mercredi, juin 08, 2005

La réussite de ceux qui échouent

C’est André Laugier qui m’a donné l’idée de cette note : tu devrais, me dit-il, écrire un article sur tous ces gens qui ont échoué et ont malgré tout des promotions. Il faisait naturellement allusion à notre nouveau premier ministre dont personne n’a oublié le rôle dans la dissolution de 1997. Mais très vite notre conversation s’est orientée vers d’autres exemples du même phénomène : Jean-Claude Trichet que le scandale du Crédit Lyonnais n’a pas empêché de devenir Président de la BCE, Serge Tchuruck et quelques autres moins connus que nous croisons dans nos vies professionnelles. Il est vrai que les cas ne sont pas si rares, comme si les échecs n’étaient pas, dans certains contextes au moins, un obstacle à la poursuite d’une carrière brillante. On est tenté de l’expliquer par la puissance des réseaux qui protègent leurs membres. Cela joue certainement un rôle, mais il peut y avoir d’autres facteurs. J’en vois au moins deux : le turn-over rapide des carrières et la complexité des organisations.
On reconnaît dans les entreprises les « hauts potentiels », ces jeunes cadres qui sont appelés à grimper au sommet des hiérarchies, à ce qu’ils changent rapidement de postes de travail : on les fait tourner pour les former à une grande variété de métiers, pour leur donner une vision panoramique de l’entreprise, pour les familiariser avec le changement et les habituer à se plonger rapidement dans des dossiers et domaines nouveaux (c’est une compétence dont on parle peu, elle est cependant très recherchée). Or, le changement rapide de poste a une conséquence majeure : elle interdit de juger des actions entreprises, des décisions prises tout simplement parce que celles-ci ne donnent leurs pleines conséquences (conséquences sur lesquelles il conviendrait de baser son jugement) que plusieurs mois après le départ de leur initiateur. C’est souvent le successeur qui paie les pots cassés ou tire les bénéfices des actions entreprises avant son arrivée. Deux exemples :
- dans les années 70, on a attribué au Directeur général de la RATP de l’époque le bénéfice de l’automatisation des guichets. Il se contentait, en fait, de tirer le bénéfice de la décision difficile prise par son prédécesseur de supprimer les poinçonneurs.
- Le maire actuel de Boulogne passe pour un grand aménageur et il est vrai que la ville a changé depuis que Jean-Pierre Fourcade a pris la mairie, mais les spécialistes qui connaissent le dossier assurent que toutes les décisions importantes avaient été prises par le prédécesseur de son prédécesseur, Georges Gorce.
Première hypothèse, donc : tous ces dirigeants continuent ces brillantes carrières parce qu’ils échappent aux conséquences de leurs actes et sont au sens propre irresponsables. Non pas parce qu’ils auraient un quelconque défaut de personnalité, mais parce que la carrière qui les a menés au sommet a été construite de telle manière qu’ils ne sont jamais jugés sur leurs réalisations effectives.
La complexité des organisations modernes, et c'est ma seconde hypothèse, renforce ce phénomène. Il est, lorsque l’on jette une vue rétrospective sur l’activité des dirigeants souvent très difficile de dire ce qu’ils ont fait, quelles décisions ils ont prises qui ont vraiment changé les choses. Je me souviens d'avoir, à l’occasion d’un travail sur l’histoire des NMPP (que l’on peut trouver sur mon site) demandé aux cadres de cette entreprise de tirer le bilan de leurs différentes directeurs généraux, de me dire en quoi ils avaient vraiement été importants pour l'entreprise. Il leur fallait beaucoup de temps pour trouver une réponse et ils ne trouvaient en général que peu de choses : une décision en dix ou quinze ans à la tête de l'organisation. Ce qui n’est, au fond, pas tellement surprenant : beaucoup d’entreprises (surtout les entreprises bureaucratiques) fonctionnent grâce à leur management intermédiaire qui s’assure que les procédures et les routines sont bien respectées. Mais cela signifie aussi que les réussites ou les échecs ne sont pas (au moins dans ces entreprises de type bureaucratique) forcément de la responsabilité de tel ou tel dirigeant. Je sens bien, en disant cela, combien on peut m’opposer de contre-exemples et de contre-arguments. Et cependant qui, connaissant la complexité des procédures de prise de décision dans les grandes organisations, peut croire que les dirigeants font tant de différence que cela ?
De là à dire que nommer des gens qui ont échoué n’a aucune importance puisque de toutes manières cela ne change rien, il y a un pas que… je ne franchirai pas mais c'est, on l'a deviné, à contre-coeur.

Libertariens : après la torture, le travail forcé

La défense à tous crins de la liberté dans la tradition lockéenne est souvent très proche de formes extrêmes de coercition. Dans un article publié dans la dernière livraison des Temps Modernes (Tortures en Irak, L’inquiétante candeur américaine, Les Temps Modernes, mars-juin 2005), je montre, textes à l’appui comment les dérives de l’armée américaine en Irak et à Gantanamo trouvent l’une de leurs sources (et de leur justification théorique) dans les théories libertariennes, notamment dans les travaux de Robert Nozick qui, dès le début des années 80, développait dans des textes de philosophie morale, la thèse de la ticking bomb (vous venez d’arrêter un terroriste, vous savez qu’il a posé une bombe qui va exploser dans quelques heures, il se tait, vous avez, dit Nozick et après lui quelques autres, le droit de le torturer).
Je tombe sur la revue d’un livre récent d’un libertarien de gauche, M.Otsuka (Libertarianism Without Inequality, Oxford, 2003) qui tente de réconcilier les droits de chacun de profiter pleinement du fruit de son travail et la solidarité à l’égard de ceux qui manquent et souffrent. On sait, en effet, que dans les thèses libertariennes classiques, chacun a le droit de profiter complètement de son travail, complètement voulant dire sans contribuer par l’impôt, le versement de cotisations sociales… à la satisfaction des besoins de ceux qui ont moins de talents, qui sont handicapés, qui ne travaillent plus…(Alain Laurent, l’un des rares auteurs libertariens revendiqués en France titrait en 1991 un de ses livres : Solidaire, si je le veux).
Sa solution : le travail forcé ou quelque chose qui y ressemble beaucoup. En violant les droits des autres, en les volant, par exemple, les criminels ont renoncé à leurs droits : il est donc légitime qu’une partie des richesses qu’ils produisent au delà de ce qui est remis en compensation aux victimes soit confisquée et reversée à ceux qui manquent et sont dans le besoin. Dans le monde des idées qu’Otsuka analyse, il n’y a pas de travail forcé, puisque la ponction sur les revenus se fait en fonction de ce que les criminels décident librement de produire, mais ramené sur terre ce type de raisonnement conduit à justifier l’obligation faite aux prisonniers de travailler pour des salaires insignifiants, comme c’est le cas en Chine, mais aussi aux Etats-Unis.
Dans le même livre, Otsuka envisage la possibilité de créer des sociétés d’esclave : dès lors, dit-il, que je dispose du droit sur ma propre personne, rien ne s’oppose à ce que je me vende et donc à ce qu’émergent des sociétés dans lesquelles il y ait des esclaves. Etrange conclusion pour qui, parti d’une position lockéenne, se veut un impitoyable défenseur des libertés de chacun…

lundi, juin 06, 2005

En bonne compagnie: un film à voir!

