Avoir des opinions est l'un des éléments du bien-être, affirmait il y a une quinzaine d'années, l'économiste A.O.Hirshman. Les blogs sont une bonne manière d'afficher ses opinions mais aussi, et peut-être même surtout, de les construire. C'est ce qui m'a donné envie de tenir celui-ci
jeudi, juillet 03, 2008
Le Monde se lâche
jeudi, mai 08, 2008
Et si nous étions tout simplement mal gouvernés?
- la vie privée et le coté bling-bling du Président,
- le pouvoir d'achat et l'incapacité du gouvernement à améliorer la situation des Français, même s'il n'est pas responsable du retour de l'inflation, de la montée des prix du pétrole et de l'euro fort,
- l'illisibilité de la politique menée.
Ce dernier thème, sans doute le plus intéressant, est décliné de plusieurs manières :
- réformes avortées ou incomplètes (comme la sélection en fin d'études supérieures quand il aurait fallu, disent ses partisans, l'introduire au début…),
- couacs multiples qui donnent le sentiment d'un navire sans pilote,
- trop grand nombre de "réformes" qui interdit d'y comprendre quelque chose…
J'ajouterai volontiers à cette liste : un mauvais gouvernement. Si les Français sont si déçus, s'ils ont le sentiment d'une telle illisibilité, c'est peut-être tout simplement qu'ils ont le sentiment que l'équipe en place travaille mal, prend des mesures inopérante et se met en permanence en situation de se contredire. Je prendrai deux exemples rarement soulignés de ce mauvais gouvernement : l'immigration et les retraites.
Commençons par l'immigration. Le gouvernement a fait voter, il y a quelques mois, un texte très restrictif sur l'immigration qui prévoit cependant dans un de ses articles, la possibilité pour un employeur qui ne trouve pas de main d'oeuvre d'aller la chercher à l'étranger. Le texte est timide, discret, mais il a permis à des immigrés sans papiers qui travaillent, paient des cotisations sociales et, éventuellement, des impôts, de réclamer leur régularisation et de le faire avec le soutien de leur patron. On voulait réduire l'immigration, fermer nos frontières, et l'on obtient tout le contraire : on prouve que notre économie a besoin d'immigrés, par dizaines voire par centaines de milliers. La politique de la régularisation au cas par cas nous promet que cette affaire fera l'actualité pendant des mois encore.
Voyons, maintenant les retraites. Dans un des premiers textes qu'il fait voter le gouvernement organise la détaxation des heures supplémentaires dorénavant libres de toute cotisations sociales. Coût pour les organismes sociaux, tel que le calcule Thomas Piketty dans un article de Libération, 6,5 milliards d'€. Coût pour les seules caisses de retraites : 2,5 milliards d'€. Quelques mois plus tard, le gouvernement veut allonger la durée des cotisations, les faire passer de 40 à 41 ans. Recettes pour les caisses de retraites : 2,5 milliards d'€… Etait-il vraiment nécessaire de prendre une mesure qui va appauvrir à peu près tous les salariés pour inciter (sans succès, mais c'est une autre histoire), les entreprises à faire plus d'heures supplémentaires?
Il est dans les sociétés complexes, comme les nôtres, difficile de gouverner, d'éviter les effets pervers, les contradictions, mais on a le sentiment que ce gouvernement qui confond réformes et vote de textes au Parlement, n'a pas pris la mesure de cette complexité.
dimanche, avril 27, 2008
Pauvre petite fille riche…
Je ne sais pas bien ce que j'attendais de ce livre, qu'il parle du drame qu'a vécu cet homme, drame vu au travers des yeux de sa fille, sans doute, qu'il éclaire son aventure, qu'il nous dise l'intimité d'une vie brisée net? Reste que j'ai été déçu… Non que le livre soit sans qualités, il est même parfois émouvant surtout au début, lorsqu'elle parle de son père, mais passé ces quelques passages, il s'agit, pour l'essentiel, d'un reportage, présenté, traité à la façon d'un documentaire cinématographique (ce qui n'est pas surprenant, l'auteur est documentariste), avec de longues citations des personnes rencontrées, amis d'amis d'amis, sur les difficultés des enfants de militants de 1968.
Difficultés que l'on devine : parents absents, plus occupés à faire la révolution qu'à s'occuper de leurs enfants. Difficultés dont beaucoup ne se remettent apparemment pas. Tout ceci est sans doute vrai, mais… on aurait aimé que Virginie Linhart se demande si ce qu'elle a vécu, ce qu'ont vécu ceux qu'elle interroge est très différent du quotidien des enfants de parents obsédés par leur travail, nés dans une famille de cadres dynamiques, de commerçants débordés, de patrons de PME… Pas un instant elle ne s'interroge et ne se demande si cette négligence des enfants (négligence dont elle s'est plutôt bien sortie, tout comme tous ceux qu'elle interroge, ce qui invite à relativiser) était le fait des seuls militants politiques. J'ai l'impression que c'était, que c'est le sort commun, banal, et somme toute pas si catastrophique, de tous ceux qui travaillent dur, qu'ils préparent la révolution ou fassent carrière.
Ce livre est d'autant plus agaçant qu'à une exception près, Thomas Piketty dont les parents étaient retournés sans diplômes à la terre, elle n'interroge que des fils d'intellectuels, de normaliens, de diplômés de l'enseignement supérieur qui ont su rebondir dans les années 70, grâce à leur intelligence, à leurs réseaux, à leur goût du pouvoir, à leur maîtrise de ses techniques et à la fascination qu'ils exerçaient sur les médias et la gauche classique (à signaler un joli passage sur la manière dont les mauvaises manières de table d'Henri Weber sont bien acceptées de gens qu'elles choqueraient chez n'importe qui d'autre). Il aurait été intéressant de savoir ce que sont devenus les enfants de militants moins bien formés à la réussite sociale, notamment ceux élevés dans les communautés. Sont-ils rapidement rentrés dans le rang? Ont-ils fui tout ce qui ressemble de près ou de loin à la campagne? Ont-ils, autre hypothèse, investi les différents mouvements écologistes?
Plus qu'une enquête qui aurait pu être intéressante (quoique très éloignée de ce que j'attendais de ce livre), Virginie Linhart se promène chez ses amis. Exercice mondain, un peu vain qui laisse béante la question de son père : comment une intelligence aussi vive a-t-elle pu à ce point ne pas voir ce qui se passait sous ses yeux? En quoi, comment son habileté intellectuelle, ses capacités rhétoriques, sa rigueur ont-elles pu à ce point obscurcir son intelligence? Un livre de plus sur 68, fabriqué pour l'occasion. Dommage…
dimanche, avril 20, 2008
Couleur orange
Quelques jours plus tard, je découvre que les sacs plastiques de mon Monoprix sont devenus oranges, ce qui, m'explique une jeune caissière, plaît beaucoup aux clients. Je ne sais pas si Monoprix est un client de Publicis, mais Lentschener était si brillant que l'on imagine qu'il n'improvisait pas, qu'il avait travaillé son discours à l'occasion de réunions chez des clients (c'est, après tout, aussi son métier que de leur proposer une nouvelle couleur pour des sacs).
L'orange était, autrefois, une couleur un peu délaissée en France, une couleur jugée allemande comme le vert caca d'oie. La RATP avait innové en 1975 avec sa carte orange qui n'a, autant que je me souvienne, jamais eu grand chose d'orange. Seul avant, si ma mémoire ne me trompe toujours pas, Total avait osé l'orange. Mais ce n'était certainement pas pour les motifs qui font aujourd'hui l'aimer.
Je me souviens d'une conversation à la fin des années 70 avec Raymond Loewi auquel Total demandait conseil pour développer une nouvelle génération de stations services (ce qui est devenu les stations libres). "L'orange, me dit-il en substance, est une couleur très agressive, très laide, qui fonctionne bien pour un pétrolier parce qu'elle jure dans le paysage et avertit longtemps à l'avance de la présence d'une station service. Tous ces spécialistes du marketing qui veulent de belles stations n'ont rien compris. Plus elles sont agressives, plus on les voit et plus on les fréquente."
Comme quoi, les couleurs ont aussi une histoire.
mardi, avril 08, 2008
La gauche a besoin d'un centre-gauche
Cette sensibilité ne se reconnaît pas (ou plus) dans le programme et dans les pratiques du PS. Elle ne lui est pas forcément hostile, mais elle ne s'y sent pas à l'aise : affaire de culture, de tradition, d'expérience (le PS reste largement encore un parti de fonctionnaires et certaines de ses propositions ne peuvent que choquer les cadres qui travaillent dans des entreprises privées). Ce centre-gauche est introuvable, les électeurs existent, mais pas ceux qui leur donnent voix : il n'a pas d'expression politique.
Bayrou aurait pu le créer, mais il est tellement attaché à son aventure personnelle, qu'il s'est, à ce jour, révélé incapable de développer une offre politique qui serait à la gauche ce que l'UDF (le nouveau-centre) est à la droite : une force d'appoint, un vivier de responsables et, à l'occasion, une force de proposition.
La disparition du Pari Communiste, l'éclatement de l'extrême-gauche qui ne sait pas vraiment ce qu'elle veut forcent le PS à se chercher de nouveaux alliés. S'il a pensé un temps les trouver du coté des Verts, leur fonctionnement, le radicalisme de certains de leurs leaders les rend peu fiables. Ces alliés le PS peut les trouver du coté du centre, chez d'anciens socialistes, chez des déçus des verts et de la droite, dans les classes moyennes qui veulent tout à la fois la liberté d'entreprendre et des services publics.
Il suffirait pour que cette force se construise qu'un leader (qui pourrait être Bayrou, Strauss-Khan, un ex-écologiste) affiche son ancrage à gauche (le ni gauche ni droite n'est pas tenable dans nos institutions) et développe un programme alternatif, différent du programme socialiste dont chacun sent bien qu'il est tellement prisonnier des batailles d'appareil qu'il ne peut être de qualité.
