Interrogé sur la BBC il y a quelques jours, Martin O'Shaughnessy, spécialiste du cinéma français, auteur d'ouvrages sur Jean Renoir et Jean-Luc Godard, mais aussi l'un des deux animateurs du site La France et la crise, se demandait pourquoi les britanniques, et notamment les jeunes, sont plus passifs que les Français. Il répondait à cette question en évoquant l'offensive anti-syndicale de Margaret Thatcher et les mesures prises par son gouvernement pour rendre plus difficiles les manifestations dans la rue. Sans doute a-t-il raison. Mais cela n'explique pas la passivité des jeunes qui ne se sentent d'aucune manière solidaires des travailleurs, alors que ce sentiment de solidarité existe en France ou est, du moins, régulièrement évoqué (que l'on pense au thème de la grève par procuration ou aux discours des dirigeants des organisations étudiantes).
Pour essayer de comprendre cette différence, j'aia fait une recherche sur internet et suis tombé sur cette présentation d'un jeune homme, homonyme de Martin O'Shaugnessy qui commence ainsi : "What can I say? ... I like to get drunk alot and have a good laugh with all my friends, my friends are probably the most important thing in my life ^_^ an I love all of 'em to bits! we go out every saturday and usualy get pissed so i mostly cant remember what i do and sometimes i regret it. I love to do martial arts and am hoping to take my black belt very soon so be ware becasue if you try to fuck with me you will get hurt."
L'auteur de ces quelques lignes, qui me font penser aux thèses de Richard Hoggart sur la culture du pauvre, a 20 ans, il habite Liverpool. Est-il étudiant? travaille-t-il? je l'ignore. Reste que l'on trouve là en quelques lignes une allusion aux beuveries, au binge drinking que l'on rencontre tous les soirs, et notamment le samedi, dans toutes les villes britanniques, et aux sports de combat. Bien loin d'être exceptionnelle cette attitude est très répandue outre-manche.
Je me demande si en fouillant de ce coté là, on ne trouverait pas l'une au moins des raisons de cette passivité britannique. Binge drinking et art martial ne portent pas vraiment à la solidarité. Une société qui tolère ce type de beuveries à répétition chez les jeunes ou, pire, les encourage (et c'est le sentiment que donnent certaines scènes que l'on peut voir régulièrement dans les pubs) n'incite à exprimer ses frustrations en défilant dans les rues lorsque l'occasion s'en présente. Lorsque l'on peut, sinon chaque soir du moins chaque semaine, exprimer sa frustration en buvant jusqu'à s'en rendre malade (ou plutôt pour se rendre malade), on n'a plus tellement le courage ou l'envie de descendre dans la rue pour protester contre des mesures gouvernementales, on a épuisé ses réserves de révolte et de ressentiment.
Avoir des opinions est l'un des éléments du bien-être, affirmait il y a une quinzaine d'années, l'économiste A.O.Hirshman. Les blogs sont une bonne manière d'afficher ses opinions mais aussi, et peut-être même surtout, de les construire. C'est ce qui m'a donné envie de tenir celui-ci
samedi, octobre 23, 2010
Les deux droites
La France et la crise, site gré par des universitaires britanniques, spécialistes de la France, vient de publier une de mes notes sur l'émergence en Europe de deux droites, une droite populiste et xénophobe, à la Sarkozy et à la Berlusconi, et une droite conservatrice à la Cameron. Une révision des analyses de René Rémond sur les trois droites en France qui éclaire, je l'espère, les tensions à droite aujourd'hui en France mais aussi les conflits récurrents entre la France et l'Allemagne. On trouve sur ce site plusieurs autres notes très intéressantes tant en français qu'en anglais.
lundi, octobre 18, 2010
Les agences de notation ne font ni le printemps ni l'automne
Depuis quelques semaines, le gouvernement a ajouté un nouvel argument à sa défense de sa réforme des retraites : le risque de voir, en cas de recul, les agences de notation dégrader la note de la France. Si tel était le cas, nous explique-t-on, nous aurions plus de mal à emprunter pour financer notre déficit ou, plutôt, nous devrions emprunter à un taux plus élevé, ce qui rendrait un peu plus difficile le financement de nos dépenses, le remboursement de nos dettes et aggraverait notre situation.
Il y a quelques mois les mêmes agences étaient accusées de tous les mots, on leur reprochait d’entretenir la spéculation, de pousser la Gréce à la banqueroute. Tout cela est oublié. Elles ont repris le rôle du grand méchant loup qui impose à des politiques qui nous raseraient gratis s’ils le pouvaient de jouer le rôle du père-sévère (et le jeu de mot lacanien va là très bien : c’est pour satisfaire ces agences qu’ils persévèrent dans des réformes dont personne ne veut sous cette forme). C’était hier l’Europe qui tenait ce rôle. Elle s’est évanouie. Et aujourd’hui l’opinion des quelques analystes qui suivent la France (combien? que savent-ils de notre économie? on l’ignore!) dans trois sociétés privées américaines (Standard & Poours, Moody’s qui détiennent chacune 40% du marché de la notation et Fitch Ratings) serait donc plus importante que celle des Français qui refusent à plus de 70% cette réforme? Sans doute faut-il tenir compte de leur avis. Mais de là à construire une politique pour les satisfaire, il y a un drôle de pas.
Sans doute peut-on comprendre qu’un gouvernement qui refuse toute négociation s’abrite derrière la contrainte extérieure pour faire passer des textes contestés. Mais on peut s’interroger sur la légitimité de la démarche. Au moins avec l’Europe pouvait-on se consoler en se disant que nous avions eu notre mot à dire dans les mesures qui nous étaient imposées. Ce n’est même plus le cas. Nos gouvernants n’ont aucun moyen de contrôler les procédures utilisées par ces trois agences qui ont été sélectionnées par le gouvernement américain (la SEC) pour faire partie des NSRO (Nationally Recognized Statistical Rating Organizations). Je ne suis même pas sûr qu’ils connaisse ces procédures ni qu’ils s’en préoccupent. Ces agences ont de l’influence sur les marchés, il faut donc leur faire plaisir. Si l’on voulait illustrer le gouvernement sous le contrôle des marchés, on ne pourrait mieux faire.
On pourrait à ce seul titre critiquer cette manière de se mettre à l’abri et de justifier des décisions prises par des gens qui ont été élus démocratiquement pour faire leur politique et non pas celle des marchés. Mais on peut également se demander si ces agences ont l’importance qu’on leur prête.
Comme l’expliquait dans un courrier au New-York Times en mai dernier Catherine Matis, la senior VP for marketing and communications de Standard & Poors, “From our standpoint, credit ratings are a starting point — not the ending point — of sound investment research. The market benefits from competing views on credit risk, whether from ratings firms or others.” Les investisseurs utilisent bien d’autres indicateurs. Comme l’ont appris à leur dépens les Irlandais, un article du Wall Street Journal peut faire infiniment plus mal qu'une mauvaise note.
Les notes de ces agences ne font ni l’automne ni le printemps. L’Espagne a vu sa note dégradée en septembre dernier, on ne voit pas que le ciel lui soit tombé sur la tête depuis, bien au contraire puisque, comme l’expliquait la BBC au lendemain de cette révision à la baisse de sa note, “Spain's cost of borrowing on 10-year bonds actually fell slightly to 4.1%, reflecting relief among investors that the downgrade was not more severe.” Dit autrement : bien loin d’inquiéter les investisseurs, cette nouvelle note les a rassurés. Et pour un excellent motif : ils ne se contentent pas des seuls avis des agences de notation et tiennent compte de bien d’autres éléments dans leurs jugements. Ce qu’ils savaient de l’Espagne les inquiétait, la pas trop mauvaise note des agences les a rassurés.
A trop affirmer que l’on risque la dégradation de la note des agences à ne pas appliquer leurs réformes, nos gouvernants risquent tout simplement d’affoler les marchés. Et l’on peut craindre qu’ils ne créent eux-mêmes cette défiance qu’ils redoutent. Ils feraient mieux de convaincre les investisseurs qu’avec ou sans réforme, ils n’ont rien à craindre tant notre économie est susceptible de rebondir au premier frisson de la conjoncture. Mais il est vrai que ce serait se retirer un argument massue pour faire passer une réforme dont (presque) personne ne veut.
Il y a quelques mois les mêmes agences étaient accusées de tous les mots, on leur reprochait d’entretenir la spéculation, de pousser la Gréce à la banqueroute. Tout cela est oublié. Elles ont repris le rôle du grand méchant loup qui impose à des politiques qui nous raseraient gratis s’ils le pouvaient de jouer le rôle du père-sévère (et le jeu de mot lacanien va là très bien : c’est pour satisfaire ces agences qu’ils persévèrent dans des réformes dont personne ne veut sous cette forme). C’était hier l’Europe qui tenait ce rôle. Elle s’est évanouie. Et aujourd’hui l’opinion des quelques analystes qui suivent la France (combien? que savent-ils de notre économie? on l’ignore!) dans trois sociétés privées américaines (Standard & Poours, Moody’s qui détiennent chacune 40% du marché de la notation et Fitch Ratings) serait donc plus importante que celle des Français qui refusent à plus de 70% cette réforme? Sans doute faut-il tenir compte de leur avis. Mais de là à construire une politique pour les satisfaire, il y a un drôle de pas.
Sans doute peut-on comprendre qu’un gouvernement qui refuse toute négociation s’abrite derrière la contrainte extérieure pour faire passer des textes contestés. Mais on peut s’interroger sur la légitimité de la démarche. Au moins avec l’Europe pouvait-on se consoler en se disant que nous avions eu notre mot à dire dans les mesures qui nous étaient imposées. Ce n’est même plus le cas. Nos gouvernants n’ont aucun moyen de contrôler les procédures utilisées par ces trois agences qui ont été sélectionnées par le gouvernement américain (la SEC) pour faire partie des NSRO (Nationally Recognized Statistical Rating Organizations). Je ne suis même pas sûr qu’ils connaisse ces procédures ni qu’ils s’en préoccupent. Ces agences ont de l’influence sur les marchés, il faut donc leur faire plaisir. Si l’on voulait illustrer le gouvernement sous le contrôle des marchés, on ne pourrait mieux faire.
On pourrait à ce seul titre critiquer cette manière de se mettre à l’abri et de justifier des décisions prises par des gens qui ont été élus démocratiquement pour faire leur politique et non pas celle des marchés. Mais on peut également se demander si ces agences ont l’importance qu’on leur prête.
Comme l’expliquait dans un courrier au New-York Times en mai dernier Catherine Matis, la senior VP for marketing and communications de Standard & Poors, “From our standpoint, credit ratings are a starting point — not the ending point — of sound investment research. The market benefits from competing views on credit risk, whether from ratings firms or others.” Les investisseurs utilisent bien d’autres indicateurs. Comme l’ont appris à leur dépens les Irlandais, un article du Wall Street Journal peut faire infiniment plus mal qu'une mauvaise note.
Les notes de ces agences ne font ni l’automne ni le printemps. L’Espagne a vu sa note dégradée en septembre dernier, on ne voit pas que le ciel lui soit tombé sur la tête depuis, bien au contraire puisque, comme l’expliquait la BBC au lendemain de cette révision à la baisse de sa note, “Spain's cost of borrowing on 10-year bonds actually fell slightly to 4.1%, reflecting relief among investors that the downgrade was not more severe.” Dit autrement : bien loin d’inquiéter les investisseurs, cette nouvelle note les a rassurés. Et pour un excellent motif : ils ne se contentent pas des seuls avis des agences de notation et tiennent compte de bien d’autres éléments dans leurs jugements. Ce qu’ils savaient de l’Espagne les inquiétait, la pas trop mauvaise note des agences les a rassurés.
A trop affirmer que l’on risque la dégradation de la note des agences à ne pas appliquer leurs réformes, nos gouvernants risquent tout simplement d’affoler les marchés. Et l’on peut craindre qu’ils ne créent eux-mêmes cette défiance qu’ils redoutent. Ils feraient mieux de convaincre les investisseurs qu’avec ou sans réforme, ils n’ont rien à craindre tant notre économie est susceptible de rebondir au premier frisson de la conjoncture. Mais il est vrai que ce serait se retirer un argument massue pour faire passer une réforme dont (presque) personne ne veut.
mercredi, octobre 13, 2010
Slogans de gauche
Depuis quelques mois deux slogans s'imposent dans toute les manifestations, Rêve générale et Je lutte de classes, qui disent tous deux, je crois, bien l’état de l’idéologie de gauche en France et de ce que pensent, au fond d’eux-mêmes, manifestants et électeurs. D'où leur succès qui transcende les organisations, les partis politiques et les consignes syndicales.
