mercredi, janvier 15, 2014

Hollande, la loi de Say et les charges sociales

En affirmant que "l'offre crée la demande", une formule que Keynes a utilisée pour résumer et critiquer Jean-Baptiste Say, François Hollande a voulu marquer les esprits. C'est, de ce point de vue, réussi. Est-ce pour autant de bonne politique? A voir : si Keynes a critiqué Say, c'est qu'il lui reprochait de négliger le rôle de la monnaie que les agents (les producteurs) peuvent vouloir conserver pour différents motifs (spéculation, précaution…) et ne pas réinjecter dans le circuit économique. La critique est toujours pertinente. Seuls, de fait, aujourd'hui, les libéraux se réclament de cette "loi" (Thomas Sowell…) qui a opposé, en son temps, un Say optimiste (il n'y a pas de limite à la croissance économique) à tous ceux qui craignaient qu'un pays puisse se retrouver en situation de surabondance générale.

En pratique, cette politique de l'offre va passer par la réduction des charges sociales des entreprises, par le transfert des cotisations familiales vers l'Etat. Il y a de bonnes raisons de procéder à ce transfert : il n'y a pas de motif que la politique familiale soit financée par le travail.  Les charges des entreprises vont donc diminuer. Vieille revendication du MEDEF qui devrait se réjouir mais ne le fera pas forcément et pour un excellent motif : ce transfert ne va alléger que marginalement les coûts des entreprises. Ce sera significatif pour les grandes entreprises qui emploient beaucoup de personnel. Ce sera insignifiant pour les plus petites. Il est donc possible que cela n'ait pas tout l'effet souhaité sur l'emploi. Les grandes entreprises n'ont, souvent, plus besoin de créer des emplois en France : c'est à l'étranger, auprès de leurs nouveaux marchés qu'elles ouvrent des usines. Les plus petites ne trouveront pas dans cette baisse des charges de quoi financer de nouveaux emplois. Pour qu'il en ait été autrement, il aurait fallu, comme le demandait d'ailleurs le MEDEF, transférer également vers l'Etat le financement de l'assurance maladie. Mais cela, l'Etat n'en a pas les moyens.

On me dira que le gouvernement veut obtenir des contreparties, qu'il y aura un pacte. Soit, mais le MEDEF peut promettre de créer autant d'emplois qu'il voudra ce n'est pas lui qui embauche, mais les entreprises qui prennent leurs décisions sans se soucier de ses recommandations. Les seules contreparties qu'il puisse y avoir porteront sur ce qui ne coûte rien aux entreprises et peut faire l'objet d'une loi : le dialogue social, le contrat de travail (amélioration des stages, des CDD), la lutte contre la précarité. Ce n'est pas rien, mais ce n'est pas l'objectif annoncé.

samedi, janvier 11, 2014

Ce qe nous disent les amours de François Hollande

La  révélation de la liaison de François Hollande et Julie Gayet laisse muets la plupart des commentateurs qui n'osent se prononcer, se contentant de vagues considérations sur le droit d'information et celui à la vie privée. Cette révélation nous dit cependant pas mal de choses sur Hollande, sa vitalité (on pensait que ses voyages répétés aux quatre coins du monde l'épuisaient, et bien non, il a encore assez d'énergie pour écourter ses nuits), son goût de la liberté qui lui fait prendre des risques personnels (il n'hésite pas à échapper à ses services de sécurité) et un risque politique et sa disponibilité (son emploi du temps, quoique très chargé, ne l'emprisonne pas complètement). Elle nous en dit aussi beaucoup sur notre machisme subliminal : nul ne parait choqué de ses escapades extra-conjugales. Serait-on aussi complaisant avec une femme? Et nul ne s'est, à ma connaissance, interrogé sur les qualités de Julie Gayet. En irait-il de même avec le jeune amant d'une Présidente? Je n'en suis pas certain.