Bayrou a révélé, lors de la dernière élection présidentielle, l'existence d'une sensibilité de centre-gauche. La gauche ne peut espérer gagner les prochaines échéances que si elle s'organise, se structure, développe un programme original. Reste à trouver celui qui la construira.
"Valeurs" sportives?
Qu'est-ce que nous montre en effet jour après jour le sport professionnel qui fait vivre tous ces moralistes? le dopage, la corruption (matchs truqués, choix des villes par le CIO), la tricherie organisée, le mépris des règles du jeu (dont témoignent, chaque dimanche, les agressions à l'égard des arbitres), la mutilation de jeunes sportifs dont les corps portent les stigmates d'entraînements qui les font souffrir tout le reste de leur vie, les carrières finies à 20, 30 ou 35 ans selon les spécialités, l'hypersélection qui, pour quelques vedettes qui sortent un instant de l'ombre, laisse sur le carreau des milliers de candidats, la xénophobie et les insultes (comme celles au stade de France il y a quelques jours)… Si le sport professionnel a des valeurs, ce ne sont pas certainement pas celles que l'on aimerait voir se développer dans notre société.
Bien loin d'être un exemple, comme on nous l'a si souvent présenté, le sport professionnel salit tout ce qu'il touche. Pensez aux journalistes restés des décennies sans "voir" le dopage organisé dans le monde du cyclisme. Je ne sais s'ils étaient (sont) imbéciles ou malhonnêtes, reste que plus que toute autre activité, plus que la politique, que l'on critique sans cesse, le sport professionnel a su censurer la presse. Et l'on ose aujourd'hui nous parler de valeurs du sport!
mardi, avril 01, 2008
Mimétismes
Au début de sa carrière, sa carrure, sa taille, son corps avec ses bras trop longs, ses mains dont il ne savait que faire lui permettaient de ressembler à peu de frais à l'ancien Président. La comparaison venait spontanément à l'esprit. Depuis qu'il est entré au gouvernement, qu'il est devenu sarkozyste, ce grand corps l'aide moins, il le gênerait presque, il s'est donc mis à parler comme le nouveau Président. C'est insensible, cela se devine à la manière dont il accentue certains mots, dont il tourne ses phrases, dont il raisonne, mais c'est frappant. Et ce n'est sans doute qu'un début. Dans quelques mois oou quelques années, on verra se développer dans les rangs de l'UMP toute une série de tics physiques et de langage directement empruntés au lider maximo.
Ce mimétisme est caractéristique de tous les pouvoirs : les jeunes loups imitent les vieux loups. Ils le font en matière de plaisanterie. Ce sont les gaullistes qui imitaient le mieux De Gaulle, les chiraquiens qui imitaient le mieux Chirac et les giscardiens, Giscard. Ce n'est pas surprenant : imiter est une manière de s'approprier un peu de la substance du chef, c'est participer de ce qui fait sa différence, c'est sans doute également adresser des signes de reconnaissance aux autres : je suis un fidèle parmi les fidèles, la preuve, je marche, je parle, je m'habille comme lui…Je suis en phase avec lui, il peut me faire confiance.
On observe ce mimétisme dans les milieux politiques, mais également dans les milieux littéraires. Je me souviens qu'Alain Duault, poète académique, s'était engagé dans les années 70 à ne donner comme titre à ses oeuvres que des mots commençant par C pour mieux copier son maître d'alors, Mauriche Roche, dont tous les livres commençaient par un C (Compact, Circus, Camar(a)de…). Cette promesse n'a tenu que ce que tiennent les admirations. Il n'a, en fait, respecté cette règle que pour le premier de ses recueils de poésie : Colorature. Une fois lancé dans la carrière, il a oublié un mentor un peu trop isolé à son goût. Mais cela est banal et arrive à tous les vieux loups que les jeunes loups n'admirent que le temps de les dévorer ou de trouver un autre mentor plus puissant. Lorsque Wauquiez (et quelques au gouvernement et au Parlement) cesseront de parler comme Sarkozy, il sera temps, pour notre Président, de s'inquiéter.
vendredi, mars 21, 2008
Le mauvais exemple
Nicolas Sarkozy et François Fillon avaient, au lendemain de ces élections municipales perdues, l'occasion de montrer leur volonté de faire des économies en resserrant les rangs et en supprimant des ministères dont nul ne voit l'intérêt sinon les quelques associations qui en vivent (je pense, bien sûr aux Anciens Combattants). Ils ont fait tout le contraire, ils en ont créé 6 nouveaux avec ce que cela suppose d'emplois dans les cabinets, de batailles bureaucratiques pour trouver des bureaux, se créer un espace…
Etait-il vraiment nécessaire de créer un secrétariat d'Etat au grand Paris quand il y a la région, la ville et un secrétariat d'Etat à l'aménagement du territoire (qu'est-ce que le Grand Paris sinon de l'aménagement du territoire?) pour traiter ce dossier? Mais il fallait donner un signe aux sarkozystes. C'est fait. Le temps de l'ouverture est fini. Tout commence à rentrer dans l'ordre. Cela valait bien une entorse aux principes d'économie, mais à force d'entorses…
lundi, mars 17, 2008
Sur la victoire de la gauche aux municipales
Sachant qu'il n'y a pas de motif que les élus de gauche soient, en moyenne, meilleurs gestionnaires que ceux de droite, l'explication est à chercher du coté des programmes. Ceux qu'a proposés la gauche étaient plus de nature à séduire les classes moyennes qui occupent aujourd'hui la plupart des centre-ville (pas tous, pas celui de Marseille, notamment) que leurs concurrents de droite.
Deux éléments de ces programmes ont pu jouer un rôle déterminant :
- la volonté, au travers des politiques sociales (logement…), de maintenir la diversité de la démographie de ces villes. Plus que la droite, la gauche essaie de lutter contre la segmentation de l'espace urbain selon des lignes sociales ou économiques, segmentation dont les classes moyennes sont les premières victimes puisqu'elle les chasse des "beaux quartiers" auxquels elles ne peuvent pas accéder et les condamne à se réfugier dans des quartiers populaires qui leur donne le sentiment d'une disqualification sociale,
- la volonté de développer des services publics, qu'il s'agisse des transports, de la culture, de la santé ou de l'éducation dont les classes moyennes sont de gros consommateurs (elles se déplacent plus que les autres, vont au théâtre ou cinéma plus que les classes populaires…).
Dans les deux cas, il s'agit d'objectifs susceptibles de séduire un électorat culturellement ouvert, formé de fonctionnaires, de cadres moyens… à l'abri du besoin mais confronté directement ou indirectement aux difficultés de la vie quotidienne et qui est le premier à profiter des biens publics que la gauche développe.
vendredi, mars 14, 2008
Des débats municipaux vraiment très… sinistres
Le débat parisien n'était pas de très bonne qualité, du moins se tenait-il à peu près. Mais que dire du débat marseillais où les deux candidats étaient des caricatures de politiciens de quartier dans le midi. Vu dans un film comique on n'y aurait pas cru. Quant au débat de Strasbourg!!! que dire? sinon que la candidate UMP en grande difficulté passait son temps à dire à son adversaire : "puisque vous êtes le prochain maire de Strasbourg", "vous qui serez le prochain maire de Strasbourg" et à comprendre l'exact contraire de ce que venait d'affirmer son adversaire comme si elle était devenue sourde. Quant à son adversaire, s'il était plus sûr de lui, ce n'était pas non plus un grand débateur.
La politique à la télévision est manifestement un métier que les édiles des grandes villes devraient apprendre et les interventions à la télévision une technique qu'ils devraient essayer de maîtriser parce que franchement, les voir ainsi m'a retiré l'envie de voter tant pour les uns que pour les autres.
jeudi, mars 13, 2008
Bienvenue chez les Cht'is
Autre qualité : ce film nous parle de petites gens, un chef de bureau de post, des facteurs… que le réalisateur ne méprise jamais et nous présente toujours sous un regard aimable et sympathique. Ce qui n'est pas si courant dans un cinéma français qui connaît surtout les bourgeois des centre-ville.
Je ne suis pas sûr que cela aurait suffi à faire son succès. Celui-ci tient sans doute à ce qu'il mêle astucieusement un cliché (les gens du nord sont accueillants quand ceux du midi sont distants) et une réalité sociologique que nous connaissons tous (les salariés rejettent les mutations dans le nord), à ce qu'il montre un véritable amour de sa région (la ville filmée est belle et donne envie de visiter le Nord) et une réelle finesse psychologique. Autant le personnage que joue Danny Boon parait un peu léger et banal (le fils que sa mère écrase, l'amoureux transi) autant celui de Kad Mérad a une certaine vérité : le cadre qui aime sa femme mais ne peut plus vivre avec elle tant elle passe son temps à mieux savoir que lui ce qu'il pense et ce qu'il lui faut, situation courante qui justifie le scénario (il lui ment sur la réalité de sa vie dans le nord pour ne pas démentir ce qu'elle sait mieux que lui de ce qu'il vit), mais que le cinéma montre rarement et qui donne une réelle épaisseur au personnage.
Un marketing astucieux, régionaliste a fait le reste. Comme l'indiquait dans Le Monde Serge Siritzky, le patron d'Ecran Total, un journal professionnel, ce film peut sans doute rejoindre et dépasser la Grande Vadrouille. Deviendra-t-il un film culte comme les Visiteurs de Jean-Marie Poiré (qui révélait une veine comique autrement grinçante), je n'en suis pas certain.
mercredi, mars 12, 2008
Pourquoi les centre-ville votent-ils si facilement à gauche?
