lundi, décembre 17, 2007

PS : l’ouverture, la question sociale et la rénovation

L’ouverture qu’a pratiquée Nicolas Sarkozy, et qu’il envisage, semble-t-il de poursuivre, a fait à ce jour l’objet de peu d’analyses approfondies, la plupart des commentateurs se satisfaisant d’une interprétation qui mêle désir de carrière des socialistes qui entrent au gouvernement, habileté de Nicolas Sarkozy et crise du Parti socialiste.

Cette interprétation n’est pas satisfaisante. Le désir de poursuivre une carrière ministérielle envers et contre tout n’est pas une nouveauté, Kouchner, Besson, Bockel et alii ne sont pas plus ambitieux que leurs prédécesseurs de gauche ou de droite. Nul ne doute de l’habileté de Nicolas Sarkozy, mais François Mitterrand qui n’était pas moins habile n’a pas réussi l’ouverture lorsqu’il l’a tentée. Quant à la crise du PS, il convient sans doute de la relativiser. Un parti dont la candidate a eu 47% des voix au deuxième tour de l’élection présidentielle n’est certainement pas dans le coma. On peut ajouter que d’autres partis se sont trouvés auparavant dans des situations bien plus désastreuses sans que leurs dirigeants se rendent armes et bagages à l’ennemi.

Cette ouverture donne, au moins en apparence, en fait raison à ceux qui expliquent que l’opposition entre la droite et la gauche n’a plus de sens, est démodée. Si tel était bien le cas, il devrait effectivement être possible de créer un gouvernement des meilleurs, de recruter des ministres sur tout l’échiquier politique en fonction de leurs compétences, de leur savoir-faire. Si Jean-Pierre Jouyet a été choisi comme secrétaire d’Etat aux affaires européennes, il le doit sans doute, pour partie, à son passage à la tête du cabinet de Jacques Delors à Bruxelles. Mais chacun le sait bien : être de gauche et de droite, ce n’est pas la même chose. On peut d’ailleurs supposer que Bernard Kouchner ou Fadela Amara éprouvent quelques hauts le coeur lorsqu’ils bavardent avec des élus UMP qui ne sont pas à droite par hasard. Si malgré cette frontière toujours très marquée, ils ont sauté le pas, ce n’est pas seulement par ambition : c’est que, malgré les désagréments supportés ici ou là, ils ne voient plus vraiment la différence ou que, du moins, ils ne la voient plus suffisamment pour refuser de passer la frontière.

Ils sont trop nombreux pour que ce ne soit qu’une affaire individuelle, le changement d’opinions de quelques personnes. La raison profonde est l’affaissement de ce qui se structure traditionnellement l’opposition entre la gauche et la droite : la question sociale. Être de gauche, ce n’est pas seulement être républicain, laïc, antiraciste et anticolonialiste, comme l’affirme Bernard-Henri Levy, c’est aussi être du coté des classes populaires, de ceux qui travaillent, souffrent, sont exploités et aliénés.

Le succès de l’ouverture et les difficultés de la gauche viennent de ce que cette question sociale ne joue plus ce rôle de l’espace politique. Le parti Socialiste n’est plus aux cotés des plus démunis, ils n’arrivent plus à tenir un discours, à développer un programme, des arguments qui séduisent les classes populaires.

À l’extrême-gauche, on explique ce glissement par l’embourgeoisement des cadres du PS. L’explication qui serait plus convaincante si cette même extrême-gauche s’était révélée plus capable que le PS de séduire les classes populaires. Ses résultats aux dernières élections législatives montrent qu’elle en est loin. Elle non plus n’embraie plus sur les attentes des travailleurs. Et comme on ne peut pas sérieusement accuser d’embourgeoisement les dirigeants du PC, de LO ou de la LCR, il faut chercher ailleurs les raisons de ces difficultés.

La réponse est sans doute à trouver du coté des classes populaires elles-mêmes. On s’est peu interrogé sur les raisons qui pouvaient inciter une partie non négligeable de la classe ouvrière à voter pour le Front National. Et lorsqu’on la fait, on a souvent cherché des explications compliquées, du coté de l’histoire, de la manière dont la guerre d’Algérie a été vécue dans certaines communes (voir, là-dessus, les analyses de Bernard Alidières). Mais peut-être est-ce tout simplement que ces électeurs, qui ne sont pas moins rationnels que d’autres, ont trouvé dans le programme de ce parti des réponses à leurs questions. À y regarder de plus près, le Front National est, en effet, le seul à avoir développé une thématique protectionniste qui touche directement ceux dont l’emploi est menacé par la concurrence des pays émergents. Lorsque votre patron vous dit, “je vais devoir fermer l’usine” alors même qu’il investit en Chine ou en Roumanie, la réaction naturelle est de demander la fermeture des frontières et de voter pour ceux qui proposent d’en faire le coeur de leur politique économique.

Les déclarations de Le Pen sur la préférence nationale, toutes les formules du type “Les Français d’abord…” peuvent être interprétées comme une déclaration de guerre faite aux immigrés, ce qu’elles sont effectivement, mais aussi comme le refus des délocalisations. Les deux interprétations sont plus complémentaires que contradictoires.

Difficile pour le PS de tenir un discours protectionniste qui va à l’encontre de ses valeurs traditionnelles (l’internationalisme), de son attachement au projet européen et du bon sens économique. Le protectionnisme peut protéger quelques temps les victimes de la concurrence internationale, mais il menace directement les plus compétitifs qui n’ont rien à gagner à des guerres commerciales qui leur feraient perdre des parts de marché à l’étranger. Il lui est d’autant plus difficile de tenir un discours protectionniste qu’il ne peut séduire qu’une partie des classes populaires : celle qui vit mal la mondialisation. Les ouvriers, techniciens, employés et ingénieurs d’Airbus dont l’essentiel des revenus viennent des ventes à l’étranger n’éprouvent évidemment aucune sympathie pour des politiques qui forceraient leur employeur à délocaliser ses usines pour échapper aux tarifs douaniers que les pays étrangers ne manqueraient pas de nous infliger en mesure de rétorsion.

