Avoir des opinions est l'un des éléments du bien-être, affirmait il y a une quinzaine d'années, l'économiste A.O.Hirshman. Les blogs sont une bonne manière d'afficher ses opinions mais aussi, et peut-être même surtout, de les construire. C'est ce qui m'a donné envie de tenir celui-ci
vendredi, mars 30, 2007
Le MEDEF, le contrat de travail et l'Australie
Le projet de refonte du dialogue social du MEDEF s'inspire très librement des réformes que des gouvernements conservateurs ont mises en place en Nouvelle-Zélande et en Australie. On y retrouve plusieurs des thèmes qui relèvent de ce que l'on appelle dans ce dernier pays le Workchoice avec notamment l'accent mis sur le contrat individuel au dépens du contrat collectif. On peut avoir de bons motifs de douter a priori de l'efficacité de ce modèle, mais mieux vaut encore voir ce qu'il donne là où il est mis en oeuvre. Cette récente étude réalisée en Australie montre que toutes les promesses en matière de productivité, de lutte contre les précarités et l'emploi ne sont pas tenues. Il semble, par contre, que ces réformes aient entraîné une baisse des salaires des moins qualifiés. Tout cela est naturellement à vérifier puisque le Workchoices n'a que quelques mois d'existence, mais ces premiers résultats invitent à regarder de plus près ceux de Thomas Philippon qui insiste lui, plutôt, sur la corrélation entre qualité du dialogue social et emploi.
mardi, mars 27, 2007
Le cas Besson, ou comment la presse rend riche (et fou)
Voilà qu'Eric Besson juge Nicolas Sarkozy mieux préparé et plus apte à diriger la France que Ségolène Royal. En une poignée de jours (en quelques semaines) il sera ainsi passé d'une position de choix auprès de la candidate socialiste, position qui lui aurait permis en cas de victoire de prétendre à un poste de ministre, à un rôle de traite un peu minable.
On aimerait savoir comment il vit aujourd'hui, s'il rumine matin, midi et soir sa colère comme un de ces vieux obsessionnels que nous avons tous rencontrés un jour ou l'autre. Mais est-ce bien cela? Je n'en suis pas sûr. J'ai une autre hypothèse : à la suite d'un conflit avec la candidate, il se retrouve sur le carreau, déçu forcément. Et sans doute aurait-il gardé pour lui son amertume jusqu'à l'oublier s'il n'avait trouvé sur son chemin des journalistes pour donner à cette rancune une valeur : valeur monétaire puisque j'imagine que son livre lui a rapporté beaucoup d'argent, valeur symbolique ensuite, puisque chaque nouvelle interview entretient sa réputation (une réputation qui l'aide à vendre de nouveaux exemplaires de son livre).
Et comme il n'intéresse les journalistes que s'il va toujours un peu plus loin, il lui faut à chaque fois en rajouter (imaginons qu'il ait dit : malgré tout, Ségolène est la meilleure, ils l'auraient vite négligé). Cette fois-ci (interview du Figaro), il dit du bien de Sarkozy, mais il lui reste encore à se prononcer en sa faveur et à appeler à voter pour lui. C'est ce qu'il fera dans une prochaine interview.
Que restera-t-il de tout cela dans quelques mois? Pas grand chose, mais il aura une maison de campagne, un appartement, un bateau, que sais-je… Pas reluisant, mais pas tellement exceptionnel.
On aimerait savoir comment il vit aujourd'hui, s'il rumine matin, midi et soir sa colère comme un de ces vieux obsessionnels que nous avons tous rencontrés un jour ou l'autre. Mais est-ce bien cela? Je n'en suis pas sûr. J'ai une autre hypothèse : à la suite d'un conflit avec la candidate, il se retrouve sur le carreau, déçu forcément. Et sans doute aurait-il gardé pour lui son amertume jusqu'à l'oublier s'il n'avait trouvé sur son chemin des journalistes pour donner à cette rancune une valeur : valeur monétaire puisque j'imagine que son livre lui a rapporté beaucoup d'argent, valeur symbolique ensuite, puisque chaque nouvelle interview entretient sa réputation (une réputation qui l'aide à vendre de nouveaux exemplaires de son livre).
Et comme il n'intéresse les journalistes que s'il va toujours un peu plus loin, il lui faut à chaque fois en rajouter (imaginons qu'il ait dit : malgré tout, Ségolène est la meilleure, ils l'auraient vite négligé). Cette fois-ci (interview du Figaro), il dit du bien de Sarkozy, mais il lui reste encore à se prononcer en sa faveur et à appeler à voter pour lui. C'est ce qu'il fera dans une prochaine interview.
Que restera-t-il de tout cela dans quelques mois? Pas grand chose, mais il aura une maison de campagne, un appartement, un bateau, que sais-je… Pas reluisant, mais pas tellement exceptionnel.
dimanche, mars 25, 2007
Le joli lapsus : François Sarkozy
Est-ce Reuters? Est-ce le Monde? Est-ce Le Monde citant Reuters, peu importe le lapsus est joli :
François Sarkozy assume le bilan du gouvernement, fera autrement
Ainsi est titré une dépèche sur le site internet du Monde ce dimanche aprés-midi. Comme tous les lapsus, cette phrase détient une part de vérité.
François Sarkozy assume le bilan du gouvernement, fera autrement
Ainsi est titré une dépèche sur le site internet du Monde ce dimanche aprés-midi. Comme tous les lapsus, cette phrase détient une part de vérité.
samedi, mars 24, 2007
La bavure de trop?
Le métier de ministre de l'intérieur est dangereux. Charles Pasque l'avait appris à ses dépens il y a quelques années. Nicolas Sarkozy pourrait bien le vivre de la même manière avec les incidents qui se sont produits il y a quelques jours à la sortie d'une école parisienne lorsque des policiers ont voulu interpeller le grand-père chinois et sans papier venu chercher sa petite fille à la sortie de l'école maternelle. La presse a commencé d'en parler discrètement et l'affaire ne serait sans doute pas sortie des milieux que ces questions choquent si la justice n'avait eu la "bonne idée" de mettre en garde à vue la directrice de l'école qui avait, comme les parents présents, protesté contre les comportements de la police (gaz lacrymogènes et, si l'on en juge par les photos que la presse commence de publier, coups et blessures sur des passants). Difficile pour la presse de passer sous silence des images aussi parlantes que celle que publie aujourd'hui le Monde tirée d'une vidéo prise par un spectateur qui était, je l'imagine, équipé d'un téléphone avec caméra incorporée.
Cette bavure est d'autant plus remarquable et gênante pour le futur ex-ministre de l'intérieur qu'elle s'inscrit dans le droit fil des discours les plus récents du candidat de l'UMP qui emprunte ses thématiques à la droite la plus extrême au point que certains de ses soutiens le critiquent.
Cette bavure est d'autant plus remarquable et gênante pour le futur ex-ministre de l'intérieur qu'elle s'inscrit dans le droit fil des discours les plus récents du candidat de l'UMP qui emprunte ses thématiques à la droite la plus extrême au point que certains de ses soutiens le critiquent.
jeudi, mars 22, 2007
Curiosa politiques
Il y a chez les antiquaires ce que l'on appelle les curiosa, ce sont des objets insolites, parfois érotiques, qui toujours intriguent. La politique connaît aussi ces curiosités, ce sont ces électeurs issus de l'immigration qui disent vouloir voter Le Pen. Ils sont certainement très peu nombreux mais une journaliste du Monde en a trouvé trois ou quatre qui ont accepté de donner leur nom et de se laisser photographier. On se demande à les écouter s'ils ont bien compris le film, mais peu importe, ils apportent dans cette campagne une note pour le moins inattendue.
vendredi, mars 16, 2007
Convaincante!
Lors de la dernière élection présidentielle, les commentateurs demandaient à Lionel Jospin de fendre l'armure. C'est ce qu'a fait hier soir Ségolène Royal dans une prestation efficace, de qualité dont avaient disparu plusieurs de ses faiblesses, notamment le coté mécanique de certaines de ses réponses et ses maladresses verbales. Est-ce l'effet de l'apprentissage (auquel cas, elle apprendrait rapidement), mais elle était à l'aise sur tous les sujets, concrète, déterminée et comme toujours émouvante lorsque son projet renvoie à son histoire personnelle (ce mélange si original de révolte et de besoin d'autorité qui lui donne une vraie authenticité lorsqu'elle parle de la jeunesse et de son projet pour la France).
Seul moment un peu délicat : lorsqu'on lui a posé des questions techniques sur les impôts. Elle a botté en touche ou, plutôt, renvoyé à son gouvernement, mais a-t-elle eu tort? Elle a en tout cas mis le doigt sur une difficulté de cette campagne : comment se positionner comme candidat à la Présidentielle sans tomber dans le programme de gouvernement?
