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lundi, août 11, 2008

La popularité de Nicolas Sarkozy

Les sondages les plus récents semblent indiquer une remontée de la popularité de Nicolas Sarkozy. A l'inverse de nombre de commentateurs, je pense que ce n'est probablement qu'un début. Et cela pour cinq motifs :

- Nicolas Sarkozy a, d'abord, connu au début de l'été, quelques beaux succès, le plus visible étant, bien sûr, la réunion d'une quarantaine de chefs d'Etat à Paris à l'occasion du 14 juillet. Disons-le simplement : il fallait le faire. Ces succès l'emporteront certainement dans l'opinion sur les maladresses et bafouillages de la politique chinoise ;

- le calme sur le front du bling-bling, grâce à une politique de communication plus discrète et à l'offensive de charme (élégance, distinction, intelligence et discrétion) de Carla Bruni ;

- la banalisation de l'anti-sarkozysme. La presse en a tant fait que ses électeurs se sont repris tandis que ses adversaires se sont épuisés ;

- une présence de tous les instants sur les terrains qui préoccupent ou inquiètent l'opinion. Que l'Elysée ait fait savoir que le général de la gendarmerie devait tous les soirs rendre compte de l'enquête sur la disparition du petit Louis, cet enfant de deux ans disparu quelques heures pendant les vacances donne le sentiment que l'on est gouverné (sentiment perdu dans les dernières années du chiraquisme) ;

- et, enfin, une meilleure compréhension des réformes.

La multiplication des réformes dans toutes les directions a d'abord troublé. Puis, au fil des mois, chacun a pu les classer en trois catégories :

- les réformes mineures qui ne changeront probablement pas grand chose, comme celle des institutions, comme le service minimum ou les 35 heures ;

- les réformes prometteuses comme celle de l'université (prometteuse ne veut pas dire qu'elles seront efficaces mais qu'elles peuvent l'être et méritent donc d'être tentées malgré les oppositions) ou celle de l'Etat ;

- les réformes nuisibles ou désagréables, comme la fermeture de casernes de l'armées de terre, la suppression d'emplois à l''Education Nationale ou la suppression de la publicité à la télévision et ses conséquences.

Dit autrement : ses réformes et sa politique sont devenues plus lisibles. Chacun a, naturellement, son palmarès, mais cette typologie, mineures/prometteuses/nuisibles joue en faveur de Nicolas Sarkozy, elle revient à dire : "il n'y a pas que de mauvaises choses dans sa politique".

Tout cela ne rendra pas Nicolas Sarkozy très populaire, mais cela lui permettra de reconquérir une partie de cette popularité qu'il avait au tout début de son mandat. Et c'est, sans doute, de son point de vue l'essentiel. Cela devrait inciter les socialistes à recentrer leurs critiques sur celles de ces réformes que l'électorat de gauche juge le plus nuisible.

vendredi, février 15, 2008

Sarkozy : y a-t-il eu tromperie sur la marchandise?

Depuis quelques jours, les débats télévisés ne portent plus que sur la chute de Sarkozy dans les sondages. Les commentaires, toujours très savants, tournent en général autour de deux idées :

- la politique n'est pas contestée, à preuve la bonne tenue de François Filllon dans les sondages,

- le problème, c'est Nicolas Sarkozy, la manière dont il exerce son métier, les yachts de ses amis, ses vacances à Pétra (entre nous, quelle hypocrisie de la part de journalistes qui sont tous allés au moins une fois visiter ces lieux splendides!).

Il est possible que ce soit l'explication, mais j'en vois au moins une autre : le sentiment d'une tromperie sur la marchandise. Je m'explique : Nicolas Sarkozy a été élu pour mener une politique de droite classique, avec plus de discipline (qui veut également dire rigueur budgétaire), la récompense de l'effort, une dose de libéralisme et la remise en cause des avantages acquis. Or, lorsque l'on regarde la politique qu'il mène, on découvre :

- qu'il conduit de manière relativement timide ce programme de réformes de droite classique : pas de sélection à l'entrée à l'université, une réforme des régimes spéciaux dont chacun sent bien qu'elle patine, un choc de confiance qui ne vient pas…

- qu'il consacre beaucoup de son temps à une "révolution culturelle" pour laquelle personne ne l'a mandaté. Je fais allusion à ce qu'il dit sur le rôle de la religion (sujet qui le met en porte-à-faux avec l'essentiel de la société française si attachée à cette idée de laïcité que l'on peut dire qu'elle est avec la langue une des composantes de notre identité nationale), mais aussi à son atlantisme affiché qui l'oppose à une opinion qui appréciait l'anti-américanisme de Chirac et à cette ouverture qui va probablement bien au delà de la seule tactique anti-socialiste. Sarkozy a probablement en tête, avec cette ouverture, une réécriture de notre système politique où l'opposition gauche-droite s'effacerait au profit d'une opposition entre écuries présidentielles.