La difficulté majeure de la gauche vient de là : les classes populaires ont changé. Elles ont éclaté, elles se sont diversifiées. On peut en première analyse distinguer trois pôles, trois blocs, aux attentes antagonistes, contradictoires, inconciliables :

- les victimes de la mondialisation qui sont en attente d’une politique protectionniste qui les protège de la concurrence internationale,

- les bénéficiaires de cette même mondialisation qui attendent, eux, des politiques une modernisation de la société française, des conditions de travail et de vie moins pénibles, des possibilités de promotion pour eux et leurs enfants et le développement de services qui leur permettent de mieux concilier vie professionnelle et vie privée,

- les immigrés et leurs enfants, qui pèsent d’un poids très lourd dans les classes populaires comme le confirme n’importe quelle visite d’une entreprise de la région parisienne, qui attendent de leurs élus qu’ils fassent tomber tout ce qui bloque leur promotion sociale, tout ce qui leur interdit de tirer parti de leurs investissements dans le système scolaire.

Le poids politique de ces trois catégories n’est pas le même : les immigrés ne votent pas, leurs enfants en sont pas toujours inscrits sur les listes électorales, les salariés victimes de la mondialisation s’abstiennent plus souvent que ceux qui en profitent, mais toutes trois devraient intéresser également la gauche.

La question sociale n’a évidemment pas disparu, mais elle s’est formidablement compliquée, au point que les partis politiques de gauche se trouvent aujourd’hui dans l’impossibilité pratique de développer un programme susceptible de séduire l’ensemble de ces trois blocs. Le cas de l’augmentation du SMIC que proposait Laurent Fabius lors de la dernière campagne est caractéristique de cette difficulté. Cette mesure aurait du être fédératrice, or cela n’a pas été le cas :

- les victimes de la mondialisation n’y ont vu qu’un artifice dangereux : ils savent d’expérience qu’une augmentation de ce type ne peut que réduire la compétitivité de leur entreprise et donc augmenter les risques de délocalisation. Ils savent, par ailleurs, que leurs employeurs font tout pour y échapper, pour maintenir leur masse salariale au niveau le plus bas, ce qui, en pratique, veut dire plus de temps partiel, d’emplois précaires et d’écrasement des salaires,

- les bénéficiaires de la mondialisation ne sont en général pas intéressés : parce qu’elles sont compétitives, leurs entreprises versent presque toujours des salaires supérieurs au SMIC, ils n’avaient pas besoin d’une augmentation qui ne leur aurait rien rapporté,

- quant aux immigrés et à leurs enfants, souvent mal payés, ils ne sont pas hostiles à une augmentation du Smic, mais ils savent bien qu’aucune augmentation du salaire minimum ne les fera échapper aux discriminations dont ils souffrent et qui les bloquent dans des emplois ne correspondant pas à leurs attentes.

Ce qui est vrai du Smic, l’est d’à peu près tous les autres points du programme socialiste (mais aussi du programme des partis d’extrême-gauche). Tant que ce problème n’aura pas été résolu, tant que la gauche n’aura pas trouvé le moyen de reconstruire un programme susceptible de réunir et séduire ces trois blocs, elle sera dans la difficulté. Elle pourra continuer de gagner les élections locales là où ses élus sont meilleurs gestionnaires, elle pourra profiter, lors d’élections intermédiaires, du rejet de la droite au pouvoir, mais elle ne pourra espérer renouer durablement avec sa mission historique et son électorat naturel que si elle résout ce problème et trouve les projets et les mots susceptibles de séduire tout à la fois ces trois blocs antagonistes. Toute rénovation qui ne s’attaquera pas directement à cette question est vouée à l’échec.

jeudi, décembre 13, 2007

Les managers sont-ils plus dyslexiques que la moyenne?

C'est une question idiote qui m'est venue à la lecture d'un article de Business Week sur les dyslexiques. Son auteur cite les caractéristiques des dyslexiques (difficultés de s'exprimer par écrit, de lire), leurs préférences pour les échanges parlés et les rapproche des traits que l'on rencontre le plus souvent chez les dirigeants, notamment leur préférence pour les échanges verbaux, et il est vrai que c'est assez troublant. Faut-il en conclure (et c'est là ma question idiote) que mieux vaut être dyslexique pour réussir dans les affaires?

L'article le suggère. Au moins pour les Etats-Unis où 35% des entrepreneurs présenteraient, d'après une étude que cite son auteur, des signes de dyslexie. Cela fait beaucoup. Sans doute faut-il éviter de sauter aux conclusions. Il se pourrait très bien que les dyslexiques ayant plus de difficultés à réussir les tests d'embauche choisissent la création d'entreprise par défaut. Ce n'est évidemment pas la conclusion des experts que cite l'article qui expliquent, ce qui n'est pas non plus absurde, que les contraintes qu'impose la dyslexie aux jeunes enfants les amènent à développer des compétences utiles pour qui doit diriger une organisation : capacité à aller à l'essentiel ("Dyslexia forces you to look at things in totality and not just as a single chess move. I play out the whole scenario in my mind and then work through it.… All of my life, I've built organizations with a broad perspective in mind." explique le patron de Cisco, dyslexique lui-même), volonté de déléguer le maximum de choses (ce que l'on est amené à faire très tôt lorsque l'on est dyslexique), manque de patience pour les discussions trop longues…

Voilà en tout cas de quoi donner un peu d'espoir aux parents dont les enfants souffrent de dyslexie.

PS. J'ajouterai que ce sujet est moins nouveau que je le pensais. Dans un article récent, le New-York Times cite des artiles publiés dans Fortune il y a quelques années allant dans la même direction.

dimanche, décembre 09, 2007

Trop faciles, les réformes!

Nicolas Sarkozy est en passe de réussir l'un des points forts de son programmes : les réformes. Celle sur les régimes spéciaux de retraite est bien engagée, celles sur la fusion de l'ANPE et l'Unedic et la réorganisation du ministère de l'économie et des finances sont également en bonne voie. Au delà des satisfecit bien légitimes (qui pourrait reprocher à un politique de se féliciter de ses succès et de se comparer avantageusement à ses prédécesseurs?), ces succés amènent à s'interroger sur les causes de ces réussites après tant d'échecs.

Deux au moins de ces réformes relèvent du même scénario : depuis longtemps envisagées, préparées par de nombreux rapports, elles ont suscité une forte opposition des salariés concernés, voire des conflits majeurs qui ont vu le gouvernement reculer au point que leurs promoteurs (Juppé, Sauter) ne s'en sont pas remis.

Or, cette fois-ci, cela parait en bonne voie. Pourquoi?

