Avoir des opinions est l'un des éléments du bien-être, affirmait il y a une quinzaine d'années, l'économiste A.O.Hirshman. Les blogs sont une bonne manière d'afficher ses opinions mais aussi, et peut-être même surtout, de les construire. C'est ce qui m'a donné envie de tenir celui-ci
mercredi, janvier 31, 2007
L'abbé Pierre te les chips
Mais puisque l'on parle de l'abbé Pierre, je m'interroge sur l'émotion que sa mort a suscitée. Et j'ai envie de poser deux questions :
- cette émotion a-t-elle été ce qu'en ont dit les médias? ou n'a-telle été qu'une fabrication des mêmes médias? Si l'émotion avait été ce qu'on a dit, on l'aurait sans doute vue dans la rue, un peu comme lorsque la mort de François Mitterrand avait rempli la place de la Bastille de parisiens tristes,
- cette émotion, si émotion il y a, va-t-elle au delà de ce simple sentiment de tristesse que l'on éprouve lorsque l'on voit un inconnu souffrir ou conduit-elle à la compassion? nous rend-elle, en d'autres mots, meilleurs?
On l'aura compris, je suis sur l'une comme l'autre question plutôt sceptique…
lundi, janvier 29, 2007
André Glucksman choisit Nicolas Sarkozy
C'est son droit et on ne saurait le lui reprocher même si l'on attendait depuis quelque temps avec une certaine gourmandise cet aveu. Mais puisqu'il parle des droits de l'homme (et qu'il en fut l'un des théoriciens), on aimerait lui recommander de s'abonner à la lettre de RESF, le réseau qui lutte contre les expulsions d'immigrés sans papier. Il changerait peut-être d'avis… ou serait plus prudent quant à ses enthousiasmes.
Trou d'air
Reste à comprendre ce qui se passe. Ce que l'on reproche à Ségolène Royal est pour l'essentiel, et quoique disent les gens de l'UMP, assez insignifiant. On n'y fait vraiment attention que parce qu'elle a choisi une stratégie qui ne laisse aucun os à ronger à ses adversaires. Sa démarche participative lui permet de retarder la présentation de son programme, de laisser le doute sur ce qu'elle présentera (le programme du PS, le sien, un mélange des deux?). Et en l'absence de vrais os à ronger, ses adversaires se précipitent sur ses bévues, n'hésitant pas, à l'occasion, à en fabriquer de toutes pièces. On les aura rapidement oubliées lorsqu'elle égrénera des propositions que ses adversaires pourront combattre. Reste que ces attaques répétées sur ces maladresses d'expression, ses à peu-près, ces formules prononcées un peu trop vite accréditent l'idée qu'elle serait incompétente ou pas à la hauteur, ce qui n'est pas très bon pour elle.
Les socialistes tout à la défense de leur candidate accusent leur adversaire de taper sous la ceinture, de faire une politique des boules puantes, ce qui est habile : l'affaire Clearstream, pour ne citer qu'un exemple très récent, a montré combien certains pouvaient utiliser de détestables méthodes pour faire de la politique. Et il n'est jamais bon de passer pour un mauvais joueur. Tant que Nicolas Sarkozy restera ministre de l'intérieur il leur sera facile de créer le doute et de suggérer qu'il utilise les moyens de l'Etat au service de sa carrière et de sa campagne.
On objectera que ce n'est pas nouveau. Ce qui n'est pas faux. Ce qui l'est, par contre, c'est que même le ministre de l'intérieur ne puisse plus faire ses coups en douce. L'article du Canard Enchaîné qui révélait l'enquête des Renseignements Généraux sur le collaborateur de Ségolène Royal était d'une impitoyable précision. Il ne racontait pas une rumeur mais donnait les noms des fonctionnaires responsables de l'opération. Même dans les services de police les plus discrets, il n'y a plus de secrets. Cela ne fait que confirmer une tendance que l'on observe depuis quelques années.
Dans l'affaire Clearstream, on a vu un général, présenté comme une vedette des services de contre-espionnage, habitué donc, a priori, à travailler dans l'ombre, tout raconter à des juges. Il y a quelques années, on avait vu comment un secret d'Etat (les liens présumés de Charles Hernu et des services secrets des pays de l'Est) était tombé entre les mains des journalistes. Les mésaventures de Chirac et de ses valises de billet se situent dans la même logique : on ne peut plus tenir, dans nos sociétés modernes, de secret. Et avec le secret, c'est l'espace privé de chacun qui se rétrécit comme peau de chagrin, comme dans cette conversation téléphonique sur la Corse avec un humoriste…
Je ne suis pas sûr que les politiques, même les plus modernes, aient pris conscience de ce que cela implique. Je ne suis pas sûr non plus que nous ayons collectivement beaucoup à gagner à cette transparence de tous les instants. D'un coté, elle peut nous permettre d'exercer un contrôle plus serré sur les élus, mais de l'autre, elle rend plus difficile toute action politique qui suppose réflexion, maturation des idées et un peu de liberté dans leur expression…
lundi, janvier 22, 2007
Le prix d'une réputation
Ce blog est d'autant plus intéressant qu'il montre comment politiques et médias peuvent se iguer contre une entreprise, les premiers en se contentant de citer, dans chaque reportage qu'ils font dessus, les critiques de l'entreprise dans un simple souci d'équilibre (les critiques sont assez bien organisés pour avoir obtenu cela de la presse), les seconds en ayant la possibilité de tenir des propos d'une brutalité qu'aucun concurrent ne pourrait s'autoriser.
Il faut dire que les Américains ont deux bons motifs d'en vouloir à Wallmart :
- sa politique sociale extrêmement brutale,
- sa politique d'achat qui a largement contribué à faire de la Chine le premier fournisseur d'un très grand nombre de produits de consommation courante aux Etats-Unis.
D'ici à ce que Wallmart s'effondre à cause de la rébellion de ses consommateurs, il y a un immense pas à franchir, ce que je ne ferai pas, mais on a là une des premières illustrations vraiment convaincantes des thèses sur les consommateurs comme partie prenante.
vendredi, janvier 19, 2007
Sur les 4000€ de François Hollande
Qu'il ait fait hurler à Paris ne devrait surprendre personne. On me parlait hier d'un appartement de 120m2 (belle surface, sans doute, mais ce n'est pas non plus un chateau) loué à Paris dans le 8ème (quartier élégant, mais pas forcément le plus choisi) 4500€ par mois. J'imagine que le locataire de cet appartement qui ne se sent pas forcément riche (ce loyer peut prendre une part importante de ses revenus) ni réactionnaire (peut-être était-il de voter à gauche) a pris les propos de François Hollande pour une déclaration de guerre. Mais, un sondage montre que 65% (chiffre cité de mémoire) des militants socialistes sont d'accord avec lui et des conversations avec des connaissances, cadres moyens dont les rémunérations sont de cet ordre, me font penser que pour beaucoup de gens, 4000€ reste un seuil acceptable.
Ce que confirme ce post de Bernard Salanié que j'ai retrouvé. Il y parle des salaires des universitaires américains et montre que là aussi le seuil des 4000€ n'est pas absurde. Je le cite : "Comme mon camarade Chiappori a lancé un débat sur le salaire des profs sur Débat 2007, j'apporte mon eau au moulin en donnant les chiffres suivants, extraits d'une enquête de l'American Association of University Professors. Px représente le pourcentile x : P10 est le salaire au-dessous duquel se situent 10% des individus, P95 celui au-dessus duquel on trouve 5% des individus. Il s'agit du salaire de base (9 mois de l'année) ; de nombreux profs obtiennent un "summer stipend", par un grant par exemple, qui rajoute deux mois. Comme 1 dollar vaut 0,8 euros, je multiplie par 10/9*0.8/12 pour avoir un salaire en euros par mois, et j'enlève 45% en prélèvements sociaux et fiscaux pour avoir ce que nous appellerions en France un salaire net. Les universitaires ont généralement de très bons benefit packages, si bien que je n'applique pas de facteur rendant compte de la supériorité moyenne de la Sécu---vous pouvez appliquer celui que vous voudrez, ceci est à la louche. Je ne tiens pas compte non plus du fait que le logement dans certaines grandes villes américaines est cher ; Paris n'est pas donné non plus, et les universités américaines subventionnent souvent le logement.
Tout ceci est bien sûr à la louche, mais en voici le résultat :
Professors :
P20 : 88 000 dollars, soit 3 600 euros par mois
P40 : 95 000 dollars, soit 3 900 euros par mois
P60 : 106 000 dollars, soit 4 300 euros par mois
P80 : 117 000 dollars, soit 4 800 euros par mois
P95 : 141 000 dollars, soit 5 700 euros par mois.
Assistant professors :
P20 : 55 000 dollars, soit 2 200 euros par mois
P40 : 60 000 dollars, soit 2 400 euros par mois
P60 : 64 000 dollars, soit 2 600 euros par mois
P80 : 70 000 dollars, soit 2 900 euros par mois
P95 : 79 000 dollars, soit 3 200 euros par mois.
Ces chiffres valent pour la moyenne de tous les établissements qui délivrent des doctorats, toutes matières confondues. Certaines matières (l'économie...) paient beaucoup mieux : on voit régulièrement de jeunes docteurs engagés par des business schools pour des salaires deux fois plus élevés que ceux qui figurent ci-dessus---les départements d'économie sont un peu moins riches. Et les salaires des profs laissent souvent P95 loin derrière.
