptible d’aller devant le juge en cas de conflit mais, en plus, on leur disait que tous les efforts faits pour se former, pour acquérir les compétences dont les entreprises ont, leur dit-on, besoin ne valaient rien, qu’il fallait tout recommence à zéro. Il y avait de quoi se révolter.
Parce qu’ils avaient le sentiment de ne pas être respectés pour ce qu’ils sont, pour ce qu’ils valent…
Vous avez raison d’utiliser le mot respect. Les manifestations anti-CPE n’ont pas grand chose avec le mouvement des banlieues de novembre, sinon sur ce point : les uns comme les autres ont le sentiment qu’on leur manque de respect. Et on sait tous que cela met en colère et suscite la révolte. Tout simplement parce que colère et révolte sont des manières de reconquérir l’estime de soi que l’on a perdue, que l’on vous a fait perdre en ne vous reconnaissant pas comme un sujet de droit disposant de compétences et de capacités.
Cette révolte contre cette double injustice aurait pu rester confinée chez les jeunes, or elle a trouvé un écho chez les syndicats et chez les parents, c’est-à-dire chez tous ceux qui disposent d’un CDI et qui n’étaient pas directement visés…
C’est qu’ils craignent d’être les prochaines victimes de ces réformes…
Bien sûr. Et à juste titre puisque les quelques protections dont bénéficient les salariés en CDI sont bien en point de mire. Le MEDEF ne s’en est jamais caché.
Cette solidarité est d’autant plus remarquable qu’on a beaucoup utilisé les difficultés des uns pour réduire les avantages des autres. Il y a quelques années, Denis Olivennes avait publié une note qui expliquait en substance que la société française avait fait le choix du chômage, qu’elle avait choisi de protéger ceux qui avaient un emploi au risque de laisser sur le coté de la route ceux qui n’en avaient pas, les jeunes, les chômeurs2. Pour parler comme les économistes, les insiders bloqueraient le chemin aux outsiders. Or, bien loin de s’opposer, les uns et les autres se sont réunis contre le gouvernement mais contre aussi les entreprises qui usent et abusent de la situation, car, il ne faut pas se faire d’illusions, derrière la critique du gouvernement, il y a celles des entreprises qui jouent de tous ces contrats pour réduire le coût du travail.
Est-ce que le recul du gouvernement peut faire tomber cette colère et cette révolte?
On verra bien, mais on peut dores et déjà dénombrer les victimes de cette affaire. Au delà des individus, et je pense naturellement à Dominique de Villepin que l’on dit jusque dans les rangs de l’UMP carbonisé, cette affaire aura mis à mal un système institutionnel qui rend fous nos hommes politiques. On a vu une nouvelle fois comment leurs ambitions présidentielles peuvent les conduire à faire n’importe quoi. Y aurait-il eu un CPE, le premier ministre aurait-il été aussi inflexible s’il n’avait voulu s’afficher comme plus efficace que Nicolas Sarkozy? De quelque manière que s’achève cet épisode, l’une des conclusions que l’on peut en tirer est qu’il faut revoir notre système institutionnel.
Le spectacle que donne la gauche n’est pas beaucoup plus réjouissant…
C’est vrai. Du moins est-elle dans l’opposition, ce qui évite aux candidats à l’investiture de prendre le pays en otage de leurs ambitions.
Cet épisode aura également signé le glas d’une idée qui traînait depuis des années dans les manuels d’économie politique : celle selon laquelle les entreprises ne recrutent pas parce qu’elles ne peuvent pas licencier. Toutes les études qui ont été réalisées sur le sujet, nous en parlions la semaine dernière, montrent que la solution n’est pas là. C’est important dans la mesure où vont probablement s’ouvrir dans les jours qui viennent des négociations sur l’emploi des jeunes.
Cette contestation aura également mis en évidence les effets pervers de tous ces contrats que l’on a multipliés ces dernières années.
Mais on peut également craindre que le respect de la loi ne sorte victime de cette affaire. On peut sourire de l’imbroglio qu’a créé Jacques Chirac en promulguant une loi dont il nous dit qu’il ne faut surtout pas l’appliquer. Mais c’est l’inquiétude qui devrait, je crois, prévaloir. Pour sauver un Premier ministre qu’il n’a d’ailleurs pas sauvé, sinon en apparence, il a pris un risque considérable que nous ne mesurons pas encore tout à fait. C’est la loi, son autorité qu’il a mises en cause. On nous a expliqué pendant plusieurs jours qu’il n’était pas questions de revenir sur ce que le Parlement avait voté, que force devait rester à la loi, et voilà que celui qui est chargé de la promulguer nous explique qu’il ne faut surtout pas l’appliquer. Tout ce que la France compte de philosophes du droit doit s’arracher les cheveux.
Revenons au CPE. Tout le monde a le sentiment qu’il est condamné, que l’on va vers une renégociation sur l’emploi des jeunes. Que peut-on en attendre?
