mercredi, mars 29, 2006

Le projet de loi Sarkozy sur l'immigration

Nicolas Sarkozy présente ce matin en conseil des ministres son projet de loi sur l'immigration. On en connait l'esprit depuis l'interview qu'il a donnée en février dernier au Journal du Dimanche :
- accent mis sur l'immigration économique, avec l'instauration de quotas et priorité donnée aux immigrés disposant des compétences élevées dont l'économie française a besoin,
- régime beaucoup plus rigoureux pour les étudiants avec sélection à l'entrée, création de quotas basés sur les capacités d'accueil et obligation de retourner chez soi à la fin de ses études,
- lutte contre les mariages mixtes, le mariage avec un français ne donnant plus aux immigrés clandestins la possibilité d'obtenir une carte de séjour,
- fin de la "prime" à la clandestinité : 10 ans de séjour irrégulier en France ne donneront plus droit à une carte de séjour,
- regroupement familial rendu plus difficile et soumis à une condition d'insertion,
- rôle accru du Parlement qui devra chaque année définir des objectifs quantifiés.
Ces mesures visent à 1) réorienter l'immigration vers l'économie alors qu'elle s'était depuis une vingtaine d'années concentrée sur le regroupement familial, 2) maîtriser les flux et les ajuster aux capacités d'accueil. Ces deux objectifs ont le mérite de réintroduire l'immigration dans le débat politique dans un registre rationnel. On n'est plus dans la fermeture complète des frontières pronée par le Front National et une partie de la droite. Mais, pour le reste, ces propositions sont extrêmement contestables.
Immigration choisie : la priorité au personnel qualifié
L'idée de base est que nous ne pouvons pas, pour différents motifs, former tous les personnels qualifiés dont nous avons besoin et qu'il est, dans ce cas, utile d'ouvrir le marché du travail.
Cette idée est contestable pour trois motifs :
- nous avons aussi besoin de main-d'oeuvre non-qualifiée ou peu qualifée, comme dans l'agriculture (emplois saisonniers du sud de la France), le bâtiment, le gardiennage, le nettoyage. Nous en avons d'autant plus besoin que notre système éducatif (études obligatoires jusqu'à 16 ans…) rend difficile le recrutement de jeunes français dans ces métiers ;
- il est extrêmement difficile d'évaluer la compétence et les qualifications dans de nombreux métiers. Tous les professionnels du bâtiment disent, par exemple, que les Portugais sont de meilleurs maçons que les Turcs. Ce qui ne tient ni aux personnes, ni aux diplômes (il n'y en a pas), mais aux méthodes de construction des pays d'origine. Mais comment faire un réglement d'un savoir qui relève de l'expérience de quelques patrons et qui peut varier : les Turcs sont peut-être de meilleurs peintres ou plombiers que les Portugais…?
- une main d'oeuvre immigrée peu qualifiée peut augmenter l'offre de travail qualifié indigène. Prenez une diplômée de l'enseignement supérieur qui vient d'avoir un enfant. Elle retournerait volontiers travailler mais elle n'a personne pour garder son bébé. Elle reste donc chez elle. La même pouvant recruter une garde d'enfant immigrée et sans qualification occupera un poste correspondant à ses compétences. La travailleuse immigrée sans qualification a remis sur le marché du travail une française qualifiée.
Le Parlement et les quotas
Nicolas Sarkozy veut confier au Parlement le soin de fixer chaque année des objectifs quantifiés. Là encore, on peut s'interroger : comment le Parlement fera-t-il? Comment pourra-t-il anticiper les besoins de l'économie alors même que les chefs d'entreprise ont du mal à le faire plusieurs semaines à l'avance? On nous parle en permanence de flexibilité et on crée là une rigidité.
On peut par ailleurs craindre deux dérives :
- les débats sur les objectifs devenant un enjeu dans la course à l'échalotte entre démagogues, c'est à qui sera le plus rigoureux,
- la concentration des objectifs sur les quelques secteurs dont les lobbies sont le mieux implantés à l'Assemblée. Les choix ne se feront pas en fonction des besoins de l'économie française mais en fonction du poids électoral de tel ou tel secteur.
Mariages et regroupement familial
80% des titres de séjour sont aujourd'hui délivrés à la suite d'un mariage ou d'un regroupement familial. Ce n'est bien évidemment pas satisfaisant. Mais pour résoudre ce problème, le projet envisage de rendre plus difficile l'accès à une carte de séjour. Le mariage avec un Français n'y donnerait plus droit. Et pour asseoir cette mesure discriminatoire et choquante aux yeux de beaucoup (on pourrait se marier avec un étranger et ne pas avoir le droit de vivre en France avec lui!), le gouvernement donne des chiffres qui sont, il est vrai, surprenants : "La situation du mariage a, de fait, beaucoup évolué, au cours de ces dernières années. Le mariage est en effet devenu un enjeu migratoire majeur, Ainsi, de 1999 à 2003, le nombre des mariages célébrés en France entre des Français et des ressortissants étrangers a progressé de 62 %. En 2005, ils représentaient 50 000 des 275 000 mariages célébrés en France. Dans le même temps, hors de nos frontières, 45 000 autres mariages ont été contractés par nos compatriotes, essentiellement avec des ressortissants étrangers. En définitive, un mariage sur trois est un mariage mixte. Parallèlement, le rapprochement de conjoint constitue le premier motif d'immigration familiale, tandis que pratiquement 50 % des acquisitions de la nationalité française ont lieu par mariage." (Pascal Clément à l'Assemblée Nationale le 22 mars 2006). Ces chiffres posent deux problèmes :
- ils sont trop globaux et ne permettent pas de faire la différence entre ce qui relève des mécanismes d'intégration (le mariage entre conjoints de communautés différentes est depuis très longtemps un mécanisme d'intégration en France) et ce qui est fraude ;
- la fraude existe (un mariage coûterait aujourd'hui à l'immigré qui souhaite régulariser ainsi sa situation 6000€), mais d'où vient-elle sinon de l'impossibilité d'obtenir par d'autres moyens des papiers? Que peut aujourd'hui faire celui qui a envie de rester parce qu'il a trouvé un travail ? Rien ou à peu près. Les textes le condamnent à la clandestinité (c'est-à-dire au travail au noir…) et à la fraude.
Ce n'est pas contre les mariages blancs qu'il faut lutter, mais contre les obstacles qui empêchent ceux qui le souhaitent de s'installer chez nous.
Les étudiants : sélection et retour au pays
Les étudiants étrangers posent un problème, comme le savent tous les responsables des services d'inscription dans les universités. Beaucoup d'éudiants s'inscrivent mais ne suivent pas vraiment les cours. C'est une manière de contourner les dispositions qui bloquent l'entrée des étrangers en France. Là encore la solution serait de lever des octacles inutiles.
Pour ce qui est des étudiants venus suivre des études (il y en a tout de même beaucoup), ces mesures paraissent contradictoires. On les accueillera en fonction des capacités. Ce qui en pratique veut dire qu'ils boucheront les trous, qu'ils pourront étudier dans les disciplines que les jeunes français désertent :
- soit parce qu'il s'agit de disciplines sans intérêt ni avenir : mais alors pourquoi inciter des étrangers à venir les étudier? Ne faudrait-ils pas plutôt réduire l'offre?
- soit parce qu'il s'agit de disciplines dont nous avons besoin que les étudiants français négligent pour d'autres motifs (cas, aujourd'hui, des disciplines scientifiques) : mais pourquoi alors demander aux étudiants que nous aurons formés de rentrer chez eux dès la fin de leur formation?

samedi, mars 25, 2006

Vous voulez délocaliser? Voici une adresse

La délocalisation n'est pas un mythe. Chacun le sait bien, mais il est rare qu'on ait une vision de ce qu'elle signifie exactement. J'ai trouvé tout à fait par hasard un site qui donne des indication assez précises sur ce que l'on peut en attendre. Avec des prix, 650€ pour un modérateur de site web, 850€ pour un développeur qui sont bien sûr plus faibles que les prix français, mais qui suggèrent que les entreprises françaises qui le veulent peuvent se battre : un contrat négocié au Sénégal ne donne pas les garanties d'un contrat négocié en France, les capacités des salariés sénégalais sont certainement excellentes mais il est plus difficile de les contrôler… en un mot : la distance a un prix. Et il est probable qu'il couvre une large partie de l'écart entre les prix pratiqués de ce coté-ci du Sahara et ceux pratiqués au Sud.
Pour ceux que cela intéresse, on trouve sur le site l'adresse de cette société (française) qui s'engage à respecter totalement la confidentialité de ses clients. Elle est installée dans le 11ème arrondissement et… cotée au second marché à Paris.
Si j'en crois une rapide recherche, BD Multimedia, c'est son nom a également des activités dans le secteur pornographique (le sado-masochisme avec des publications et un site dont le nom est comme un clin d'oeil : BDSM Dungeon).

jeudi, mars 23, 2006

A quoi reconnait-on qu'un pays se modernise?

La Chine est certainement un pays qui se modernise. La preuve : ses citoyens se plaignent : plus ils sont riches, plus ils trouvent que leur vie est difficile, comme l'indique ce sondage publié dans la presse chinoise. Ce n'est pas nouveau. Nous connaissons le même phénomène qui n'est pas, après tout, très surprenant : la richesse ne nous est pas donnée, elle est gagnée, acquise à force d'efforts, de stress, d'inquiétude… Les Chinois sont comme nous : ils sont plus riches mais pas plus heureux. De là à en conclure que ce n'est pas une bonne chose de s'enrichir… il faut n'avoir jamais vu de pays pauvres pour le penser.
85% of Chinese complain about more difficult life

mercredi, mars 22, 2006

Si l'on veut vendre, mieux vaut parler la langue de l'acheteur

Les Chinois aussi aiment qu'on parle leur langue comme le suggère ce blog qui explique que des entreprises internationales dont KLM ont eu des soucis avec la justice pour ne pas avoir traduit leur documentation commerciale. Quand on voit tant d'entreprises l'oublier, on se demande ce que leurs dirigeants ont retenu de toutes les publicités qu'ils ont financées qui expliquent que chez eux on se préoccuppe d'abord des clients.

vendredi, mars 17, 2006

C'était comment derrière le rideau de fer?

Le socialisme réel, celui derrière les rideaux de fer ne donne pas lieu à beaucoup de nostalgie, ni chez nous qui ne l'avons au mieux connu qu'à l'occasion de voyages rapides (et pas si bien ficelés qu'on l'a dit, on pouvait se promener et voir beaucoup de choses), ni chez ceux qui l'ont vécu. Il n'est cependant pas inintéressant de le visiter à nouveau comme nous permet de le faire la galerie en ligne qu'a créée un photographe tchèque : Jan Saudek. Il a réuni quelques unes de ses photos depuis le début des années 50. Des photos de qualité qui en disent plus sur l'atmopshère de ces années que bien des phrases. Surtout celles des premières années (les plus récentes, plus osées, sont à mon sens moins intéressantes).