Tous deux sont d’abord de belles formules qui savent d’un jeu de mots faire théorie. L’invention langagière, qui a tant fait pour le succès de 68 et que l’on a si souvent attribuée aux situationnistes, est toujours vivante à gauche, même si elle n’a plus la vigueur qu’elle pouvait avoir autrefois.
Rêve générale a été inventé par le CnR, une réunion de gens de gauche de tous horizons, certains militants, d’autres pas, qui veulent combattre l’inertie des grandes organisations syndicales. Leur acronyme renvoie naturellement au Conseil National de la Résistance, mais sa typographie avec un n minuscule entre deux consonnes en majuscule signale la différence.
Si ces gens n’ont pas lu Derrida, ils ont saisi l’essence de ce qu’il appelait “differance”, concept qui reprenait les deux sens des mots construits sur la racine “differ” : “être différent de” et “différer”, retarder, proroger. La résistance d’aujourd’hui est différente de celle de la guerre, mais elle y renvoie et en même temps, elle la diffère. Jamais ce programme n’a été appliqué. Et si l’on peut encore y penser, c’est en sachant bien qu’il sera pour toujours différé. Cette résistance est plus un projet, une attente, un désir qu’une réalité et la petite note en rouge, Utopie debout le souligne. A moins, et c'est toute la richesse et donc l'ambiguïté de ce slogan qu'il ne faille l'entendre comme la volonté de différer l'abandon du programme de la résistance…
Rêve générale dit tout cela : on rêve de la grande tradition anarcho-syndicaliste de la grève générale, du grand soir, prémisse de lendemains qui chantent, mais on sait en même temps qu’elle ne peut être autre chose que cela, un rêve qui, s’il se réalisait, par extraordinaire, n’amènerait que des lendemains tristes, ce qui n'interdit pas d'y rêver.
La gauche n’a pas perdu ses mythes, mais elle les regarde avec un mélange de mélancolie et de réalisme. On est bien loin du “Révons d’ore” que Frédéric Rossif tirait de “Révolution d’octobre” que Jean-François Lyotard analysait dans Le travail du rêve ne pense pas (in Esthétique, 1968, ici une traduction en anglais).
Je lutte des classes a été imaginé par un graphiste, Gérard Paris-Clavel. Son succès tient à sa subtilité et à la contradiction que vivent dans leur intimité les militants de gauche. Convaincus des vertus du combat collectif, de l’existence d’une communauté de préoccupations, de situations, d’intérêt entre tous les salariés, la preuve : ils se réunissent pas centaines de milliers pour manifester, ils savent également bien que chacun se détermine en fonction de ses intérêts immédiats. Ils ne choisissent plus entre la théorie des classes des marxistes et l’individualisme méthodologique des sociologues à la Boudon, ils tentent une impossible rencontre de l’un et de l’autre. Difficile alliance de l'individualisme et du collectif qui me rappelle un autre slogan d'il y a quelques années : Le sida ne passera pas par moi, autre affirmation de soi qui avait connu un vrai succès puisqu'il avait été repris dans des contextes très différents (le libéralisme, la privatisation… ne passera pas par moi).
Tous deux sont d’abord de belles formules qui savent d’un jeu de mots faire théorie. L’invention langagière, qui a tant fait pour le succès de 68 et que l’on a si souvent attribuée aux situationnistes, est toujours vivante à gauche, même si elle n’a plus la vigueur qu’elle pouvait avoir autrefois.
Rêve générale a été inventé par le CnR, une réunion de gens de gauche de tous horizons, certains militants, d’autres pas, qui veulent combattre l’inertie des grandes organisations syndicales. Leur acronyme renvoie naturellement au Conseil National de la Résistance, mais sa typographie avec un n minuscule entre deux consonnes en majuscule signale la différence.
Si ces gens n’ont pas lu Derrida, ils ont saisi l’essence de ce qu’il appelait “differance”, concept qui reprenait les deux sens des mots construits sur la racine “differ” : “être différent de” et “différer”, retarder, proroger. La résistance d’aujourd’hui est différente de celle de la guerre, mais elle y renvoie et en même temps, elle la diffère. Jamais ce programme n’a été appliqué. Et si l’on peut encore y penser, c’est en sachant bien qu’il sera pour toujours différé. Cette résistance est plus un projet, une attente, un désir qu’une réalité et la petite note en rouge, Utopie debout le souligne. A moins, et c'est toute la richesse et donc l'ambiguïté de ce slogan qu'il ne faille l'entendre comme la volonté de différer l'abandon du programme de la résistance…
Rêve générale dit tout cela : on rêve de la grande tradition anarcho-syndicaliste de la grève générale, du grand soir, prémisse de lendemains qui chantent, mais on sait en même temps qu’elle ne peut être autre chose que cela, un rêve qui, s’il se réalisait, par extraordinaire, n’amènerait que des lendemains tristes, ce qui n'interdit pas d'y rêver.
La gauche n’a pas perdu ses mythes, mais elle les regarde avec un mélange de mélancolie et de réalisme. On est bien loin du “Révons d’ore” que Frédéric Rossif tirait de “Révolution d’octobre” que Jean-François Lyotard analysait dans Le travail du rêve ne pense pas (in Esthétique, 1968, ici une traduction en anglais).
Je lutte des classes a été imaginé par un graphiste, Gérard Paris-Clavel. Son succès tient à sa subtilité et à la contradiction que vivent dans leur intimité les militants de gauche. Convaincus des vertus du combat collectif, de l’existence d’une communauté de préoccupations, de situations, d’intérêt entre tous les salariés, la preuve : ils se réunissent pas centaines de milliers pour manifester, ils savent également bien que chacun se détermine en fonction de ses intérêts immédiats. Ils ne choisissent plus entre la théorie des classes des marxistes et l’individualisme méthodologique des sociologues à la Boudon, ils tentent une impossible rencontre de l’un et de l’autre. Difficile alliance de l'individualisme et du collectif qui me rappelle un autre slogan d'il y a quelques années : Le sida ne passera pas par moi, autre affirmation de soi qui avait connu un vrai succès puisqu'il avait été repris dans des contextes très différents (le libéralisme, la privatisation… ne passera pas par moi).
mardi, octobre 12, 2010
Retraites à 60 ans? because I'm woerth it!
Une manifestation avec beaucoup de monde par un beau jour d'automne, ensoleillé. Deux cortèges, l'un massif, très long de la CGT, parti de Montparnasse, en direction de la Bastille, par le boulevard de Port-Royal, un peu triste, avec beaucoup d'employés municipaux, de salariés des DDE et de cheveux gris. Cela sent le sapin, me dit un voisin qui me parle aussitôt de Bernard Friot que son livre sur les retraites a beaucoup impressionné. L'autre allant vers la Bastille par la rue de Rennes et le boulevard Saint-Germain, plus coloré, plus chaleureux, avec les ballons et survestes oranges de la CFDT, les calicots blancs de la CGC-CGE, les nuages de drapeaux colorés de Sud et les bataillons massifs de FO et du PS.
Une manifestation calme, qui n'effraie pas les commerçants qui tout au long du parcours sont restés ouverts.
La presse parle de la présence de jeunes. Je n'en ai guère vus, mais la manifestation était vraiment très longue. J'ai, par contre, vu des sans-papiers plus dynamiques que le reste du cortège CGT et, au coin du boulevard Raspail et du boulevard Saint-Michel, une trentaine de Rroms derrière une banderole qui ne manifestaient certainement pas pour les retraites.
Quelques slogans nouveaux. Le plus amusant est certainement ce "Retraites à 60 ans, I'm woerth it" qui associe en une même phrase le ministre chargé de la réforme des retraites et l'affaire Bettencourt. Mais il y avait aussi ce "Rêve générale" qui sentait son humour de 68 et ce "Je lutte de classe" qui faisant preuve d'un humour sans doute involontaire et d'une véritable profondeur philosophique associait l'individualisme contemporain et la lutte collective.
Ces grandes manifestations sont toujours l'occasion de scènes amusantes. J'en ai retenu quatre : une Jaguar mal stationnée et couverte d'auto-collants contestataires sur le parcours de la CGT que des centaines de manifestants ont photographiée, une malheureuse vache que la Confédération paysanne avait emmenée manifester, enfermée dans son van, le dazibao que des jeunes gens avaient ouvert sur un arrêt de bus RATP invitant les passants à le couvrir de commentaires et enfin cet ensemble de cornemuses qui jouait le long du cortège.
Une manifestation calme, qui n'effraie pas les commerçants qui tout au long du parcours sont restés ouverts.
les ballons de la CFDT
les calicots blancs de la CGC
Une CGT très présente mais un peu… mélancolique
Sud, très coloré et vivant
La presse parle de la présence de jeunes. Je n'en ai guère vus, mais la manifestation était vraiment très longue. J'ai, par contre, vu des sans-papiers plus dynamiques que le reste du cortège CGT et, au coin du boulevard Raspail et du boulevard Saint-Michel, une trentaine de Rroms derrière une banderole qui ne manifestaient certainement pas pour les retraites.
Quelques slogans nouveaux. Le plus amusant est certainement ce "Retraites à 60 ans, I'm woerth it" qui associe en une même phrase le ministre chargé de la réforme des retraites et l'affaire Bettencourt. Mais il y avait aussi ce "Rêve générale" qui sentait son humour de 68 et ce "Je lutte de classe" qui faisant preuve d'un humour sans doute involontaire et d'une véritable profondeur philosophique associait l'individualisme contemporain et la lutte collective.
Ces grandes manifestations sont toujours l'occasion de scènes amusantes. J'en ai retenu quatre : une Jaguar mal stationnée et couverte d'auto-collants contestataires sur le parcours de la CGT que des centaines de manifestants ont photographiée, une malheureuse vache que la Confédération paysanne avait emmenée manifester, enfermée dans son van, le dazibao que des jeunes gens avaient ouvert sur un arrêt de bus RATP invitant les passants à le couvrir de commentaires et enfin cet ensemble de cornemuses qui jouait le long du cortège.
vendredi, octobre 08, 2010
Le mystère Kerviel
Offensive inédite pour défendre la justice et son verdict dans l’affaire Kerviel. Avocats, journalistes judiciaires et économistes viennent sur les ondes (Bernard Maris et Dominique Seux ce matin sur France Inter, hier d’autres sur C dans l’air, Pascale Robert Diard dans son blog) expliquer le jugement, le justifier mais aussi avouer, lorsqu’ils sont un peu versés dans la finance, leur perplexité : comment un trader de petit niveau pas spécialement intelligent a-t-il pu mettre en jeu des sommes aussi considérables (50 milliards d’euros) sans que personne ne s’en rende compte? Ils prennent d’autant plus facilement la défense de la justice que la banque a annoncé qu’elle ne réclamerait pas dans l’immédiat les dommages et intérêts et qu’elle était prête à transiger.
"Sur le calcul du montant, explique par exemple Pascale Robert Diard qui publie par ailleurs le jugement intégral, le tribunal a appliqué une jurisprudence constante de la Cour de cassation qui, pour les dommages et intérêts, distingue les délits intentionnels des délits non intentionnels. En cas de délit intentionnel, il ne peut y avoir de partage de responsabilité entre l’auteur et la victime de ce délit. L’obligation de réparation est intégrale et le tribunal ne dispose pas de marge d’appréciation sur le montant."
Le jugement intégral du procès Kerviel
Dont acte. Nous avons eu tort de réagir aussi vite. Et il est bien que ceux qui connaissent mieux le droit et les règles de la justice montent au créneau. On aimerait qu’ils le fassent plus souvent et qu’autant d’énergie soit dépensée à défendre la justice lorsqu’elle est attaquée par nos ministres pour avoir libéré un prévenu faute de preuves suffisantes. Mais c’est une autre affaire.
Reste une question qui revient sans cesse dans les commentaires de tous ceux qui connaissent de l’intérieur le fonctionnement des salles de marché. Comment cela a-t-il pu arriver? qu’il y ait eu une faute personnelle de Kerviel, qu’il ait produit des faux et contourné le système, tout le monde le reconnaît et il devait pour cela être sanctionné. Et sa peine de prison, toute sévère qu’elle soit, est sans doute méritée. Mais on aurait aimé que les juges aillent un peu au delà. Le tribunal n’a voulu voir que les délits commis par Kerviel. S’il s’était interrogé sur ce qui les a rendus possibles, il aurait pu évoquer l’inefficacité des contrôles et ces méthodes de management qui font de la performance financière le seul objectif. Parce qu’enfin, voilà un escroc qui ne s’est pas enrichi, n’a pas détourné d’argent qui a simplement tordu, dévié les règles de l’entreprise qui l’employait. Il y a un passage dans le jugement qui éclaire cette ambiguïté : “il a su, dit le juge, tout à la fois développer des stratégies innovantes et appréciées de ses supérieurs et recourir de façon occulte à des pratiques dont il a estimé - contre toute vraisemblance - que l’efficacité l’autorisaient à s’affranchir des règles de fonctionnement de la salle des marchés et à outrepasser le cadre de son mandat en se livrant à une activité purement spéculative pour le compte de la banque, mais à l’insu de cette dernière et dans des proportions gigantesques.” Dit autrement, c’était un bon soldat capable de développer des stratégies innovantes appréciées de ses supérieurs qui a voulu en faire un peu trop.