En revanche, il ne faut pas oublier que de nombreux docteurs travaillent dans des "baccalaureate institutions", où 1) les salaires sont plus bas (de 25% environ : l'assistant professor médian y gagne à peu près 45 000 dollars, soit 1 600 euros par mois) 2) la charge d'enseignement est plus lourde 3) l'environnement de recherche est peu porteur. Il me semble que ces chiffres confirment dans ses grandes lignes le diagnostic de Chiappori : c'est surtout au niveau des "stars" que la différence se fait sentir. "
François Hollande aurait sans doute mieux fait de se taire, mais… ses 4000€ n'étaient pas si mal vus. Ils avaient en tout cas le mérite de ne pas être démagogique, ce que l'on ne peut pas dire des propositions de Nicolas Sarkozy, mais c'est une autre affaire.
jeudi, janvier 18, 2007
La valeur travail et la critique du salariat
Ce retour de la valeur travail est un peu étrange alors que le chômage n'a pas disparu et que la critique du salariat s'est évanouie. Bien malin qui peut aujourd'hui trouver en librairie un ouvrage qui le critique comme on pouvait le faire dans les années 60 ou 70. Des décennies de chômage ont rendu inaudible des thèses qui étaient à l'origine de la réflexion sur le temps de travail (réflexion devenue, avec la loi sur les 35 heures, recherche d'une meilleure organisation du temps de travail, ce qui est tout différent).
Mais qu'une critique s'évanouisse ne veut pas dire que ses raisons ont disparu. Le salariat n'est pas plus aimable aujourd'hui qu'hier, mais ces critiques ont changé de nature, elles sont passé de l'espace public à l'espace privé. Lorsque l'on examine les comportements des salariés, des cadres notamment, on découvre de nombreuses attitudes qui sont l'expression d'une attitude critique à l'égard du travail. Je prendrai trois exemples :
- le succès des pré-retraites. Tout le monde s'accorde pour les condamner et, cependant, leur succès ne se dément pas. Vu du coté des entreprises, c'est assez logique (cela leur permet de se séparer de salariés dont elles n'ont plus besoin), mais les salariés ne sont pas les derniers à en profiter. Tous les programmes de pré-retraite ont du succès, même lorsqu'ils s'accompagnent d'une réduction significative des revenus. Comment l'interpréter sinon comme une critique de la vie au travail. Je le fais d'autant plus volontiers que j'ai, il y a une vingtaine d'années, réalisé une étude pour une grande entreprise dont le programme de pré-retraite venait de connaître un succès foudroyant. "Essayez donc, m'a-t-on demandé, d'aller comprendre ce qui motive tous ces gens? Sont-ils donc si malheureux chez nous?" Je me souviens de la réponse de l'une des personnes que j'ai alors interviewée, qui illustrait le sentiment général : "J'ai 53 ans, une maison, des enfants éduqués, je n'en peux plus des comportements de la hiérarchie, j'en ai assez de devoir en permanence dire oui, monsieur, même lorsque je pense non." Je précise qu'il s'agissait d'une entreprise qui avait bonne réputation et traitait plutôt bien ses collaborateurs ;
- le succès du bénévolat que j'ai analysé dans un papier (Le bénévolat, critique silencieux du travail salarié) que l'on peut trouver ici, comme une critique implicite et indirecte du salariat : en investissant dans des actions bénévoles, humanitaires, sans visée commerciale ni lucrative, des salariés, souvent des cadres expriment leur refus d'un monde dans lequel les seules valeurs seraient celles de la relation salariale ;
- les comportements électoraux des cadres supérieurs que j'ai analysés dans ce papier (Pourquoi les cadres supérieurs votent-ils à gauche?) publié en 2005 dans le Banquet dans lequel je montre que ces cadres votent à gauche, voire à l'extrême-gauche, pour exprimer leur critique du modèle social développé par les entreprises.
On pourrait ajouter à cela, une critique des organisations dont le fonctionnement ressemble à celui des sectes qui serait à mener.
mercredi, janvier 17, 2007
La campagne électorale et la blogosphère
- la communication à l'ancienne, telle que la pratique Nicolas Sarkozy sur son blog n'est pas satisfaisante : les photos trop léchées (trop visiblement retouchées), les réponses "spontanées" au micro-trottoirs, tout cela sonne creux et faux : la blogosphère a son style, ce n'est pas celui des plaquettes politiques traditionnelles ;
- les rumeurs ne circulent plus tout à fait de la même manière : elles sortent plus rapidement de la semi-clandestinité, ce qui force les candidats à y répondre plus vite (exemple, la polémique sur la feuille d'impôts des Hollande). Elles gagnent à être écrites et diffusées largement une sorte d'autorité qui permet de les citer dans les grands médias et, ainsi, de les officialiser. Si la rumeur n'avait été que de bouche à oreille, le député UMP Jacques Godfrain n'aurait certainement pas pris le risque de la révéler dans une interview à la Dépèche du Midi (ne serait-ce que parce que des poursuites en diffamation perdent beaucoup de leur sens lorsqu'une information a circulé sur de nombreux sites) ;
- le partage entre le privé et le public s'estompe. On l'a vu tout récemment avec l'exécution de Saddam Hussein. Cette exécution qui aurait du être privée a fait le tour du monde grâce à un téléphone portable et à internet. Les propos que Ségolène Royal avait tenu sur le temps de travail des enseignants avait de la même manière quitté l'intimité d'une réunion de militants pour se retrouver dans l'espace public ;
- les grands médias ont emboité le pas à la blogosphère et bien loin de la combattre ou d'en réduire l'influence, ils mettent leurs moyens à sa disposition (papiers de la presse écrite qui citent des blogs, appel des grandes chaînes de télévision aux images des internautes, comme France 2 qui vient de créer un espace dédié à la campagne présidentielle sur GoogleVidéo) ;
- de nouveaux acteurs s'imposent dans le débat public : les experts, économistes, sociologues, juristes dont les opinions "éclairées" sortent de la semi-clandestinité pour être affichées en plein jour. Le projet de droit au logement opposable a été une des premières mesures gouvernementales à faire les frais de cette montée en puissance des experts : en quelques jours, les juristes qui connaissent le dossier on décortiqué, critiqué le projet gouvernemental et fait connaître leur scepticisme. Sans la blogosphère ces réflexions seraient restées éparpillées, réservées aux proches de ces juristes.
Tout cela suggère un contrôle beaucoup plus serré de l'opinion sur les candidats, mais également des mécanismes nouveaux de formation de l'opinion. Les politiques n'ont plus l'exclusivité des propositions et des discours politiques. La société civile se réapproprie une partie de ces discours.
Autant de défis nouveaux pour les candidats. Ségolène Royal sans doute trouvé le mot juste en parlant de transparence et en demandant à Nicolas Sarkozy de publier également ses feuilles d'impôt. Mais la campagne ne se joue pas que dans la blogosphère comme le montre la montée en puissance de Sarkozy après sa grand-messe réussie du 14 janvier.
mercredi, janvier 10, 2007
L'humanitaire à la sauce web
J'ai découvert il y a quelques semaines un site (dont je parle ailleurs, mais je ne sais plus bien où) qui a choisi d'utiliser les techniques de la publicité sur le web pour financer des actions humanitaires. Ce site vend donc à des annonceurs des publicités à la manière de Google. L'annonceur ne paie que lorsqu'un internaute clique sur sa publicité. L'astuce est ici qu'une partie de la recette ainsi collectée est reversée à des associations à but humanitaire. Le visiteur qui veut marquer son intérêt pour la lutte contre la faim peut ainsi cliquer plusieurs fois sur les annonces. Celui lui prend un peu de son temps, mais c'est un autre qui paie pour lui. Etrange, un peu farfelu, mais pas complètement absurde. Cela peut permettre aux entreprises de donner aux causes qui suscitent le plus d'intérêt.
Dans un esprit voisin, je trouve sur le site internet de Tétu une information qui propose une autre manière de faire des dons. Je cite :
Alors que la quatrième saison de «The L Word» vient de débuter aux États-Unis, les producteurs de la série proposent jusqu'à ce soir d'acheter sur Ebay une petite apparition dans l'un des épisodes. L'argent récolté ira à l'association Queer Lounge qui se bat pour faire connaître les œuvres de cinéastes gay et lesbiennes à l'industrie du cinéma. L'association officie notamment dans les festivals de Toronto ou de Sundance, offrant la possibilité à des jeunes scénaristes ou réalisateurs de rencontrer les producteurs de grands réseaux américains. L'enchère qui remportera la mise sur Ebay offrira au gagnant, outre un rôle de figuration dans la saison 4 de «The L Word», une rencontre avec les acteurs et un déjeuner avec l'équipe de la série à Vancouver. L'enchère se termine aux alentours de 19 heures (heure française) le 8 janvier. L'enchère était montée à 6.300 dollars le 8 janvier au matin. Quand à la série elle-même, la saison 4 s'annonce beaucoup plus légère. Les fans du show avaient été déçus par la série de drames endurés par les héroïnes dans la saison 3, les scénaristes ont donc décidé de retrouver légèreté et humour dans les prochains épisodes et réservent quelques coups de théâtre sentimentaux.
Pour enchérir, aller sur ebay.com et chercher «L Word walk on».
Pour ceux qui ne seraient pas très au courant des dernières nouveautés dans le monde des séries télévisées, The L word est une série (bien faite) qui met en scène une communauté de lesbienne en Californie. Ceci explique cela. Reste que l'on va donner un peu de son temps pour passer à la télé (on n'a donc pas tout perdu) et le salaire ira à une association.
lundi, janvier 01, 2007
Histoire sans commentaires
Ell y dépose de l'argent, prend une carte bancaire, puis cherche à tirer de l'argent sur son compte. Le distributeur avale sa carte. Elle téléphone à sa banque qui lui dit : "nous avons effectivement un petit problème, il faudrait que nous prenions rendez-vous." Chose faite. Comme elle garde des enfants, deux nourrissons, elle se rend à l'agence avec ces deux enfants.