Il y a dans cette affaire une victime :Valérie Trierweiler. Sans doute va-t-elle devoir abandonner ses fonctions de première dame. Il faudrait qu'elle le fasse avec dignité et élégance. En aura-t-elle la force et le courage? on la jugera cependant là-dessus, ce qui est certainement injuste. 
On a beaucoup comparé ces derniers jours Dieudonné et Desproges. Il est vrai que celui-ci n'hésitait pas à parler des juifs et de l'antisémitisme, comme ici (pardon pour la publicité) :

Dieudonné et Desproges, ce n'est pas la même chose

On a beaucoup comparé ces derniers jours Dieudonné et Desproges. Il est vrai que celui-ci n'hésitait pas à parler des juifs et de l'antisémitisme mais difficile de confondre :

jeudi, décembre 19, 2013

La culture de François Mitterrand

En 1975, Bernard Pivot invitait François Mitterrand pour parler des livres qu'il aimait. C'est tout simplement stupéfiant de culture, de finesse, d'intelligence. On peut trouver cette émission ici. Je doute qu'aucun de nos politiques actuels lui arrive à la cheville. Affaire de génération? de formation? de personnalité? de carrière? Je ne sais, mais il faut voir cette émission.

dimanche, décembre 08, 2013

Philosophie et musique

Est-ce une mode? mais on voit se développer une nouvelle forme de conférence qui associe interventions classiques de philosophes et pièces de musique contemporaine. Ce sera le cas ce lundi 9 décembre à Saint-Denis avec "Chaosmose, coordonnées mutantes : le paradigme esthétique", une conférence qui associe lecture de Guatari par des philosophes et psychanalystes et une oeuvre musicale de Pascale Criton. Quelque chose de comparable est annoncé en février prochain à Issy les Moulineaux qui associerait réflexions sur le temps et une oeuvre d'Eliane Radigue.

Les philosophes n'étant pas forcément mélomanes (c'est même souvent le contraire : pour ne prendre que cet exemple, Dominique Schnapper explique dans son récent livre de mémoires qu'elle n'a aucune sensibilité musicale), cette formule est 1) une bonne occasion de leur fait découvrir la musique qui se fait aujourd'hui et, 2) un rappel quasi spinoziste du rôle des affects dans la pensée.

vendredi, décembre 06, 2013

La fin de Mona lisait

La presse (enfin, quand je dis la presse, je veux dire France Culture) a parlé, ces derniers jours de la fin des librairies du réseau Chapitre.com. Pas un mot (au moins à ma connaissance) sur celle de Mona Lisait que j'ai découverte à l'occasion de promenades dans Paris. Il est vrai que ces librairies spécialisées dans le discount avaient un coté un peu trash (des boutiques qu'aucun décorateur n'avait aménagé, des escaliers branlants…). Et, cependant… leur disparition n'est pas moins choquante. Pas seulement pour les raisons le plus souvent invoquées (la mort du livre…) mais aussi parce qu'elles étaient les seules librairies à avoir un fonds solide sur l'avant-garde, notamment sur le lettrisme. Où ira-t-on demain acheter les livres de Lemaitre, Satié, Sabatier? 

lundi, décembre 02, 2013

Ils quittent le Front National… et mettent en évidence la faiblesse de ce parti

Combien sont-ils? Quatre, cinq? plus? La presse a d'ores et déjà cité les noms de quatre militants qui ont quitté le Front National déçus, choqués… Il y a Arnaud Cléré, ex-militant UMP, qui dénonce les tatouages de croix gammées et les propos homophobes, Benoit Girard et Nadia Portheault qui dénoncent les propos racistes, Anna Rosso-Roig qui déclare : "quand on voit Marine Le Pen à la télévision, on ne peut pas imaginer à quoi ressemble l'arrière-boutique". Sans doute ces militants effrayés sont-ils plus nombreux. Beaucoup doivent partir sur la pointe des pieds en silence sans le clamer haut et fort de crainte du ridicule.

Naïfs, ces déçus du FN? Certainement. Voire même un peu niais : tous les reportages réalisés au sein du FN l'ont montré, il y a des racistes, des antisémites et des homophobes au Front National. Le plus surprenant n'est pas qu'ils existent (où se retrouveraient-ils sinon dans un parti d'extrême-droite?), mais qu'ils affichent sans la moindre gêne leurs opinions alors que Marine Le Pen et ses proches tentent depuis plusieurs mois de "dédiaboliser" le Front National.