En simplifiant un peu, je dirai qu'il y a deux manières de faire de la politique dans une ville :
- la politique du clientélisme. Beaucoup de maires ont construit leur carrière en fidélisant leurs électeurs, en leur offrant un logement, un emploi ou diverses facilités. Leurs premiers partisans sont les employés municipaux qu'ils emploient, leur famille qu'ils logent, les commerçants auxquels il facilitent la vie, les retraités qui reçoivent leurs cadeaux ;
- la politique du développement de biens publics : santé publique, qualité de l'environnement scolaire, propreté des rue, investissements dans des équipements collectifs, dans les transports en commun, dans la rénovation des quartiers anciens, dans les biens culturels.
Dire que le clientélisme est de droite et le développement de biens publics de gauche serait absurde. On rencontre le clientélisme dans tous les camps et si Alain Juppé a si bien réveillé et embelli Bordeaux, c'est qu'il a mené une politique de développement des biens publics, mais ces politiques se lisent mieux dans les programmes de gauche que dans ceux de droite, s'inscrivent plus facilement dans les discours et logiques des candidats de gauche et correspondent mieux à leur idéologie et à leur pratique. Pour ne prendre qu'un exemple un peu dérisoire, on imagine plus facilement un candidat de gauche, surtout s'il est allié avec des écologistes, proposer des menus bios dans les restaurants scolaires qu'un candidat de droite.
Or, cette politique des biens publics convient parfaitement aux classes moyennes supérieures. C'est en fait celle qu'elles attendent de leurs édiles municipaux. Elles gagnent correctement leur vie et n'ont que faire des bénéfices du clientélisme, elles veulent une ville propre, agréable à vivre, construite pour ses habitants plus que pour l'automobile, des services publics de qualité, des crèches, des investissements culturels, toutes choses dont elles sont les premières à bénéficier : ce sont elles qui consomment les biens publics, qui vont au théâtre ou au concert, ce sont elles qui profitent de l'augmentation de la valeurs des biens immobiliers que génère rapidement la rénovation d'un quartier historique.
Qu'elles votent pour ceux qui leur proposent ces politiques n'est donc pas surprenant. Que ceux-là soient plus souvent de gauche que de droite est ce qui devrait, au delà de la sanction du Président, inquiéter les dirigeants de l'UMP.
Lecture : La société de défiance de Algan et Cahuc
Le déficit de confiance des Français est mesuré d'après les résultats de deux sondages internationaux, l'International Survey Program (ISP) et le World Values Survey (WVS), qui posent des questions sur la confiance à quelques milliers de personnes un peu partout dans le monde. De ces sources, il ressort que les Français sont plus méfiants que la plupart des habitants des pays développés : ils sont plus nombreux qu'ailleurs à penser que pour arriver au sommet, il faut être corrompu, à n'avoir aucune confiance en la justice, dans le parlement et dans les syndicats.
Mais peut-être faudrait-il avant de tirer des conclusions définitives de ces résultats s'entendre sur ce que l'on veut dire lorsque l'on parle de confiance, un mot que l'on peut traduire en anglais de deux façons, par confidence ou trust. Les sondages semblent faire plutôt allusion à la défiance à l'égard des institutions (syndicats, parlement, justice), mais il y a aussi la confiance à l'égard de ses proches, de ses voisins… Peut-être faudrait-il également s'interroger sur la pertinence de ces sondages. On peut très bien éprouver de la défiance à l'égard de certaines institutions et de la confiance à l'égard d'autres. Des questions sur la confiance à l'égard de l'école ou de la santé auraient peut-être donné des résultats différents et nuancé les conclusions.
Cette interrogation sur la pertinence de ces sondages aurait été d'autant plus justifiée que les conclusions de ces deux enquêtes sont démenties par d'autres plus "pointues" qui interrogent les citoyens sur la confiance qu'ils portent à, par exemple, internet, au commerce électronique. On découvre alors que les champions de la confiance de l'ISP et du WVS ne sont pas plus confiants que les Français, le sont même parfois moins (voir, là-dessus, OCDE, Etude exploratoire pour la mesure de la confiance dans l'environnement en ligne, décembre 2005).
Les Français ne souffriraient pas seulement d'un déficit de confiance, ils auraient également très peu d'esprit civique, beaucoup moins en tout cas que les habitants des pays nordiques et des pays anglo-saxons. Et, pour le prouver, Algan et Cahuc s'appuient sur trois séries de données :
- une expérience menée par le Reader's Digest qui "perd" un portefeuille avec 50 dollars dans plusieurs villes. Le nom et l'adresse du propriétaire sont très clairement inscrit dans le portefeuille. Les parisiens le rapportent moins souvent que la plupart des habitants des autres grandes villes (encore que leur score, 61% de portefeuilles rapportés ne soit pas scandaleux),
- une statistique sur les infractions à la circulation des personnels diplomatiques de l'ONU à New-York. Ces personnels sont dispensés de payer les amendes, mais les policiers n'en continuent pas moins de verbaliser. Les Français sont parmi les mauvais élèves,
- une enquête internationale sur la corruption selon laquelle les multinationales françaises seraient plus enclines que d'autres à pratiquer la corruption.
L'enquête sur la corruption repose sur des enquêtes d'opinion auprès de chefs d'entreprise dont la validité est très contestable. Que vaut l'opinion d'un chef d'entreprise qui n'a eu de contact avec une multinationale que par ouïe-dire? qui ne connaît ses pratiques commerciales que par la lecture de la presse?
Les deux autres sources sont plus intéressantes, mais comment ne pas leur reprocher leur fragilité? Suffit-il d'une expérience et d'une analyse des comportements de quelques diplomates pour juger des comportements civiques d'un peuple? Des données sur la fraude fiscale auraient certainement été beaucoup plus significatives.
Algan et Cahuc mettent en corrélations ces données dont le moins qu'on puisse dire est qu'elles sont fragiles, et les performances économiques de la France : "les déficits de confiance et de civisme accompagnent bien les médiocres performances de l'économie française depuis (au moins deux décennies)." Sans plus de commentaires! Comme si établir une corrélation suffisait. On aurait aimé qu'ils établissent un lien de causalité, qu'ils expliquent en quoi la confiance améliore les performances économiques. Et ceci en allant au delà des considérations générales sur la fluidité du commerce qu'une plus grande confiance favorise que l'on trouve depuis toujours dans la littérature économique. On aurait aimé qu'ils nous expliquent en quoi le déficit de confiance limite les échanges et modifie les comportements des acteurs économiques. Cela aurait été d'autant plus intéressant que l'on sait que des pays à confiance élevée comme les Etats-Unis ont des pratiques contractuelles beaucoup plus rigoureuses que la France, ce qui amène au moins une question : pourquoi des Français qui ne se font pas confiance laissent-ils autant de zones d'ombre dans les contrats qu'ils passent entre eux quand les Américains qui se font tellement plus confiance prévoient tout dans le plus grand détail?
La suite est encore plus acrobatique. Les premières enquêtes internationales sur la confiance datant du début des années 80, les deux auteurs sont en peine de répondre à deux questions importantes :
- la France a-t-elle toujours souffert de ce déficit de confiance?
- Et si ce n'est pas le cas, de quand celui-ci date-t-il?
A défaut de meilleures données, ils se tournent vers une enquête américaine sur les immigrants de différentes origines. "Si l'on trouve, écrivent-ils, que les Français descendants d'immigrés arrivés au début du XXe siècle ont un niveau de confiance mutuelle plus élevé que les descendants d'immigrés provenant de pays différents à la même époque, c'est vraisemblablement parce que les Français arrivés au début du XXe siècle étaient plus confiants que ceux d'autres pays." Cette enquête pose des questions sur la confiance voisines de celles des deux enquêtes internationales et donne l'origine géographique des personnes interrogées sur plusieurs générations. Algan et Cahuc en concluent que "la confiance mutuelle était plus développée en France au début du XXe siècle." Là encore on peut s'interroger sur la méthode : y a-t-il encore aujourd'hui aux Etats-Unis beaucoup d'immigrés d'origine française dont tous les parents et grands-parents sont également d'origine française. Le mélange des populations rend difficilement tenable sur plusieurs générations leur thèse de la transmission intergénérationnelle des attitudes sociales. Or, c'est bien ce qu'ils doivent faire pour remonter au début du XXe siècle.
Quelques acrobaties plus loin, nos deux auteurs concluent que la défiance (et sans doute l'incivisme, mais ils ne le disent pas) est apparue en France au lendemain de la seconde guerre mondiale. Ce qui leur permet d'introduire leur thèse : le corporatisme et l'étatisme, en un mot le modèle social mis en place au lendemain de la seconde guerre mondiale, est à l'origine de cette défiance. Tout le reste du livre consiste montrer comment le corporatisme et l'étatisme propre à ce système social dégradent la confiance et contribuent donc aux médiocres performances de l'économie française.
La deuxième partie de l'ouvrage analyse :
- le corporatisme et l'étatisme du modèle social en s'appuyant sur la distinction de Esping-Andersen entre les modèles conservateurs (comme le modèle français), libéral (à l'anglo-saxonne) et social-démocrate,
- la peur du marché, la réglementation et la corruption,
- la défiance et le marché du travail.
On y retrouve des attaques justes, mais convenues contre la complexité des procédures pour créer une entreprise, contre les professions protégées, notamment les taxis auxquels les auteurs consacrent près de trois pages d'un opuscule qui n'en a pas 100. Ce qu'ils disent est pertinent, mais n'est-ce pas accorder trop d'importance à une petite corporation? Qui peut vraiment affirmer que les taxis, les pharmaciens ou les notaires sont caractéristiques de l'économie française? Il s'agit de traces d'une économie ancienne, corporatiste qui se délite lentement (trop lentement, sans doute) depuis des décennies. L'économie française n'est pas une économie d'offices ministériels.