Pour qu’elle soit utile, il faudrait qu’elle réunisse tous les acteurs, les entreprises, les salariés et les représentants des jeunes qui ne sont pas tous étudiants. Il faudrait également qu’elle aborde l’ensemble de la problématique et je pense notamment à tout ce qui concerne les stages et les formations à visée professionnelle, je pense également à tout ce qui touche à ces contrats atypiques qui encombrent le droit du travail et qu’il faudrait supprimer pour revenir à un contrat de travail unique basé sur un CDI aménagé. Peut-on faire cela en quelques semaines? J’en doute. D’autant plus que ce n’est pas le chemin que semblent avoir choisi les responsables politiques appelés à discuter de cette question.
samedi, avril 01, 2006
L'emploi et le juge
Après quelques autres, Jean Tirole demande à la fin de sa chronique de l'Expansion que l'on agisse pour limiter l'intervention des juges dans les licenciements. C'était un peu l'esprit du CPE, mais présenté de manière tellement maladroite et discriminatoire que personne n'a compris de quoi il retournait (allonger la période d'essai pendant laquelle on peut se séparer d'un salarié sans motiver sa décision revient, en fait, à enlever à celui-ci la possibilité de contester la décision au tribunal). Comme je le disais dans un précédent post, le recours au juge est certainement une gêne pour les employeurs (les petits, surtout) qui n'ont ni le temps ni les compétences ni les ressources pour construire des dossiers. Mais peut-être conviendrait-il de s'interroger sur les motifs de ces recours si fréquents au juge.
J'en vois deux :
- la situation sur le marché du travail qui limite les départs volontaires qui sont, on l'oublie trop, un moyen naturel de régulation des situations tendues (l'exit plutôt que la prise de parole de Hirschman) : du fait du chômage massif, les salariés sont condamnés à se battre jusqu'à la dernière extrémité pour conserver leur emploi,
- la faiblesse des organisations syndicales qui se révèle particulièrement contre-productive : à défaut de pouvoir mener des actions collectives, elles mulitiplient les actions individuelles et délèguent au Parlement le soin de créer des textes qui leur facilitent le travail (le développement des affaires concernant le harcèlement moral est, de ce point de vue, significatif).
L'Etat a mieux à faire que de combattre les OPA
J'en vois deux :
- la situation sur le marché du travail qui limite les départs volontaires qui sont, on l'oublie trop, un moyen naturel de régulation des situations tendues (l'exit plutôt que la prise de parole de Hirschman) : du fait du chômage massif, les salariés sont condamnés à se battre jusqu'à la dernière extrémité pour conserver leur emploi,
- la faiblesse des organisations syndicales qui se révèle particulièrement contre-productive : à défaut de pouvoir mener des actions collectives, elles mulitiplient les actions individuelles et délèguent au Parlement le soin de créer des textes qui leur facilitent le travail (le développement des affaires concernant le harcèlement moral est, de ce point de vue, significatif).
L'Etat a mieux à faire que de combattre les OPA
Chirac, embrouille ou confusion mentale?
A l'écoute du Président hier soir, je ne sais s'il faut conclure à l'embrouille (maladroite) ou, plus simplement à la confusion mentale. Que nous a-t-il dit, en effet?
1) qu'il promulgait le texte qui instaure le CPE (geste d'autorité dans la ligne de ce que souhaitait le Premier Ministre),
2) qu'il demandait au Parlement de préparer un nouveau texte qui vide le CPE de l'essentiel de ses dispositions (la période d'essai de deux ans, l'absence de motivation conçue pour éviter de porter les litiges devant les tribunaux),
3) qu'il demandait au gouvernement de "prendre toutes les dispositions nécessaires pour qu'en pratique aucun contat ne puisse être signé sans intégrer pleinement l'ensemble de ces modifications." Il sagit de faire en sorte "qu'aucun CPE ne puisse être signé tant que ces modifications ne seront pas entrées en vigueur."
Cela ressemble à une reculade dans le désordre : on abandonne tout et l'on essaie de ne pas perdre la face.
Les premières réactions lycéennes et étudiantes montrent que cela ne suffira sans doute pas à calmer leur colère. Comment d'ailleurs pourrait-elle être calmée alors que rien ne montre qu'on ait au sommet de l'Etat le moins du monde compris ce que veut une société française de plus en plus divisées enttre des élites qui ne pensent qu'à s'expatrier en Belgique pour payer moins d'impôts et des salariés qui connaissent (ou craignent, mais c'est en pratique la même chose) une précarité qui n'est pas le risque de se faire licencier (cela fait partie des risques que court tout salarié) mais celui de ne pas retrouver d'emploi lorsque l'on n'en a plus.
1) qu'il promulgait le texte qui instaure le CPE (geste d'autorité dans la ligne de ce que souhaitait le Premier Ministre),
2) qu'il demandait au Parlement de préparer un nouveau texte qui vide le CPE de l'essentiel de ses dispositions (la période d'essai de deux ans, l'absence de motivation conçue pour éviter de porter les litiges devant les tribunaux),
3) qu'il demandait au gouvernement de "prendre toutes les dispositions nécessaires pour qu'en pratique aucun contat ne puisse être signé sans intégrer pleinement l'ensemble de ces modifications." Il sagit de faire en sorte "qu'aucun CPE ne puisse être signé tant que ces modifications ne seront pas entrées en vigueur."
Cela ressemble à une reculade dans le désordre : on abandonne tout et l'on essaie de ne pas perdre la face.
Les premières réactions lycéennes et étudiantes montrent que cela ne suffira sans doute pas à calmer leur colère. Comment d'ailleurs pourrait-elle être calmée alors que rien ne montre qu'on ait au sommet de l'Etat le moins du monde compris ce que veut une société française de plus en plus divisées enttre des élites qui ne pensent qu'à s'expatrier en Belgique pour payer moins d'impôts et des salariés qui connaissent (ou craignent, mais c'est en pratique la même chose) une précarité qui n'est pas le risque de se faire licencier (cela fait partie des risques que court tout salarié) mais celui de ne pas retrouver d'emploi lorsque l'on n'en a plus.
jeudi, mars 30, 2006
CPE : jusqu'où ira-t-on dans l'absurde?