On peut, naturellement, accuser Marine Le Pen d'hypocrisie, lui reprocher de faire semblant de s'en prendre aux extrémistes, c'est de bonne guerre. Mais il est une autre explication : qu'elle en soit tout simplement incapable, que l'exclusion de ces militants néo-nazi, néo-fascistes… ne vide le parti de l'essentiel de ses forces. Que le FN ne soit sans eux qu'une coquille vide.

Lorsqu'on compare le FN aux mouvements d'extrême-droite d'avant-guerre, une chose frappe : sa faiblesse. Il n'a ni la puissance intellectuelle de l'Action Française qui avait su séduire le quartier latin, Proust, Gide, Bernanos… ni la puissance militante des ligues qui pouvaient réunir des dizaines de milliers de militants dans de grandes manifestations (les grandes manifestations contre le mariage pour tous n'ont pas été organisées par le FN par des mouvements liés à l'Eglise catholique, ce qui est différent). En témoigne, l'incapacité dans laquelle il se trouve de présenter des candidats à peu prés présentables partout.

Les seuls succès du FN ont été électoraux et toujours… minuscules : gain d'un canton ici, de quelques places dans un conseil municipal là. Les bonnes performances de Le Pen à l'élection présidentielle, celles de son parti aux élections européennes ont pu faire illusion, elles ne doivent pas cacher l'essentiel : ce parti reste faible et ne doit son influence qu'à la peur qu'il suscite chez ses concurrents, peur que dès ses débuts, en 1984, les journalistes politiques ont attisée donnant aux provocations de son leader une résonance sans commune mesure avec son poids réel dans l'opinion.










mardi, octobre 29, 2013

Confusion mentale

La situation politique de ces derniers mois a ceci de particulier qu'elle brouille les repères. Nous nageons en pleine confusion mentale. Un nombre croissant de personnes, à gauche mais aussi à droite, ne sait plus où se situer. Je déjeunais hier avec un ami, universitaire réputé dans son domaine, vieux communiste, plus compagnon de route que militant, mais très attaché à cette tradition. Nous parlons un peu de politique. Il me dit qu'il va voter Martine. Je ne saisis pas bien. Martine? quelle Martine? Aubry? Mais elle n'est candidate à rien qu'à la mairie de Lille et mon ami est parisien. Mais non, me dit-il, Marine (il ne dit pas Le Pen, comme s'il éprouvait encore, malgré tout, une certaine gêne).

Le fera-t-il? Probablement pas, mais qu'il puisse le suggérer et qu'il se propose d'argumenter dans ce sens témoigne d'une certaine confusion mentale dont la suite de notre conversation me donna un autre témoignage presque plus fort puisqu'échappant à toute éventuelle visée provocatrice. Nous parlons des impôts, de Hollande qui s'en prend, avec les taxes sur le PEL et l'assurance vie, au coeur de son électorat. Plutôt que de multiplier ces impôts qui mettent tout le monde en colère il devrait, me dit cet ami, essayer la "flat tax" : tout le monde paierait le même pourcentage… Ce serait, ajoute-t-il, plus simple et plus juste. Cet ami n'a rien d'un économiste, mais tout de même. Comment un intellectuel qui se dit encore proche du parti communiste peut-il jeter par dessus bord sans plus réfléchir la progressivité de l'impôt?

Je suis sorti de ce déjeuner par ailleurs fort agréable un peu déprimé. Je sais bien que l'économie ne fait pas partie du bagage culturel de beaucoup de nos intellectuels. Mais tout de même. Faut-il que nos repères se soient effondrés pour que des gens intelligents et plutôt éclairés sur le plan politique en arrivent à dire pareilles énormités…


vendredi, octobre 25, 2013

Allo Nabila, Allo Breton

Il y a quelques mois, une certaine Nabila a connu son moment de gloire avec une expression : "allo non mais quoi, t'es une fille et tu n'as pas de schampoing." Tout le monde s'est moqué d'elle. Mais savait-on qu'elle n'avait peut-être fait que copier André Breton qui, je viens de le découvrir, écrivait dans un de ses poèmes du Revolver à cheveux blancs, recueil publié en 1932, : "Allo, le gazon! Allo, la pluie! C'est moi l'irréel souffle de ce jardin."?

