Libération nous apprend ce matin que Christine Albanel rejoint France Telecom comme directrice de la communication. D'autres (Villepin, Copé…) deviennent avocats. La fonction politique se banalise et se transforme. Elle devient une fonction comme une autre, que l'on occupe pendant quelques mois dans une carrière qui fait passer du public au privé, de celui-ci au gouvernement, du gouvernement au privé… Hier, les politiques faisaient de la politique tout au long de leur vie, maires, députés, sénateurs, ministres… Ce n'est plus le cas : ils changent de métier tout au long de leur vie.
Ce pourrait être l'un des effets des lois contre le cumul. C'est probablement autre chose : une conséquence de l'élargissement du vivier dans lequel on sélectionne les ministres. Si l'on peut faire appel à la "société civile" pour entrer au gouvernement, pourquoi les politiques, qui se voient ainsi concurrencer, n'iraient-ils pas tâter des plaisirs de cette même société civile?
Ils ont acquis en occupant des postes politiques un "capital humain", un réseau de relations, de contacts, de connaissance de la haute fonction publique qui a un prix. Ils le vendent…
Ajoutons que d'un point de vue économique, ils y ont tout intérêt : un député battu n'a que ses yeux (ou presque) pour pleurer et il se représente très régulièrement devant des électeurs impitoyables. Si Christine Albanel ne fait pas l'affaire, elle sera remerciée dans les formes, avec des indemnités conséquentes.
On voit ainsi se constituer, au sommet de la société, une véritable oligarchie constituée de hauts fonctionnaires, de cadres supérieurs, de politiques qui se partagent le pouvoir, qui s'échangent les postes. Un élu, malgré tous ses défauts, conserve un certain contact avec la population. Ces dirigeants qui vont de l'entreprise ou des cabinets ministériels au gouvernement et vice-versa n'en ont plus aucun.
PS Christine Albanel a longtemps écrit les discours de Jacques Chirac. C'est donc une spécialiste de la langue de bois. Elle ne peut certainement pas faire pire chez France Télécom
Avoir des opinions est l'un des éléments du bien-être, affirmait il y a une quinzaine d'années, l'économiste A.O.Hirshman. Les blogs sont une bonne manière d'afficher ses opinions mais aussi, et peut-être même surtout, de les construire. C'est ce qui m'a donné envie de tenir celui-ci
lundi, février 22, 2010
dimanche, février 14, 2010
Sanglantes batailles à l'UMP
La presse nous dit que la constitutions des listes pour les prochaines régionales ne s'est pas faite sans grincements de dents à l'UMP. En voici un témoignage saisissant trouvé sur le blog d'un militant UMP du Tarn et Garonne. C'est sanglant! Il est vrai que tout ce blog respire l'acrimonie et la hargne, mais celles-ci sont, sur ce blog, en général réservées à la gauche. Les armes tournées contre ses propres amis sont toujours plus destructrices.
La violence des propos tenus sur ce blog me font penser à ceux de Xavier Bertrand face à ce malheureux journaliste du Courrier Picard dont nous parlait hier Le Monde.
On a beaucoup dit ces derniers mois que la débat sur l'identité nationale avait amené des élus à se lâcher plus facilement en public. D'autres, comme Dominique Wolton dont c'est devenu une spécialité, s'en prennent au net (voir son interview dans Libération). Le comportement de Nicolas Sarkozy, la violence de certains de ses propos ont sans doute contribué à desinhiber ses amis. Il ne faudrait pas que ces pratiques qui rappellent les violences verbales des années trente se développent. Or, il semble bien que ce soit le cas comme le montrent les propos outranciers de Philippe Lavaud, le maire d'Angoulême. Le drame est que le plus simple lorsque l'on se sent insulté est de répondre par d'autres insultes, alors que le plus sage serait de mettre ces excés sur le compte de la colère ou du mauvais caractère et de laisser tomber en espérant que la réprobation du public dissuade le fautif de recommencer.
La violence des propos tenus sur ce blog me font penser à ceux de Xavier Bertrand face à ce malheureux journaliste du Courrier Picard dont nous parlait hier Le Monde.
On a beaucoup dit ces derniers mois que la débat sur l'identité nationale avait amené des élus à se lâcher plus facilement en public. D'autres, comme Dominique Wolton dont c'est devenu une spécialité, s'en prennent au net (voir son interview dans Libération). Le comportement de Nicolas Sarkozy, la violence de certains de ses propos ont sans doute contribué à desinhiber ses amis. Il ne faudrait pas que ces pratiques qui rappellent les violences verbales des années trente se développent. Or, il semble bien que ce soit le cas comme le montrent les propos outranciers de Philippe Lavaud, le maire d'Angoulême. Le drame est que le plus simple lorsque l'on se sent insulté est de répondre par d'autres insultes, alors que le plus sage serait de mettre ces excés sur le compte de la colère ou du mauvais caractère et de laisser tomber en espérant que la réprobation du public dissuade le fautif de recommencer.
mercredi, février 10, 2010
Les immigrés et la criminalité
Un article intéressant de Tito Boeri sur la criminalité des immigrés en Italie qui s'appuie, une fois n'est pas coutume, sur des statistiques et qui remet les choses à leur place. A garder en mémoire pour le jour où l'un de nos apprentis sorciers nous expliquera que la criminalité est l'affaire des immigrés, comme fit il y a quelques jours Berlusconi.
Le NPA, le voile et les réactions qu'il suscite, suite
Les réactions multiples et toutes dans le même sens (entre protestations et incompréhension) au choix d'une jeune femme voilée par le NPA comme candidate aux prochaines régionales m'a surpris. On ne peut, en effet, accuser la plupart de ceux qui se sont exprimés d'anti-islamisme primaire ou de démagogie. Ce qui me fait penser que l'expression publique de l'Islam se heurte à une triple opposition qui s'est pour l'occasion retrouvée de manière improbable :
- les anti-islamistes classiques qui n'aiment pas les étrangers,
- les féministes qui assimilent le voile (et plus encore la burqa) à une forme d'oppression,
- les ultra-laïcs qui ne supportent pas de voir dans l'espace public l'expression de la moindre foi religieuse.
Je laisserai un instant de coté les premiers, cible trop facile, pour revenir sur les deux autres. Commençons par les féministes. Je comprends parfaitement leur malaise et il est vrai que l'idée même qu'un mari puisse imposer à son épouse, un frère à ses soeurs, un père à ses filles une toilette a de quoi choquer. Et lorsque c'est le cas, il faut effectivement les aider à se libérer de cette oppression. Mais on sait que certaines de ces jeunes femmes (combien, je l'ignore faute de statistiques sur le sujet, mais leur nombre n'est, semble-t-il, pas négligeable) choisissent délibérément, volontairement, souvent contre leur famille ces toilettes. Je dis contre leur famille parce que, on a tendance à l'oublier, l'immigration est aussi un rejet du milieu d'origine et beaucoup d'immigrés ont choisi la France pour, justement, échapper à des traditions et coutumes jugées trop contraignantes. Pourquoi le font-elles? Par souci religieux, pour certaines, pour se protéger de regards masculins jugés trop intrusifs pour d'autres. Il y a quelques années, Ségolène Royal s'était élevée contre le port du string. Les mêmes qui protestent aujourd'hui contre le voile avaient ri, s'étaient moqué, comme si le fait de montrer un bout de ses fesses était plus "catholique", "casher" ou "orthodoxe" (on ne sait plus comment dire), plus convenable en un mot, que cacher ses cheveux. Le port d'un voile peut aussi être une marque de pudeur. Et je ne vois pas en quoi ce serait moins respectable qu'une pointe d'exhibitionisme? La pudeur serait-elle une valeur interdite, maudite dans notre société post-moderne?
C'est l'idée même que des préférences religieuses puissent s'exprimer dans l'espace public (dans la rue, à l'Assemblée nationale…) qui gêne les laïcs. Mais, à l'inverse de ce qu'ils disent souvent cet intégrisme est récent. Dans ma jeunesse (pas si lointaine) les prêtres se promenaient en soutane sans que personne n'y trouve à redire, les bonnes soeurs se promenaient librement dans les rues et les fonctionnaires pouvaient exprimer leurs opinions et préférences idéologiques sans crainte. Je me souviens d'avoir eu, dans un grand lycée parisien, un professeur, Henri Agel, qui affichait son catholicisme, se promenait avec une croix. Nous l'adorions tout autant qu'un autre professeur, dont j'ai oublié le nom, qui ne cachait pas son appartenance au parti communiste. Le seul qui fut un peu discret sur ses opinions, un professeur d'histoire, Georges Lefranc avait signé la charte du travail de Pétain… Quant à nos parents, ils n'y trouvaient rien à redire et savaient que nous ferions le tri entre toutes ces opinions contradictoires.