Dans le cas de la SNCF, deux facteurs semblent avoir été déterminants :

- le renouvellement des équipes. Encore que je n'ai pas vu de chiffres, on peut penser qu'en 12 ans, les effectifs de l'entreprise ont été fortement renouvelés, surtout dans ces métiers où l'on part le plus tôt à la retraite. Les cheminots entrés dans l'entreprise depuis 1995 savaient bien que leur régime de retraite était menacé, qu'il y avait de fortes chances qu'ils n'en bénéficient pas pleinement ;

- l'évolution des organisations syndicales sur le sujet. A part Sud, qui campait sur les 37,5 annuités de cotisations, toutes les autres centrales avaient accepté, fut-ce du bout des lèvres, le principe d'un allongement des durées de cotisation.

Au Ministère de l'Economie et des Finances, on observe des évolutions voisines. L'idée de guichet unique pour les contribuables a fait son chemin, au point que la CGT en a fait la promotion dans ses publications sous le nom d'Hôtels et de Maisons des Finances où sont regroupées les différentes administration. Ce n'est pas tout à fait la réforme voulue par le gouvernement, mais on en est proche.

Dans les deux cas, le plus frappant est l'évolution des organisations syndicales qui ne s'opposent plus frontalement aux projets gouvernementaux, mais tentent, par différents biais, de les ajuster de manière à les rendre le moins douloureuses possibles pour les salariés. Or, cela fait une différence considérable.

Dès lors que les organisations syndicales ne s'opposent plus frontalement au projet de réforme, dès lors qu'elles n'en contestent plus le sens et l'esprit, il reste à négocier des contre-parties pour les salariés dont la situation va évoluer. C'est beaucoup plus facile, surtout si le gouvernement s'est à ce point engagé dans l'affirmation de sa volonté de réforme qu'il est près à beaucoup (c'est-à-dire à ouvrir large son portefeuille) pour atteindre son objectif. Paradoxalement, les organisations syndicales n'ont jamais été en meilleure position pour négocier des avantages pour leurs mandants. Leur défaite apparente (elles ont cédé sur l'objectif affiché par le gouvernement) leur donne en réalité le moyen de négocier dans les meilleures conditions.

En résumé, l'un (Nicolas Sarkozy) aura triomphé sans beaucoup d'efforts quand les autres vont gagner beaucoup au prix d'une petite défaite dans les médias.

On a beaucoup dit que les organisations syndicales avaient mis de l'eau dans leur vin pour ne pas se mettre à dos les salariés du privé qu'elles tentent par ailleurs de séduire, que cela a contribué aux différences d'appréciation entre la CGT cheminots et Bernard Thibault. L'argument n'est pas complètement convaincant : le salarié qui souhaite être bien défendu a intérêt à se rapprocher des organisations les plus déterminées. Sa gêne occassionelle, bien loin de le metre en colère contre la CGT, devrait au contraire l'inciter à s'en rapprocher dans son entreprise.

Le changement d'attitude des organisations syndicales relève probablement d'autres causes plus complexes qui renvoient à ce qui s'est passé après les crises majeures vécues à la SNCF et au Ministère de l'Economie.

Dans le cas du Ministère de l'Economie et des Finances, on ne peut exclure un effet de révision a posteriori des positions syndicales. La victoire des syndicats a été obtenue à un prix très élevé pour un gouvernement de gauche dont les syndiqués étaient plutôt proches et on a vu se développer chez certains une sorte de regret, un "nous sommes allés trop loin", "cette réforme et les conditions dans lesquelles elle était proposée ne justifiaient certainement pas ces conséquences", mouvement de regret qui a pu amener beaucopup à reconsidérer les objectifs de la réforme et à les accepter. Des enquêtes menées après le mouvement de 2000 ont montré que les agents, plutôt hostiles à la réforme avant qu'elle soit annoncée, l'acceptait après.

Dans le cas des régimes spéciaux, d'autres facteurs ont joué. Le débat n'a pas été limité à la sphère publique. Chaque agent l'a rejoué dans son univers privé, avec sa famille, ses proches, a du, pendant des années, défendre ses positions. On peut penser que ce travail souterrain, travail d'autant plus approfondi que la grève de 1995 avait été plus longue, a joué, conduit beaucoup de cheminots à réévaluer leurs positions et en a amenés beaucoup à se battre sur un nouveau terrain : oui à la réforme si elle me permet de conserver, à titre privé et personnel, les avantages que le système ma garantissait.

Dans les deux cas, la réforme aura réussi parce que préparé par un long travail réalisé en souterrain, loin des lieux de négociation traditionnels, dans les services, dans la sphère privée, là où réévalue ses positions et les construit.

Tout cela amène à nuancer le jugement que l'on pourra porter sur les réformes de Nicolas Sarkozy. Il aura d'autant plus facilement réussi :
- que le terrain a été longuement préparé,
- qu'il s'est mis en faisant monter très haut les enjeux en position de céder rapidement aux exigences des salariés.






vendredi, novembre 23, 2007

C'est mauvais chez Lip, je sais pourquoi!

Lip est une célèbre et très belle brasserie de Saint-Germain des Près, que l'on connaît pour son décor et sa clientèle élégante (politiques, comédiens…). Plus rares sont ceux qui vantent la qualité de sa cuisine. Il est vrai qu'elle a toujours été quelconque et qu'elle est aujourd'hui franchement médiocre. Ce qui commence à se savoir. Devant me donner rendez-vous dans ce quartier, un ami me dit il y a quelques jours : "surtout pas chez Lip, c'est trop mauvais." Je comprends aujourd'hui mieux pourquoi.

Passant hier devant cette brasserie un peu avant 10 heures, j'ai vu un livreur y entrer avec quelques centaines de kilos de frites Mc Cain, ce fournisseur qui a commencé sa carrière en livrant Macdo et Quick.

Lip n'est certainement pas seul dans son cas. Il suffit de se promener dans les rayons alimentaires d'un Metro, ces grandes surfaces réservées aux professionnels, pour perdre l'envie d'aller au restaurant pendant quelques jours. Mais comment un restaurateur qui a son débit (Lip est plein midi et soir) et ses prix (ses repas, sans être à des prix extravagants, ne sont pas donnés) peut-il sous-traiter la fabrication de ses frites quand il est si simple, avec les matériels existants, de les faire sur place? Il n'y a qu'une réponse : il se moque de la qualité de ce qu'il met dans les assiettes de ses clients.

mercredi, novembre 21, 2007

Pour les étudiants qui craignent la privatisation : la solution Friedman présentée en chantant

Pour tous ces étudiants qui craignent la privatisation de leur université, j'ai trouvé sur Youtube cette petite chorale qui devrait les mettre en joie (ou plutôt les conforter dans leurs craintes). Je ne sais pas très bien d'où cela vient, mais ce petit film a quelques années et Milton Friedman s'est manifestement prêté de bonne grâce au jeu, ce qui est d'autant plus méritoire que c'est peut-être un peu moqueur.