C'est malheureusement bien improbable…

jeudi, octobre 03, 2013

Valls : illusoire popularité

Valls est populaire, il est le plus populaire des ministres de ce gouvernement? Comment ne le serait-il pas alors qu'il affiche ouvertement des idées qui séduisent la droite. Electeurs de droite ravis de le voir transgresser les valeurs de gauche + une partie des électeurs de gauche, cela fait forcément beaucoup. Il n'est pas le premier à gauche à jouer ce jeu. Rocard s'y était en son temps déjà essayé avec, d'ailleurs, le même argument : le réalisme. De la même manière, les politiques de droite qui critiquaient le gouvernement de leurs amis montaient vite dans les sondages tant ils plaisaient aux électeurs de gauche sans forcément déplaire à une partie de leur camp. Ces stratégies permettent d'obtenir de bons taux dans les sondages mais elles interdisent de prétendre au sommet : quand les électeurs de gauche devront choisir un candidat pour succéder à François Hollande, il y a fort à parier qu'ils ne choisiront pas quelqu'un qui a systématiquement transgressé les codes de la gauche. Même chose, d'ailleurs, à droite : ce n'est pas en séduisant ses adversaires que l'on gagne les élections mais en mobilisant son camp.

La popularité de Valls ne veut donc pas dire grand chose.

dimanche, septembre 29, 2013

La mence du Front National

Quelle est la vraie menace du Front National? Qu'il gagne quelques sièges dans des exécutifs locaux et quelques villes à l'occasion des prochaines municipales ou qu'il sème ses idées dans tous les partis? La première menace est ce qui inquiète le plus les observateurs, mais la seconde est sans doute la plus inquiétante. Les derniers propos de Manuel Vals sur les roms attestent des progrès de son idéologie. Si pour mieux le combattre, il faut, reprendre ses idées, il y a vraiment péril en la demeure…

Les succès du Front National dans les sondages (et demain dans les urnes) tiennent, pour l'essentiel, à ce que, ne participant au pouvoir, il ne peut être comptable de ses échecs. Comme on entend souvent des électeurs tentés par un vote FN le dire : "on a tout essayé, rien ne marche, pourquoi ne pas les essayer?"

Il est plus que probable que s'ils essayaient, ils seraient terriblement déçus. Pour au moins trois motifs :

  • parce que les solutions du FN sont absurdes ; ni la sortie de l'euro, ni le protectionnisme, ni l'arrêt de l'immigration, ni la préférence nationale ne peuvent prétendre résoudre nos problèmes. Bien au contraire, ils ne feraient que les aggraver : on l'a beaucoup dit de la sortie de l'euro mais c'est tout aussi vrai du protectionnisme (que feraient donc les entreprises qui vivent de leurs ventes à l'exportation? et celles qui intègrent dans leurs fabrications des composants venus de l'étranger?) ou de l'immigration (que feraient le BTP, la restauration et tant d'autres secteurs sans travailleurs immigrés?) ;
  • parce qu'il y a peu de chances qu'ils mettent en oeuvre ces solutions tant les obstacles paraissent nombreux (pour ne prendre que l'exemple de l'immigration comment croire qu'ils pourraient bloquer les flux de population quand personne nulle part n'a réussi à le faire? même chose pour l'insécurité) ;
  • parce qu'enfin, ils n'ont pas les ressources humaines, les compétences nécessaires pour diriger une ville… Les échecs répétés des municipalités FN le montrent à l'évidence.
Pour tous ces motifs, il y a fort à parier que l'expérience du FN aux commandes de quelques villes décillera les yeux de beaucoup d'électeur. Ses prochains succès électoraux pourraient bien être l'annonce de son déclin dans les sondages. C'est ce qui s'est produit ailleurs  Ce qui ne veut pas dire que ses succès seraient sans conséquence. On a vu, il y a quelques années, dans les villes gérées par le FN monter l'intolérance, se développer les ghettos, l'ostracisme. Et ce ne serait certainement pas une bonne nouvelle. Mais entendre des politiques "responsables" à gauche comme à droite s'inspirer de son discours au motif qu'il est populaire n'est guère plus satisfaisant.

jeudi, août 15, 2013

Et si c'étai tHollande qui avait "fuité" la lettre de Valls?