Google, les caches et la protection de la vie privée

Il y a dans la dernière livraison de Time, la lettre d'un lecteur bruxellois, mais avec un nom chinois, qui réagit à l'article que le magazine a consacré à Google. Ses remarques portent sur la censure en Chine. Il dit en gros : les Chinois regardent vers le futur et se moquent de ce qui s'est passé à Tienanmen. Seuls les occideentaux passent leur temps à regarder en arrière. Sans doute a-t-il raison pour la majorité des Chinois, mais en ces matières, ce n'est jamais ce que pense la majorité qui compte.
Reste que cela évoque une autre question, celle des caches, cette fonction qui permet d'accéder à des pages que Google a enregistrées quelques jours ou quelques semaines plus tôt. Cette fonction pose un problème : si je choisis de retirer une page, le cache permettra aux internautes de la consulter, ce qui peut êttre génant.
C'est une fonction qui tient à la manière dont Google gère ses moteurs et il pourrait très bien ne plus les mettre à disposition des internautes. Mais ce serait dommage. Cette fonction est très utile quand le réseau est lent (elle permet d'accéder beaucoup plus vite aux pages recherchées), mais elle peut avoir d'autres usages comme je l'ai tout récemment découvert.
Il y a quelques jours, en le mettant à jour, j'ai par inadvertance effacé la page index (la page de garde si l'on préfère) de mon site principal. Cette fonction cache m'a permis de tout retrouver et de reconstruire rapidement la page disparue (avant d'y penser, j'ai essayé les archives internet qui collectent et conservent tout le web. Mais leur dernier enregistrement de ce site que je mets à jour au moins une fois par semaine datait de janvier).
Les critiques (dont Dany Sullivan, l'un des meillleurs observateurs de Google) mettent en avant des problèmes de protection de la vie privée. A première vue, ils ont un bon argument. Mais je ne suis pas sûr qu'il tienne longtemps la route. Publier un texte sur internet, c'est comme le publier dans un journal. Une fois qu'il est mis en vente il est impossible de le retirer (sauf à faire comme ce lecteur des Dubliners de Joyce qui, horrifié que l'écrivain ait pu parler des vrais habitants de Dublin, avait racheté tous les exemplaires du livre. On était à une époque où les éditeurs ne suivaient pas au jour le jour leurs ventes, sinon, il y aurait certainement eu une seconde édition). Toute la difficulté vient de ce que ces nouveaux outils brouillent les frontières entre le privé et le public. Ce que je mets sur le net est public, même s'il m'arrive de penser que c'est privé (et si ce l'est le plus souvent).

jeudi, mars 16, 2006

Gérard Larcher démissionné

Cela s'est passé sur RTL (la scène est racontée par le Nouvel Observateur). Gérard Larcher est là pour défendre le CPE. Le journaliste lui demande de se lever et de quitter le studio pour illustrer ce qu'est un licenciement sans motif ni entretien préalable. "C'est déconcertant, n'est-ce pas?" ajoute-t-il avant d'inviter le ministre à se rasseoir. Celui commente alors "Vous savez, si je me suis levé, c'était pour vous dire que naturellement quand je vais me lever vous allez renouer le dialogue avec moi. Parce que l'immense majorité des chefs d'entreprise ne sont pas l'image caricaturale de ceux qui congédient." Bien sûr, et heureusement, mais n'a-t-il donc pas compris qu'il suffisait d'une infime minorité de chefs d'entreprises qui se comportent comme des sagouins pour désespérer tout ce que la France compte de salariés inquiets de leur avenir?
Ajoutons, pour être juste, que le ministre aurait pu répondre que les ministres ont des contrats de ce type, qu'il leur arrive souvent d'être "débarqués" sans le moindre préavis par leur patron (premier ministre ou président) ou, plus simplement, par les Français. Mais ce n'est bien évidemment pas une consolation pour qui est menuisier, plombier, vendeur ou employé de bureau…

Outreau, les députés et leur passé

Dans un post tout récent, je m'inquiétais de ce que l'on ne pouvait (pourrai serait plus juste) plus, avec Google et autres moteurs comparables effacer son passé (du moins ce qui de notre passé est devenu public). Or, il est parfois intéressant et utile de connaître le passé de ceux auxquels on a affaire. Je pense à ces députés de la commission de l'Assemblée Nationale qui auditionnent actuellement les acteurs de l'affaire Outreau. Un journaliste aperçu à la télévision s'y est intéressé. Et il a découvert que deux (ou trois) d'entre eux avaient des ennuis avec la justice (pour des affaires qui n'ont évidemment rien à voir avec la pédophilie), que l'un d'entre eux était l'auteur d'un amendement qui a eu pour effet de renforcer la détention préventive… Cela fait sourire puis s'interroger sur l'objectivité des uns et la cohérence de l'autre. On aimerait, dans quelques semaines, entendre le député auteur de l'amendement revenir sur cette question. Regrette-t-il de l'avoir fait passer? le referait-il aujourd'hui? Qu'est-ce qui peut l'avoir fait changer d'avis (ou à l'inverse, qu'est-ce qui l'a amené à ne pas se déjuger)? Ce serait certainement tout aussi intéressant que les auditions de journalistes qui n'ont fait que confirmer ce que chacun savait. Parce qu'après tout si la justice est si malade, c'est aussi un peu de la faute des députés qui votent ses budgets et ne s'interdisent pas toujours la démagogie.

Google, le juge et la protection de la vie privée

Google est actuellement engagé dans un véritable bras de fer avec la justice américaine sur la protection des données des internautes qui consultent ses sites. On sait de quoi il retourne : de la volonté de l'administration Bush de relancer la lutte contre la pornographie. Pour ce faire, elle a demandé des données (à usage essentiellement statistique) aux principaux moteurs de recherche. Google a refusé alors que Yahoo! et Microsoft ont accepté. Cette affaire devrait être jugée dans tous les prochains jours et l'on attend du juge qu'il prenne une décision favorable à l'administration. Mais tel l'arroseur arrosé, voilà que ce juge est lui-même victime d'internautes qui ont eu la curiosité de s'interroger sur son passé et qui ont découvert qu'il avait des soucis avec ses collègues pour s'être fait passer pour le frère de la victime d'un crime raciste en Alabama au tout début des années 60.
L'internaute qui a découvert ces faits a trouvé ces informations sur Google, ce qui ne devrait surprendre personne. Lorqu'il a été découvert, ce mensonge a été jugé assez grave pour retarder sa carrière. Le juge s'est alors excusé. L'information a été publiée. Sans Google, elle serait restée enterrée dans les bibliothèques. Moralité : on ne peut plus rien effacer de son passé. Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne chose, mais peut-on (doit-on) l'éviter?

EXCLUSIVE; Google Judge's questionable past by ZDNet's Russell Shaw -- Within the next few days, U.S. District Court Judge James Ware is expected to order Google to hand over search results from as many as 50,000 websites as well as 5,000 individual Web searches. This would be in an effort on the part of the Bush administration to revive a law intended to shield children [...]

mercredi, mars 08, 2006

La double erreur de Villepin

Dominique de Villepin a commis une double erreur :
- la première a été de confondre gouvernement et préparation de l'élection présidentielle. S'il n'avait pas voulu retirer un point clef du programme de Nicolas Sarkozy, il ne se serait probablement pas lancé dans l'aventure du CPE,
- la seconde a été de trop écouter les patrons et de les croire lorsqu'ils disaient : "Nous ne recrutons pas parce que nous ne sommes pas sûrs de pouvoir licencier en cas de difficulté économique" . C'était aussi oublier que les promesses des patrons de PME sont comme beaucoup d'autres : elles n'engagent que ceux qui les croient. Depuis que le CPE est en route, les mêmes patrons de PME qui vous expliquaient hier qu'il est très difficile de licencier, vous expliquent que ce n'est pas si difficile, qu'on y arrive quand on le veut, que ce n'est pas, en tout cas, cela qui les empêche de recruter, mais la situation économique…
Il va la payer au prix fort..

mardi, mars 07, 2006

Hackers, virus, l'étrange complicité

Cet article qui raconte comment l'universté du Wisconsin a organisé un concours de hackers pour casser les protections d'OS X, le système d'exploitation des Mac montre toute la complexité des évolutions sur le net : ce sont les mêmes qui se battent pour la protection des systèmes qui font tout pour les casser, non pas dans la discrétion et le secret des laboratoires, comme on le faisait traditionnellement, mais en public en organisant des concours. On peut imaginer que ceux là-mêmes qui s'amusent à lancer des virus sont les premiers à répondre à ces concours.

jeudi, mars 02, 2006

Quelle étrange manière de gouverner

Il aura suffi d'une bagarre sur une aire d'autoroute de deux bandes rivales de supporters du Paris-Saint-Germain, des protestations d'entraîneurs dont des vedettes ont été sifflées (Barthez et Mishalak) et, peut-être, d'articles dénonçant les comportements racistes des supporters italiens et espagnols pour que notre ministre de l'intérieur annonce son intention de déposer un nouveau projet de loi pour résoudre ces différents problèmes (dont un au moins n'en est, à ma connaissance, pas un en France : je n'ai jamais entendu dire que les spectateurs des rencontres sportives avaient des comportements racistes). Comme si ces phénomènes étaient nouveaux (les bagarres dans les stades sont sans doute aussi anciennes que les stades. Dans le beau livre qu'il a consacré à la France du 19ème siècle, l'historien américain Egen Weber cite de multiples rapports de préfets se plaignant des bagarres violentes, allant jusqu'à mort d'homme, qui accompagnent les compétitions sportives les plus banales)! Comme si notre arsenal juridique manquait de textes adaptés à ce genre de situation!
Une nouvelle fois, tout se passe comme si nos gouvernants ne savaient gouverner qu'en faisant voter des textes qui sont en général aussitôt oubliés.
Les parlementaires, le Conseil Constitutionnel s'en plaignent, mais rien n'y fait.
Tout cela donne l'impression que nos politiques n'ont le sentiment d'exister qu'en réagissant, devant des micros ou des caméras, au quart de tour au moindre incident, qu'en faisant des discours à l'Assemblée Nationale, qu'en se bagarrant avec l'opposition.
Parler en public leur donne le sentiment d'agir, alors qu'il serait tellement plus simple (mais tellement moins rentable en terme d'audimat!) de gérer leur ministère, de faire travailler leurs collaborateurs, de réfléchir avec les policiers aux meilleures manières de lutter (prévenir) des incidents que la Police connaît sans doute parfaitement bien. Mais évidemment, rien de tout cela ne mène devant les caméras.
On nous parle tout le temps de réforme de l'Etat. La première de ces réformes serait certainement d'amener les politiques à diriger effectivement leur ministère. Alors qu'ils se contentent, le plus souvent, aujourd'hui de ce qu'un proche collègue de notre ministère de l'intérieur, appelle le ministère de la parole.

mercredi, mars 01, 2006

Un archevêque comme on les aime

Il y a quelques années, j'avais été surpris et choqué de lire à la porte d'une église du 8ème arrondissement de Paris que l'on ne distribuerait d'aide alimentaire qu'à ceux qui pouvaient présenter des papiers en règle. L'Eglise qui nous parle en permanence de charité se faisait auxiliaire de police. Ce n'est Dieu merci pas vrai partout. Ce matin, le Los Angeles Times cite l'archevêque de Los Angeles. Ce prélat important (il est à la tête de la plus importante communauté catholique des Etats-Unis) a choisi de défier les autorités et demandé à ses 286 prêtes de prier pour une réforme de la politique d'immigration plus libérale. Parlant des mesures prises, au nom de la lutte contre le terrorisme à la frontière mexicaine, il a déclaré : "The war on terror isn't going to be won through immigration
restrictions," he said, adding that al-Qaida operatives would not trek
through miles of deadly desert to infiltrate the nation.
" Ce qui est, évidemment, le bon sens.
Mahony, c'est son nom, a ajouté qu'il demanderait à ses prêtes de désobéir à la réglementation actuellement en discussion au Sénat américain qui voudrait interdire aux églises et autres organisations charitables de venir en aide aux immigrés sans papiers. "If you take this to its logical, ludicrous extreme, every single
person who comes up to receive Holy Communion, you have to ask them to
show papers
, a-t-il ajouté. It becomes absurd and the church is not about to get into
that. The church is here to serve people. ... We're not about to become
immigration agents. It just throws more gasoline on the discussion and
inflames people.
"


mardi, février 28, 2006

Du nouveau sur l'avenir de l'anglais

Pour ceux qu'intéressent les questions de langue, je voudrais signaler la sortie d'une étude d'un spacialiste britannique qui parait très intéressante (je ne l'ai pas encore lue, seulement survolée). Voici ce que dit son préfacier :