La décision du Conseil constitutionnel confirme l'absurdité de toute cette affaire du CPE. L'absence de motivation du licenciement au coeur de ce nouveau contrat (et du CNE) n'a de sens et d'intérêt vu du coté de l'employeur que s'il lui évite de se retrouver devant le juge. C'était bien d'ailleurs, semble-t-il, la principale motivation de ses auteurs qui voulaient protéger les patrons des conséquences des actions en justice engagées par les salariés (25% des licenciements donnent lieu à des actions en justice et les trois-quart se terminent en faveur des salariés). Or que dit le Conseil constitutionnel lorsqu'il valide le texte? Je cite Le Monde : "Sur l'absence de motivation de l'arrêt du CPE pendant les deux premières années, le Conseil a précisé expressément que toute rupture d'un CPE pendant ces deux années pourra être contestée devant le juge, qui pourra dès lors vérifier si celle-ci n'est pas discriminatoire et ne porte pas atteinte aux protections prévues par le code du travail pour certains salariés." Autant dire que rien n'est sur le fond changé et que c'est un coup d'épée dans l'eau.
Le Monde.fr : Le Conseil constitutionnel valide sans réserve le contrat première embauche:
Le Monde.fr : Le Conseil constitutionnel valide sans réserve le contrat première embauche:
Le problème du livre, ce ne sont pas les petits éditeurs, c'est la diffusion
La tribune libre d'Antoine Gallimard que publie aujourd'hui le Monde des Livres est intéressante, mais je ne suis pas sûr qu'il ait pris tooute la mesure des changements en cours dans le monde de l'édition.
Il a raison de souligner l'impact de la concentration de la distribution sur le marché du livre, mais il aurait fallu, pour être complet et au risque de déplaire aux petits éditeurs avec lesquels il souhaite manifestement se réconcilier après ses propos dans la presse, y ajouter la baisse vertigineuse des coûts de production de livres (ou d'ailleurs, de disques et de films) grâce aux technologies numériques. Il est aujourd'hui possible de produire un livre à quelques centaines d'exemplaires et de le rentabiliser en vendant ce que l'on a imprimé. Il est même possible de produire des livres à l'unité à des coûts pour le lecteur raisonnables. Les techniques d'impression héritées de la xérocopie existent depuis longtemp, ce sont celles qu'utilisent les producteurs de factures en gros volumes (EDF, banques…). Manquaient les fichiers numériques avec les textes. Ils sont aujourd'hui massivement disponibles grâce à internet.
Si tant de jeunes éditeurs se lancent dans l'aventure, c'est que, séduits par un ouvrage ou un auteur, ils pensent pouvoir gagner de l'argent en le mettant sur le marché avec un tirage correspondant à leurs moyens forcément faibles. Ce faisant, ils inondent les libraires de titres nouveaux qui ne sont pas forcément des "me-too products", des doublons de ce qui est publié ailleurs. Reste que les libraires, envahis de livres, ne mettent trop souvent en avant que ceux dont on parle le plus et qu'ils ont donc plus de chance de vendre. Ce sont presque toujours ceux des grandes maisons, non parce qu'elles choisissent mieux (et Antoine Gallimard a sur ce point raison), mais ce sont les seules qui ont les moyens d'entretenir des armées d'attachées de presse (combien de ces professionnels du contact avec les journalistes chez Gallimard? au Seuil, chez La Martinière? chez Flammarion?…).
Comme il parait difficile de revenir sur les progrès techniques de la fabrication, c'est du coté de la diffusion que des progrès devraient être faits. C'est en cours, mais cela se fera malheureusement au dépens des librairies générales. On le sait peu, mais 57% des livres que distribue Amazon sont absents du catalogue de Barnes Nobles, le grand libraire américain, ce qu'un bon observateur des technologies internet a appelé la "long tail". Ce qui veut dire :
- que la concentration de la distribution ne satisfait pas forcément les lecteurs qui sont capables de plus de curiosité et d'audace que ne veulent bien le croire les stratéges de la grande distribution,
- que les outils de "découverte" des titres que les éditeurs électroniques ont mis au point (recherche à partir du contenu, des préférences des précédents lecteurs…) permettent de mieux circuler dans la masse de textes numériques aujoud'hui à portée de tout un chacun pour un clic ou deux.
Ce ne sont pas aujourd'hui les éditeurs, petits ou grands, qui ont à craindre quelque chose de la technologie, ce sont ces distributeurs qui ont chassé les libraires traditionnels et qui pourraient très bien se retrouver demain éliminés eux-mêmes du marché. Ceux d'entre eux qui avaient ouvert des rayons de vente de logiciel ont une idée du scénario qui pourrait toucher aussi bien le livre que le disque et la vidéo.
Il a raison de souligner l'impact de la concentration de la distribution sur le marché du livre, mais il aurait fallu, pour être complet et au risque de déplaire aux petits éditeurs avec lesquels il souhaite manifestement se réconcilier après ses propos dans la presse, y ajouter la baisse vertigineuse des coûts de production de livres (ou d'ailleurs, de disques et de films) grâce aux technologies numériques. Il est aujourd'hui possible de produire un livre à quelques centaines d'exemplaires et de le rentabiliser en vendant ce que l'on a imprimé. Il est même possible de produire des livres à l'unité à des coûts pour le lecteur raisonnables. Les techniques d'impression héritées de la xérocopie existent depuis longtemp, ce sont celles qu'utilisent les producteurs de factures en gros volumes (EDF, banques…). Manquaient les fichiers numériques avec les textes. Ils sont aujourd'hui massivement disponibles grâce à internet.