C'est l'été. Il ne se passe pas grand chose sur le front intérieur, les éditorialistes sont en vacances. Ceux qui sont restés à Paris s'ennuient un peu. Et puis voilà que Le Monde, dont on ne saluera jamais assez les efforts pour remplir l'actualité (rapport sur le voile à l'université…) publie le texte d'une lettre que Manuel Vals a adressée à François Hollande sans en avertir Christiane Taubira qui, en la découvrant, est, assez naturellement, tombée de sa chaise. Le conflit entre le ministre des policiers et celui des magistrats et de l'administration pénitentiaire n'est pas une nouveauté. Les policiers (ou, plutôt, leurs syndicats) sont en général favorable à des peines lourdes, les magistrats qui les prononcent, les fonctionnaires qui gèrent les prisons plutôt à la recherche de substituts plus efficaces et qui évitent la récidive. Mais en plein été, c'est pain béni pour tous les commentateurs qui se perdent en conjectures sur l'effet de cette brouille sur l'autorité du premier ministre, sur la solidarité gouvernementale, sur l'origine de cette fuite.

Celle-ci paraissant faire plutôt du tort à Valls, on ne le soupçonne pas d'être à son origine. Comme cette annonce est, par ailleurs, venue brouiller les efforts de Hollande pour reconquérir l'opinion alors même que l'INSEE annonçait un rebond inattendu de la croissance (rebond bien maigre, cependant), nul ne l'en a crédité. Et tous de s'interroger sur la manière dont il se sortira de ce mauvais pas : par un report? par une synthèse?

Par une synthèse, sans doute. Mais la synthèse qui est en passe de venir, à droite, un mot négatif, ne se limite pas à cet exercice académique qui vient clore les dissertations lycéennes, c'est aussi un exercice de mouvement qui consiste à déplacer les rapports de force. Valls est populaire, il occupe le terrain, on le voit partout. Il agace certainement. S'il avait voulu le déstabiliser, Hollande ne s'y serait sans doute pas pris autrement : en le mettant en faute par rapport au premier ministre, au garde des sceaux et en le forçant sinon à se rétracter du moins à nuancer son propos, à le banaliser, il l'aurait mis, dans cette hypothèse, en situation d'accepter ce que justement il critique dans ce texte.

Mais comme tout finit par se savoir, on saura bientôt d'où vient cette fuite.

samedi, août 03, 2013

Heidegger et le nazisme, une nouvelle fois


Le Monde publie aujourd'hui une tribune de Jean-Pierre Faye où il reprend sa bataille contre ces grands intellectuels, Heidegger, Carl Schmitt, Junger qui auraient, à l'entendre, favorisé l'arrivée au pouvoir de Hitler. L'article est assez décousu, s'en prend aussi bien à la déconstruction (sans citer Derrida) qu'à la pensée de Carl Schmitt et l'argumentation guère convaincante. S'il suffisait de quelques cours ou de quelques conférences devant des grands patrons pour fabriquer le totalitarisme, cela se saurait. Mais Faye cite dans son article plusieurs mots de Heideger, mots connus, qui déconsidèrent complètement la pensée de ce philosophe qui a tant fasciné l'intelligentsia française. Une seule suffit à couvrir de ridicule l'essentiel de son oeuvre : dans sa "Profession de foi en Adolf Hitler, la Bekenntnis zu Adolf Hitler il décrit le Führer comme l'instant de "retourner à l'essence de l'Etre".  Qu'il ait été ou non nazi importe au fond assez peu, mais qu'il ait pu ainsi confondre en une même phrase le "retour à l'être" qui revient en permanence dans ses textes et Hitler indique tout simplement la vacuité d'une pensée qui a fini à force de confondre poésie et philosophie par tourner en rond autour de quelques vieilles rengaines réactionnaires.

mercredi, juillet 17, 2013

Les réactions des lecteurs sont trop souvent déprimantes

La lecture des réactions des lecteurs que les versions électroniques de nos journaux mettent à la suite de leurs articles a quelque chose de déprimant. Je prendrais, exemple entre mille, celles qui suivent un article du Monde racontant la déposition de Pierre Moscovici hier devant la commission Cahuzac. Qu'en retenir? sinon que ces lecteurs n'ont pas lu l'article, n'ont pas suivi la déposition (qui n'était, je crois, pas télévisée), qu'ils expriment des idées qu'ils avaient la veille et l'avant-veille, qu'ils auront encore sans doute demain, qui ne nous éclairent en rien. Je ne suis même pas sûr que cela nous éclaire sur l'état de l'opinion en France.