En tout cas, c'est charmant.

mardi, novembre 20, 2007

Pourquoi les étudiants sont-ils encore en grève?

Cette énième grève étudiante ne porte évidemment pas sur la réforme Pécresse qui intéresse l’administration des universités, éventuellement quelques enseignants mais peu les étudiants comme le montrent leurs slogans sur le Medef, la privatisation qui n’ont pas grand chose à voir avec les projets du gouvernement. En témoigne, d’ailleurs, l’attitude de l’Unef qui suit, aujourd’hui, ses troupes mais qui ne trouvait, hier, peu à redire à cette réforme.

Alors, pourquoi ces mouvements, ces blocages de faculté? Il faut, je crois, faire la part de la déprime chronique, je devrais dire dépression des étudiants qui y travaillent. Une déprime liée à un système particulièrement pervers.

On parle tout le temps de sélection que l’on présente comme un chiffon rouge capable de mettre les universités à feu et à sang, mais 40% des étudiants sont aujourd’hui dans des filières sélectives (classes préparatoires, grandes écoles, médecine, IUT…) d’autant plus exigeantes que la sélection n’est pas généralisée. Il n’est pas d’étudiant qui ait quelques bonnes notes qui n’ait tenté d’entrer dans l’une de ces filières. Et c’est seulement parce qu’il a été retoqué qu’il va à l’université.

Aussi déplaisant que cela puisse paraître de le dire, les étudiants qui fréquentent aujourd’hui les facs ont été, le plus souvent, refusés dans les filières les plus sélectives. Ce qui ne signifie pas qu’ils soient nuls (on est d'autant plus facilement retoqués que les filières sélectives sont inutilement sélectives), mais ils ont connu un premier échec et vivent la fac comme un pis-aller. Ils s’y retrouvent dans un milieu très particulier :

- avec des enseignants qui n’attendent rien d’étudiants qu’ils jugent en privé sévèrement (quand ils ne les méprisent pas tout simplement), qui ne leur demandent pas grand chose, ce qui est la meilleure manière de leur faire savoir qu’ils ne valent pas grand chose. Ce qui est vrai des enseignants l’est également de l’administration qui ne se soucie guère de vérifier la présence aux cours. Vient qui veut, c’est la liberté, mais cette liberté que l’on vous accorde sans qu’on l’ait demandée crée de l’anxiété ;

- avec un système d’orientation inexistant qui amène les étudiants à choisir au petit bonheur la chance des disciplines qui souvent les déçoivent (qui leur a, par exemple, dit que les études de psychologie comportaient des enseignements de statistiques, que la philosophie est une discipline très technique, que l’on ne peut être un bon sociologue si on ne maîtrise pas les techniques quantitatives?). D’où des changements d’orientation fréquents qui se traduisent par des pertes de temps,

- avec des camarades qui travaillent pour payer leurs études, ce qui est la recette assurée pour tout rater, et ses études (dans lesquelles on n’investit pas puisque l’on est fatigué d’avoir travaillé) et sa carrière professionnelle (puisque le travail n’est qu’un pis-aller pendant que l’on fait ses études).

Dans ce contexte d’abattement et de mélancolie, toute réforme est vécue comme un risque de voir se dégrader une situation dont chacun sent bien qu’elle n’est pas viable et qu’elle ne mène à rien. D’où des mouvements de protestation qui prennent une tournure d’autant plus vive que seuls des comportements “extrêmes”, comme aujourd’hui le blocage des facs, peuvent donner vie à des revendications qui passeraient autrement complètement inaperçues (des grèves d’étudiants sans blocage seraient vite assimilées à une montée de l’absentéisme).

Les seuls à s’en sortir sont les militants qui trouvent dans ces événements l’occasion de faire l’apprentissage de la politique (des techniques de la politique) et de construire les réseaux qui leur seront utiles plus tard dans leur carrière (combien de leaders des mouvements étudiants, de gauche comme de droite, qui se retrouvent quelques mois plus tard dans des positions avantageuses dans les partis politiques, dans les lieux de pouvoir, dans les médias?).

On parle beaucoup de réformes de l’enseignement supérieur, mais elles devraient d’abord tenter de lutter contre cette dépression chronique des étudiants.

vendredi, novembre 16, 2007

Philippe Beaussant à l'Académie Française

C'est la République des lettres qui me l'apprend : Philippe Beaussant vient d'être élu à l'Académie française. Il se trouve que je l'ai connu dans les années 70, au tout début de sa carrière, quand il essayait (sans grand succès) de faire publier son Lully et qu'il partageait, de manière plutôt éberluée, son temps entre France Musique et la Sodeteg, une filiale de Thomson qui nous employait tous deux.

Nous savions tous que son avenir n'était pas dans l'ingénierie même s'il ne se débrouillait pas si mal que cela dans l'organisation de la petite équipe de jeunes ingénieurs post 68 et de vieux militaires en semi retraite qu'on lui avait confiée. Il avait une manière particulièrement insolite de susciter notre sympathie : il avait en permanence des problèmes avec les autorités qui nous le rendaient infiniment sympathique. Je me souviens, notamment, d'un incident plaisant : une des photocopieuses (c'était le début de ces machines, elles étaient alors rares) était tombée en panne, avait même un peu pris feu. Personne, naturellement, ne savait ce qui s'était passé. Jusqu'à ce que le technicien découvre, dans la machine des copies d'une page de partition (sans doute de la musique baroque) à demi-calcinée. Le coupable était désigné, lui seul dans l'entreprise pouvant avoir l'idée saugrenue de faire des photocopies de partitions, mais plutôt que de le réprimander, tout le monde a souri et fermé les yeux devant cette incongruité.

Je me souviens également de la manière dont il nous jugeait. Lorsque j'avait été recruté, notre patron, Jean Girerd, un physicien qui enseignait au CNAM, lui avait demandé de lire ma thèse, ce qu'il avait probablement fait à très grande vitesse, j'ai rapidement compris qu'il trouvait que je m'étais un peu trop laissé aller à la mode d'alors (structuralisme, Tel Quel), ce qui était, bien sûr, très juste.

Un peu plus tard, parlant du texte d'un de nos collègues, autre physicien, spécialiste, si je me souviens bien, de particules un peu bizarres, il lui avait dit que sa culture classique se devinait à ce qu'il construisait ses phrases comme le faisaient les auteurs latins. Compliment? critique implicite? je n'ai jamais su. Pour ma part, je l'aurais plutôt pris pour un compliment même si la phrase latine m'a toujours paru un peu lourdaude.