The growth of the use of English as the world’s primary
language for international communication has obviously
been continuing for several decades. But even as the
number of English speakers expands further there are signs
that the global predominance of the language may fade
within the foreseeable future.
Complex international, economic, technological and
cultural changes could start to diminish the leading position
of English as the language of the world market, and UK
interests which enjoy advantage from the breadth of English
usage would consequently face new pressures.
Those realistic possibilities are highlighted in the study
presented by David Graddol. His analysis should therefore
end any complacency among those who may believe that
the global position of English is so unassailable that the
young generations of the United Kingdom do not need
additional language capabilities.
The growth of the use of English as the world’s primary
language for international communication has obviously
been continuing for several decades. But even as the
number of English speakers expands further there are signs
that the global predominance of the language may fade
within the foreseeable future.
Complex international, economic, technological and
cultural changes could start to diminish the leading position
of English as the language of the world market, and UK
interests which enjoy advantage from the breadth of English
usage would consequently face new pressures.
Those realistic possibilities are highlighted in the study
presented by David Graddol. His analysis should therefore
end any complacency among those who may believe that
the global position of English is so unassailable that the
young generations of the United Kingdom do not need
additional language capabilities.

David Graddol concludes that monoglot English graduates
face a bleak economic future as qualifi ed multilingual
youngsters from other countries are proving to have a
competitive advantage over their British counterparts in
global companies and organisations. Alongside that, many
countries are introducing English into the primary curriculum
but – to say the least – British schoolchildren and students
do not appear to be gaining greater encouragement to
achieve fl uency in other languages.
If left to themselves, such trends will diminish the relative
strength of the English language in international educa-
tion markets as the demand for educational resources in
languages, such as Spanish, Arabic or Mandarin grows
and international business process outsourcing in other
languages such as Japanese, French and German, spreads.
The changes identifi ed by David Graddol all present clear
and major challenges to the UK’s providers of English
language teaching to people of other countries and to
broader education business sectors. The English language
teaching sector directly earns nearly £1.3 billion for the UK
in invisible exports and our other education related exports
earn up to £10 billion a year more. As the international
education market expands, the recent slow down in the
numbers of international students studying in the main
English-speaking countries is likely to continue, especially
if there are no effective strategic policies to prevent such
slippage. Clearly, the effect of developments in that direction
would not be limited to the commercial and educational
sectors. Cultural and civil contacts and understanding would
also be diluted.
The anticipation of possible shifts in demand provided by
this study gives all interests and organisations which seek
to nourish the learning and use of English with a basis for
planning to meet the eventualities of what could be a very
different operating environment in a decade’s time. That is
a necessary and practical approach. In this as in much else,
those who wish to infl uence the future must prepare for it.

J'y reviendrai prochainement, dès que j'aurais lu ce texte que je commenterai sans doute dans ma prochaine chronique d'Aligre FM.

vendredi, février 24, 2006

Antisémistisme ou emballement?

Il est toujours difficile (et déplaisant!) d'aller à l'encontre d'une émotion qui part de bons sentiments. Mais… tout le bruit fait autour du meurtre d'Ilan Halimi me met mal à l'aise. Y a-t-il vraiment antisémitisme comme on le dit?
Rien de ce que publie la presse ne permet vraiment de le dire. Quelques voyous imbéciles décident de kidnapper un jeune homme parce qu'ils le pensent riche, ils le séquestrent et le tuent. Ils le jugent, semble-t-il, riche parce que juif. C'est certainement stupide, mais est-ce antisémite? J'ai l'impression qu'ils auraient aussi bien pu le juger riche parce qu'habitant Neuilly, portant une cravate ou un vêtement de marque…
Je crains que dans cette affaire l'antisémitisme ait surtout servi ici d'alibi aux intérêts bien compris :
- d'un candidat à la prochaine élection présidentielle qui a fait du communautarisme sont fonds de commerce,
- de mouvements juifs d'extrême-droite qui tentent de rallier la communauté juive à leur cause et qui profitent (à la manière de Le Pen) du moindre incident pour mobiliser des gens naturellement émus et inquiets.
L'antisémitisme est une affaire trop sérieuse, trop grave pour être ainsi exploité à des fins partisanes.

samedi, février 04, 2006

image contre image

Les musulmans intégristes protestent contre des caricatures représentant le prophète qui les choquent nous dit-on profondément. Les télévisions nous montrent des images de ces mêmes intégristes protestant contre ces images avec des mitraillettes et des calicots portant des slogans du type "Kill those who insult Islam!!!" (en couverture du Monde de ce jour). Personne ne le dit : mais ces images sont à mes yeux (et probablement aux yeux de beaucoup d'occidentaux) au moins aussi choquantes. Nous avons nous aussi des valeurs, respect de la vie, de la liberté de chacun, que ces images violent tout autant que les malheureuses caricatures violent celles des musulmans les plus rigoureux.

Il faut défendre le droit au sacrilège

L'esclandre international provoqué par les dessins humoristiques danois illustre l'un des risques de la mondialisation que l'on a jusqu'à présent rarement évoqué : l'émergence d'un politiquement correct mondial. Que des musulmans installés au Danemark soient choqués par les dessins publiés dans la presse locale, on peut le comprendre (encore que je ne trouve rien de vraiment choquant dans ces dessins, mais je ne suis pas musulman). Qu'ils portent plainte contre les journaux qui les publient s'ils sont vraiment choqués, soit. Il y a des lois au Danemark pour protéger la liberté de la presse, et c'est à la société danoise de décider de ce qui lui parait juste. Mais que des musulmans installés à l'autre bout du monde, qui ne sauraient probablement pas situer le Danemark sur une carte, obtiennent des journaux danois qu'ils s'excusent, cela ne va plus, c'est imposer à une société lointaine des valeurs qui ne sont pas les siennes. Ces journaux ont eu tort de s'excuser et Paris, Londres et Washington (voir Le Monde d'appeler au respect des croyances des musulmans. On comprend que des gouvernements souhaitent calmer le jeu, mais que pourra-t-on dire si l'on n'a plus le droit au sacrilège? Devra-t-on demain s'interdire de se moquer du Christ sous prétexte que cela choque les catholiques? des créationnistes sous prétexte que cela choque leurs croyances? La liberté de pensée s'exerce toujours au dépens de quelqu'un. On ne saurait au nom du sacrilège limiter nos libertés.

Read more at news.bbc.co.uk/2/hi/mid...

vendredi, février 03, 2006

Beck-posner et la peine capitale

Posner et Becker, les deux gourous de l'école de Chicago, relancent, dans leur blog à quatre mains le débat sur la peine de mort. Débat qui ne nous concerne guère de ce coté ci de l'Atlantique, Dieu merci, mais à lire ces deux auteurs, plutôt réactionnaires mais intelligents, on voit combien leurs arguments sont faibles. Tous deux économistes, ils s'intéressent, comme il est naturel, à l'effet d'incitation de la peine de mort. Effet qu'ils disent contre tout bon sens être réel. Si cet effet était réel, les pays qui ont conservé ce châtiment seraient-ils ceux dans lesquels les meurtres sont le plus fréquent? Effet, ajoutent-ils, qui serait plus fort si l'exécution était plus proche de la condamnation, ce qui revient, en somme, à réduire les droits de la défense pour ceux qui sont condamnés à la peine la plus lourde. Ce qui est, naturellement, absurde.

Si j'en parle ici, c'est que cette discussion met une nouvelle fois en évidence l'erreur de raisonnement qui consiste à croire que le malfaiteur regarde la seule peine encourue. Comme tout bon économiste devrait le comprendre il pondère cette peine encourue du risque de la subir effectivement. Il y a une relation étroite entre la dureté des peines et l'efficacité (ou, plutôt, l'inefficacité) de la police. Là où la police attrape tous les délinquants, il n'est pas nécessaire de les punir sévèrement : une petite sanction aura un effet dissuasif. Lorsque la police travaille mal, on tente de compenser par des peines plus lourdes, mais c'est sans espoir.

jeudi, janvier 26, 2006

Google va censurer en Chine

Si Google est impeccable aux Etats-Unis, il ne l'est pas tant que cela en Chine où il a accepté, d'après l'AFP, de censurer les sites qui parlent de politique. Seule excuse : ils ne sont pas les seuls : Microsoft et Yahoo! font déjà de même.
Le net avait réussi à se développer en dehors de toute réglementation et de frontière, dans ce qui apparaissait à beaucoup comme un véritable rêve anarcho-capitaliste (libertarien, pour parler comme les Américains). Il apparaît de plus en plus qu'il ne peut échapper au poids de l'Etat. Il ne faudrait pas que sous couvert de réglementation, le paradis anarchiste ne se transforme en enfer à la Big Brother.

Des données sensibles volées dans une voiture

Cela se passe aux Etats-Unis, mais…
C'est l'histoire, révélée hier, d'un salarié d'une entreprise spécialisée dans le conseil financier qui se fait voler son micro dans un parking avec dessus des données sensibles (noms, numéros de sécurité sociale et probablement données financières) de 70 000 collaborateurs de l'entreprise (l'entreprise est installée dans tous les Etats-Unis) et de 158 000 clients.
Les données étaient tout juste protégées par un mot de passe. Le salarié a été licencié sur le champ et Ameriprise a commencé d'avertir ses clients de ce qui venait de lui arriver.
Pour lire tout l'article :
Stolen Ameriprise laptop had data on 230,000 people | CNET News.com