Si tant de jeunes éditeurs se lancent dans l'aventure, c'est que, séduits par un ouvrage ou un auteur, ils pensent pouvoir gagner de l'argent en le mettant sur le marché avec un tirage correspondant à leurs moyens forcément faibles. Ce faisant, ils inondent les libraires de titres nouveaux qui ne sont pas forcément des "me-too products", des doublons de ce qui est publié ailleurs. Reste que les libraires, envahis de livres, ne mettent trop souvent en avant que ceux dont on parle le plus et qu'ils ont donc plus de chance de vendre. Ce sont presque toujours ceux des grandes maisons, non parce qu'elles choisissent mieux (et Antoine Gallimard a sur ce point raison), mais ce sont les seules qui ont les moyens d'entretenir des armées d'attachées de presse (combien de ces professionnels du contact avec les journalistes chez Gallimard? au Seuil, chez La Martinière? chez Flammarion?…).
Comme il parait difficile de revenir sur les progrès techniques de la fabrication, c'est du coté de la diffusion que des progrès devraient être faits. C'est en cours, mais cela se fera malheureusement au dépens des librairies générales. On le sait peu, mais 57% des livres que distribue Amazon sont absents du catalogue de Barnes Nobles, le grand libraire américain, ce qu'un bon observateur des technologies internet a appelé la "long tail". Ce qui veut dire :
- que la concentration de la distribution ne satisfait pas forcément les lecteurs qui sont capables de plus de curiosité et d'audace que ne veulent bien le croire les stratéges de la grande distribution,
- que les outils de "découverte" des titres que les éditeurs électroniques ont mis au point (recherche à partir du contenu, des préférences des précédents lecteurs…) permettent de mieux circuler dans la masse de textes numériques aujoud'hui à portée de tout un chacun pour un clic ou deux.
Ce ne sont pas aujourd'hui les éditeurs, petits ou grands, qui ont à craindre quelque chose de la technologie, ce sont ces distributeurs qui ont chassé les libraires traditionnels et qui pourraient très bien se retrouver demain éliminés eux-mêmes du marché. Ceux d'entre eux qui avaient ouvert des rayons de vente de logiciel ont une idée du scénario qui pourrait toucher aussi bien le livre que le disque et la vidéo.
Un roman blog
Pour se changer les idées et oublier un instant ces sujets "lourds" que sont l'emploi des jeunes ou l'immigration, voici un roman blog, édité par un ingénieur qui travaille chez Google : Chris DiBona. Plutôt que de conserver pour lui son manuscrit, il le publie au fil de l'eau sur internet. Le titre est appétissant (Bruce Napoleon et le vampire vétérinaire), le contenu… je vous laisse juge. Mais on peut rêver. Pourquoi pas un roman collectif, une oeuvre où chacun pourrait apporter sa contribution, ses personnages à la manière de ces murs que générations après générations on couvre de graffitis?
Bruce Napoleon, Vampire Veterinarian: Forward/Author's Note....
Bruce Napoleon, Vampire Veterinarian: Forward/Author's Note....
mercredi, mars 29, 2006
Gary Becker, la peine de mort et un critique britannique
Il y a quelques années, j'ai publié un article dans le journa Le Monde un article (article que l'on pourrait rapidement retrouver en fouillant dans les archives du journal, mais il est un peu tard pour que je me lance dans cette recherche) critiquant Gary Becker. Depuis, je lis avec un mélange d'intérêt (ce qu'il est écrit est, naturellement, intelligent), d'agacement et d'envie d'en découvre tout ce que publie ce très distingué professeur de Chicago, lauréat du Prix Nobel d'économie (y compris sur le blog qu'il partage avec Richard Posner, autre auteur "agaçant"). Il est vrai qu'il "n'en rate pas une". Dernière de ces inventions : une défense de la peine de mort qui fait douter du sérieux de tout son programme (qui consiste, pour dire les choses simplement, à mettre les outils de l'économie au service de l'analyse des comportements sociaux : mariage, discriminations…).
Je ne suis bien sûr pas le seul dans cet état d'esprit. Geraint Johnes, qui enseigne l'économie à l'université de Lancaster, est dans les mêmes dispositions. Et puisqu'il le fait parfaitement bien, je me contenterai ce soir de citer sa critique de l'argument de Becker sur la peine de mort :
"Thursday, March 16, 2006 Gary Becker provides an interesting defence of capital punishment. His argument hinges on the deterrence effect. While the strength of this effect is a matter of some debate, he argues that even where less than one innocent life is saved as a result of killing a guilty murderer, society may benefit from capital punishment, since the positive value to society of the murderer is likely to be less than that of the innocent victim. "A comparison of the qualities of individual lives has to be part of any reasonable social policy."
This statement is, of course, far from innocuous - especially so if we remove it from the emotive context of capital punishment. It is particularly controversial because it begs the question of who should make the decision about the qualities of individual lives. If different people are to carry different weights in society's welfare function, how should democracy work? Do currently installed governments have a mandate to make decisions on this? Should the governments now in place therefore allocate variable numbers of votes to members of their populations in time for the next elections? Should these be based on criminal records, access to welfare payments, education, gross income, or contributions to party funds? Under such conditions, democratic government would amount to little other than a one party state. So should it be a dictator that decides on the weights? That would be convenient, to be sure, but one dictator's tea is another dictator's coffee.