Là, deux policiers en civil l'attendent, avertis par la banque qui a découvert que ses papiers étaient faux. Ils l'emmènent au commissariat avec les deux bébés. Destination : centre de rétention avant, sans doute, expulsion. Le commissariat téléphone aux mamans leur disant : il faut que vous veniez chercher votre bébé au commissariat sans plus d'explication ("nous ne pouvons pas vous en dire plus…).
Cela s'est passé à Paris, il y a quelques semaines. Je tiens le récit de l'une des deux mères qui ne s'en est pas encore remis.
vendredi, décembre 29, 2006
Saddam exécuté ce week-end?
- sur le plan des "détails", d'abord : si c'est bien, comme on nous l'a dit, un tribunal irakien qui a jugé Saddam, en quoi l'armée américaine est-elle concernée?
- sur le fond, ensuite : comment peut-on accepter cette exécution? au nom de quels principes? quelle valeur morale peut justifier qu'on condamne à mort et exécute un homme auquel on a justement reproché d'avoir commandité, organisé des massacres?
Jacques Chirac vient de demander au Conseil Constitutionnel de déclarer la peine de mort anti-constitutionnelle. Formidable. On aimerait qu'il pousse l'audace jusqu'à se battre jusqu'à la dernière minute pour l'éviter à Saddam (non pas parce que Saddam serait innocent, mais justement parce que c'est un immense salaud) et qu'il la dénonce si ses efforts n'aboutissent pas. Ce qui vaut pour Chirac vaut naturellement pour tous les autres dirigeants de l'Europe. Ce qu'on n'accepte pas chez soi, il n'y a pas de raison de l'accepter ailleurs.
mercredi, décembre 27, 2006
Le Monde et Mitterrand
Cet "et même" est tout un poème. Qui peut prétendre de bonne foi que François Mitterrand n' a pas sa place au Panthéon des socialistes? Tous les candidats du Parti l'ont cité dans les débats récents? Peu importe, pour les journalistes du Monde, tout ce qui permet de l'égratigner est utilisé.
Le plus amusant est que Mitterrand ressemble à un de ces bouts de scotch dont on n'arrive pas à se défaire. Il ne se passe pas de jour qu'ils ne le citent dans leur journal (41 fois sun mois en décembre d'après Le Monde lui-même interrogé le 27/12/06 contre 10 fois pour Giscard, 34 fois pour De Gaulle et 24 fois pour Pompidou, ce qui confirme le désamour persistant des Français pour son prédecesseur).
mardi, décembre 26, 2006
La politique culturelle contre la création?
Cette politique a favorisé le développement d'un très grand nombre d'oeuvres et d'artistes, elle a favorisé la multiplication des lieux où l'on peut "consommer'' de la culture (musées, salles de théâtre, de cinéma…) mais a-t-elle favorisé la création?
Dans les années 50 et 60, tous les Français qui avaient fait quelques études secondaires et supérieures étaient capables de citer au moins cinq ou six noms de poètes vivants : Eluard, Aragon, Desnos, Saint-John Perse, Prévert, Breton, Ponge… Aujourd'hui, même les plus cultivés seraient bien en peine de faire de même.
Dans le premier article que j'ai écrit (j'étais alors lycéen et c'était au lendemain de la mort de Francis Poulenc), je citais les noms de Boulez, Stockhausen, Berio… Je savais que ces compositeurs qui n'avaient alors pas même 40 ans étaient important. Je mets aujourd'hui au défi quiconque, même parmi les amateurs les plus éclairés, de faire de même.
Le financement massif par la subvention, la multiplication des lieux de diffusion mais aussi la création d'une multitude de postes dans l'éducation qui permettent aux artistes de gagner leur vie tout en continuant d'exercer leur oeuvre, ont eu pour effet de multiplier le nombre d'artistes en activité. Leurs oeuvres ne sont pas forcément de mauvaise qualité, mais le travail de tri, de sélection qui se faisait impitoyablement dans les années 50 ne se fait plus. D'où la multiplication des artistes, des oeuvres et l'incertitude sur ce qui a de la valeur et ce qui n'en a pas.
Ce travail de tri se faisait de deux manières :
- au travers de la contrainte économique : les places étant chères, ne résistaient, ne duraient que ceux qui savaient s'imposer, qui investissaient le plus dans leur travail et avaient su constituer des réseaux de soutien puissants (d'où cette sociologie très particulière de l'art, avec ces groupes d'artistes, le groupe surréaliste, Cobra, les Nouveaux Réalistes, le Domaine Musical) ;
- au travers des choix esthétiques : les gens qui organisaient les expositions, les concerts, qui éditaient les livres étaient amenés à faire des choix et à les justifier… Ils s'engageaient eux aussi et n'hésitaient pas à dire : "c'est bon, c'est mauvais", d'où le développement d'un discours esthétique qui s'est effacé. Aujourd'hui, les oeuvres sont trop souvent sélectionnées et présentées par des gens dont la fonction et le métier est de présenter ce qui se fait sans exclusive (ou sans trop d'exclusive), à l'instar des conservateurs des musées d'art contemporain dont le métier n'a rien à voir ni avec celui de galeriste ni avec celui de théoricien de l'avant-garde (façon Restany ou Boulez). D'où la profusion de styles différents : chacun fait ce qu'il veut dans son coin…
Résultat : le monde de l'art est devenu illisible. Et si nous avons encore de grands artistes et des chefs-d'oeuvre, nul ne le sait.
Kouchner ministre de Sarkozy?
Certains ne manqueront pas d'ailleurs d'y voir une tactique de l'un des hommes les plus populaires de France pour faire parler de lui dans la presse. Mais je crois qu'on peut en tirer plus. Bernard Kouchner est assez caractéristique de ces personnalités issues de la société civile qui ont réussi dans leur vie professionnelle et qui pensent pouvoir apporter au monde politique un savoir-faire et des compétences qui lui manqueraient. Convaincus que les compétences sont l'essentiel, ils imaginent assez volontiers que tout irait mieux s'il n'y avait pas de conflit entre la gauche et la droite, ce qui les amène soit à nier l'opposition entre l'une et l'autre, soit à réver d'une très improbable union nationale.
Kouchner n'est, de ce point de vue, que le dernier d'une très longue liste. On pense à Servan-Schreiber ou Françoise Giroud venus de la gauche et ministres de Giscard, à ces anciens patrons de Renault ou de France Telecom devenus ministres de gouvernements de gauche, à quelques autres… qui n'ont jamais vraiment convaincu (ce qui n'est pas, soit dit en passant, le cas de Kouchner qui a plutôt été un bon ministre de la santé).
Cette posture de la compétence au dessus des partis est très sympathique au moins en apparence, mais elle présente un double défaut :
- elle est le plus souvent inefficace,
- elle frise le populisme.
L'inefficacité tient à ce que l'expérience de ces vedettes de la société civile ne les prépare en rien au métier de politique qui ne ressemble à nul autre. On ne fait pas bouger une administration ou un pays comme une entreprise. Ce sont des mondes différents. L'entreprise parle à ceux que ses produits ou services intéressent et à eux seuls. L'Etat parle à tous les Français et il peut impooser, éventuellement par la force, ses solutions à tous. Ce qui n'est, bien évidemment, pas le cas d'une entreprise privée. Cela change tout.
Quant au populisme, il vient de ce qu'ils assoient leurs prétentions sur leurs compétences et leur popularité (la seconde venant des premières). Or, les politiques ne connaissent qu'une seule légitimité : celle du vote. S'ils peuvent prétendre parler au nom de tous les Français, c'est que ceux-ci les ont autorisés à le faire lors d'élections au cours desquelles ils remettent régulièrement en jeu leur mandat (ce qui demande une abnégation, un courage que nous sommes rares à avoir). Aucune compétence ne peut remplacer cette confiance que les électeurs font, confiance qui seule légitime les décisions qu'ils prennent. J'ajouterai qu'en mettant en avant leurs compétences, en l'opposant à la prétendue incompétence des politiques, ces personnalités issues de la société civile font en réalité du tort à la démocratie.
En envoyant un signal à Sarkozy à quelques mois de l'élection présidentielle, Kouchner a simplement montré qu'il n'avait rien compris au monde politique. Il est resté un membre de la société civile. Et à ce titre, il ne mérite pas qu'on le prenne au sérieux dans la bataille politique ni même qu'on lui accorde la moindre confiance.
dimanche, décembre 24, 2006
Winnie et tant d'autres
Il y a dans tous ces messages, dans les récits de vie qu'ils ébauchent, quelque chose de tellement poignant que l'on se sent coupable. Coupable de ne rien faire (même si l'on a ici ou là fait une ou deux petites choses), de ne pas savoir quoi faire, de vivre dans un pays dans lequel tout cela est possible (même si ce n'est pas forcément mieux ailleurs), de se préparer à une soirée de réveillon quand d'autres seront dans un avion contre leur gré.
A défaut d'autre chose, il y a une pétition pour la petite Winnie et sa maman que l'on peut signer sur cette page où l'on raconte cette histoire. C'est peu de choses… c'est mieux que rien.
samedi, décembre 23, 2006
Bivalence : Insulte-t-on vraiment les enseignants?
Le texte ne l'est pas moins. Mais pour d'autres motifs. Le voici :
"Mardi 19 décembre, les enseignants étaient en grève. Je suis étonné qu'ils n'aient pas reçu l'appui des fédérations de parents d'élèves. Les médias n'ont retenu que deux points, financier et horaire. Mais ce qui me fait bondir c'est la bivalence imposée, insultante pour les enseignants, dangereuse pour les élèves. Il est dévalorisant pour un enseignant qui a fait cinq années d'études au minimum, de voir son ministre considérer que, tout compte fait, sa matière sera aussi bien enseignée par quelqu'un qui n'y a plus touché depuis le bac. Il y a belle lurette que le spécialiste d'histoire, même s'il lit le Goncourt ou le prix de l'Académie française, a rompu avec les études littéraires et grammaticales... Parents, étudiants, futurs étudiants, soyez solidaires des enseignants, il y va de votre intérêt. La bivalence ne serait compatible avec un enseignement de qualité que si on l'abordait par le haut : recrutement d'un corps spécifique de bivalents sur la base d'une double qualification."