Les observateurs ont souvent dit qu’ils ne comprenaient pas le jeune trader, qu’il y avait un mystère Kerviel. S’il n’a pas fait cela pour l’argent, pourquoi l’a-t-il fait? On lui a reproché son cynisme. C’est plutôt sa naïveté qu’il faudrait invoquer. Il a pris tellement à coeur ce qu’on lui demandait, il a tant cru aux valeurs du management qu’il a dérapé. Il y a là une forme de comportement que l’on rencontre souvent dans les entreprises : le salarié trop motivé qui franchit la ligne jaune pour atteindre des objectifs dont on lui a dit et répété qu’ils passaient avant toute autre chose. Coupable? Sans doute, mais préparé à celà par les valeurs que le management diffuse.
Cette affaire me fait penser à ce sondage de l’Aspen Institute auprès de 1943 étudiants dans des écoles de commerce que je cite dans le livre que je viens de consacrer au management revu au travers des thèses d’Aristote (Aristote, leçons pour (re)donner du sens à l’entreprise et au travail) : 60% assurent que la première mission de l’entreprise est d’améliorer la valeur pour l’actionnaire et à peine 35% à penser que l’une des missions de l’entreprise est de respecter les lois. Si mystère Kerviel il y a, il est sans doute là.
"Sur le calcul du montant, explique par exemple Pascale Robert Diard qui publie par ailleurs le jugement intégral, le tribunal a appliqué une jurisprudence constante de la Cour de cassation qui, pour les dommages et intérêts, distingue les délits intentionnels des délits non intentionnels. En cas de délit intentionnel, il ne peut y avoir de partage de responsabilité entre l’auteur et la victime de ce délit. L’obligation de réparation est intégrale et le tribunal ne dispose pas de marge d’appréciation sur le montant."
Le jugement intégral du procès Kerviel
Dont acte. Nous avons eu tort de réagir aussi vite. Et il est bien que ceux qui connaissent mieux le droit et les règles de la justice montent au créneau. On aimerait qu’ils le fassent plus souvent et qu’autant d’énergie soit dépensée à défendre la justice lorsqu’elle est attaquée par nos ministres pour avoir libéré un prévenu faute de preuves suffisantes. Mais c’est une autre affaire.
Reste une question qui revient sans cesse dans les commentaires de tous ceux qui connaissent de l’intérieur le fonctionnement des salles de marché. Comment cela a-t-il pu arriver? qu’il y ait eu une faute personnelle de Kerviel, qu’il ait produit des faux et contourné le système, tout le monde le reconnaît et il devait pour cela être sanctionné. Et sa peine de prison, toute sévère qu’elle soit, est sans doute méritée. Mais on aurait aimé que les juges aillent un peu au delà. Le tribunal n’a voulu voir que les délits commis par Kerviel. S’il s’était interrogé sur ce qui les a rendus possibles, il aurait pu évoquer l’inefficacité des contrôles et ces méthodes de management qui font de la performance financière le seul objectif. Parce qu’enfin, voilà un escroc qui ne s’est pas enrichi, n’a pas détourné d’argent qui a simplement tordu, dévié les règles de l’entreprise qui l’employait. Il y a un passage dans le jugement qui éclaire cette ambiguïté : “il a su, dit le juge, tout à la fois développer des stratégies innovantes et appréciées de ses supérieurs et recourir de façon occulte à des pratiques dont il a estimé - contre toute vraisemblance - que l’efficacité l’autorisaient à s’affranchir des règles de fonctionnement de la salle des marchés et à outrepasser le cadre de son mandat en se livrant à une activité purement spéculative pour le compte de la banque, mais à l’insu de cette dernière et dans des proportions gigantesques.” Dit autrement, c’était un bon soldat capable de développer des stratégies innovantes appréciées de ses supérieurs qui a voulu en faire un peu trop.
Les observateurs ont souvent dit qu’ils ne comprenaient pas le jeune trader, qu’il y avait un mystère Kerviel. S’il n’a pas fait cela pour l’argent, pourquoi l’a-t-il fait? On lui a reproché son cynisme. C’est plutôt sa naïveté qu’il faudrait invoquer. Il a pris tellement à coeur ce qu’on lui demandait, il a tant cru aux valeurs du management qu’il a dérapé. Il y a là une forme de comportement que l’on rencontre souvent dans les entreprises : le salarié trop motivé qui franchit la ligne jaune pour atteindre des objectifs dont on lui a dit et répété qu’ils passaient avant toute autre chose. Coupable? Sans doute, mais préparé à celà par les valeurs que le management diffuse.
Cette affaire me fait penser à ce sondage de l’Aspen Institute auprès de 1943 étudiants dans des écoles de commerce que je cite dans le livre que je viens de consacrer au management revu au travers des thèses d’Aristote (Aristote, leçons pour (re)donner du sens à l’entreprise et au travail) : 60% assurent que la première mission de l’entreprise est d’améliorer la valeur pour l’actionnaire et à peine 35% à penser que l’une des missions de l’entreprise est de respecter les lois. Si mystère Kerviel il y a, il est sans doute là.
mercredi, octobre 06, 2010
Aurions nous perdu tout bon sens?
La lecture de la presse amène à se demander si nous n'avons pas collectivement perdu tout bon sens.
On condamne le jeune Kerviel, banquier tout en bas de l'échelle, à une lourde de peine de prison et à une amende extravagante dont chacun sait bien qu'il ne pourra jamais la payer et on laisse courir tous ceux qui, par leurs comportements irresponsables, ont créé cette crise. Je n'ai aucune opinion sur la responsabilité de Kerviel, si c'est voyou ou un innocent (probablement un peu des deux), mais on aurait voulu créer un bouc émissaire qu'on ne s'y serait pas pris autrement.
Et voilà que nos députés votent un texte qui interdit les mariages gris (ces mariages où un français ou une française épouse naïvement un étranger sans voir que celui-ci ne s'intéresse qu'à ses papiers) et va donner, dés qu'il sera appliqué, aux Français qui ont épousé des étrangers une nouvelle arme redoutable à en cas de conflit familial. Les divorces sont en général suffisamment douloureux. Etait-il nécessaire de donner un nouveau moyen de rétorsion à ceux qui veulent faire souffrir un ex-conjoint?
Dans les deux cas, la justice est (ou sera) impliquée. C'est à elle qu'in fine nous nous remettons. Et le mons qu'on puisse dire est que les magistrats ne font pas toujours preuve de plus de bons sens que nos députés.
On condamne le jeune Kerviel, banquier tout en bas de l'échelle, à une lourde de peine de prison et à une amende extravagante dont chacun sait bien qu'il ne pourra jamais la payer et on laisse courir tous ceux qui, par leurs comportements irresponsables, ont créé cette crise. Je n'ai aucune opinion sur la responsabilité de Kerviel, si c'est voyou ou un innocent (probablement un peu des deux), mais on aurait voulu créer un bouc émissaire qu'on ne s'y serait pas pris autrement.
Et voilà que nos députés votent un texte qui interdit les mariages gris (ces mariages où un français ou une française épouse naïvement un étranger sans voir que celui-ci ne s'intéresse qu'à ses papiers) et va donner, dés qu'il sera appliqué, aux Français qui ont épousé des étrangers une nouvelle arme redoutable à en cas de conflit familial. Les divorces sont en général suffisamment douloureux. Etait-il nécessaire de donner un nouveau moyen de rétorsion à ceux qui veulent faire souffrir un ex-conjoint?
Dans les deux cas, la justice est (ou sera) impliquée. C'est à elle qu'in fine nous nous remettons. Et le mons qu'on puisse dire est que les magistrats ne font pas toujours preuve de plus de bons sens que nos députés.
mardi, octobre 05, 2010
La droite se réinvente en deux versions
La débâcle de la présidence Bush a sonné le glas du néo-conservatisme américain, mais il n’aura pas fallu longtemps pour voir la droite se réinventer. Elle le fait actuellement sous nos yeux dans deux versions assez différentes qui visent à répondre à la crise économique :
- une version populiste qui se traduit aux Pays-Bas, mais aussi en France par le rapprochement des partis de droite classique et de l’extrême-droite xénophobe, sécuritaire, protectonnistes et anti-européenne ;
- une version libérale et conservatrice en Grande-Bretagne qui remet en cause profondément le modèle social inventé au lendemain de la seconde guerre mondiale.
Cette seconde version a été exposée hier au Congrès du parti conservateur dans un long discours de George Osborne, le chancelier de l’Echiquier. Pour lutter contre les déficits qui annonceraient, à l’entendre, une décennie de déclin, il propose de réunir toutes les aides diverses en une seule, une sorte de crédit, d’allocation universelle réservé aux plus modestes.
Sont visés les allocations familiales, des aides apportées aux plus âgés (notamment une aide au chauffage), les allocations chômage qui seraient réduites, les retraites des fonctionnaires, les effectifs de la fonction publique…
Sur la question de l’immigration, ces deux versions de la pensée de droite diffèrent :
- pour les xénophobes enragés (à la Wilders) ou “raisonnables” (à la Sarkozy), la lutte contre l’immigration est un aspect de la solution,
- pour les conservateurs, l’immigration est un symptôme du déclin de la société et de ses valeurs traditionnelles (goût du travail). Ce n’est pas tant sur l’immigration qu’il faut agir que sur les citoyens qui profitent des aides sociales. Ils insistent particulièrement sur une statistique : l’’économie britannique a détruit pendant cette crise 650 000 emplois tenus par des britanniques alors que les entreprises britanniques ont recruté 139 000 étrangers, immigrés. Il est vrai que les gens ne sont pas échangeables et que les emplois créés n’ont probablement que peu à voir avec ceux qui ont été détruits.
Ces deux versions diffèrent également sur le rôle de l’Etat. Les conservateurs ne sont pas partisans d’un Etat minimal à la manière des néo-conservateurs. Ils savent que l’Etat peut par son action remodeler une société (les conservateurs britanniques vont recentrer ses budgets sur quelques domaines : les transports, la recherche médicale, les réseaux). Mais ils veulent en réduire fortement la voilure (les conservateurs britanniques envsagent de supprimer un tiers des hauts fonctionnaires). Les néo-xénophobes (ou populistes) sont plus attachés à un Etat central, autoritaire et à la concentration des pouvoirs en quelques mains, voire en une seule, comme dans sa version sarkozyste.
Le thème de la sécurité, central dans le discours des néo-xénophobes, est présent dans le discours conservateurs mais il passe au second plan.
PS J’ai hésité sur la manière de nommer ces deux courants :
- j’ai appelé le premier populiste xénophobe “raisonnable” (une formule empruntée à Robert Brasillach qui parlait “d’antisémitisme raisonnable”) ou néo-xénophobe
- j’ai appelé l’autre conservateur, mais c’est négliger sa dimension libérale sur le plan des moeurs (dimension apportée en Grande-Bretagne par les libéraux démocrates). Il serait tentant de les appeler lib-dem pour rappeler leur origine britannique.
- une version populiste qui se traduit aux Pays-Bas, mais aussi en France par le rapprochement des partis de droite classique et de l’extrême-droite xénophobe, sécuritaire, protectonnistes et anti-européenne ;
- une version libérale et conservatrice en Grande-Bretagne qui remet en cause profondément le modèle social inventé au lendemain de la seconde guerre mondiale.
Cette seconde version a été exposée hier au Congrès du parti conservateur dans un long discours de George Osborne, le chancelier de l’Echiquier. Pour lutter contre les déficits qui annonceraient, à l’entendre, une décennie de déclin, il propose de réunir toutes les aides diverses en une seule, une sorte de crédit, d’allocation universelle réservé aux plus modestes.