Unless Becker can tell us how and by whom the comparison of the qualities of individual lives should be made, his argument is no more than subjective opinion - in his view, we should count some people's lives as worth more than others. In the context of capital punishment, his opinion may have a lot of public support. More generally in the construction of social policy his would be one voice amongst many, and each of those voices would like to be able to dictate.
All this is not to suggest that economists can, or should, refrain from making comparisons of the qualities of individual lives. Indeed we cannot avoid doing so, for assigning an equal weight to each individual involves making comparisons just as does the assignment of unequal weights. But reaching a judgement that at the margin one life is worth more or less than another is something that we should do only in the most exceptional of circumstances, and in full cognisance of the implications. For amongst those implications is the undermining of much of our discipline as we know it. Utilitarianism would be out, and with it much of welfare economics would go. Even the invisible hand, which provides the intellectual foundation stone of free market economies, and which assumes that one agent’s welfare is worth the same as another’s, would be seriously compromised.
Now that's a funny thing to come out of Chicago!"
Je ne suis bien sûr pas le seul dans cet état d'esprit. Geraint Johnes, qui enseigne l'économie à l'université de Lancaster, est dans les mêmes dispositions. Et puisqu'il le fait parfaitement bien, je me contenterai ce soir de citer sa critique de l'argument de Becker sur la peine de mort :
"Thursday, March 16, 2006 Gary Becker provides an interesting defence of capital punishment. His argument hinges on the deterrence effect. While the strength of this effect is a matter of some debate, he argues that even where less than one innocent life is saved as a result of killing a guilty murderer, society may benefit from capital punishment, since the positive value to society of the murderer is likely to be less than that of the innocent victim. "A comparison of the qualities of individual lives has to be part of any reasonable social policy."
This statement is, of course, far from innocuous - especially so if we remove it from the emotive context of capital punishment. It is particularly controversial because it begs the question of who should make the decision about the qualities of individual lives. If different people are to carry different weights in society's welfare function, how should democracy work? Do currently installed governments have a mandate to make decisions on this? Should the governments now in place therefore allocate variable numbers of votes to members of their populations in time for the next elections? Should these be based on criminal records, access to welfare payments, education, gross income, or contributions to party funds? Under such conditions, democratic government would amount to little other than a one party state. So should it be a dictator that decides on the weights? That would be convenient, to be sure, but one dictator's tea is another dictator's coffee.
Unless Becker can tell us how and by whom the comparison of the qualities of individual lives should be made, his argument is no more than subjective opinion - in his view, we should count some people's lives as worth more than others. In the context of capital punishment, his opinion may have a lot of public support. More generally in the construction of social policy his would be one voice amongst many, and each of those voices would like to be able to dictate.
All this is not to suggest that economists can, or should, refrain from making comparisons of the qualities of individual lives. Indeed we cannot avoid doing so, for assigning an equal weight to each individual involves making comparisons just as does the assignment of unequal weights. But reaching a judgement that at the margin one life is worth more or less than another is something that we should do only in the most exceptional of circumstances, and in full cognisance of the implications. For amongst those implications is the undermining of much of our discipline as we know it. Utilitarianism would be out, and with it much of welfare economics would go. Even the invisible hand, which provides the intellectual foundation stone of free market economies, and which assumes that one agent’s welfare is worth the same as another’s, would be seriously compromised.
Now that's a funny thing to come out of Chicago!"
Le projet de loi Sarkozy sur l'immigration
Nicolas Sarkozy présente ce matin en conseil des ministres son projet de loi sur l'immigration. On en connait l'esprit depuis l'interview qu'il a donnée en février dernier au Journal du Dimanche :
- accent mis sur l'immigration économique, avec l'instauration de quotas et priorité donnée aux immigrés disposant des compétences élevées dont l'économie française a besoin,
- régime beaucoup plus rigoureux pour les étudiants avec sélection à l'entrée, création de quotas basés sur les capacités d'accueil et obligation de retourner chez soi à la fin de ses études,
- lutte contre les mariages mixtes, le mariage avec un français ne donnant plus aux immigrés clandestins la possibilité d'obtenir une carte de séjour,
- fin de la "prime" à la clandestinité : 10 ans de séjour irrégulier en France ne donneront plus droit à une carte de séjour,
- regroupement familial rendu plus difficile et soumis à une condition d'insertion,
- rôle accru du Parlement qui devra chaque année définir des objectifs quantifiés.
Ces mesures visent à 1) réorienter l'immigration vers l'économie alors qu'elle s'était depuis une vingtaine d'années concentrée sur le regroupement familial, 2) maîtriser les flux et les ajuster aux capacités d'accueil. Ces deux objectifs ont le mérite de réintroduire l'immigration dans le débat politique dans un registre rationnel. On n'est plus dans la fermeture complète des frontières pronée par le Front National et une partie de la droite. Mais, pour le reste, ces propositions sont extrêmement contestables.
Immigration choisie : la priorité au personnel qualifié
L'idée de base est que nous ne pouvons pas, pour différents motifs, former tous les personnels qualifiés dont nous avons besoin et qu'il est, dans ce cas, utile d'ouvrir le marché du travail.
Cette idée est contestable pour trois motifs :
- nous avons aussi besoin de main-d'oeuvre non-qualifiée ou peu qualifée, comme dans l'agriculture (emplois saisonniers du sud de la France), le bâtiment, le gardiennage, le nettoyage. Nous en avons d'autant plus besoin que notre système éducatif (études obligatoires jusqu'à 16 ans…) rend difficile le recrutement de jeunes français dans ces métiers ;
- il est extrêmement difficile d'évaluer la compétence et les qualifications dans de nombreux métiers. Tous les professionnels du bâtiment disent, par exemple, que les Portugais sont de meilleurs maçons que les Turcs. Ce qui ne tient ni aux personnes, ni aux diplômes (il n'y en a pas), mais aux méthodes de construction des pays d'origine. Mais comment faire un réglement d'un savoir qui relève de l'expérience de quelques patrons et qui peut varier : les Turcs sont peut-être de meilleurs peintres ou plombiers que les Portugais…?