Si j'ai bien compris, Christophe Ricaud se plaint du manque de solidatité des parents d'élèves qui ne comprendrait pas ce que la bivalence (le fait de demander à des professeurs d'enseigner deux matières à la fois) pourrait avoir de scandaleux.
Pour le parent d'élève que je suis, ce sont les réactions des enseignants qui sont plutôt surprenantes.
Je ne comprends pas, d'abord, très bien comment des gens qui passent leur vie à enseigner pourraient refuser d'apprendre une nouvelle discipline (parce que j'imagine que l'on ne créerait pas de bivalence sans programme de formation des enseignants).
Je me demande ensuite si les compétences requises pour enseigner en sixième sont tellement différentes de celles nécessaires pour enseigner en septième qu'un prof qui enseigne l'histoire dans les petites classes du collège ne pourrait pas enseignerégalement le français.
Je me demande encore ce qui est le plus insultant : de demander à des enseignants de pratiquer la bivalence ou de les croire incapables de préparer un cours de troisième dans une matière qu'ils n'ont pas étudiée à l'Université?
Faut-il, enfin, rappeler que la bivalence existe depuis longtemps : l'hitoire est enseignée avec la géographie alors même qu'il s'agit de disciplines très différentes. Même chose pour la physique-chimie, pour le français, le latin et le grec. A-t-on des études qui montreraient que la bivalence est dans ces deux cas néfaste? Pas à ma connaissance.
La bivalence a des avantages évidents : elle faciliterait certainement la gestion des personnels à l'Education nationale, notamment les remplacements et éviterait que les profs des petites matières (l'allemand, par exemple) enseignent dans plusieurs établissements.
A-t-elle des inconvénients? peut-être, mais pas ceux que l'on nous dit.
mercredi, décembre 20, 2006
Sur Pascal Sevran, ses éditeurs et ses lecteurs
Il est bien une autre hypothèse : que personne n'ait relu le manuscrit de Sevran : il se vend, il envoie sa disquetet, son fichier et tout part immédiatement à l'imprimerie. A quoi il faudrait ajouter que les propos de Seran n'ont pas choqué beaucoup de lecteurs puisqu'ils n'ont été "découverts" que plusieurs mois après leur publication. Mais là encore, on peut penser que tous les acheteurs de ce genre de livre ne les lisent pas, que beaucoup se contentent de les feuilleter avant de les reposer, épuisés de tant d'insignifiance sur leur table de nuit.
Dans l'un comme dans l'autre cas, les filtres et contrôles qui devraient éviter que l'on publie n'importe quoi n'ont pas fonctionné. Et c'est regrettable. On aimerait que les éditeurs s'expliquent et nous expliquent pourquoi ils laissent passer pareilles insanités.
lundi, décembre 04, 2006
Un beau film : Je pense à vous
Ebloui par la qualité du scénario, d'une intelligence, d'une finesse rare, qui surprend à tout instant. Impossible de deviner ce qui va se passer, à l'inverse de ce que l'on rencontre dans tant de films. Non seulement on est surpris, mais on est étonné par ce que l'on découvre de nous-même (de nos proches, de nos voisins) et qu'on ne nous avait jamais montré.
Ebloui par ces images qui nous renvoient, l'air de rien, sans jamais insister, à la peinture, qui déclinent des tableaux que nous connaissons, qui les réécrivent plutôt. Je pense à la main et à la baignoire du début du film imitées tout à la fois de Michel-Ange et David (on pense autant à la création du monde du premier qu'à l'assassinat de Marat du second) comme si le réalisateur avait réussi ce que les écrivains appellent des mots-valise. Une image, un peu plus tard, rappelle ces photos de Robert Desnos pendant les séances surréalistes. Puis, il y a Ingres et sa grande odalisque que Bonitzer a su évoquer sans ajouter de vertèbre à sa comédienne qu'il filme avec une véritable tendresse (belle scène où elle se déshabille dans la salle de bain, jouant avec un pan de mur, ne révélant in fine que le bord extrême de ses fesses).
Ebloui par ce portrait de Paris tout en contraste avec cette nature qui l'envahit, nature capricieuse (le même soir il pleut et la rue est sèche), ces jardins, ces allées d'arbre qui dessinent un Paris intérieur, Paris de promeneur, de sa périphérie, la Porte Dorée, le Père-Lachaise, très éloigné de cette rue Jacob où travaille l'éditeur (au Seuil?) et où vit la mère de l'un des personnages dans un appartement aux couleurs de peinture à l'huile qui craque comme dans les films fantastiques (dont les scènes tournées dans cet appartement s'inspirent probablement).
Bluffé encore par cette manière de montrer l'intimité et la pudeur et comment l'une et l'autre vivent ensemble dans les ménages. Beaucoup de ce film tourne autour de la salle de bains et des toilettes, lieux d'effraction, de gêne, d'intimité, de complicité mais aussi de violence).
Je n'ai pas parlé du scénario que les critiques ont souvent plus ou moins raconté et dont on peut se faire une idée en allant sur les pages qu'allociné consacre au film. Je préfére dire deux mots de deux autres moments forts, quoique discrets, du film :
- les relations de Herman, joué par Edouard Baër, et de sa fille (celle de Pascal Bonitzer) qu'il croise deux fois, au Palais Royal et au cimetière, évocation délicate des tendresses distantes des parents et des enfants,
- les quelques passages (deux ou trois) où l'on parle de l'antisémitisme, où l'on découvre une hypersensibilité d'un juif qui ne supporte pas que l'on fasse allusion, même de manière involontaire, au fait qu'il soit juif. Comme s'il ne supportait pas que les autres puissent savoir. Il y a quelque chose du marane chez Herman.
Les journalistes ont souvent suggéré que ce film s'inspirait des mésaventures sentimentales de son réalisateur. On l'a compris : on n'a pas besoin d'en savoir quoi que ce soit pour y prendre un grand plaisir.
dimanche, décembre 03, 2006
Avis aux candidats
Eric Schmidt, le Président de Google a donné jeudi dernier aux gouverneurs républicains réunis à Miami quelques conseils sur l'utilisation d'internet dans la prochaine campagne présidentielle qui peuvent intéresser nos candidats français et donné quelques exemples de la manière dont il pouvait être utilisé :
- il a cité le cas de Bahrain où l'on a vu les opposants au régime utiliser Googleearth pour montrer la richesse des propriétés des dirigeants. Lorsque ceux-ci ont voulu interdire la diffusion de ces images, les internautes se sont précipités en masse ;
- il a cité d'autres exemples où internet (en l'espèce Youtube) a permis de rediffuser et de faire connaître des films anciens où des élus ou des candidats avaient eu des comportements ou tenu des propos susceptibles de choquer les électeurs ;
- il a également fait allusion au Googlebombing, une technique qui consiste à faire monter (ou descendre) dans le classement des moteurs de recherche des pages que l'on veut montrer (ou, au contraire, cacher). Exemple : un adversaire du PS pourrait faire monter en première page dans les résultats de Google des sites critiques, favorisant ainsi la diffusion d'argumentaires hostiles au parti.
Eric Schmidt a conclu en disant que les ingénieurs de Google travaillaient à des solutions pour éviter le développement de ces techniques.
samedi, décembre 02, 2006
Un petit plaisir pour ceux qui n'en peuvent plus du télémarketing
Pour y accéder juste cliquer ici ou sur le titre de ce poste.
jeudi, novembre 30, 2006
Ségolène ou Sarko, histoire de prénoms
Mais revenons à Ségolène et à Sarkozy. On dit parfois "Ségo" pour Ségolène, abréviation qui tient à la longueur de son prénom et à l'influence de "Sarko". Ces deux diminutifs riment, ce qui fait sourire. Mais pourquoi l'une a-t-elle droit à son prénom et l'autre à son patronyme?
On peut imaginer plusieurs hypothèses :
- la première vaguement psyschanalytique. Ségolène Royale a beaucoup raconté sa jeunesse et son père militaire brutal et hyper-viril. Barrer son patronyme pourrait être une manière de la venger. Nous sommes solidaires de la jeune fille en souffrance et nous le marquons en l'amputant du nom de son père ;
- autre hypothèse vaguement psychanalytique : nous sommes républicains et un peu gênés par ce patronyme qui nous rappelle un cadavre dans le placard de notre histoire. Non que nous regrettions le roi, mais la guillotine… bof, bof…
Des féministes pur(e)s et dur(e)s pourraient être choqué(e)s et y voir une forme discrète de discrimination. Auraient-(ils)elles tort? Je n'en suis pas certain. On peut analyser cette familiarité comme une manière ne pas vraiment prendre au sérieux cette femme candidate (celle-ci ou n'importe quelle autre). Mais si l'on s'en tient à cette ligne de réflexion, il faut se demander si toutes les femmes sont traitées de la même manière.
Je ne me souviens pas qu'on ait, à droite, parlé de Simone, Michèle ou Françoise (pour cette dernière, on a souvent entendu dire "la Panafieu" ce qui suggérait des informations particulières et pas forcément aimables (ni avérées), sur la vie sentimentale de la dame). A gauche, c'est un peu plus compliqué. Personne n'a jamais appelé Guigou "Elizabeth", il est vrai qu'elle est plutôt du genre glacial, mais j'ai entendu à plusieurs reprises appeler Martine Aubry, "Martine", sans que ce soit un signe de familiarité. Et comme personne ne l'a jamais accusée de manquer d'intelligence ou de compétence ni d'être excessivement féminine, c'était une manière particulièrement perverse de la dégommer.