mercredi, janvier 25, 2006

Big Brother : on en plein dedans

Le hasard fait parfois bien les choses. Dans quelques jours, Privacy International, une ONG encore peu connue doit décerner ses prix qui dénoncent les organismes qui contrôlent de trop près nos vies privées. On peut imaginer que le gouvernement américain et son Président seront choisis et qu'on en parlera abondamment dans la presse (et dans la blogosphère!). A moins que les membres du jury ne choisissent de s'en prendre à MSN ou à Yahoo! On vient, en effet, d'apprendre que ces deux entreprises ont accepté de donner des informations au gouvernementée américain, informations que refuse de livrer Google.
Le débat sur la protection de la vie privée (la privacy) qui traînait depuis quelques années est donc engagé, avec d'un coté, le gouvernement américain qui ne recule devant rien au nom de la lutte contre le terrorisme et, de l'autre, un camp informel où l'on retrouve pêle-mêle organisations de défense de la protection de la vie privée, industriels (Google), internautes et, peut-être demain (du moins peut-on l'espérer) gouvernements inquiets de la tendance des autorités américaines à faire fi des droits d'autrui.
Cette nouvelle escarmouche a éclaté lorsque Google a annoncé, il y a deux jours, avoir refusé de livrer aux autorités américaines des données sur ses utilisateurs, données que le gouvernement américain souhaite obtenir pour lutter contre la pornographie. Il ne s'agissait pas (au moins officiellement) de données personnelles, juste de données statistiques, mais ceux qui l'ignoraient ont découvert à l'occasion que les moteurs de recherche (Google, mais aussi Yahoo!, MSN et bien d'autres) conservent des informations sur les utilisateurs.
Conserver ces données est doublement utile pour ces moteurs de recherche :
- cela leur permet d'améliorer la qualité de leurs réponses. Si la machine possède trace de mes précédents interrogations, elle saura que faire lorsque je tape sur mon écran "Hayek", elle saura s''il faut mettre en tête l'économiste (mes précédentes recherches montrent que je m'intéresse à l'économie) ou l'industriel (mes précédentes recherches montre que je m'intéresse plutôt aux voitires ;
- cela leur permet également d'analyser les comportements des utilisateurs, de mener des enquêtes marketing en ligne et d'affiner les outils publlicitaires avec lesquels elles gagnent de l'argent.
Refuser de donner ces informations n'est donc pas, de la part de Google, seulement un acte citoyen. C'est aussi une manière de protéger ses activité et, ce qui n'est pas moins important, sa réputation et la confiance que nous lui faisons. Sans confiance, il est probable que nous l'utiliserions de manière plus timide.
Les moteurs de recherche ne sont évidemment pas les seuls à posséder des informations sur nos activités. Les gestionnaires des systèmes de cartes de crédit conservent également des informations sur nos achats, tout comme les sociétés de téléphone (qui savent quand et à qui nous avons téléphoné, combien de temps…), les commerçants et, plus simplement, les différents organismes qui s'occupent de notre santé, de nos impôts… Il y a cependant plusieurs différences qui méritent qu'on s'attarde tout particulièrement sur cette affaire :
- à la différence des commerçants, des banquiers et de la sécurité sociale, les moteurs de recherche possèdent des informations sur à peu près toutes nos activités : les films que nous allons voir, les sujets qui nous intéressent, les achats que nous faisons (sur le net), les articles que nous lisons dans la presse (ils savent combien de temps nous sommes restés sur tel ou tel article…)… il leur est assez facile (ou il serait assez facile à quelqu'un possédant leurs informations de se faire une idée assez précise de nos opinions),
- à la différence de la plupart des autres organismes, ils ont une implantation mondiale : les données d'un utilisateur français, allemand ou belge peuvent être confiées au gouvernement américain au même titre que les données de citoyens américains. Ce qui en pratique veut dire qu'un Etat étranger peut venir fouiller dans nos vies, ce qui est évidemment une première,
- cela se passe dans un contexte très particulier, avec une administration américaine dont on sait qu'elle n'a de respect pour la vie privée ni pour les règles morales en vigueur ailleurs dans le monde. Le 23 janvier dans le plus des discours qu'il ait jamais prononcé, le Président Bush justifiait les écoutes téléphoniques au nom de la lutte contre le terrorism : la Cour Suprême m'a donné, a-t-il expliqué, autorité pour lutter comme il me semble bon contre le terrorisme,
- cela arrive alors que les meilleurs experts nous disent que technologie et protection de la vie privée sont appelés à entrer en collision (extrait d'un dialogue entre deux des fondateurs de Sun : "Scott is right that technology and privacy are on collision courses. . . Technology makes (surveillance and tracking) cheap (…)The tip toward the public space being made less private . . . is one that's hard to fight. It kind of has Moore's Law on its side. We have to hold onto what we want with the law, but technology doesn't make that easy.")
- alors même que l'on apprend par ailleurs qu'est en train de se développer aux Etats-Unis tout un marché de l'information confidentielle sur lequel on peut, pour 100$, acheter les informations que détiennent les compagnies de téléphone.
Le débat ne fait que commencer, mais les enjeux sont considérables et il serait bon que les pouvoirs publics ailleurs dans le monde, les organismes de régulation spécialisés, comme en France la CNIL, montent vivement au créneau. Ne serait-ce que pour évaluer ce que nous risquons et ce que l'on peut faire ou demander à la tehnologie (qui a probablement des réponses : on pourrait, par exemple, imaginer que l'on demande aux moteurs de recherche de stocker les données qu'ils collectent sur les internautes français en France, là où un environnement réglementaire peut éviter les dérives).

dimanche, janvier 22, 2006

Google, l'administration américaine : un conflit à suivre de très près

La presse française n'en a à peu près pas fait mention, mais le conflit qui oppose depuis quelques jours Google à l'administration américaine est de toute première importance tant pour l'avenir de Google que pour celui des outils internet. Pour ceux qui n'auraient pas suivi l'affaire, l'administration a demandé aux moteurs de recherche, dans le cadre de la préparation d'un texte de loi destiné à lutter contre la pornographie, de lui donner des informations sur les comportements des internautes. Elle lui a, en somme, demandé d'ouvrir ses bases de données et les informations dont le moteur de recherche dispose sur ses utilisateurs. Il ne s'agit pas, semble-t-il, d'informations nominatives (les moteurs de recherche ne disposent que d'adresses IP, encore que par croisement avec les informations disponibles dans le courrier électronique, on doit pouvoir retrouver beaucoup d'identités et d'adresses). Reste que cela pose de réels problèmes en matière de protection de la vie privée. Google a refusé de fournir des informations que d'autres moteurs auraient donné et c'est une décision grave, importante, qui va bien au delà de la seule protection de sa réputation et de son image plutôt positive auprès des internautes.
Ce n'est pas la première fois que l'administration américaine montre son intérêt pour tout ce que les moteurs de recherche savent des internautes. Une disposition du Patriot Act autorise l'administration à recueillir des informations sur les utilisateurs des moteurs de recherche sans que ceux-ci aient l'obligation de demander l'autorisation à utilisateurs (il leur est même, semble-t-il, interdit de les informer de la curiosité des services de sécurité).
Ces mesures posent toute une série de problèmes :
- des problèmes, d'abord, et tout simplement, de protection de la vie privée des internautes : nous n'acceptons pas que l'on écoute nos conversations téléphoniques (que l'administration Bush a écoutées sans vergogne), je ne vois pas pourquoi nous tolérerions que l'on s'intéresse aux questions que nous posons aux moteurs de recherche ou aux documents que nous lisons,
- des problèmes ensuite de protection des droits des internautes qui ne sont pas américains. Que les américains acceptent éventuellement d'être contrôlés par une administration qu'ils ont élue est une chose, mais cela ne veut pas dire que les Européens, les Asiatiques ou les Africains aient la moindre raison d'être ainsi contrôlés,
- des problèmes, enfin, de qualité de la technologie.
Il y a sans doute (et il y aura plus sûrement demain encore) des solutions techniques pour échapper à la curiosité des services spécialisés américains. Il suffirait après tout que Google et les autres moteurs de recherce cessent de conserver des informations sur nos questions. Mais le revers de la médaille est une moindre qualité des recherches. Si Google (et d'autres), gardent aujourd'hui traces de nos séjours sur internet, ce n'est pas pour le plaisir de nous épier, mais plus simplement pour améliorer la qualité de leurs prestations.
Connaître les questions que nous posons leur permet de personnaliser les réponses. Prenons un exemple simple : vous avez un ego un peu disproportionné et vous allez régulièrement vérifier que l'on parle de vous sur internet. Par malheur vous portez un nom banal (François Dupont, Jean Martin ou… Bernard Girard). Si le moteur de recherche conserve trace de vos interrogations passées, il saura ce que vous cherchez et il classera en tête toutes les réponses qui correspondent à ce que vous attendez, comme peut en témoigner l'historique de vos clics.
Cet exemple est un peu béta, mais on ne peut espérer personnaliser (et donc améliorer) les réponses que si l'on dispose d'informations sur les comportements passés. Interdire aux moteurs de recherche de conserver ces informations, c'est s'interdire d'améliorer la qualité de leurs résultats.
Cela fait beaucoup de motifs de s'opposer aux prétentions du gouvernement américain et de se féliciter de l'attitude ferme des dirigeants de Google.

samedi, janvier 21, 2006

La TVA dans le bâtiment, pas dans la restauration

Tout le monde est triste en France parce que l'UE va accepter une réduction de la TVA dans le bâtiment mais pas dans la restauration. Le Monde s'inquiète des limites de l'amitié franco-allemande. Mais franchement, qui peut donner tort à l'UE? Une baisse de la TVA n'a de sens que si elle augmente effectivement suffisamment l'activité d'un secteur pour le forcer à créer de l'emploi. C'est ce qui se produit dans le bâtiment. On en a déjà eu l'expérience et l'on sait que la mesure a deux effets positifs :
- elle réduit, d'abord, le travail au noir. Baisser les prix limite l'incitation à tricher,
- par ailleurs, les coûts étant dans le bâtiment étant très élevés, une baisse de plusieurs points de la TVA fait une grosse différence, crée une demande supplémentaire qui crée à son tour de l'emploi. Rien de pareil ne se produirait dans le monde de la restauration (qui irait plus au restaurant si la facture diminuait de quelques euros alors même que l'on a déjà le choix entre des établissements qui pratiquent des prix très différents?). Les restaurateurs assurent qu'ils utiliseraient cette manne pour mieux payer leur personnel. Qui peut vraiment les croire? Si c'était vrai, les plus riches le feraient déjà. Or, on sait bien que ce n'est pas le cas.

Une entreprise allemande licencie les gens qui se plaignent

Lorsque les patrons ont des idées, cela donne parfois des résultats étranges, comme dans cette petite entreprise allemande dont parle ce matin la BBC.

Je ne sais pas si le travail rend toujours heureux, mais dans cette entreprise mieux vaut être heureux au travail, sinon, c'est la porte!

Read more at news.bbc.co.uk/2/hi/eur...

vendredi, janvier 13, 2006

Internet Outsider: Google: The Bear Case

[Google menacé? Ce serait une nouveauté. Mais cet article d'un financier qui sait de quoi il parle (il est compromis dans le scandale Merrill Lynch) illustre ce qui est, je crois, l'une des grandes nouveautés du modèle économique que Google est, avec quelques autres, en train de développer :

- une croissance très rapide basée sur la bienveillance du public, de la communauté des internautes,

- des menaces qui peuvent mener à la catastrophe liées à la malveillance des mêmes internautes ou de certains d'entre eux.

On est, évidemment, très très loin des modèles classiques où une entreprise a surtout à craindre l'arrivée sur son marché de concurrents plus efficaces ou dont les produits sont de meilleure qualité]

Read more at www.internetoutsider.co...

Le chiffre qui tue…

C'est dans le New-York Times de ce matin (dans un article sur un juge qui a passé quelques mois en prison et qui en est revenu accablé parce qu'il y a vu) : 640 000 (oui, vous avez bien lu : 640 000!) personnes sont chaque année libérés des prisons américaines. Chiffre considérable qui tient aux politiques répressives de ces dernières années : quand on met des gens en prison pour des broutilles, ils finissent par en sortir. Mais dans quel état! Plus de la moitié récidivent et retournent en prison dans les mois qui suivent.
On savait que la prison fabrique des délinquants, plus on met de gens en prison quand on pourrait les sanctionner autrement, plus on en produit. CQFD.

