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lundi, octobre 15, 2007

Bernard Laporte : portrait acide

L'un des avantages rarement soulignés d'internet est qu'il modifie sensiblement notre perception de l'actualité. La télévision, la radio et, dans une moindre mesure, la presse quotidienne nous ont habitués à un renouvellement constant de l'actualité, renouvellement qui va avec l'oubli. On ne se souvient plus quelques jours (quelques heures, quelques minutes) plus tard de ce qui nous a choqués, émus ou mis en colère : l'information chasse l'information. Avec internet, ce n'est plus le cas. Lorsque l'on fait une requête, on retrouve des articles d'il y a quelques semaines ou quelques mois que l'on avait oubliés. Exemple : cet article du Figaro sur les activités non-sportives de Bernard Laporte.

On y apprend entre autres amabilités qu'il a été associé à la mère de deux figures du grand banditisme, qu'il est propriétaire de casinos et que la police s'est interrogée sur l'origine des fonds qui lui ont permis ces investissements. Tout cela a été écrit en septembre, au lendemain de la défaite de la France contre l'Argentine dans un journal qui n'est pourtant pas réputé pour son anti-sarkozysme. Laporte et ses amis pouvaient espérer que ces informations disparaissent. Manque de chance. Il suffit d'une interrogation sur Google pour les retrouver. Cela ne l'empêchera sans doute pas d'être ministre, mais on devine qu'au moindre incident (et sauf à rester la tête sous l'oreiller, il y aura un jour ou l'autre un incident), ces interrogations resurgiront. Au risque que l'habile coup politique se transforme en catastrophe.

dimanche, octobre 14, 2007

Nicolas Sarkozy, la presse et le divorce du couple présidentiel

La vulgate actuelle veut que la presse française soit aux ordres de Sarkozy. C'est ce que l'on dit à gauche, mais aussi dans les média étrangers qui s'étonnent que nos journaux soient si discrets sur les mésaventures conjugales du couple présidentiel. "Les ennuis de couple du président français ne sont plus du domaine de la sphère privée. Pourtant, la presse française ne sait toujours pas comment les aborder. Une question d’éthique ? Pas seulement. Les patrons de presse sont tous amis avec le président. Tant que l’info n’est pas officielle, elle n’existe pas." écrit par exemple la Tribune de Genève qui reprend une explication que l'on entend souvent sur les amitiés présidentielles et sur leur influence sur le contenu des journaux.

Tout cela est bien évidemment plausible et, cependant… je ne suis pas sûr que ce contrôle de la presse soit si serré qu'on veut bien le dire. J'en veux pour preuve le comportement de la presse ces derniers jours à l'occasion de l'inauguration de la Cité de l'Immigration. On sait qu'aucun ministre n'était présent, que personne, au sommet de l'Etat ne souhaitait brouiller un peu plus le discours du gouvernement sur l'immigration alors qu'Hortefeux et Mariani se heurtent à une opposition inattendue. Pourtant, plusieurs titres, Le Monde, Libération, Le Parisien n'ont pas hésité à faire leurs titres sur cet événement et ont profité de l'occasion pour publier des papiers soulignant les aspects positifs de l'immigration et les crimes commis par la France pendant la période coloniale. Ils l'ont fait en toute liberté et, bien loin de se plier à la politique de communication des pouvoirs publics, ils ont ainsi marqué, de manière à peine subliminale, leur opposition à l'instrumentalisation de la question de l'immigration. En d'autres mots, ils sont, malgré toutes les amitiés, libres.

C'est au regard de cette liberté qu'il faut évaluer leur silence sur les difficultés conjugales du couple présidentiel. Ils n'en ont pas parlé, laissant les rumeurs circonscrites au milieu étroit qui se vante d'être mieux informé que la moyenne de ce qui se passe en haut lieu.

Ils peuvent l'avoir fait par respect de la vie privée. Vu le comportement de certains, on peut en douter, mais ce n'est pas une hypothèse à rejeter complètement. Ils ont fait de même avec le couple Hollande-Royal pendant la campagne présidentielle alors que les bruits de rupture couraient tout Paris.

Ils peuvent également l'avoir fait par respect de leur métier : lorsque l'on travaille au Monde ou au Figaro, on est mal à l'aise devant des informations qui relèvent plus de la presse people que de la presse d'opinion. Cette hypothèse renvoie à la hiérarchie des informations que les journalistes pratiquent spontanément : le fait divers a moins de prestige que l'information politique et le scandale financier (façon Medef et Gautier Salagnac) plus d'intérêt que les histoires d'alcôve (réservées à la presse spécialisée).