Le cinéma a rarement traité de manière très satisfaisante le monde du travail. Il y a des exceptions, bien sûr, comme Le Couperet dont j’ai parlé ici même il y a quelques semaines qui analysait de manière ce que le chômage changeait dans la vie quotidienne, mais le monde de l’entreprise, les tensions qui s’y développent, la manière dont elle sait créer du stress est rarement évoquée de manière satisfaisante. En bonne compagnie des frères Weitz, les auteurs de Pour un garçon, qui se joue actuellement (mais je ne sais pas pour combien de temps) dans quelques salles parisiennes fait heureusement exception. C'est un excellent film, et même si la fin a un coté un peu happy end qui est bien improbable dans la vraie vie, il mérite d’être vu parce qu’il présente une vision très fine, très réaliste aussi, de l’atmosphère des entreprises soumises à des changements de direction, à des opérations de fusion-acquisition. On y voit naître et se développer les rumeurs, les inquiétudes, les paniques morales, les comportements de défense (soumission) qui minent les salariés confrontés à ces situations. Deux scènes se détachent :
- une scène de licenciement où l’on voit les deux attitudes, la révolte inutile et l’acceptation (la victime qui console son bourreau et lui dit combien elle le comprend est un classique de ce genre de situations),
- -et une scène où l’on voit le Président tenir l’un de ces discours sur les synergies qui rappelleront quelque chose à tous ceux qui ont vécu dans une grande entreprise. Ces scènes mériteraient d’être extraites du film et décortiquées.
Ce film ne restera probablement pas très longtemps à l’affiche mais, à défaut de pouvoir le voir sur grand écran, il mérite d’être acheté en dvd.
J’ajoute qu’on ne s’ennuie pas une seconde, que les personnages existent, sont crédibles et les acteurs (Dennuis Quaid, Scarlett Johansson et Tropher Grace) qui les jouent convaincants.

Populiste, démagogue, c'est Attac!

C'est à un de mes correspondants qui signe jeune slovaque que je dois d'avoir reçu une affiche d'Attac que je n'avais pas vue dont voici le texte :

Chez moi, il y a 20% de
chômage, alors je suis venue
travailler ici dans un salon
de massage. Mais je me suis
retrouvée sur le trottoir,
dans les mains de la mafia.
L'Europe est une plaque
tournante de la prostitution,
pourtant la Constitution ne
cherche pas à lutter contre.
Alors, il faut voter non

Si cela ne s'appelle pas de la démagogie…
On peut trouver cette image sur le site d'Attac avec d'autres textes du même foin.

dimanche, juin 05, 2005

Attac, écologistes : des organisations mutantes

Attac et le mouvement écologiste se ressemblent. Ce sont des organisations mutantes qui ont réussi pour le même motif : parce qu’elles ont su réunir, fédérer des militants d’une multitude causes diverses en leur donnant le moyen de travailler ensemble, de se rencontrer, de nouer des alliances, de partager des ressources (librairies, journaux, colloques, fichiers de journalistes…). Les causes sont très diverses (lutte contre les essais sur animaux, contre les OGM, pour le commerce équitable, contre la dette du Tiers-Monde, contre les pesticides…), mais le plus souvent sympathiques (qui peut véritablement défendre les essais sur animaux sinon les experts des industries concernées qui connaissent le dossier et savent que l’on ne peut souvent pas faire autrement ? qui a envie de critiquer la taxe Tobin sinon des économistes professionnels?).
La force des écologistes, celle d’Attac, a été de mettre en réseau ces différentes causes, d’apporter à chacune un espace d’expansion et d’offrir à toutes un ennemi commun : les dérives technicistes pour les écologistes, le libéralisme et la globalisation pour Attac. Ces ennemis sont forcément un peu abstraits (que veut-on donc dire libéralisme ?), mais c’est plutôt une qualité dans la mesure où cela permet de se retrouver sans vraiment approfondir.
Les difficultés commencent lorsque l’on veut entrer dans le jeu politique qui force à préciser ses positions et à se mettre d’accord sur un projet : il ne s’agit plus alors de se réunir entre soi et de parler aux média, il faut choisir entre des positions qui peuvent se révéler contradictoires (si le nucléaire est la meilleure solution pour lutter contre le réchauffement de la planète, comment concilier les objectifs des anti-nucléaires et ceux de ceux qui veulent lutter contre le CO2?) et convaincre des électeurs, ce qui est une toute autre paire de manches. L’incapacité endémique des écologistes à sortir de leurs conflits internes vient sans doute de ce qui leur a, dans un premier temps, permis de grandir. On peut penser que si Attac se transforme en parti politique, comme ses dirigeants en ont la tentation, il rencontrera rapidement le même écueil.

Antiparlementarisme de gauche?