L'Espagne régularise ses sans papiers et s'en trouve bien

Voilà un article qui illustre à merveille ce que je disais dans Plaidoyers pour l'immigration. Les politiques d'immigration trop restrictives, du type de celle que nous propose, après tant d'autres, NicolasSarkozy :
- enferme les immigrés sans papier dans les pays d'accueil,
- favorise le travail clandestin.
Le Monde.fr : En Espagne, la régularisation des sans-papiers remplit les caisses de la Sécurité sociale

jeudi, janvier 12, 2006

Un article de Daniel Cohen

Beaucoup de choses ont été écrites sur les émeutes, parfois intéressantes, parfois moins. Il y avait hier dans le Monde un papier de Daniel Cohen qui mérite qu'on s'y attarde un instant. Le voici pour ceux qui n'auraient pas acheté le journal et qui hésiteraient devant le prix des archives.

Banlieues, chômage et communautés, par Daniel Cohen (LE MONDE | 10.01.06 | )

Le taux de chômage français est de 10 %, celui des jeunes de 20 %, celui des jeunes des cités de 40 %. A la recherche de causes "culturelles" à la crise des banlieues, il est facile d'oublier l'importance du chômage. Une étude des émeutes urbaines américaines, dont le champ d'analyse couvre trois décennies, montre que le chômage, et non la pauvreté, est l'un des facteurs majeurs qui expliquent les soulèvements urbains. Ce n'est pas parce qu'on est pauvre qu'on se révolte, mais parce qu'on n'a pas de travail, qu'on se sent étranger au monde où l'on veut vivre.

Plus que dans les autres pays, le chômage français est une barrière discriminante. Une frontière sépare ceux qui bénéficient des protections liées à un emploi stable, les "insiders", et ceux qui en sont privés, les "outsiders". L'opposition entre les jeunes et les adultes est parfaitement représentative de cette césure. Aux jeunes les stages et les contrats à durée déterminée (CDD) ; aux adultes les contrats à durée indéterminée (CDI) et les avantages y afférant. Ce qui rend le chômage français socialement tolérable, même si la révolte des stagiaires prouve que la limite est atteinte, est l'idée simple selon laquelle les outsiders ont tôt ou tard vocation à devenir insiders. Les jeunes finissant tous par devenir adultes, ils profiteront eux aussi du même statut.

Ce n'est pourtant pas le seul facteur à l'oeuvre. Le fait que les jeunes puissent être directement pris en charge par les adultes joue également un rôle fondamental. Car la France emprunte de nombreux traits à ce qu'on peut appeler le capitalisme "méditerranéen", pour reprendre la typologie éclairante de Bruno Amable. Dans un tel système, les outsiders ne sont pris en charge ni par l'Etat, comme dans le capitalisme scandinave, ni par le marché, comme dans le capitalisme anglo-saxon, mais par un jeu plus ou moins assuré de solidarités familiales.

C'est ici que pointe la crise des banlieues. Si le chômage français est à la limite de ce qui est acceptable pour la population en général, il devient catastrophique pour les populations à risque. Le paradoxe central qui est mal compris lorsqu'on parle des banlieues est en effet le suivant : les jeunes des cités sont privés des solidarités intrafamiliales qui rendent le "modèle français" supportable aux autres jeunes. La question "culturelle" apparaît ici, mais sous une forme inverse de celle ordinairement posée. Contrairement à l'image d'Epinal d'un communautarisme fort qui serait en soi un facteur d'exclusion, l'existence sociale des jeunes dans les banlieues est fragile du fait d'un lien communautaire faible.

L'exemple américain, même s'il est inacceptable en France, montre que l'intégration des minorités est bel et bien fonction de la force des solidarités intracommunautaires. Lorsque les Cubains chassés par Fidel Castro en 1980 ont cherché un emploi à Miami, plus de la moitié d'entre eux ont trouvé un emploi dans une entreprise cubaine (où ils travaillaient encore dix ans plus tard). Lorsque les communautés sont soudées, comme dans le cas chinois, le nouvel arrivant peut aussi compter sur un crédit communautaire, lequel fonctionne à la manière des tontines africaines : le premier qui rembourse aide au financement de ceux qui suivent. Ainsi peut fonctionner une accumulation primitive, qui offre à la seconde puis à la troisième génération les ressources qui permettent ensuite une véritable intégration.

Pourquoi certaines communautés sont-elles faibles, d'autres fortes ? Pour qui chercherait la réponse dans l'ethos originel de la communauté elle-même, il faudrait expliquer pourquoi les Mexicains échouent là où les Cubains réussissent, alors même qu'ils sont les uns et les autres catholiques et hispanisants. Souvent les communautés émigrées réussissent alors même que le pays d'origine est en crise.

Un facteur essentiel tient en fait aux conditions d'entrée des premières générations. Lorsqu'elles trouvent des conditions économiques favorables, elles offrent un modèle aux suivantes, qui peuvent alors croire en leurs chances. Dans le climat détérioré des années 1980, l'intégration est plus dure : l'échec de la seconde génération rejaillit sur la troisième. Ainsi, dans le cas mexicain, les enfants de la troisième génération, confrontés aux difficultés des adultes, se désintéressent de l'école, alors que la seconde génération y mettait encore tous ses espoirs. La communauté devient faible et son image se retourne contre ses membres.

MODÈLE RÉPUBLICAIN FRANÇAIS

Le modèle républicain français, qui joue tout sur l'intégration par l'école, est évidemment allergique à l'idée qu'un lien communautaire fort puisse être un facteur d'intégration. On préfère souligner plus directement que le niveau scolaire des parents étant faible, le handicap des enfants devient vite insurmontable.

Ce raisonnement est indiscutable, et ceux qui le sous-estiment au profit d'explications strictement culturelles manquent l'essentiel. Il est pourtant incomplet. Dans les pays émergents aussi, le handicap scolaire des parents est écrasant. Cela n'empêche pas certains d'entre eux de rattraper, parfois en deux ou trois générations, le retard initial. Singapour était, après la guerre, un pays à 90 % analphabète, il est aujourd'hui classé parmi les meilleurs, devant la France. Mais contrairement aux enfants de Singapour qui bénéficient de programmes par définition adaptés à leur niveau, l'école de la République fixe une norme qui est celle de la moyenne nationale, inadaptée aux enfants vivant dans les banlieues.

Ce constat ne signifie pas qu'il faille une école au rabais, mais qu'on devrait réfléchir davantage aux moyens d'adapter l'école aux jeunes auxquels elle s'adresse. On pourrait, par exemple, commencer l'enseignement primaire plus tôt, dès 5 ans, pour les familles en difficulté, permettre aux enfants d'aller à l'école en juillet, de manière plus ludique, de façon à préparer l'année suivante. Pour les plus de 18 ans, peut-être faut-il réfléchir aussi à un RMI-jeunes, avec un accent sur le "I", cumulable au premier euro à un salaire ou à une bourse d'études...

La crise des banlieues ne se comprend pas si on l'interprète comme l'expression d'un communautarisme fort : ce serait plutôt le contraire. Ce constat ne veut certes pas dire qu'on doit le regretter. Il signifie que la République française doit prendre conscience du fait que son système fonctionne sur des solidarités privées dont sont dépourvus les plus démunis. Faute d'y suppléer elle-même, elle ne devra pas s'étonner que le communautarisme se présente comme une solution au problème qu'elle n'aura pas su résoudre.

Excellent papier, et je n'irai certainement pas contre puisque l'une des propositions que je fais dans mo livre est, justement, de demander aux entreprises et, notamment, aux entreprises publiques, de réserver les stages qu'elles offrent aux jeunes à des enfants des cités. J'y reviens même plusieurs reprises parce que je crois, comme Daniel Cohen, que le manque de réseau, de relations est l'un des handicaps des jeunes (ils ne peuvent pas exploiter ce que les sociologues appellent les "liens faibles". Mais, mais… parce qu'il y a un mais! Faut-il attribuer les émeutes au chômage? Les gamins que la police a arrêtés étaient le plus souvent trop jeunes pour se présenter sur le marché du travail.
Sauf à penser qu'ils se sont révoltés à la place d'autres (un peu comme en 1995, les salariés du secteur public ont fait grève à la place des salariés du privé) ont doit chercher à leur révolte d'autres raisons.

dimanche, janvier 08, 2006

Banlieues : Insurrection ou ras le bol?

Mon livre sur les banlieues vient de sortir aux Editions les Points sur les i. Il devrait être disponible dans les jours qui viennent en librairie, mais on peut aussi le commander directement chez l'éditeur. Un must! naturellement…:)).

dimanche, décembre 25, 2005

Combien de temps dure Noël?

Je passe, ce 25 décembre, vers 16h50 rue Saint-Guillaume. La nuit n'est pas encore tombée, Paris est vide, mais je croise un habitant de cette petite rue qui vient jeter à la poubelle, dans le sac plastique doré de rigueur, son sapin de Noël. Il en est pour qui la fête ne dure pas très longtemps. Il est vrai que ce brave homme n'est plus, depuis longtemps, d'âge à croire au Père Noël.

Le piratage et le juste prix

Alors qu'au Parlement, on se préoccupe beaucoup de téléchargement, on parle moins des motifs pour lesquels on pirate. Or, là est peut-être la réponse aux questions que l'on se pose. J'avancerai deux motifs :
- la disponibilité : on trouve sur internet des choses qu'on ne trouve pas dans le commerce, et on les télécharge parce qu'on n'a pas d'autre manière de se les procurer. L'exemple le plus courant est celui des séries télévisées qui passent aux Etats-Unis et qu'on n'a pas en France ou (autre cas de figure) qu'on ne peut avoir qu'en s'abonnant à Canal Plus, ce qui fait un peu cher pour voir une émission, mais il y a d'autres exemples : Amazon, itunes et tous les distributeurs sur internet font pus de la moitié de leur chiffre d'affaires avec des disques, des livres… qu'on ne trouve pas dans le commerce (Amazon réalise un plus gros chiffre d'affaires avec les livres qui ne sont pas en vente chez Barnes Nobles qu'avec les 130 références que possède le grand libraire américain ;
- le coût trop élevé. Les éditeurs de disques, de films, de livres… vendent aux distributeurs sur internet à des coûts correspondant à leurs prix de vente en gros de leurs produits dans les circuits traditionnels. Apple achèrait les chansons qu'il vend 0,99$, 0,65$. L'objectif est, bien évidemment, déviter une révolte de leurs distributeurs, mais c'est évidemment bien trop cher et n'a aucun rapport avec ce que devrait être le prix d'une chanson prise sur internet.
On sait que les téléchargements pirates sont lents, très lents, prennent beaucoup plus de temps que les téléchargements payants.
Si l'on s'en tient à l'analyse économique, les pirates acceptent de travailler dans de mauvaises conditions (avec un ordinateur dont les performances sont ralenties) pour deux motifs :
- ils ne trouvent pas ailleurs le produit qu'ils recherchent,
- le prix à payer dans le circuit officiel ne compense les coûts qu'il y a à se fournir sur lecircuit parallèle : temps de connexion, ordinateur ralenti, attente du produit.
Le piratage cessera le jour où les producteurs se comporteront autrement qu'en défenseurs du passé.

samedi, décembre 24, 2005

Une exposition à ne pas manquer : Photo de ma photo

Il s'agit d'une exposition de photographie de quelqu'un qui n'a jamais été photographe au sens où tant d'autres ont pu l'être. Maurice Lemaitre dont on pourra début janvier voir un peu plus de 50 ans de photos à la galerie Christian Siret, dans les jardins du Palais-Royal, est plutôt un peintre qui s'est amusé avec la photographie, qui y a gllissé des signes, des lettres, des mots inventés, qui a joué en laboratoire. Le résultat est souvent étonnant et mérite d'être vu. J'ajouterai que ceux qui connaissent un peu l'oeuvre de Maurice Lemaitre, qu'il s'agisse de ses peintures, de ses films ou de ses poèmes phonétiques, letttristes, seront probablement surpris de découvrir que c'est dans cet art "mineur' (mineur pour lui en tout cas) qu'il a donné le meilleur de lui-même. Je ne suis pas certain que Maurice Lemaitre ait, demain, une grande place dans les histoires de l'art (s'il me lit, il va me jeter un sort!), sinon pour ces photos.