Notre paysage s'est enrichi de kippas et de voiles. Ni plus ni moins. Est-ce gênant? Ce le serait si ces porteurs de signes religieux faisaient du prosélytisme, voulaient nous empêcher de manger du porc, de nous promener en string… mais ce n'est pas le cas. Alors… pourquoi empêcher un juif de porter une kippa s'il pense qu'il respecte mieux ainsi le Dieu qu'il vénère? pourquoi empêcher une musulmane de porter un voile si elle pense ainsi respecter une obligation religieuse.
J'ajouterai qu'à tant se fixer sur l'Islam et ses signes extérieurs portés par des jeunes femmes qui partagent l'essentiel de nos valeurs on ne voit pas que d'autres immigrés, venus de l'Est de l'Europe, de Roumanie ou de Pologne, immigrés invisibles, introduisent dans notre société un autre poison autrement dangereux : l'antisémitisme et le racisme d'avant-guerre. Je ne dis pas cela à la légère : j'ai eu récemment plusieurs conversations avec des sans-papiers venus de ces pays qui, fiers de leur blanchitude, tiennent des propos auprès desquels ceux de Georges Frèche ne sont que roupie de sansonnet. Et ils le font gentiment, naturellement, sans pour autant partager le moins du monde les fantasmes du Front National. S'il y a un combat à mener, c'est bien celui-ci : leur rappeler, leur enseigner que l'anti-racisme est une valeur de notre société et plus encore depuis qu'elle est devenue multi-culturelle.
- les anti-islamistes classiques qui n'aiment pas les étrangers,
- les féministes qui assimilent le voile (et plus encore la burqa) à une forme d'oppression,
- les ultra-laïcs qui ne supportent pas de voir dans l'espace public l'expression de la moindre foi religieuse.
Je laisserai un instant de coté les premiers, cible trop facile, pour revenir sur les deux autres. Commençons par les féministes. Je comprends parfaitement leur malaise et il est vrai que l'idée même qu'un mari puisse imposer à son épouse, un frère à ses soeurs, un père à ses filles une toilette a de quoi choquer. Et lorsque c'est le cas, il faut effectivement les aider à se libérer de cette oppression. Mais on sait que certaines de ces jeunes femmes (combien, je l'ignore faute de statistiques sur le sujet, mais leur nombre n'est, semble-t-il, pas négligeable) choisissent délibérément, volontairement, souvent contre leur famille ces toilettes. Je dis contre leur famille parce que, on a tendance à l'oublier, l'immigration est aussi un rejet du milieu d'origine et beaucoup d'immigrés ont choisi la France pour, justement, échapper à des traditions et coutumes jugées trop contraignantes. Pourquoi le font-elles? Par souci religieux, pour certaines, pour se protéger de regards masculins jugés trop intrusifs pour d'autres. Il y a quelques années, Ségolène Royal s'était élevée contre le port du string. Les mêmes qui protestent aujourd'hui contre le voile avaient ri, s'étaient moqué, comme si le fait de montrer un bout de ses fesses était plus "catholique", "casher" ou "orthodoxe" (on ne sait plus comment dire), plus convenable en un mot, que cacher ses cheveux. Le port d'un voile peut aussi être une marque de pudeur. Et je ne vois pas en quoi ce serait moins respectable qu'une pointe d'exhibitionisme? La pudeur serait-elle une valeur interdite, maudite dans notre société post-moderne?
C'est l'idée même que des préférences religieuses puissent s'exprimer dans l'espace public (dans la rue, à l'Assemblée nationale…) qui gêne les laïcs. Mais, à l'inverse de ce qu'ils disent souvent cet intégrisme est récent. Dans ma jeunesse (pas si lointaine) les prêtres se promenaient en soutane sans que personne n'y trouve à redire, les bonnes soeurs se promenaient librement dans les rues et les fonctionnaires pouvaient exprimer leurs opinions et préférences idéologiques sans crainte. Je me souviens d'avoir eu, dans un grand lycée parisien, un professeur, Henri Agel, qui affichait son catholicisme, se promenait avec une croix. Nous l'adorions tout autant qu'un autre professeur, dont j'ai oublié le nom, qui ne cachait pas son appartenance au parti communiste. Le seul qui fut un peu discret sur ses opinions, un professeur d'histoire, Georges Lefranc avait signé la charte du travail de Pétain… Quant à nos parents, ils n'y trouvaient rien à redire et savaient que nous ferions le tri entre toutes ces opinions contradictoires.
Notre paysage s'est enrichi de kippas et de voiles. Ni plus ni moins. Est-ce gênant? Ce le serait si ces porteurs de signes religieux faisaient du prosélytisme, voulaient nous empêcher de manger du porc, de nous promener en string… mais ce n'est pas le cas. Alors… pourquoi empêcher un juif de porter une kippa s'il pense qu'il respecte mieux ainsi le Dieu qu'il vénère? pourquoi empêcher une musulmane de porter un voile si elle pense ainsi respecter une obligation religieuse.
J'ajouterai qu'à tant se fixer sur l'Islam et ses signes extérieurs portés par des jeunes femmes qui partagent l'essentiel de nos valeurs on ne voit pas que d'autres immigrés, venus de l'Est de l'Europe, de Roumanie ou de Pologne, immigrés invisibles, introduisent dans notre société un autre poison autrement dangereux : l'antisémitisme et le racisme d'avant-guerre. Je ne dis pas cela à la légère : j'ai eu récemment plusieurs conversations avec des sans-papiers venus de ces pays qui, fiers de leur blanchitude, tiennent des propos auprès desquels ceux de Georges Frèche ne sont que roupie de sansonnet. Et ils le font gentiment, naturellement, sans pour autant partager le moins du monde les fantasmes du Front National. S'il y a un combat à mener, c'est bien celui-ci : leur rappeler, leur enseigner que l'anti-racisme est une valeur de notre société et plus encore depuis qu'elle est devenue multi-culturelle.
mardi, février 09, 2010
La langue de plomb des managers
Pris hier sous une pluie battante dans une voiture de location, j'écoutais un peu par hasard BFM radio, une radio dédiée aux managers et au monde des affaires. Plusieurs responsables d'entreprises, consultants, financiers… réagissaient à l'actualité, aux mesures prises pour conclure (enterrer…) le débat sur l'identité nationale. J'y ai appris qu'un pays était une marque (sic) et qu'il fallait le vendre comme tel (resic). Remarque d'un spécialiste des marques, naturellement, aussitôt complétée par cette autre d'un financier ébahi par la finesse du gouvernement espagnol qui est allé parler aux analystes financiers. Enfin, les budgets de l'Etat seront aussi clairs que ceux des entreprises, nous expliqua-t-il (mais dans quel monde vivent-ils donc? ne savent-ils donc pas que dans les démocraties, les budgets sont votés par le Parlement contrôlés par le parlement et par des magistrats façon Cour des Comptes?)
L'un des participants avait passé son week-end à fair travailler ses enfants. Il a découvert que l'Education Nationale faisait bien son travail (sic). Mais aussi que les programmes d'économie parlaient surtout des entreprises qui licencient (vous en connaissez beaucoup qui recrutent massivement?) Conclusion : les Français ne s'aiment pas (ah bon! je croyais qu'on leur reprochait au contraire leur arrogance) alors que nous sommes très compétitifs, que les Américains (les cadres supérieurs, les seuls qui intéressaient ces messieurs) ont à peu près autant de vacances que nous… Un quart d'heure de sottises, donc.
On reproche beaucoup aux hommes politiques leur langue de bois, celle des managers est plus épaisse encore. De plomb, peut-être
L'un des participants avait passé son week-end à fair travailler ses enfants. Il a découvert que l'Education Nationale faisait bien son travail (sic). Mais aussi que les programmes d'économie parlaient surtout des entreprises qui licencient (vous en connaissez beaucoup qui recrutent massivement?) Conclusion : les Français ne s'aiment pas (ah bon! je croyais qu'on leur reprochait au contraire leur arrogance) alors que nous sommes très compétitifs, que les Américains (les cadres supérieurs, les seuls qui intéressaient ces messieurs) ont à peu près autant de vacances que nous… Un quart d'heure de sottises, donc.