- une main d'oeuvre immigrée peu qualifiée peut augmenter l'offre de travail qualifié indigène. Prenez une diplômée de l'enseignement supérieur qui vient d'avoir un enfant. Elle retournerait volontiers travailler mais elle n'a personne pour garder son bébé. Elle reste donc chez elle. La même pouvant recruter une garde d'enfant immigrée et sans qualification occupera un poste correspondant à ses compétences. La travailleuse immigrée sans qualification a remis sur le marché du travail une française qualifiée.
Le Parlement et les quotas
Nicolas Sarkozy veut confier au Parlement le soin de fixer chaque année des objectifs quantifiés. Là encore, on peut s'interroger : comment le Parlement fera-t-il? Comment pourra-t-il anticiper les besoins de l'économie alors même que les chefs d'entreprise ont du mal à le faire plusieurs semaines à l'avance? On nous parle en permanence de flexibilité et on crée là une rigidité.
On peut par ailleurs craindre deux dérives :
- les débats sur les objectifs devenant un enjeu dans la course à l'échalotte entre démagogues, c'est à qui sera le plus rigoureux,
- la concentration des objectifs sur les quelques secteurs dont les lobbies sont le mieux implantés à l'Assemblée. Les choix ne se feront pas en fonction des besoins de l'économie française mais en fonction du poids électoral de tel ou tel secteur.
Mariages et regroupement familial
80% des titres de séjour sont aujourd'hui délivrés à la suite d'un mariage ou d'un regroupement familial. Ce n'est bien évidemment pas satisfaisant. Mais pour résoudre ce problème, le projet envisage de rendre plus difficile l'accès à une carte de séjour. Le mariage avec un Français n'y donnerait plus droit. Et pour asseoir cette mesure discriminatoire et choquante aux yeux de beaucoup (on pourrait se marier avec un étranger et ne pas avoir le droit de vivre en France avec lui!), le gouvernement donne des chiffres qui sont, il est vrai, surprenants : "La situation du mariage a, de fait, beaucoup évolué, au cours de ces dernières années. Le mariage est en effet devenu un enjeu migratoire majeur, Ainsi, de 1999 à 2003, le nombre des mariages célébrés en France entre des Français et des ressortissants étrangers a progressé de 62 %. En 2005, ils représentaient 50 000 des 275 000 mariages célébrés en France. Dans le même temps, hors de nos frontières, 45 000 autres mariages ont été contractés par nos compatriotes, essentiellement avec des ressortissants étrangers. En définitive, un mariage sur trois est un mariage mixte. Parallèlement, le rapprochement de conjoint constitue le premier motif d'immigration familiale, tandis que pratiquement 50 % des acquisitions de la nationalité française ont lieu par mariage." (Pascal Clément à l'Assemblée Nationale le 22 mars 2006). Ces chiffres posent deux problèmes :
- ils sont trop globaux et ne permettent pas de faire la différence entre ce qui relève des mécanismes d'intégration (le mariage entre conjoints de communautés différentes est depuis très longtemps un mécanisme d'intégration en France) et ce qui est fraude ;
- la fraude existe (un mariage coûterait aujourd'hui à l'immigré qui souhaite régulariser ainsi sa situation 6000€), mais d'où vient-elle sinon de l'impossibilité d'obtenir par d'autres moyens des papiers? Que peut aujourd'hui faire celui qui a envie de rester parce qu'il a trouvé un travail ? Rien ou à peu près. Les textes le condamnent à la clandestinité (c'est-à-dire au travail au noir…) et à la fraude.
Ce n'est pas contre les mariages blancs qu'il faut lutter, mais contre les obstacles qui empêchent ceux qui le souhaitent de s'installer chez nous.
Les étudiants : sélection et retour au pays
Les étudiants étrangers posent un problème, comme le savent tous les responsables des services d'inscription dans les universités. Beaucoup d'éudiants s'inscrivent mais ne suivent pas vraiment les cours. C'est une manière de contourner les dispositions qui bloquent l'entrée des étrangers en France. Là encore la solution serait de lever des octacles inutiles.
Pour ce qui est des étudiants venus suivre des études (il y en a tout de même beaucoup), ces mesures paraissent contradictoires. On les accueillera en fonction des capacités. Ce qui en pratique veut dire qu'ils boucheront les trous, qu'ils pourront étudier dans les disciplines que les jeunes français désertent :
- soit parce qu'il s'agit de disciplines sans intérêt ni avenir : mais alors pourquoi inciter des étrangers à venir les étudier? Ne faudrait-ils pas plutôt réduire l'offre?
- soit parce qu'il s'agit de disciplines dont nous avons besoin que les étudiants français négligent pour d'autres motifs (cas, aujourd'hui, des disciplines scientifiques) : mais pourquoi alors demander aux étudiants que nous aurons formés de rentrer chez eux dès la fin de leur formation?