La campagne électorale qui vient de s’achever a mis en évidence l’émergence à gauche, d’une variante de l’antiparlementarisme qui est, comme chacun sait, une des composantes majeures de tout populisme.
C’est le soir de l’élection que cette tentation de l’antiparlementarisme s’est révélée le plus nettement dans un lapsus d’Emmanuelli à propos du vote des Allemands. Les Allemands, dit-il, n’ont pas voté la constitution et lorsque ses interlocuteurs lui ont fait remarquer que le Parlement allemand venait justement de voter la constitution, plutôt que de se taire, il en a rajouté, expliquant que le vote du Parlement ne valait rien. Pour un socialiste qui a longtemps pensé que le référendum n’est pas une procédure démocratique, la remarque était pour le moins surprenante.
Cet échange pourrait n’être qu’anecdotique, ce ne serait pas la première fois qu’un politique fatigué aurait dit une sottise, et je n’y ferais pas allusion s’il ne s’inscrivait sur un fond. Je pense au refus de respecter les règles élémentaires de la démocratie de ces socialistes qui ont fait campagne pour le non contre l’avis de la majorité des militants de leur parti, mais aussi au discours que l’on tient depuis quelques jours chez les partisans du non sur l’opposition entre les élites qui ont voté oui et le peuple qui a voté non, opposition qui n’est, faut-il le rappeler, qu’une reprise de la vieille rengaine réactionnaire du pays réel et du pays légal.
Cet antiparlementarisme se nourrit probablement de l’incapacité du système politique à transformer les choix des électeurs en politiques les satisfaisant (le refus de Chirac de changer de premier ministre et de politique après ses échecs électoraux répétés peut faire penser que voter ne sert à rien) mais aussi de la montée d’une abstention qui n’est pas forcément synonyme de désintérêt pour la politique comme en témoigne la présence dans la rue au lendemain du premier tour de l’élection présidentielle de dizaines de milliers de jeunes qui s’étaient abstenus ou même pas inscrits sur les listes électorales.
Reste que l’émergence (peut-être éphémère) d’un antiparlementarisme de gauche n’est pas une bonne nouvelle.

vendredi, juin 03, 2005

Le principal adversaire de la gauche est aujourd’hui l’extrême-gauche

Si la victoire du non est une véritable défaite pour la gauche démocrate, réformiste, social-démocrate comme on dit, celle qui, en un mot, a l’ambition de gouverner pour créer une société moins inégalitaire qui se préoccupe plus du bien-être de chacun, c’est une splendide victoire pour l'extrême-gauche qui avait déjà battu Jospin aux dernières élections présidentielles.
La stratégie de cette extrême-gauche est assez simple, presque simpliste : affaiblir ses proches et faire gagner l’ennemi pour se renforcer. Lorsque la droite est au pouvoir, il lui est plus facile de mobiliser les électeurs de gauche que lorsqu’elle est dans l’opposition. Mieux vaut donc, en France, Chirac que Jospin et demain Sarkozy que Hollande (ou Fabius) à la tête de l’Etat. Et mieux vaut une Europe à la britannique, zone de libre-échange, qu’une Europe politique comme la souhaitaient les auteurs de la constitution.
Si tant de gens à gauche lui apportent leur voix, c’est qu’ils ne la prennent pas vraiment au sérieux. On vote pour l’extrême-gauche pour se défouler, pour dire sa colère comme d’autres votent pour le Front National ou les chasseurs. Mais comment peut-on éprouver de la sympathie pour des gens qui continuent de défendre à longueur de colonnes la dictature du prolétariat ? Dans un état démocratique, cela devrait immédiatement déconsidérer ceux qui continuent de la prôner.
Comment peut-on un instant tolérer que des communistes s’en prennent aux plombiers polonais quand pendant des décennies leur parti s’est fait le complice complaisant des dictatures à l’Est ? Dictatures qui furent, on a presque honte de le rappeler, abominables et que le PCF n’a jamais condamnées sinon du bout des lèvres (et encore !).
Comment peut-on admettre qu’Attac qui demande tous les matins que l’on annule la dette des pays du Tiers-Monde s’en prenne au libre-échange qui, seul, permettrait à ces pays endettés de rembourser leur dette ?
Comment peut-on, enfin, éprouver le moindre respect pour des militants socialistes qui ont rejeté le vote des militants de leur propre parti ?
On a trop souvent deviné le nationalisme et le populisme dans les argumentaires des partisans de gauche du non pour prendre ces dérives à la légère. L’inquiétude est d’autant plus justifiée qu’un sondage récent indique que 41% des électeurs de gauche qui ont voté non trouvent qu’il y a trop d’étrangers en France.
La gauche qui prétend gouverner, celle dont nous avons besoin, n’a plus besoin de se battre contre une droite qui a montré son incompétence et son incapacité à résoudre nos problèmes, elle doit concentrer ses forces contre la séduction idéologique d’une extrême-gauche populiste qui n’a qu’un objectif : lui faire perdre les élections pour mieux prospérer. Cette bataille doit se mener sur plan des idées, sur celui des projets, sur celui, également, des réalisations. Où sont donc les propositions de Besancenot-Buffet-Nikonoff? En quoi consistent-elles sinon à fermer les frontières, à abandonner l'euro, à revenir au monde d'hier ou d'avant-hier? celui dont peinent à sortir les pays de l'Est, Cuba ou pire encore la Corée.
On voit ici ou là des responsables de gauche tentés de se concilier l’extrême-gauche nationaliste et populiste. S’ils pensent pouvoir la convaincre de les aider à accéder au pouvoir, ils se trompent lourdement. Ils n’ont pas de prise sur des dirigeants qui n’ont aucune envie de devenir ministres. Leur position dans le jeu politique leur convient : elle leur apporte les bénéfices symboliques qu’ils en attendent et le pouvoir qu’ils exercent dans leurs organisations respectives leur suffit.
L’extrême-gauche n'est pas et ne peut être un allié fiable pour un parti qui souhaite revenir aux affaires. Ses programmes sont incohérents, ses projets irréalistes (qui peut une seconde prendre au sérieux la taxe Tobin? Même Tobin en riait), elle ne respecte aucune des règles de la démocratie et a toujours préféré la rue aux urnes. Elle devrait appartenir aux marges de la politique. C’est là qu’il faut la renvoyer.

mercredi, juin 01, 2005

Emploi : l’équation insoluble?

Il apparaît de plus en plus nettement que la victoire du non au référendum sur la constitution européenne est directement liée au chômage. On sait tous que le retour de la croissance ne suffira pas, que la France souffre d’un chômage structurel bien plus élevé que la plupart de ses voisins, que les délocalisations, plombiers polonais et autres épouvantails n’y sont pour rien.. C’est chez nous qu’il faut chercher les causes de cette maladie qui nous ronge et nous mine. On les connaît en fait bien et depuis assez longtemps : faiblesse de nos PME incapables de grossir, spécialisation de notre industrie dans des activités qui ne peuvent se développer qu’à l’étranger, corporatismes de toutes sortes qui ferment les marchés des services susceptibles de créer des dizaines de milliers d’emplois, effets contre-productifs des politiques de lutte contre le chômage menées depuis une trentaine d’années. Je les décris plus en détail ici.
Mais, si faire un diagnostic est somme toute facile, trouver les portes de sortie est plus compliqué. La difficulté se résume en un mot : les solutions passent par l’abandon de tout ce qui protège ceux qui ont aujourd’hui une activité (je pense aux salariés mais aussi et surtout aux mécanismes mis en place par les différents corporatismes pour se protéger de la concurrence). Or, la crise incite tout le monde, ceux qui ont un emploi comme ceux qui n’en ont pas à militer pour toujours plus de protection. C’est un véritable cercle vicieux dont je ne vois pas bien qui pourrait aujourd’hui nous sortir.