On reproche beaucoup aux hommes politiques leur langue de bois, celle des managers est plus épaisse encore. De plomb, peut-être
lundi, février 08, 2010
Le voile du NPA les rend fous
A lire les commentaires des politiques de tous bords, de Jean-Paul Huchon ("C'est une aberration, je ne sais même pas où Olivier Besancenot a été chercher ça") à Nadine Morano (qui parle d'un "coup médiatique contre les valeurs de la République") en passant par Fabius que l'on a connu mieux inspiré ("Je ne savais pas, a-t-il déclaré, jusqu'à présent que le port du voile était un signe de laïcité")présenter une candidate voilée serait faire offense à la République. Mais où sont-ils allés chercher cela. Nos rues sont pleines de jeunes filles qui portent le voile, bonnes citoyennes, bonnes françaises, aimables, sages, souvent prudes, et l'on voudrait leur interdire de se présenter aux élections? Mais au nom de quels principes? De quelles valeurs? Celles de Mme Morano? Mais pourquoi celles-ci plutôt que celles de ces jeunes femmes tout aussi "bonnes" françaises que notre ministre?
Les électeurs sont libres de voter contre cette candidate voilée s'ils le souhaitent, mais cette jeune femme a tout à fait le droit de se présenter. Qui plus est en portant les couleurs d'un parti laïc qu'on ne peut certainement pas soupçonner de porter les valises d'on ne sait quel complot islamiste.
Il serait temps que nos politiques ouvrent les yeux : il y a des musulmans en France qui pratiquent leur religion et n'en ont pas honte. C'est comme ça. La société réelle ne ressemble pas forcément celle qu'imaginent nos politiques. S'ils ne veulent pas qu'elle finisse par ressembler à leurs cauchemars, ils feraient bien d'en prendre acte. Et d'apprendre la tolérance. Cela leur fera gagner des électeurs et leur évitera de dire des bêtises comme celles entendues ce week-end.
Les électeurs sont libres de voter contre cette candidate voilée s'ils le souhaitent, mais cette jeune femme a tout à fait le droit de se présenter. Qui plus est en portant les couleurs d'un parti laïc qu'on ne peut certainement pas soupçonner de porter les valises d'on ne sait quel complot islamiste.
Il serait temps que nos politiques ouvrent les yeux : il y a des musulmans en France qui pratiquent leur religion et n'en ont pas honte. C'est comme ça. La société réelle ne ressemble pas forcément celle qu'imaginent nos politiques. S'ils ne veulent pas qu'elle finisse par ressembler à leurs cauchemars, ils feraient bien d'en prendre acte. Et d'apprendre la tolérance. Cela leur fera gagner des électeurs et leur évitera de dire des bêtises comme celles entendues ce week-end.
vendredi, février 05, 2010
Van Gogh à Londres
Il y a actuellement à la Royal Academy de Londres, une passionnante exposition Van Gogh qui rapproche ses peintures des lettres qu'il écrivait à des collègues (à commencer bien sûr par Gauguin) mais aussi, et surtout, à son frère Théo. On y découvre une utilisation du dessin tout à fait surprenante mais aussi la lettre qu'il portait sur lui le jour où il d'est suicidé.
Cette exposition a, naturellement, du succès. Ce matin il fallait faire une heure de queue pour entrer (Dieu merci le ciel londonien était ensoleillé), non que les visiteurs aient été particulièrement nombreux, mais il n'y avait qu'une caisse ouverte alors qu'il y en avait 5 (cinq) ouvertes à la librairie ou l'on vendait le catalogue. Si j'avais mauvais esprit…
Cette exposition a, naturellement, du succès. Ce matin il fallait faire une heure de queue pour entrer (Dieu merci le ciel londonien était ensoleillé), non que les visiteurs aient été particulièrement nombreux, mais il n'y avait qu'une caisse ouverte alors qu'il y en avait 5 (cinq) ouvertes à la librairie ou l'on vendait le catalogue. Si j'avais mauvais esprit…
L'anglais et les Français : effrayant!
Le Canard Enchainé raconte que Nicolas Sarkozy aurait dit à Hilary Clinton, parlant de la météo détestable de ces derniers jours à Paris (pas hier, il y avait un beau soleil) : I am sorry for the bad time, confondant le temps qu'il fait (weather) et le temps qui passe (time). Un lecteur de Charles Bremer, le correspondant parisien de Times online, précise que l'anglais de Sarkozy est semble-t-il catastrophique, "awful not to say inexistent."
Ce faisant, il est à la hauteur de beaucoup de Français et l'on peut craindre que cela ne s'améliore pas. J'étais, comme je l'ai dit dans un précédent post, hier sur France 24, pour parler de la burqa en anglais. Nous étions trois Français parlant anglais. Le journaliste, dont l'anglais était "fluent", le jeune patron (24 ans) des jeunes UMP et moi-même. Que dire? Sinon que c'était, pour nous deux… désolant comme on peut le voir ici. Pour moi, passe encore vu mon grand âge (je dis cela mais n'en pense pas un mot), mais pour le jeune politique… Cela se passe de commentaires.
Ce faisant, il est à la hauteur de beaucoup de Français et l'on peut craindre que cela ne s'améliore pas. J'étais, comme je l'ai dit dans un précédent post, hier sur France 24, pour parler de la burqa en anglais. Nous étions trois Français parlant anglais. Le journaliste, dont l'anglais était "fluent", le jeune patron (24 ans) des jeunes UMP et moi-même. Que dire? Sinon que c'était, pour nous deux… désolant comme on peut le voir ici. Pour moi, passe encore vu mon grand âge (je dis cela mais n'en pense pas un mot), mais pour le jeune politique… Cela se passe de commentaires.
jeudi, février 04, 2010
Burqa, France 24 et le Président des jeunes UMP
France 24 m'a demandé de parler de la Burqa face au Président des jeunes UMP, Benjamin Lancar, en anglais. Pourquoi moi? Sans doute parce que cette même chaîne m'avait demandé il y a quelques mois de traiter de la question du voile et que je sais un peu d'anglais. Sujet difficile : comment garder une position de tolérance (surtout dans une langue que l'on maîtrise mal) lorsque l'opinion est droit devant contre (la jeune femme qui me maquillait avant le passage à l'antenne me disait sa gêne devant ces femmes voilées qu'elle croisait parfois sur les marchés)? Et pourtant, c'est bien la seule position qui ait, à mon avis, du sens. Reprenons les arguments que j'ai essayé de développer face à un jeune homme (24 ans) aussi vindicatif que sympathique :
- cette affaire est essentiellement politique à quelques semaines d'une élection difficile pour le gouvernement : pendant que l'on parle de la burqa, sujet secondaire, on ne parle pas du chômage, des échecs du gouvernement…
- preuve que cette affaire est essentiellement politique : son déroulé. Alors qu'il faut plusieurs semaines pour renouveler sa carte d'identité à Paris (mais oui!), le dossier de ce marocain déposé en janvier à la préfecture était moins d'un mois plus tard sur le bureau du ministre. Belle efficacité de services plutôt réputés pour leur lenteur!
- autre preuve que cette affaire est essentiellement politique : on communique sur la burqa mais celle-ci est une affaire privée, une pratique religieuse (pratique extrême et aussi condamnable qu'on voudra, mais choisie pour des motifs religieux) qui ne concerne en rien l'Etat, comme l'a à plusieurs reprises rappelé le Conseil d'Etat.
- le marocain en question est l'époux depuis plus de quatre ans d'une française (c'est elle qui porte la burqa). Or la loi autorise tout étranger marié à un Français à obtenir la nationalité française au bout de quatre ans de mariage et de vie commune pour peu qu'il parle le français et qu'il partage nos valeurs (notion fumeuse, en l'espèce).
- on nous dit que ce marocain ne partage pas nos valeurs, mais d'où viennent ces informations? qui en a décidé? et sur quels critères? critères définis par qui? dans quelles circonstances? sur quels textes? Le fait que Nicolas Sarkozy nous ait dit tout le mal qu'il pense de la burqa suffit-il à en faire un critère de non respect de nos valeurs?
- cette affaire est essentiellement politique à quelques semaines d'une élection difficile pour le gouvernement : pendant que l'on parle de la burqa, sujet secondaire, on ne parle pas du chômage, des échecs du gouvernement…
- preuve que cette affaire est essentiellement politique : son déroulé. Alors qu'il faut plusieurs semaines pour renouveler sa carte d'identité à Paris (mais oui!), le dossier de ce marocain déposé en janvier à la préfecture était moins d'un mois plus tard sur le bureau du ministre. Belle efficacité de services plutôt réputés pour leur lenteur!
- autre preuve que cette affaire est essentiellement politique : on communique sur la burqa mais celle-ci est une affaire privée, une pratique religieuse (pratique extrême et aussi condamnable qu'on voudra, mais choisie pour des motifs religieux) qui ne concerne en rien l'Etat, comme l'a à plusieurs reprises rappelé le Conseil d'Etat.