Sont visés les allocations familiales, des aides apportées aux plus âgés (notamment une aide au chauffage), les allocations chômage qui seraient réduites, les retraites des fonctionnaires, les effectifs de la fonction publique…
Sur la question de l’immigration, ces deux versions de la pensée de droite diffèrent :
- pour les xénophobes enragés (à la Wilders) ou “raisonnables” (à la Sarkozy), la lutte contre l’immigration est un aspect de la solution,
- pour les conservateurs, l’immigration est un symptôme du déclin de la société et de ses valeurs traditionnelles (goût du travail). Ce n’est pas tant sur l’immigration qu’il faut agir que sur les citoyens qui profitent des aides sociales. Ils insistent particulièrement sur une statistique : l’’économie britannique a détruit pendant cette crise 650 000 emplois tenus par des britanniques alors que les entreprises britanniques ont recruté 139 000 étrangers, immigrés. Il est vrai que les gens ne sont pas échangeables et que les emplois créés n’ont probablement que peu à voir avec ceux qui ont été détruits.
Ces deux versions diffèrent également sur le rôle de l’Etat. Les conservateurs ne sont pas partisans d’un Etat minimal à la manière des néo-conservateurs. Ils savent que l’Etat peut par son action remodeler une société (les conservateurs britanniques vont recentrer ses budgets sur quelques domaines : les transports, la recherche médicale, les réseaux). Mais ils veulent en réduire fortement la voilure (les conservateurs britanniques envsagent de supprimer un tiers des hauts fonctionnaires). Les néo-xénophobes (ou populistes) sont plus attachés à un Etat central, autoritaire et à la concentration des pouvoirs en quelques mains, voire en une seule, comme dans sa version sarkozyste.
Le thème de la sécurité, central dans le discours des néo-xénophobes, est présent dans le discours conservateurs mais il passe au second plan.
PS J’ai hésité sur la manière de nommer ces deux courants :
- j’ai appelé le premier populiste xénophobe “raisonnable” (une formule empruntée à Robert Brasillach qui parlait “d’antisémitisme raisonnable”) ou néo-xénophobe
- j’ai appelé l’autre conservateur, mais c’est négliger sa dimension libérale sur le plan des moeurs (dimension apportée en Grande-Bretagne par les libéraux démocrates). Il serait tentant de les appeler lib-dem pour rappeler leur origine britannique.
vendredi, octobre 01, 2010
De quoi parlait-on il y a un an?
Si l'on veut mesurer combien l'atmosphère politique a changé en quelques mois, il suffit de se reporter à ce dont nous parlions il y a un an. On l'a oublié, mais on s'interrogeait sur le PIB, sur la mesure de la qualité de la vie, sur le rapport Stiglitz-Fitoussi-Sen.
La commission a toujours son site internet sur lequel on peut lire rapport et documents de travail, on trouve toujours les commentaires mi figue-mi raisin de Dominique Méda sur ce document, mais on a l'impression de fouiller des archives et que tout ce travail est resté lettre morte. Là où l'on aurait pu attendre que ces travaux enclenchent une réflexion politique sur le bien-être, le niveau de vie, la richesse et la pauvreté… rien : Nicolas Sarkozy qui avait initié cette démarche dans un discours de 2008 a préféré lancer un débat sur l'identité nationale avec les conséquences que l'on sait. Il serait intéressant de savoir à qui on doit ce changement d'orientation. A une évolution dans les rapports de force au sein de la petite équipe qui entoure le Président? à la montée en puissance dans son entourage de conseillers proches de l'extrême-droite (Buisson, Tandonnet) aux dépens des seguinistes (Guaino)?
La commission a toujours son site internet sur lequel on peut lire rapport et documents de travail, on trouve toujours les commentaires mi figue-mi raisin de Dominique Méda sur ce document, mais on a l'impression de fouiller des archives et que tout ce travail est resté lettre morte. Là où l'on aurait pu attendre que ces travaux enclenchent une réflexion politique sur le bien-être, le niveau de vie, la richesse et la pauvreté… rien : Nicolas Sarkozy qui avait initié cette démarche dans un discours de 2008 a préféré lancer un débat sur l'identité nationale avec les conséquences que l'on sait. Il serait intéressant de savoir à qui on doit ce changement d'orientation. A une évolution dans les rapports de force au sein de la petite équipe qui entoure le Président? à la montée en puissance dans son entourage de conseillers proches de l'extrême-droite (Buisson, Tandonnet) aux dépens des seguinistes (Guaino)?
Nicolas Sarkozy va-t-il longtemps tenir sa majorité?
Nicolas Sarkozy va-t-il pouvoir tenir longtemps sa majorité? Les derniers sondages qui indiquent une nouvelle chute de sa popularité (26%) devraient ajouter au malaise d’un nombre croissant d’élus que le virage à droite ne satisfait pas.
Certains comme Etienne Pinte ont d’ores et déjà indiqué qu’ils ne voteraient pas le texte d’Eric Besson sur l’immigration, d’autres ont affiché leurs réserves et réticences. Beaucoup commencent à s’interroger : n’ont-ils pas intérêt, s’ils veulent être réélus à marquer leur différence?
Les députés de droite ont, en France, une longue tradition de docilité. Ne parlait-on pas autrefois de godillots? Du temps de De Gaulle, cette docilité reposait sur un mélange de révérence pour une personnalité exceptionnelle et de sens bien compris de son intérêt (De Gaulle garantissait des victoires électorales et mettait du fait de son histoire et de sa stature à l’abri de toute critique ceux qui ne s’étaient pas comportés impeccablement pendant la guerre). Les choses ont été plus compliquées pour Jacques Chirac puisqu’il a du faire face à plusieurs tentatives de le bousculer (Balladur, Pasqua), mais les liens d’amitié et de sympathie qu’il avait tissés avec beaucoup de députés (mais aussi avec l’opinion) l’ont aidé dans les moments les plus délicats.
La situation est pour Nicolas Sarkozy plus délicate :
- on ne sent pas chez les élus de droite la révérence ou l’amitié à son égard qui ont si longtemps protégé De Gaulle et Chirac. Il a des réseaux puissants et riches au sein de la droite mais ils sont, pour l’essentiel, cantonnés à l’Ile de France,
- le quinquennat amène les députés qui souhaitent poursuivre leur carrière à s’interroger sur leurs fidélités. Qui sera demain, ou après-demain le mieux à même de les aider à être élus? Lui ou un autre?
- en neutralisant les ministres sa pratique du pouvoir a modifié la perception que beaucoup peuvent avoir d’une carrière : que vaut-il mieux? devenir ministre? ou conquérir des places dans son département ou sa région? Après tout les socialistes s’accommodent parfaitement de défaires nationales qui ne leur interdisent pas d’exercer le pouvoir localement,
- l’idéologie pourrait être un ciment. Ce n’est pas le cas. La dérive droitière de ces derniers mois, la préférence pour le bouclier fiscal et les plus riches ont fait réapparaître des clivages au sein de la droite qui s’étaient plutôt réduits,
- malgré son activisme, sa gestion des hommes, son refus de se séparer de ministres qui ont failli (Woerth) ou ont ouvertement contesté ses décisions (Rama Yade…) ont pu donner à certains le sentiment que l’on pouvait prendre son autonomie sans grands risques.
Si l’on ajoute à celà qu’il a laissé Jean-François Coppé saper systématiquement l’autorité de Xavier Bertrand qu’il a mis à la tête de l’UMP, on voit qu’il n’est pas à l’abri de surprises venues du sein même de sa majorité. Cela ne se fera sans doute pas d'un coup, mais cela devrait aider à la multiplication de fissures… qui seront autant d'incitations à le contester un peu plus surtout si les sondages confirment que son virage à droite aura été une erreur politique majeure.
La seule chose qui le protège est l'absence (pour l'instant) d'adversaire de taille à le contester dans son propre camp. Juppé et Villepin évoquent à droite trop de mauvais souvenirs. Une personnalité centriste? ils sont trop nombreux pour ne pas se faire mutuellement du tort. Fillon peut-être, s'il s'en sépare? Mais s'en séparera-t-il?
Les députés de droite ont, en France, une longue tradition de docilité. Ne parlait-on pas autrefois de godillots? Du temps de De Gaulle, cette docilité reposait sur un mélange de révérence pour une personnalité exceptionnelle et de sens bien compris de son intérêt (De Gaulle garantissait des victoires électorales et mettait du fait de son histoire et de sa stature à l’abri de toute critique ceux qui ne s’étaient pas comportés impeccablement pendant la guerre). Les choses ont été plus compliquées pour Jacques Chirac puisqu’il a du faire face à plusieurs tentatives de le bousculer (Balladur, Pasqua), mais les liens d’amitié et de sympathie qu’il avait tissés avec beaucoup de députés (mais aussi avec l’opinion) l’ont aidé dans les moments les plus délicats.
La situation est pour Nicolas Sarkozy plus délicate :
- on ne sent pas chez les élus de droite la révérence ou l’amitié à son égard qui ont si longtemps protégé De Gaulle et Chirac. Il a des réseaux puissants et riches au sein de la droite mais ils sont, pour l’essentiel, cantonnés à l’Ile de France,
- le quinquennat amène les députés qui souhaitent poursuivre leur carrière à s’interroger sur leurs fidélités. Qui sera demain, ou après-demain le mieux à même de les aider à être élus? Lui ou un autre?
- en neutralisant les ministres sa pratique du pouvoir a modifié la perception que beaucoup peuvent avoir d’une carrière : que vaut-il mieux? devenir ministre? ou conquérir des places dans son département ou sa région? Après tout les socialistes s’accommodent parfaitement de défaires nationales qui ne leur interdisent pas d’exercer le pouvoir localement,
- l’idéologie pourrait être un ciment. Ce n’est pas le cas. La dérive droitière de ces derniers mois, la préférence pour le bouclier fiscal et les plus riches ont fait réapparaître des clivages au sein de la droite qui s’étaient plutôt réduits,
- malgré son activisme, sa gestion des hommes, son refus de se séparer de ministres qui ont failli (Woerth) ou ont ouvertement contesté ses décisions (Rama Yade…) ont pu donner à certains le sentiment que l’on pouvait prendre son autonomie sans grands risques.
Si l’on ajoute à celà qu’il a laissé Jean-François Coppé saper systématiquement l’autorité de Xavier Bertrand qu’il a mis à la tête de l’UMP, on voit qu’il n’est pas à l’abri de surprises venues du sein même de sa majorité. Cela ne se fera sans doute pas d'un coup, mais cela devrait aider à la multiplication de fissures… qui seront autant d'incitations à le contester un peu plus surtout si les sondages confirment que son virage à droite aura été une erreur politique majeure.
La seule chose qui le protège est l'absence (pour l'instant) d'adversaire de taille à le contester dans son propre camp. Juppé et Villepin évoquent à droite trop de mauvais souvenirs. Une personnalité centriste? ils sont trop nombreux pour ne pas se faire mutuellement du tort. Fillon peut-être, s'il s'en sépare? Mais s'en séparera-t-il?
jeudi, septembre 30, 2010
Les Anglais aiment tant la France…
On tombe parfois sur des textes qui font sourire. C'est le cas de celui-ci que j'ai trouvé dans un petit article de David Hume sur le commerce (Of the jealousy of trade) : "not only as a man, but as a BRITISH subject, I pray for the flourishing commerce of GERMANY, SPAIN, ITALY, and even FRANCE itself." J'adore cet "even France." Rappelons que David Hume est mort en 1776, bien avant, donc, Napoléon…
Immigration : une loi de plus
"Le Parlement discute actuellement d’une nouvelle loi sur l’immigration. Ce sera la cinquième en sept ans! En 2003, 2006 (deux lois sont votées cette année là), 2007 et maintenant, 2010? Ce qui devrait, avant même d’entrer dans le détail du texte, amener à s’interroger : pourquoi un nouveau texte? Est-ce que les lois précédentes, toutes votées par l’actuelle majorité, alors que Nicolas Sarkozy était ministre de l’intérieur, n’ont servi à rien? Et si tel est bien le cas, comme le suggère cette avalanche de textes, pourquoi celle-ci serait-elle plus efficace?
Au mieux, cette multiplication de textes montre que cette équipe travaille mal, maîtrise mal ses dossiers. Au pire, et le pire est en la matière probablement sûr, elle montre qu’il s’agit moins d’agir sur l’immigration que sur l’opinion. En un mot comme en mille, ces lois successives, toutes plus inutiles les unes que les autres, n’ont d’autre objet que de séduire les électeurs du Front National.
La meilleure preuve de cet usage démagogique est le sort que le Conseil Constitutionnel leur réserve. Les propositions de loi correctement écrites ne font pas l’objet de recours devant le Conseil Constitutionnel et lorsque cela se produit, celui-ci les entérine. Ce n’est pas le cas de ces textes :
- en 2003, le Conseil Constitutionnel a annulé trois dispositions votées par le Parlement : celle imposant un débat annuel sur l’immigration au Parlement, celle obligeant la personne hébergeant un étranger à payer ses frais de rapatriement si celui-ci ne peut pas le faire, celle obligeant le maire à "informer immédiatement" le préfet si une personne désirant se marier ne peut pas justifier de la régularité de son séjour.