Cette émission réussie peut contribuer à faire tomber les questions sur ses capacités à gouverner. Moins par sa réussite que parce qu'elle a mis en évidence une réelle capacité à s'améliorer, à s'imposer face au Parti Socialiste, à s'émanciper et à prendre de la hauteur.
Seul moment un peu délicat : lorsqu'on lui a posé des questions techniques sur les impôts. Elle a botté en touche ou, plutôt, renvoyé à son gouvernement, mais a-t-elle eu tort? Elle a en tout cas mis le doigt sur une difficulté de cette campagne : comment se positionner comme candidat à la Présidentielle sans tomber dans le programme de gouvernement?
Cette émission réussie peut contribuer à faire tomber les questions sur ses capacités à gouverner. Moins par sa réussite que parce qu'elle a mis en évidence une réelle capacité à s'améliorer, à s'imposer face au Parti Socialiste, à s'émanciper et à prendre de la hauteur.
dimanche, mars 11, 2007
Après Chirac, Le Pen… et la droite pourra se recomposer
Beau discours de Chirac, ce soir, digne, bien écrit, avec juste ce qu'il fallait de critiques subliminales de Nicolas Sarkozy… On peut parier que dans quelques semaines, plus personne n'en parlera. Il ne restera alors qu'à attendre le départ à la retraite de Le Pen (sans doute au lendemain des présidentielles) pour voir la droite se recomposer.
Auront alors disparu les deux obstacles à l'union des droites : Chirac, d'un coté, qui s'est opposé (non sans mérite) à l'alliance avec le Front National, et Le Pen, de l'autre, qui a tout fait pour que ce rapprochement soit impossible. Les discours croisés de Nicolas Sarkozy sur l'identité nationale et de Marine Le Pen sur l'antiracisme annoncent une nouvelle époque où les frères ennemis se retrouveront. Pour peu que l'épopée de Bayrou ne sombre pas dans le ridicule (mais elle n'en prend pas le chemin) on devrait voir se constituer un paysage politique à l'anglaise, avec trois acteurs : le PS, à gauche, une force de centre droit avec Bayrou, et un large parti conservateur à droite, avec une aile nationaliste dirigée par la jeune Le Pen.
Auront alors disparu les deux obstacles à l'union des droites : Chirac, d'un coté, qui s'est opposé (non sans mérite) à l'alliance avec le Front National, et Le Pen, de l'autre, qui a tout fait pour que ce rapprochement soit impossible. Les discours croisés de Nicolas Sarkozy sur l'identité nationale et de Marine Le Pen sur l'antiracisme annoncent une nouvelle époque où les frères ennemis se retrouveront. Pour peu que l'épopée de Bayrou ne sombre pas dans le ridicule (mais elle n'en prend pas le chemin) on devrait voir se constituer un paysage politique à l'anglaise, avec trois acteurs : le PS, à gauche, une force de centre droit avec Bayrou, et un large parti conservateur à droite, avec une aile nationaliste dirigée par la jeune Le Pen.
samedi, mars 10, 2007
Pas facile d'être un journal d'opinion
Les campagnes électorales étaient autrefois pain bénit pour les journaux d'opinion. Elles leur permettaient de mobiliser leurs lecteurs et tous ceux qui, quoique ne les lisant pas régulièrement, partageaient leur préférence. Je crains qu'il n'en aille aujourd'hui un peu différemment. Libération a perdu des lecteurs pendant la campagne sur la constitution européenne, ses choix pour le oui ayant choqué et agacé plusieurs de ses fidèles. La même chose pourrait se reproduire avec cette campagne présidentielle. Seul journal, avec le Nouvel Observateur, à avoir pris le parti de Ségolène Royal, il pourrait se le faire reprocher par ceux de ses lecteurs qui lui préfèrent François Bayrou. Si le rapport de force entre les deux candidats était, comme lors des précédentes élections présidentielles, très déséquilibré (personne n'avait alors imaginé que Chevénement précède Jospin), il lui serait assez facile de garder deux fers au feu. Mais dès lors qu'ils sont au coude à coude, impossible de ménager l'un et l'autre sans heurter les plus militants de leurs lecteurs. Ils sont, donc, condamnés à faire un choix qui, quel qu'il soit, leur fera perdre quelques ventes, ce qui n'est pas une bonne nouvelle dans leur situation. Difficile d'être un journal d'opinion lorsque l'opinion hésite...
vendredi, mars 09, 2007
Pourquoi Ségolène Royal passe-t-elle si mal auprès des couches supérieures?
Tout le monde l'a observé, Ségolène Royal passe mal, très mal auprès des classes moyennes supérieures diplômées devenues le coeur de l'électorat du PS qui avaient plébiscité, lors des primaires socialistes Dominique Strauss-Khan. Ce sont ces classes moyennes aisées et cultivées qui lui font un procès en incompétence, qui rient de ses bévues (qui les grossissent parce qu'après tout, Sarkozy en fait autant et qui n'en ferait pas dans ce genre de compétition?) et de ses tailleurs blancs.
Lorsqu'on lui en parle, l'intéressée parle de machisme, explique que les femmes doivent faire deux fois plus d'efforts que les hommes. Toutes choses exactes, mais ces mêmes couches aisées aujourd'hui si sévères ne lui étaient pas hostiles au début de la campagne. Le machisme n'explique donc pas tout.
Il me semble que l'on peut dater le décrochage des déclarations de François Hollande sur les impôts. En fixant la barre à 4000€, ce qui est beaucoup pour une majorité de Français, mais pas énorme pour ces classes aisées pour lesquelles cette réflexion a sonné un peu comme une déclaration de guerre. Non qu'ils soient opposés au paiement d'impôts, mais ils ont le sentiment (pas forcément faux) de contribuer plus que leur part au financement des dépenses collectives. Cette remarque de François Hollande était en phase avec le choix stratégique de Ségolène Royal de viser les classes populaires qui ont manqué à Jospin en 2002, mais c'était laisser un espace vide au centre que Bayrou a su habilement exploiter.
Ont également joué deux facteurs :
- la volonté d'être concrète, proche des gens, genre dans lequel Ségolène Royal excelle, mais qui lui interdit de faire rêver. L'utopie est rarement pragmatique, or les classes aisées préfèrent l'utopie qui leur permet de continuer de profiter de leur confort aux mesures concrètes qui peut les gêner au quotidien,
- l'absence de programme culturel qui parle à ces classes moyennes qui sont en les premiers consommateurs. Elle aurait dû demander à Jack Lang des conseils dans ce domaine.
J'y ajouterai un défaut personnel : il manque à Ségolène Royal comme à beaucoup de femmes qui se sont battues pour arriver là où elles sont cette "élégance" intellectuelle que l'on retrouve, sous des formes différentes, chez Fabius, Giscard, Straus-Khan, Lang ou Villepin. Elle n'a pas cette facilité, cette grâce dans les échanges d'idées que possède celui qui sait, depuis la plus petite enfance qu'il est un peu supérieur aux autres. Ce n'est pas qu'elle manque d'humour, elle en a manifestement beaucoup, mais on aimerait qu'elle sache faire croire, comme faisait si bien François Mitterrand, qu'elle peut un instant s'évader pour aller admirer une cathédrale, écouter un concert, se promener seule dans un musée, rêver… Cette absence de toute désinvolture lui donne parfois un aspect autoritaire et sec qui la dessert (je pense à cette scène prise dans un aéroport au proche-orient, elle croise Françoise de Panafieu, ne la voit pas ou fait semblant de ne pas la voir, et lorsque celle-ci l'interpelle, elle refuse de lui répondre).
A tout cela, Ségolène Royal peut opposer de véritables qualités : une formidable détermination, une approche originale des problèmes, une réelle capacité d'écoute et une force de conviction qui frappe au milieu d'interventions médiocres. Je pense à ce qu'elle disait hier, sur Canal +, sur l'importance de savoir dire non pour construire sa vie, moment étonnant de vérité où on la sentait toute entière dans ce qu'elle disait. Il y a chez cette femme quelque chose d'authentique que l'on rencontre rarement chez les hommes politiques. Elle sait faire parler son coeur, ce qui la distingue certainement de Nicolas Sarkozy chez lequel on soupçonne toujours le spécialiste en marketing qui calcule les mots qui peuvent séduire.
Lorsqu'on lui en parle, l'intéressée parle de machisme, explique que les femmes doivent faire deux fois plus d'efforts que les hommes. Toutes choses exactes, mais ces mêmes couches aisées aujourd'hui si sévères ne lui étaient pas hostiles au début de la campagne. Le machisme n'explique donc pas tout.