dimanche, mai 22, 2005

Quand avoir des opinions est une composante du bien-être

La campagne référendaire a confirmé une tendance que l’on observe depuis quelques années : avoir une opinion est devenu une composante du bien-être au même titre que la santé, une bonne éducation ou la qualité de la vie. Les débats sur la constitution, les discussions acharnées entre amis, entre collègues de bureau, dans les familles… est un symptôme d’un phénomène qui, pour n’être pas complètement nouveau, se révèle chaque jour un peu plus prégnant : le désir de chacun de nous d’affirmer haut et fort ses opinions, de les voir portées sur la place publique. Des opinions qui sont, en général, originales, différentes (ou jugées telles) de celles du voisin, ce qui fait que nous avons de plus en plus de mal à nous retrouver dans les programmes et propositions des candidats aux élections. Ce n’est pas du relativisme, comme on le dit parfois, mais de l’assurance : mes idées valent bien celles de mon voisin ! Et elles méritent tout autant que les siennes d’être affichées et défendues en public.
C’est ce phénomène qui a amené un certain nombre d’électeurs à s’abstenir aux dernières élections présidentielles au motif qu’aucun candidat de les représentait vraiment. C’est ce même phénomène qui amène des jeunes (et moins jeunes) gens à participer à des manifestations avec leurs propres pancartes et calicots au motifs que les slogans des grandes organisations ne portent pas vraiment leurs revendications. Les partis, les syndicats, les élus (députés ou syndicalistes…) ne disent pas exactement ce qu’ils aimeraient entendre, d’où leur initiative : ils ne s’engagent plus dans un parti, dans un syndicat, mais pour une idée.
Tout cela contribue naturellement à la crise de la représentation politique qui ne vient pas, comme on le dit souvent, de la faiblesse des politiques mais des attentes nouvelles des citoyens, de cette idée, de plus en plus ancrée dans notre société, qu’avoir des opinions, les exprimer et les afficher est une composante essentielle de notre bien-être. Ce n’est pas une idée fausse, ce n’est pas non plus une idée critiquable, reste à trouver le moyen de concilier ce légitime désir d’avoir des opinions et les arbitrages entre opinions divergentes sans lesquels on ne peut gouverner.
Certains pensent que le suffrage à la proportionnelle pourrait être une solution. Il aurait l’avantage d’ouvrir l’éventail des opinions, mais on connaît ses limites : la recherche d’un compromis ne se fait plus, comme dans le scrutin majoritaire, dans la tête des électeurs, mais dans les coulisses au lendemain des élections entre élus, ce qui est la porte ouverte à toutes les tractations et trahisons. La solution reste à inventer.

mercredi, mai 18, 2005

Quand un député travailliste répond vertement à un sénateur américain

Il ya quelques années, Woody Allen avait réalisé un film où on le voyait se dresser contre Mac Carthy et son tribunal. J'ai oubllié le titre de ce film, mais je me souviens bien de cette scène où on le voyait apostropher son accusateur et le renvoyer à ses manipulations de la vérité. C'est ce à quoi on vient d'assiter aux Etats-Unis à propos de l'affaire de la nourriture contre le pétrole. On sait que le Sénat américain, dans le cadre d'une campagne contre l'ONU, a lancé une enquête sur les détournements de l'argent versé au gouvernement irakien dans le cadre du programme pétrole contre nourriture dans les dernières années du régime de Saddam Hussein. Pasqua est menacé dans cette affaire ainsi qu'un russe, quelques américains et un ex-député travailliste, George Blister, récemment réélu, qui lui a décidé de ne pas se laisser faire (sans doute parce qu'il n'a rien à se reprocher!). Toujours est-il qu'il s'est rendu à Washington, qu'il a répondu à ses accusateurs et qu'il leur a infligé une belle volée de bois vert. Pour ceux que cela intéresse, voici un site où l'on peut en entier son intervention. Un modèle du genre.
Pour accéder au texte, il faut aller la page : George Galloway Blisters the US Senate

samedi, mai 14, 2005

Les Temps Modernes votent oui

Il y a dans la dernière livraison des Temps Modernes (numéro de mars-juin 2005) un article absolument remarquable de Robert Redeker sur la constitution européenne et ses enjeux. C’est, à ce jour, ce que j’ai lu de mieux sur le sujet. L’auteur milite violemment pour le oui avec des arguments très forts. C’est d’autant plus remarquable que l’on serait plutôt tenté de classer cette revue du coté de l’extrême-gauche. Mais ce n’est pas la seule exception à la règle qui voudrait que la gauche de la gauche est forcément anti-européenne : Alternatives économiques s’est aussi prononcé pour le oui.
On trouvera dans la même livraison de cette revue un article que je leur ai donné sur la Torture en Irak qui (excusez ce moment d’auto-promotion) me paraît plutôt bien venu.

vendredi, mai 13, 2005

Back to Irak! Dès 2002, Bush et Blair s'étaient entendus…

C'est dans la presse américaine (le papier qui suit vient du Los Angles Times), dans la presse britannique (et cela fait scandale et n'arrange pas l'image de Tony Blair auprès de ses critiques) mais pas vraiment dans la presse française (je n'ai en tout cas rien lu là-dessus) et c'est dommage. Il apparait que Blair et Bush se sont entendus dés 2002, soit un an avant, sur l'invasion de l'Irak. Et l'on voit bien qu'alors les autorités britanniques ne croient pas une seconde que Saddam présente le moindre danger pour le monde.
On le devinait, on en a, semble-t-il, maintenant la preuve.

Indignation Grows in U.S. Over British Prewar Documents

Critics of Bush call them proof that he and Blair never saw diplomacy as an option with Hussein.

By John Daniszewski
Times Staff Writer

May 12, 2005

LONDON — Reports in the British press this month based on documents indicating that President Bush and Prime Minister Tony Blair had conditionally agreed by July 2002 to invade Iraq appear to have blown over quickly in Britain.

But in the United States, where the reports at first received scant attention, there has been growing indignation among critics of the Bush White House, who say the documents help prove that the leaders made a secret decision to oust Iraqi President Saddam Hussein nearly a year before launching their attack, shaped intelligence to that aim and never seriously intended to avert the war through diplomacy.