Si cette interprétation est correcte, la désaffection à l'égard de Sarkozy viendrait de ce qu'il fait autre chose que ce pour quoi il a été élu. A contrario, la popularité de son premier ministre viendrait, non pas de sa discrétion sarthoise affichée, mais de ce qu'il tente d'appliquer le programme du Président.

samedi, février 09, 2008

Sarkozy ; cherche Ségolène désesperément

L’absence de leader à gauche, le silence du PS que la presse dénonce à longueur de colonnes ont sans doute contribué à la chute vertigineuse de Nicolas Sarkozy dans les sondages. S’il avait eu en face de lui un(e) adversaire de sa taille, plusieurs des facteurs qui ont contribué à ce dérapage dans l’opinion lui auraient été épargnés :

- les élus de l’UMP, ses ministres auraient serré les rangs autour de lui. Leurs réponses aux aux attaques de la gauche auraient caché, masqué leurs divergences, mis en au second plan plusieurs des faiblesses du Président. On aurait oublié, ou négligé, son coté bling bling au profit de ses résultats, du traité européen, notamment, dont on aurait beaucoup plus parlé.

- ses électeurs auraient fait de même, gardant pour eux leur déception,

- quant aux journalistes ils se seraient rangés dans leur camp, ceux de droite évitant les critiques trop frontales.

Faute d’un adversaire bien identifié, les critiques se sont libérés, ils sont partout, chez les amis comme chez les autres. Et pas moins cruels chez les plus proches. Ce qui rend beaucoup plus compliquée la riposte. Faut-il s’en prendre aux ministres qui ruent dans les brancards? aux députés qui boudent? aux journalistes qui font circuler des bruits peu aimables? Nicolas Sarkozy a choisi de répondre à tous les coups. Il ne peut sans doute pas faire autrement, mais à tirer ainsi sur tous les buissons qui bougent, l’artilleur épuise ses munitions, donne le sentiment de perdre son sang froid et ajoute de l’eau au moulin des critiques qui s’interrogent sur sa dimension d’homme d’Etat.

Beaucoup disent déjà qu'il aura du mal à rebondir. Qu’il est, pour reprendre une expression que j’ai entendue dans la bouche d’un de ses électeurs, “carbonisé”. C’est sans doute aller un peu vite en besogne. Mais il aura du mal à se reconstruire sans le soutien d’un adversaire qui soude autour de lui ses amis, les aide à hiérarchiser ses priorités, à donner du sens à une action que plus personne ne comprend bien. Vu l’état du PS, ce n’est pas pour demain.

jeudi, janvier 24, 2008

Sarkozy = Pétain?

Il y quelques jours, je rendais compte ici même du livre d'Alain Badiou, De quoi Sarkozy est-il le nom?, succès de librairie dans lequel le philosophe s'interrogeait sur le pétainisme transcendental de Nicolas Sarkozy. Formule qu'il a utilisée à plusieurs reprises à la télévision sans être le moins du monde inquiété. Tout le monde n'a pas cette chance. Rue 89 nous indique qu'un militant de la CNT qui parlait de pétainisme dans un courrier à Claude Guéant du temps où Nicolas Sarkozy était ministre de l'intérieur est aujourd'hui poursuivi en justice, par le Président, pour outrage.

J'imagine qu'il ne s'agit que d'un geste d'intimidation lancé à l'égard d'un contestataire qui dérape, mais ne serait-il pas temps de supprimer cette notion même d'outrage au chef de l'Etat qui ne grandit jamais ceux qui l'utilisent? Lorsque l'on parle de De Gaulle et de sa grandeur, je me souviens toujours de ce jeune homme condamné à quelques jours de prison dans les années 60 pour avoir écrit sur un mur "De Gaulle, salaud" et je ne peux m'empêcher de penser que cette condamnation insignifiante (encore que…) met une ombre déplaisante sur le"grand homme".

mardi, janvier 22, 2008

David Martinon en candidat à Neuilly

David Martinon est porte-parole de l'Elysée et candidat à Neuilly. Je ne sais pas s'il est bon dans son premier rôle, mais le candidat n'impressionne ni par son talent d'orateur ni par la profondeur des consignes qu'il donne aux jeunes militants de l'UMP auxquels il s'adresse dans cette vidéo que les gens de Bakchich ont trouvé sur DailyMotion et légèrement raccourcie. Ceci explique peut-être qu'il n'ait pas été accueilli avec enthousiasme par les militants de l'UMP local.

vendredi, décembre 21, 2007

"La République a besoin de croyants" (sic)

Les déclarations de Nicolas Sarkozy laissent de plus en plus souvent perplexes. Voilà qu’à Rome, il critique la laïcité à la française… au risque de susciter en France les réactions les plus vives, y compris dans son camp. Comme si cela l’amusait, comme s’il avait choisi de faire de la politique une permanente provocation.

On dira que ce n’est pas la première fois qu’il aborde ce sujet. Déjà lorsqu’il était ministre de l’intérieur, il avait critiqué la loi de 1905. Mais depuis, est venue son idée de créer un ministère de l’identité nationale. Et là, on ne comprend plus. Si identité nationale française il y a, elle est, de l’aveu même des avocats de ce ministère, à chercher du coté de la langue française et de la laïcité. Être Français, c’est, nous ont-ils expliqué en long et en large, accepter cette règle de la laïcité que Sarkozy critique aujourd’hui. Ce fut un des thèmes récurrents du colloque sur l’intégration et l’immigration qui s’est tenu il y a quelques semaines à Paris et j’ai rendu compte ici. Alors? Incohérence? Changement de cap? Mots en l’air pour plaire à son interlocuteur? On ne sait plus à quel saint se vouer.

dimanche, décembre 09, 2007

Trop faciles, les réformes!