Il me semble que l'on peut dater le décrochage des déclarations de François Hollande sur les impôts. En fixant la barre à 4000€, ce qui est beaucoup pour une majorité de Français, mais pas énorme pour ces classes aisées pour lesquelles cette réflexion a sonné un peu comme une déclaration de guerre. Non qu'ils soient opposés au paiement d'impôts, mais ils ont le sentiment (pas forcément faux) de contribuer plus que leur part au financement des dépenses collectives. Cette remarque de François Hollande était en phase avec le choix stratégique de Ségolène Royal de viser les classes populaires qui ont manqué à Jospin en 2002, mais c'était laisser un espace vide au centre que Bayrou a su habilement exploiter.
Ont également joué deux facteurs :
- la volonté d'être concrète, proche des gens, genre dans lequel Ségolène Royal excelle, mais qui lui interdit de faire rêver. L'utopie est rarement pragmatique, or les classes aisées préfèrent l'utopie qui leur permet de continuer de profiter de leur confort aux mesures concrètes qui peut les gêner au quotidien,
- l'absence de programme culturel qui parle à ces classes moyennes qui sont en les premiers consommateurs. Elle aurait dû demander à Jack Lang des conseils dans ce domaine.
J'y ajouterai un défaut personnel : il manque à Ségolène Royal comme à beaucoup de femmes qui se sont battues pour arriver là où elles sont cette "élégance" intellectuelle que l'on retrouve, sous des formes différentes, chez Fabius, Giscard, Straus-Khan, Lang ou Villepin. Elle n'a pas cette facilité, cette grâce dans les échanges d'idées que possède celui qui sait, depuis la plus petite enfance qu'il est un peu supérieur aux autres. Ce n'est pas qu'elle manque d'humour, elle en a manifestement beaucoup, mais on aimerait qu'elle sache faire croire, comme faisait si bien François Mitterrand, qu'elle peut un instant s'évader pour aller admirer une cathédrale, écouter un concert, se promener seule dans un musée, rêver… Cette absence de toute désinvolture lui donne parfois un aspect autoritaire et sec qui la dessert (je pense à cette scène prise dans un aéroport au proche-orient, elle croise Françoise de Panafieu, ne la voit pas ou fait semblant de ne pas la voir, et lorsque celle-ci l'interpelle, elle refuse de lui répondre).
A tout cela, Ségolène Royal peut opposer de véritables qualités : une formidable détermination, une approche originale des problèmes, une réelle capacité d'écoute et une force de conviction qui frappe au milieu d'interventions médiocres. Je pense à ce qu'elle disait hier, sur Canal +, sur l'importance de savoir dire non pour construire sa vie, moment étonnant de vérité où on la sentait toute entière dans ce qu'elle disait. Il y a chez cette femme quelque chose d'authentique que l'on rencontre rarement chez les hommes politiques. Elle sait faire parler son coeur, ce qui la distingue certainement de Nicolas Sarkozy chez lequel on soupçonne toujours le spécialiste en marketing qui calcule les mots qui peuvent séduire.
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jeudi, mars 08, 2007
Jean-Marie Bigard est-il lepeniste?
C'est un extrait de spectacle de Jean-Marie-Bigard que j'ai trouvé par hasard (cherchant tout à fait autre chose) sur Dailymotion. Il y parle du racisme et des filles du Crazy Horse Saloon. Ne l'ayant jamais vu en spectacle, n'ayant jamais entendu le moindre de ses sketchs, le connaissant seulement pour ses élégantes affiches et quelques délicates interventions à la télévision, je ne me faisais guère d'illusion sur son talent et ses dons de comique (personne ne rit dans la salle, mais il y a une bonne raison à cela, ce n'est pas drôle). Mais ce sketch ressemble tellement à une mauvaise affiche du Front National que c'en est surprenant.
Personne n'en ayant à ma connaissance parlé, j'en suis à me demander si ce n'est pas un montage réalisé par quelque spectateur mal intentionné. Je crains malheureusement que si contrefaçon il y a eu, elle n'est pas très éloignée de la lettre et de l'esprit de l'original.
Personne n'en ayant à ma connaissance parlé, j'en suis à me demander si ce n'est pas un montage réalisé par quelque spectateur mal intentionné. Je crains malheureusement que si contrefaçon il y a eu, elle n'est pas très éloignée de la lettre et de l'esprit de l'original.
Petite entourloupe ordinaire
Lorsqu'une entreprise dont le marché s'est rétréci veut continuer de gagner de l'argent, elle peut se diversifier, elle peut également procéder à quelques astuces qui ne sont pas toujours du meilleur goût. Exemple : l'éditeur de logiciels de comptabilité Ciel.
J'utilise un de ses produits depuis des années. Je reçois une publicité me proposant une remise à jour à un prix avantageux affiché en gras : 89€ HT. En dessous, en un peu moins gros (mais très lisible), le prix TTC : 117,44€. Comme je récupère la TVA (comme tous ceux auxquels s'adresse cette publicité), je ne retiens que le premier chiffre et ne prête pas attention au second.
Ayant, depuis quelques mois, choisi de renouveler mon logiciel de compta, je téléphone à l'entreprise qui m'envoie aussitôt par mail un devis. Surprise : le prix TTC n'a pas changé, mais le prix HT a grossi de 9,20€ correspondant à des frais de conditionnement et d'expédition. Et pour cause : pour que le prix TTC soit de 117€, il fallait appliquer au prix HT annoncé un taux de TVA de 31%…
On remarquera comme tout a été calculé pour se situer en dessous de seuils psychologiques (90€, 10€).
Il s'agit manifestement d'une publicité conçue dans le seul but d'induire en erreur. Ce n'est cependant pas, d'après la Direction générale des Prix et de la Concurrence et de la Répression des Fraudes que j'ai interrogée par curiosité, suffisamment flagrant pour qu'elle intervienne directement. Seule une éventuelle action en justice d'un client pourrait, me dit mon interlocuteur, avoir un effet. Mais qui va se lancer dans cette aventure pour récupérer, au mieux, 9,20€?
J'ai malgré tout acheté le produit. Mais on a là une illustration plaisante de cette optimisation des recettes dont on parle parfois dans les couloirs des grandes entreprises. Je serais curieux de connaître la marge sur ces frais de conditionnement et d'expédition. Elle doit être considérable…
J'utilise un de ses produits depuis des années. Je reçois une publicité me proposant une remise à jour à un prix avantageux affiché en gras : 89€ HT. En dessous, en un peu moins gros (mais très lisible), le prix TTC : 117,44€. Comme je récupère la TVA (comme tous ceux auxquels s'adresse cette publicité), je ne retiens que le premier chiffre et ne prête pas attention au second.
Ayant, depuis quelques mois, choisi de renouveler mon logiciel de compta, je téléphone à l'entreprise qui m'envoie aussitôt par mail un devis. Surprise : le prix TTC n'a pas changé, mais le prix HT a grossi de 9,20€ correspondant à des frais de conditionnement et d'expédition. Et pour cause : pour que le prix TTC soit de 117€, il fallait appliquer au prix HT annoncé un taux de TVA de 31%…
On remarquera comme tout a été calculé pour se situer en dessous de seuils psychologiques (90€, 10€).
Il s'agit manifestement d'une publicité conçue dans le seul but d'induire en erreur. Ce n'est cependant pas, d'après la Direction générale des Prix et de la Concurrence et de la Répression des Fraudes que j'ai interrogée par curiosité, suffisamment flagrant pour qu'elle intervienne directement. Seule une éventuelle action en justice d'un client pourrait, me dit mon interlocuteur, avoir un effet. Mais qui va se lancer dans cette aventure pour récupérer, au mieux, 9,20€?
J'ai malgré tout acheté le produit. Mais on a là une illustration plaisante de cette optimisation des recettes dont on parle parfois dans les couloirs des grandes entreprises. Je serais curieux de connaître la marge sur ces frais de conditionnement et d'expédition. Elle doit être considérable…
jeudi, mars 01, 2007
Des intellectuels s'engagent pour Ségolène Royal
Le Nouvel Observateur publie une pétition d'intellectuels en faveur de Ségolène Royal. Texte classique dont le rôle dans la campagne est un peu indéfini.
S'il s'agissait de montrer que les soutiens de Ségolène ont plus de classe, de talent et de diplômes que ceux déclarés de son adversaire (de doc Gynéco à Johnny en passant par Steevy), c'est réussi mais était-ce vraiment nécessaire?