The documents, obtained by Michael Smith, a defense specialist writing for the Sunday Times of London, include a memo of the minutes of a meeting July 23, 2002, between Blair and his intelligence and military chiefs; a briefing paper for that meeting and a Foreign Office legal opinion prepared before an April 2002 summit between Blair and Bush in Texas.

The picture that emerges from the documents is of a British government convinced of the U.S. desire to go to war and Blair's agreement to it, subject to several specific conditions.

Since Smith's report was published May 1, Blair's Downing Street office has not disputed the documents' authenticity. Asked about them Wednesday, a Blair spokesman said the report added nothing significant to the much-investigated record of the lead-up to the war.

"At the end of the day, nobody pushed the diplomatic route harder than the British government…. So the circumstances of this July discussion very quickly became out of date," said the spokesman, who asked not to be identified.

The leaked minutes sum up the July 23 meeting, at which Blair, top security advisors and his attorney general discussed Britain's role in Washington's plan to oust Hussein. The minutes, written by Matthew Rycroft, a foreign policy aide, indicate general thoughts among the participants about how to create a political and legal basis for war. The case for military action at the time was "thin," Foreign Minister Jack Straw was characterized as saying, and Hussein's government posed little threat.

Labeled "secret and strictly personal — U.K. eyes only," the minutes begin with the head of the British intelligence service, MI6, who is identified as "C," saying he had returned from Washington, where there had been a "perceptible shift in attitude. Bush wanted to remove Saddam, through military action, justified by the conjunction of terrorism and [weapons of mass destruction]. But the intelligence and the facts were being fixed around the policy."

Straw agreed that Bush seemed determined to act militarily, although the timing was not certain.

"But the case was thin," the minutes say. "Saddam was not threatening his neighbors, and his WMD capacity was less than that of Libya, North Korea or Iran."

Straw then proposed to "work up a plan for an ultimatum to Saddam" to permit United Nations weapons inspectors back into Iraq. "This would also help with the legal justification for the use of force," he said, according to the minutes.

Blair said, according to the memo, "that it would make a big difference politically and legally if Saddam refused to allow in the U.N. inspectors."

"If the political context were right, people would support regime change," Blair said. "The two key issues were whether the military plan worked and whether we had the political strategy to give the military plan the space to work."

In addition to the minutes, the Sunday Times report referred to a Cabinet briefing paper that was given to participants before the July 23 meeting. It stated that Blair had already promised Bush cooperation earlier, at the April summit in Texas.

"The U.K. would support military action to bring about regime change," the Sunday Times quoted the briefing as saying.

Excerpts from the paper, which Smith provided to the Los Angeles Times, said Blair had listed conditions for war, including that "efforts had been made to construct a coalition/shape public opinion, the Israel-Palestine crisis was quiescent," and options to "eliminate Iraq's WMD through the U.N. weapons inspectors" had been exhausted.

The briefing paper said the British government should get the U.S. to put its military plans in a "political framework."

"This is particularly important for the U.K. because it is necessary to create the conditions in which we could legally support military action," it says.

In a letter to Bush last week, 89 House Democrats expressed shock over the documents. They asked if the papers were authentic and, if so, whether they proved that the White House had agreed to invade Iraq months before seeking Congress' OK.

"If the disclosure is accurate, it raises troubling new questions regarding the legal justifications for the war as well as the integrity of our own administration," the letter says.

"While the president of the United States was telling the citizens and the Congress that they had no intention to start a war with Iraq, they were working very close with Tony Blair and the British leadership at making this a foregone conclusion," the letter's chief author, Rep. John Conyers Jr. of Michigan, said Wednesday.

If the documents are real, he said, it is "a huge problem" in terms of an abuse of power. He said the White House had not yet responded to the letter.

Both Blair and Bush have denied that a decision on war was made in early 2002. The White House and Downing Street maintain that they were preparing for military operations as an option, but that the option to not attack also remained open until the war began March 20, 2003.

In January 2002, Bush described Iraq as a member of an "axis of evil," but the sustained White House push for Iraqi compliance with U.N. resolutions did not come until September of that year. That month, Bush addressed the U.N. General Assembly to outline a case against Hussein's government, and he sought a bipartisan congressional resolution authorizing the possible use of force.

In November 2002, the U.N. Security Council approved a resolution demanding that Iraq readmit weapons inspectors.

An effort to pass a second resolution expressly authorizing the use of force against Iraq did not succeed.

*

Times staff writer Paul Richter in Washington contributed to this report.

jeudi, mai 12, 2005

Immigration clandestine : quand donc comprendront-ils donc que durcir les textes ne sert à rien ?

Dominique de Villepin vient d’annoncer de nouvelles mesures pour lutter contre l’immigration clandestine. Ce ne sont pas les premières. Tous les 15 mois, à peu près, un ministre de l’intérieur annonce un nouveau plan pour renforcer les frontières et renvoyer les clandestins chez eux. Et chacun le sait bien : ce plan ne règlera rien. Dans dix, douze ou quinze mois (tout dépend de la durée de ce gouvernement ou du prochain), un nouveau plan, qui s’affichera comme plus dur encore fera pendant quelques jours encore la une de l’actualité, avant qu’un ministre un peu plus raisonnable décide de régulariser les gens déjà là.

Il serait temps que nos ministres de l’intérieur comprennent que leurs politiques bien loin de résoudre le problème des migrations clandestines ne font que les aggraver.

En refusant de donner des papiers aux clandestins déjà présents en France (ils seraient d’après ce qu’on lit dans la presse 200 000), on les force au travail clandestin ou à la délinquance de survie. Le premier fait tout aussi sûrement concurrence aux salariés en place que les Polonais de la circulaire Bolkenstein. Quant à la seconde, elle nourrir un peu plus le réflexe anti-immigrés.

En renforçant les frontières, on augmente le nombre de clandestins. Ce n’est pas un paradoxe, mais la réalité que l’on peut observer et comprendre pour peu que l’on réfléchisse deux secondes. Que se passe-t-il lorsque l’on ferme les frontières ? Retire-t-on aux réfugiés politiques et économiques l’envie d’émigrer ? Non. Les incite-t-on à aller ailleurs ? Ce serait possible si d’autres pays démocratiques et développés ouvraient leurs frontières, mais on sait que ce n’est pas le cas.