Les développements sur les relations sociales sont articulés autour de deux thèmes :
- le déficit de confiance et la faiblesse de la syndicalisation,
- la faiblesse syndicale et l'intervention étatique.
Autant les analyses sur le deuxième point sont convaincantes : à défaut de négociation sociale dans les entreprises ou les branches, l'Etat intervient, légifère et augmente le salaire minimum. autant la corrélation entre faiblesse syndicale et déficit de confiance parait fragile. Il est vrai que la défiance à l'égard d'autrui ne facilite pas le développement d'activités collectives, mais comment expliquer que syndicalisme ait résisté dans certains secteurs si la défiance est la seule clef? D'autres facteurs doivent naturellement être convoqués dans l'analyse : la structure de l'économie (avec, notamment, le poids très lourd des petites entreprises dans lesquelles il n'est pas facile de se syndiquer), le développement de la précarité qui rend la syndicalisation inutile (à quoi bon adhérer à une organisation pour quelques semaines ou quelques mois seulement?), la spécialisation des organisations syndicales dans des activités de service (comités d'entreprise) et de gestion d'organismes paritaires qui leur permettent de survivre sans avoir besoin de beaucoup de militants…
Les dernières analyses portent sur le modèle danois et la flexisécurité. Les auteurs tentent de répondre à deux questions : d'où vient son succès et a-t-il des chances, s'il est importé en France, de rencontrer autant de succès. Leur réponse : ce système fonctionne parce que les Danois ont un sens civique développé, comme le montrent le nombre de ceux qui trouvent "injustifiable de réclamer indûment des aides publiques auxquelles on n'a pas droit." Il y a donc de bonnes chances qu'il fonctionne moins bien dans les pays, comme la France, où nombreux sont ceux qui trouvent acceptable de bénéficier d'aides auxquelles on n'a pas droit.
Cette introduction de la morale dans le discours économique laisse rêveur. Si les Danois ne s'attardent pas dans le chômage alors même que les allocations sont très généreuses, c'est peut être parce qu'ils sont plus "moraux" que d'autres, mais c'est peut-être aussi que le système prévoit des sanctions sévères pour les tricheurs rapidement identifiés, que les agences de l'emploi sont extrêmement efficaces et que le système de formation des chômeurs est très performant. Une analyse historique des performances du modèle danois, comme celle de Andersen & Svarer (Flexicurity – labour market performance in Denmark, 2007) leur aurait montré que la flexisécurité à la danoise (peu de protection de l'emploi, des allocations chômage généreuses) n'a pas toujours empêché le chômage de longue durée, qu'il n'est vraiment efficace que depuis le milieu des années 90, quand une série de réformes ont introduit des politiques de recherche de l'emploi plus actives et… des sanctions pour les tricheurs. Autant dire que le sens civique n'a pas grand chose à voir là-dedans.
Dans leurs conclusions Algan et Cahuc font quelques prédictions dont le moins qu'on puisse dire est qu'elles sont conjecturales :
- "la réduction du déficit de confiance par rapport à la Suède impliquerait une baisse du taux de chômage de trois points de pourcentage" ;
- "le PIB français serait accru de 5% en France, soit une hausse de près de 1500€ par personne si les Français avaient la même confiance envers leurs concitoyens que les Suédois."
Dommage que la confiance ne se décrète pas.
Ce livre, on l'a compris, ne m'a pas convaincu, même si plusieurs de ses analyses sont pertinentes. Ses deux grands défauts sont 1) la faiblesse des données utilisées pour mesurer le déficit de confiance et l'esprit civique et 2) l'utilisation systématique de calculs de corrélation qui peuvent suggérer des pistes de réflexion mais ne se substituent certainement pas à des analyses plus fines et à la recherche de relations de causalité entre différents phénomènes. Malgré l'utilisation d'un très grand nombre de sources et de données, on reste dans l'impressionnisme.
mercredi, mars 05, 2008
Les réformes invisibles
On sait qu'il a commencé par réduire le coût des heures supplémentaires, on sait également qu'il envisage de transformer les mécanismes d'épargne forcée que sont la participation et l'intéressement en bonus ou prime annuelle. On peut craindre que ces mesures aient un effet médiocre sur le pouvoir d'achat :
- les premiers résultats sur les heures supplémentaires sont décevants (540 millions d'€ au dernier trimestre 2007 quand F.Fillon annonçait que le coût annuel pour l'Etat serait de 4 à 5 milliards) et comment pourrait-il en être autrement, alors que les chefs d'entreprise ne demandent à leurs salariés des heures supplémentaires que lorsqu'ils en ont besoin?
- le déblocage de la participation et de l'intéressement risque de se heurter à deux obstacles : il a déjà été réalisé deux fois ces dernières années, nombre de salariés qui avaient besoin de ce déblocage (pour s'acheter un appartement…) en ont déjà profité ; utiliser l'argent de l'épargne pour ses dépenses courantes (ce à quoi revient en fait le projet gouvernemental) peut mettre mal à l'aise des salariés qui ne veulent pas "manger" un capital constitué discrètement sans le moindre effort (sur ce sujet, voir ma chronique sur Aligre).
Mais elles pourraient avoir un effet significatif et inattendu sur le fonctionnement du marché du travail. Il s'agit, dans les deux cas, de mesures qui donnent plus de flexibilité à la masse salariale. Le salarié fait des heures supplémentaires s'il y a du travail et il perçoit des primes et bonus si l'entreprise a réalisé des bénéfices. Cette part variable pourrait être importante, avoisiner les 10% du revenu salarial. L'intéressement moyen est de 1200€, le montant moyen de la participation est du même ordre. Soit à peu de choses près, le salaire brut moyen : 2440€.
Ces mesures devraient être bien accueillies par le MEDEF tant la flexibilité de la masse salariale est une préoccupation constante des dirigeants d'entreprises.
Ils peuvent l'obtenir de plusieurs manières :
- en ajustant les effectifs, en licenciant dans les périodes difficiles et en recrutant dans les périodes fastes. Cette méthode suppose un marché du travail actif et l'absence d'obstacles aux licenciements,
- en jouant de la précarité : l'intérim, l'externalisation, le temps partiel ont été autant de méthodes utilisées par les entreprises depuis le début des années 70 pour contenir et maîtriser la masse salariale (l'externalisation et l'intérim permettent tout à la fois 1) de désolidariser (c'est-à-dire diminuer) les rémunérations des salariés occupant des emplois qui ne relèvent pas du coeur de métier de l'entreprise (gardiennage, transports, logistique…) de celles données aux salariés sans lesquels l'entreprise ne pourrait pas fonctionner et 2) d'ajuster en permanence les effectifs aux besoins (on se sépare des intérimaires quand la charge de travail diminue),
- en jouant sur les rémunérations, en les rendant flexibles, en hausse lorsque l'entreprise se porte bien, en baisse lorsqu'elle rencontre des difficultés.
C'est, avec les réformes en cours, vers ce modèle que nous nous dirigeons. Modèle qui n'a rien de nouveau. C'est celui qui dominait dans les années 70 en Corée, à Singapour. Il a des avantages : il évite les licenciements dans les périodes difficiles et permet aux entreprises de proposer à leurs collaborateurs des emplois à vie à peu de frais, mais il a aussi des inconvénients : il supprime tout amortisseur et accélère les crises puisque les salariés aux revenus amoindris consomment moins.
Je ne suis pas certain que ceux qui travaillent aujourd'hui sur des solutions au problème du pouvoir d'achat aient envisagé ces conséquences, mais sans le savoir (et c'est en ce sens que je parle de réformes invisibles) ils pourraient très bien modifier en profondeur le fonctionnement du marché du travail et avec lui la gestion des entreprises. Avec des effets positifs (réduction de la précarité, modification de l'attitude à l'égard de l'emploi) et sans doute d'autres qui le sont moins.
vendredi, février 22, 2008
7 motifs de ne pas toucher à la laïcité
- la loi de 1905 n'est aujourd'hui contestée par personne, sinon, semble-t-il par le Président de la République. Aucune autorité religieuse, aucun parti politique, que ce soit à droite ou à gauche, ne la conteste. Même les conflits sur l'enseignement se sont éteints. Il n'y a pas de demande sociale pour revenir dessus. Pourquoi en créer une de manière artificielle?
- le système que cette loi a créé fonctionne de manière satisfaisante. Il a contribué à limiter la constitution de ghettos et le développement de réflexes communautaires : la création d'un ghetto commence lorsque les pouvoirs publics délèguent à des autorités communautaires, souvent religieuses, la police de leur quartier (exemple : la Grande-Bretagne, les Pays-Bas…). Le seul point qui pose problème est l'expression de l'appartenance religieuse dans l'espace des institutions publiques (école, contacts avec des usagers dans la fonction publique). Mais il doit être relativisé : la plupart des musulmanes (puisque c'est d'elle qu'il s'agit) l'ont accepté ;
- la laïcité est vécue par une majorité de Français comme une composante majeure de leur identité nationale à coté de la langue. C'est avec l'apprentissage du français, la première règle que l'on demande aux migrants de respecter. Pourquoi vouloir brouiller l'image que nous avons de nous-même? D'autres vivent avec d'autres règles et s'en accommodent? Soit, mais est-ce un motif pour changer ce qui nous convient ?