S'il s'agissait de montrer que les intellectuels s'engagent, c'est là encore réussi, mais ce qui frappe, à lire la liste, c'est le nombre de signataires dont on n'a jamais entendu parler. Ce qui veut probablement dire que les intellectuels sont rentrés dans les souterrains, qu'ils n'occupent plus le devant de la scène envahi par des journalistes, des comédiens, des chanteurs, des gens qui ne correspondent pas forcément à ce qu'on appelait autrefois les intellectuels.
S'il s'agissait de faire parler du Nouvel Observateur qui investit, semble-t-il, moins dans les sondages que ses confrères, c'est également réussi, mais n'est-ce pas un peu dérisoire?
Il y a dans cette pétition comme un goût de cendre… ou plutôt, comme un goût de cigarette qui n'est plus qu'un souvenir depuis que l'on a cessé de fumer.
S'il s'agissait de montrer que les soutiens de Ségolène ont plus de classe, de talent et de diplômes que ceux déclarés de son adversaire (de doc Gynéco à Johnny en passant par Steevy), c'est réussi mais était-ce vraiment nécessaire?
S'il s'agissait de montrer que les intellectuels s'engagent, c'est là encore réussi, mais ce qui frappe, à lire la liste, c'est le nombre de signataires dont on n'a jamais entendu parler. Ce qui veut probablement dire que les intellectuels sont rentrés dans les souterrains, qu'ils n'occupent plus le devant de la scène envahi par des journalistes, des comédiens, des chanteurs, des gens qui ne correspondent pas forcément à ce qu'on appelait autrefois les intellectuels.
S'il s'agissait de faire parler du Nouvel Observateur qui investit, semble-t-il, moins dans les sondages que ses confrères, c'est également réussi, mais n'est-ce pas un peu dérisoire?
Il y a dans cette pétition comme un goût de cendre… ou plutôt, comme un goût de cigarette qui n'est plus qu'un souvenir depuis que l'on a cessé de fumer.
lundi, février 26, 2007
Et si Le Pen n'avait pas ses 500 signatures?
Tout le monde ou à peu près préférerait que Le Pen ait ses 500 signatures, et on peut parier qu'il les aura. L'argument avancé est simple : en arrivant au second tour lors de la précédente élection présidentielle il a montré qu'il représentait un courant important de l'opinion. Ce que confirment régulièrement les sondages.
Soit, mais l'élection présidentielle a été conçue pour élire une personne et, avec elle, une équipe capables de diriger la France. Les difficultés que rencontre Le Pen disent long sur ce que pensent en vérité les Français de sa capacité à diriger la France. Si le Front National était, avec ses résultats à la dernière présidentielle, un parti comme les autres, il n'aurait aucun mal à trouver des élus qui le parrainent. S'ils n'en trouvent pas, c'est que les électeurs ne lui font pas confiance pour gérer leur commune. Ils ne le prennent tout simplement pas au sérieux. Ils peuvent voter pour ses candidats lorsqu'ils savent qu'ils ont peu de chance d'être élus, ils évitent de le faire là où ce serait possible. Qui croit, en effet, que le programme du FN et de son président pourrait régler n'importe lequel de nos problèmes?
Ce qui vaut pour le Front National vaut pour tous les petits partis qui rencontrent des difficultés dans la collecte des signatures.
Le refus des maires de parrainer Le Pen et consort n'est que preuve qu'ils ont du bon sens : il n'est pas souhaitable que des gens dont personne ne pense qu'ils ont (eux et leur équipe) la capacité de diriger la France soient candidats. Si le Front National réussissait à s'imposer dans des élections locales, il en irait naturellement tout autrement…
Soit, mais l'élection présidentielle a été conçue pour élire une personne et, avec elle, une équipe capables de diriger la France. Les difficultés que rencontre Le Pen disent long sur ce que pensent en vérité les Français de sa capacité à diriger la France. Si le Front National était, avec ses résultats à la dernière présidentielle, un parti comme les autres, il n'aurait aucun mal à trouver des élus qui le parrainent. S'ils n'en trouvent pas, c'est que les électeurs ne lui font pas confiance pour gérer leur commune. Ils ne le prennent tout simplement pas au sérieux. Ils peuvent voter pour ses candidats lorsqu'ils savent qu'ils ont peu de chance d'être élus, ils évitent de le faire là où ce serait possible. Qui croit, en effet, que le programme du FN et de son président pourrait régler n'importe lequel de nos problèmes?
Ce qui vaut pour le Front National vaut pour tous les petits partis qui rencontrent des difficultés dans la collecte des signatures.
Le refus des maires de parrainer Le Pen et consort n'est que preuve qu'ils ont du bon sens : il n'est pas souhaitable que des gens dont personne ne pense qu'ils ont (eux et leur équipe) la capacité de diriger la France soient candidats. Si le Front National réussissait à s'imposer dans des élections locales, il en irait naturellement tout autrement…
vendredi, février 23, 2007
Trop de fonctionnaires?
Réduire le nombre de fonctionnaires est l'une des pièces maîtresses du programme de Nicolas Sarkozy. Je cite le Figaro : "Il compte ne pas remplacer un fonctionnaire partant à la retraite sur deux, ce qui représenterait 450 000 personnes. La France retrouverait en 2012 le nombre de fonctionnaires de 1992, « quand François Mitterrand était président de la République et où personne ne disait que la France était sous administrée ».
Nicolas Sarkozy précise également les domaines où il entend concentrer son action. «L’administration générale des Douanes a autant d’agents aujourd’hui (20.000) qu’elle en avait en 1980. Or, depuis cette date, il n’y a plus de frontières », fait-il valoir. Il souhaite également fusionner certaines administrations : l’ANPE avec l’Unedic et les maisons de l’emploi, et la Direction générale des impôts avec la comptabilité publique."
Je sais bien que les propos de campagne incitent à simplifier, mais tout de même… Le sujet mériterait une analyse un peu plus fine. Après tout, les 5 millions de fonctionnaires font autant d'électeurs qui sont, on peut au moins le supposer, à peu près informés de ce qui se passe dans leur environnement de travail.
On remarquera que Nicolas Sarkozy ne parle que de la fonction publique d'Etat (3 millions de fonctionnaires) et ne dit rien des deux autres : la fonction publique territoriale (1, 750 000 fonctionnaires) et la fonction publique hospitalière (850 000 fonctionnaires). Or, si problème il y a, il est moins dans le nombre de douaniers ou de telle autre catégorie, que dans les dysfonctionnements de cette organisation. Or, c'est là que se trouvent les marges de manoeuvre. Plusieurs phénomènes mériteraient d'être explorés avant de donner des chiffres à l'emporte-pièce.
Les effectifs de la fonction publique territoriale progressent rapidement (+ 3% en 2002, + 1,6% en 2003), ce qui n'est pas choquant dans un contexte de décentralisation, mais devient problématique lorsqu'il n'y a pas réduction équivalente des effectifs dans la fonction publique d'Etat, ce qui veut tout simplement dire que l'on fabrique des doublons.
Comme toute organisation, la fonction publique d'Etat résiste à tout ce qui pourrait réduire son pouvoir, et d'abord à la décentralisation qui la menace directement. L'une de ses armes préférées, dans cette bataille, est la création de règles, de normes qui lui permettent de conserver son pouvoir de contrôle sur l'activité de la fonction publique territoriale mais aussi de maintenir son emploi.
On dit beaucoup que les fonctionnaires ne font rien. C'est inexact. Ils travaillent. Et s'ils sont si nombreux, c'est que les élus leur donnent du travail. L'explosion réglementaire et législative, dénoncée par le Conseil d'Etat, est la première raison de cet excédent de fonctionnaire d'Etat. Et cette explosion est le fait des élus. Nous avons autant de fonctionnaires parce que nous sommes mal gouvernés. Et de ce point de vue, le bilan de Nicolas Sarkozy, avec ses lois répétées sur l'immigration, est plutôt mauvais.
Les emplois sont d'autant plus nombreux qu'ils sont mal distribués. Est-il, pour ne prendre que cet exemple, normal qu'il y ait trois fois plus de policiers par habitant à Paris que dans la lointaine banlieue? On tient là un des facteurs de la croissance des effectifs : pour augmenter les effectifs là où ils manquent, on a recruté là où on aurait pu redéployer. Mais qui est responsable de ce dysfonctionnement, sinon les élus locaux qui se battent bec et ongle pour conserver les effectifs de policiers même lorsque ceux-ci sont en surnombre? Et les gouvernements qui leur cèdent? Ce qui est vrai de la police l'est de bien d'autres domaines.