Pour Ségolène Royal, les choses sont plus subtiles. Les socialistes, lors de leur campagne interne, se sont appelés par leur prénom, une manière comme une autre de dédramatiser leur concurrence, de lisser les oppositions. Laurent et Dominique ont débattu avec Ségolène, ce qui lui a donné un air de familiarité qui n'était pas évident. Mais qui, dans le public, dit Laurent ou Dominique? Le seul homme politique qui ait, me semble-t-il, un prénom est François Hollande, mais peut-être est-ce parce que nous nous glissons dans la chambre du couple qu'il forme avec "la Royal" (jamais entendu, il est vrai que toute belle qu'elle soit, elle n'inspire guère la gaudriole) et que nous nous mettons à lui parler comme Ségolène fait (enfin, j'espère!).
On peut d'ailleurs penser que l'on dit d'autant plus volontiers Ségolène qu'il est toujours un peu étrange d'entendre Hollande (vous remarquerez que le prénom manque) dire "Ségolène Royal". Imagine-t-on le ridicule d'un Jacques Chirac parlant de sa femme et disant : "Madame Chirac"? Même Georges Marchais s'en était gardé lors de ce bel épisode où il avait commandé à son épouse, dont j'ai oublié le prénom, de faire les valises et de rentrer à Paris (merveille de l'internet, je fais sur Google "Marchais + valises" et je trouve le prénom : son épouse s'appelle Liliane, c'était en 1980 et il s'agissait du programme commun).
Ce prénom rare et un peu précieux (vous connaissez beaucoup de femmes de 50 ans qui s'appellent Ségolène? les parents qui donnaient ce prénom à leur fille dans les années 50 se comptaient sur les doigts d'une ou deux mains comme en témoignent ces statistiques) la protège de trop de familiarité : Martine, Catherine ou Geneviève auraient été moins efficaces. Merci papa Royal!
Mais est-ce que cette familiarité va l'aider dans la campagne présidentielle? Sans doute. Cela devrait l'aider à adoucir l'image un peu rude qu'elle donne volontiers d'elle-même et ringardiser un peu plus un Sarkozy dont l'image ressemble de plus en plus à celle de cet "agité du bocal" dont parlait dans un tout autre contexte Céline (Louis-Ferdinand).
mercredi, novembre 29, 2006
Injustices sociales vs pathologies sociales
Mais revenons à l'essentiel : au contenu de ce recueil. On y trouve beaucoup de choses intéressantes et notamment une opposition, utile dans les débats sur l'équité et la société juste, entre injustices sociales et pathologies sociales : des situations justes peuvent être insupportables.
C'est lorsque l'on regarde le monde social avec d'autres lunettes, que l'on peut voir, au delà des injustices que le réformiste corrige avec plus ou moins de bonheur, de véritables pathologies sociales.
C'est une manière de réintroduire dans le jeu politique l'opposition entre réformisme et révolution (ou, si l'on préfère, critique radicale de la société) qui s'était effacée ces dernières années, le mot révolution s'étant vidé de son sens. Mais c'est aussi une façon de légitimer dans le débat public d'autres manières de s'exprimer en politique. Aux experts qui argumentent de manière rationnelle et s'attachent à corriger les injustices que l'on sait mesurer, Honneth oppose ceux qui utilisent la parabole, la métaphore, la rhétorique pour rendre visible l'inacceptable que les acteurs ne voient pas toujours (d'où la figure de l'esclave heureux que l'on rencontre dans ce livre). C'est de cette manière, en effet, que l'on peut espérer modifier les normes dans une société.
Au coeur de cette distinction, il y a, explique Honneth un glissement dans les préoccupations de la philosophie politique : "il ne s'agit plus, écrit-il à propos de Hobbes qui aurait été l'un des premiers à initier ce glissement, de savoir comment une communauté peut garantir à ses membres une vie qui soit à la fois bonne et juste, tout ce qui le préoccupe c'est de savoir comment elle peut être en mesure de construire un ordre qui recoive un assentiment général. (…) La philosophie n'est censée apporter de réponse qu'aux problèmes relatifs à l'institution de rapports sociaux justes ; quant aux conditions qui garantissent une vie bonne, elles sont si peu accessibles à une définition générale qu'elles doivent rester en dehors du cadre de la philosophie."
Cette opposition entre injustices et pathologies sociales parait utile et pourrait bien demain nourrir les débats au sein de la gauche entre réformistes et radicaux.
lundi, novembre 27, 2006
Revoilà Le Pen…
- l'immigration zéro (pas tout à fait zéro, a-t-il dit, mais presque), ce qui est depuis toujours son fonds de commerce,
- le retour des frontières et des barrières douanières, en un mot du protectionisme, thème qu'il pargage avec l'extrême-gauche (qui ferait bien de s'interroger sur cet étrange cousinage),
- l'augmentation massive du budget de la Défense nationale (qu'il est le seul à proposer).
Tout cela fait effectivement système et l'on aurait aimé que ses contradicteurs l'interrogent sur l'étrange collusion des frontières et de la Défense. Reconstruire les frontières et augmenter le budget militaire, n'est-ce pas annoncer le retour des conflits armés? Historiquement, reflus du libre-échange et conflits armés sont en général allés de pair. Est-ce bien cela que veulent les Français?
Quant au racisme, on en a évidemment parlé, mais, comme trop souvent, de manière maladroite, donnant à Le Pen la possibilité de rappeler qu'il a fait élire noirs et beurs dans son mouvement et qu'il n'est pas impossible qu'il devienne un jour l'ami de Dieudonné.
Sans doute conviendrait-il de distinguer son racisme populaire du racisme plus "sophistiqué" de l'extrême-droite d'avant-guerre qui avait théorisé l'inégalité des races. A ne pas faire de distinction, on risque simplement que ses électeurs, et beaucoup de Français avec, haussent les épaules : "si c'est cela le racisme… alors il n'y pas de quoi fouetter un chat." (la même chose vaut d'ailleurs pour Georges Frêche dont les propos indignes auraient dû être dénoncés tout autrement. On aurait pu, par exemple, se demander pourquoi règne dans notre société une division du travail qui met les noirs sur les terrains de foot et les blancs dans les conseils d'administration…).
Le Pen n'a pas perdu ses griffes comme on l'a vu dans le débat, mais plutôt que de l'attaquer sur son racisme et ses propos sur les fours crématoires, que tout le monde connaît, ses adversaires feraient mieux de l'interpeller sur son programme. Il serait intéressant de savoir, par exemple, en quoi consiste ce qu'il appelle la préférence nationale. Jusqu'où veut-il aller? Qui veut-il vraiment exclure? Des questions précises seraient certainement la meilleure manière de le déstabiliser, de montrer le vide ou la violence (ou la sottise) de ses propositions.
Ce serait sans doute la meilleure manière de dégonfler une baudruche qui m'a paru, hier soir, et à l'encontre de ce que disait un sondage publié la veille par Le Monde, en petite forme sinon en perte de vitesse. Ce serait certainement la meilleure manière de l'amener à révéler les pans les moins reluisants de son programme.
Le retour de Saddam Hussein
Dans ce papier au titre provocateur : Bring back Saddam Hussein, il propose tout simplement de ramener au pouvoir en Irak Saddam Hussein. L'argument est d'une simplicité angélique : lui, au moins, avait su assurer la paix civile et mettre sous contrôle les affrontements en sunnites et chiites.
Il faut que l'opinion américaine soit déboussolée pour qu'un journaliste plutôt sérieux écrive cela et pour qu'un journal plutôt raisonnable le publie…
lundi, novembre 20, 2006
Ségolène, les profs et les 35 heures…
Paradoxalement, je pense que cette vidéo clandestine mais largement diffusée l'a doublement servie :
- en montrant qu'elle avait des idées et qu'elle n'hésitait pas à les afficher même devant un public timide, ironique,
- en confirmant qu'elle ne participait pas au jeu politicien et que les politiques et les journalistes faisaient souvent beaucoup de bruit pour pas grand chose.
jeudi, novembre 16, 2006
Ségolène Royal, les enseignants et les 35 heures
Il y a quelques jours, le Monde indiquait que tous les acteurs de l'Education à l'exception des syndicats d'enseignant, tous les ministres en avaient révé. Et l'on comprend pourquoi lorsque l'on apprend que le chiffre d'affaires des petits cours représente 900M€ par an, soit 150€ par lycéen, sachant naturellement que l'enseignement à domicile concerne plus les familles aisées que les familles modestes. Ces dépenses progresseraient de 5 à 10% par an d'après cette note d'Emeric Burin des Roziers sur Débat 2007.
Tout cela devrait inviter à prendre au sérieux la proposition de Ségolène Royal. S'il est vrai qu'elle parait d'une mise en oeuvre difficile, elle offre une piste de réflexion. Pourquoi, par exemple, ne pas demander aux enseignants qui le souhaitent de consacrer quelques heures de plus à des enseignements en petits groupes pour le soutien des élèves en difficulté contre un complément de rémunération?
mardi, novembre 14, 2006
L'UMP n'est pas forcément sinistre
Mais après, revenez-moi…
dimanche, novembre 12, 2006
Les jurys citoyens de Ségolène Royal et John Rawls
- la dispersion des voix lors du premier tour de la précédente élection présidentielle sur une myriade de petits candidats, l'importance des abstentions et le nombre élevé de gens qui ne sont pas inscrits sur les listes électorales indique que beaucoup ne se reconnaissent pas dans les candidats et dans leurs programmes,
- la crispation à l'égard de l'Europe que personne ne juge vraiment démocratique (pour avoir essayé il y a quelques années de le montrer dans un document qui m'avait été commandé par la Commission je peux témoigner qu'il faut beaucoup se creuser les méninges pour trouver les institutions européennes démocratiques au sens classique du mot) témoigne de l'exaspération de beaucoup à l'égard de ces systèmes où l'on se préoccupe moins des désirs des citoyens que des rapports de force entre groupes de pression et lobbies.