- en 2007, ce sont les tests ADN et les statistiques ethniques que le Conseil censure. La même année, le Conseil d’Etat annule la création d’Eloi, fichier informatisé des étrangers en situation irrégulière.
Conçue pour séduire les électeurs du Font National ces lois qui remettent en permanence la queston de l’immigraiton dans l’actualité ne font qu’aggraver des relations qu’il faudrait au contraire apaiser. Elles entretiennent le problème qu’elles prétendent résoudre.
Plutôt que de multiplier des textes que le Conseil Constitutionnel va censurer, on ferait mieux de se demander pourquoi ces lois ne réduisent en rien les mouvements migratoires. Il est vrai que se poser ce type de questions reviendrait à admettre :
- que les migrations ont toujours existé, qu’elles ne se résument pas aux déplacements du sud vers le nord et qu’elles n’ont pas toute la même cause : on peut émigrer pour des raisons économiques, pour échapper à un régime totalitaire, pour rejoindre sa famille, pour profiter d’un meilleur climat…
- que nous avons besoin de l’immigration pour des motifs démographiques et économiques, que ces besoins sont multiples et difficilement planifiables (essayez donc de savoir combien il faudra de nounous ou de maçons dans les deux ans qui viennent?).
A l’inverse de ce que suggère la formule “immigration choisie” nos besoins ne se résument pas à la recherche de diplômés que notre enseignement supérieur ne formerait pas en nombre suffisant. Nous avons aussi besoin de gens que l’on dit peu qualifiés dans le bâtiment, dans le nettoyage, dans les “soins à la personne”. Faut-il une nouvelle fois le rappeler? Les immigrés qui occupent ces emplois ne font pas concurrence aux Français. J’ajouterai même, au risque de me faire critiquer, que mieux vaut, dans bien des emplois des immigrés qui acceptent ces emplois parce qu’ils ont des handicaps liés à leur statut, à une mauvaise connaissance de la langue… que des Français de souche qui ne les occupent que parce incapables, malgré les investissements considérables consentis par la collectivité dans leur formation, de faire autre chose.
Cette obsession du contrôle à l’entrée des frontières nous interdit, par ailleurs, de voir que les immigrés ont changé. Ils sont plus mobiles qu’ils n’ont jamais été, ils entretiennent des liens beaucoup plus étroit que par le passé avec leur pays d’origine, leur famille (qu’ils ne quittent plus complètement dés lors qu’ils peuvent communiquer avec elle via Skype) et envisagent beaucoup plus facilement qu’hier de retourner au pays. Ce qui ne va pas d’ailleurs sans poser de questions nouvelles, notamment en matière d’éducation. Des Français installés en Angleterre qui envisagent de revenir en France chercheront plus sérieusement une école qui enseigne le français à leurs enfants que le même couple qui a choisi de s’installer définitivement.
Les migrations sont une chose sérieuse qui méritent bien mieux que ces lois de circonstance conçues pour séduire la droite extrême.
Au mieux, cette multiplication de textes montre que cette équipe travaille mal, maîtrise mal ses dossiers. Au pire, et le pire est en la matière probablement sûr, elle montre qu’il s’agit moins d’agir sur l’immigration que sur l’opinion. En un mot comme en mille, ces lois successives, toutes plus inutiles les unes que les autres, n’ont d’autre objet que de séduire les électeurs du Front National.
La meilleure preuve de cet usage démagogique est le sort que le Conseil Constitutionnel leur réserve. Les propositions de loi correctement écrites ne font pas l’objet de recours devant le Conseil Constitutionnel et lorsque cela se produit, celui-ci les entérine. Ce n’est pas le cas de ces textes :
- en 2003, le Conseil Constitutionnel a annulé trois dispositions votées par le Parlement : celle imposant un débat annuel sur l’immigration au Parlement, celle obligeant la personne hébergeant un étranger à payer ses frais de rapatriement si celui-ci ne peut pas le faire, celle obligeant le maire à "informer immédiatement" le préfet si une personne désirant se marier ne peut pas justifier de la régularité de son séjour.
- en 2007, ce sont les tests ADN et les statistiques ethniques que le Conseil censure. La même année, le Conseil d’Etat annule la création d’Eloi, fichier informatisé des étrangers en situation irrégulière.
Conçue pour séduire les électeurs du Font National ces lois qui remettent en permanence la queston de l’immigraiton dans l’actualité ne font qu’aggraver des relations qu’il faudrait au contraire apaiser. Elles entretiennent le problème qu’elles prétendent résoudre.
Plutôt que de multiplier des textes que le Conseil Constitutionnel va censurer, on ferait mieux de se demander pourquoi ces lois ne réduisent en rien les mouvements migratoires. Il est vrai que se poser ce type de questions reviendrait à admettre :
- que les migrations ont toujours existé, qu’elles ne se résument pas aux déplacements du sud vers le nord et qu’elles n’ont pas toute la même cause : on peut émigrer pour des raisons économiques, pour échapper à un régime totalitaire, pour rejoindre sa famille, pour profiter d’un meilleur climat…
- que nous avons besoin de l’immigration pour des motifs démographiques et économiques, que ces besoins sont multiples et difficilement planifiables (essayez donc de savoir combien il faudra de nounous ou de maçons dans les deux ans qui viennent?).
A l’inverse de ce que suggère la formule “immigration choisie” nos besoins ne se résument pas à la recherche de diplômés que notre enseignement supérieur ne formerait pas en nombre suffisant. Nous avons aussi besoin de gens que l’on dit peu qualifiés dans le bâtiment, dans le nettoyage, dans les “soins à la personne”. Faut-il une nouvelle fois le rappeler? Les immigrés qui occupent ces emplois ne font pas concurrence aux Français. J’ajouterai même, au risque de me faire critiquer, que mieux vaut, dans bien des emplois des immigrés qui acceptent ces emplois parce qu’ils ont des handicaps liés à leur statut, à une mauvaise connaissance de la langue… que des Français de souche qui ne les occupent que parce incapables, malgré les investissements considérables consentis par la collectivité dans leur formation, de faire autre chose.
Cette obsession du contrôle à l’entrée des frontières nous interdit, par ailleurs, de voir que les immigrés ont changé. Ils sont plus mobiles qu’ils n’ont jamais été, ils entretiennent des liens beaucoup plus étroit que par le passé avec leur pays d’origine, leur famille (qu’ils ne quittent plus complètement dés lors qu’ils peuvent communiquer avec elle via Skype) et envisagent beaucoup plus facilement qu’hier de retourner au pays. Ce qui ne va pas d’ailleurs sans poser de questions nouvelles, notamment en matière d’éducation. Des Français installés en Angleterre qui envisagent de revenir en France chercheront plus sérieusement une école qui enseigne le français à leurs enfants que le même couple qui a choisi de s’installer définitivement.
Les migrations sont une chose sérieuse qui méritent bien mieux que ces lois de circonstance conçues pour séduire la droite extrême.
mercredi, septembre 29, 2010
Immigration, encore et toujours…
Nicolas Sarkozy a donc choisi de poursuivre son offensive en direction des électeurs du Front National en faisant voter une nouvelle loi (une énième) sur l'immigration. Loi inutile comme toutes les précédentes qui n'empêchera pas le développement des mouvements migratoires, loi imbécile qui nous interdit d'accompagner les évolutions dans les pratiques migratoires et d'en tirer parti (les migrants ne viennent plus pour s'installer définitivement, ils sont plus mobiles qu'ils n'ont jamais été), loi qui donne de ce gouvernement une image déplorable et met en avant les moins présentables de ses ministres, Hortefeux et Besson, au dépens de ceux dont l'action pourrait mieux se défendre (Lagarde, Borloo, Pécresse), ce qui devrait, in fine, aliéner à Nicolas Sarko les voix du centre-droit.
mardi, septembre 28, 2010
Et si la littérature "servait" à quelque chose…
POn a l’habitude d’attribuer à des personnalités vivantes les traits de personnages de roman. Ce matin, dans ma chronique radiophonique (Les riches et les affaires), j’ai ainsi rapproché Nicolas Sarkozy de Julien Sorel ou de Rastignac, mais on peut entreprendre la démarche inverse et se demander si les romans, leurs personnages ne nous inspirent pas.
Dans une interview à PBS réalisée après la remise de son prix Nobel Paul Krugman a révélé que c’est la lecture de romans de science-fiction, plus pécisément ceux ’Asimov, un des auteurs phares du genre, qui l’ont incité à devenir économiste. "That's a little embarrassing. I don't know how many of your viewers read science fiction, but there's a very old series by Isaac Asimov - the Foundation novels - in which the social scientists who understand the true dynamics save civilization. That's what I wanted to be; it doesn't exist, but economics is as close as you can get, so as a teenager I really got into it."
Dans une interview à PBS réalisée après la remise de son prix Nobel Paul Krugman a révélé que c’est la lecture de romans de science-fiction, plus pécisément ceux ’Asimov, un des auteurs phares du genre, qui l’ont incité à devenir économiste. "That's a little embarrassing. I don't know how many of your viewers read science fiction, but there's a very old series by Isaac Asimov - the Foundation novels - in which the social scientists who understand the true dynamics save civilization. That's what I wanted to be; it doesn't exist, but economics is as close as you can get, so as a teenager I really got into it."
La littérature "sert" donc, d’abord, à orienter des carrières. Elle sert également à orienter les opinions politiques. On dit que beaucoup de libertariens (d’ultra-libéraux) on trouvé leur inspiration dans les romans de science-fiction (plutôt mauvais, parait-il) d’Ayn Rand, un auteur autour de laquelle s’est développé une sorte de culte qu’a dénoncé un autre théoricien de l’ultra-libéralisme : Murray Rothbard dans un texte d’une rare sévérité (The Sociology of the Ayn Rand Cult) puisqu’il accuse Rand et ses proches d’avoir créé quelque chose comme une secte ou, mais cela revient au même, d’avoir développé des pratiques sectaires comme dans cet exemple : “The psychological hold that the cult held on the members may be illustrated by the case of one girl, a certified top Randian, who experienced the misfortune of falling in love with an unworthy non-Randian. The leadership told the girl that if she persisted in her desire to marry the man, she would be instantly excommunicated. She did so nevertheless, and was promptly expelled. And yet, a year or so later, she told a friend that the Randians had been right, that she had indeed sinned and that they should have expelled her as unworthy of being a rational Randian.”
La littérature de science-fiction, genre qui se prête bien aux exposés politiques et économiques, a également joué un rôle non négligeable dans le développement de l’écologie politique. Nombre de romans commencent par uen catastrophe écologique. Certains auteurs, comme Franck Herbert, Ballard, ont été de véritables propagandistes de la pensée écologique. Certains sont même passés de l’écriture de romans à l’action politique, comme Yves Frémion, auteur de science-fiction devenu élu vert (sur ce sujet voir Yves Frémion : Les auteurs de science-fiction et l’écologie, podcast dans lequel il raconte comment la science-fiction a développé des thématiques écologiques).
La littérature ne décide probablement qu'assez rarement d’une carrière ou d’opinions politiques, mais elle peut créer un environnement favorable au développement de certaines idées. La science-fiction, encore elle, est remplie d’analyses qui tentent à conforter l’utopie si américaine d’une société sans impôts ni gouvernement. On trouve cela dans des romans très différents qui opposent en général ces sociétés libertaires à des sociétés hiérarchiques, totalitaires. Avec, parfois, des développements très sophistiqués comme dans Révolte dans la lune (The moon is a harsh mistress), un roman de Robert Heinlein, un des meilleurs auteurs du genre (ses romans sont bien écrits, les intrigues bien construites, intéressantes) qui est une allégorie de la révolution américaine. Les habitants de la Lune, tous d’anciens déportés ou d’enfants de déportés dans ce qui est une colonie pénitentiaire de la terre se révoltent contre le régime colonial que leur impose notre planète. Cette révolte donne lieu à de nombreux exposés de ce que pourrait être un régime idéal. Régime dans lequel on ne paierait pas d’impôts, pas de charges sociales, dans laquelle il y a peu de lois. Non que les habitants soient plus raisonnables que d’autres, mais parce que les institutions qu’ils envisagent devraient permettre d’en éviter la prolifération comme l’indique ce passage : “Plus il y a d’obstacles aux législations mieux cela vaut. Pourtant, plutôt que de suivre la tradition (bicamériste), je proposerais, personnellement, une seule Chambre législative, la deuxième ayant pour seul pouvoir d’abroger les lois. Que les législateurs ne puissent adopter une loi qu’avec une majorité des deux tiers… tandis que ceux qui abrogeraient les lois puissent annuler n’importe laquelle à la simple minorité d’un tiers. Inepte, direz-vous? Réfléchissez : une loi tellement discutée qu’elle ne peut convaincre les deux tiers d’entre-vous est probablement mauvaise. Inversement, si une loi est discutée par au moins un tiers d’entre vous ne vous semble-t-il pas que vous auriez intérêt à vous en passer?” Raisonnement qui me rappelle celui de Buchanan et Tullock dans The calculus of consent, livre publié en 1962 tandis que The moon is a harsh mistress est sorti trois ans plus tard. Je ne sais s’il y a eu influence de l’un sur l’autre, mais les auteurs du livre fondateur de l’école du Public Choice ont trouvé en Heinlein un formidable diffuseur de quelques unes de leurs idées dans des milieux qui n’ont certainement jamais eu la curiosité de les lire.