- accent mis sur l'immigration économique, avec l'instauration de quotas et priorité donnée aux immigrés disposant des compétences élevées dont l'économie française a besoin,
- régime beaucoup plus rigoureux pour les étudiants avec sélection à l'entrée, création de quotas basés sur les capacités d'accueil et obligation de retourner chez soi à la fin de ses études,
- lutte contre les mariages mixtes, le mariage avec un français ne donnant plus aux immigrés clandestins la possibilité d'obtenir une carte de séjour,
- fin de la "prime" à la clandestinité : 10 ans de séjour irrégulier en France ne donneront plus droit à une carte de séjour,
- regroupement familial rendu plus difficile et soumis à une condition d'insertion,
- rôle accru du Parlement qui devra chaque année définir des objectifs quantifiés.
Ces mesures visent à 1) réorienter l'immigration vers l'économie alors qu'elle s'était depuis une vingtaine d'années concentrée sur le regroupement familial, 2) maîtriser les flux et les ajuster aux capacités d'accueil. Ces deux objectifs ont le mérite de réintroduire l'immigration dans le débat politique dans un registre rationnel. On n'est plus dans la fermeture complète des frontières pronée par le Front National et une partie de la droite. Mais, pour le reste, ces propositions sont extrêmement contestables.
Immigration choisie : la priorité au personnel qualifié
L'idée de base est que nous ne pouvons pas, pour différents motifs, former tous les personnels qualifiés dont nous avons besoin et qu'il est, dans ce cas, utile d'ouvrir le marché du travail.
Cette idée est contestable pour trois motifs :
- nous avons aussi besoin de main-d'oeuvre non-qualifiée ou peu qualifée, comme dans l'agriculture (emplois saisonniers du sud de la France), le bâtiment, le gardiennage, le nettoyage. Nous en avons d'autant plus besoin que notre système éducatif (études obligatoires jusqu'à 16 ans…) rend difficile le recrutement de jeunes français dans ces métiers ;
- il est extrêmement difficile d'évaluer la compétence et les qualifications dans de nombreux métiers. Tous les professionnels du bâtiment disent, par exemple, que les Portugais sont de meilleurs maçons que les Turcs. Ce qui ne tient ni aux personnes, ni aux diplômes (il n'y en a pas), mais aux méthodes de construction des pays d'origine. Mais comment faire un réglement d'un savoir qui relève de l'expérience de quelques patrons et qui peut varier : les Turcs sont peut-être de meilleurs peintres ou plombiers que les Portugais…?
- une main d'oeuvre immigrée peu qualifiée peut augmenter l'offre de travail qualifié indigène. Prenez une diplômée de l'enseignement supérieur qui vient d'avoir un enfant. Elle retournerait volontiers travailler mais elle n'a personne pour garder son bébé. Elle reste donc chez elle. La même pouvant recruter une garde d'enfant immigrée et sans qualification occupera un poste correspondant à ses compétences. La travailleuse immigrée sans qualification a remis sur le marché du travail une française qualifiée.
Le Parlement et les quotas
Nicolas Sarkozy veut confier au Parlement le soin de fixer chaque année des objectifs quantifiés. Là encore, on peut s'interroger : comment le Parlement fera-t-il? Comment pourra-t-il anticiper les besoins de l'économie alors même que les chefs d'entreprise ont du mal à le faire plusieurs semaines à l'avance? On nous parle en permanence de flexibilité et on crée là une rigidité.
On peut par ailleurs craindre deux dérives :
- les débats sur les objectifs devenant un enjeu dans la course à l'échalotte entre démagogues, c'est à qui sera le plus rigoureux,
- la concentration des objectifs sur les quelques secteurs dont les lobbies sont le mieux implantés à l'Assemblée. Les choix ne se feront pas en fonction des besoins de l'économie française mais en fonction du poids électoral de tel ou tel secteur.
Mariages et regroupement familial
80% des titres de séjour sont aujourd'hui délivrés à la suite d'un mariage ou d'un regroupement familial. Ce n'est bien évidemment pas satisfaisant. Mais pour résoudre ce problème, le projet envisage de rendre plus difficile l'accès à une carte de séjour. Le mariage avec un Français n'y donnerait plus droit. Et pour asseoir cette mesure discriminatoire et choquante aux yeux de beaucoup (on pourrait se marier avec un étranger et ne pas avoir le droit de vivre en France avec lui!), le gouvernement donne des chiffres qui sont, il est vrai, surprenants : "La situation du mariage a, de fait, beaucoup évolué, au cours de ces dernières années. Le mariage est en effet devenu un enjeu migratoire majeur, Ainsi, de 1999 à 2003, le nombre des mariages célébrés en France entre des Français et des ressortissants étrangers a progressé de 62 %. En 2005, ils représentaient 50 000 des 275 000 mariages célébrés en France. Dans le même temps, hors de nos frontières, 45 000 autres mariages ont été contractés par nos compatriotes, essentiellement avec des ressortissants étrangers. En définitive, un mariage sur trois est un mariage mixte. Parallèlement, le rapprochement de conjoint constitue le premier motif d'immigration familiale, tandis que pratiquement 50 % des acquisitions de la nationalité française ont lieu par mariage." (Pascal Clément à l'Assemblée Nationale le 22 mars 2006). Ces chiffres posent deux problèmes :
- ils sont trop globaux et ne permettent pas de faire la différence entre ce qui relève des mécanismes d'intégration (le mariage entre conjoints de communautés différentes est depuis très longtemps un mécanisme d'intégration en France) et ce qui est fraude ;
- la fraude existe (un mariage coûterait aujourd'hui à l'immigré qui souhaite régulariser ainsi sa situation 6000€), mais d'où vient-elle sinon de l'impossibilité d'obtenir par d'autres moyens des papiers? Que peut aujourd'hui faire celui qui a envie de rester parce qu'il a trouvé un travail ? Rien ou à peu près. Les textes le condamnent à la clandestinité (c'est-à-dire au travail au noir…) et à la fraude.