C'est d'autant plus dommage que le courrier des lecteurs peut être instructif (voir, par exemple, celui qui suit les chroniques de Paul Krugman), mais peut-être faudrait-il que les journaux les modèrent, fassent un tri, ne retiennent que celles qui présentent un quelconque intérêt.

ROGER BONHOMME 17/07/2013 - 07h15
Francois, le joueur de fluteau dans son parc: "Dormez en paix braves gens , tout va bien !" Les sbires Pierre et Manuel s enfoncent un peu plus dans la mare Cahuzac, pataugeant dans la douleur devant la commission d'enquête parlementaire. Supers menteurs ? pas morts !
 
A J Julianto 17/07/2013 - 06h19
C'est quand même une bonne bande de guignols qui s'arrangent ! Cahuzac n'aurait jamais du avoir lieu, ce président et son gouvernement ne valent plus rien de ce simple fait ! Et nous avons été nombreux a voter pour eux ! On avait assez du polichinelle excité et on se retrouve avec des branquignoles. Tu parles d'une élite ! Quels modèles ! Et comment se fait t'il que Le Monde et la justice n'enquêtent pas plus sur les comptes offshore ??
 
Pepef- le-Brun 17/07/2013 - 04h12
"J'avais confiance en Jérôme #Cahuzac mais mon devoir de ministre était le doute": le "mais" est de trop. Il dit tout et son contraire, c'est a dire rien. C'est vraiment se foutre de la gueule du monde.
 
Lo 17/07/2013 - 01h15
Je ressens une irritation croissante devant la forme de collage de tweets que prennent de plus en plus d'articles du Monde.fr. Il faut choisir : ou bien vous citez le tweet in extenso, ou bien vous le reproduisez, mais les deux ça fait vraiment double emploi et paraphrase.
 
Didier Dufour 16/07/2013 - 23h31
Enfin! Cela suffit !! Il est évident que Mosco a tout fait pour protéger l'avant dernier strauskanien. Le dernier, c'est lui !
répondre
 

mercredi, juillet 03, 2013

La refondation de la droite

Au delà des interrogations sur les échecs répétés du Front Républicain et du transfert d'une partie des voix de gauche vers les candidats du Front National, la gauche devrait s'inquiéter d'un phénomène nouveau : la refondation de l'idéologie conservatrice autour de nouveaux thèmes.

L'arrivée de la gauche au pouvoir en 1981 avait amené la droite à découvrir ou redécouvrir le libéralisme qui a nourri sa pratique pendant les décennies qui ont suivi. Quelques personnalités avaient alors joué un rôle important : Alain Madelin, du coté des politiques, Henri Lepage, Alain Laurent, Philippe Nemo du coté des intellectuels. Journaliste bon connaisseur des travaux de l'école de Chicago, Lepage avait résumé dans de nombreux articles et ouvrages publiés en livre de poche les idées des économistes néo-classiques, Nemo avait contribué à faire connaître et traduire Hayek, Laurent a fait de même avec Ayn Rand et les classiques du libéralisme. Le même phénomène est, semble-t-il, en train de se produire.

Si la droite politique est aujourd'hui en lambeaux, toute entière occupée par ses batailles de présidentiables, on voit se développer les bases d'une refondation de la pensée et de l'idéologie conservatrice qui n'emprunte plus au modèle américain et à la théorie économique comme ce fut le cas dans les années 80, mais qui regarde plutôt du coté de la philosophie.

Les manifestations contre le mariage pour tous ont mis en évidence un des thèmes de cette refondation en cours : la nature. Le mariage homosexuel, l'adoption d'enfants par des couples homosexuels serait contre-nature. Il y a des réalités contre lesquelles on ne peut rien parce qu'elles relèvent de la nature : la différence des sexes serait de celles-là. D'où les attaques répétées contre ce que ses adversaires appellent la théorie du genre (selon laquelle les traits féminins ou masculins seraient moins affaire de différence des sexes que d'éducation, de culture) et contre un "égalitarisme dévoyé".