On a beaucoup dit, dans les années Reagan, que la droite américaine avait d’abord mené une bataille dans les milieux intellectuels avant de gagner des batailles politiques. Elle a certainement trouvé des alliés chez les auteurs de pulp fictions.
Tout ceci me rappelle que le FBI ou la CIA (ou son ancètre) ont financé pendant la guerre des romanciers et notamment l’excellente Kressman Taylor, l’auteur du très célèbre Adress unknown et du passionnant Until that day (day of no return), roman qui raconte la montée du nazisme dans les milieux catholiques, pour donner un peu de chair à leur propagande.
PS. Je ne croyais pas si bien dire. Je viens de trouver sur le site de l'Institut Mises (d'après l'économiste autrichien Ludwig Von Mises) ceci : "In the early 1970s, according to a survey undertaken at the time by SIL, the Society for Individual Liberty, one libertarian activist in six had been led to libertarianism by reading the novels and short stories of Robert A. Heinlein. Among the prominent libertarians of the late 20th Century who have named Heinlein as an important influence on the development of their own political thinking were Dave Nolan (the founder of the Libertarian Party) and the late Samuel Edward Konkin III."
PS. Je ne croyais pas si bien dire. Je viens de trouver sur le site de l'Institut Mises (d'après l'économiste autrichien Ludwig Von Mises) ceci : "In the early 1970s, according to a survey undertaken at the time by SIL, the Society for Individual Liberty, one libertarian activist in six had been led to libertarianism by reading the novels and short stories of Robert A. Heinlein. Among the prominent libertarians of the late 20th Century who have named Heinlein as an important influence on the development of their own political thinking were Dave Nolan (the founder of the Libertarian Party) and the late Samuel Edward Konkin III."
lundi, septembre 27, 2010
Jacques Derrida, Sylviane Agacinsky et l'intimité
Arthur Goldammer nous signale un article sur un livre qui raconte que Jacques Derrida a eu une longue liaison avec Sylviane Agacinsky. Cela fera-t-il jaser dans certains milieux comme il le suppose? J'en doute un peu. Ces milieux étaient au courant. Je le suis moi-même depuis très longtemps. Il me semble que je l'ai appris dans les années 70 chez Maurice Roche, excellent écrivain un peu oublié qui mériterait d'être redécouvert. Si ma mémoire ne me fait pas défaut elle avait alors quitté un autre écrivain, lui aussi disparu, pour Derrida. Je me souviens en tout cas avoir pensé, lorsque, épouse du premier ministre, elle est venue au premier plan, qu'elle était de ces femmes qui mettent leur vie sentimentale au service de leur carrière.
Mais ce n'est pas le plus important : bien d'autres ont fait (et continuent sans doute de faire) de même. Ce même livre révèle que Sylviane Agacinsky a avorté en 1978.
Ces informations auraient été fournies par l'intéressée à l'auteur du livre. Ce n'est pas la première fois que des femmes disent avoir avorté. En 1971, "343 salopes" (ainsi se désignaient-elles) avaient déclaré avoir avorté. Mais il s'agissait d'un acte militant, ce qui n'est pas le cas ici. On est, avec cette révélation, dans le registre de la biographie. Il s'agit de construire le portrait de Derrida et, sans doute aussi, celui de Sylviane Agacnsky qui révèle ainsi ce que sa mère aurait probablement caché.
Ce qui était hier secret de famille, tabou, est aujourd'hui mis volontairement sur la place publique. Les frontières de l'intime se déplacent sous nos yeux. Cette "révélation" me fait penser à ce que l'on peut trouver aujourd'hui sur Facebook où l'on voit des jeunes gens afficher publiquement ce qu'ils auraient hier religieusement protégé de la curiosité de leurs parents.
On attribue en général ce déplacement à Internet, mais cet exemple le montre, cette technologie n'y est pour rien. Elle se met au mieux au service d'une évolution plus souterraine de nos mentalités.
Je ne connais pas d'auteur qui se soit intéressé à ce phénomène mais il me semble qu'il a longuement muri et qu'on en trouve trace dans les transformations de la biographie, dans le développement de la littérature de l'intimité et, in fine, dans la montée en puissance de la culture féminine dans nos sociétés.
Une histoire des biographies montrerait probablement comment leurs auteurs (surtout les anglo-saxons) sont allés de plus en plus dans le détail faisant de leurs héros des gens du commun qui portent leur linge au pressing et sont, au fond, comme nous, ce qui me rappelle tout à la fois une remarque de Hegel sur les grands personnages et leurs valets (pour un valet, il n'y a pas de grand personnage) et les commentaires d'un de mes professeurs de lycée sur les hémorroïdes (semble-t-il abondantes et douloureuses) de Victor Hugo (sic, mais j'appartiens à une génération dont les professeurs s'autorisaient ce genre de plaisanteries sans craindre les protestations des parents!).
Une histoire de la littérature devrait naturellement évoquer la montée en puissance de cette littérature féminine qui, d'Annie Ernaux à Judith Brouste, a fait de l'intimité son champ d'exploration.
Mais le plus important est, me semble-t-il, la montée en puissance de la "culture féminine" (si ce concept a le moindre sens) ou, plutôt, de sa généralisation. Les femmes se sont, semble-t-il, toujours raconté entre elles ce genre de choses. La nouveauté est qu'elles le disent aussi aux hommes qui croyaient, dans leur immense naïveté, dans l'innocence et la pudeur féminine.
Quiconque s'intéresse à ces questions sait combien la mixité est affaire compliquée, combien les discriminations à l'égard des femmes sont puissantes, combien elles résistent à qui tente de les combattre et, cependant…
Mais ce n'est pas le plus important : bien d'autres ont fait (et continuent sans doute de faire) de même. Ce même livre révèle que Sylviane Agacinsky a avorté en 1978.
Ces informations auraient été fournies par l'intéressée à l'auteur du livre. Ce n'est pas la première fois que des femmes disent avoir avorté. En 1971, "343 salopes" (ainsi se désignaient-elles) avaient déclaré avoir avorté. Mais il s'agissait d'un acte militant, ce qui n'est pas le cas ici. On est, avec cette révélation, dans le registre de la biographie. Il s'agit de construire le portrait de Derrida et, sans doute aussi, celui de Sylviane Agacnsky qui révèle ainsi ce que sa mère aurait probablement caché.
Ce qui était hier secret de famille, tabou, est aujourd'hui mis volontairement sur la place publique. Les frontières de l'intime se déplacent sous nos yeux. Cette "révélation" me fait penser à ce que l'on peut trouver aujourd'hui sur Facebook où l'on voit des jeunes gens afficher publiquement ce qu'ils auraient hier religieusement protégé de la curiosité de leurs parents.
On attribue en général ce déplacement à Internet, mais cet exemple le montre, cette technologie n'y est pour rien. Elle se met au mieux au service d'une évolution plus souterraine de nos mentalités.
Je ne connais pas d'auteur qui se soit intéressé à ce phénomène mais il me semble qu'il a longuement muri et qu'on en trouve trace dans les transformations de la biographie, dans le développement de la littérature de l'intimité et, in fine, dans la montée en puissance de la culture féminine dans nos sociétés.
Une histoire des biographies montrerait probablement comment leurs auteurs (surtout les anglo-saxons) sont allés de plus en plus dans le détail faisant de leurs héros des gens du commun qui portent leur linge au pressing et sont, au fond, comme nous, ce qui me rappelle tout à la fois une remarque de Hegel sur les grands personnages et leurs valets (pour un valet, il n'y a pas de grand personnage) et les commentaires d'un de mes professeurs de lycée sur les hémorroïdes (semble-t-il abondantes et douloureuses) de Victor Hugo (sic, mais j'appartiens à une génération dont les professeurs s'autorisaient ce genre de plaisanteries sans craindre les protestations des parents!).
Une histoire de la littérature devrait naturellement évoquer la montée en puissance de cette littérature féminine qui, d'Annie Ernaux à Judith Brouste, a fait de l'intimité son champ d'exploration.
Mais le plus important est, me semble-t-il, la montée en puissance de la "culture féminine" (si ce concept a le moindre sens) ou, plutôt, de sa généralisation. Les femmes se sont, semble-t-il, toujours raconté entre elles ce genre de choses. La nouveauté est qu'elles le disent aussi aux hommes qui croyaient, dans leur immense naïveté, dans l'innocence et la pudeur féminine.
Quiconque s'intéresse à ces questions sait combien la mixité est affaire compliquée, combien les discriminations à l'égard des femmes sont puissantes, combien elles résistent à qui tente de les combattre et, cependant…
vendredi, septembre 24, 2010
Alternative à droite : les grandes manoeuvres ont commencé
La situation personnelle de Nicolas Sarkozy s’est à ce point dégradée ces derniers mois qu’il n’est plus, aux yeux de certains (beaucoup?) le candidat naturel de la droite aux prochaines élections présidentielles. Ses comportements personnels (débraillé, grossiéreté, brutalité), la politique qu’il mène pour reconquérir l’électorat du Front National lui ont aliéné la partie la plus modérée de son électorat qui peut être tentée par une candidature alternative en 2012.
Les grandes manoeuvres ont commencé à droite pour la préparer. On voit se dessiner trois stratégies :
- l’affrontement direct. C’est celle de Dominique de Villepin dont on sent bien qu’il a l’ambition de se présenter,
- la reconstitution d’une force de centre-droit sur les décombres de l’UDF que tentent, dans le désordre, Bayrou, Morin et Borloo,
- la mise en orbite au sein de l’UMP : c’est la stratégie de Jean-François Coppé qui parle de 2017 mais serait sans doute disponible pour 2012 si par accident Nicolas Sarkozy était indisponible ou victime d’une fronde massive à l’UMP.
- l’affrontement direct. C’est celle de Dominique de Villepin dont on sent bien qu’il a l’ambition de se présenter,
- la reconstitution d’une force de centre-droit sur les décombres de l’UDF que tentent, dans le désordre, Bayrou, Morin et Borloo,
- la mise en orbite au sein de l’UMP : c’est la stratégie de Jean-François Coppé qui parle de 2017 mais serait sans doute disponible pour 2012 si par accident Nicolas Sarkozy était indisponible ou victime d’une fronde massive à l’UMP.
Aucune de ces stratégies ne va de soi. Dominique de Villepin a quelques atouts (son allure, son discours à l’ONU, sa résistance à Nicolas Sarkozy, la sympathie des néo-gaullistes et de quelques chiraquiens) mais aussi et surtout de nombreux handicaps (il n’a pas de troupes, il n’a jamais été élu, beaucoup à droite lui reprochent la dissolution qui a amené Jospin à Matignon, il traîne une sulfureuse réputation d’organisateur de cabinet noir).
Même chose pour les centristes : aucun ne s’impose vraiment. Morin est d’une fadeur qui frôle l’insignifiance, personne ne connaît vraiment Borloo même s’il bénéficie d’une bonne image, Bayrou a dilapidé son capital de sympathie acquis lors de la précédente campagne présidentielle. De plus, Nicolas Sarkozy fera tout pour éviter que des députés de l’UMP rejoignent une néo-UDF. On se souvient comment il a acheté la non-candidature de Christine Broutin. On peut être sûr qu’il saura recommencer si nécessaire.
Pour qu’une candidature de Jean-François Coppé s’impose, il faudrait qu’il prenne la tête de l’UMP, ce qui n’est pas encore fait, que Nicolas Sarkozy soit incapable de se présenter (soi qu’il ne le souhaite pas, soit que son image dans l’opinion soit si dégradée que le doute n’est plus permis), que les grands barons (Juppé, Raffarin…) abandonnent toute ambition et l’adoubent (ce qui n’est pas fait). Cela fait beaucoup de si.