- la laïcité à la française a de nombreuses vertus : elle n'interdit à personne de croire ce qu'il souhaite, mais, en traçant une frontière entre le public et le privé, elle a évité la confusion des genres dans un grand nombre de domaines, la politique (voulons-nous vraiment d'un Président qui nous explique comment il a prié avant de prendre une décision grave?), l'enseignement, la science…
- cette règle structure profondément notre espace public et contribue au rôle de l'Etat dans la société française : nous confions à l'Etat des missions (enseignement, oeuvres caritatives, aides aux plus démunis) qui sont ailleurs déléguées à des institutions religieuses, comme en Allemagne où chacun doit payer un impôt religieux qui sert à financer les associations caritatives ;
- prétendre que les religions ont une autorité morale particulière est pour le moins contestable. Depuis Kant, les philosophes qui traitent de morale ont mis entre parenthèses la religion. Des sociétés a-religieuses ne respectent pas moins des règles morales que les sociétés religieuses ;
- les comportements réels des Eglises et leurs effets sur la vie quotidienne des uns et des autres invitent à se méfier de leur influence. Faut-il le rappeler? C'est au nom de Dieu que l'on commet des attentats suicide, que l'on interdit l'usage du préservatif dans des sociétés minées par le Sida, que l'on conteste le darwinisme… De manière plus générale, le bilan des Eglises dans les crises les plus graves du 20ème siècle est particulièrement maigre : on ne voit pas qu'elles se soient mieux comportées que le reste de la société ;
J'ajouterai pour conclure que voir la loi de 1905 remise en cause par un Président qui a divorcé deux fois et s'est remarié trois fois prêt à sourire. Peut-il pourrait-il s'imposer cette règle de fidélité que l'Eglise demande à tous les couples qu'elle marie.
vendredi, février 15, 2008
Sarkozy : y a-t-il eu tromperie sur la marchandise?
- la politique n'est pas contestée, à preuve la bonne tenue de François Filllon dans les sondages,
- le problème, c'est Nicolas Sarkozy, la manière dont il exerce son métier, les yachts de ses amis, ses vacances à Pétra (entre nous, quelle hypocrisie de la part de journalistes qui sont tous allés au moins une fois visiter ces lieux splendides!).
Il est possible que ce soit l'explication, mais j'en vois au moins une autre : le sentiment d'une tromperie sur la marchandise. Je m'explique : Nicolas Sarkozy a été élu pour mener une politique de droite classique, avec plus de discipline (qui veut également dire rigueur budgétaire), la récompense de l'effort, une dose de libéralisme et la remise en cause des avantages acquis. Or, lorsque l'on regarde la politique qu'il mène, on découvre :
- qu'il conduit de manière relativement timide ce programme de réformes de droite classique : pas de sélection à l'entrée à l'université, une réforme des régimes spéciaux dont chacun sent bien qu'elle patine, un choc de confiance qui ne vient pas…
- qu'il consacre beaucoup de son temps à une "révolution culturelle" pour laquelle personne ne l'a mandaté. Je fais allusion à ce qu'il dit sur le rôle de la religion (sujet qui le met en porte-à-faux avec l'essentiel de la société française si attachée à cette idée de laïcité que l'on peut dire qu'elle est avec la langue une des composantes de notre identité nationale), mais aussi à son atlantisme affiché qui l'oppose à une opinion qui appréciait l'anti-américanisme de Chirac et à cette ouverture qui va probablement bien au delà de la seule tactique anti-socialiste. Sarkozy a probablement en tête, avec cette ouverture, une réécriture de notre système politique où l'opposition gauche-droite s'effacerait au profit d'une opposition entre écuries présidentielles.
Si cette interprétation est correcte, la désaffection à l'égard de Sarkozy viendrait de ce qu'il fait autre chose que ce pour quoi il a été élu. A contrario, la popularité de son premier ministre viendrait, non pas de sa discrétion sarthoise affichée, mais de ce qu'il tente d'appliquer le programme du Président.
jeudi, février 14, 2008
Sarkozy en figurine pour publicité
C'est plutôt amusant mais je ne suis pas sûr que cela amuse ceux qui pensent que la fonction présidentielle mérite un peu de respect.
On remarquera tout de même la réactivité des publicitaires. Avec les nouvelles technologies de création et, surtout, de diffusion, on peut construire des publicités qui suivent l'actualité au plus près.
"Confier à chaque enfant de CM2 la mémoire d'un enfant victime de la Shoah"
Je n'ai pas très envie de voir là un coup médiatique, une pierre dans la reconstruction d'une image dégradée, même si cela y participe probablement. Et, de fait, je recevrais avec bienveillance cette mesure si elle ne s'inscrivait dans deux des constantes du discours politique de Nicolas Sarkozy qui me paraissent contestables : la construction d'une société des victimes et la hiérarchisation de celles-ci.
Traditionnellement, on demandait aux élèves dans les écoles d'honorer les héros. On les emmenait assister aux défilés du 14 juillet, on donnait à leur école le nom de personnalités qui s'étaient montrées particulièrement héroïques (Guy Moquet, Pierre Guéguin…). On leur demande aujourd'hui d'honorer des victimes innocentes, doublement innocentes parce qu'enfants et juifs. C'est évidemment tout à fait différent. D'un coté, on valorise la volonté, le courage, la révolte contre les injustices, le don de soi pour des valeurs, la patrie, autrui…, on souhaite susciter de l'admiration, donner en exemple, de l'autre, on met en avant la compassion pour des personnes victimes non pas pour ce qu'elles ont fait, non pas même pour ce qu'elles croient ("A Auschwitz, on ne mourrait pas pour sa foi" dit Benny Lévy dans Etre juif et André Néher qu'il cite : "Après que la loi nazie eut défini comme juifs tous ceux qui ont un grand-parent juif, les juifs ont été massacrés à cause de la foi juive de leurs grands-parents. Si ces arrière-grands-parents avaient abandonné la foi juive et n'avaient pas élevé d'enfants juifs, leurs descendants à la quatrième génération auraient pu être parmi les criminels") mais pour ce qu'elles sont.
Je ne sais pas ce qui est le meilleur du point de vue pédagogique, je ne suis pas sûr que la construction d'un imaginaire collectif basé sur les seules victimes soit souhaitable (il faudrait relire dans le détail René Girard et Nietzche), mais cela participe de cette politique de la victime que Nicolas Sarkozy développe et que l'on retrouve dans sa politique judiciaire, dans les propos de Rachida Dati ("Ce sont les victimes qui priment", "Il faut que le préjudice des familles des victimes soit reconnu pour qu'elles puissent faire leur deuil"…) voire même dans la manière dont la justice est présentée par la presse au quotidien, dont on oppose, même dans les cas les plus techniques, la parole des victimes (ou de leurs proches) et celle de ceux que l'on juge (ce matin même, sur France Inter, on opposait la douleur des familles des 5 pompiers morts dans la lutte contre un incendie à la propriétaire du studio dans lequel le feu a pris et dont on ne sait si la négligence est responsable du sinistre, comme si la douleur des victimes devait peser sur la recherche de la vérité, comme si la réparation de leur souffrance ne pouvait passer que par la désignation et la condamnation d'un coupable. Comment ne pas penser à cette phrase de Nietzsche : "Les martyrs ont nui à la vérité").
Cette initiative conforte, par ailleurs, l'étrange et très discutable hiérarchie des victimes que Nicolas Sarkozy pratique. Il y a, d'un coté, celles que l'on honore, dont on prend soin et, de l'autre, celles auxquelles on refuse le statut même de victime, victimes de la colonisation et de l'esclavage (c'est bien ce que veut dire "pas de repentance"), mais aussi enfants juifs exclus de cet hommage parce qu'étrangers : le Président ne parle que des enfants français, mais combien d'enfants étrangers, vivant sur le territoire français, ont été victimes de la Shoa? En ce sens, on peut craindre que cette mesure ne contribue à aiguiser cette guerre des mémoires qui s'est déclarée dans notre pays, guerre d'autant plus dangereuse qu'elle confond en permanence le juif victime d'hier au juif "réel" d'aujourd'hui qui ne se laisse pas faire, ne laisse rien passer et se bat pour ses droits. Confusion qui ne peut que choquer qui éprouve de la sympathie pour ces autres victimes que sont les Palestiniens.
mercredi, février 13, 2008
De la torture à l'intelligence artificielle
J'ai actuellement sur ma table de travail Brainstorms, un recueil de Daniel Dennett (le philosophe américain) que j'ai consulté pour la deuxième version de mon livre sur le management Google (en deux mots et pour ceux que cela intriguerait, j'y oppose les réserves à l'égard de la technique de la culture et des philosophes européens, comme Heidegger ou Ellul, à la confiance que lui font les Américains, confiance dont je vois un témoignage dans la manière dont Dennett, Fodor, Putnam et quelques autres, ont abordé les questions de l'intelligence artificielle) et la biographie de Jean Améry, un essayiste et romancier autrichien qui a vécu en France, en Belgique et en Allemagne et a écrit des textes importants sur la torture, sujet sur lequel j'ai travaillé il y a peu (voir Tortures en Irak : l'inquiétante candeur américaine publié dans les Temps Modernes).
Dans l'un des articles de ce recueil, Dennett se demande si un ordinateur peut ressentir de la douleur. Cet article s'achève sur ces quelques mot : "thoughtful people would refrain from kicking such a robot". Améry explique, lui, que la torture nous déshumanise, "fait de nous un corps, abolit la contradiction de la mort et nous fait vivre notre propre mort." Et ajoute : "celui qui a été torturé reste un torturé (…) Je pendouille toujours, vingt deux après, suspendu au bout de mes bras disloqués à un mètre du sol."
D'où cette question qui m'est venue à l'esprit et que j'aimerais poser à Dennett : peut-on torturer un robot?
mardi, février 12, 2008
Ségolène : pourquoi tant d'animosité?