Nicolas Sarkozy est en passe de réussir l'un des points forts de son programmes : les réformes. Celle sur les régimes spéciaux de retraite est bien engagée, celles sur la fusion de l'ANPE et l'Unedic et la réorganisation du ministère de l'économie et des finances sont également en bonne voie. Au delà des satisfecit bien légitimes (qui pourrait reprocher à un politique de se féliciter de ses succès et de se comparer avantageusement à ses prédécesseurs?), ces succés amènent à s'interroger sur les causes de ces réussites après tant d'échecs.

Deux au moins de ces réformes relèvent du même scénario : depuis longtemps envisagées, préparées par de nombreux rapports, elles ont suscité une forte opposition des salariés concernés, voire des conflits majeurs qui ont vu le gouvernement reculer au point que leurs promoteurs (Juppé, Sauter) ne s'en sont pas remis.

Or, cette fois-ci, cela parait en bonne voie. Pourquoi?

Dans le cas de la SNCF, deux facteurs semblent avoir été déterminants :

- le renouvellement des équipes. Encore que je n'ai pas vu de chiffres, on peut penser qu'en 12 ans, les effectifs de l'entreprise ont été fortement renouvelés, surtout dans ces métiers où l'on part le plus tôt à la retraite. Les cheminots entrés dans l'entreprise depuis 1995 savaient bien que leur régime de retraite était menacé, qu'il y avait de fortes chances qu'ils n'en bénéficient pas pleinement ;

- l'évolution des organisations syndicales sur le sujet. A part Sud, qui campait sur les 37,5 annuités de cotisations, toutes les autres centrales avaient accepté, fut-ce du bout des lèvres, le principe d'un allongement des durées de cotisation.

Au Ministère de l'Economie et des Finances, on observe des évolutions voisines. L'idée de guichet unique pour les contribuables a fait son chemin, au point que la CGT en a fait la promotion dans ses publications sous le nom d'Hôtels et de Maisons des Finances où sont regroupées les différentes administration. Ce n'est pas tout à fait la réforme voulue par le gouvernement, mais on en est proche.

Dans les deux cas, le plus frappant est l'évolution des organisations syndicales qui ne s'opposent plus frontalement aux projets gouvernementaux, mais tentent, par différents biais, de les ajuster de manière à les rendre le moins douloureuses possibles pour les salariés. Or, cela fait une différence considérable.

Dès lors que les organisations syndicales ne s'opposent plus frontalement au projet de réforme, dès lors qu'elles n'en contestent plus le sens et l'esprit, il reste à négocier des contre-parties pour les salariés dont la situation va évoluer. C'est beaucoup plus facile, surtout si le gouvernement s'est à ce point engagé dans l'affirmation de sa volonté de réforme qu'il est près à beaucoup (c'est-à-dire à ouvrir large son portefeuille) pour atteindre son objectif. Paradoxalement, les organisations syndicales n'ont jamais été en meilleure position pour négocier des avantages pour leurs mandants. Leur défaite apparente (elles ont cédé sur l'objectif affiché par le gouvernement) leur donne en réalité le moyen de négocier dans les meilleures conditions.

En résumé, l'un (Nicolas Sarkozy) aura triomphé sans beaucoup d'efforts quand les autres vont gagner beaucoup au prix d'une petite défaite dans les médias.

On a beaucoup dit que les organisations syndicales avaient mis de l'eau dans leur vin pour ne pas se mettre à dos les salariés du privé qu'elles tentent par ailleurs de séduire, que cela a contribué aux différences d'appréciation entre la CGT cheminots et Bernard Thibault. L'argument n'est pas complètement convaincant : le salarié qui souhaite être bien défendu a intérêt à se rapprocher des organisations les plus déterminées. Sa gêne occassionelle, bien loin de le metre en colère contre la CGT, devrait au contraire l'inciter à s'en rapprocher dans son entreprise.

Le changement d'attitude des organisations syndicales relève probablement d'autres causes plus complexes qui renvoient à ce qui s'est passé après les crises majeures vécues à la SNCF et au Ministère de l'Economie.

Dans le cas du Ministère de l'Economie et des Finances, on ne peut exclure un effet de révision a posteriori des positions syndicales. La victoire des syndicats a été obtenue à un prix très élevé pour un gouvernement de gauche dont les syndiqués étaient plutôt proches et on a vu se développer chez certains une sorte de regret, un "nous sommes allés trop loin", "cette réforme et les conditions dans lesquelles elle était proposée ne justifiaient certainement pas ces conséquences", mouvement de regret qui a pu amener beaucopup à reconsidérer les objectifs de la réforme et à les accepter. Des enquêtes menées après le mouvement de 2000 ont montré que les agents, plutôt hostiles à la réforme avant qu'elle soit annoncée, l'acceptait après.