Rien n’est donc joué, mais ces interrogations de la droite ne seront pas sans effet sur le paysage politique. On peut dores et déjà penser qu’il y aura trois candidatures susceptibles de mordre sévèrement dans l’électorat de Nicolas Sarkozy (un candidat du centre, un néo-gaulliste ou ex-UMP façon Villepin, un représentant du Front National), ce qui va lui rendre la tâche plus difficile et l’amener à se concentrer dans les mois qui viennent sur cet objectif : éviter la dispersion de son électorat. Une dispersion qu’il a aggravée avec son virage droitier de cet été qui lui a probablement fait gagner quelques voix à l’extrême-droite (mais combien?) mais lui en fait perdre sans doute autant sur son centre.
S’il veut éviter une fronde de l’UMP, il doit montrer à ses troupes qu’il est le mieux à même de les faire gagner. Mitterand dont la position n’était guère plus confortable à la fin de son premier septennat avait su reconquérir l’opinion en jouant de sa position de premier opposant et de son équation personnelle (son charme, sa stature d’homme d’Etat) contre un adversaire de droite qui inquiétait (on l'a oublié mais Chirac passait alors pour le grand méchant loup). Cette reconquête de l’opinion et son habileté politique avaient éloigné la menace Rocard. La situation est aujourd’hui toute différente.
Sarkozy a tous les pouvoirs. C’est lui, et non son adversaire, qui passe pour brutal et source d’aventure, ses concurrents à droite sont crédités des qualités qui lui manquent (homme d’Etat pour Villepin, sensibilité sociale pour Bayrou, efficacité et imagination pour Borloo, fermeté pour Le Pen…). S’il a de l’énergie, il manque certainement de charme et rares sont ceux qui lui reconnaissent une stature d’homme d’Etat. En ce sens, il est, quoique pour des motifs très différents, plutôt dans la situation de Giscard en 1979.
Aucune situation n’est jamais désespérée, surtout en politique, mais il faut reconnaître que le défi n’est pas mince.
mardi, septembre 21, 2010
Pays réel ou pays imaginaire?
Dans sa dernière chronique de Libération (Sarkozy, l'hypothèse du qui perd gagne), Daniel Schneiderman s’interroge sur les réactions de l’Elysée aux attaques de la presse contre le pouvoir. Certains conseillers seraient, dit-il reprenant les analyses de Fabien Namias d’Europe n°1, aux anges : “Sarkozy serait fou de joie d’être malmené par la presse. Il ne sera pas le candidat de l’établissement en 2012.” Il serait donc indifférent aux critiques de la presse parce qu’elles ne concernent que quelques milieux parisiens. La presse ne serait plus “prescriptrice de vote depuis (…) le référendum sur le traité communautaire en 2005.”
Le mot établissement qu’utilise Namias appartient, bien sûr, au vocabulaire de Le Pen et on peut imaginer que le journaliste qui l’utilise l’a emprunté à ses interlocuteurs de l’Elysée qui se seraient, dans cette hypothèse, mis à parler la langue de l’extrême-droite. Ce qui confirmerait cette dérive droitière que dénonçait Jean-Pierre Raffarin.
Cette dérive touche le vocabulaire, mais aussi les analyses. Cette vision optimiste de la situation que décrit Manias emprunte en effet directement à l’opposition entre pays légal et pays réel, idée classique de l’extrême-droite qu’a théorisée Maurras et qui revient de plus en plus souvent dans les discours de la droite. L’exemple vient d’ailleurs de haut. C’est Nicolas Sarkozy lui-même qui déclarait en 2005 devant les députés UMP pour justifier l’utilisation des mots racaille et karcher : “Jamais je n'ai senti un décalage aussi profond entre le pays virtuel tel qu'il est décrit à longueur d'articles et le pays réel (...) J'ai voulu m'appuyer sur le pays réel qui a parfaitement compris que nous étions à une minute de vérité.”
Les commentateurs sont toujours prompts à signaler et dénoncer ces emprunts à Maurras dont ils rappellent, à chaque occasion, qu’il fut un partisan déterminé du régime de Vichy. Mais ce n’est pas parce que Maurras a collaboré avec Vichy que ses concepts sont nuls et non avenus. On pourrait très bien imaginer que cette opposition entre pays légal et pays réel soit toujours pertinente et que l’opinion soit effectivement indifférente aux critiques de la presse et plus favorable au pouvoir, aux décisions prises à l’égard des Roms, des étrangers… que le suggèrent les titres et éditoriaux de la presse nationale mais aussi, de plus en plus, régionale.
Les sondages toujours plus sévères pour le gouvernement en font douter. Mais c’est l’utilisation même de ce concept qui fait problème. Lorsque Maurras l’utilise, il oppose une France légale, c’est-à-dire administrative, centralisée, parisienne, déracinée, éduquée et formée à l’universalisme kantien, à une France des provinces, de la terre, gardienne des traditions ancestrales. Il associe d’ailleurs souvent cette thèse à sa défense d’une décentralisation extrême des pouvoirs (dans le royaume qu’il appelle de ses voeux, l’essentiel des décisions sont prises au niveau local sans intervention du prince). “Le sol, le sang, la tradition, écrit-il, demandent partout à exercer leur portion nécessaire d’influence et de prépondérance morales.” (in L'idée de la décentralisation, 1898)
Si cette analyse était pertinente, si la distinction entre pays légal et pays réel avait un sens, l’hyperprésident qui a concentré entre ses mains tous les pouvoirs, qui n’a de cesse de réduire l’influence des corps intermédiaires aurait du souci à se faire. Ce n’est pas contre Saint-Germain des Près que la province se rebellerait, mais contre le Faubourg Saint-Honoré.
Par chance, cette analyse n’a plus grand sens. Ce pays réel est surtout imaginaire. La France terrienne, provinciale n’existait déjà plus guère à la fin du 19ème siècle. Maurras était d’ailleurs le premier à le reconnaître : “Comme Taine l’a bien montré, (Napoléon) nous coupa de nos traditions ; mais ce puissant travail d’arrachement n’eût jamais abouti si sa propre personne, ses propres énergies n’eussent plongé au fond d’un passé très vivace, pays, famille, clan.” Elle a aujourd’hui complètement disparu : si la France est divisée, ce n’est certainement pas entre un pays légal de fonctionnaires installés dans les ministères et un pays réel de paysans et d'artisans attachés à leurs traditions.
Dit autrement : ce concept n’est plus opératoire s’il l’a jamais été. Le reprendre pour décrire la situation actuelle, ce n’est pas seulement penser comme l’extrême-droite, ce qui est en soi déjà un grave problème, c’est aussi s’équiper d’oeillères. Reprendre cette vieille scie réactionnaire est la meilleure manière de passer à coté de la réalité ou, plutôt, de prendre ses désirs pour des réalités.
On sait que les phénomènes de cour isolent, aveuglent. L’utilisation de ce type d’argument pour justifier une politique ne peut qu’aggraver ces phénomènes. On imagine bien tout le bénéfice que peut en tirer un courtisan capable d’expliquer à un Nicolas Sarkozy inquiet : “Souvenez-vous 2005. Les mots racaille et karcher ne vous ont pas empêché d’être élu, le pays réel n’a que faire des vapeurs de quelques intellectuels parisiens.”
samedi, septembre 18, 2010
Demain, une fronde à droite?
Les commentaires s'interrogeaient hier pour savoir si la séquence que nous venons de vivre est signe d'un affolement ou choix tactique. Il y a sans doute des deux, une tactique qui a dérapé. Mais l'interview que Brice Hortefeux a donné au Figaro Magazine montre que, malgré tous les dégâts dores et déjà commis, Nicolas Sarkozy et son équipe (Hortefeux, Morano, Lefebvre, Bertrand) ont choisi de poursuivre leur campagne de séduction en direction des électeurs du Front National.
C'est Brice Hortefeux qui le dit, mais cela aurait pu être Marine Le Pen : "Est-il normal aujourd'hui que des assassins ou des violeurs, condamnés par une cour d'assises, puissent sortir de prison avant la fin de leur peine parce que des magistrats professionnels l'ont décidé? Quelle que soit la déontologie des magistrats, que je ne mets aucunement en cause, je ne crois pas possible qu'ils puissent toujours se substituer à l'expression directe de la volonté populaire. Puisque c'est un jury populaire qui décide aux assises de condamner quelqu'un à la réclusion criminelle, je crois que le choix de le libérer avant qu'il ait purgé l'intégralité de sa peine doit aussi être fait par le peuple lui-même." On est dans la droite ligne de la circulaire sur les Roms.
Cette politique suscite une violente réaction à gauche, en Europe, mais aussi plus qu'un malaise à droite puisque selon le dernier sondage du CSA pour Le Parisien, 36% des sympathisants de droite accordent une grande importance aux critiques de l'Union européenne. Il faut dire qu'après l'ONU, le Pape, les évêques, le Parlement européen, la presse internationale… cela fait assez de critiques pour amener l'électeur de droite le plus sarkozyste à s'interroger.
36%, cela fait beaucoup. C'est une base suffisante pour lancer, à droite, une offensive contre Nicolas Sarkozy. Les Juppé, Raffarin et compagnie que l'on n'entend pas beaucoup ces jours-ci doivent ronger leur frein. Ils savent que tant que le remaniement n'aura pas été réalisé, il leur sera difficile d'agir, mais dés que celui-ci sera acté ils auront les mains libres pour monter au sein de l'UMP une fronde contre un Président qui a décidément perdu la main. Il leur sera possible de trouver des alliés parmi tous ces élus qui doivent raser les murs dans leurs circonscriptions pour échapper aux lazzis de leurs adversaires, aux remarques désagréables d'électeurs déçus, aux interrogations de leurs amis les plus proches qui voient l'image de la France se dégrader dans le monde.
Beaucoup d'élus UMP, à ce jour silencieux, seraient sans doute prêts à les rejoindre dans une fronde qui pourrait se manifester au Sénat lors de la discussion de la loi sur les retraites avant de prendre corps lors d'autres débats à l'Assemblée Nationale. La situation s'est tellement dégradée que s'ils veulent être réélus aux prochaines législatives, il faut qu'ils commencent à faire entendre leur différence et à envoyer à leurs électeurs des signes indiquant qu'ils se désolidarisent d'une politique aussi impopulaire.
C'est Brice Hortefeux qui le dit, mais cela aurait pu être Marine Le Pen : "Est-il normal aujourd'hui que des assassins ou des violeurs, condamnés par une cour d'assises, puissent sortir de prison avant la fin de leur peine parce que des magistrats professionnels l'ont décidé? Quelle que soit la déontologie des magistrats, que je ne mets aucunement en cause, je ne crois pas possible qu'ils puissent toujours se substituer à l'expression directe de la volonté populaire. Puisque c'est un jury populaire qui décide aux assises de condamner quelqu'un à la réclusion criminelle, je crois que le choix de le libérer avant qu'il ait purgé l'intégralité de sa peine doit aussi être fait par le peuple lui-même." On est dans la droite ligne de la circulaire sur les Roms.
Cette politique suscite une violente réaction à gauche, en Europe, mais aussi plus qu'un malaise à droite puisque selon le dernier sondage du CSA pour Le Parisien, 36% des sympathisants de droite accordent une grande importance aux critiques de l'Union européenne. Il faut dire qu'après l'ONU, le Pape, les évêques, le Parlement européen, la presse internationale… cela fait assez de critiques pour amener l'électeur de droite le plus sarkozyste à s'interroger.
36%, cela fait beaucoup. C'est une base suffisante pour lancer, à droite, une offensive contre Nicolas Sarkozy. Les Juppé, Raffarin et compagnie que l'on n'entend pas beaucoup ces jours-ci doivent ronger leur frein. Ils savent que tant que le remaniement n'aura pas été réalisé, il leur sera difficile d'agir, mais dés que celui-ci sera acté ils auront les mains libres pour monter au sein de l'UMP une fronde contre un Président qui a décidément perdu la main. Il leur sera possible de trouver des alliés parmi tous ces élus qui doivent raser les murs dans leurs circonscriptions pour échapper aux lazzis de leurs adversaires, aux remarques désagréables d'électeurs déçus, aux interrogations de leurs amis les plus proches qui voient l'image de la France se dégrader dans le monde.