La fonction publique a un absentéisme supérieur au secteur privé. C'est vrai dans les trois fonctions publiques, mais surtout dans la fonction publique territoriale (voir, là-dessus, les chiffres de l'IFRAP). Lutter contre permettrait certainement de produire autant avec des effectifs réduits. Mais on remarquera le silence de Nicolas Sarkozy (et des élus en général) sur cette question. Le sujet est tabou! Il est vrai qu'un absentéisme trop élevé est le symptome d'un management déficient. Et qui dirige les collectivités publiques territoriales, sinon les élus de droite comme de gauche?
Vouloir réduire le nombre de fonctionnaires n'est pas en soi une mauvaise chose lorsque le sureffectif est le résultat d'une mauvaise organisation ou d'un mauvais management. Encore faut-il travailler sur les causes, sinon on risque de jeter le bébé avec l'eau du bain, de dégrader la qualité des services publics sous couvert de faire des économies.
Nicolas Sarkozy précise également les domaines où il entend concentrer son action. «L’administration générale des Douanes a autant d’agents aujourd’hui (20.000) qu’elle en avait en 1980. Or, depuis cette date, il n’y a plus de frontières », fait-il valoir. Il souhaite également fusionner certaines administrations : l’ANPE avec l’Unedic et les maisons de l’emploi, et la Direction générale des impôts avec la comptabilité publique."
Je sais bien que les propos de campagne incitent à simplifier, mais tout de même… Le sujet mériterait une analyse un peu plus fine. Après tout, les 5 millions de fonctionnaires font autant d'électeurs qui sont, on peut au moins le supposer, à peu près informés de ce qui se passe dans leur environnement de travail.
On remarquera que Nicolas Sarkozy ne parle que de la fonction publique d'Etat (3 millions de fonctionnaires) et ne dit rien des deux autres : la fonction publique territoriale (1, 750 000 fonctionnaires) et la fonction publique hospitalière (850 000 fonctionnaires). Or, si problème il y a, il est moins dans le nombre de douaniers ou de telle autre catégorie, que dans les dysfonctionnements de cette organisation. Or, c'est là que se trouvent les marges de manoeuvre. Plusieurs phénomènes mériteraient d'être explorés avant de donner des chiffres à l'emporte-pièce.
Les effectifs de la fonction publique territoriale progressent rapidement (+ 3% en 2002, + 1,6% en 2003), ce qui n'est pas choquant dans un contexte de décentralisation, mais devient problématique lorsqu'il n'y a pas réduction équivalente des effectifs dans la fonction publique d'Etat, ce qui veut tout simplement dire que l'on fabrique des doublons.
Comme toute organisation, la fonction publique d'Etat résiste à tout ce qui pourrait réduire son pouvoir, et d'abord à la décentralisation qui la menace directement. L'une de ses armes préférées, dans cette bataille, est la création de règles, de normes qui lui permettent de conserver son pouvoir de contrôle sur l'activité de la fonction publique territoriale mais aussi de maintenir son emploi.
On dit beaucoup que les fonctionnaires ne font rien. C'est inexact. Ils travaillent. Et s'ils sont si nombreux, c'est que les élus leur donnent du travail. L'explosion réglementaire et législative, dénoncée par le Conseil d'Etat, est la première raison de cet excédent de fonctionnaire d'Etat. Et cette explosion est le fait des élus. Nous avons autant de fonctionnaires parce que nous sommes mal gouvernés. Et de ce point de vue, le bilan de Nicolas Sarkozy, avec ses lois répétées sur l'immigration, est plutôt mauvais.
Les emplois sont d'autant plus nombreux qu'ils sont mal distribués. Est-il, pour ne prendre que cet exemple, normal qu'il y ait trois fois plus de policiers par habitant à Paris que dans la lointaine banlieue? On tient là un des facteurs de la croissance des effectifs : pour augmenter les effectifs là où ils manquent, on a recruté là où on aurait pu redéployer. Mais qui est responsable de ce dysfonctionnement, sinon les élus locaux qui se battent bec et ongle pour conserver les effectifs de policiers même lorsque ceux-ci sont en surnombre? Et les gouvernements qui leur cèdent? Ce qui est vrai de la police l'est de bien d'autres domaines.
La fonction publique a un absentéisme supérieur au secteur privé. C'est vrai dans les trois fonctions publiques, mais surtout dans la fonction publique territoriale (voir, là-dessus, les chiffres de l'IFRAP). Lutter contre permettrait certainement de produire autant avec des effectifs réduits. Mais on remarquera le silence de Nicolas Sarkozy (et des élus en général) sur cette question. Le sujet est tabou! Il est vrai qu'un absentéisme trop élevé est le symptome d'un management déficient. Et qui dirige les collectivités publiques territoriales, sinon les élus de droite comme de gauche?
Vouloir réduire le nombre de fonctionnaires n'est pas en soi une mauvaise chose lorsque le sureffectif est le résultat d'une mauvaise organisation ou d'un mauvais management. Encore faut-il travailler sur les causes, sinon on risque de jeter le bébé avec l'eau du bain, de dégrader la qualité des services publics sous couvert de faire des économies.
jeudi, février 22, 2007
Nous, socialistes et Français de gauche…
Nous, socialistes et Français de gauche… ainsi commence une diatribe anti-Royal d'une pleine page publiée dans Libération et signée Spartacus, collectif de 30 hauts fonctionnaires en activité dans l'administration centrale…
Sur le fond, les motifs qui les amènent à préférer François Bayrou à Ségolène Royal sont plutôt banals : ils reprochent à la candidate socialiste son programme, son souci de proximité ("Mme Royal compte donc gérer la France comme on gère une région ou un département en créant toujours plus de charges pour la collectivité"), ce que l'on a beaucoup entendu et qu'on entendra sans doute souvent encore. C'est la forme qui interroge. Que veut donc dire ce "Nous, socialistes et Français de gauche…" anonyme?
Il y a deux façons de juger des positions politiques d'un individu : par ses propos ou ses actes passés, par ses positions actuelles. Si les mots ont un sens, le positionnement des auteurs de ce texte, tel qu'il transparait dans cet article, en fait des gens du centre. Ce seraient donc leurs actes passés qui leur permettraient de se dire de gauche. Peut-être est-ce le cas, mais comment le savoir s'ils restent anonymes? Comme vérifier qu'ils ne sont pas un banal sous-marin d'une officine de communication financée par l'UDF?
L'UDF n'étant pas très riche j'imagine qu'il s'agit plutôt de quelques amis qui ont un jour, dans leur jeunesse, voté à gauche et qui, depuis, parent de cette couleur toutes leurs positions politiques. Mais alors se dire de gauche n'est qu'un effet rhétorique…
On comprend que des (hauts, ils le précisent, ce qui permet de douter de la profondeur de leurs convictions de gauche) fonctionnaires, attachés à l'éfficacité et habitués aux alternances aspirent au centrisme qui donne aux experts la main. Sa victoire leur permettrait de poursuivre leurs projets sans hiatus ni contorsions, mais qu'ils nous le disent, plutôt que de se cacher derrière un masque qui leur va si mal.
Sur le fond, les motifs qui les amènent à préférer François Bayrou à Ségolène Royal sont plutôt banals : ils reprochent à la candidate socialiste son programme, son souci de proximité ("Mme Royal compte donc gérer la France comme on gère une région ou un département en créant toujours plus de charges pour la collectivité"), ce que l'on a beaucoup entendu et qu'on entendra sans doute souvent encore. C'est la forme qui interroge. Que veut donc dire ce "Nous, socialistes et Français de gauche…" anonyme?
Il y a deux façons de juger des positions politiques d'un individu : par ses propos ou ses actes passés, par ses positions actuelles. Si les mots ont un sens, le positionnement des auteurs de ce texte, tel qu'il transparait dans cet article, en fait des gens du centre. Ce seraient donc leurs actes passés qui leur permettraient de se dire de gauche. Peut-être est-ce le cas, mais comment le savoir s'ils restent anonymes? Comme vérifier qu'ils ne sont pas un banal sous-marin d'une officine de communication financée par l'UDF?
L'UDF n'étant pas très riche j'imagine qu'il s'agit plutôt de quelques amis qui ont un jour, dans leur jeunesse, voté à gauche et qui, depuis, parent de cette couleur toutes leurs positions politiques. Mais alors se dire de gauche n'est qu'un effet rhétorique…
On comprend que des (hauts, ils le précisent, ce qui permet de douter de la profondeur de leurs convictions de gauche) fonctionnaires, attachés à l'éfficacité et habitués aux alternances aspirent au centrisme qui donne aux experts la main. Sa victoire leur permettrait de poursuivre leurs projets sans hiatus ni contorsions, mais qu'ils nous le disent, plutôt que de se cacher derrière un masque qui leur va si mal.
mercredi, février 21, 2007
Les journalistes et la blogosphère
Les journalistes prennent mal la concurrence que leur fait le web là où on l'attendait, sans doute le moins, du coté des commentaires et des éditoriaux. Il est vrai qu'on ne voit pas bien à la lecture d'éditoriaux et de beaucoup de blogs, la valeur ajoutée des premiers sur certains des seconds. Souvent, les opinions des bloggers valent bien celles des experst attitrés. D'où l'exaspération de ceux-ci.