- le marocain en question est l'époux depuis plus de quatre ans d'une française (c'est elle qui porte la burqa). Or la loi autorise tout étranger marié à un Français à obtenir la nationalité française au bout de quatre ans de mariage et de vie commune pour peu qu'il parle le français et qu'il partage nos valeurs (notion fumeuse, en l'espèce).
- on nous dit que ce marocain ne partage pas nos valeurs, mais d'où viennent ces informations? qui en a décidé? et sur quels critères? critères définis par qui? dans quelles circonstances? sur quels textes? Le fait que Nicolas Sarkozy nous ait dit tout le mal qu'il pense de la burqa suffit-il à en faire un critère de non respect de nos valeurs?
mercredi, février 03, 2010
Gardes à vue
On ne parle plus depuis deux ou trois jours à la télévision que des gardes à vue et de leur scandale. J'en ai déjà fait état sur ce blog il y a un an en racontant la mésaventure arrivée à deux de mes proches. Ce post avait amené un officier de police judiciaire à me faire une longue et très riche réponse qui en disait beaucoup plus que ce l'on entend aujourd'hui à la télévision.
Je ne reviendrai donc pas dessus sinon pour dire mon étonnement. Tous les débats sur le sujet opposent des avocats, des personnes mises en garde à vue et des syndicalistes policiers. Pourquoi des syndicalistes? et pourquoi eux seulement pour représenter l'institution? N'y a-t-il pas au Ministère de l'intérieur des responsables, des hauts-fonctionnaires capables de s'exprimer sur le sujet?
C'est un fait constant : lorsque des questions de police sont discutées en public, l'administration se fait systématiquement représenter par des syndicalistes. Ce qui est gênant :
- le point de vue des policiers est forcément biaisé : le respect des droits d'autrui n'est pas, naturellement, leur première préoccupation. Chaque fois qu'on leur oppose les traitements humiliants infligés à des personnes mises en garde à vue, ils avancent des arguments qui ne valent que pour une toute petite minorité (risque de suicide, problèmes de sécurité…)
- les syndicalistes ont naturellement (c'est leur rôle) tendance à défendre leurs collègues, à se rebiffer contre les critiques, ce qui peut les amener à justifier l'injustifiable (il fallait entendre hier un syndicaliste expliquer que ses collègues travaillaient dans les mêmes locaux que ceux dans lesquels on mettait en garde à vue)
- tout cela, enfin, instille un doute sur le fonctionnement de l'institution. Qui prend les décisions? qui commande? Le ministre et la hiérarchie ou les syndicats?
Je ne reviendrai donc pas dessus sinon pour dire mon étonnement. Tous les débats sur le sujet opposent des avocats, des personnes mises en garde à vue et des syndicalistes policiers. Pourquoi des syndicalistes? et pourquoi eux seulement pour représenter l'institution? N'y a-t-il pas au Ministère de l'intérieur des responsables, des hauts-fonctionnaires capables de s'exprimer sur le sujet?
C'est un fait constant : lorsque des questions de police sont discutées en public, l'administration se fait systématiquement représenter par des syndicalistes. Ce qui est gênant :
- le point de vue des policiers est forcément biaisé : le respect des droits d'autrui n'est pas, naturellement, leur première préoccupation. Chaque fois qu'on leur oppose les traitements humiliants infligés à des personnes mises en garde à vue, ils avancent des arguments qui ne valent que pour une toute petite minorité (risque de suicide, problèmes de sécurité…)
- les syndicalistes ont naturellement (c'est leur rôle) tendance à défendre leurs collègues, à se rebiffer contre les critiques, ce qui peut les amener à justifier l'injustifiable (il fallait entendre hier un syndicaliste expliquer que ses collègues travaillaient dans les mêmes locaux que ceux dans lesquels on mettait en garde à vue)
- tout cela, enfin, instille un doute sur le fonctionnement de l'institution. Qui prend les décisions? qui commande? Le ministre et la hiérarchie ou les syndicats?
mardi, février 02, 2010
Prisonniers chinois en Afrique?
Je croise ce matin une jeune femme qui rentre du Cameroun, son pays d'origine, qui me parle de la situation là-bas et de ses craintes de tensions sociales liées à la présence de Chinois qui vendent des beignets dans la rue. Ce sont, me dit-elle, des prisonniers que la Chine envoie en Afrique. Rumeur, fantasme comme il y en a tant (les discriminations à l'égard des étrangers ne sont pas moins violentes en Afrique qu'en Europe)?
Je regarde sur internet et je trouve ce rapport préparé par des étudiants de l’Ecole de Guerre Economique, institution dont je ne sais rien et dont je ne peux évaluer le sérieux. Et quelques autres références sur des sites de débat sur l'Afrique, comme ici. C'est peu.
Tout cela se ferait dans le cadre de missions de BTP : les entreprises chinoises enverraient en Afrique une main d'oeuvre très bon marché "fournie" par les autorités qui trouveraient là un bon moyen de vider des prisons surchargées.
Comme devant toute rumeur, on reste perplexe. Est-elle plausible? Ce ne serait jamais qu'une variante de la relégation d'autrefois mâtinée de travaux forcés bien dans le style d'un régime qui n'a jamais montré un grand respect des droits de l'homme. Mais on peut imaginer d'autres explications plus raisonnables à cette présence de vendeurs de rues chinois dans certaines villes africaines, comme l'abandon, à la fin du chantier, d'ouvriers qui n'ont pas les moyens de rentrer chez eux. Ou la décision de certains de rester en Afrique pour tenter de faire fortune.
Il est en tout cas clair que cette rumeur, si elle continue de circuler, ne va pas améliorer la qualité des relations entre ces immigrés et la population.
Je regarde sur internet et je trouve ce rapport préparé par des étudiants de l’Ecole de Guerre Economique, institution dont je ne sais rien et dont je ne peux évaluer le sérieux. Et quelques autres références sur des sites de débat sur l'Afrique, comme ici. C'est peu.
Tout cela se ferait dans le cadre de missions de BTP : les entreprises chinoises enverraient en Afrique une main d'oeuvre très bon marché "fournie" par les autorités qui trouveraient là un bon moyen de vider des prisons surchargées.
Comme devant toute rumeur, on reste perplexe. Est-elle plausible? Ce ne serait jamais qu'une variante de la relégation d'autrefois mâtinée de travaux forcés bien dans le style d'un régime qui n'a jamais montré un grand respect des droits de l'homme. Mais on peut imaginer d'autres explications plus raisonnables à cette présence de vendeurs de rues chinois dans certaines villes africaines, comme l'abandon, à la fin du chantier, d'ouvriers qui n'ont pas les moyens de rentrer chez eux. Ou la décision de certains de rester en Afrique pour tenter de faire fortune.
Il est en tout cas clair que cette rumeur, si elle continue de circuler, ne va pas améliorer la qualité des relations entre ces immigrés et la population.
vendredi, janvier 29, 2010
Nicolas Sarkozy et la loi de Finagle
Une amie me reprochait récemment de trop parler sur mon blog de Nicolas Sarkozy. Elle a raison. Mais comment résister au plaisir que nous donne l'actualité. Plaisir un peu pervers ces jours-ci tant le malheureux Sarkozy semble aller d'échec en échec. Il y a eu la nomination abandonnée de son fils Jean, le débat sur l'identité nationale qui dérape, l'échec de Copenhague, l'affaire Proglio et, maintenant, la relaxe de Villepin (où l'on voit se jouer une nouvelle scène de la comédie des frères ennemis après les scènes Giscard-Chirac, Mitterrand-Rocard et Fabius Jospin). On a l'impression qu'il est victime de cette loi de Finagle, variante pessimiste de la loi de Murphy selon laquelle s'il y a la moindre possibilité que cela rate, cela ratera.
Tous les hommes politiques qui occupent de hautes responsabilités se trouvent un jour ou l'autre dans une situation de ce type. Un discours réussi, une élection dont les résultats sont meilleurs que prévus les aident en général à en sortir. Encore faut-il qu'ils prennent conscience de leurs faiblesses. Dans le cas de Sarkozy, on voit bien que celle-ci tient à la conception qu'il se fait de la fonction présidentielle. S'il avait abandonné sa constitution de partie civile, la relaxe de Villepin aurait été un non-événement, s'il avait laissé un ministre gérer les nominations chez EDF et le secrétaire général de l'UMP choisir le patron de l'EPAD, il aurait évité deux reculades. Mais non : il veut être au four et au moulin et décider de tout depuis l'Elysée. Chaque cafouillage même insignifiant lui revient donc dans la figure.