J'ajouterai, pour terminer, que Philippe est probablement le premier académicien qui ait jamais participé à la construction d'un PERT. Cela se fête.

mardi, novembre 13, 2007

Les voyages de Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy bouge beaucoup comme on peut le voir sur cette carte créée par Paul A :


Agrandir le plan

Il n'est pas le premier, Mitterrand voyageait aussi beaucoup, quoique probablement à un rythme moins endiablé. Mais cette carte est en elle-même intéressante. Elle trace assez bien la géographie mentale de notre Président, son tropisme américain, sa présence en Europe continentale (il ne va pas au Nord de l'Europe, peu en Russie), son intérêt pour l'Afrique et son manque d'intérêt pour l'Asie, l'Amérique latine, c'est-à-dire pour les pays émergents.

Il ne faut sans doute pas tirer de cette carte plus qu'elle ne peut dire (il n'est après tout qu'au tout début de son septennat) mais on aimerait lui conseiller de rééquilibrer ses déplacements, de se préoccuper un peu plus du monde qui se développe si vite.

mardi, novembre 06, 2007

Sarkozy et les pêcheurs

J'aimerais parler d'autre chose (et je le fais, puisque j'ai ce matin, à la radio, parlé du désir d'enfants et du pétrole), mais Nicoals Sarkozy est tellement présent dans les médias et de manière si provocante qu'il est difficile de rester silencieux. Cette fois-ci ce sont les marins-pêcheurs.

Disons-le tout de suite : aller sur le terrain ne manque pas de panache. C'est courageux, mais c'est aussi dangereux. On risque à tout moment les dérapages, les postures viriles façon bagarres d'ivrognes ou, si l'on est plus indulgent, cour d'école (viens te battre si tu as le courage) qui n'ont pas manqué. Et à quoi bon ces positions ultra-viriles si c'est pour, en définitive, céder aux revendications? Voire, comme cela s'est produit cette fois-ci faire pire : insulter l'avenir.

Car si l'on y regarde de près, c'est bien de cela qu'il s'agit. Non seulement, on ne fait pas confiance au marché (après tout, si le prix du gazole augmente, le prix du poisson devrait suivre), mais on imagine des solutions qui coûtent cher (21 millions d'euros par trimestre, ce qui doit représenter des tonnes de gazole) et qui sont dangereuses. Pourquoi exonérer totalement de charges sociales les marins-pêcheurs et pas, demain, n'importe quelle catégorie en proie à des difficultés? J'imagine assez bien les taxis, les transporteurs, les artisans, les commerçants, tous ceux qui utilisent des produits pétroliers se dire : "et pourquoi pas moi?"

Et comme ces charges sont des cotisations sociales, qui servent à financer l'assurance maladie, l'assurance vieillesse, l'allocation chômage… il faudra bien que quelqu'un paie. Mais qui? Les particuliers avec la TVA sociale? ou les allocataires avec des baisses de prestations?

lundi, novembre 05, 2007

Boileau conseiller financier?

On se souvient tous de Boileau et de ce qu'il dit dans son art poétique de l'expression :
Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément.
Et bien, les financiers américains ne sont pas loin de penser la même chose comme en témoignent ces remarques de Mark Sellers, le responsable d'un hedge fund, devant les étudiants de Harvard telles que les rapport Greg Mankiw sur son blog :
As an investor, you need to perform calculations and have a logical investment thesis. This is your left brain working. But you also need to be able to do things such as judging a management team from subtle cues they give off. You need to be able to step back and take a big picture view of certain situations rather than analyzing them to death. You need to have a sense of humor and humility and common sense. And most important, I believe you need to be a good writer. Look at Buffett; he's one of the best writers ever in the business world. It's not a coincidence that he's also one of the best investors of all time. If you can't write clearly, it is my opinion that you don't think very clearly.
Comme il est peu probable que ce financier et Warren Buffet aient lu notre poète (qui l'a lu chez nous?), on peut penser qu'il s'agit plus simplement d'un principe universel : l'écriture reflète la manière dont chacun construit sa pensée, articule et ordonne ses idées.

vendredi, novembre 02, 2007

Laporte, ah Laporte…

On savait Bernard Laporte un risque pour le gouvernement. Cela se confirme d'après Le Monde d'aujourd'hui où l'on apprend qu'il est soupçonné de délit de favoritisme dans une affaire où il aurait tenté de monnayer ses amitiés avec Nicolas Sarkozy contre des actions dans un casino. Le même jour on apprenait que Maud Fontenoy autre amie de Nicolas Sarkozy jetait l'éponge et refusait le poste de secrétaire d'Etat à la jeunesse qu'on lui proposait. Elle a raison : elle évitera ainsi quelques déconvenues cuisantes, genre curiosité malsaine des journalistes, des juges et des inspecteurs du fisc.

Les bienveillantes

Vacances aidant, je viens de terminer Les bienveillantes, le pavé de 894 pages de Jonathan Littell. Première remarque : je n'ai pas eu à me forcer pour aller au bout du livre, intéressant de bout en bout, même s'il me semble un peu raté.

Il y a, dans ce livre, d'excellentes choses. Il nous donne une description de la solution finale vue de l'intérieur, absolument passionnante, avec les réactions d'horreur, les moments de doute des acteurs les plus engagés. Ce livre nous aide à comprendre ce qui s'est passé mieux que bien des analyses. Le lecteur qui n'est pas un spécialiste se laisse prendre et est éberlué par la masse de documentation manipulée. A plusieurs reprises, on s'interroge, on se demande s'il s'agit de la vérité ou de fiction, comme lorsque le narrateur rencontre dans un bar un "professionnel" de l'extermination un peu déprimé qui lui raconte qu'on lui avait demandé, sur le front russe, d'éliminer les blessés allemands que l'on ne pouvait pas transporter. On aimerait presque avoir des notes qui nous confirment que cela s'est bien passé de cette manière.

Ce livre avait tout pour être à la solution finale ce que Les Dieux ont soif d'Anatole France est à la Terreur et à la Révolution française : une formidable plongée dans son quotidien, dans son épaisseur grâce à l'outil romanesque. Il ne l'est malheureusement pas complètement.

On peut d'abord, mais c'est un détail, regretter son écriture. Les 100 premières pages du livre sont à peu près intolérables tant les exécutions en Ukraine qu'elles racontent sont abominables. Intolérables mais un peu plates : on n'est pas chez Céline, on n'entend pas le tonnerre même si l'on partage l'horreur du narrateur.