Sans doute est-ce que tous trois ont un parcours un peu similaire : venus de milieux de droite, ils se sont engagés à gauche. Les milieux sont différents : bourgeoisie provinciale pour Mitterrand, bourgeoisie cultivée et raffinée pour Fabius, droite catholique, autoritaire et traditionnelle pour Ségolène Royal. Mais tous trois ont conservé quelque chose de cette origine qui rappelle en permanence d'où ils viennent : les bonnes manières de Fabius, une certaine raideur chez Ségolène, des amitiés pour Mitterrand. Or, ce quelque chose leur fait doublement tort : cela fait douter de leur légitimité de gauche (un ouvrier sera toujours pour des néo-marxistes plus naturellement à gauche qu'un bourgeois) mais aussi de leur engagement. Quoiqu'ils fassent, il n'est pas complet puisqu'ils continuent de partager valeurs et comportements avec l'adversaire.
Ségolène a, de plus, sur ses deux prédécesseurs un handicap majeur : elle s'exprime mal en public, elle a du charisme mais elle n'est pas bon orateur alors que s'exprimer correctement, avec élégance et naturel, ce que faisait François Mitterrand, ce que fait Laurent Fabius dont les discours sans notes suscitent toujours autant d'admiration, est un atout majeur à gauche surtout pour qui est en décalage par rapport à l'image traditionnelle du militant de gauche : cela permet de séduire, de bluffer les intellectuels, les fonctionnaires, les professeurs, les journalistes, tous les faiseurs d'opinion qui peuvent juger en expert de l'habileté rhétorique d'un politique. Une belle langue est nécessaire pour réussir à gauche quand on n'a pas cette légitimité que donnent une naissance populaire ou l'appartenance à une corporation qui fait profession de servir l'intérêt général.
On dira que Ségolène Royal n'est pas la première à mal s'exprimer. Et l'on aura raison. Mais la comparaison avec d'autres est intéressante et instructive.
On se souvient des phrases alambiquées, très longues et parsemées de vocabulaire technocratique de Michel Rocard. Personne n'y comprenait rien, mais il en ressortait une impression de compétences, de connaissance des dossiers qui donnaient envie de lui faire confiance : lui comprenait, maîtrisait ce que nous ne comprenions pas.
Dominique Strauss-Khan ne s'exprime pas non plus très bien, mais ses discours donnent une impression d'intelligence qui fait oublier ses pataquès et autres faiblesses grammaticales.
Il n'y a rien de pareil chez Ségolène Royal. Ses défauts d'expression deviennent chez elle des faiblesses de caractère ou, pire encore, de ses capacités intellectuelles. La bravitude, joli mot-valise, qui prononcé par De Gaulle, Fabius ou Mitterrand aurait enchanté les journalistes, aurait porté à leur crédit (quelle invention! quelle liberté avec la langue avec les conventions!) est devenu, chez elle, barbarisme, objet de moquerie. Et pour un motif tout simple : personne n'a cru à un jeu de mot volontaire tant elle pratique l'à peu près dans son expression publique.
Parce qu'elle maltraite la langue, on la soupçonne de ne pas maîtriser ses dossiers et d'être incompétente. C'est naturellement injuste. Mais comment juger de l'authenticité et de la capacité d'un politique sinon par la manière dont il exprime ses vues?
samedi, février 09, 2008
Sarkozy ; cherche Ségolène désesperément
- les élus de l’UMP, ses ministres auraient serré les rangs autour de lui. Leurs réponses aux aux attaques de la gauche auraient caché, masqué leurs divergences, mis en au second plan plusieurs des faiblesses du Président. On aurait oublié, ou négligé, son coté bling bling au profit de ses résultats, du traité européen, notamment, dont on aurait beaucoup plus parlé.
- ses électeurs auraient fait de même, gardant pour eux leur déception,
- quant aux journalistes ils se seraient rangés dans leur camp, ceux de droite évitant les critiques trop frontales.
Faute d’un adversaire bien identifié, les critiques se sont libérés, ils sont partout, chez les amis comme chez les autres. Et pas moins cruels chez les plus proches. Ce qui rend beaucoup plus compliquée la riposte. Faut-il s’en prendre aux ministres qui ruent dans les brancards? aux députés qui boudent? aux journalistes qui font circuler des bruits peu aimables? Nicolas Sarkozy a choisi de répondre à tous les coups. Il ne peut sans doute pas faire autrement, mais à tirer ainsi sur tous les buissons qui bougent, l’artilleur épuise ses munitions, donne le sentiment de perdre son sang froid et ajoute de l’eau au moulin des critiques qui s’interrogent sur sa dimension d’homme d’Etat.
Beaucoup disent déjà qu'il aura du mal à rebondir. Qu’il est, pour reprendre une expression que j’ai entendue dans la bouche d’un de ses électeurs, “carbonisé”. C’est sans doute aller un peu vite en besogne. Mais il aura du mal à se reconstruire sans le soutien d’un adversaire qui soude autour de lui ses amis, les aide à hiérarchiser ses priorités, à donner du sens à une action que plus personne ne comprend bien. Vu l’état du PS, ce n’est pas pour demain.
jeudi, février 07, 2008
Taxis : la réforme à reculons
Pour la troisième fois en quelques mois (en septembre dernier, le 30 janvier et le 6 février), les taxis se sont mis en grève bloquant la circulation un peu partout en France. Leur cible : les projets de déréglementation contenus dans le rapport Attali. On remarquera l'insolite de cette grève qui vise non pas une loi, pas même un projet de loi mais quelques lignes d'un rapport dont nul ne sait s'il sera appliqué. Ajoutons qu'en septembre dernier, les taxis n'avaient même pas l'excuse de ce rapport pour bloquer la circulation et faire rater leur train ou leur avion à des dizaines de malheureux qui n'y pouvaient mais.
Le succès de ces mouvements s'explique sans doute par la sociologie de cette population de travailleurs indépendants qui se fréquentent beaucoup dans les stations, ne manquent jamais une occasion de se plaindre (à les entendre personne ne travaille plus qu'eux) et ne gagnent pas très bien leur vie. Le chiffre d'affaire de la profession (55 590 conducteurs) ne dépasse pas les 3 milliards d'$, ce qui fait un CA de l'ordre de 54 000€ annuel par conducteur. Une fois payées leur voiture, l'essence et remboursé leurs emprunts, il n'y a effectivement pas de quoi rouler sur l'or même si certains s'en tirent mieux que d'autres. Cela pourrait les inciter à rechercher une autre organisation de leur profession. S'ils ne le font pas, c'est que le système actuel les enrichit sans rien faire. Oui, sans rien faire!
Le nombre de "plaques" délivrées par les préfectures, plaques indispensables pour travailler, étant depuis des années bloqué, les prix de celles-ci ont monté jusqu'à atteindre des sommes absurdes (190 000€ à Paris, 300 000€ à Nice). Cette augmentation du prix des plaques de taxi est un effet secondaire, inattendu du chômage de masse qui a introduit dans le métier une nouvelle population : des salariés qui ont perdu leur emploi, perçu des indemnités et qui doutent de la possibilité de retrouver un emploi rapidement. Le métier de taxi leur parait "facile" (conduire un taxi ne demande pas de grandes compétences, il suffit de trois mois pour se former) et sans grands risques (investir dans un commerce est certainement plus risqué que d'investir dans une plaque de taxi). Résultat de ce décalage organisé de l'offre et de la demande, l'achat de la plaque est devenu un excellent placement. La même plaque parisienne qui vaut aujourd'hui 190 000€ en valait 120 000€ en 2000, soit une progression de 60% en 7 ans. Qui dit mieux? Il n'y a pas que les capitalistes qui s'enrichissent en dormant!
Pour financer cette plaque, mais aussi leur voiture, les taxis empruntent. Les remboursements réduisent leurs revenus, d'où ces plaintes et protestations permanentes. Comme ils ne veulent pas d'une déréglementation qui réduirait la valeur de leur plaque, qu'ils sont pris à la gorge par des coûts toujours plus élevés, que les tarifs sont administrés, ils demandent aux pouvoirs publics de régler leurs problèmes. Un jour, ils manifestent et obtiennent la détaxation du carburant, le lendemain une augmentation des tarifs plus ou moins déguisée (comme il y a quelques mois par la modification du début et de la fin des heures de nuit). Mais qui dit augmentation des tarifs dit réduction du nombre de courses. En 1960, les taxis effectuaient 20 prises en charge par jour, ils n'en réalisent plus que 13 par jour.
Il serait intéressant de calculer l'effet d'une baisse des prix des taxis sur la circulation automobile. A partir de quel moment, il serait plus intéressant pour les parisiens de prendre un taxi plutôt que leur voiture. Si des études de ce type existent, elles sont bien cachées. En attendant, les pouvoirs publics que les derniers sondages ont affolé, cèdent, rendant un peu plus illisible leur politique. Mais c'est une autre affaire.
mercredi, janvier 30, 2008
Une photo de Carla Bruni vaut 500 000€
Comment éviter demain la confusion des genres et l'exploitation de l'image de la compagne du Président (et donc, indirectement, la sienne) dans des campagnes publicitaires? comment échapper aux soupçons? En demandant à Madame Bruni de ne plus faire de publicité, de chansons? C'est un peu dur… et pourtant.
jeudi, janvier 24, 2008
Sarkozy = Pétain?
J'imagine qu'il ne s'agit que d'un geste d'intimidation lancé à l'égard d'un contestataire qui dérape, mais ne serait-il pas temps de supprimer cette notion même d'outrage au chef de l'Etat qui ne grandit jamais ceux qui l'utilisent? Lorsque l'on parle de De Gaulle et de sa grandeur, je me souviens toujours de ce jeune homme condamné à quelques jours de prison dans les années 60 pour avoir écrit sur un mur "De Gaulle, salaud" et je ne peux m'empêcher de penser que cette condamnation insignifiante (encore que…) met une ombre déplaisante sur le"grand homme".
mercredi, janvier 23, 2008
Bernard Lavilliers pris la main dans le sac
- que Claude Roy n'est pas si oublié que cela (enfin, qu'il a encore des lecteurs prêts à prendre la plume pour défendre sa mémoire),
- que le "communiste" Lavilliers a de nombreux amateurs chez les lecteurs de ce journal que l'on imaginait plus conservateurs (il est vrai qu'aimer les chansons de Lavilliers peut passer pour un peu "vieillot", disons, pour une manière de préférer les années 70 aux années 2000),
- qu'il n'en est pas à son premier couper-coller un peu audacieux,
- que, grâce à internet, ce journal est lu au Québec,
- et, enfin, que beaucoup de lecteurs ont appris à utiliser Google pour retrouver les "inspirations".