On a beaucoup accusé De Gaulle de pouvoir personnel. Pour s'en justifier, il plaisantait ("Si l'on entend par là que le président de la République a pris personnelle ment les décisions qu'il lui incombait de prendre, cela est tout à fait exact") et disait agir au nom de la France, du peuple français. Argument imparable aux relents vaguement maurassiens : qui sait vraiment ce que veut le peuple? et veut-il seulement quelque chose? Si l'on posait la question à Nicolas Sarkozy, il est probable qu'il répondrait qu'il se comporte ainsi au nom de l'efficacité. Ses échecs répétés et l'absence de résultats devraient l'amener à s'interroger sur sa méthode.
PS Mediapart annonce à l'instant que le parquet a choisi de faire appel de la décision du tribunal. Comme le parquet dépend du ministre de la justice qui dépend de l'Elysée, difficile de ne pas voir la-dessous la main du Président (même s'il a hier affiché sa volonté de pas faire appel et s'il n'y est pour rien personne ne le croira et Villepin s'attachera à le rappeler à chaque occasion). Veut-il donc rejouer cette vilaine comédie à quelques mois des prochaines présidentielles au risque de perdre une nouvelle fois la face?
Tous les hommes politiques qui occupent de hautes responsabilités se trouvent un jour ou l'autre dans une situation de ce type. Un discours réussi, une élection dont les résultats sont meilleurs que prévus les aident en général à en sortir. Encore faut-il qu'ils prennent conscience de leurs faiblesses. Dans le cas de Sarkozy, on voit bien que celle-ci tient à la conception qu'il se fait de la fonction présidentielle. S'il avait abandonné sa constitution de partie civile, la relaxe de Villepin aurait été un non-événement, s'il avait laissé un ministre gérer les nominations chez EDF et le secrétaire général de l'UMP choisir le patron de l'EPAD, il aurait évité deux reculades. Mais non : il veut être au four et au moulin et décider de tout depuis l'Elysée. Chaque cafouillage même insignifiant lui revient donc dans la figure.
On a beaucoup accusé De Gaulle de pouvoir personnel. Pour s'en justifier, il plaisantait ("Si l'on entend par là que le président de la République a pris personnelle ment les décisions qu'il lui incombait de prendre, cela est tout à fait exact") et disait agir au nom de la France, du peuple français. Argument imparable aux relents vaguement maurassiens : qui sait vraiment ce que veut le peuple? et veut-il seulement quelque chose? Si l'on posait la question à Nicolas Sarkozy, il est probable qu'il répondrait qu'il se comporte ainsi au nom de l'efficacité. Ses échecs répétés et l'absence de résultats devraient l'amener à s'interroger sur sa méthode.
PS Mediapart annonce à l'instant que le parquet a choisi de faire appel de la décision du tribunal. Comme le parquet dépend du ministre de la justice qui dépend de l'Elysée, difficile de ne pas voir la-dessous la main du Président (même s'il a hier affiché sa volonté de pas faire appel et s'il n'y est pour rien personne ne le croira et Villepin s'attachera à le rappeler à chaque occasion). Veut-il donc rejouer cette vilaine comédie à quelques mois des prochaines présidentielles au risque de perdre une nouvelle fois la face?
jeudi, janvier 21, 2010
Sarkozy, les journalistes, propos privés, crise publique
Les journalistes sont aujourd'hui furieux des commentaires présidentiels sur les deux journalistes de Franec 3 enlevés en Aghanistan. Nicolas Sarkozy aurait dit en conseil des ministres : "Ces journalistes étaient inconscients. Ils ont agi en contradiction avec les consignes de sécurité". "C'est insupportable de voir qu'on fait courir des risques à des militaires pour aller les chercher dans une zone dangereuse où ils avaient l'interdiction de se rendre" aurait-il ajouté selon Europe 1. Il aurait également demandé au ministre de la Défense, Hervé Morin, d'afficher une totale transparence sur les frais engagés. "Il faut que les Français sachent le coût de cette histoire". Soit environ un million d'euros. Une pétition pour protester contre les propos présidentiels circule.
On comprend l'énervement des journalistes. Mais on a même temps envie de leur dire de se calmer un peu. Il ne s'agit que de propos privés, comme peuvent en tenir tous les responsables confrontés à des situations de ce type. Il ne s'agit pas de censure, comme ailleurs, et je ne vois pas qu'on ait donné à la presse ou au service public des consignes pour ne plus couvrir les guerres. J'ajouterai même que l'on peut trouver naturel ce type de réaction de la part de gens, le Président de la République ou le Ministre de la Défense, qui ont à gérer une situation difficile.
Ce qui dans cette affaire, comme dans d'autres similaires, me frappe surtout, c'est l'effacement de la frontière privéee/public. Des propos privés ne sont évidemment pas de même nature que des propos publics. Et c'est en ce sens que l'on ne peut, par exemple, mettre sur le même plan les propos imbéciles mais privés de Hortefeux sur les arabes ("quand il y en a un ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes") et ceux, publics et donc beaucoup plus graves de Gaudin sur les manifestations de joie après un match Algérie-Egypte et le déferlement dans Marseille de drapeaux algérieux (propos, par ailleurs, vraiment très cons : pourquoi y aurait-il eu des drapeau français dans une manifestation de ce type?).
Cette confusion entre le privé et le public est certainement aggravée par la possibilité que tout un chacun a, aujourd'hui, de capter des conversations et de les diffuser largement sur internet. Mais il n'y avait pas de caméras dans la salle du conseil des ministres. Ce sont des participants qui ont rapporté ces propos.
Ce n'est pas une nouveauté, les ministres ont de tous temps rapporté aux journalistes ce qui se passait au Conseil. Mais des règles existaient qui tendaient à maintenir la distinction entre privé et public (les ministres ne disaient pas tout, parlaient en off, les informations étaient, pour l'essentiel, publiées dans le Canard Enchaîné). On avait l'impression en lisant la deuxième page de ce journal d'entrer dans les conversations mais on faisait spontanément la différence entre ce qui était de l'ordre de l'émotion et ce qui était décision politique. Ce n'est plus le cas : un mouvement d'humeur du Président (mouvement une fois encore compréhensible) devient parole officielle qui suscite suffisamment de réactions pour que l'Elysée monte en ligne transformant ainsi des propos insignifiants en quelque chose de beaucoup plus grave. Ce ne sont pas les propos de Nicolas Sarkozy qui posent problème, ce sont ceux de Claude Guéant s'exprimant officiellement sur la question.
La distinction entre parole publique et parole privée doit être maintenue. L'excés de transparence a un coût. Je ne suis pas sûr que les gens chargés de négocier avec les talibans qui retiennent nos deux journalistes, soient aidés par cette polémique.
Cette distinction doit être maintenue par tous les acteurs et, d'abord, par les premiers intéressés, les membres du gouvernement, les premiers cercles du pouvoir qui se lâchent de plus en plus fréquemment. Qui le font, probablement, parce qu'ils n'ont pas d'autre manière d'exprimer leurs désaccords (comme le disait excellement hier Luc Ferry : on ne peut rien dire au Président. On peut éventuellement exprimer une fois un désaccord, une seconde fois si l'on est vraiment très puissant, mais c'est à peu près tout). Mais cette distinction doit être également être maintenue par les journalistes. Il est bon qu'ils nous donnent ce type d'informations mais ce serait bien qu'ils trouvent une manière les présenter qui les mette en perspective et évite de leur donner plus d'importance qu'elles n'ont.
On comprend l'énervement des journalistes. Mais on a même temps envie de leur dire de se calmer un peu. Il ne s'agit que de propos privés, comme peuvent en tenir tous les responsables confrontés à des situations de ce type. Il ne s'agit pas de censure, comme ailleurs, et je ne vois pas qu'on ait donné à la presse ou au service public des consignes pour ne plus couvrir les guerres. J'ajouterai même que l'on peut trouver naturel ce type de réaction de la part de gens, le Président de la République ou le Ministre de la Défense, qui ont à gérer une situation difficile.
Ce qui dans cette affaire, comme dans d'autres similaires, me frappe surtout, c'est l'effacement de la frontière privéee/public. Des propos privés ne sont évidemment pas de même nature que des propos publics. Et c'est en ce sens que l'on ne peut, par exemple, mettre sur le même plan les propos imbéciles mais privés de Hortefeux sur les arabes ("quand il y en a un ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes") et ceux, publics et donc beaucoup plus graves de Gaudin sur les manifestations de joie après un match Algérie-Egypte et le déferlement dans Marseille de drapeaux algérieux (propos, par ailleurs, vraiment très cons : pourquoi y aurait-il eu des drapeau français dans une manifestation de ce type?).