Exaspération d'autant plus vive que les internautes n'hésitent pas à critiquer la presse, à écrire noir sur blanc ce que beaucoup pensaient plus ou moins. Ce qui pousse la presse à un examen de conscience dont témoignent, entre autres choses, les papiers des journalistes du Monde qui accompagnent les candidats en campagne. On aîmerait que ce travail d'introspection se poursuive et que les journalistes nous expliquent comment se font les informations, on voudrait qu'ils décortiquent la fabrique de l'information, qu'ils nous éclairent sur le jeu trouble de la communication et de la presse.
Que sortira-t-il de tout cela? Sans doute un bien, pour peu que les journalistes se mettent vraiment au travail. Puisque concurrence il y a, puisqu'ils ont des compétences (c'est leur métier et non pas un hobby comme pour nous) et des réseaux que nous n'avons pas, ils peuvent produire une information qui les distingue des internautes. Si c'est bien ce qui se passe, bien loin de faire du tort à la presse traditionnelle, internet aura contribué à l'améliorer. A moins que tout ceci ne soit que du "wishful thinking."
Exaspération d'autant plus vive que les internautes n'hésitent pas à critiquer la presse, à écrire noir sur blanc ce que beaucoup pensaient plus ou moins. Ce qui pousse la presse à un examen de conscience dont témoignent, entre autres choses, les papiers des journalistes du Monde qui accompagnent les candidats en campagne. On aîmerait que ce travail d'introspection se poursuive et que les journalistes nous expliquent comment se font les informations, on voudrait qu'ils décortiquent la fabrique de l'information, qu'ils nous éclairent sur le jeu trouble de la communication et de la presse.
Que sortira-t-il de tout cela? Sans doute un bien, pour peu que les journalistes se mettent vraiment au travail. Puisque concurrence il y a, puisqu'ils ont des compétences (c'est leur métier et non pas un hobby comme pour nous) et des réseaux que nous n'avons pas, ils peuvent produire une information qui les distingue des internautes. Si c'est bien ce qui se passe, bien loin de faire du tort à la presse traditionnelle, internet aura contribué à l'améliorer. A moins que tout ceci ne soit que du "wishful thinking."
vendredi, février 16, 2007
Bayrou ou la stratégie du dindon… de la farce
L'hypothèse du troisième homme qui verrait Bayrou (et non pas Le Pen) au second tour face à Sarkozy (l'hypothèse qu'il se retrouve face à Ségolène Royal n'est aujourd'hui envisagée par personne) étant de plus en plus souvent évoquée dans la presse, il convient de s'interroger sur ce qui pourrait se passer dans cette hypothèse.
Bonne nouvelle pour François Bayrou : il aurait de bonnes chances de l'emporter, les électeurs de gauche qui ne veulent surtout pas de Nicolas Sarkozy et qui lui sont gré de ses attaques contre l'actuel gouvernement s'ajoutant aux électeurs de droite qui ne veulent pas non plus du ministre de l'intérieur à L'Elysée, cela pourrait faire une majorité anti-sarko. Mais une fois élu que fera-t-il?? ou, plutôt, que pourra-t-il faire?
Dans la foulée des élections présidentielles, il doit y avoir des élections législatives qui seront certainement très disputées, chaque camp voulant rattraper une élection perdue pour les uns par la faute d'une candidate maladroite, volée pour les autres par des chiraquiens revanchards. Sans doute verra-t-on quelques seconds couteaux rejoindre à toute vitesse l'UDF, mais les pesanteurs de la politique sont telles que la bataille se jouera entre le PS et ses alliés et l'UMP.
Quelque que soit celui qui l'emporte, François Bayrou sera amené à choisir le patron de la formation gagnante qui fera, naturellement, la politique pour laquelle il aura été élue. Et Bayrou pourra se retirer à l'Elysée en dindon de la farce condamné à jouer les rois fainéants.
Pour qu'il en aille autrement, il faudrait que les deux partis soient à égalité, qu'il y ait autant de députés d'un coté que de l'autre, que la solution soit si inextricable qu'il n'y ait, comme en Allemagne il y a quelques mois, d'autre solution qu'un gouvernement d'union nationale. Avouons que c'est peu probable et que l'on ne voit pas bien qui pourrait le diriger, le seul ayant autorité et légitimité pour le faire étant, du fait de son élection, à l'Elysée. Là encore, François Bayrou serait le dindon de la farce.
Cette impasse stratégique est le fait de nos institutions. Bayrou ne pourrait donc s'en sortir qu'en les changeant rapidement, en organisant, par exemple, un référendum sur une sixième république qui modifierait les règles du jeu, réduirait le rôle des grands partis et faciliterait l'émergence de forces centristes. Des élections législatives à un seul tour avec une forte dose de proportionnelle pourrait être l'une de ces solutions…
Bonne nouvelle pour François Bayrou : il aurait de bonnes chances de l'emporter, les électeurs de gauche qui ne veulent surtout pas de Nicolas Sarkozy et qui lui sont gré de ses attaques contre l'actuel gouvernement s'ajoutant aux électeurs de droite qui ne veulent pas non plus du ministre de l'intérieur à L'Elysée, cela pourrait faire une majorité anti-sarko. Mais une fois élu que fera-t-il?? ou, plutôt, que pourra-t-il faire?
Dans la foulée des élections présidentielles, il doit y avoir des élections législatives qui seront certainement très disputées, chaque camp voulant rattraper une élection perdue pour les uns par la faute d'une candidate maladroite, volée pour les autres par des chiraquiens revanchards. Sans doute verra-t-on quelques seconds couteaux rejoindre à toute vitesse l'UDF, mais les pesanteurs de la politique sont telles que la bataille se jouera entre le PS et ses alliés et l'UMP.
Quelque que soit celui qui l'emporte, François Bayrou sera amené à choisir le patron de la formation gagnante qui fera, naturellement, la politique pour laquelle il aura été élue. Et Bayrou pourra se retirer à l'Elysée en dindon de la farce condamné à jouer les rois fainéants.
Pour qu'il en aille autrement, il faudrait que les deux partis soient à égalité, qu'il y ait autant de députés d'un coté que de l'autre, que la solution soit si inextricable qu'il n'y ait, comme en Allemagne il y a quelques mois, d'autre solution qu'un gouvernement d'union nationale. Avouons que c'est peu probable et que l'on ne voit pas bien qui pourrait le diriger, le seul ayant autorité et légitimité pour le faire étant, du fait de son élection, à l'Elysée. Là encore, François Bayrou serait le dindon de la farce.
Cette impasse stratégique est le fait de nos institutions. Bayrou ne pourrait donc s'en sortir qu'en les changeant rapidement, en organisant, par exemple, un référendum sur une sixième république qui modifierait les règles du jeu, réduirait le rôle des grands partis et faciliterait l'émergence de forces centristes. Des élections législatives à un seul tour avec une forte dose de proportionnelle pourrait être l'une de ces solutions…
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jeudi, février 15, 2007
La démocratie participative et les experts
Au lendemain des élections, lorsque l'on se penchera sur les causes de son échec, si Ségolène Royal échoue, on mettra certainement en avant sa volonté de faire une place à la démocratie participative. On critiquera la mise à l'écart des experts de toutes sortes, comme le faisait hier, sans beaucoup d'élégance Bernard Tapie, et comme le fait, dans le même numéro du Monde, un sociologue qui se plaint de "l'éviction des chercheurs des débats électoraux", éviction, dit-il, "stupide et humiliante." On soulignera l'éloignement des intellectuels qui ont préféré le silence ou Sarkozy à la candidate du Parti Socialiste.