Ils peuvent encore l'avoir fait par prudence : le souvenir du fiasco toulousain est encore dans toutes les mémoires. Ou, par sympathie : le Président est aussi "l'ami" des journalistes qui l'accompagnent et cette "amitié" qu'il entretient constamment peut inciter un rédacteur à une certaine discrétion.

Leur silence peut, enfin, tenir à un problème d'organisation. Les journalistes susceptibles de traiter cette information dans les grands journaux n'ont pas accès à l'Elysée, et ceux qui y ont accès ne considèrent pas cette information comme relevant de leur champ de compétence.

J'ajouterai, pour conclure, que toutes les explications par l'amitié me paraissent fragiles. On imagine mal à un patron de presse prendre le risque d'un conflit avec ses journalistes au motif que son amitié avec le Président lui interdirait de publier dans ses colonnes un article déplaisant pour celui-ci. Les journalistes ont pris ces dernières années assez de poids dans la presse pour ne pas être soumis longtemps à pareilles pressions.

PS Cela ne veut évidemment pas dire que les propriétaires des journaux sont sans pouvoir sur leurs journalistes. Difficile de ne pas rapprocher l'activisme du Figaro dans l'affaire EADS des intérêts du groupe Dassault dans l'affaire. Mais donner à un journaliste des informations sur un sujet qui peut lui permettre de faire des papiers repris par toute la presse et lui demander de ne pas parler d'un divorce pour cause d'amitié sont deux choses différentes.

mercredi, août 01, 2007

Si les NMPP voulaient la mort de la presse parisienne…

Si les NMPP voulaient la mort de la presse parisienne, elles ne s'y prendraient pas autrement. La plupart des lecteurs de la presse l'achètent en kiosque or, en été à Paris, deux kiosques sur trois sont fermés. Et qui ne trouve pas le journal oublie, tout simplement, de l'acheter. Pire encore, s'habitue à vivre sans quotidien.

Je dis en été, mais cherchez donc un journal au mois de mars à 7 heures du soir du coté de la place Saint-Augustin, vers Iéna ou à Saint-François Xavier en face du lycée Victor-Duruy. C'est pareil : les kiosques existent, mais ils sont fermés (les kiosquiers pas remplacés, à mi-temps, que sais-je). Et je ne cite là que des quartiers bourgeois, bien équipés. Dans les quartiers "populaires", c'est pire encore.

Mais revenons à l'été. Les kiosques sont fermés, les kiosquiers partis en vacances (des vacances qu'ils méritent naturellement), mais pourquoi ne sont-ils pas remplacés? La vente des journaux est trop compliquée? L'est-elle plus que celle du vin? Nicolas, que chacun connaît, organise le remplacement de ses gérants et recrute pour l'été des stagiaires étudiants, trop contents de gagner un peu d'argent, de découvrir le monde du commerce et de se rendre utiles. Les NMPP pourraient faire de même et organiser des remplacements. Cela permettrait de vendre des journaux… il parait que c'est son métier. Mais il y a certainement plus important à faire.

PS Pour ceux que cela intéresse, j'ai écrit il y a quelques années une histoire des NMPP que l'on peut trouver sur mon site principal. Instructive me disent tous ceux qui l'ont lue.

samedi, mars 10, 2007

Pas facile d'être un journal d'opinion

Les campagnes électorales étaient autrefois pain bénit pour les journaux d'opinion. Elles leur permettaient de mobiliser leurs lecteurs et tous ceux qui, quoique ne les lisant pas régulièrement, partageaient leur préférence. Je crains qu'il n'en aille aujourd'hui un peu différemment. Libération a perdu des lecteurs pendant la campagne sur la constitution européenne, ses choix pour le oui ayant choqué et agacé plusieurs de ses fidèles. La même chose pourrait se reproduire avec cette campagne présidentielle. Seul journal, avec le Nouvel Observateur, à avoir pris le parti de Ségolène Royal, il pourrait se le faire reprocher par ceux de ses lecteurs qui lui préfèrent François Bayrou. Si le rapport de force entre les deux candidats était, comme lors des précédentes élections présidentielles, très déséquilibré (personne n'avait alors imaginé que Chevénement précède Jospin), il lui serait assez facile de garder deux fers au feu. Mais dès lors qu'ils sont au coude à coude, impossible de ménager l'un et l'autre sans heurter les plus militants de leurs lecteurs. Ils sont, donc, condamnés à faire un choix qui, quel qu'il soit, leur fera perdre quelques ventes, ce qui n'est pas une bonne nouvelle dans leur situation. Difficile d'être un journal d'opinion lorsque l'opinion hésite...