Cette confusion entre le privé et le public est certainement aggravée par la possibilité que tout un chacun a, aujourd'hui, de capter des conversations et de les diffuser largement sur internet. Mais il n'y avait pas de caméras dans la salle du conseil des ministres. Ce sont des participants qui ont rapporté ces propos.
Ce n'est pas une nouveauté, les ministres ont de tous temps rapporté aux journalistes ce qui se passait au Conseil. Mais des règles existaient qui tendaient à maintenir la distinction entre privé et public (les ministres ne disaient pas tout, parlaient en off, les informations étaient, pour l'essentiel, publiées dans le Canard Enchaîné). On avait l'impression en lisant la deuxième page de ce journal d'entrer dans les conversations mais on faisait spontanément la différence entre ce qui était de l'ordre de l'émotion et ce qui était décision politique. Ce n'est plus le cas : un mouvement d'humeur du Président (mouvement une fois encore compréhensible) devient parole officielle qui suscite suffisamment de réactions pour que l'Elysée monte en ligne transformant ainsi des propos insignifiants en quelque chose de beaucoup plus grave. Ce ne sont pas les propos de Nicolas Sarkozy qui posent problème, ce sont ceux de Claude Guéant s'exprimant officiellement sur la question.
La distinction entre parole publique et parole privée doit être maintenue. L'excés de transparence a un coût. Je ne suis pas sûr que les gens chargés de négocier avec les talibans qui retiennent nos deux journalistes, soient aidés par cette polémique.
Cette distinction doit être maintenue par tous les acteurs et, d'abord, par les premiers intéressés, les membres du gouvernement, les premiers cercles du pouvoir qui se lâchent de plus en plus fréquemment. Qui le font, probablement, parce qu'ils n'ont pas d'autre manière d'exprimer leurs désaccords (comme le disait excellement hier Luc Ferry : on ne peut rien dire au Président. On peut éventuellement exprimer une fois un désaccord, une seconde fois si l'on est vraiment très puissant, mais c'est à peu près tout). Mais cette distinction doit être également être maintenue par les journalistes. Il est bon qu'ils nous donnent ce type d'informations mais ce serait bien qu'ils trouvent une manière les présenter qui les mette en perspective et évite de leur donner plus d'importance qu'elles n'ont.
mercredi, janvier 20, 2010
24% de "créateurs" sur internet
Voici un sondage sur les pratiques des internautes qui devrait faire réfléchir tous ceux qui critiquent internet et n'y voient que poubelle (Finkelkraut, ministres…) :
On y apprend que 24% des internautes sont des "créateurs" qui écrivent, publient des textes, des images, des videos ou de la musique sur internet, qui, pour dire les choses autrement, ont des opinions et veulent le faire savoir. Cela signe bien la fin du privilège accordé à quelques uns (hommes publics, journalistes, experts) de parler au nom de tous. Et cela annonce probablement sur le long terme des changements significatifs dans notre manière de concevoir le débat public.
vendredi, janvier 15, 2010
Sur la burqua
Ce soir dans le Monde un papier sensé de Caroline Fourest sur le voile intégral, sujet difficile qui suscite dans les dîners des débats vifs entre ceux qui y sont violemment opposés et veulent, comme Jean-François Copé, l'interdire et ceux qui sont, disons, plus libéraux ou mesurés (ce qui ne veut pas dire qu'ils justifient ce voile intégral mais qu'ils ne trouvent pas utile de légiférer sur un sujet qui ne concerne au plus que quelques centaines de femmes).
Les adversaires du voile insistent sur la dignité féminine. Et il est vrai que si ce voile est imposé par un mari ou un père, il est détestable. Mais il semble qu'il soit parfois choisi. Ce qui pose un problème d'une autre nature : pourquoi interdire à une femme qui le souhaite de se voiler intégralement dés lors que cela ne pose pas de problème de sécurité (il est évident qu'on ne pourrait pas accepter qu'une école confie des enfants à des mères voilées sans pouvoir vérifier leur identité, qu'un bureau de poste doit pouvoir vérifier l'identité d'une personne avant de lui remettre un courrier avec accusé de réception, qu'un poste de douane…)?
Les libéraux (dont je suis) insistent sur le risque de stigmatiser un Islam qui n'en peut mais, et de confondre des pratiques ultra-minoritaires quasi sectaires et une pratique plus raisonnable de la religion. Ils ont raison lorsqu'ils s'en tiennent cela, mais tort lorsqu'ils tentent de dédouaner complètement l'Islam.
Le voile intégral n'est certainement pas demandé par le Coran, mais celles qui le portent s'en réclament. C'est une pratique religieuse extrême que l'on devrait classer dans la même rubrique que celles, communes dans l'Eglise catholique, des moniales cloitrées ou converses, condamnées à une vie de silence dans leur cellule que n'égayent que les visies à l'Eglise.
Les religions ont de tous temps demandé à leurs plus fidèles disciples des pratiques extrêmes : silence, isolement dans un ermitage, voile intégral, jeûnes qui n'en finissent pas, mendicité chez les boudhistes, autoflagellation des chiites et de certains ordres catholiques comme les rédemptoristes (d'après cet article de Wikipedia, je n'ai pas d'autre source), interdits alimentaires contraignants… Ces pratiques sont critiquables (j'avais d'abord écrit détestables), mais elles relèvent de la volonté des fous de Dieu de s'extraire de la société pour mieux adorer Dieu et mieux montrer leur soumission. Elles étaient jusqu'à présent tolérées dans nos sociétés. Voire acceptées avec un mélange de curiosité et de respect. Elles le sont de moins en moins alors même qu'il semble qu'elles se développent. L'un va sans doute avec l'autre. A moins que la seule faute des femmes au voile intégral soient d'être musulmanes et de porter leurs stigmates en public.
Les adversaires du voile insistent sur la dignité féminine. Et il est vrai que si ce voile est imposé par un mari ou un père, il est détestable. Mais il semble qu'il soit parfois choisi. Ce qui pose un problème d'une autre nature : pourquoi interdire à une femme qui le souhaite de se voiler intégralement dés lors que cela ne pose pas de problème de sécurité (il est évident qu'on ne pourrait pas accepter qu'une école confie des enfants à des mères voilées sans pouvoir vérifier leur identité, qu'un bureau de poste doit pouvoir vérifier l'identité d'une personne avant de lui remettre un courrier avec accusé de réception, qu'un poste de douane…)?
Les libéraux (dont je suis) insistent sur le risque de stigmatiser un Islam qui n'en peut mais, et de confondre des pratiques ultra-minoritaires quasi sectaires et une pratique plus raisonnable de la religion. Ils ont raison lorsqu'ils s'en tiennent cela, mais tort lorsqu'ils tentent de dédouaner complètement l'Islam.
Le voile intégral n'est certainement pas demandé par le Coran, mais celles qui le portent s'en réclament. C'est une pratique religieuse extrême que l'on devrait classer dans la même rubrique que celles, communes dans l'Eglise catholique, des moniales cloitrées ou converses, condamnées à une vie de silence dans leur cellule que n'égayent que les visies à l'Eglise.
Les religions ont de tous temps demandé à leurs plus fidèles disciples des pratiques extrêmes : silence, isolement dans un ermitage, voile intégral, jeûnes qui n'en finissent pas, mendicité chez les boudhistes, autoflagellation des chiites et de certains ordres catholiques comme les rédemptoristes (d'après cet article de Wikipedia, je n'ai pas d'autre source), interdits alimentaires contraignants… Ces pratiques sont critiquables (j'avais d'abord écrit détestables), mais elles relèvent de la volonté des fous de Dieu de s'extraire de la société pour mieux adorer Dieu et mieux montrer leur soumission. Elles étaient jusqu'à présent tolérées dans nos sociétés. Voire acceptées avec un mélange de curiosité et de respect. Elles le sont de moins en moins alors même qu'il semble qu'elles se développent. L'un va sans doute avec l'autre. A moins que la seule faute des femmes au voile intégral soient d'être musulmanes et de porter leurs stigmates en public.