Dans le cas des régimes spéciaux, d'autres facteurs ont joué. Le débat n'a pas été limité à la sphère publique. Chaque agent l'a rejoué dans son univers privé, avec sa famille, ses proches, a du, pendant des années, défendre ses positions. On peut penser que ce travail souterrain, travail d'autant plus approfondi que la grève de 1995 avait été plus longue, a joué, conduit beaucoup de cheminots à réévaluer leurs positions et en a amenés beaucoup à se battre sur un nouveau terrain : oui à la réforme si elle me permet de conserver, à titre privé et personnel, les avantages que le système ma garantissait.

Dans les deux cas, la réforme aura réussi parce que préparé par un long travail réalisé en souterrain, loin des lieux de négociation traditionnels, dans les services, dans la sphère privée, là où réévalue ses positions et les construit.

Tout cela amène à nuancer le jugement que l'on pourra porter sur les réformes de Nicolas Sarkozy. Il aura d'autant plus facilement réussi :
- que le terrain a été longuement préparé,
- qu'il s'est mis en faisant monter très haut les enjeux en position de céder rapidement aux exigences des salariés.






mardi, novembre 13, 2007

Les voyages de Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy bouge beaucoup comme on peut le voir sur cette carte créée par Paul A :


Agrandir le plan

Il n'est pas le premier, Mitterrand voyageait aussi beaucoup, quoique probablement à un rythme moins endiablé. Mais cette carte est en elle-même intéressante. Elle trace assez bien la géographie mentale de notre Président, son tropisme américain, sa présence en Europe continentale (il ne va pas au Nord de l'Europe, peu en Russie), son intérêt pour l'Afrique et son manque d'intérêt pour l'Asie, l'Amérique latine, c'est-à-dire pour les pays émergents.

Il ne faut sans doute pas tirer de cette carte plus qu'elle ne peut dire (il n'est après tout qu'au tout début de son septennat) mais on aimerait lui conseiller de rééquilibrer ses déplacements, de se préoccuper un peu plus du monde qui se développe si vite.

vendredi, novembre 02, 2007

Laporte, ah Laporte…

On savait Bernard Laporte un risque pour le gouvernement. Cela se confirme d'après Le Monde d'aujourd'hui où l'on apprend qu'il est soupçonné de délit de favoritisme dans une affaire où il aurait tenté de monnayer ses amitiés avec Nicolas Sarkozy contre des actions dans un casino. Le même jour on apprenait que Maud Fontenoy autre amie de Nicolas Sarkozy jetait l'éponge et refusait le poste de secrétaire d'Etat à la jeunesse qu'on lui proposait. Elle a raison : elle évitera ainsi quelques déconvenues cuisantes, genre curiosité malsaine des journalistes, des juges et des inspecteurs du fisc.

samedi, octobre 27, 2007

Régimes spéciaux : le pataquès continue

D'après Libération de ce jour (28/10/07), le projet de préretraite généralisée pour les avocats travaillant dans des villes appelées à perdre leur tribunal dont je parlais dans un précédent billet aurait été abandonné (reste à voir ce qui va le remplacer, j'imagine qu'il ne s'agira que de variations autour du même thème), mais Nicolas Sarkozy aurait annoncé que le système de décote pour ceux qui n'ont pas cotisé 40 ans (jugé pas négociable par le gouvernement) pourrait n'être appliqué qu'aux nouveaux embauchés. Lapsus? Sans doute, mais qui illustre bien la complexité d'un dossier qui n'a été relancé que pour des motifs idéologiques.

jeudi, octobre 25, 2007

Nicolas Sarkozy est-il encore… cohérent?

Il arrive que l'on se frotte les yeux à la lecture de la presse et que l'on se demande si nos dirigeants ne sont pas tout simplement fous. C'est ce m'est arrivé il y a tout juste trois minutes. Je viens en effet de découvrir, sur le site de TF1 que Rachida Dati serait sur le point de trouver un accord avec les avocats dans sa réforme sur la carte judiciaire qui porterait sur la mise en place d'une retraite à 55 ans pour les avocats dont la juridiction est supprimée. Et ceci alors même que le gouvernement s'est engagé dans un bras de fer avec les cheminots sur leur système de retraite. J'étais tellement surpris, que j'ai vérifié que nous n'étions pas le 1er avril.

dimanche, octobre 14, 2007

Nicolas Sarkozy, la presse et le divorce du couple présidentiel

La vulgate actuelle veut que la presse française soit aux ordres de Sarkozy. C'est ce que l'on dit à gauche, mais aussi dans les média étrangers qui s'étonnent que nos journaux soient si discrets sur les mésaventures conjugales du couple présidentiel. "Les ennuis de couple du président français ne sont plus du domaine de la sphère privée. Pourtant, la presse française ne sait toujours pas comment les aborder. Une question d’éthique ? Pas seulement. Les patrons de presse sont tous amis avec le président. Tant que l’info n’est pas officielle, elle n’existe pas." écrit par exemple la Tribune de Genève qui reprend une explication que l'on entend souvent sur les amitiés présidentielles et sur leur influence sur le contenu des journaux.