Plus que cette éviction, ce qui me frappe c'est la fragilité de l'expertise de tous ces "sachants", fragilité qui plus que tout autre chose justifie que l'on ne prenne pas pour argent comptant tout ce qu'ils nous disent. Pour rester dans l'actualité, telle que nous la présentent les pages Débats du Monde, je prendrai deux exemples :
- le premier n'a rien à voir avec la politique puisqu'il s'agit de climat. Il y a quelques jours, Serge Galam, très estimable sociophysicien qui applique les lois de la physique au monde social nous expliquait que les prévisions des experts en climatologie étaient très contestables. Rien, expliquait-il en substance, ne permet de dire que le réchauffement climatique est lié à l'activité humaine. Dans les jours qui ont suivi deux climatologues ont démonté son texte montrant qu'il confondait la météorologie (qui fait des prévisions à court terme et se trompe souvent) et la climatologie (qui fait des prévisions à long terme et se trompe beaucoup moins) et qu'il confondait, à propos de Galilée, la rotation de la terre autour du soleil et la forme de la terre (ce qui pour un physicien qui se pique d'épistémologie est un peu gênant) : l'expert disait des sottises ;
- le second a à voir avec la campagne électorale. Raymond Boudon, sociologue estimable, théoricien de la droite depuis longtemps, expliquait du haut de sa science (qui n'est pas mince) que la démocratie participative n'a pas de sens. A preuve : elle n'est pas traduisible en anglais. Là encore, l'expert disait des sottises. Non seulement, l'expression est traduisible en anglais, comme le rappelle Yves Sintomer, dans Le Monde, mais le concept a fait l'objet, tout récemment encore, de débats vifs aux Etats-Unis. Le concept est né de réflexions sur la société civile, sur le rôle des associations et des ONG, mais également de la place prise dans les débats publics des échanges sur internet. Que Raymond Boudon soit passé à coté veut tout simplement dire que son expertise ne lui permet pas de tout voir.
Au travers de ces discussions, c'est le rôle des experts et des intellectuels qui est en cause. On sait depuis longtemps que les intellectuels touche-à-tout disent beaucoup de bêtises et sont parfois dangereux (il suffit de relire ce qui a pu être écrit par des gens intelligents au lendemain de 68 pour frémir à posteriori : s'ils avaient eu le pouvoir que d'horreurs auraient pu être commises au nom de leur expertise!). Les intellectuels qui ne l'ignorent pas se sont pendant des années retiré du champ public (d'où ce silence que l'on a si souvent regretté alors que l'on aurait du s'en réjouir. S'il se taisaient, c'est qu'ils travaillaient et ne parlaient en public que de choses qu'ils connaissaient). Or, l'on voit depuis quelques années, ces mêmes intellectuels, jaloux des succès des essayistes et autres journalistes pressés de revenir sur le devant de la scène et d'afficher leurs opinions sur tout et rien au risque de dire des sottises comme tout un chacun.
En mettant en avant sa démocratie participative, Ségolène Royal a mis des bâtons dans leurs roues, ceci explique peut-être leur dépit…
Plus que cette éviction, ce qui me frappe c'est la fragilité de l'expertise de tous ces "sachants", fragilité qui plus que tout autre chose justifie que l'on ne prenne pas pour argent comptant tout ce qu'ils nous disent. Pour rester dans l'actualité, telle que nous la présentent les pages Débats du Monde, je prendrai deux exemples :
- le premier n'a rien à voir avec la politique puisqu'il s'agit de climat. Il y a quelques jours, Serge Galam, très estimable sociophysicien qui applique les lois de la physique au monde social nous expliquait que les prévisions des experts en climatologie étaient très contestables. Rien, expliquait-il en substance, ne permet de dire que le réchauffement climatique est lié à l'activité humaine. Dans les jours qui ont suivi deux climatologues ont démonté son texte montrant qu'il confondait la météorologie (qui fait des prévisions à court terme et se trompe souvent) et la climatologie (qui fait des prévisions à long terme et se trompe beaucoup moins) et qu'il confondait, à propos de Galilée, la rotation de la terre autour du soleil et la forme de la terre (ce qui pour un physicien qui se pique d'épistémologie est un peu gênant) : l'expert disait des sottises ;
- le second a à voir avec la campagne électorale. Raymond Boudon, sociologue estimable, théoricien de la droite depuis longtemps, expliquait du haut de sa science (qui n'est pas mince) que la démocratie participative n'a pas de sens. A preuve : elle n'est pas traduisible en anglais. Là encore, l'expert disait des sottises. Non seulement, l'expression est traduisible en anglais, comme le rappelle Yves Sintomer, dans Le Monde, mais le concept a fait l'objet, tout récemment encore, de débats vifs aux Etats-Unis. Le concept est né de réflexions sur la société civile, sur le rôle des associations et des ONG, mais également de la place prise dans les débats publics des échanges sur internet. Que Raymond Boudon soit passé à coté veut tout simplement dire que son expertise ne lui permet pas de tout voir.
Au travers de ces discussions, c'est le rôle des experts et des intellectuels qui est en cause. On sait depuis longtemps que les intellectuels touche-à-tout disent beaucoup de bêtises et sont parfois dangereux (il suffit de relire ce qui a pu être écrit par des gens intelligents au lendemain de 68 pour frémir à posteriori : s'ils avaient eu le pouvoir que d'horreurs auraient pu être commises au nom de leur expertise!). Les intellectuels qui ne l'ignorent pas se sont pendant des années retiré du champ public (d'où ce silence que l'on a si souvent regretté alors que l'on aurait du s'en réjouir. S'il se taisaient, c'est qu'ils travaillaient et ne parlaient en public que de choses qu'ils connaissaient). Or, l'on voit depuis quelques années, ces mêmes intellectuels, jaloux des succès des essayistes et autres journalistes pressés de revenir sur le devant de la scène et d'afficher leurs opinions sur tout et rien au risque de dire des sottises comme tout un chacun.
En mettant en avant sa démocratie participative, Ségolène Royal a mis des bâtons dans leurs roues, ceci explique peut-être leur dépit…
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mercredi, février 14, 2007
Le mépris de Bernard Tapie
Le Monde publie ce soir sur son site une interview de Bernard Tapie qui respire le mépris de Ségolène Royal (et avec elle des femmes) et des électeurs à un point qui laisse presque sans voix. Quelques extraits :
- "Le "je" utilisé en permanence m'inquiète car en bordurant, comme elle semble le faire, les DSK, Fabius, Jospin et autres Kouchner, elle rend son inexpérience personnelle plus flagrante et dangereuse. Tu ne gagnes pas la Champion's League avec une équipe de deuxième division ! Or mis à part [Jean-Louis] Bianco [directeur de campagne de Ségolène Royal], ce ne sont pas ceux qui l'entourent aujourd'hui qui pourront lui permettre de surmonter les difficultés que la France connaît."
- "Elle a été ministre, députée, elle est présidente de région, et elle ne sait pas de quoi souffrent les gens? Mais on ne construit pas la France de l'avenir en faisant le tour des cafés du commerce, en réunissant deux cents à trois cents pékins dans un préau pour leur demander quels sont leurs problèmes. Ces débats participatifs, c'est le contraire de ce que réclament les gens en souffrance, ils veulent des réponses, des solutions."
- "Les socialistes ont choisi Ségolène Royal, exclusivement sur la foi des sondages. Ce n'était pas mon choix : tu ne passes pas de journaliste à La Montagne à directeur de la rédaction du Monde. Ça ne remet pas en cause son intelligence, sa bonne foi, mais il y a des responsabilités qui ne s'improvisent pas. Pour être le premier des français, il faut avoir accompli un autre parcours."
Tout cela est détestable, grossier et antipathique (les journalistes de la Montagne, les gens qui ont participé aux réunions participatives, ceux, tous ceux qui ont une opinion et ont envie de la faire entendre apprécieront). Mais Tapie n'est pas le seul. Beaucoup d'autres ex-Mitterandistes se sont prononcés pour Nicolas Sarkozy. J'ai même entendu Roger Hanin expliquer qu'il voterait pour lui parce que c'était un homme de gauche (oui! de gauche!).
Je sais bien qu'Hanin n'est pas un analyste politique de premier plan, mais cela laisse tout de même rêveur. Que des gens plutôt bien informés puissent prendre pour un homme de gauche un candidat qui propose de supprimer l'impôt sur les successions, une mesure conservatrice s'il en est une, fait douter de notre intelligence ou de notre bon sens : sommes-nous donc si naïfs qu'il suffit de citer les noms de Jaurès ou de Blum dans un discours pour être qualifié d'homme de gauche? Si c'est cela être de gauche, alors ce mot n'a plus beaucoup de sens.
- "Le "je" utilisé en permanence m'inquiète car en bordurant, comme elle semble le faire, les DSK, Fabius, Jospin et autres Kouchner, elle rend son inexpérience personnelle plus flagrante et dangereuse. Tu ne gagnes pas la Champion's League avec une équipe de deuxième division ! Or mis à part [Jean-Louis] Bianco [directeur de campagne de Ségolène Royal], ce ne sont pas ceux qui l'entourent aujourd'hui qui pourront lui permettre de surmonter les difficultés que la France connaît."