mercredi, décembre 21, 2005

Un nouveau navigateur

Je viens de découvrir un nouveau navigateur, encore à l'état de développement, tout à fait remarquable qui permet de stocker les signets sur la toile (et donc de les partager, mais aussi de les exploiter de manière infiniment plus commode que lorsqu'on les stocke sur son propre ordinateur), de rédiger des notes sur son blog et plein d'autres choses…

son nom : Flock. Je n'en ai pas encore fait le tour, je dois vérifier qu'il est plus rapide et aussi fiable que Safari, Camino ou Firefox que j'utilise régulièrement, mais il est sur plusieurs points déjà plus avancés que chacun de ces produits dont je pensais encore hier qu'ils étaient ce que l'on peut faire de mieux.

mardi, décembre 20, 2005

2 semaines de silence et… un livre

Je suis resté deux semaines sans intervenir sur ce blog. C'est long, trop long, mais j'ai une excuse : j'étais occupé à écrire et corriger le manuscrit d'un livre qui doit sortir en janvier aux éditions les Points sur les i sur les émeutes de novembre. Ma thèse en deux mots : nous avons assisté à deux mouvements simultanés : une insurrection des jeunes qui n’en peuvent plus du harcèlement policier, de l’échec scolaire et de tout ce qu’ils vivent comme des injustices, le ras le bol de leurs parents et de leurs « grands frères » qui ne supportent plus les discriminations et le soupçon qui les accompagnent en permanence. Tout le livre consiste à analyser en parallèle ces deux mouvements. A très bientôt en librairie…

La technologie aura-t-elle la peau des auteurs?

Je me souviens d'avoir lu, il y a une quinzaine d'années, peut-être plus, dans une revue américaine d'intelligence artificielle (elle s'appelait, je crois, tout simplement IA) un bel article racontant comment l'épouse d'un chercheur en informatique devenu amnésique avait demandé à ses collègues, amis, cousins… de raconter les aventures qu'ils avaient vécues ensemble sur un programme informatique. Elle pensait qu'en relisant son histoire vue par d'autres son mari retrouverait la mémoire. Je ne sais pas ce qu'il est advenu de cette expérience, mais je retrouve ce principe sur un site consacré à l'histoire du Macintosh, Folklore.org, qui demande aux acteurs de raconter l'histoire de leur point de vue, de se compléter et se corriger éventuellement. On n'est pas très loin de Wipikedia, l'encyclopédie qui se construit de manière collective et anonyme (les articles ne sont pas signés). Sans doute voit-on d'ailleurs, au travers de ces différentes expériences s'évanouir la notion d'auteur dont Roger Chartier avait raconté l'émergence dans un beau livre trop méconnu : L'ordre des livres, publié aux éditions Alinéa en 1992, dans lequel il fait l'histoire du concept d'auteur et montre comment il est apparu au XVIIIème siècle avec la professionnalisation de l'écriture.

jeudi, décembre 01, 2005

La renationaliation de la musique contemporaine

Le compositeur Philippe Hurel que je rencontrais hier pour préparer un hommage à Ivo Malec, me disait les difficultés que ses collègues et lui-même avaient à se faire jouer à l'étranger, notamment en Grande-Bretagne. Pierre Boulez s'en est, me dit-il, récemment ému, comparant l'ouverture internationale de sa génération à la fermeture actuelle.
Phiippe Hurel explique cela par la réduction des budgets. Lorsqu'ils sont trop faibles, on tente de les garder pour soi et on évite de les laisser partir à l'étranger.
Comme quoi, la mondialisation n'est pas ce long fleuve tranquille qu'on nous décrit parfois.

Internet va-t-il améliorer la presse écrite?

Si la nouvelle formule du Monde a été conçue pour résister à la déferlante Internet, c'est une réussite : articles plus riches, plus longs, qu'on lit moins bien sur un écran, papiers plus approfondis qui marquent la différence avec les à peu près des blogs et autres journalistes de forutune que l'on trouve sur le net, information plus variée (dans le numéro daté d'aujourd'hui une double page sur le procés d'Outreau et une autre sur les collectionneurs d'art contemporain), toutes ces innovations qui vont à l'encontre de ce que l'on a souvent entendu (les lecteurs aimeraient des papiers plus courts, comme si l'on pouvait, en faisant plus court, faire concurrence à la radio ou à la télé?) améliorent incontestablement la qualité du journal.

Elles procédent de deux mécanismes :
- mimétisme du journalisme internet : multiplication des informations, des points de vue qui permet au lecteur qu'un sujet intéresse de l'approfondir,
- exploitation des atouts du papier : il est plus facile et agréable de lire sur papier que sur écran, meilleur contrôle et donc fiabilité de l'information.

On verra si la nouvelle formule de Libération s'oriente dans la même direction. Reste à la presse à résoudre deux problèmes :
- inventer une articulation entre sa version imprimée et sa version électronique : les blogs des journalistes que proposent Le Monde et Libération sont une première piste intéressante, mais il y a encore beaucoup à faire (comme, par exemple, une meilleure exploitation des archives) ;
- résoudre le problème de sa distribution. Même lorsque l'on vit au centre de Paris, on n'est pas assuré de trouver facilement un quotidien (pour ne citer que cet exemple, il m'arrive d'aller à pied de Saint-Germain des Près à Boulogne. Je traverse la moitié de Paris sans passer devant un kiosque).

mercredi, novembre 30, 2005

Jeux de mots

En 1971, Ivo Malec, compositeur auquel je vais prochainement consacrer une série de trois émissions dans Dissonances, compose une oeuvre dont le titre est bien dans la manière de l'époque : Ga(m)mes. Je dis bien dans la manière parce qu'on y retrouve ces jeux de mots (ici entre la gamme musicale, synonyme d'ordre, et le game britannique, synonyme de jeu, de désordre) que l'on pratiquait alors sans retenue dans les milieux intellectuels. C'est la psychanalyse, dans sa version lacanienne, qui nous avait enseigné cette figure de style dont je me demande si elle n'est pas aujourd'hui un peu démodée.
Il serait amusant (juste amusant, rien de plus) de faire un petit dictionnaire de ces jeux de mots…

jeudi, novembre 24, 2005

Casser le thermomètre

Un malade qui a de la fièvre peut prendre de l'aspirine ou casser le thermomètre. C'est cette dernière solution qu'ont intelligemment retenue un certain nombre de députés UMP (pas quelques uns, 153 d'après Le Monde auxquels il convient d'ajouter 40 sénateurs) qui ont ont demandé au ministre de la justice d'envisager des poursuites contre sept groupes de rap. S'ils voulaient mettre de l'huile sur les braises mal éteintes des banlieues, ils ne pouvaient guère faire mieux. Mais peut-être s'en moquent-ils : plus les banlieues brûlent, plus la France, dit-on, vire à droite.
Plus grave : ils s'interdisent de comprendre ce qui s'y passe. car, à défaut de porte-parle, de leader ou de revendications, le seul moyen que l'on ait d'entendre les jeunes des quartiers difficiles, le seul outil qui permette d'analyser et de comprendre ce qui se passe dans leurs têtes, ce sont justement les textes de ces rappeurs, souvent violents, excessifs et maladroits, mais passionnants pour qui se donne la peine de les lire, ce qui n'est pas très difficile puisque la plupart sont accessibles sur internet. On y découvre la rage de ces jeunes (une rage qui leur interdit justement de formuler des revendications), leur colère contre la police qui les harcèle en permanence, contre la police qui condamne à des mois de prison un gamin qui incendie des voitures mais exonère de toute responsabilité un flic qui a tue un gosse, mais aussi contre leurs pères. Et s'il est vrai qu'ils parlent de violences et d'émeutes, ils éclairent ce qui s'est passé ces dernières semaines bien plus qu'ils n'appellent au meurtre.

dimanche, novembre 20, 2005

Tour de Babel

Je feuillette le beau livre d'Eugene Green, La Parole baroque, pour la préparation d'une émission sur l'opéra de Salvatore Sciarrino (Luci mei traditrici) basé sur une pièce italienne du 17ème siècle. J'y trouve ce passage : "les pronociations anciennes avaient comme caractéristiques générales de s'ouvrir plus facilement à la voix et de permettre aux langues de s'ouvrir les unes aux autres. Aux oreilles des peuples latins, l'anglais devait moins sembler une bouillie, et il formait avec l'écossais un dialecte jumeau ; le portugais et le catsillan étaient largement compréhensibles à ceux qui parlaient l'autre langue, et le catalan s'ouvrait sur l'occitan et sur le français, dont les éléments sonores étaient plus facilement saisissables qu'aujourd'hui aux autres peuples." Y aurait-il là une piste pour comprendre le multilinguisme africain et, mais c'est plus contestable, une voie pour éviter cette absurde domination de l'anglais dont j'ai dit par ailleurs sur ce blog quelques uns des inconvénients?

samedi, novembre 19, 2005

L'UMP a-t-il organisé l'arrivée de Le Pen au second tour?

On a beaucoup dit en 1981 que les chiraquiens avaient favorisé l'élection de Mitterrand en incitant plusieurs de leurs amis à voter Mitterrand pour mieux faire battre Giscard (les communistes auraient dit-on fait la même chose dans l'autre sens). Une conversation entendue hier me fait penser qu'ils ont peut être recommencé lors des dernières élections présidentielles. Je passe sur les détails, mais j'ai entendu deux chiraquiens notoires de ma connaissance se vanter d'avoir voté et fait voter Le Pen au premier tour pour qu'il passe devant Jospin. Je ne sais pas s'il s'est agi d'une initiative personnelle ou d'une consigne donnée à quelques fidèles parmi les fidèles, mais on ne peut l'exclure : la manoeuvre était habile et elle a réussi. Pas très élégant, pas vraiment ragoûtant, mais efficace!

Quand un économiste vole du fumier…

On reproche souvent aux économistes d'être coupés des réalités à force de ne voir le monde qu'au travers de leurs équations. Ce n'est pas le cas de tous. Martin Weitzman, un économiste réputé qui enseigne à Harvard où il s'est fait une réputation dans le domaine de l'économie de l'environnement, est également un fervent pratiquant des méthodes naturelles de culture des fleurs, comme vient de le révéler l'étrange aventure qui lui a fait quitter les bancs de l'Université pour ceux du tribunal. Il est, en effet, accusé par un fermier de ses voisins, de vol de fumier. L'économiste ne nie pas s'être servi sur les terres de son voisin (difficile de le nier puisqu'il a été supris la pelle dans le tas), mais il assure qu'on lui en avait donné, il y a quelques années, l'autorisation. Qui? Il ne sait plus très bien, ce qui affaiblit son cas, mais il est à ce point convaincu de sa bonne foi qu'il a refusé toute transaction et qu'il veut aller devant un jury, ce qui inciterait plutôt à croire en sa bonne foi. Dans tous les cas de figure il nous aura fait sourire et peut-être même trouvera-t-il là l'occasion d'un nouvel article qui fera date. Un article sur les transactions ambiguës, par exemple.
Pour en savoir plus sur cette passionnante affaire, vous pouvez vous rendre sur le site du Boston Globe

mardi, novembre 15, 2005

Retour à l'emploi : l'exemple coréen

Les performances françaises en matière de politique de l'emploi sont si médiocres que l'on a tout intérêt à regarder ce qui se fait ailleurs. Parmi les idées que l'on pourrait reprendre, il y a ce bonus que le système d'allocation chômage coréen a mis en place poour inciter les chômeurs à reprendre rapidement un emploi. Le principe est le suivant : le salarié au chômage a droit à des allocations chômage versés pendant une période définie. S'il retrouve un emploi avant la moitié de cette période, l'organisme d'assurance chômage lui verse ce qu'il aurait perçu s'il avait épuisé ses droits sous forme de prime. C'est certainement une incitation à reprendre rapidement un emploi. C'est en tout cas plus astucieux que nos dispositifs qui 1/ enferment les chômeurs dans l'inactivité (tous les dispositifs de formation qui ne servent qu'à allonger les périodes de versement des allocations) et 2/ sanctionnent ceux qui ne reprennent pas assez rapidement un emploi.