Bachelot n'est pas seule…
Le naufrage de la campagne de vaccination a une dimension spécifiquement française comme je l'ai indiqué ici (appel au ministère de l'intérieur et à ses préfets plutôt qu'aux professionnels de santé), mais il y a plus : il y a aussi la responsabilité de l'OMS. D'autres pays ont eu à souffrir de l'inexactitude de ses prévisions comme l'indique ce papier de Slashdot :
"With swine flu fading in the UK (projected winter deaths of 65,000 have been downgraded to 1,000, and new cases are decreasing) the UK government has been left with millions of unused vaccines, and (unlike its contract with Baxter) no clear break-clause to get out of its contract with GlaxoSmithKlein. Although the amount paid for vaccines has not been disclosed, it likely cost the UK government several hundred million pounds. Other governments are also in a similar position: the US ordered 251 million doses of the vaccine, and France and Germany are aiming to cut back on their orders considerably. To say that the case for the pandemic has been over-estimated appears to be an understatement. Now, the WHO has announced that it is to investigate whether or not it bowed to pressure from drugs companies to overplay the threat."
"With swine flu fading in the UK (projected winter deaths of 65,000 have been downgraded to 1,000, and new cases are decreasing) the UK government has been left with millions of unused vaccines, and (unlike its contract with Baxter) no clear break-clause to get out of its contract with GlaxoSmithKlein. Although the amount paid for vaccines has not been disclosed, it likely cost the UK government several hundred million pounds. Other governments are also in a similar position: the US ordered 251 million doses of the vaccine, and France and Germany are aiming to cut back on their orders considerably. To say that the case for the pandemic has been over-estimated appears to be an understatement. Now, the WHO has announced that it is to investigate whether or not it bowed to pressure from drugs companies to overplay the threat."
"The Council of Europe Parliamentary Assembly has also announced an investigation into the matter after a resolution [pdf] from Dr. Wolfgang Wodarg, Chairman of the Subcommittee on Health, was adopted. Dr. Wodarg labelled swine flu as a "false pandemic", and claims in the resolution that '"in order to promote their patented drugs and vaccines against flu, pharmaceutical companies influenced scientists and official agencies responsible for public health standards to alarm governments worldwide and make them squander tight health resources for inefficient vaccine strategies, and needlessly expose millions of healthy people to the risk of an unknown amount of side-effects of insufficiently-tested vaccines."' By some estimates, GSK was expected to net over £1 billion from vaccine sales."
Faire sortir le diable de la boite
Rendant compte du débat d'hier soir (inutile, insupportable et véritablement à fuir), 20 minutes indique : "En raison de débordements systématiques, nous nous voyons contraints de fermer cet article aux commentaires." Réflexe que l'on retrouve ailleurs. Et pour de bons motifs. J'ai ici signalé les remarques pour le moins "douteuses" de lecteurs du Figaro (on pourrait ajouter celles après un article sur les ratonnades italiennes) et d'intervenants sur le site du Ministère de l'immigration. Ce débat aura réussi cela : faire sortir le diable de la boite. Et ce n'est une bonne nouvelle pour personne. Je me souviens qu'à Toulon, il y a quelques années, la victoire du Front National avait libéré l'expression du racisme le plus ordinaire dans les lieux publics, l'autobus, les commerces, rendant l'atmosphère de cette ville absolument irrespirable. Elle s'en est libérée. Mais au bout de combien de temps et à quel prix!
Les éditeurs de presse ont en la matière une responsabilité : faire leur travail d'éditeur. Ce qu'ils ne publieraient pas dans leurs journaux ne doit pas trouver place dans les réactions des lecteurs. Ce n'est pas de la censure, c'est un principe de précaution si l'on veut garder cet espace de liberté qu'est le courrier des lecteurs sur internet.
PS. Pour ce qui est du coup d'éclat de Vincent Peillon : s'il était prévu qu'il intervienne uniquement en fin de débat, il n'avait évidemment pas de raison d'être présent. Mais si aucun socialiste n'avait accepté d'y participer y aurait-il eu débat? Sa position mérite, pour le moins, éclaircissement.
Les éditeurs de presse ont en la matière une responsabilité : faire leur travail d'éditeur. Ce qu'ils ne publieraient pas dans leurs journaux ne doit pas trouver place dans les réactions des lecteurs. Ce n'est pas de la censure, c'est un principe de précaution si l'on veut garder cet espace de liberté qu'est le courrier des lecteurs sur internet.
PS. Pour ce qui est du coup d'éclat de Vincent Peillon : s'il était prévu qu'il intervienne uniquement en fin de débat, il n'avait évidemment pas de raison d'être présent. Mais si aucun socialiste n'avait accepté d'y participer y aurait-il eu débat? Sa position mérite, pour le moins, éclaircissement.
jeudi, janvier 14, 2010
Un (tout petit) argument contre la privatisation des services publics
J'ai du il y a quelques jours prendre contact, pour des travaux dans une maison, avec EDF. Il s'agissait de changer de type de fourniture électrique. Je m'attendais à une opération simple. J'ai vite déchanté. Il m'a d'abord fallu appeler ERDF, l'organisme qui distibue l'électricité depuis l'ouverture des marchés. L'employé très aimable m'a expliqué la procédure à suivre. Il fallait que j'appelle mon fournisseur d'électricité, en l'espèce EDF. Je lui ai demandé le numéro de téléphone à joindre. "Je ne peux pas vous le donner, me dit-il, par contre je peux vous donner un numéro où vous trouverez les coordonnées de tous les fournisseurs d'électricité." Surprise : il y en a une dizaine, dont la plupart m'étaient complètement inconnus. Ayant enfin trouvé le numéro d'EDF, j'ai appelé et suis tombé sur un technicien avec lequel j'ai pu organiser un rendez-vous.
Tout cela m'a pris une bonne vingtaine de minutes. Rien de grave. Sauf qu'il y a quelques années, lorsqu'EDF avait un quasi-monopole, une seule conversation téléphonique aurait suffi.
On nous explique depuis des années que l'ouverture des marchés (celui de la téléphonie, celui de l'électricité, celui de la poste) sont pour le plus grand bien des consommateurs, qu'introduire de la concurrence permet de baisser les prix. Si j'en juge par cette petite expérience, cela complique surtout le quotidien du consommateur, cela augmente les coûts d'accès à ces services (une vingtaine de minutes contre 4 ou 5). Cela l'oblige à arbirtrer entre différents fournisseurs, là où nous ne nous posions même pas la question. Et cela peut être pénible, comme le sait quiconque a tenté, un jour, de profiter d'une de ces offres si avantageuses des sociétés de téléphonie mobile. Sous couvert de baisser les prix, nous n'avons jamais tant dépensé en téléphone.
Je rapprocherai cette expérience de ce que dit Esther Duflo dans un entretien que vient de publier Télérama. Cette jeune économiste qui enseigne au Collège de France, compare les pauvres et les riches : "On oublie que dans nos sociétés privilégiées, on a de moins en moins de décisions à prendre, alors que ceux qui vivent avec moins d'un dollar par jour ont des dizaines de choix cruciaux à faire quotidiennement." Je ne voudrais pas comparer ma petite mésaventure avec le quotidien d'un pauvre d'un pays du Tiers-Monde, mais je crains que, sous couvert de lutter contre des monopoles publics, on nout ait un peu apauvri.
Tout cela m'a pris une bonne vingtaine de minutes. Rien de grave. Sauf qu'il y a quelques années, lorsqu'EDF avait un quasi-monopole, une seule conversation téléphonique aurait suffi.
On nous explique depuis des années que l'ouverture des marchés (celui de la téléphonie, celui de l'électricité, celui de la poste) sont pour le plus grand bien des consommateurs, qu'introduire de la concurrence permet de baisser les prix. Si j'en juge par cette petite expérience, cela complique surtout le quotidien du consommateur, cela augmente les coûts d'accès à ces services (une vingtaine de minutes contre 4 ou 5). Cela l'oblige à arbirtrer entre différents fournisseurs, là où nous ne nous posions même pas la question. Et cela peut être pénible, comme le sait quiconque a tenté, un jour, de profiter d'une de ces offres si avantageuses des sociétés de téléphonie mobile. Sous couvert de baisser les prix, nous n'avons jamais tant dépensé en téléphone.
Je rapprocherai cette expérience de ce que dit Esther Duflo dans un entretien que vient de publier Télérama. Cette jeune économiste qui enseigne au Collège de France, compare les pauvres et les riches : "On oublie que dans nos sociétés privilégiées, on a de moins en moins de décisions à prendre, alors que ceux qui vivent avec moins d'un dollar par jour ont des dizaines de choix cruciaux à faire quotidiennement." Je ne voudrais pas comparer ma petite mésaventure avec le quotidien d'un pauvre d'un pays du Tiers-Monde, mais je crains que, sous couvert de lutter contre des monopoles publics, on nout ait un peu apauvri.
samedi, janvier 09, 2010
Le double échec des préfets
En quelques semaines, les préfets, base de notre organisation administrative, hommes d'autorité et représentants du pouvoir dans les départements, viennent de subir un double échec :
- avec le naufrage de la campagne de vaccination dont l'organisation leur avait été confiée par la circulaire du 9 aout 2009,
- avec les catastrophiques débats sur l'identité nationale.