Notre politique se fait aujourd'hui au croisement de quatre sources :
- les sondages qui auscultent régulièrement l'opinion,
- les avis d'experts,
- les élections,
- l'action de communication des lobbies et groupes de pression.
En introduisant des jurys citoyens, Ségolène Royal en propose une nouvelle. Ces jurys seraient, nous dit-elle, composés de gens tirés au sort (un peu à la manière des jurys d'assise ou des responsables de la cité dans l'antiquité grecque). Elle a précisé que les jurys n'étaient pas forcément là pour condamner (elle a, à ce propos, fait allusion aux jurys littéraires). On peut compléter :
- ils ne seraient pas représentatifs de l'opinion comme le sont les sondages,
- ils n'auraient pas la compétence des experts,
- ils n'auraient pas la légitimité des élus,
- ils n'auraient pas les intérêts des lobbies.
Est-ce que cela les déconsidère? pas forcément. Ces jurys me rappellent ces assemblées réunies sous un voile d'ignorance qu'imaginait John Rawls pour créer une société juste. Des gens qui ne sachant pas ce que serait leur place dans la société qu'ils concevaient ne pouvaient que concevoir une société juste. Utopie? Sans doute, mais qui met le doigt là où cela fait mal : le sentiment d'impuissance et d'injustice de beaucoup de citoyens qui ont le sentiment que la politique se fait en dehors d'eux et que les décisions prises le sont sans souci de la justice.
vendredi, octobre 27, 2006
The Economist votera-t-il pour Ségolène Royal?
A prioro cette nouvelle Maggie devrait être Nicolas Sarkozy. C'est en tout cas la posture que celui-ci a, à plusieurs reprise, implicitement prise. Mais il n'est pas certain que The Economist soit tout à fait d'accord. La conclusion de son article est pour le moins ambiguë, soulignant que les socialistes ont souvent mené plus de réformes que des leaders de droit, très en pointe dans les campagnesélectorales, mais plus timorés une fois au pouvoir.
De là à penser que The Economist trouve des vertus à Ségolène Royal, il y a un pas qu'il ne faut peut-être pas franchir tout de suite, même si la fermeté de la candidate socialiste, son aplomb (qu'elle a encore montré hiere soir en abordant tous les thèmes "délicats" de sa comapgne devant une salle houleuse) séduisent les journalistes de l'hebdomadaire britannique.
jeudi, octobre 26, 2006
Patrimoine de départ, l'étrange promenade des idées
L'idée, séduisante, n'est pas neuve. Je me souviens qu'Isidore Isou, que l'on connaît plus pour ses productions poétiques et picturales (il est le fondateur du mouvement lettriste qui a eu son heure de gloire au lendemain de la seconde guerre mondiale et que l'on redécouvre de temps à autre dans les musées d'art moderne), l'avait proposée dans les années 50 dans un livre que plus personne ne lit depuis longtemps mais qui mériterait un peu mieux : Le soulèvement de la jeunesse. Ce livre qui préfigurait les révoltes étudiantes de la fin des années 60 a joué un rôle dans le tournant politique pris par Guy Debord et les situationnistes, qui étaient proches d'Isou dans les années 50 (ils avaient créé un mouvement dissident du lettrisme, l'ultra-lettrisme). (Sur tous ces sujets, on peut en savoir un peu plus en lisant ce que j'ai écrit sur la sociologie du groupe lettriste).
Dans ce livre, Isou allait infiniment plus loin que Strauss-Kahn puisqu'il proposait de donner à chaque jeune un capital que celui-ci pourrait utiliser comme il le souhaitait : pour financer ses édudes, pour prendre du bon temps, pour créer une entreprise… mais il s'agit bien, au fond, de la même idée : donner aux jeunes la possibilité de décider eux-mêmes de leur avenir.
Je doute que Dominique Strauss-Kahn se soit inspiré d'Isou. Ses sources sont plus probablement américaines. Son projet évoque les "school vouchers" proposés par Milton Friedman. Ces "vouchers" permettent aux parents de mettre leurs enfants dans l'école qu'ils souhaitent, que celle-ci soit privée ou publique. On peut, pour en savoir plus, consulter l'article de Wikipedia sur le sujet où l'on apprend que le système est utilisé aux Etats-Unis, au Chili et à Hong-Kong et n'a pas que des effets positifs. Le projet de DSK est naturellement très différent du système de Milton Friedman, mais l'inspiration est voisine.
mercredi, octobre 25, 2006
Une campagne placée sous la thématique de l'autorité
Ce n'est pas plus que l'ordre dont elle parle abondamment un thème de gauche traditionnel, mais c'est une manière habile :
- de contourner les questions de sécurité ou, plutôt, de les replacer dans un contexte qui se prête moins aux débordements démagogiques.
- de répondre à cette crise de l'autorité qui inquiète tous ceux dont l'autorité est délégitimée ou en passe de le devenir, que cette autorité soit basée sur le savoir (enseignants, médecins, juges…) ou sur l'élection (élus dont un récent sondage montrait que les Français les jugeaient corrompus).
La différence entre Sarkozy et Royal (s'ils sont tous deux les candidats retenus) pourrait porter sur la manière, de régler cette crise qu'a décrite Alain Renault dans La fin de l'Autorité. Les différents projets qu'avance Ségolène Royal dessinent une manière de régler ces questions qui ne passe pas par des sanctions plus sévères mais par un mixte de contrôle social renforcé et d'éducation (mixte que l'on retrouve dans ses projets sur les jeunes délinquants et sur ces jurys populaires qui contrôlent l'activité des élus). Sarkozy sera sans doute tenté de répondre par des solutions qui aboutissent à un alourdissement des sanctions, au risque de se voir opposée l'inutilité de sanctions que personne n'applique.
En volant à la droite cette thématique de l'ordre et de l'autorité, Ségolène Royal répond à l'attente de cette clientèle de gauche qui souffre non pas de déclassement au sens économique mais d'un affaissement de ses positions dans la hiérarchie sociale du fait, justement, de cette crise de l'autorité.
jeudi, octobre 19, 2006
Elections présidentielles et marketing
Un électeur qui s'interroge (ce qui est, à quelques mois de l'élection, le cas de la grande majorité) a besoin d'informations qu'il ne trouve ni dans les médias ni dans les débats. Les débats nous donnent des informations sur les programmes que les candidats affichent. Mais chacun sait bien qu'ils ne les appliqueront pas. Mieux vaut souvent, d'ailleurs, qu'ils s'en gardent. Les enquêtes d'opinion nous donnent des indications sur l'impact de leurs propos sur l'opinion. Mais nous avons besoin de tout autre chose. Nous avons besoin de connaître la personnalité des candidats, leur capacité à faire face à des situations imprévues, à anticiper, à s'imposer dans des moments difficiles, mais aussi à entendre et comprendre une société qui bouge. Nous avons besoin de savoir s'ils ont l'étoffe d'un homme d'Etat dans un monde en profond changement. Et cela, les analyses marketing ne nous le donnent pas.
Sans doute disposons nous déjà d'informations sur chacun :
- nous savons que Fabius a su anticiper et prendre des décisions courageuses et difficiles dans le cadre du sang contaminé. On a vu qu'il a su faire face avec dignité et calme à des attaques d'une violence extrême dans la même affaire ;
- l'épisode conjugal de Sarkozy nous a sans doute plus dit sur sa personnalité profonde (et sur sa modernité) que ses discours démagogiques : bien loin de le désservir, cet épisode a montré qu'il pouvait garder raison dans des moments de crise personnelle, ce qui est une qualité pour qui veut devenir Président ;
- nous devinons chez Ségolène Royal une vision à long terme (sans cette vision, elle n'aurait pas réussi cette longue marche jusqu'à la candature), de l'inflexibilité et une capacité à écouter et comprendre la sociéété que l'on ne trouve pas forcément chez ses concurrents (même si cela s'accompagne, chez elle, d'allures cassantes) ;
- DSK respire la compétence mais que savons-nous de son caractère? de sa capacité à faire face à des obstacles?
Il nous en faudrait plus, beaucoup plus, pour savoir lequel sera le mieux armé pour diriger le pays pendant 5 ans. Je ne suis pas sûr que la généralisation des techniques marketing nous aide à le découvrir.
mercredi, octobre 18, 2006
Le débat
Première remarque : il n'était pas une seconde ennuyeux. Cela était un risque, mais les intervenants et les journalistes et l'ont mené de telle manière que l'on est resté attentif jusqu'au bout.
Seconde remarque. Malgré leurs ressemblances (même génération, même formation, même appartenance politique, même programme à respecter), les trois candidats ont su marquer leurs différences tant dans le fond que dans la forme et la méthode.
Sur la forme, d'abord : Ségolène Royal a certainement été la plus incisive, la seule à entrer directement dans le vif du sujet sans faire de commentaire sur l'exercice, la seule à ne citer ses concurrents qu'au tout dernier moment, presque avec réticence. Sur le plan de la courtoisie, Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn l'ont emporté haut la main, mais Ségolène Royal est la seule qui ait tenté, en fin d'émission, une pointe d'humour, signe sans doute d'un soulagement.
Toujours sur la forme : Fabius est certainement celui qui maîtrise le mieux, et avec le plus d'élégance, la langue française. Il est précis, ses phrases sont bien construites, il ne bafouille pas (comme l'a fait deux ou trois fois DSK). Ségolène Royal est, sur ce plan là, loin derrière les deux autres (comment peut-on sortir de l'ENA et maîtriser aussi mal l'expression parlée?) et ses explications ont paru à une ou deux reprises embarassées (je pense notamment à tout ce qu'elle a dit de la valeur ajoutée qui sentait la récitation de fiche préparée par ses collaborateurs).