Brûler les écoles

Le geste le plus fort, le plus fou, le plus incompréhensible des jeunes émeutiers a certainement été la mise à feu (pas à sac, mais à feu) d'écoles, crèches et gymnases. Incompréhensible, véritablement scandaleux et à ce titre, très significatif. On pourrait expliquer ce geste en remarquant, tout simplement que l'école, la crèche ou le gymnase sont les seules institutions publiques présentes dans les quartiers (les jeunes ne se sont pas atttaqués aux commissariats parce qu'il n'y en a pas dans leurs quartiers). Ce ne serait pas faux. Mais si ces institutions, et celles-là seulement, sont présentes dans les quartiers, c'est que ce sont les plus bienveillantes, les seules qui emploient des fonctionnaires capables de consacrer temps et énergie à aider, éduquer, former les enfants qui habitent ces quartiers, comme le montrent une nouvelle fois les reportages de Libération ce matin. C'est donc injuste, doublement injuste. Injuste pour l'institution qui se maintient envers et contre tout là où plus personne ne veut s'installer, injuste pour ses membres qui travaillent et s'investisent. On comprend donc la colère de ceux qui tiennent à l'école (je pense à Alain Finkelkraut) et qui ne comprennent pas qu'on puisse la détruire alors même que sa mission est, justement, de permettre aux enfants qui n'ont pas des parents fortunés (ce qui a sans doute été le cas de Finkelkraut, fils d'immigrés polonais) de s'en sortir et de réussir de brillantes carrières.
Mais cette même école, et c'est ce que nous disent à leur manière, violente, brutale, les émeutiers est aussi un lieu de souffrance et d'humiliation. Humiliation du mauvais élève que l'on montre du doigt, que l'on évalue et que l'on juge. Souffrance du petit gamin qui ne rève que de courir et que l'on force à se tenir assis, le dos raide sans s'endormir pendant de longues heures. Il y a dans l'enseignement de la discipline et du dressage que l'on supporte plus ou moins bien, que l'on supporte mal lorsque l'on est un petit graçon turbulent en quête d'un modèle masculin et que l'on ne trouve que des institutrices qui ont toutes les vertus du monde mais qui ne comprennent pas le plaisir que l'on peut éprouver à se battre, à voir les autres se battre ("du sang! du sang!" crions nous adolescents lorsque deux de nos camarades se battaient), à faire le malin.
Ceux que leur famille aide, soutient en lui répètant à l'envie que cette souffrance sera récompensée un jour supportent assez bien cette souffrance et ces humiliations. On la supporte moins bien lorsque votre famille ne vous dit pas cela, ne peut pas vous dire cela parce qu'elle sait bien que c'est faux.
Si l'on ajoute à cela que l'école est dans les quartiers, l'école est la seule institution qui rappelle les règles, on comprend mieux qu'elle soit visée lorsque ces règles sont contestées.

lundi, novembre 14, 2005

Marseille : des grèves mais pas d'émeutes

Il y a à Marseille des grèves dures depuis plus d'un mois, mais il n'y a pas eu d'émeutes ou en tout cas rien à voir avec ce que l'on a connu ailleurs. Alors même que c'est l'une des villes qui a le plus fort taux de population d'origine immigrée. On pourrait d'ailleurs dire la même chose de Montpellier ou de Nice. Pourquoi? Peut-être est-ce tout simplement qu'il n'y a pas dans cette ville pauvre de ségrégation spatiale ou bien moins qu'ailleurs : il n'y a pas de banlieue difficile, rien en tout cas à voir avec ce que connaissent tant d'autres villes. Y a-t-il un rapport de cause à effet? Et si c'est le cas, comment l'expliquer?
Est-ce que cela tient à un contrôle social plus fort du fait d'une plus grande mixité? d'une strtucture urbaine plus serrée? des comportements quotidiens de la police plus "civils" du fait même de cette mixité? des effets positifs d'une pauvreté largement partagée (quand tout le monde est pauvre, on a moins le sentiment d'être victime de discriminations)? Il y a là en tout cas quelquechose à regarder de plus près.

dimanche, novembre 13, 2005

Sarkozy a-t-il choisi l'affrontement?

On a souvent accusé Sarkozy d'avoir une importante part de responsabilité dans ce qui s'est produit, tant il a contribué par ses insultes (en parlant de racaille) à exaspérer les jeunes gens et tant il a jeté de l'huile sur le feu en proposant d'expulser les étrangers. Bernard Salanié dans le blog qu'il écrit depuis qu'il est aux Etats-Unis en rajoute une couche. Il fait état d'une conversation avec Sudhir Venkatesh, un sociologue qui a beaucoup travaillé dans les quartiers difficiles et, notamment, en France. Je le cite :

"Au chapitre des similarités (entre la France et les Etats-Unis), Sudhir relève le rôle des "local brokers" : des intermédiaires entre la police et la communauté, parfois semi-institutionnels comme les animateurs de quartier ou les "grands frères", parfois beaucoup plus informels. Dans cette dernière catégorie, on peut trouver aussi bien des chefs de clans, des anciens, des mères de famille (c'est souvent le cas chez les Noirs américains pauvres), ou même des délinquants pas trop dangereux. Faveur contre faveur : ces intermédiaires maintiennent un semblant d'ordre, et la police ferme les yeux sur certaines de leurs activités et/ou leur accorde des traitements favorables pour, par exemple en France, l'obtention de papiers---ce qui renforce naturellement leur pouvoir.

Comme beaucoup de francais dans le public, je n'avais jamais entendu parler du rôle de ces brokers en France ; mais je doute que Sudhir les ait inventés. Il paraît effectivement logique que devant le semi-échec de la police de proximité (largement rejetée par les policiers comme on le sait), il ait fallu trouver un substitut. Il y a là un danger évident : voir les dérives corses, ou la Mafia en Sicile, quand les brokers commencent à s'organiser en réseau et deviennent incontrôlables. D'après les contacts de Sudhir, la police francaise aurait rompu ses liens avec ces intermédiaires dès le début des émeutes ; si c'était vrai, il faudrait en conclure que le gouvernement, ou au moins le Ministre de l'Intérieur, a délibérément choisi la carte de l'affrontement. Ce serait évidemment extrêmement grave."

A vérifier et… à comprendre. Quel pouvait bien être l'intérêt de N.Sarkozy dans cette affaire? De se montrer capable d'assurer la sécurité? C'est le contraire qui semble se produire puisque 1/ ces émeutes n'en finissent pas, 2/ elles remettent en cause une politique (sa politique) qui a consisté à en finir avec la police de proximité dont chacun dit aujourd'hui qu'elle seule peut faire régner l'ordre dans les quartiers les plus difficiles.

samedi, novembre 12, 2005

Le printemps des séries américaines

Desperate wives, West wing, Ally Mc Beal, Urgences, Soprano, Sex in the city… Les séries américaines de qualité se suivent à un tel rythme que l'on est bien obligé de s'en remettre à l'évidence : il se passe quelque chose, outre-atlantique, d'assez original : la télévision, cette télévision commerciale que nous critiquons si volontiers et pour de si bons motifs a réussi à créer un genre de qualité. Est-ce que cela durera? Bien malin qui peut le dire. Reste que depuis quelques années, on voit se multiplier les séries intelligentes, bien écrites, bien construites qui sont à l'Amérique d'aujourd'hui ce que les comédies avec Gary Grant, Katherine Hepburn & alii était à celle des années 50.
Quand on les regarde de près, ces séries partagent quelques traits communs qui expliquent sans doute leur succès :
- un regard critique, et pas du tout complaisant, sur l'Amérique (Desperate Housewives étant, sans doute, de ce point de vue, la plus incisive de ces séries même si ce que Urgences dit du système médical ou West Wing des rapports de force dans le monde politique ne manque pas non plus de sel),
- une forme dictée par les contingences matérielles qui incite à la construction solide de personnages, au tissage d'intrigues, à la densité du récit. On retrouve à peu près partout le même modèle : quatre personnages (chez Friend, dans Desperate Wives, Sex in the city…), des séquences courtes (quelques minutes entre deux coupures publicitaires), une unité de lieu (les urgences, un quartier petit-bourgeois…),
- de la variété dans la réalisation : ce sont rarement les mêmes réalisateurs qui filment plusieurs épisodes de la même série.
On aimerait que les séries télévisées françaises attteignent la même qualité. A part cettte série de Krivine qui se passe dans un commissariat du quai Saint-Martin et (peut-être, mais je l'ai trop peu vue pour en juger autrement que par ouïe dire) cette série d'Arte sur des esthéticiennes, on en est vraiment loin.

Construire des ghettos

L'une des conséquences sans doute voulues des émeutes aura été de rendre visibles les ghettos qui se sont constitués dans nos banlieues et que l'on ne voit pas lorsque l'on habite dans le centre-ville ou dans les banlieues "chic". Mais une autre conséquence inattendue et paradoxale sera probablement que ces quartiers sortiront de ces événements plus isolés, plus ghettoisés encore. On peut, en effet, anticiper trois effets :
- la fuite et l'éloignement de tous ceux qui en auront la possibilité : difficile de vivre dans des quartiers dans lesquels on risque à tout moment de voir brûler sa voiture,
- en brûlant voitures et autobus, les jeunes gens se sont attaqués à ce qui permet justement de sortir de ces quartiers, d'aller travailler ou vivre ailleurs,
- en s'en prenant aux écoles, aux gymnases, à leurs lieux de vie, ils ont dégradé les seuls services publics qui fonctionnaient à peu près dans ces quartiers, ils auront contribué à rendre plus difficile la vie dans ces quartiers.