On peut surtout, et c'est beaucoup plus gênant, regretter le portrait du narrateur. L'auteur en fait un homosexuel, incestueux, lecteur de Maurice Blanchot et des poètes français du 16ème siècle, soit tout le contraire de ces hommes ordinaires qui ont fait le nazisme. Ce parti pris donne à l'auteur l'occasion d'écrire des scénes érotiques et fantasmées bien venues (ce sont, sans doute, sur le plan littéraire les plus convaincantes, les plus personnelles, les plus habitées), mais choisir un narrateur plus banal lui aurait permis d'éclairer les mécanismes psychologiques qui ont transformé en assassins des gens qui auraient mené des vies sans histoire dans un autre contexte historique. C'est d'autant plus dommage que l'on devine à de nombreuses reprises que l'auteur avait la capacité de traiter de ces questions, comme lorsqu'il, comme lorsqu'il s'interroge sur le rôle de la religion chez les Allemands qui ont résisté.

Je ne suis pas le premier à faire cette critique. Je dirai que c'est, d'une certaine manière l'ambition littéraire de l'auteur, sa volonté d'écrire des pages fortes, à l'image de Bataille qu'il a, je crois, traduit en anglais, qui lui joue un mauvais tour.

jeudi, novembre 01, 2007

660 000€ de redressement fiscal

660 000€. C'est, d'après Marianne (repris par d'autres journaux dont le Nouvel Obs et confirmé par le principal intéressé) le montant du redressement que l'administration fiscale a imposé en mai dernier à Stéphane Richard, quelques jours avant sa nomination comme directeur de cabinet de Christine Lagarde.

Scandale? Il ne semble pas que cela en prenne l'allure. Reste que l'on peut se poser quelques questions :

- est-il, d'abord, "sain" (et j'emploie un euphémisme) de nommer à un poste aussi stratégique au Ministère de l'économie et des finances quelqu'un qui a triché et tout fait, pendant plusieurs années, pour échapper à l'impôt? Ne vaudrait-il pas mieux nommer quelqu'un qui ait fait preuve, dans sa vie personnelle et professionnelle, d'un minimum d'éthique et qui se soit imposé le respect des règles même lorsque celles-ci sont douloureuses?

- qu'est-ce qui peut inciter quelqu'un capable de gagner des sommes qui autorisent ces tricheries à prendre un poste qui rapporte somme toute assez peu? Difficile de ne pas voir les risques de dérives (corruption sous soutes ses formes) que ce type de nomination peut entraîner ;

- comment éviter les conflits d'intérêt (et Marianne suggère qu'il y en a eu un) ;

- quel sens peuvent enfin avoir les difficultés quotidiennes des Français moyens pour des gens capables de payer 660 0000€ en redressement fiscal?

samedi, octobre 27, 2007

Régimes spéciaux : le pataquès continue

D'après Libération de ce jour (28/10/07), le projet de préretraite généralisée pour les avocats travaillant dans des villes appelées à perdre leur tribunal dont je parlais dans un précédent billet aurait été abandonné (reste à voir ce qui va le remplacer, j'imagine qu'il ne s'agira que de variations autour du même thème), mais Nicolas Sarkozy aurait annoncé que le système de décote pour ceux qui n'ont pas cotisé 40 ans (jugé pas négociable par le gouvernement) pourrait n'être appliqué qu'aux nouveaux embauchés. Lapsus? Sans doute, mais qui illustre bien la complexité d'un dossier qui n'a été relancé que pour des motifs idéologiques.

jeudi, octobre 25, 2007

Nicolas Sarkozy est-il encore… cohérent?

Il arrive que l'on se frotte les yeux à la lecture de la presse et que l'on se demande si nos dirigeants ne sont pas tout simplement fous. C'est ce m'est arrivé il y a tout juste trois minutes. Je viens en effet de découvrir, sur le site de TF1 que Rachida Dati serait sur le point de trouver un accord avec les avocats dans sa réforme sur la carte judiciaire qui porterait sur la mise en place d'une retraite à 55 ans pour les avocats dont la juridiction est supprimée. Et ceci alors même que le gouvernement s'est engagé dans un bras de fer avec les cheminots sur leur système de retraite. J'étais tellement surpris, que j'ai vérifié que nous n'étions pas le 1er avril.

mercredi, octobre 17, 2007

Peut-on défendre les régimes spéciaux?

Tout le monde est tellement convaincu de leur nocivité que l'on n'ose à peine prendre le contre-pied, mais il est possible de construire une défense raisonnée des régimes spéciaux.

Les salariés que l'on interroge à la radio et à la télévision insistent beaucoup sur le contrat moral passé avec leur entreprise. Il est vrai que la retraite est un des éléments clef du statut de ces entreprises, mais l'argument a probablement perdu de sa valeur depuis 1995. Les gens entrés dans ces entreprises ces 12 dernières années ne sont pas sans savoir que ces régimes sont menacés.

L'autre grand argument porte sur la pénibilité : ces métiers seraient pénibles. C'est vrai de certains, mais pas de tous. Les employés et cadres de la SNCF n'ont pas des conditions de travail plus pénibles que ceux de n'importe quelle entreprise.

Est-ce à dire que l'on ne peut pas défendre ces régimes spéciaux? Non. On peut le faire, mais avec un troisième argument qui relève plus de l'économie et du management.

Ces entreprises qui offrent à leur personnel ces conditions particulières ont deux caractéristiques :
- elles sont en situation de monopole sur leur marché,
- elles emploient un grand nombre de salariés dans des emplois pénibles.

Or, là est le problème : la pénibilité de certains métiers (essentiellement, ceux qui produisent les services, le transport…) justifie que l'on n'y consacre pas toute sa carrière. Or, ce qui est souvent possible dans le secteur privé ne l'est pas dans ces entreprises :
- elles ne peuvent pas, du fait de leur démographie et de leurs métiers, recaser les salariés devenus inaptes (ou moins aptes) dans des postes moins pénibles : la RATP emploie un peu plus de 40 000 personnes, dont 12 000 machinistes (conducteurs d'autobus). Le voudrait-elle même qu'elle ne pourrait pas proposer à tous d'autres postes après 15 ou 20 ans d'un métier pénible (horaires, conditions de travail…) ;
- leurs salariés sont, souvent, prisonniers de leurs compétences. Un salarié du secteur privé qui trouve son poste de travail trop pénible peut changer d'entreprise, chercher un emploi utilisant les compétences qu'il a acquises, mais dans un environnement moins pénible. Un conducteur de TGV ne peut pas le faire : il n'y a, en France, qu'un seul employeur qui ait usage de ses compétences : la SNCF. Changer d'entreprise voudrait tout simplement dire repartir à zéro.