Beaucoup d'élus UMP, à ce jour silencieux, seraient sans doute prêts à les rejoindre dans une fronde qui pourrait se manifester au Sénat lors de la discussion de la loi sur les retraites avant de prendre corps lors d'autres débats à l'Assemblée Nationale. La situation s'est tellement dégradée que s'ils veulent être réélus aux prochaines législatives, il faut qu'ils commencent à faire entendre leur différence et à envoyer à leurs électeurs des signes indiquant qu'ils se désolidarisent d'une politique aussi impopulaire.
vendredi, septembre 17, 2010
France Inter pasteurisé?
J'écoute France Inter tous les matins de 6h30 à 7 heures. Audrey Pulvar qui présente cette nouvelle grille n'est pas désagréable, ses interviews sont intéressantes, les sujets choisis pertinents, mais cette tranche a perdu du mordant du temps que l'occupait Nicolas Demorand. Affaire de voix, mais aussi de conception.
La nouvelle direction de la radio, celle qui a éliminé les humoristes trublions pour cause d'anti-sarkozysme, a choisi de demander à des éditorialistes de la presse écrite de donner chaque matin, à tour de rôle, une chronique. J'ai entendu celle du Point (à peu près inaudible pour cause de voix désespérément non radiophonique) et celui de Valeurs actuelles. Qu'en dire? L'idée n'est pas a priori mauvaise : qu'une radio de service public donne à des journaux de tendances différentes l'occasion de s'exprimer n'est pas étranger à sa mission. Mais… ai-je envie d'entendre chaque jeudi, à mon réveil, Valeurs Actuelles? La réponse est : non. J'ai certainement tort, mais je n'éprouve aucun plaisir à être au petit matin agacé par une opinion si différente de la mienne qu'il ne me viendrait pas à l'esprit d'acheter un journal qui flirte régulièrement avec les thèses du Front National (pour dire vrai, le journaliste qui est intervenu sur France Inter a tenu des propos mesurés, mais peu importe).
La radio est un média intime. L'auditeur entretient un lien particulier avec ceux qui parlent dans le poste, qu'il entend tous les jours à la même heure, dans les mêmes situations. Il ne les connait que par leur voix, son timbre, sa hauteur, le rythme de ses phrases. A l'inverse de la télévision qui endort quand elle n'émeut pas (d'où notre propension à zapper en permanence), la radio rapproche. Elle exige une certaine complicité entre l'auditeur et celui qui s'adresse à lui tous les matins. Je ne crois pas avoir envie de nouer la moindre complicité avec quelqu'un qui travaille à Valeurs actuelles.
Qu'on m'entende bien : je ne souhaite pas censurer Valeurs Actuelles (ni, d'ailleurs, aucun autre titre et j'avais été choqué lorsque la direction d'Inter avait licencié un journaliste qui citait un peu trop souvent dans sa revue de presse Présent, le journal du Front National), mais que ses opinions soient présentées dans une revue de presse suffirait à mon bonheur.
Si l'on s'en tient aux principes, ce bout de grille n'a donc rien de scandaleux mais c'est sans doute une erreur de marketing qui devrait se traduire, dans les mois qui viennent, par une érosion de l'audience d'une radio qui avait su exprimer les aspirations d'une certaine catégorie d'auditeurs (celle à laquelle j'appartiens) mieux que quiconque.
La nouvelle direction de la radio, celle qui a éliminé les humoristes trublions pour cause d'anti-sarkozysme, a choisi de demander à des éditorialistes de la presse écrite de donner chaque matin, à tour de rôle, une chronique. J'ai entendu celle du Point (à peu près inaudible pour cause de voix désespérément non radiophonique) et celui de Valeurs actuelles. Qu'en dire? L'idée n'est pas a priori mauvaise : qu'une radio de service public donne à des journaux de tendances différentes l'occasion de s'exprimer n'est pas étranger à sa mission. Mais… ai-je envie d'entendre chaque jeudi, à mon réveil, Valeurs Actuelles? La réponse est : non. J'ai certainement tort, mais je n'éprouve aucun plaisir à être au petit matin agacé par une opinion si différente de la mienne qu'il ne me viendrait pas à l'esprit d'acheter un journal qui flirte régulièrement avec les thèses du Front National (pour dire vrai, le journaliste qui est intervenu sur France Inter a tenu des propos mesurés, mais peu importe).
La radio est un média intime. L'auditeur entretient un lien particulier avec ceux qui parlent dans le poste, qu'il entend tous les jours à la même heure, dans les mêmes situations. Il ne les connait que par leur voix, son timbre, sa hauteur, le rythme de ses phrases. A l'inverse de la télévision qui endort quand elle n'émeut pas (d'où notre propension à zapper en permanence), la radio rapproche. Elle exige une certaine complicité entre l'auditeur et celui qui s'adresse à lui tous les matins. Je ne crois pas avoir envie de nouer la moindre complicité avec quelqu'un qui travaille à Valeurs actuelles.
Qu'on m'entende bien : je ne souhaite pas censurer Valeurs Actuelles (ni, d'ailleurs, aucun autre titre et j'avais été choqué lorsque la direction d'Inter avait licencié un journaliste qui citait un peu trop souvent dans sa revue de presse Présent, le journal du Front National), mais que ses opinions soient présentées dans une revue de presse suffirait à mon bonheur.
Si l'on s'en tient aux principes, ce bout de grille n'a donc rien de scandaleux mais c'est sans doute une erreur de marketing qui devrait se traduire, dans les mois qui viennent, par une érosion de l'audience d'une radio qui avait su exprimer les aspirations d'une certaine catégorie d'auditeurs (celle à laquelle j'appartiens) mieux que quiconque.
Le New Stateman me cite
Pour ceux qui voudraient un regard d'outre-manche sur notre situation politique, voici un excellent papier de Jonathan Derbyshire publié dans le NewStateman : France feeble's Napoleon. Son auteur a le bon goût de citer une des notes que j'ai données ici sur les nominations de préfets.
Je recommande à qui s'intéresse à la taille de nos dirigeants, la lecture du courrier qui suit et notamment la lettre de Thoms Devine qui écrit : "Napoleon wasn't so short. He was in fact of average height. It's simply that, before the metric system, French inches and feet were longer than English inches and feet. Napoleon was 5ft 6ins (average in the late 18th century) in English measures. However in French measures Napoleon was 5ft 1in, translators never bothered to state Napoleon actual height as a tiny dictator was a good joke." Je l'ignorais.
PS Ainsi va internet. Faisant une recherche sur ce lecteur (il y a un historien britannique de ce nom, peut-être est-ce lui, je tombe sur des éléments biographiques d'un certain Thomas Levine, ancien de la CIA, associé de Bush père et de John Train, l'un des fondateurs de la "CIA connected Paris Review". Ce que j'ignorais également.
Je recommande à qui s'intéresse à la taille de nos dirigeants, la lecture du courrier qui suit et notamment la lettre de Thoms Devine qui écrit : "Napoleon wasn't so short. He was in fact of average height. It's simply that, before the metric system, French inches and feet were longer than English inches and feet. Napoleon was 5ft 6ins (average in the late 18th century) in English measures. However in French measures Napoleon was 5ft 1in, translators never bothered to state Napoleon actual height as a tiny dictator was a good joke." Je l'ignorais.
PS Ainsi va internet. Faisant une recherche sur ce lecteur (il y a un historien britannique de ce nom, peut-être est-ce lui, je tombe sur des éléments biographiques d'un certain Thomas Levine, ancien de la CIA, associé de Bush père et de John Train, l'un des fondateurs de la "CIA connected Paris Review". Ce que j'ignorais également.
Not in my name
Je suis depuis quelques jours silencieux. Parce que je me suis beaucoup déplacé mais aussi et surtout parce que ce qui se passe sous nos yeux défie l'analyse. On ne sait par quel bout prendre ce méli-mélo d'insultes, de contre-vérités, de maladresses juridiques, d'abomination politique. Que penser, pour ne prendre que cet exemple du démenti de la chancellerie allemande? "Angela Merkel n'a pas parlé de camps de Roms en Allemagne avec Nicolas Sarkozy ni lors du Conseil européen ni lors d'entretiens en marge." Que Nicolas Sarkozy a tellement perdu les pieds qu'il dit n'importe quoi? Qu'il exaspère tellement la chancelière qu'elle n'hésite pas à lui dire en public son fait? Je ne crois pas qu'on ait jamais vu cela.
Qu'en dire, sinon : "Not in my name" comme, aux Etats-Unis, il y a quelques années, les opposants à la guerre d'Irak.
Il est arrivé à laFrance de se trouver seule contre tous, au moment justement de la guerre contre l'Irak, au moment de la guerre du Vietnam, mais c'était pour des causes honorables où tous ou presque pouvaient se reconnaître. Ce qui se passe depuis quelques semaines avec les Roms est tout simplement inacceptable. Tant à droite qu'à gauche, nous n'y retrouvons pas la France, ce récit qui nous faisait penser un peu différents des autres, un peu plus soucieux que d'autres du droit des peuples, de la liberté…
Et que l'on ne nous dise pas que les Français sont pour comme veut nous le faire croire Le Figaro avec insistance (avec tant d'insistance que l'on ne peut que penser que Serge Dassault, son propriétaire, est au coeur d'une négociation difficile pour vendre à l'Etat de quelques uns de ses avions). Il est des choses que les hommes politiques devraient s'interdire, même si l'opinion les applaudit (ce qui serait, en l'espèce, à vérifier). Je pense à cette phrase de Bossuet : "Je voudrais qu'il me fut permis d'employer le tere de démagogue (…) : c'était dans Athènes et dans les Etats populaires de la Grèce certains orateurs qui se rendaient tout puissants sur la populace en la flattant…" Je pense à Cléon, ce leader athénien qui "le premier, nous dit Aristote, a déversé à la tribune des débordements d'injure tout en se débraillant." N'est-ce pas cela Sarkozy? Du "casse-toi pauvre con" à ces propos grotesques sur la commissaire européenne et les photos lors du tournage du film de Woody Allen avec Carla Sarkozy, on retrouve cette grossièreté et ce débraillé. On se demande pourquoi Fillon est plus populaire que Nicolas Sarkozy, c'est peut-être tout simplement qu'il sait mieux se tenir.
Pour le reste, je l'ai dit ici mille fois, si la politique menée est détestable, l'organisation du pouvoir ne peut que mener à ces bavures à répétition. Quand les phénomènes de cour l'emportent sur tout, lorsque les ministres conservent leur poste envers et contre tout, lorsque seuls trinquent les seconds couteaux, les hauts fonctionnaires en oublient le b a ba de leurs cours de droit.
Qu'en dire, sinon : "Not in my name" comme, aux Etats-Unis, il y a quelques années, les opposants à la guerre d'Irak.
Il est arrivé à laFrance de se trouver seule contre tous, au moment justement de la guerre contre l'Irak, au moment de la guerre du Vietnam, mais c'était pour des causes honorables où tous ou presque pouvaient se reconnaître. Ce qui se passe depuis quelques semaines avec les Roms est tout simplement inacceptable. Tant à droite qu'à gauche, nous n'y retrouvons pas la France, ce récit qui nous faisait penser un peu différents des autres, un peu plus soucieux que d'autres du droit des peuples, de la liberté…
Et que l'on ne nous dise pas que les Français sont pour comme veut nous le faire croire Le Figaro avec insistance (avec tant d'insistance que l'on ne peut que penser que Serge Dassault, son propriétaire, est au coeur d'une négociation difficile pour vendre à l'Etat de quelques uns de ses avions). Il est des choses que les hommes politiques devraient s'interdire, même si l'opinion les applaudit (ce qui serait, en l'espèce, à vérifier). Je pense à cette phrase de Bossuet : "Je voudrais qu'il me fut permis d'employer le tere de démagogue (…) : c'était dans Athènes et dans les Etats populaires de la Grèce certains orateurs qui se rendaient tout puissants sur la populace en la flattant…" Je pense à Cléon, ce leader athénien qui "le premier, nous dit Aristote, a déversé à la tribune des débordements d'injure tout en se débraillant." N'est-ce pas cela Sarkozy? Du "casse-toi pauvre con" à ces propos grotesques sur la commissaire européenne et les photos lors du tournage du film de Woody Allen avec Carla Sarkozy, on retrouve cette grossièreté et ce débraillé. On se demande pourquoi Fillon est plus populaire que Nicolas Sarkozy, c'est peut-être tout simplement qu'il sait mieux se tenir.
Pour le reste, je l'ai dit ici mille fois, si la politique menée est détestable, l'organisation du pouvoir ne peut que mener à ces bavures à répétition. Quand les phénomènes de cour l'emportent sur tout, lorsque les ministres conservent leur poste envers et contre tout, lorsque seuls trinquent les seconds couteaux, les hauts fonctionnaires en oublient le b a ba de leurs cours de droit.
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