Tout cela est bien évidemment plausible et, cependant… je ne suis pas sûr que ce contrôle de la presse soit si serré qu'on veut bien le dire. J'en veux pour preuve le comportement de la presse ces derniers jours à l'occasion de l'inauguration de la Cité de l'Immigration. On sait qu'aucun ministre n'était présent, que personne, au sommet de l'Etat ne souhaitait brouiller un peu plus le discours du gouvernement sur l'immigration alors qu'Hortefeux et Mariani se heurtent à une opposition inattendue. Pourtant, plusieurs titres, Le Monde, Libération, Le Parisien n'ont pas hésité à faire leurs titres sur cet événement et ont profité de l'occasion pour publier des papiers soulignant les aspects positifs de l'immigration et les crimes commis par la France pendant la période coloniale. Ils l'ont fait en toute liberté et, bien loin de se plier à la politique de communication des pouvoirs publics, ils ont ainsi marqué, de manière à peine subliminale, leur opposition à l'instrumentalisation de la question de l'immigration. En d'autres mots, ils sont, malgré toutes les amitiés, libres.

C'est au regard de cette liberté qu'il faut évaluer leur silence sur les difficultés conjugales du couple présidentiel. Ils n'en ont pas parlé, laissant les rumeurs circonscrites au milieu étroit qui se vante d'être mieux informé que la moyenne de ce qui se passe en haut lieu.

Ils peuvent l'avoir fait par respect de la vie privée. Vu le comportement de certains, on peut en douter, mais ce n'est pas une hypothèse à rejeter complètement. Ils ont fait de même avec le couple Hollande-Royal pendant la campagne présidentielle alors que les bruits de rupture couraient tout Paris.

Ils peuvent également l'avoir fait par respect de leur métier : lorsque l'on travaille au Monde ou au Figaro, on est mal à l'aise devant des informations qui relèvent plus de la presse people que de la presse d'opinion. Cette hypothèse renvoie à la hiérarchie des informations que les journalistes pratiquent spontanément : le fait divers a moins de prestige que l'information politique et le scandale financier (façon Medef et Gautier Salagnac) plus d'intérêt que les histoires d'alcôve (réservées à la presse spécialisée).

Ils peuvent encore l'avoir fait par prudence : le souvenir du fiasco toulousain est encore dans toutes les mémoires. Ou, par sympathie : le Président est aussi "l'ami" des journalistes qui l'accompagnent et cette "amitié" qu'il entretient constamment peut inciter un rédacteur à une certaine discrétion.

Leur silence peut, enfin, tenir à un problème d'organisation. Les journalistes susceptibles de traiter cette information dans les grands journaux n'ont pas accès à l'Elysée, et ceux qui y ont accès ne considèrent pas cette information comme relevant de leur champ de compétence.

J'ajouterai, pour conclure, que toutes les explications par l'amitié me paraissent fragiles. On imagine mal à un patron de presse prendre le risque d'un conflit avec ses journalistes au motif que son amitié avec le Président lui interdirait de publier dans ses colonnes un article déplaisant pour celui-ci. Les journalistes ont pris ces dernières années assez de poids dans la presse pour ne pas être soumis longtemps à pareilles pressions.

PS Cela ne veut évidemment pas dire que les propriétaires des journaux sont sans pouvoir sur leurs journalistes. Difficile de ne pas rapprocher l'activisme du Figaro dans l'affaire EADS des intérêts du groupe Dassault dans l'affaire. Mais donner à un journaliste des informations sur un sujet qui peut lui permettre de faire des papiers repris par toute la presse et lui demander de ne pas parler d'un divorce pour cause d'amitié sont deux choses différentes.

samedi, septembre 22, 2007

Rhétorique sarkozienne

Nicolas Sarkozy parle tant et tant qu'est en train de se développer une sorte de spécialité nouvelle qui est à Sarkozy ce que la kremlinologie fut un temps au Kremlin. Elle produit assez régulièrement l'occasion de belles analyses comme celle que Judith Bernard propose des dernières allocutions de notre Président. Elle convoque quelques figures de rhétorique pour nous expliquer qu'il parle pour ne rien dire, ce que l'on soupçonnait. Mais, il y a plus : la lecture des commentaires montre que beaucoup d'internautes n'en peuvent plus de cette campagne permanente. Ils ferment leur poste ou tournent le bouton lorsqu'ils croisent Nicolas Sarkozy à la radio ou à la télévision. Ce qui m'amène à cette question : combien de temps faudra-t-il pour ue ce phénomène de rejet touche une majorité de Français?

mercredi, septembre 19, 2007

Dialogue social, un leurre comme l'ouverture à gauche?

Nicolas Sarkozy n'a pas manqué une occasion, dans son discours sur le social au Sénat, de parler du dialogue social. Nul ne saurait le lui reprocher. Il en a tant parlé que j'ai eu un instant le sentiment qu'il voulait créer en France un Etat corporatiste à l'autrichienne. Mais ce n'était sans doute qu'une illusion. On en est très loin pour des tas de motifs et je ne pense pas que l'idée l'ait jamais effleuré (ou, mais c'est peut-être la même chose, qu'elle ait jamais effleuré ses conseillers).