Une retraite précoce est dans ces conditions la meilleure des solutions. On peut, d'ailleurs, penser que l'allongement de la durée des cotisations posera rapidement des problèmes de management quasi insolubles à ces entreprises qui conserveront des salariés qu'elles ne pourront plus utiliser dans leur emploi. Qu'en feront-elles?

On me dira qu'elles pourraient les licencier. Mais je ne suis pas sûr que les salariés se laisseraient faire. J'ajouterai que des politiques ne pourraient que leur poser des problèmes de recrutement : pourquoi prendre un métier si l'on est certain de se retrouver au chômage 5 ans avant le départ en retraite? Elles peuvent les mettre en préretraite comme font les entreprises privées lorsqu'elles sont confrontées au même dilemme, mais quel est alors le bénéfice?

C'est un véritable casse-tête qui se prépare pour les directions de ces entreprises. Les retraites précoces permettaient une gestion des âges compatible avec la pénibilité des métiers. On va perdre cet avantage. Ceci explique sans doute qu'elles se soient montrées si peu empressées de s'en prendre à ces régimes spéciaux.

mardi, octobre 16, 2007

La question sociale est sortie de notre horizon

Les commentateurs du dernier livre de Bernard-Henri Levy, celui dans lequel il parle de la gauche, lui reprochent de ne pas voir dit un mot de la question sociale. Comment peut-on se dire de gauche et laisser de coté cette question, lui demandent-ils avec insistance. Plutôt qu’une erreur, cette absence me parait un symptôme. Si Bernard-Henri Levy ne parle pas de la question sociale, c’est que celle-ci s’est évanouie, s’est éloignée, n’est plus à l’horizon de la gauche.

Le dire peut paraître étrange, absurde, mais de quand date la dernière réforme que l’on puisse qualifier de véritable avancée sociale? Quelles sont les revendications des organisations de gauche qui relèvent de cette définition? Les 35 heures? Elles n’ont pas été conçues dans cet esprit mais comme un remède au chômage (ce qu’elles ont d’ailleurs été pour partie). La flexi-sécurité dont on parle tant ces jours-ci? Mais il s’agit au mieux que d’un aménagement de ces deux vieilles conquêtes sociales que sont les allocations chômage et la formation professionnelle. La revalorisation du Smic? Son passage à 1500€ comme le proposait Fabius? Mais elle est inscrite dans la loi et se fait chaque année depuis plusieurs décennies. La lutte contre le harcèlement moral? Ce n’est que la manifestation de la montée en puissance dans les relations professionnelles des avocats et des psychologues. La lutte contre les discriminations au travail? Mais il ne s’agit que la traduction tardive dans le monde du travail de combats engagés depuis une quarantaine d’années sur d’autres champs. Il faut se rendre à l’évidence : la dernière conquête sociale a plus de 25 ans. Il s’agit de la retraite à 60 ans. Depuis plus rien : la question sociale s’est retirée, bousculée par ces nouveaux venus que sont les exclus, les sans-papiers, les habitants des cités…

Cet éloignement n’a pas été sans conséquence sur les partis de gauche. Le PCF, qui n’était pas au mieux de sa forme avec les déboires du modèle soviétique, ne s’en est pas remis. Le PS, parti solide, a mieux résisté, mais on sent que son socle sociologique et idéologique s’est déplacé : ce sont les classes moyennes qui votent aujourd’hui pour lui et ce sont les écologistes qui inspirent ce qu’il y a de mieux dans sa politique. Disons-le tout net : sa chance historique aura été l’incapacité des écologistes à s’organiser. Issus de la société civile, ils ont voulu conserver, jusque dans l’action politique classique, les formes issues du monde associatif qui leur ont permis de faire valoir leurs idées. Attac a tenté, sur un registre différent, de faire pareil, mais avec aussi peu de succès. Faire de la politique, avoir des élus et espérer prendre le pouvoir suppose d’autres méthodes.

Les syndicats, alliés traditionnels de la gauche, ont pris leur autonomie jusqu’à devenir, à l’occasion des alliés au moins implicites des gouvernements de droite inimaginables vingt ans plus tôt (que l’on se souvienne des pas de deux de Nicole Notat et François Chérèque avec Juppé et Fillon).

Quant aux classes populaires, aux ouvriers, aux prolétaires, aux syndicalistes d’hier, ils ont pris leur liberté. Beaucoup sont restés à gauche, mais d’autres se sont aventurés à droite et plus encore à l’extrême-droite qui leur proposait un discours et un programme correspondant à ce que des victimes directes de la mondialisation pouvaient attendre : xénophobie et protectionnisme.

La gauche ne serait pas dans de telles difficultés si elle pouvait avancer un projet social original, différent, capable de séduire les salariés. Mais est-ce seulement possible? Les salariés ne sont pas à plaindre : ils ont un emploi, des revenus réguliers, toute une série d’avantages qui permet, oh paradoxe, de les traiter de privilégiés même lorsqu’ils sont dérisoires. Du reste, ils n’attendent rien, ou pas grand chose de la politique, sinon qu’ils laissent leurs entreprises se développer.

La gauche doit se réinventer et se battre sur de nouveaux fronts : les quatre axes que propose Bernard-Henri Levy ne sont pas insignifiants, mais chacun sent bien qu’ils sont insuffisants. La gauche a besoin d’un nouveau combat qui lui permette de donner de nouvelles perspectives à ses militants et à tous ceux que la politique du gouvernement actuel exaspère ou met en colère. L’immigration pourrait lui offrir cet espace. Encore faut-il qu’elle ait le courage d’aller contre la xénophobie de ses anciens électeurs que le Front National a séduits. Ses dirigeants ne l'ont certaiement pas.

lundi, octobre 15, 2007

Bernard Laporte : portrait acide

L'un des avantages rarement soulignés d'internet est qu'il modifie sensiblement notre perception de l'actualité. La télévision, la radio et, dans une moindre mesure, la presse quotidienne nous ont habitués à un renouvellement constant de l'actualité, renouvellement qui va avec l'oubli. On ne se souvient plus quelques jours (quelques heures, quelques minutes) plus tard de ce qui nous a choqués, émus ou mis en colère : l'information chasse l'information. Avec internet, ce n'est plus le cas. Lorsque l'on fait une requête, on retrouve des articles d'il y a quelques semaines ou quelques mois que l'on avait oubliés. Exemple : cet article du Figaro sur les activités non-sportives de Bernard Laporte.