Impôts "invisibles"
Régulièrement, on nous annonce la création de nouvelles taxes pour financer des programmes particuliers :
- il y avait eu la taxe de 2% sur les ventes de poissons dans les grandes surfaces pour financer la filière pêche et moderniser la flotte,
- il y a eu, il y a quelques jours, l'annonce du financement de la suppression de la publicité sur les chaînes publiques par la création d'une taxe sur les ventes d'ordinateurs, de téléviseurs et les sociétés de téléphonie mobile,
- puis, une semaine plus tard, ce projet d'une taxe de 2 à 3 euros sur les chambres de palaces (bénéfice attendu : 50 millions d'euros par an) annoncé par la ministre de la culture.
Ces taxes ont quelques "avantages" : elles sont à peu près invisibles, elles épargnent les populations les plus remuantes (pas question de taxer les petits poissonniers ou les petits hôteliers) et laissent de marbre la plupart (qui ira se plaindre d'une augmentation du prix des chambres des palaces?).
Mais elles ont aussi de nombreux défauts. Pas besoin d'être un spécialiste pour voir que cela complique un système fiscal dont chacun nous dit qu'il gagnerait à être simplifié. Pas besoin, non plus, d'être grand calculateur pour voir que cela augmente ces prélèvements obligatoires dont tout le monde nous dit qu'il faudrait les diminuer et réduit, pour certaines au moins (le poisson, les téléviseurs…) ce pouvoir d'achat que l'on voudrait augmenter. Cela introduit, enfin, des distorsions de toutes sortes sur le marché au risque d'aller à l'encontre de politiques que l'on poursuit par ailleurs. Pour ne prendre que cet exemple : augmenter le prix du poisson frais, produit déjà cher, dans les grandes surfaces ne peut que favoriser le transfert vers les produits industriels que les nutritionnistes déconseillent si vivement (voir, hier, l'article du Monde : Manger sain, plus facile à dire qu'à faire).
mardi, janvier 22, 2008
David Martinon en candidat à Neuilly
lundi, janvier 21, 2008
Une défense des syndicats en riant
vendredi, janvier 18, 2008
Choqué
Mais pas besoin de Libé pour sentir que le vent tourne. On ne parle que de lui dans les dîners en ville. Lui, vous l’avez compris, c’est Nicolas Sarkozy. On en parle tant que des gens qui jamais ne vous auraient dit pour qui ils votaient, vous l’avouent, pour s’en excuser ou s’en laver les mains (“moi, Dieu merci, je n’y suis pour rien”). Autant dire que les procureurs sont plus nombreux que les avocats et qu’il ne trouve plus grâce auprès de grand monde. Les rares malheureux qui tentent de le défendre sont rapidement à court d’arguments tant le feu de leurs adversaires est nourri.
Mitterrand a été beaucoup haï en son temps, parce qu’il avait trahi sa classe sociale et qu’il s’était allié avec les communistes, je me demande si Sarkozy n’est pas en passe de l’être tout autant mais pour d’autres motifs.
La plupart des critiques que je rencontre dans des dîners parisiens disent que sa vie privée n’est pour pas grand chose dans ce rejet palpable, qu’elle ne les gêne pas, même s’ils regrettent son étalage. Disent-ils vrai? Je n’en suis pas certain.
Personnellement, je n’ai jamais partagé ses choix politiques, je crois qu’il se trompe lourdement sur de nombreux sujets, sur l’immigration, notamment, mais sa vie privée et l’indiscrétion dont il fait preuve me choquent au delà de ces différences d’opinion. Au risque de paraître abominablement conventionnel (ce que je suis sans doute) :
- je ne comprends pas qu’un Président nous parle en permanence de Dieu et de nos racines chrétiennes (ce n’est pas notre tradition, cela va contre notre identité nationale, si ce mot a un sens), je le comprends moins encore venant de quelqu’un qui a divorcé deux fois,
- je n’apprécie pas qu’un Président de la République affiche avec autant d’impertinence et d’ostentation ses amours : cela ne nous regarde tout simplement pas,
- je n’aime pas qu’un homme qui passe sa vie à exhorter les autres à travailler toujours plus vive aux frais d’industriels qui tirent parti de sa politique (qui sera le grand gagnant de la fin de la publicité sur les chaînes publiques, sinon Bolloré, propriétaire de Direct 8, une des chaînes de la TNT?),
- je déteste voir nos journaux, quotidiens et hebdomadaires, condamnés à faire la course avec Closer ou Point de vue - Images du Monde.
Conventionnel et ringard? Sans doute, mais suis-je le seul?
PS Je parlerai mardi prochain sur AligreFM de la fin de publicité sur les chaînes publiques. Le sujet est plus grave et plus inquiétant. L'émission sera mise en ligne mardi on pourra la consulter ici.
mardi, janvier 15, 2008
La hache californienne
"L'état de Californie, après des années de budgets excédentaire, se trouve actuellement en déficit. Assez lourdement du fait de moins bonnes rentrées fiscales en particulier. Sans rentrer dans le détail, ce qui est spectaculaire, ce sont les propositions du gouverneur, Arnold Scharzenegger :
- Coupe de plus de 4 milliards dans les budgets des écoles
- Coupe de plus d'un 1 milliards dans les budgets de la sécu locale, les aides sociales...
- Fermeture de 48 parcs
- Libération de 22.000 prisonniers pour faire de la place dans les prisons
- ...
Dans les premières réactions, ce qui frappe aussi c'est que pratiquement personne (cela a changé après) ne parlait de la possibilité d'augmenter les recettes, c'est-à-dire d'augmenter les impôts."
Comme le dit Malo, "A coté, Sarkozy parait un gauchiste utopique ! Ici, on prend la hache et on discute (un peu) après..." J'imagine que cela tient à ce que ceux qui votent (les classes moyennes) sont moins dépendantes de l'Etat que chez nous. Après tout, pourquoi se préoccuper du budget de l'éducation si l'on envoie ses enfants dans des établissements privés? Reste que Malo raconte qu'il est arrivé à San Francisco en plein blackout (2 millions de personnes privés d'électricité dans la baie). Il y a certainement un rapport de cause à effet.
vendredi, janvier 11, 2008
Sur l'antiparlementarisme d'Alain Badiou
Il n'y a pas que cela dans ce livre, il y a aussi le développement d'une thèse sur le pétainisme de Nicolas Sarkozy, thèse qu'ont retenue les quelques journalistes qui ont parlé de ce livre, et qui vaut mieux que ce que la formule peut avoir de provocant. Badiou explique clairement que Sarkozy n'est pas Pétain, mais qu'il relève de cette même tradition (ce n'est pas ainsi qu'il s'exprime puisqu'il parle de pétainisme transcendental) qui a commencé avec le retour, sous la Restauration, des immigrés dans les fourgons de l'ennemi, qui s'est poursuivie, sous la Commune, avec la reconquête du pouvoir par la bourgeoisie à l'ombre des armées ennemies, puis, en 1940, avec l'installation d'un Etat français à la botte de l'occupant allemand. Sarkozy s'inscrit, nous explique Badiou, dans cette tradition par son programme réactionnaire, sa volonté, propre à ses prédécesseurs, d'en finir avec la dernière révolution populaire (voir son discours hallucinant sur 1968) et par ses références permanentes à l'étranger, toujours présenté comme sachant mieux que nous faire ce qu'il faut. Tout cela se soutient, mais revenons au coeur de l'ouvrage : cette tentative, qui n'est pas inédite chez Badiou, de fonder un antiparlementarisme d'extrême-gauche.
L'antiparlementarisme n'est pas une nouveauté. Il est en général associé à l'extrême-droite qui l'a développé sous trois nuances que l'on connaît bien :
- la nuance royaliste : le lien entre le roi et le peuple est fondé sur un lien surnaturel, c'est de Dieu que le roi tire son autorité (c'est l'Eglise catholique qui a poussé le plus loin ce raisonnement, allant jusqu'à dire le Pape infaillible),
- la nuance fasciste : le leader entretient, grâce à son charisme, un lien direct avec le peuple qui rend inutile tout intermédiaire,
- la nuance poujadiste qui ne voit dans les élus que des corrompus, c'est le fameux tous pourris.
On remarquera que le Front National a, en définitive, relativement développé ces thèses. Seul le thème du tous pourris est revenu régulièrement dans les discours de ses dirigeants.
Dans les années 60, s'est développé aux Etats-Unis, un antiparlementarisme d'un genre nouveau, chez les économistes les plus libéraux, chez Milton Friedman et ches les théoriciens de l'école du Public Choice, notamment Tullock et Buchanan. La démocratie représentative, expliquaient-ils, donne aux citoyens de mettre des obstacles au libre jeu du marché. Il convient donc, disaient-ils, de modifier le système électoral et de généraliser les majorités qualifiées (à 60, 70%) qui rendent beaucoup plus improbables ces dérives. Pour Milton Friedman, le meilleur système était celui de Hong-Kong d'avant le retour de la Chine communiste, qui garantissait les libertés économiques mais limitait les libertés politiques.
Ces thèses très académiques ne sont pas imposées dans le débat politique, mais elles ont nourri les réflexions de tous ceux qui ont analysé les succès économiques de la Chine après la chute du mur Berlin et les difficultés de la Russie qui avait choisi, sous l'impulsion de Gorbatchev et Elstine, de construire une société démocratique. On retrouve leur inspiration chez certains de ceux qui réfléchissent aujourd'hui aux institutions européennes.