Les immigrés qui souhaitent venir viennent donc toujours, mais comme c’est plus difficile, ils font appel à des passeurs, à des professionnels qui savent comment traverser les frontières (il y a toujours possibilité) et qui font payer leurs services. Plus le passage est difficile, plus ces services coûtent cher (plusieurs dizaines de milliers de francs il y a quelques semaines, plus encore demain). Les immigrés n’ont souvent pas les moyens de payer le passage. Ce sont donc leurs futurs employeurs qui le financent en échange d’un remboursement sous forme de travail pendant quelques mois ou quelques années. On pensait interdire leur entrée dans nos pays riches, on enrichit des mafias et l’on crée du travail servile ! Beau résultat, mais il n’y pas que cela.

La fermeture des frontières transforme notre pays en « piège à immigrés ». Elle retient chez nous ceux qui sont déjà entrés et qui pourraient si elles étaient ouvertes aller tenter leur chance ailleurs. Comment sortiraient-ils pour aller voir leur famille, chercher du travail ou refuge ailleurs alors qu’ils savent bien qu’ils ne pourront pas rentrer ? Et elle incite ceux qui ne viendraient que pour visiter leur famille à s’installer durablement. Français ou étrangers en règle, riches ou pauvres, bien introduits ou démunis devant les formalités administratives, tous ceux qui ont de la famille à l’étranger savent combien ce type de mesure favorise l’immigration définitive. Il est si difficile d’obtenir un visa pour venir passer quelques jours de vacances dans sa famille en France qu’une fois ce visa obtenu il est tentant de rester ici. Cela fait de nouveaux clandestins qui auraient largement préféré rentrer chez eux si on leur en avait laissé la possibilité.

Les mesures de Dominique de Villepin sont inutiles, inefficaces et contre-productives. On en rirait s’il ne s’agissait de gens qui souffrent.

Pour ceux que ce sujet intéresse, il y a mon livre "Plaidoyers pour l'immigration" où j'explique tout cela dans le détail aux éditions Les points sur les i

Externalisation de la torture

Dans un papier qui doit prochainement paraître dans les Temps Modernes, j’analyse les mécanismes qui ont amené les Américains à pratiquer la torture en Irak (et ailleurs) dans les jours qui ont suivi l’invasion. J’y montre qu’il ne s’agit ni des bavures de quelques soldats perdus, ni d’un plan organisé de l’administration américaine, mais d’une dérive morale de la société américaine qui date de bien avant le 11 septembre. La possibilité de torturer a été longuement discutée et justifiée par des intellectuels de toutes sortes (philosophes, théologiens…) et de tous horizons bien avant l’entrée des troupes américaines en Irak. Dans ce papier, je fais allusion à l’externalisation de la torture, une pratique que confirment les organisations internationales comme l’indique ce papier de David Johnston dans le New-York Times du 12 mai 2005 : Terror Suspects Sent to Egypt by the Dozens, Panel Reports.
La dernière phrase de cet article dit l’essentiel : « Other Clinton and Bush administration officials have said concerns about Cairo's methods were balanced by the reality that for some detainees, there were no options. »


WASHINGTON, May 11 - The United States and other countries have forcibly sent dozens of terror suspects to Egypt, according to a report released Wednesday by Human Rights Watch. The rights group and the State Department have both said Egypt regularly uses extreme interrogation methods on detainees.

The group said it had documented 63 cases since 1994 in which suspected Islamic militants were sent to Egypt for detention and interrogation. The figures do not include people seized after the attacks of September 2001 who were sent mainly by Middle East countries and American intelligence authorities.

The report said the total number sent to Egypt since the Sept. 11 attacks could be as high as 200 people. American officials have not disputed that people have been sent to countries where detainees are subjected to extreme interrogation tactics but have denied that anyone had been sent to another country for the purpose of torture. Among other countries to which the United States has sent detainees are Jordan, Morocco, Saudi Arabia, Yemen and Syria.

Joe Stork, deputy Middle East director at Human Rights Watch, said sending someone to a country where he was likely to be tortured was banned under international law. "Egypt's terrible record of torturing prisoners means that no country should forcibly send a suspect there," he said.

The United States began sending terror suspects to Egypt in the mid-1990's when the practice, known formally as rendition, began to play a larger role in counterterrorism, according to officials from the Clinton administration.

But since September 2001, the transfers have accelerated in part because Egypt has been willing to accept the detainees as part of its effort to root out Islamic militants inside Egypt, a campaign that has extended to countries where extremists have taken refuge. Almost all those sent to Egypt are Egyptian citizens or were born there, the report said.

Although torture is forbidden under Egyptian law, the country has long been criticized by the State Department for a poor human rights record, most recently in a Feb. 28 annual report by the agency that concluded, "Torture and abuse of detainees by police, security forces and prison guards remained common and persistent."

Human rights groups have been even harsher. The Egyptian Organization for Human Rights, a nongovernmental group, reported in May 2004 that it had uncovered 292 cases of torture between 1993 and 2003, of which 120 led to death.

President Bush said in March that the government demanded assurances that suspects would not be tortured before they were sent to other countries. Porter J. Goss, the director of central intelligence, testified on March 17 that more safeguards were now in effect than existed before Sept. 11, 2001.

Other Clinton and Bush administration officials have said concerns about Cairo's methods were balanced by the reality that for some detainees, there were no options.

J'ai un homonyme

J’ai un homonyme… Un cinéaste pas très connu mais que je rencontre régulièrement sur Google…
Ce n’est pas le seul Bernard Girard, il y a aussi un mathématicien, un joueur d’échec genevois, un fonctionnaire québecois et un accordéoniste, mais c’est le plus célèbre. Quoique… Le New-York Times en disait quelques mots aujourd’hui :
"Though little is written of director Bernard Girard's career before the making of Dead Heat on a Merry-Go-Round (1966), Girard had been in Hollywood since the early 1950s, first as a screenwriter (among his credits was the 1952 Joan Crawford vehicle This Woman is Dangerous) then as a TV producer/director. His true feature-film bow was 1957's Ride Out For Revenge, followed by the bleak juvenile delinquent flick The Party Crashers (1958): the latter film represented the cinematic swan songs of two of Hollywood's most tragic personalities, Frances Farmer and Bobby Driscoll. One of Girard's better pre-Dead Heat projects was A Public Affair (1962), a terse, low-budget indictment of big-city political corruption."