Un autre thème de cette refondation est la réécriture de la laïcité qui ne serait plus une conquête des adversaires du goupillon comme on le pensait, mais le résultat de ce que Jean-Louis Harouel appelle le "vrai génie du christianisme" : la disjonction du politique et du religieux. "Le royaume de Dieu est, dit-il, céleste et non terrestre ; Dieu et César sont séparés." Ce qui permet de critiquer l'Islam pour lequel il n'y aurait pas d'action profane mais aussi de s'en prendre à ces nouvelles "religions d'Etat" que seraient "l'écologisme" et le "droit de l'hommisme", un thème que l'on retrouve chez Patrick Buisson (qui l'emprunte à Jen-Louis Harouel, ce qui lui a valu des accusations de plagiat). Ce qui permet également de renouveler la thématique de l"intégration des étrangers et de leurs enfants, de renouer avec les critiques du multiculturalisme.

On devine dans tout cela, tout à la fois un retour distancié du catholicisme, de la tradition et une attaque contre l'égalité et la modernité dont l'expression politique n'est pas encore pleinement définie même si on la devine en germe chez certains membres de l'UMP et au FN.

lundi, juillet 01, 2013

Quand la gauche ne fait plus barrage au FN

Le Monde publie cet après-midi une étude qui montre que 63% des électeurs de gauche de Villeneuve sur Lot ont voté blanc ou se sont abstenus au deuxième tour de l'élection qui opposait un candidat UMP très à droite à un jeune loup du FN. Des chiffres comparables à ceux d'études réalisées sur l'électon dans l'Oise d'il y a quelques semaines. Faut-il être surpris alors que la droite s'est, avec Nicolas Sarkozy, terriblement droitisée tandis que le FN mettait (au moins en apparence) de l'eau dans son vin? Pour beaucoup d'électeurs de gauche l'UMP d'aujourd'hui et le FN, c'est un peu, comme disait en d'autres temps Jacques Duclos, blanc bonnet et bonnet blanc.

Plus troublant, cet autre chiffre : 15% des électeurs de gauche auraient, comme dans l'élection dans l'Oise, reporté leur vote sur le candidat FN. Est-ce confusion mentale d'électeurs qui ne feraient plus la différence entre les différentes offres politiques? haine de l'UMP, comme il put y avoir dans les années soixante haine du gaullisme chez les partisans de l'Algérie française? volonté de lancer un signal, une manière de dire : attention! plus rien ne va? ou, plus simplement, accord avec certains points du programme du FN sur l'Europe, le protectionnisme? On ne sait, mais c'est en tout cas un signe de désaffiliation croissante des électeurs qui ne se reconnaissent plus vraiment dans les catégories politiques.

Espionnage de l'UE, de l'ambassade de France et de quelques autres alliés

Les Etats-Unis ont donc espionné leurs alliés les plus proches, posé des micros dans leurs ambassades, lu leurs courriels, écouté leurs conversations téléphoniques et celles de leurs citoyens. Les réactions sont vives en Europe. Cela choque semble-t-il moins aux Etats-Unis. On attend toujours la réaction de Barack Obama qui déçoit, décidément, chaque jour un peu plus. Même les défenseurs affichés (j'allais écrire professionnels) de la protection des données privées semblent prendre cela à la légère. Je pense à la réaction de Lauren Weinstein, l'un des fondateurs de People for Internet Responsibility, qui a fait profession de se battre contre les intrusions de l'industrie dans la vie privée de chacun. Il vient de publier sur son blog un post, False indignation and spy vs spy d'où il ressort :

  • que les Etats-Unis ont toujours espionné ses alliés comme le prouve un article publié en 2000 dans le Wall Street Journal par un ancien directeur de la CIA : Why we spy on our allies, article qui rappelle que le programme Echelon avait alors soulevé la même indignation depuis bien retombée,
  • que tous les pays font de même,
  • que ce n'est en définitive pas si grave que cela.
Weinstein qu'on a connu mieux inspiré s'amuse de la réaction indignée des Européens et rappelle l'excellente bande dessinée "spy vs spy" qui fit les beaux jours de Mad Magazine dans les années soixante. On y voyait deux espions, l'un habillé en blanc, l'autre en noir, dont on ne savait à peu près rien, et surtout pas le pays pour lequel ils travaillaient, sinon qu'ils étaient passablement ridicules.