L'antiparlementarisme de Badiou est d'une toute autre nature, puisqu'il s'inscrit dans la suite de "blanc bonnet - bonnet blanc" de Jacques Duclos aux élections présidentielles de 1969. On se souvient que le dirigeant communiste avait alors appelé à s'abstenir expliquant (avec, d'ailleurs, d'excellents motifs) qu'il n'y avait pas de différence entre Poher et Pompidou. Pour Badiou, il n'y en a pas non plus entre Sarkozy et Royal, non qu'ils aient proposé les mêmes politiques, mais, plus simplement, parce que le régime parlementaire est le fourrier du capitalisme.
Il l'est en ce qu'il est profondément corruption du politique. Non que les politiques s'en mettent tous plein les poches, mais le régime parlementaire est asservissement de la puissance gouvernementale au cours des affaires. Nous tenons, collectivement, que "l'enrichissement, collectif ou privé, est le but naturel des actions politiques." (p.121) Dit autrement, la démocratie est corrompue parce qu'elle crée les conditions du développement capitaliste, soit exactement le symétrique de l'argument de Milton Friedman et des théoriciens de l'école du Public Choice.
Alain Badiou ne développe pas beaucoup plus. Pour le communiste qu'il est et continue d'être malgré l'échec et les crimes (qu'il passe à peu près sous silence) des régimes socialistes, l'important est d'établir ce lien entre démocratie parlementaire et capitalisme. Mais on peut essayer d'aller plus loin et se demander, poursuivant dans sa ligne de pensée, comment la démocratie parlementaire peut contribuer au développement du capitalisme.
On se souvient qu'Amartya Sen a montré qu'elle informait les politiques des besoins de la population, qu'elle les rendait sensibles à ceux-ci et les forçait à orienter les dépenses publiques dans la bonne direction. On pourrait ajouter qu'elle conduit à la mise en place des règles qui :
- égalisent les conditions de la concurrence ou, du moins, limitent les écarts entre opérateurs et facilitent donc le libre jeu de la concurrence : une durée du travail, un salaire minimum, l'obligation de payer les mêmes cotisations… mettent sur le même plan des entrepreneurs qui ont des situations de départ très différentes,
- redistribuent vers le plus grand nombre une partie des richesses produites par le capitalisme, grâce à différents mécanismes qui vont du salaire minimum aux différentes aides apportées aux plus démunis, évitant ainsi une concentration qui freinerait son développement,
- font circuler les richesses produites entre les générations, grâce, notamment, aux droits de succession, ce qui favorise l'émergence de nouvelles entreprises, de nouvelles idées et le développement de la concurrence.
Toutes règles qui sont demandées par les citoyens et obtenues de haute lutte dans le combat politique, mais qui favorisent le développement économique. A l'inverse de ce que l'on dit du coté des libéraux, le capitalisme a besoin pour se développer de ces règles que lui impose la démocratie parlementaire. C'est en ce sens que l'on peut reprendre et retourner l'argument de Badiou. Oui, la démocratie parlementaire a partie liée avec le capitalisme, mais bien loin d'être un motif de la critiquer, ce devrait en être un de la défendre puisque cela correspond au souhait d'enrichissement individuel et collectif des citoyens.
lundi, janvier 07, 2008
It's a free world de Ken Loach
On connaît l'histoire : une jeune femme, mère célibataire de milieu populaire qui a accumulé les emplois précaires décide, après s'être fait licencier par un patron à la main baladeuse, de créer sa propre agence de placement de travailleurs immigrés. Elle est efficace, énergique et… impitoyable. Le film nous décrit les conditions de vie effrayantes des immigrés, surtout des sans-papiers (travailleurs qu'un patron indélicat refuse de payer, vie dans des caravanes, queues chaque matin devant le bureau de placement pour trouver un emploi à la journée, voire dit à un moment Angie, l'héroïne de Loach, à l'heure) au temps de l'ouverture de l'Europe à l'Est (ces immigrés sont presque tous européens). Il nous montre comment les plus pauvres sont exploités par presque aussi pauvres qu'eux.
Le malaise vient de ce que l'on hésite sur les conclusions à tirer de ce récit. Faut-il fermer les frontières, interdire l'accès des étrangers (même européens) à nos marchés du travail? A un moment, Angie dit à son père que ses pratiques horrifient : "tu n'as qu'à entrer au Front National". Et c'est là, au fond, la leçon que l'on peut tirer de ce film, leçon que ne nous donne pas Loach, mais que le spectateur peut tirer de l'analyse de son malaise : si l'on veut satisfaire les revendications d'une partie de la classe ouvrière, il faut fermer les frontières, limiter voire interdire la circulation des personnes au sein de l'Europe, mais cela ne peut se faire qu'au dépens d'autres moins deux autres catégories de travailleurs : les immigrés qui n'ont pas de travail chez eux, et les travailleurs qui vivent dans les entreprises qui profitent de la globalisation.
Ce film illustre cette explosion des classes populaires que je décrivais dans une note précédente et qui est, je crois, au coeur des défaites successives des gauches européennes qui, incapables de construire un programme qui unisse toutes les composantes des classes populaires, les laisse donc naviguer entre l'extrême-droite (qui a ce programme protectionniste et anti-immigré), l'extrême-gauche anti-européenne et la gauche traditionnelle.
Comme souvent chez Loach, ce film est plus militant que sociologique. Je doute que beaucoup de patrons se satisfont de travailleurs recrutés à la journée, qu'il faut former, équiper, guider chaque matin. S'ils existent, ils sont une infirme minorité plus à chercher du coté des entreprises maffieuses que du coté des entreprises classiques. Mais peu importe, ce film met l'accent sur un point qui fait souffrir et dont la gauche ne se sortira qu'en abordant cette question de front.
dimanche, janvier 06, 2008
Changement climatique, Paris, ville sous l'Equateur?
Pour ceux que cela intéresse, on peut trouver leur article sur le site du Journal of Organic Chemistry.
vendredi, janvier 04, 2008
Evaluer les ministres?
Evaluer les politiques est une excellente chose qui devrait être développée. Evaluer les fonctionnaires au regard des objectifs qu'ils ont négocié avec leur hiérarchie serait également une excellente chose. Je le dis d'autant plus volontiers que je l'ai répété plusieurs années durant dans des séminaires que je donnais à Sciences-Po et dont trouvera ici le texte qui me servait à l'animer. Mais évaluer les ministres est une toute autre affaire. On devine bien l'inspiration : traiter les ministres comme les cadres dirigeants d'une grande entreprise. Mais je vois au projet tel qu'il nous est présenté dans cet article du Monde au moins trois obstacles.
Les ministres ne sont pas, d'abord, les patrons de leur administration comme peut l'être le directeur d'un service dans une grande entreprise. Ils n'ont pas les mêmes moyens de se faire obéir et de faire appliquer leur politique. Tout simplement parce qu'ils ne connaissent pas, le plus souvent, une administration qu'ils découvrent lorsqu'ils sont nommés et qu'ils risquent de quitter très rapidement. A l'inverse d'un cadre supérieur, ils n'ont pas le temps d'investir dans la connaissance de leurs équipes. Ils l'ont d'autant moins que leur principal champ d'activité est ailleurs, sur le plan politique, au Parlement, dans les campagnes électorales pour les prochaines municipales… Leur temps, celui de la politique, n'est pas celui de l'administration. Ils ne font pas que passer, ils peuvent à tout moment être révoqués, ils sont sur un siège éjectable, elle dure. La création de cabinets ministériels toujours plus importants auprès des ministres est la meilleure preuve de cette incompatibilité des temps politique et administratif.
Les critères choisis semblent, ensuite, l'avoir été de manière arbitraire en fonction des objectifs politiques du moment pour frapper l'opinion, mais on ne voit pas bien comment ils pourraient servir à évaluer les ministres. Est-ce Brice Hortefeux qu'il faut juger sur le nombre de reconduites à la frontière ou cette politique du nombre que l'administration n'arrive pas à conduire ? Comment peut-on évaluer Xavier Darcos sur le nombre d'heures supplémentaires réalisées par les enseignants alors même que l'on n'a aucune expérience en la matière? que l'on ne sait pas comment vont réagir les enseignants? que l'on ne sait même pas de combien d'heures supplémentaires on a effectivement besoin? Les plus ridicules sont, sans doute, les critères retenus pour l'évaluation du ministre de la culture : "l'évolution de la fréquentation des musées lorsqu'ils sont gratuits", "la part de marché des films français en France", ou "l'évolution du piratage des fichiers audio et vidéo". Quel moyen son administration ou elle-même ont-elles d'agir sur ces indicateurs? Les politiques menées dans chacun de ces domaines peuvent-être bonnes ou mauvaises, donner des résultats ou ne pas en donner, mais est-ce la ministre qui les définit? N'est-ce pas plutôt le Président et le gouvernement qui les accepte ou refuse?
L'appel à une société de conseil pose, enfin, plusieurs types de problèmes :
- il existe dans l'administration des institutions (Cour des Comptes, inspections des Ministères, CAE…) qui avaient tout autant légitimité qu'un cabinet privé de culture américaine (son fondateur Dominique Mars vient du BCG) pour mener ce type de mission et qui auraient certainement su mieux résister aux demandes politiques qu'un fournisseur extérieur,
- les cabinets privés connaissent mal les mondes de la fonction publique et de la politique et risquent de commettre des erreurs d'appréciation liés à cette méconnaissance,
- on ne sait pas si ce cabinet a la moindre référence dans ce domaine, si ces méthodes ont été testées.
Tout cela fait du bruit, mais je ne suis pas sûr que ce soit très sérieux.