dimanche, avril 24, 2005

Dumping fiscal

J’étais il y a quelques jours, dans un dîner, assis à coté d’une française, une avocate, qui s’était installée en Belgique pour échapper aux impôts, à coté d’elle il y avait un belge qui s’était installé en France pour les mêmes motifs. Je ne suis pas un spécialiste des questions fiscales, mais il me semble avoir compris de leurs échanges que l’expatriation leur permettait d’autant plus facilement d’échapper à l’impôt que leur statut d’étranger leur permettait d’en payer moins que les résidents.
Je ne crois pas que la Constitution traite spécifiquement de cette question (ce n’est pas d’ailleurs son rôle de traiter de tout et de n’importe quoi), mais je crains qu’en la refusant on s’interdise à jamais de développer des outils pour lutter contre cette forme pernicieuse de dumping social. Si les plus riches s’expatrient pour échapper à l’impôt, si les grandes entreprises installent à l’étranger leurs sièges sociaux pour éviter à leurs dirigeants d’en payer trop (et elles le feront d’autant plus volontiers que les gouvernements multiplieront les textes destinés à empêcher le versement de salaires ou d’indemnités extravagantes, comme dans le cas de l’ex-Président de Carrefour), nous risquons tout à la fois :
1) une augmentation massive des impôts pour ceux qui restent, moins riches ou moins mobiles que ceux qui partent,
2) une dégradation des prestations financées par la puissance publique…
La constitution prévoit un droit de pétition. C’est un sujet qui pourrait rapidement lui être soumis. Un million de signatures, ce n’est pas tant que cela…

vendredi, avril 22, 2005

Des petits états valent-ils mieux qu'une grande Europe?

Le débat sur la constitution traverserait-il l’Atlantique ? Dans le blog qu’ils partagent, Richard Posner et Richard Becker, le premier théoricien réputé de l’approche économique du droit, le second Prix Nobel d’économie connu pour sa théorie du capital humain et l’utilisation du raisonnement économique pour analyser les comportements sociaux, s’interrogent sur la taille des nations. Why small has become beautiful s’interroge Becker. Son papier commence par une référence à un des pères de la constitution américaine, Alexander Hamilton, qui dans ses Federalist papers justifie la création des Etats-Unis pour des raisons économiques qui ne sont pas sans rappeler les arguments utilisés depuis une cinquantaine d’années par les avocats de l’Europe : croissance assurée grâce à un marché intérieur plus vaste, pouvoir central plus riche et donc plus puissant qui peut mieux protéger des agressions extérieures et mieux collecter l’impôt. Et, cependant, dit-il, depuis 1946 le nombre de pays a explosé passant de 76 à près de 200 ans. La fin des empires coloniaux a joué un rôle important, mais ces dernières années, on a vu plusieurs pays se scinder (Yougoslavie, Tchécoslovaquie, empire soviétique) et des mouvements autonomistes un peu partout dans le monde (il cite le pays basque et Québec) font penser que ce n’est pas terminé. Or, dit-il, ce rétrécissement des pays n’a pas empêché, à l’inverse de ce que disait Hamilton, leur croissance. Les dragons asiatiques sont de petits pays. A cela dit-il deux motifs :
- le Gatt, puis l’OMC ont fait tomber les barrières douanières et donné aux pays dont le marché intérieur est trop étroit la possibilité de vendre leur production à l’étranger. Leur taille les empêchant de développer des politiques d’autosuffisance les a amenés à se spécialiser dans quelques niches où ils sont rapidement devenus compétitifs (il donne bizarrement en exemple de cette stratégie de niche Monaco et ses activités financières) ;
- ils n’ont pas eu besoin d’investir massivement dans les dépenses militaires puisqu’ils ont pu vivre protégés par le gendarme américain et l’ONU qui règle les conflits internationaux.
A contrario, ajoute-t-il, on a vu l’impact sur l’économie allemande de la réunification. : explosion du chômage, ralentissement de la croissance. Si ces deux pays étaient restés indépendants, explique-t-il, les salaires est-allemands seraient restés faibles (à hauteur de la productivité des salariés), les entreprises allemandes et européennes auraient délocalisé pour profiter de ces salaires plus faibles et l’Allemagne de l’Ouest n’aurait pas autant souffert.
Ce à quoi Posner répond que d’un point de vue historique l’éclatement des Empires et la création de nouvelles nations est le fait de mouvements nationalistes. Ce qui est évidemment le bon sens. Il déplace la discussion en mettant l’accent sur les problèmes de gouvernance, de gouvernement. S’il est, dit-il en substance, plus difficile de gouverner un grand Etat, il est toujours possible de résoudre cette difficulté en jouant de la décentralisation comme le montre le fédéralisme américain.
A première vue, cette discussion qui met en avant les mérites des petits pays pourrait apporter des armes aux partisans du non à la constitution. Mais ce serait à condition d’accepter ce que justement ils refusent : la libre circulation des biens et des services, l’ouverture des frontières, le libre jeu des marchés et les délocalisations. Les partisans du oui disent souvent que les libéraux et les anglo-saxons (qu'ils mélangent pour l’occasion de manière un peu injuste, mais c’est une autre histoire) n’ont qu’un désir : que les Français votent non et que l’Europe reste ce qu’elle est : un vaste marché intérieur sans trop de lois. Cet échange entre deux intellectuels américains ultralibéraux le confirme.

jeudi, avril 21, 2005

A qui profite le non?