Dans les deux cas, on leur a demandé de jouer à contre-emploi :
- de se substituer au tissu médical (médecins, hôpitaux, dispensaires…) dans le cas de la vaccination,
- de prendre la place des lieux classiques du débat que sont la presse, les partis politiques, le milieu associatif, les mairies, internet, dans le cas du débat sur l'identité nationale.
On l'a fait au nom d'une conception hiérarchique, autoritaire, du pouvoir où les autorités, le gouvernement, peuvent commander, manoeuvrer la société comme un pilote de course fait avec sa voiture. Sauf que la société ne fonctionne pas comme cela. Nous ne sommes pas des petits soldats, le doigt sur la couture de nos pantalons à attendre les consignes d'un poste de commandement central. Lionel Jospin disait, avant-hier, dans son entretien du Monde, que ce gouvernement gouvernait mal. On en là une belle illustration. Il dénonçait les textes mal préparés, les effets d'annonce. Ce double échec indique d'où tout cela vient : d'une conception naïve, erronée du pouvoir, d'un autoritarisme condamné à l'inefficacité dans une société d'agents libres. On parle beaucoup d'hyperprésidence, on a ici un nouvel exemple de mauvaise présidence.
Mais, au delà de ces erreurs de gouvernance, ce double échec des préfets est inquiétant. Si l'organisation de débats n'a jamais fait partie de leur mission, et si l'on peut penser que la leur confier était, dès l'origine un vice de forme, on ne peut dire tout à fait de même du plan de vaccination. Après tout, si pandémie il y avait eu, il aurait été dans leur rôle d'organiser les soins. Or, nous en avons aujourd'hui la preuve : ils en auraient été incapables. Leur lettre de mission leur demandait "d'établir un plan départemental de vaccination, de désigner un chef de projet, de constituer auprès de lui une équipe opérationnelle départementale et de mettre en place un comité de pilotage." J'imagine qu'ils l'ont fait. Mais pour quel résultat?
Cet échec mériterait que l'on se pose plusieurs questions :
- est-ce la méthode telle que la proposait cette circulaire qui était mauvaise?
- est-ce les acteurs qui ont résisté (on peut imaginer que des préfets aient traîné des pieds devant des instructions qui leur paraissaient inadaptées, même si ce n'est pas dans la culture de ce corps),
- est-ce que le turnover rapide des préfets a désorganisé ce corps, comme cela avait été le cas aux Antilles lors des grandes grèves de 2008?
- est-ce le tissu administratif qui a fait défaut? On peut penser que les choses se seraient mieux passées si les préfets avaient confié l'organisation de cette campagne de vaccination aux professionnels de santé…
- est-ce, enfin, l'organisation administrative elle-même qui n'est plus adaptée à une société qui a beaucoup changé?
- avec le naufrage de la campagne de vaccination dont l'organisation leur avait été confiée par la circulaire du 9 aout 2009,
- avec les catastrophiques débats sur l'identité nationale.
Dans les deux cas, on leur a demandé de jouer à contre-emploi :
- de se substituer au tissu médical (médecins, hôpitaux, dispensaires…) dans le cas de la vaccination,
- de prendre la place des lieux classiques du débat que sont la presse, les partis politiques, le milieu associatif, les mairies, internet, dans le cas du débat sur l'identité nationale.
On l'a fait au nom d'une conception hiérarchique, autoritaire, du pouvoir où les autorités, le gouvernement, peuvent commander, manoeuvrer la société comme un pilote de course fait avec sa voiture. Sauf que la société ne fonctionne pas comme cela. Nous ne sommes pas des petits soldats, le doigt sur la couture de nos pantalons à attendre les consignes d'un poste de commandement central. Lionel Jospin disait, avant-hier, dans son entretien du Monde, que ce gouvernement gouvernait mal. On en là une belle illustration. Il dénonçait les textes mal préparés, les effets d'annonce. Ce double échec indique d'où tout cela vient : d'une conception naïve, erronée du pouvoir, d'un autoritarisme condamné à l'inefficacité dans une société d'agents libres. On parle beaucoup d'hyperprésidence, on a ici un nouvel exemple de mauvaise présidence.
Mais, au delà de ces erreurs de gouvernance, ce double échec des préfets est inquiétant. Si l'organisation de débats n'a jamais fait partie de leur mission, et si l'on peut penser que la leur confier était, dès l'origine un vice de forme, on ne peut dire tout à fait de même du plan de vaccination. Après tout, si pandémie il y avait eu, il aurait été dans leur rôle d'organiser les soins. Or, nous en avons aujourd'hui la preuve : ils en auraient été incapables. Leur lettre de mission leur demandait "d'établir un plan départemental de vaccination, de désigner un chef de projet, de constituer auprès de lui une équipe opérationnelle départementale et de mettre en place un comité de pilotage." J'imagine qu'ils l'ont fait. Mais pour quel résultat?
Cet échec mériterait que l'on se pose plusieurs questions :
- est-ce la méthode telle que la proposait cette circulaire qui était mauvaise?
- est-ce les acteurs qui ont résisté (on peut imaginer que des préfets aient traîné des pieds devant des instructions qui leur paraissaient inadaptées, même si ce n'est pas dans la culture de ce corps),
- est-ce que le turnover rapide des préfets a désorganisé ce corps, comme cela avait été le cas aux Antilles lors des grandes grèves de 2008?
- est-ce le tissu administratif qui a fait défaut? On peut penser que les choses se seraient mieux passées si les préfets avaient confié l'organisation de cette campagne de vaccination aux professionnels de santé…
- est-ce, enfin, l'organisation administrative elle-même qui n'est plus adaptée à une société qui a beaucoup changé?
vendredi, janvier 08, 2010
Seguin : que d'émotions!
Est-ce parce qu'elle a pris tout le monde par surprise? La mort de Philippe Seguin a suscité des réactions étranges, presque excessives, entre un Fillon au bord des larmes, une Martine Aubry, presque aussi émue (il est vrai qu'elle avait travaillé avec lui au Ministère des Affaires Sociales) et une planquée d'élus de tous bords qui n'en pouvaient plus de tresser les louanges d'un homme dont le regard lourdement souligné de cernes, le rire tonitruant, les gestes d'agacement et les colères à peine rentrées m'ont, personnellement, souvent mis mal à l'aise.
Oserais-je le dire? Son alliance avec Pasqua, son gaullisme d'avant-hier, sa saga familiale si souvent mise en avant (par lui ou par d'autres, je l'ignore) m'incitaient à ne pas trop me fier à un homme dont je savais pourtant qu'il avait, lors du débat sur Maastricht avec Mitterrand, fait preuve de retenue face à un adversaire au bout de ses forces quand d'autres en auraient profité.
Mais au delà de ces réserves personnelles, c'est la puissance de ces réactions qui m'a étonné ou, plutôt, la capacité des journalistes à les susciter, à les faire sortir de l'espace privé où elles se déploient d'ordinaire pour en faire une scène de théâtre à la Rousseau ou une peinture à la Greuze. La mort d'un homme politique honorable est un spectacle où chacun joue son rôle : le bouleversé (Fillon), le distant (Juppé), le raisonnable (Emanuelli), le tragique (Pasqua)… Parions que dans quelques années on trouvera tout cela un peu indécent. A moins que la théâtralisation de la vie politique s'accentuant, on ne trouve tout cela bien fade. Allez savoir.
Oserais-je le dire? Son alliance avec Pasqua, son gaullisme d'avant-hier, sa saga familiale si souvent mise en avant (par lui ou par d'autres, je l'ignore) m'incitaient à ne pas trop me fier à un homme dont je savais pourtant qu'il avait, lors du débat sur Maastricht avec Mitterrand, fait preuve de retenue face à un adversaire au bout de ses forces quand d'autres en auraient profité.
Mais au delà de ces réserves personnelles, c'est la puissance de ces réactions qui m'a étonné ou, plutôt, la capacité des journalistes à les susciter, à les faire sortir de l'espace privé où elles se déploient d'ordinaire pour en faire une scène de théâtre à la Rousseau ou une peinture à la Greuze. La mort d'un homme politique honorable est un spectacle où chacun joue son rôle : le bouleversé (Fillon), le distant (Juppé), le raisonnable (Emanuelli), le tragique (Pasqua)… Parions que dans quelques années on trouvera tout cela un peu indécent. A moins que la théâtralisation de la vie politique s'accentuant, on ne trouve tout cela bien fade. Allez savoir.
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