Connaissant l'état des organisations syndicales, leur difficulté à représenter et mobiliser les travailleurs (et le MEDEF ne fait pas mieux que les syndicats ouvriers), voyant également son insistance à obtenir des résultats dans des délais si courts qu'il est matériellement impossible de les tenir, entendant ce qu'il a pu dire des électriciens ("admirables en 1999") et des conducteurs de la SNCF (tout aussi "admirables en 2005"), je me demande si tout cela ne relève pas de la tactique.

Un peu comme l'ouverture a pu anesthésier une partie de l'opinion et faire passer des mesures destinées aux plus riches (ces 15 milliards de cadeaux fiscaux que même ses amis trouvent inutiles et inefficaces), cet appel au dialogue social, ces rencontres avec les dirigeants syndicaux pourraient n'avoir pour objectif que de faire passer la pilule et éviter ou retarder le déclenchement de mouvements sociaux de grande ampleur.

Le fait de se mettre ainsi en avant peut d'ailleurs aider. On cède plus facilement au président de la République qui a une légitimité que nul ne conteste qu'à un ministre que l'on sait révocable. Et, pour dire les choses plus prosaïquement, il est plus excitant pour un dirigeant syndical d'être reçu à la Lanterne à Versailles que dans une salle de réunion du Ministère du Travail. Ce n'est pas faire injure aux Thibault, Chérèque et autres Mailly que de penser qu'ils sont comme nous tous sensibles à ce type d'attention.

Cet appel au dialogue social ne suffira évidemment pas, mais accompagné de quelques glissements et reculs subtilement négociés, il peut faire passer des mesures qui auraient autrement eu plus de difficultés à s'imposer. C'est certainement habile, reste à vérifier que les salariés se laissent faire et, surtout, que ces mesures peuvent résoudre les problèmes qu'elles prétendent traiter.

Quant au dialogue social… Nicolas Sarkozy met les organisations syndicales dans une étrange situation, un de ces double binds dont parlait d'école de Palo Alto. D'un coté, il leur dit "je vous aime" et il le répète, de l'autre, il les somme de se plier à ses désirs, de signer les accords que ses collaborateurs auront rédigés. Appliquée dans les familles, ces stratégies conduisent à la schizophrénie, dans le monde du travail, elles peuvent conduire à une fragmentation plus grande encore du champ syndical et à des conflits au sein des organisations entre ceux qu'il aura séduits et les autres.

mercredi, septembre 05, 2007

Encore Sarkozy?


Avez-vous vu cette image dans Libération de ce matin? Nicolas Sarkozy, une fois de plus? On le dirait, eh bien non, ce n'est pas lui, c'est Christian Streiff, le patron de Peugeot. On pourrait s'y tromper, et pourtant, les autres images que l'on a de lui, comme celle-ci ne suggèrent aucune ressemblance.

Qu'en conclure? que nous avons tant vu dans la presse le président ces derniers mois que nous avons des hallucinations? que les journalistes, documentalistes et rédacteurs en chefs de Libération sont à ce point séduits qu'ils le voient partout?

Il y en a tout cas quelque chose qui demande interprétation. Avec un peu de chance nous aurons samedi dans le journal un de ces commentaires qui toujours m'enchantent dans cette rubrique (oh honte!) dont je n'ai retenu ni le nom ni l'auteur mais qui commente une image publiée dans la semaine dans le journal avec autant d'acidité que de pertinence.

vendredi, juillet 20, 2007

Sarkozy a-t-il appris son métier dans les séries télé?

Les politologues devraient regarder plus souvent la télévision et, plus précisément les séries télévisées américaines. Ils y découvriraient que c'est là, sans doute, que Nicolas Sarkozy a appris son métier et puise son inspiration. Je pense à deux séries en particulier, deux bonnes séries : West Wing (Maison Blanche en français) et Commander in chief (dont je ne sais si elle a été diffusée en France). Toutes deux traitent du même sujet : la vie à la Maison Blanche. La première raconte celle d'un Président qui découvre en cours de mandat qu'il est atteint de sclérose en plaque (souvenirs, souvenirs…). La seconde celle d'une vice-présidente choisie pour rallier les voix des femmes devenue Présidente à la suite du décès du Président, contre le gré de celui-ci et de son entourage (elle est femme et indépendante, il était républicain, à moins que ce ne soit démocrate, ce n'est pas très clair dans les premiers épisodes…).

Ces deux séries donnent une image trépidante de la vie des Présidents. Leur agenda est en permanence rempli, ils interviennent sur tout et rien, les situations potentiellement catastrophiques sont légion, ils prennent des décisions (toujours difficiles, naturellement) et sont en permanence accompagnés de leur "chief of staff", de leur porte-parole et de leur spécialiste de sondage (une femme sourde dans Maison Blanche, un beau jeune homme dans Commander in chief). Les porte-parole sont dans les deux séries, des jeunes femmes, choisies pas spécialement jolies mais très efficaces (ce qui est sans doute un signe adressé aux femmes qui travaillent : elles sont en permanence stressées, n'ont pas de vie sentimentale qui vaille la peine et pas vraiment le temps de se faire belles. Un message subliminal pour les femmes cadres?).