C’est une question subsidiaire au regard de l’enjeu de la constitution mais que l’on doit se poser. A qui profiterait un vote négatif au prochain référendum ? Sur le plan intérieur, la réponse est claire : à Nicolas Sarkozy. Candidat déclaré à la succession de Jacques Chirac, un non lui laisserait une voie royale à droite en éliminant le seul qui pourrait éventuellement lui faire concurrence, l’actuel Président de la République. Elle caserait par ailleurs durablement la gauche en deux sinon trois ou quatre blocs. Les fabusiens qui pensent qu’un non mettrait en selle leur candidat préféré se trompent lourdement. Il ne pourrait être candidat qu’après des primaires au sein du Parti où les partisans du oui forts de leur légitimité (la victoire au référendum interne) ne lui feront pas de cadeaux. Et s’il passe cet obstacle, il lui faudra affronter l’hostilité de cette partie de l’extrême-gauche populiste qui semble avoir fait du PS son premier adversaire. Elle a il y a deux ans fait passer Le Pen avant Jospin, et tout dans son attitude et ses propos fait penser qu’elle est prête à recommencer. Elle le fera d’autant plus volontiers qu’elle saura se souvenir en temps opportun que Fabius a longtemps été classé à la droite du PS.
On peut se demander pourquoi l’extrême-gauche mène depuis quelques années une bataille aussi vive contre le PS. La réponse est probablement dans l’analyse qu’elle fait de la situation, que l’on peut résumer ainsi : parce qu’ils ont occupé des postes de responsabilité, qu’ils ont dirigé le pays et qu’ils se sont heurtés aux réalités les dirigeants du PS sont convaincus comme la droite et comme, sans doute, une majorité des élites qu’il faut engager des réformes dans toute une série de domaines, réformes que l’extrême gauche (le PC, les trotskystes, une partie des verts) refuse et combat. La droite et la gauche auraient donc les mêmes objectifs et si l’une est plus brutale et l’autre plus sociale, la différence ne justifie pas que l’on s’y attarde. Seuls, dés lors, prévalent les arguments tactiques : avec qui au pouvoir a-t-on le plus de chance de retarder ces réformes ? Réponse : avec la droite. Sa présence au gouvernement permet de mobiliser plus largement : une partie des électeurs du parti socialiste, voire même tout le parti serait contraints de suivre le mouvement, alors qu'avec la gauche les choses seraient beaucoup plus compliquées : la sensibilité plus sociale des réformes, les contacts de la gauche avec la presse, les associations, les organisations syndicales, l’atonie de la droite (qui n’aurait aucun intérêt à jeter de l’huile sur le feu) rendraient toute opposition plus difficile. Si l'extrême-gauche veut exister, il lui faut des combats qui la mettent au premier plan et des alliés qui lui donnent une chance de les gagner. C'est plus facile lorsque la droite est au pouvoir. Reste, bien sûr, à savoir si l’on peut vivre longtemps sans réforme. Nos 10% de chômeurs, notre million de rmistes, nos 3 millions de pauvres… parlent tout seul.

mercredi, avril 20, 2005

Economie : un livre utile et gratuit sur le net

Wall Street de Doug Henwood est en accès libre sur le net!
Lorsqu’il est sorti en 1997, Wall Street de Doug Henwood a beaucoup fait parler de lui : enfin, une vision progressiste et critique de Wall Street et de la bulle financière par un économiste qui sait ce dont il parle (ce qui n’est malheureusement pas de tous les critiques du système). Dès 1998, ce livre a été réédité en poche. Cette édition est aujourd’hui épuisée mais son éditeur ne souhaite le republier. Son contrat lui rendant ses droits en 2005, Doug Henwood a décidé de mettre gratuitement son livre sur internet à disposition des lecteurs.
Une lecture pour les vacances, en attendant que quelqu’un veuille bien le traduire en français.
Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, Doug Henwood est l’éditeur du Left Business Observer, l’une des meilleures publications de gauche sur l’économie que l’on trouve sur le net (si l’on voulait une comparaison, c’est une sorte d’Alternatives Economiquesen plus incisif et en moins pédagogique). Beaucoup d’articles sont en accès libres, ils sont le plus souvent percutants et s’ils s’en prennent aux mythes du libéralisme, ils n’hésitent pas non plus à critiquer les «bien pensants » (je pense, notamment, à une critique de Jeremy Rifkin et à un papier sur le micro-crédit, si à la mode, qui montre qu’il ne sort pas vraiment les pauvres de la pauvreté).

lundi, avril 18, 2005

Un américain qui vote oui!

Comme il est rafraichissant de lire un texte sur la constitution européenne qui aborde les choses sous un autre angle que celui des partisans du non qui ont envahi les médias. Dommage qu'il faille aller le chercher aux Etats-Unis. Voici en tout cas ce qu'en pense Brad Setter, un économiste américain. Est-ce parce qu'il voit les choses de loin, il développe quelques arguments que les partisans du oui pourraient méditer de ce coté-ci de l'Atlantique :

April 17, 2005
A few things Europe does (relatively) well

(…) I want to take the other side of the trade, and highlight some things Europe has done right.

1) France and Germany -- along with the rest of Europe -- seem quite happy NOT to refight World War 2, or World War 1 for that matter. Japan and China do not seem to have reached quite the same conclusions.

2) At least within Europe, the flow of capital makes sense: it flows from wealthy, already developed countries (Germany, Switzerland) to "emerging" Europe (Spain as well as Eastern Europe). Germany finances Poland, not vice versa. The same cannot be said globally.

3) The desire to be part of the "club" (i.e. the European Union) has prompted Eastern European countries to remake many of their own domestic institutions in Europe's image. Joining the European Union usually requires a wholesale (and entirely voluntary) rewriting of the laws on a country's books. That is soft power. No doubt, "Europe’s" broad appeal to countries on its periphery creates real problems for its founding members. But it is also hard not to be impressed by the lengths to which countries like Turkey are willing to go to try to get in.

4) As Kevin Drum, Kash and Paul Krugman all have noted, many European countries provide health care, without long waiting lists, to all their citizens, for less than the US spends providing health care to some of its citizens. I lived in France for a while, and my own experience with French health care was quite good -- better, alas, than my recent experience with US health care. Suffice to say that there is nothing like having your doctor to put in the wrong "authorization" code in an insurance form to see first hand how bureaucratic the private US health care system can be ...

5) Europe has contributed to global rebalancing. True, European domestic demand has been a bit sluggish recently. But that is only half the equation. Europe also has let its exchange rate adjust. As a result, even though the Eurozone's demand growth last year was only 1.5%, import volumes were up 6% (according to the IMF). Nothing like the US -- where domestic demand grew 4.4%, and import volumes increased 9.9%. But not all that bad either. Because of the euro's appreciation, every percentage point of demand growth in Europe produced a larger percentage increase in import volumes. This has had an impact: US exports to Europe grew at a healthy clip in 2004, despite Europe's sluggish overall growth.

All in all, in a world where there is plenty to worry about, I am more worried about Asia than Europe. Asia's growth model -- premised on producing to meet the seemingly insatiable demand of the US consumer -- is likely to run into real limits, notably the fact that the US trade deficit cannot expand forever. And Asia's underdeveloped political institutions will be severely tested by a shifting regional balance of power, and unresolved tensions between Asia's biggest countries.

Don't get me wrong, Europe has its share of problems. Above all, it takes people too long to get into the labor force in Europe, and too many Europeans leave the labor force at too early an age.

It certainly would help global rebalancing if European consumption was more responsive to low interest rates. The world does need more domestic demand growth outside the US. It would be nice, for example, if low rates in Europe started to say push German housing prices, and Germany went on something like a US style spending spree. That is not totally implausible: in 2004, a surge in housing prices supported relatively strong consumption growth in France ...

On peut trouver ce texte et d'autres tout aussi intéressants sur le blog de Brad Setser