Ce n'est pas contre les mariages blancs qu'il faut lutter, mais contre les obstacles qui empêchent ceux qui le souhaitent de s'installer chez nous.
Les étudiants : sélection et retour au pays
Les étudiants étrangers posent un problème, comme le savent tous les responsables des services d'inscription dans les universités. Beaucoup d'éudiants s'inscrivent mais ne suivent pas vraiment les cours. C'est une manière de contourner les dispositions qui bloquent l'entrée des étrangers en France. Là encore la solution serait de lever des octacles inutiles.
Pour ce qui est des étudiants venus suivre des études (il y en a tout de même beaucoup), ces mesures paraissent contradictoires. On les accueillera en fonction des capacités. Ce qui en pratique veut dire qu'ils boucheront les trous, qu'ils pourront étudier dans les disciplines que les jeunes français désertent :
- soit parce qu'il s'agit de disciplines sans intérêt ni avenir : mais alors pourquoi inciter des étrangers à venir les étudier? Ne faudrait-ils pas plutôt réduire l'offre?
- soit parce qu'il s'agit de disciplines dont nous avons besoin que les étudiants français négligent pour d'autres motifs (cas, aujourd'hui, des disciplines scientifiques) : mais pourquoi alors demander aux étudiants que nous aurons formés de rentrer chez eux dès la fin de leur formation?
samedi, mars 25, 2006
Vous voulez délocaliser? Voici une adresse
La délocalisation n'est pas un mythe. Chacun le sait bien, mais il est rare qu'on ait une vision de ce qu'elle signifie exactement. J'ai trouvé tout à fait par hasard un site qui donne des indication assez précises sur ce que l'on peut en attendre. Avec des prix, 650€ pour un modérateur de site web, 850€ pour un développeur qui sont bien sûr plus faibles que les prix français, mais qui suggèrent que les entreprises françaises qui le veulent peuvent se battre : un contrat négocié au Sénégal ne donne pas les garanties d'un contrat négocié en France, les capacités des salariés sénégalais sont certainement excellentes mais il est plus difficile de les contrôler… en un mot : la distance a un prix. Et il est probable qu'il couvre une large partie de l'écart entre les prix pratiqués de ce coté-ci du Sahara et ceux pratiqués au Sud.
Pour ceux que cela intéresse, on trouve sur le site l'adresse de cette société (française) qui s'engage à respecter totalement la confidentialité de ses clients. Elle est installée dans le 11ème arrondissement et… cotée au second marché à Paris.
Si j'en crois une rapide recherche, BD Multimedia, c'est son nom a également des activités dans le secteur pornographique (le sado-masochisme avec des publications et un site dont le nom est comme un clin d'oeil : BDSM Dungeon).
Pour ceux que cela intéresse, on trouve sur le site l'adresse de cette société (française) qui s'engage à respecter totalement la confidentialité de ses clients. Elle est installée dans le 11ème arrondissement et… cotée au second marché à Paris.
Si j'en crois une rapide recherche, BD Multimedia, c'est son nom a également des activités dans le secteur pornographique (le sado-masochisme avec des publications et un site dont le nom est comme un clin d'oeil : BDSM Dungeon).
jeudi, mars 23, 2006
A quoi reconnait-on qu'un pays se modernise?
La Chine est certainement un pays qui se modernise. La preuve : ses citoyens se plaignent : plus ils sont riches, plus ils trouvent que leur vie est difficile, comme l'indique ce sondage publié dans la presse chinoise. Ce n'est pas nouveau. Nous connaissons le même phénomène qui n'est pas, après tout, très surprenant : la richesse ne nous est pas donnée, elle est gagnée, acquise à force d'efforts, de stress, d'inquiétude… Les Chinois sont comme nous : ils sont plus riches mais pas plus heureux. De là à en conclure que ce n'est pas une bonne chose de s'enrichir… il faut n'avoir jamais vu de pays pauvres pour le penser.
85% of Chinese complain about more difficult life
85% of Chinese complain about more difficult life
mercredi, mars 22, 2006
Si l'on veut vendre, mieux vaut parler la langue de l'acheteur
Les Chinois aussi aiment qu'on parle leur langue comme le suggère ce blog qui explique que des entreprises internationales dont KLM ont eu des soucis avec la justice pour ne pas avoir traduit leur documentation commerciale. Quand on voit tant d'entreprises l'oublier, on se demande ce que leurs dirigeants ont retenu de toutes les publicités qu'ils ont financées qui expliquent que chez eux on se préoccuppe d'abord des clients.
vendredi, mars 17, 2006
C'était comment derrière le rideau de fer?
Le socialisme réel, celui derrière les rideaux de fer ne donne pas lieu à beaucoup de nostalgie, ni chez nous qui ne l'avons au mieux connu qu'à l'occasion de voyages rapides (et pas si bien ficelés qu'on l'a dit, on pouvait se promener et voir beaucoup de choses), ni chez ceux qui l'ont vécu. Il n'est cependant pas inintéressant de le visiter à nouveau comme nous permet de le faire la galerie en ligne qu'a créée un photographe tchèque : Jan Saudek. Il a réuni quelques unes de ses photos depuis le début des années 50. Des photos de qualité qui en disent plus sur l'atmopshère de ces années que bien des phrases. Surtout celles des premières années (les plus récentes, plus osées, sont à mon sens moins intéressantes).
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