Venons-en maintenant au fond. On a beaucoup dit que ce débat était à haut risque pour Ségolène Royal. Elle s'en est bien sortie. On attendait DSK sur les questions économiques. Il a été brillant lorsqu'il a parlé de la dette, mais pour le reste, il a déçu. Trop général, trop dans le flou et le vague. Ses tentatives répétées de mettre le changement en perspective, de convier dans la discussion le futur, les tendances profondes de la sociétéé sont toutes tombées à plat. Laurent Fabius a été des trois le plus précis, mais c'est aussi celui dont les propositions paraissaient le plus vieillies (augmentation du Smic sans réflexion sur son impact sur les autres salaires, réflexion que l'on trouvait chez ses deux concurrents). Fabius est le seul à avoir longuement et à plusieurs reprises parlé de l'Europe. Il a eu raison de mettre en avant cette dimension, mais était-il le mieux placé pour le faire? Comment ne pas s'interroger sur son "non" à la constitution européenne? Essayait-il de séduire ceux qui ne lui ont pas pardonné cette trahison? Il n'a sans doute fait que la leur rappeler.
Quant à Ségolène Royal, concrète et pragmatique, elle a montré de véritables qualités. Mal à l'aise dans l'exposé général, elle a marqué des points chaque fois qu'elle s'est appuyée sur son expérience du terrain : 35 heures, délocalisations, bureaucratie, dépendance… On sentait qu'elle était, au quotidien, confrontée à ces questions et qu'elle s'était attachée à les résoudre. Aux promesses de ses deux concurrents, elle opposait sa pratique quotidienne. Sans doute est-ce ce qui fait sa popularité.
Si proches et, cependant, si différents… Ce sont des personnalités, des manières d'aborder la politique qui se sont révélées dans ce débat. Plus proche du concret chez Ségolène Royal, plus sensible aux rapports de force à gauche chez Laurent Fabius, plus attentif aux évolutions profondes de notre société chez DSK.
vendredi, octobre 13, 2006
Ségolène, la Turquie et son blog
Cette précision est présentée comme une citation. Est-ce ce qu'elle a vraiment dit? que nous n'aurions pas entendu, que les journalistes auraient coupé au montage ou, autre hypothèse, qu'elle aurait dit après coup? Mais, après tout, qu'importe. La question est plutôt de savoir qui croire. Le blog qui réécrit (ou donne le texte exact de) la réponse ou les images télévisées?
Le blog introduit dans le discours politique une nouvelle figure, celle du repentir ou, plutôt, de la correction immédiate. Plus besoin d'attendre une nouvelle émission, d'émettre un démenti (toujours ridicule) pour préciser sa pensée. Il suffit de revenir sur le sujet dans son blog, ce qui peut modifier durablement le discours politique.
Les médias audiovisuels ont forcé les politiques à être plus précis (au risque de multiplier les chiffres que personne ne peut vérifier), à tenir un discours plus homogène (difficile de dire blanc dans le Nord et bleu dans le Sud, quand les télévisions diffusent partout vos propos), plus direct (les journalistes coupent les circonvolutions). Ils n'ont pas éliminé la langue de bois, mais l'ont rendue insupportable. Et en ce sens, ils ont amélioré le discours politique, mais ils l'ont aussi simplifié à outrance (tout ne peut pas se dire en quelques mots), ils ont réduit l'espace de l'hésitation (la télévision favorise ceux qui pensent vite et ont la capacité de mémoriser chiffres et argumentaires) et de la réflexion (il faut avoir une opinion, on ne peut pas dire : je ne sais pas…). Ils ont augmenté le coût des erreurs et donné aux journalistes la possibilité d'agir sur l'opinion. Présenter trois fois de suite sur quatre chaines les images de Ségolène trébuchant sur la Turquie est une manière subliminale de conforter le discours de ses adversaires (même chose, d'ailleurs, pour les racailles et karcher en boucle de Sarkozy). Ils ont également souligné les revirements (quoi de plus facile que de mettre bout à bout les déclarations d'hier et celles d'aujourd'hui?).
Les blogs n'ont ni la force ni la diffusion des médias audiovisuels, mais ils modifient légèrement le partage des rôles. Ils rendent aux politiques une partie du contrôle sur leur expression, ils leur permettent de revoir et corriger en temps quasi réel ce qu'ils ont dit. Ce n'est pas négligeable.
mercredi, octobre 11, 2006
Ségolène fait-elle de la politique autrement?
Le ministre de l'intérieur a appliqué, avec brio, la figure classique du politique qui conquiert un parti pour le mettre au service de ses ambitions, figure qu'ont réussie avant lui François Mitterrand et Jacques Chirac et ratée Michel Rocard et Laurent Fabius.
Ségolène Royal a choisi une voie que l'on peut interpréter de plusieurs manières :
- on peut y voir la tentative de mettre l'opinion qui lui est favorable au service de sa conquête du parti. D'où le choix de thèmes (école, sécurité…) qui intéressent l'opinion. C'est l'interprétation qu'en font le plus souvent ses adversaires au sein du PS. Michel Rocard avait, de la même manière, tenté de jouer de son image dans l'opinion de gauche contre François Mitterand ;
- on peut également y voir l'émergence d'une nouvelle manière de faire de la politique qui s'appuie beaucoup plus sur les délibérations des citoyens que sur les débats des militants.
Cette seconde hypothèse est, naturellement, plus intéressante. Si elle se confirmait, Ségolène Royal s'inscrirait assez clairement dans les logiques délibératives développées par Habermas.
Dans son cas, les délibérations sont construites, de manière classique, dans des réunions publiques mais aussi et surtout sur internet. Elles servent de fond pour le livre qu'elle écrit. On verra bien si elle le nourrit effectivement de ces débats et comment. Mais si elle s'inspirait effectivement de ces débats pour construire sa politique et son projet (disons, plutôt, pour "éclairer" le projet socialiste puisque le candidat soutenu par le parti devra s'y référer), ce serait un changement profond de la manière de faire de la politique.
Cela modifierait, d'abord, le choix des thèmes : les politiques, de gauche comme de droite, développent régulièrement les mêmes "grands sujets" (le chômage, l'immigration, la sécurité, le pouvoir d'achat…) qui font leur fond de commerce et pour lesquels ils ont développé des argumentaires depuis longtemps rôdés. Les débats entre citoyens traitent souvent d'autres sujets et de manière différente, souvent plus pragmatique. Les débats sur la carte scolaire est une bonne illustration de ce changement de point de vue. On ne parle plus de l'école en général, on ne se bat plus sur ses budgets, on traite d'un problème concret que tous les parents connaissent. Problème sur lequel, d'ailleurs, les positions peuvent varier au sein de la même famille politique. Le débat sur la sécurité est une autre illustration. Ségolène Royal propose une solution concrète (les fameux militaires) qui élimine toutes les discussions sur le laxisme de la gauche en matière de sécurité et conduit les échanges sur le terrain très concret de la "rééducation" des jeunes délinquants.
Cela modifierait, ensuite, le partage des tâches entre les différents acteurs :
- Dans le système des partis traditionnels, des experts élaborent des projets que des politiques évaluent (c'est vendable, cela peut nous amener telle catégorie de la population…) et adaptent à la vulgate de leur parti, seul moyen de les imposer aux militants. La dépolitisation que l'on déplore vient pour beaucoup de cette manière de faire de la politique qui fait des citoyens des "clients" à convaincre de la justesse des idées de tel ou tel.
- Dans les débats, experts et militants sont évacués ou, plutôt, ramenés au rôle de citoyen qui a son opinion et son mot à dire. Les choix ne se font plus entre experts et politiques, mais entre des citoyens qui ne sont plus des "clients" mais des acteurs qui pensent et des politiques auquel il revient d'arbitrer entre des positions contradictoires et de choisir une solution.
Plusieurs à gauche ont critiqué cette montée en puissance des citoyens. Il faut lire les débats sur le site de Ségolène Royal pour voir qu'ils ont tort. Non seulement ces débats sont extrêmement riches, mais ils montrent que l'opinion est beaucoup plus ouverte, sensible, subtile que ne le font croire débats politiques et sondages. Elle s'approprie les sujets, réfléchit et pense. Pas besoin d'être expert d'un grand parti pour avoir une opinion éclairée sur le fonctionnement de l'école quand on participe, comme parent d'élève, au conseil d'administration d'une école. C'est cette pensée collective que ces débats suscitent.
On verra ce que donne l'expérience de Ségolène Royal, si elle tire toutes les conséquences de son projet initial, mais son expérience annonce une nouvelle manière de faire de la politique, d'organiser les rapports entre des citoyens qui débattent et des politiques qui élaborent (ou plutôt infléchissent) leur programme en fonction de ce qui se dit dans ces débats.
Ces espaces où l'on débat, ces agoras, ne sont pas sans poser de problèmes : on ne sait pas très bien qui y participe. Les participants sont nombreux (7000 contributions sur Désir d'avenir en septembre), intéressés par la politique, mais sont-ils militants? sympathisants? hésitants? électeurs (il est probable qu'un certain nombre de participants de ces forums ne sont pas inscrits sur les listes électorales, est-ce que cela leur interdit de participer au débat?). Si les manipulations sont peu probables (elles se voient vite), on ne peut exclure des mécanismes d'auto-sélection : ne viennent sur ces sites qu'une catégorie de la population (utilisateurs d'internet, habitués de l'expression écrite…), ce qui peut biaiser la réflexion. On ne peut non plus exclure que la candidate n'utilise ces débats que comme un outil de communication, comme une sorte de test en grandeur nature des formules, expressions, argumentaires… Les politiques délibératives d'Habermas ne sont pas, elles non plus, à l'abri de dérives, mais du moins rendent-elles aux citoyens la parole et comme le dit la phrase en exergue de ce blog : "avoir des opinions est un des éléments du bien-être".
dimanche, octobre 08, 2006
Banlieue : Stratégie de la tension?