Les émeutes, dernier épisode de notre histoire coloniale

A l'occasion de ces émeutes qui embrasent les cités de banlieue, plusieurs politiques ont réintroduit la question de l'immigration. Il faut, nous disent-ils, revoir les politiques d'immigration. Mais est-ce bien de cela qu'il s'agit? Les jeunes gens qui lancent des cocktails molotovs ne sont pas des immigrés, ce sont des Français, qui vivent et si problème il y a, ce n'est pas celui de l'immigration mais celui d'une société française qui n'accepte ni sa diversité ni son histoire, qui ne reconnaît pas que sa diversité tient à son histoire.
Si la plupart des émeutiers sont d'origine étrangère, si l'on insiste beaucoup sur cette dimension étrangère, il convient de rappeler qu'il ne s'agit pas de n'importe quelle origine. Ces enfants, ces familles viennent, dans l'immense majorité des cas de pays qui appartenaient, avant la décolonisation, à l'Empire français qui s'est effondré il y a une quarantaine d'années. La France métropoitaine est devenue, à elle seule, une sorte d'image en réduction de la mosaïque de peuples qu'il constituait et que l'on mettait en avant comme une de ses forces dans les livres de géographie jusqu'au milieu des années 50. Les événements de ces jours-ci sont un bout de l'histoire que nous n'avons jamais faite de la colonisation, des relations complexes, cruelles et douloureuses qui se sont nouées entre ces peuples dominés et leur envahisseur. Relations paradoxales puisque ce sont ceux qui militaient le plus vigoureusement pour le maintien de l'Empire français, ce sont les plus ardents défenseurs de l'Algérie française qui sont aujourd'hui les plus farouches opposants de l'immigration.
Un député faisait récemment voter un amendement pour introduire dans les livres d'histoire une vision positive de la colonisation. Voilà une piste pour les historiens que j'imagine ennuyés (prétendre que la colonisation fut positive pour les colonisés relève de l'exploit) : montrer comment la colonisation a orienté les flux de population du Sud vers le Nord et contribué à la diversité de la société française.

mercredi, novembre 09, 2005

Statistiques et sites internet

Comme tous les utilisateurs de sites internet, je suis avec attention les statistiques de mes sites, notamment celui que j'ai consacré à l'émission de musique contemporaine que j'anime sur une radio parisienne, Aligre FM. J'ai à cette occasion découvert que j'avais plus de visiteurs sur les émissions consacrées à des compositeurs peu connus. Non que leur nom apparaisse plus souvent dans les recherches de Google et alii, mais comme peu de pages leur sont consacrées, il y a peu de concurrence et donc plus de chances que les rares curieux tombent sur mes pages. Si je voulais accroître la circulation sur mon site, j'aurais donc intérêt à me spécialiser dans ces compositeurs les plus rares.

dimanche, novembre 06, 2005

Emeutes : victimes, voyous ou carnaval?

Les émeutes dans les banlieues ont suscité deux types de discours de justification. Pour Nicolas Sarkozy, la droite et l’extrême-droite, il s’agit de délinquants (le mot a été employé par Sarkozy) et de voyous qui doivent être traités comme tels (d’où ces menaces de condamnations à de lourdes peines de prison). Pour les élus de proximité, de gauche comme de droite, pour les représentants des institutions musulmanes, pour les travailleurs sociaux et pour la plupart des éditorialistes étrangers, il s’agirait plutôt d’une réaction contre le racisme de la société française. Ces deux thèses sont commodes : elles permettent d’opposer front contre front la gauche et la droite et de proposer des solutions simples (plus de policiers et de contrôles dans un cas ; plus de traitement social et de lutte contre les discriminations dans l’autre), mais tiennent-elles la route?
Prétendre que ces émeutes sont le fait de délinquants, de professionnels de l’économie souterraine, de petits caïds attachés à la défense de leur territoire, comme l’a fait à plusieurs reprises le ministre de l’intérieur n’est guère plausible : qui peut un instant imaginer que les caïds et autres spécialistes de l’économie parallèle chercheraient à faire entrer plus de policiers et plus de contrôles dans les cités? Ils risquent d’être les premières victimes de ces affrontements et l’on peut même penser qu’ils sont plus que quiconque attachés au retour au calme. Faut-il le rappeler : jamais les voyous n’ont aimé les révolutions.
Dire que ces émeutes sont le fruit du racisme et des discriminations n’est guère plus convaincant. C’est vrai que le racisme et les discriminations existent. Je serai le dernier à le nier comme en témoigne tout ce que j’ai pu écrire sur le sujet. Reste que la jeunesse des émeutiers (entre 13 et 22 ans selon tous les témoignages) fait douter de cette explication : ils sont tout simplement trop jeunes pour avoir souffert des discriminations, sinon (et ce n’est pas rien) du harcèlement policier. Si les lycées qu’ils fréquentent ne sont pas les meilleurs (et c’est un euphémisme!), ils n’ont pas encore mesuré ce que cela veut dire. Si les employeurs leur préfèrent systématiquement des candidats d’autres origines (et c’est là encore une vérité), ils ne le savent, au mieux, que par ouï-dire. Ce sont leurs parents, leurs frères plus âgés, qui sont eux victimes de ces discriminations qui avancent cela comme explication.
Il me semble que très loin de la guerre civile dont parle CNN, il y a dans ces émeutes quelque chose d’un jeu. Les jeunes jouent à la guerre, mais une guerre dérisoire. Ils ne s’en prennent ni aux symboles de l’Etat ni, à quelques exceptions près, aux acteurs de la discrimination (écoles, commissariats de police, entreprises…), ils ne déboulent pas dans les quartiers plus riches, ils brûlent les voitures de leurs voisins et détruisent ce qui est souvent leur seul richesse sans la moindre haine (qui dit que la voiture qu’ils attaquent n’est pas celle de leurs parents?). Ces feux sont spectaculaires, ils se voient de loin, ils font beaucoup de flammes et de fumée, ils sont impressionnants et faciles à allumer.
Il y a dans ces “actions” réalisées par de petits groupes très mobiles, montés à deux ou trois sur des mobylettes ou des scooters quelque chose des actions de commando que l’on voit à longueur de soirée sur les chaînes de télévision. Les images de ces villes qui flambent rappellent celles de Bagdad ou d’ailleurs que les télévisions nous montrent dans leurs journaux. Les jeunes émeutiers ne font ni la révolution ni la guerre au système, ils s’amusent, ils jouent à la guerre avec Sarkozy dans le rôle de Bush (aussi maladroit et irresponsable) et les policiers dans celui des marines. Ils font des compétitions (c’est à la bande, au quartier qui fait le plus de feu et de fumée…) On est plus dans le registre du carnaval et du charivari plus que dans celui de la révolution. Ce qui ne veut pas dire que ce soit sans danger ni sans conséquences : les propriétaires des voitures brûlées doivent l’avoir amer. Le carnaval était, on l’a trop oublié, à l’origine subversif. Il précédait le carême, celui-ci le conclut (c’est au lendemain de la rupture du jeune que les événements ont débuté) et mettait le monde à l’envers : ce sont aujourd’hui les jeunes des banlieues, ces quartiers de la périphérie que l’on néglige en permanence, qui sont, inversion des valeurs, au centre de l’attention. Le carnaval pouvait finir par des révoltes sociales. On ne peut exclure qu’il en aille de même cette fois-ci.
C’est en regardant dans cette direction plus que dans celle de mai 68 que l’on a de chances de comprendre le phénomènes et de le traiter. Car, il faut, bien évidemment, le traiter. Et rapidement. Car, après tout, laisser ces incendies de voitures se multiplier, n’est-ce pas un signe de plus de l’indifférence de la société française à l’égard de ce que l’on a appris à appeler ses banlieues, de leurs souffrances (à commencer par les discriminations dont sont victimes leurs habitants). Si les voitures avaient brûlé dans le septième arrondissement, il y a bien longtemps que l’on aurait trouvé des solutions.

Amartya Sen : Pourquoi ses livres sont-ils si mal traduits?

Les éditions Odile Jacob viennent de publier un recueil d’articles important de l’économiste et philosophe (la frontière entre les deux disciplines est dans son cas parfois difficile à tracer, ce qui le rend si passionnant) d’origine indienne Amartya Sen (Rationalité et liberté en économie, Odile Jacob, 2005, traduit par Marie-Pascale d’Iribane-Jaawane). Ce qui devrait être une excellente nouvelle frôle la catastrophe.
Comme souvent chez Odile Jacob, ce livre est à peine édité. C’est à croire que personne n’a relu le manuscrit avant de l’envoyer chez l’éditeur. Deux exemples, entre mille :
- les notes que l’on a oublié de traduire (comme celle de la page 74),
- les bibliographies qui nous sont données en couper coller des versions anglaises des textes, sans traduction ni renvoi aux éditions françaises qui existent (notamment aux PUF).
Mais le pire, c’est, comme si souvent pour ce genre de livre, la traduction. Je ne suis pas certain que la traductrice ait compris tout ce qu’elle traduisait. Elle n’a en tout cas fait aucun effort pour aider à la compréhension de textes difficiles mais abordables dans leur version originale. Ce qui est particulièrement gênant pour des articles qui valent pour leur rigueur dans la définition des concepts.
Ce n’est pas la première fois que ce genre de mésaventure arrive à ce type de livre. Je me souviens encore de la traduction carrément illisible d’un livre de Nozick aux PUF (Anarchie, Etat et Utopie). On souhaiterait maintenir ces textes à l’écart du public français ou on voudrait le convaincre de se tourner vers l’original qu’on ne s’y prendrait pas autrement.

vendredi, novembre 04, 2005

Sur les téléchargements sauvages

Les éditeurs et sociétés de collecte des droits d’auteur qui protestent contre le téléchargement insistent systématiquement sur les pertes de revenus qu’il entraîne et sur leurs conséquences à long terme. En copiant de manière sauvage des fichiers (films, chansons), on fait, disent-ils, du tort à l’ensemble de la profession et, in fine, à la culture. Si les chanteurs, les cinéastes ne sont plus rémunérés de leur travail, ils n’auront plus les moyens de le financer ou, version plus individualiste, ils choisiront une activité qui leur permet de mieux profiter de leurs efforts.
Mais est-ce vrai? Lorsque l’on a la curiosité de regarder un peu plus près ce qui se passe sur le réseau, les fichiers disponibles, ceux qui sont effectivement téléchargés, on découvre vite que ce sont les films, les séries télévisées, les chansons les plus populaires, ceux qui ont le plus de succès qui sont le plus demandés. Ce qui n’est, somme toute, pas très surprenant : ce sont ces films, ces séries, ces chansons que l’on a envie de voir et que l’on a le plus de chance de pouvoir télécharger rapidement (la vitesse du téléchargement est, sur les nouveaux systèmes type bittorrent, fonction du nombre d’ordinateurs sur lesquels on peut aller chercher le fichier).

Ces téléchargements réduisent, à première vue, les revenus des producteurs de ces oeuvres, mais cette réduction parait compensée (en partie? en totalité? je serai, bien sûr, incapable de le dire) par ce phénomène de concentration sur quelques oeuvres :

- le téléchargement contribue probablement à la popularité des oeuvres : celles que l’on télécharge sont celles que l’on attend, dont on parle, que l’on a envie de voir et de revoir ;

- le téléchargement se substitue aux modes traditionnels de diffusion là où celle-ci fait défaut. Il peut, alors contribuer à créer une attente, un marché potentiel. C’est ce qui se passe avec le téléchargement des séries télévisées américaines : ceux qui ont aimé les premières saisons d’une série vont télécharger les dernières saisons. Et comme ils en parleront à leurs proches, ils contribueront à créer une attente du produit.

Si l’on suit les sociétés d’auteurs et les adversaires du piratage dans leur lutte contre le téléchargement, on court donc deux risques :

- les producteurs des oeuvres les plus populaires risquent de se priver d’un moyen “naturel” et spontané de faire le marketing de leur travail,

- les producteurs d’oeuvres plus confidentielles risquent de ne pouvoir utiliser des moyens de diffusion moderne qui leur permettent d’échapper aux filtres des systèmes actuels qui privilégient les oeuvres qui ont le plus de succès (ou dont on pense qu’elles ont le plus de chance d’en avoir).