Le problème, et Lauren Weinstein devrait le savoir mieux qui quiconque, est que nous avons changé de monde, qu'avec le numérique on est passé d'un espionnage artisanal à un espionnage industriel, que toutes les communications, même les plus privées, peuvent être dorénavant interceptées par des services officiels mais aussi par des entreprises privées. Et que cela demande 
  • des moyens techniques considérables que tous les pays n'ont pas et ne peuvent pas avoir,
  • des législations laxistes, peu soucieuses de la protection de la vie privée, ce qui est le cas aux Etats-Unis, ce qui l'est moins en Europe qui a échappé au Patriot Act.
Il y a là une asymétrie que les non-Américains ne sauraient tolérer. Pas plus, d'ailleurs, que les Américains ne tolèrent les intrusions des Chinois dans leurs systèmes informatiques. D'où l'importance des discussions en cours actuellement sur la protection des données privées qui ne concernent actuellement que les entreprises privées (Google, Facebook, Amazon…) mais qui devront demain concerner les Etats et leurs services de renseignement.

Il n'y a qu'un point sur lequel Lauren Weinstein a raison, c'est lorsqu'il souligne que la NASA , ne devait guère s'inquiéter des retombées de la divulgation de l'espionnage des Européens pour l'avoir confié au collaborateur plutôt junior d'un lointain sous-traitant. Ce n'est pas le plus rassurant.

dimanche, juin 30, 2013

Etre patissier…

Joli reportage aujourd'hui sur la patisserie sur France. On y apprend que la patisserie française est la meilleure, qu'elle s'impose partout dans le monde, qu'il y faut, pour réussir, le sens du design, des produits de première qualité (joli détour par la fabrication d'un lait d'exception) et la capacité à assembler des saveurs. On y apprend que des écoles forment des patissiers venus d'un peu partout qui restent souvent en France. On y découvre surtout une étrange alliance pour le succès : l'apprentissage + le souci de l'excellence + la volonté de toujours innover, une recette déjà appliquée dans l'industrie du luxe.


Et si Hollande gagnait son pari sur l'emploi?

Depuis quelques jours, on entend un peu partout, de Jean-François Copé à Olivier Blanchard, des gens suggérer à mi-mot que François Hollande pourrait gagner son pari de voir la courbe du chômage s'inverser d'ici à la fin de l'année. Dans le Monde d'il y a deux jours, l'économiste en chef du FMI répondait au journaliste qui l'interrogeait :
François Hollande annonce une baisse du chômage en France pour la fin de 2013. Est-ce réaliste ? 
Cela n'est pas certain, mais possible. Lors de nos prévisions d'avril, nous tablions sur un chômage qui se stabiliserait fin 2013. Depuis, on a plutôt eu des mauvaises nouvelles. Il se peut que le chômage augmente un peu plus longtemps. Mais la tendance est à la stabilisation, éventuellement à l'inversion.
C'est nouveau. Jusqu'alors tout le monde s'accordait à penser que ce serait impossible, que c'était irréaliste. Ce n'est pas fait malgré les dernières résultats encourageants de Pôle Emploi. Mais si cela était le cas, cela voudrait dire que le traitement social du chômage aura été efficace. On peut naturellement le critiquer, dire que cela coûte cher à la collectivité, que ce n'est pas une garantie d'emploi sur le long terme. Ce qui n'est pas faux. Mais que vaut-il mieux? Etre au chômage ou avoir un travail, un salaire et l'opportunité de se former à un métier et, mieux encore, à la discipline d'un emploi régulier?

Si tel devait être le cas, ce serait en tout cas une très belle victoire pour François Hollande et, au delà, le signe que les politiques ne sont pas complètement impuissants, qu'ils peuvent encore, pour peu qu'ils en aient la volonté faire évoluer les choses. De quoi faire reculer le pessimisme ambiant. Cela ne veut pas dire que François Hollande retrouvera des sondages heureux ni que le PS fera bonne figure lors des prochaines élections, on en est bien loin, mais cela changera, pour le mieux, l'atmosphère. Ce ne serait pas négligeable.