Nicolas Sarkozy a-t-il choisi la stratégie de la tension? Veut-il relancer les émeutes en banlieue? Souhaite-t-il que se multiplient les incidents? Il fait en tout cas tout pour comme le suggère la lecture de ce courrier adressé le 8 octobre par le Réseau enfants sans frontières qui tient le compte des enfants sans papiers que l'aministration expulse.
"SUZILENE ELEVE DU LP VALMY (COLOMBES –92-) EN RETENTIONLundi 02 octobre les élèves du lycée professionnel Valmy de Colombes dans les Hauts-de-Seine, ont appris que leur camarade Suzilène était en centre de rétention à Paris. Pour la soutenir une pétition a été diffusée dans le lycée et au-delà. l'émotion et l'inquiétude ont été très vives et aujourd'hui, elles font place à la colère.
Une tension très forte est perceptible dans l'établissement, la plupart des enseignants sont solidaires.
Les délégués se réunissent lundi 9 octobre pour s'informer de l'évolution de la situation et décider de la poursuite de la mobilisation.
Le 29 septembre Suzilène emmène son petit frère de 16 mois à la crèche, elle est interpellée par la police avec une de ses camarades et placée en centre de rétention à Paris sur l'Ile de la Cité. L'administration préfectorale des Hauts-de-Seine lui notifie un APRF avec le Cap Vert comme destination. Lundi 2 octobre au matin, le lycée Valmy est informé. Dans l'après-midi, Suzilène est présentée devant le juge des libertés qui décide son maintien en rétention.
Mercredi 4 octobre le tribunal administratif se déclare incompétent (à notre connaissance) pour pouvoir annuler l'Arrêté Préfectoral de Reconduite à la Frontière (APRF), la délibération a duré 2 heures et c'est avec embarras que le juge rend sa décision en présence de représentants d'enseignants du lycée et de représentants syndicaux membres du RESF
Le Réseau Education sans frontière est en alerte maximum : les autorités académiques, Rectorat et inspection académique sont informés de la situation ; les élus de la municipalité de Colombes, conseillers généraux et régionaux, députés et sénateurs sont interpellés par RESF.
De jeudi à vendredi la mobilisation s'étend, la FERC-cgt et la FSU interpelle le Ministre de l'Education et le ministre de l'Intérieur sur la situation des jeunes scolarisés sans papier. Un préavis de grève national est déposé par la FERC cgt et un préavis départemental est déposé par la FSU92 pour assurer la protection des élèves qui se sont vus délivrer un APRF et qui risquent la mise en rétention comme Suzilène.
Vendredi, le secrétaire général de la préfecture des Hauts-de-Seine nous informe que Suzilène repassera devant le juge des libertés mercredi qui selon lui est le seul habilité à la faire libérer. Nous attendons la confirmation écrite de cette 3ème convocation devant le juge. Le secrétaire général nous fait remarquer que le dossier de Suzilène est étudié avec attention. Il précise aussi que l'administration ne fera pas de zèle!
Lors de notre entretien téléphonique nous lui faisons remarquer que la situation est particulièrement explosive au lycée Valmy comme dans l'ensemble des établissements scolaires où personnels et élèves sont extrêmement choqués par les APRF delivrés par les autorités."
Le courrier poursuit avec d'autres histoires du même type et c'est ainsi chaque semaine depuis des mois. Y a-t-il volonté délibérée de créer de la tension? ou, plus simplement inconscience politique et administrative? Il est bien difficile de trancher. Reste que l'on se trouve devant une situation qui peut conduire au pire et lors que les voitures brûleront il sera trop tard pour se plaindre. On ne pourra en tout cas pas dire que l'on n'aura pas été averti!
jeudi, octobre 05, 2006
Redeker : attention aux dérives!
Les points de convergence (encore en pointillés, fragiles, discrets) entre ces deux extrèmes semblent se situer autour :
- d'une critique de la globalisation et d'un repli sur l'espace clos des frontières (le protectionnisme d'Attac et des partisans du non lors du référendum sur la constitution européenne a pris à l'occasion des tournures nationalistes déplaisantes) ;
- d'une défense de la laïcité (souvent confondue avec la spécificité nationale) qui tourne à l'intolérance, comme on l'a vu à l'occasion des débats sur le voile ;
- d'une défense de l'histoire nationale qui revient à la figer et à interdire qu'on la revisite. Quoi de choquant à ce que les petits enfants des esclaves demandent que l'on fasse plus de place à l'histoire de leurs grands-parents dans nos livres de classe? C'est aussi notre histoire,
- d'une défense de l'Etat qui se cache, à gauche, derrière une critique convenue d'un ultra-libéralisme qui n'a jamais existé que dans l'imagination de ses critiques.
Ce ne serait pas la première fois que des intellectuels d'extrême-gauche se retrouvent avec des gens très à droite dans des combats douteux. Ce n'est jamais agréable.
vendredi, septembre 29, 2006
Soutenir Robert Redeker
Disons le tout net : c'est inadmissible!!!
N'étant pas un lecteur régulier du Figaro, je n'ai pas lu son intervention. Je sais que Redeker dit en général des choses pertinentes, même si un de ses textes récents sur l'école m'avait… peu convaincu. Mais peu importe. Nous avons le droit de critiquer l'Islam, d'insulter Mohamet, le Christ ou Moïse. Que ces insultes soient le plus souvent idiotes et inutiles ne retire rien au fait que dans une société laïque et démocratique, c'est un droit sur lequel il n'est certainement pas question de revenir ni même de négocier. C'est une valeur de base de notre société, une de ces celles sans laquelle nous ne serions plus ce que nous sommes.
S'il y a des musulmans que les propos de Redeker ont choqué (il accuse l'Islam d'exalter la violence) qu'ils nous expliquent d'abord en quoi les quelques mots d'un professeur de philosophie sont plus insultants pour l'Islam que les attentats suicide et les massacres commis en son nom. Ce sont les intégristes qui tuent en son nom qui insultent l'Islam, pas ceux qui s'en prennent à des textes.
Il faut réagir d'autant plus vivement que le modèle laïque est actuellement soumis à une terrible pression : celle des intégristes musulmans qui voudraient nous pousser à l'auto-censure au nom du respect d'une religion qu'ils respectent moins que tout autre, celle des intégristes catholiques, protestants ou juifs (il faudrait ajouter à la liste les orthodoxes, naturellement) qui veulent nous interdire de parler au nom du même respect en leur foi. Que leur foi soit respectable nul n'en doute, mais notre liberté d'opinion l'est tout autant. S'ils n'aiment pas ce que dit tel ou tel, qu'ils se bouchent les oreilles!
samedi, septembre 23, 2006
Les Etats-Unis et la torture
vendredi, septembre 22, 2006
Islam : sortir du choc des civilisations
Les islamistes sont bien en guerre, mais pas contre nous, contre les dirigeants du Moyen-Orient, dictateurs, le plus souvent laïques, qui ont tenté d'imposer la modernisation (confondue avec l'occidentalisation) à marche forcées à des populations rétives. Je pense à Saddam Hussein, au Shah d'Iran, aux régimes socialistes hérités de Nasser en Egypte, au régime baasiste de Syrie, au régime d'Arabie saoudite qui, quoique religieux, a également transformé la société.
Le succès des islamistes dans les opinions arabes (succès que l'on aurait tort de mésestimer) tient sur trois bases :
- ils se sont battus contre les dictatures abominables de ces régions que les régimes occidentaux ont toujours soutenues,
- ils s'appuient sur le nationalisme rampant de sociétés qui ont, toutes ou presque, étaient victimes de la colonisation, qui ont vécu la modernisation comme une contrainte imposée par la force par des étrangers,
- ils disent vouloir créer une société plus conforme à l'identité, aux valeurs traditionnelles des pays du Moyen-Orient.
Ils profitent des erreurs répétées de l'Occident et de ses alliés dans cette région. L'intervention en Irak et la guerre du Liban en sont les deux derniers exemples. Leurs stratégies violentes (attentats…) sont acceptées de beaucoup parce qu'elles donnent le sentiment de renverser l'asymétrie des situations (pour une fois, les occidentaux sont touchés). Mais rien de tout cela ne veut dire qu'ils nous visent directement. Les victimes des attentats de Londres, Madrid… sont, si j'ose dire, les victimes collatérales d'un conflit qui se déroule au sein même du monde musulman. Et plutôt que d'exaspérer les musulmans qui n'ont rien à voir avec les intégristes, qui n'en veulent pour rien au monde, nous devrions les aider. Et nous pouvons le faire depuis chez nous.
Les musulmans d'occident qui ne voudraient pas vivre dans une société islamique, qui se disent en privé effarés, désespérés par cette montée de la violence, de l'intolérance, pourraient, s'ils le voulaient, amorcer un mouvement de rebellion contre cette prise d'otage de l'Islam par des fascistes intégristes. Il suffirait qu'ils disent tout haut et en public ce qu'ils pensent tout bas, qu'ils descendent massivement dans la rue, en France, en Grande-Bretagne… pour dire aux islamistes : cela suffit! vous ne parlez pas en notre nom! vos assassinats insultent infiniment plus l'Islam que quelques mauvaises caricatures. Leur exemple rendrait courage à tous ceux qui dans le monde musulman sont écrasés par la dictature intégriste, il aiderait à renverser le rapport de force qui joue aujourd'hui, dans les pays d'Islam, trop souvent en faveur des extrémistes.