L'image que les médias nous renvoient de Nicolas Sarkozy en hyperprésident est exactement celle que ces deux séries donnent de leur personnage principal. D'où deux hypothèses :
- les journalistes de télévision ont tant vu de séries télévisées qu'ils présentent l'actualité au travers de leurs yeux de téléspectateur : il faudrait une analyse des cadrages, du rythme des reportages… pour le vérifier,
- Nicolas Sarkozy a pris modèle sur ces deux séries.

Je préfère cette seconde hypothèse. Ne serait-ce que parce que l'on voit mal les journalistes inventer l'emploi du temps démentiel d'un Président qui a choisi, à l'image de ces modèles, de gérer par la présence.

Son agenda, au sens d'emploi du temps, est plein au point qu'on a le sentiment d'ubiquité : il est partout à la fois, il intervient sur tout, au risque d'affaiblir son Premier ministre. Son projet de conférence de presse régulière est directement empruntée à Commander in chief. Tout comme l'ouverture que l'on trouve dans les deux séries. Dans la dernière saison de Maison Blanche le nouveau Président élu choisit comme Ministre des affaires étrangères son rival malencontreux. Dans Commander in chief, la Président consulte et collabore très régulièrement avec son principal adversaire et son cabinet est composé de gens qui ne sont pas de ses amis politiques.

Naturellement, l'ouverture réelle est un peu plus compliquée que celle imaginée par les scénaristes. On l'a peu souligné, mais la première proposition de Jack Lang, supprimer le poste de Premier ministre, avait tout pour plaire à François Fillon qui a déjà du mal à exister par lui-même.

Qu'un Président puisse prendre modèle sur la télévision est bien dans l'air du temps. Ces séries télévisées sont intelligentes, bien faites, bien construites et sont, pour beaucoup, une bonne occasion de réfléchir au fonctionnement du pouvoir. Comme tout se passe aux Etats-Unis (et qu'on ne manque pas une occasion de nous le rappeler), elles incitent à penser ce fonctionnement dans le cadre des institutions américaines que beaucoup d'Européens vont finir par mieux connaître que leurs propres institutions : je n'irai pas jusqu'à recommander à Balladur, Lang et alii de les voir en boucle pour construire leurs propositions de réforme constitutionnelle, mais… cela les aiderait à trouver les solutions que leur Président attend.

Comme ces séries sont intelligentes et fines, elles construisent et imposent un modèle de dirigeant auprès desquels les "vrais", ceux qui occupent les palais officiels, font pâle figure. Ce n'est pas à Blair, Chirac ou Mitterrand que Nicolas Sarkozy doit aujourd'hui se mesurer mais à Bartlett (le Pésident de West Wing) et à Mackenzie Allen (la Présidente de Commander in chief). Ce n'est pas forcément facile…

dimanche, juillet 08, 2007

L'ouverture à gauche de N.Sarkozy forcera-t-elle la gauche à se rénover?

On imagine assez bien Nicolas Sarkozy s'amusant de l'affolement des socialistes, de leur empressement à répondre à ses appels à collaboration, on comprend l'agacement des dirigeants du PS et l'incompréhension des électeurs de gauche. Et, cependant, il y a dans ce que l'on appelle ouverture plus que de la manipulation.

Demander à Jack Lang de participer à une commission chargée de travailler sur la réforme des institutions n'est pas qu'un coup : il est légitime et normal que sur un sujet de ce type, l'opposition soit consultée. Les compétences de Jack Lang, sa capacité de travail, son expérience, son imagination ne peuvent que profiter à tous. Sans doute aurait-il mieux valu que cette commission fut parlementaire, mais son existence même serait un progrès.

Proposer Dominique Strauss-Khan pour la direction générale du FMI est habile. C'est mettre de coté l'homme de gauche qui séduit le plus les gens de droite et, en cas d'échec de sa nomination, une manière de l'affaiblir pour longtemps. Mais là encore, ses compétences, son expérience, ses qualités personnelles en font un excellent candidat

Pendant la campagne électorale François Bayrou a réuni 18% des électeurs au premier tour sur son projet de faire travailler les meilleurs des deux camps. Nicolas Sarkozy ne fait pas autre chose. Difficile de le lui reprocher. Cette ouverture devrait contribuer à décrisper les relations politiques.

Est-ce que cela va, comme on l'entend de plus en plus dire, asphyxier la gauche? Peut-être, mais cela devrait surtout l'amener à réfléchir de manière plus approfondie qu'elle n'a fait jusqu'à présent aux institutions, à son rôle, à ce qui la distingue de la droite sur de nombreux sujets. Qu'est-ce qui distingue une action de gauche d'une action de droite dans un pays comme la France où, on le voit bien, les frontières idéologiques se sont déplacées? Quelles sont les lignes d'opposition? de fracture? En d'autres mots, cela pourrait la forcer à faire de ce travail de rénovation dont ses dirigeants parlent tant sans voir qu'ils sont, par construction même, les plus mal placés pour la mener. Dans les années 70, ce n'est pas un cacique de la gauche officielle qui a rénové le parti socialiste d'alors, mais un outsider venu du centre droit : François Mitterrand.