- "Elle a été ministre, députée, elle est présidente de région, et elle ne sait pas de quoi souffrent les gens? Mais on ne construit pas la France de l'avenir en faisant le tour des cafés du commerce, en réunissant deux cents à trois cents pékins dans un préau pour leur demander quels sont leurs problèmes. Ces débats participatifs, c'est le contraire de ce que réclament les gens en souffrance, ils veulent des réponses, des solutions."
- "Les socialistes ont choisi Ségolène Royal, exclusivement sur la foi des sondages. Ce n'était pas mon choix : tu ne passes pas de journaliste à La Montagne à directeur de la rédaction du Monde. Ça ne remet pas en cause son intelligence, sa bonne foi, mais il y a des responsabilités qui ne s'improvisent pas. Pour être le premier des français, il faut avoir accompli un autre parcours."
Tout cela est détestable, grossier et antipathique (les journalistes de la Montagne, les gens qui ont participé aux réunions participatives, ceux, tous ceux qui ont une opinion et ont envie de la faire entendre apprécieront). Mais Tapie n'est pas le seul. Beaucoup d'autres ex-Mitterandistes se sont prononcés pour Nicolas Sarkozy. J'ai même entendu Roger Hanin expliquer qu'il voterait pour lui parce que c'était un homme de gauche (oui! de gauche!).
Je sais bien qu'Hanin n'est pas un analyste politique de premier plan, mais cela laisse tout de même rêveur. Que des gens plutôt bien informés puissent prendre pour un homme de gauche un candidat qui propose de supprimer l'impôt sur les successions, une mesure conservatrice s'il en est une, fait douter de notre intelligence ou de notre bon sens : sommes-nous donc si naïfs qu'il suffit de citer les noms de Jaurès ou de Blum dans un discours pour être qualifié d'homme de gauche? Si c'est cela être de gauche, alors ce mot n'a plus beaucoup de sens.
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lundi, février 12, 2007
L'étonnant discours de Madame Royal
Le discours du 11 février de Ségolène Royal a été bien reçu par les militants socialistes et, de manière plus générale, par la presse. Ses bévues, le procès en incompétence sont oubliés. Il faut, cependant, le lire de près pour voir que, s'il est socialiste, comme l'a affirmé François Hollande, il l'est de manière peu conventionnelle.
Il commence, ce qui n'est pas banal, par un long développement sur la dette et sur les entreprises, notamment les PME, avec une proposition qui semble provenir directement des débats participatifs sur un système de caution mutuel qui évite aux patrons de PME d'offrir des garanties sur leurs biens personnels lorsque leur entreprise rencontre des difficultés. Je ne suis pas sûr que cela convainque beaucoup de patrons de PME de voter pour Ségolène Royal (d'autant que les médias n'ont pas beaucoup relayé cette proposition), mais cela indique une approche nouvelle de la société pour une socialiste : non seulement les fonctionnaires et les travailleurs ne sont plus les seuls dont elle se préoccupe mais elle a, de plus, une vision assez réaliste du monde des PME (beaucoup de patrons sont effectivement amenés à offrir leurs biens personnels en garantie lorsque leur entreprise va mal).
On aurait aimé qu'elle aille plus loin dans cette même direction et qu'elle aborde une autre question qui gêne les plus petites PME : celle du lissage des revenus pour éviter les effets de ciseau que connaissent tous ceux qui ont des revenus en montagnes russes (comme l'on paie des impôts sur les revenus des années précédentes, on peut se trouver pris à la gorge pour peu que l'on ait fait une bonne année suivie d'une ou deux mauvaise année, avec des impôts (et cotisations sociales) très élevés à payer les années où l'on a des revenus faibles. On aurait également aimé qu'elle approfondisse sa réflexion économique et qu'elle éclaire mieux les faiblesses de notre économie, avec quelques dizaines d'entreprises très puissantes, très compétitives (Michelin, Dassault, Lagardère, Bouygues; Aventis, Air Liquide, EDF, Renault, Peugeot…) qui ne créent plus d'emplois en France (leur expansion se fait à l'étranger) et une multitude de PME sous-capitalisées, sous-managées qui ne peuvent pas créer d'emplois parce qu'elles n'ont pas les moyens de la croissance. Mais un discours de candidat n'est pas un cours d'économie…
Ségolène Royal insiste également beaucoup sur la réforme de l'Etat, ce qui n'est pas forcément dans la tradition socialiste, elle fait une place très importante aux femmes et aux jeunes, notamment ceux des banlieues, plus présents dans son discours que les travailleurs. Elle insiste sur les logiques du donnant-donnant (des droits et des devoirs) qui dessine une approche nouvelles des valeurs de la gauche. Si elle a repris plusieurs des propositions du programme socialiste, elle n'a certainement pas mis son mouchoir dans sa poche et repris plusieurs de ses propositions antérieures (jurys citoyens, encadrement militaire, révision de la carte scolaire…). Qui peut dire qu'elle manque de caractère et de courage (car il en faut pour expliquer aux fonctionnaires que l'on va moderniser la fonction publique, pour dire aux enseignants que l'on va revoir la carte scolaire…)?
Socialiste, son discours? Peut-être, mais surtout ségoliniste, mais qu'il ait été bien accueilli par les militants montre que la révolution du Parti Socialiste est bel et bien engagée en profondeur. C'est ce que n'avaient sans doute pas vu ses concurrents malheureux au sein du parti socialiste.
Il commence, ce qui n'est pas banal, par un long développement sur la dette et sur les entreprises, notamment les PME, avec une proposition qui semble provenir directement des débats participatifs sur un système de caution mutuel qui évite aux patrons de PME d'offrir des garanties sur leurs biens personnels lorsque leur entreprise rencontre des difficultés. Je ne suis pas sûr que cela convainque beaucoup de patrons de PME de voter pour Ségolène Royal (d'autant que les médias n'ont pas beaucoup relayé cette proposition), mais cela indique une approche nouvelle de la société pour une socialiste : non seulement les fonctionnaires et les travailleurs ne sont plus les seuls dont elle se préoccupe mais elle a, de plus, une vision assez réaliste du monde des PME (beaucoup de patrons sont effectivement amenés à offrir leurs biens personnels en garantie lorsque leur entreprise va mal).
On aurait aimé qu'elle aille plus loin dans cette même direction et qu'elle aborde une autre question qui gêne les plus petites PME : celle du lissage des revenus pour éviter les effets de ciseau que connaissent tous ceux qui ont des revenus en montagnes russes (comme l'on paie des impôts sur les revenus des années précédentes, on peut se trouver pris à la gorge pour peu que l'on ait fait une bonne année suivie d'une ou deux mauvaise année, avec des impôts (et cotisations sociales) très élevés à payer les années où l'on a des revenus faibles. On aurait également aimé qu'elle approfondisse sa réflexion économique et qu'elle éclaire mieux les faiblesses de notre économie, avec quelques dizaines d'entreprises très puissantes, très compétitives (Michelin, Dassault, Lagardère, Bouygues; Aventis, Air Liquide, EDF, Renault, Peugeot…) qui ne créent plus d'emplois en France (leur expansion se fait à l'étranger) et une multitude de PME sous-capitalisées, sous-managées qui ne peuvent pas créer d'emplois parce qu'elles n'ont pas les moyens de la croissance. Mais un discours de candidat n'est pas un cours d'économie…
Ségolène Royal insiste également beaucoup sur la réforme de l'Etat, ce qui n'est pas forcément dans la tradition socialiste, elle fait une place très importante aux femmes et aux jeunes, notamment ceux des banlieues, plus présents dans son discours que les travailleurs. Elle insiste sur les logiques du donnant-donnant (des droits et des devoirs) qui dessine une approche nouvelles des valeurs de la gauche. Si elle a repris plusieurs des propositions du programme socialiste, elle n'a certainement pas mis son mouchoir dans sa poche et repris plusieurs de ses propositions antérieures (jurys citoyens, encadrement militaire, révision de la carte scolaire…). Qui peut dire qu'elle manque de caractère et de courage (car il en faut pour expliquer aux fonctionnaires que l'on va moderniser la fonction publique, pour dire aux enseignants que l'on va revoir la carte scolaire…)?
Socialiste, son discours? Peut-être, mais surtout ségoliniste, mais qu'il ait été bien accueilli par les militants montre que la révolution du Parti Socialiste est bel et bien engagée en profondeur. C'est ce que n'avaient sans doute pas vu ses concurrents malheureux au sein du parti socialiste.
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