Difficile aujourd'hui de dire qui peut mener ce travail de refondation, mais le recrutement de vedettes du PS par Nicolas Sarkozy pour des tâches qui n'ont rien de honteux (à l'inverse de ce qui s'est passé avec Besson) devrait faciliter le renouvellement des dirigeants. Si Jack Lang et DSK sont occupés ailleurs, d'autres pourront prendre leur place

dimanche, juin 10, 2007

Sarkozy en conférence de presse

En quelques heures, la vidéo montrant les premiers instants de la conférence de presse de Nicoals Sarkozy au G8 a fait le tour de la blogosphère. Le 10 juin en fin de matinée, elle avait été vue 24 569 fois sur Dailymotion et un peu plus de 18 000 fois sur Youtube. On y voit un Sarkozy un peu surprenant. A-t-il bu, comme le suggère celui qui l'a mise sur DailyMotion? Vient-il de prendre une ligne de coke, comme d'autres l'ont suggéré? Est-il plus simplement fatigué ou, hypothèse plus réaliste, ému, partagé entre le plaisir d'être là au milieu des grands (il y a dans ces images, quelque chose du petit garçon qui n'en revient pas d'être reçu à la table des grandes personnes) et l'envie d'être aimable avec ses interlocuteurs qu'il a fait attendre?

On peut multiplier les hypothèses, on voit cependant, sur cet exemple, comme sur tant d'autres, qu'une image (fixe ou animée) ne parle pas d'elle-même, à l'inverse d'un texte. Il lui faut un commentaire, un sous-titre pour qu'elle prenne un sens. Et c'est sans doute en cela que les médias audiovisuels sont si différents des médias classiques. Il n'est pas nécessaire, sur eux, de censurer, au sens de couper, d'interdire de diffusion, il suffit d'avoir un commentaire qui donne le sens que l'on souhaite à l'image que l'on diffuse.

On a reproché à la presse française de ne pas avoir diffusé ces images qui nous viennent de Belgique. Mais il aurait suffi que le journaliste les accompagne d'un commentaire sur la longueur de l'entretien avec Poutine, sur le rythme infernal de ces réunions pour que ce que ces images ont de troublant s'évanouisse. Les images ne parlent pas d'elles-mêmes

mercredi, mai 30, 2007

Pour le plaisir…

On lit parfois des phrases qui font rire de bon coeur. Et il est alors agréable de partager ce moment. En voici une trouvée sur l'excellent blog de François Mitterrand : "Pour conquérir la France, il est bon d’avoir une vision, une ambition, mais il faut aussi une volonté et une vingtaine d’hommes prêts à tout. Si l’un de ces deux éléments vient à manquer, il est inutile d’espérer. C’est ainsi que j’ai procédé, et c’est ainsi que le nouvel élu (mon meilleur élève par correspondance) m’a imité." Présenter Sarkozy en meilleur élève par correspondance de François Mitterrand, voilà qui ne manque pas de sel.

Je n'ai qu'un regret : de savoir (ou, plutôt, de craindre) que l'auteur de cet excellent blog ne sorte un jour de l'anonymat pour faire la promotion du livre qui sortira certainement de cette très jolie aventure.

mardi, mai 15, 2007

Les débauchages : version rose

L'attention que Nicolas Sarkozy porte à des personnalités de gauche qui ont le double mérite d'être plutôt populaires (c'est vrai pour Kouchner et Védrine, moins pour Allègre, même si il a conservé une bonne image chez beaucoup) et à l'abri des mesures de rétorsion électorales (quand on n'est pas élu on n'a pas grand chose à craindre de son parti) peut être interprétée comme un coup de communication (un de plus), mais on peut avoir une interprétation plus généreuse pour Sarkozy. Une interprétation qui le crédite d'une réelle intelligence politique.

Faire des propositions à des personnalités de gauche, c'est répondre par anticipation à ce qui sera probablement à terme sa principale faiblesse : le pouvoir absolu, le contrôle de tous les leviers : Présidence, Sénat, Parlement, CSA, Conseil Supérieur de la Magistrature, Conseil Constitutionnel, haute fonction publique par le jeu des nominations… On le sait, le pouvoir absolu ne peut conduire qu'à commettre des erreurs. Là-dessus, Ségolène Royal a dit, dans la campagne, à propos du CPE, des choses excellentes.

Nicolas Sarkozy ayant choisi de ne pas modifier les institutions peut chercher dans cette introduction de personnalités de gauche dans son gouvernement une sorte de contre-pouvoir. Pour éviter les dérives que le pouvoir absolu entraîne forcément, il faudrait aller au delà et nommer des personnalités de gauche à des postes qui exercent un contrôle sur le pouvoir. Il peut le faire au Parlement, avec les Présidences des Commissions, et plus tard au CSA, au Conseil Supérieur de la Magistrature… Le fera-t-il? On peut en douter, tant la tentation est forte chez chacun de se protéger des critiques.

Ces annonces de nomination ont un autre avantage : elles lui permettent d'affirmer son autorité sur son camp. Il prouve à tous ceux qui l'ont soutenu qu'il ne leur doit rien, c'est paradoxalement la meilleure manière de s'assurer de leur fidélité.