On y apprend entre autres amabilités qu'il a été associé à la mère de deux figures du grand banditisme, qu'il est propriétaire de casinos et que la police s'est interrogée sur l'origine des fonds qui lui ont permis ces investissements. Tout cela a été écrit en septembre, au lendemain de la défaite de la France contre l'Argentine dans un journal qui n'est pourtant pas réputé pour son anti-sarkozysme. Laporte et ses amis pouvaient espérer que ces informations disparaissent. Manque de chance. Il suffit d'une interrogation sur Google pour les retrouver. Cela ne l'empêchera sans doute pas d'être ministre, mais on devine qu'au moindre incident (et sauf à rester la tête sous l'oreiller, il y aura un jour ou l'autre un incident), ces interrogations resurgiront. Au risque que l'habile coup politique se transforme en catastrophe.

dimanche, octobre 14, 2007

Nicolas Sarkozy, la presse et le divorce du couple présidentiel

La vulgate actuelle veut que la presse française soit aux ordres de Sarkozy. C'est ce que l'on dit à gauche, mais aussi dans les média étrangers qui s'étonnent que nos journaux soient si discrets sur les mésaventures conjugales du couple présidentiel. "Les ennuis de couple du président français ne sont plus du domaine de la sphère privée. Pourtant, la presse française ne sait toujours pas comment les aborder. Une question d’éthique ? Pas seulement. Les patrons de presse sont tous amis avec le président. Tant que l’info n’est pas officielle, elle n’existe pas." écrit par exemple la Tribune de Genève qui reprend une explication que l'on entend souvent sur les amitiés présidentielles et sur leur influence sur le contenu des journaux.

Tout cela est bien évidemment plausible et, cependant… je ne suis pas sûr que ce contrôle de la presse soit si serré qu'on veut bien le dire. J'en veux pour preuve le comportement de la presse ces derniers jours à l'occasion de l'inauguration de la Cité de l'Immigration. On sait qu'aucun ministre n'était présent, que personne, au sommet de l'Etat ne souhaitait brouiller un peu plus le discours du gouvernement sur l'immigration alors qu'Hortefeux et Mariani se heurtent à une opposition inattendue. Pourtant, plusieurs titres, Le Monde, Libération, Le Parisien n'ont pas hésité à faire leurs titres sur cet événement et ont profité de l'occasion pour publier des papiers soulignant les aspects positifs de l'immigration et les crimes commis par la France pendant la période coloniale. Ils l'ont fait en toute liberté et, bien loin de se plier à la politique de communication des pouvoirs publics, ils ont ainsi marqué, de manière à peine subliminale, leur opposition à l'instrumentalisation de la question de l'immigration. En d'autres mots, ils sont, malgré toutes les amitiés, libres.

C'est au regard de cette liberté qu'il faut évaluer leur silence sur les difficultés conjugales du couple présidentiel. Ils n'en ont pas parlé, laissant les rumeurs circonscrites au milieu étroit qui se vante d'être mieux informé que la moyenne de ce qui se passe en haut lieu.

Ils peuvent l'avoir fait par respect de la vie privée. Vu le comportement de certains, on peut en douter, mais ce n'est pas une hypothèse à rejeter complètement. Ils ont fait de même avec le couple Hollande-Royal pendant la campagne présidentielle alors que les bruits de rupture couraient tout Paris.

Ils peuvent également l'avoir fait par respect de leur métier : lorsque l'on travaille au Monde ou au Figaro, on est mal à l'aise devant des informations qui relèvent plus de la presse people que de la presse d'opinion. Cette hypothèse renvoie à la hiérarchie des informations que les journalistes pratiquent spontanément : le fait divers a moins de prestige que l'information politique et le scandale financier (façon Medef et Gautier Salagnac) plus d'intérêt que les histoires d'alcôve (réservées à la presse spécialisée).

Ils peuvent encore l'avoir fait par prudence : le souvenir du fiasco toulousain est encore dans toutes les mémoires. Ou, par sympathie : le Président est aussi "l'ami" des journalistes qui l'accompagnent et cette "amitié" qu'il entretient constamment peut inciter un rédacteur à une certaine discrétion.

Leur silence peut, enfin, tenir à un problème d'organisation. Les journalistes susceptibles de traiter cette information dans les grands journaux n'ont pas accès à l'Elysée, et ceux qui y ont accès ne considèrent pas cette information comme relevant de leur champ de compétence.

J'ajouterai, pour conclure, que toutes les explications par l'amitié me paraissent fragiles. On imagine mal à un patron de presse prendre le risque d'un conflit avec ses journalistes au motif que son amitié avec le Président lui interdirait de publier dans ses colonnes un article déplaisant pour celui-ci. Les journalistes ont pris ces dernières années assez de poids dans la presse pour ne pas être soumis longtemps à pareilles pressions.

PS Cela ne veut évidemment pas dire que les propriétaires des journaux sont sans pouvoir sur leurs journalistes. Difficile de ne pas rapprocher l'activisme du Figaro dans l'affaire EADS des intérêts du groupe Dassault dans l'affaire. Mais donner à un journaliste des informations sur un sujet qui peut lui permettre de faire des papiers repris par toute la presse et lui demander de ne pas parler d'un divorce pour cause d'amitié sont deux choses différentes.

dimanche, octobre 07, 2007

Immigration : préoccupations néo-zélandaises

Pendant que le Parlement français défaitquelques principes essentiels (dont la définition de ce qu'est une famille), au nom de la lutte contre la fraude aux papiers, les néo-zélandais s'interrogent, de manière infiniment plus sérieuse sur la politique à construire pour faire face aux migrations climatiques qui pourraient, dans les 20 ans qui viennent, concerner de 2,3 à 150 millions de personnes dans la seule zone Asie-Pacifique qui intéresse la Nouvelle-Zélande. Quel statut leur donner? Comment les recevoir? Comment construire une économie capable de les accueillir?

La discussion n'est pas facile, on s'en doute, dans un pays de 4 millions d'habitants. Mais ce sont des questions autrement importantes pour l'avenir que la lutte contre la fraude. Ce sont de celles que l'on aimerait voir abordées par un ministère de l'immigration, puisque ministère il y a. Mais non, il préfère ajouter des cadenas aux serrures existantes.

mardi, octobre 02, 2007

Martin van Creveld

L'un des avantages d'Internet est que l'on y croise et découvre beaucoup de chercheurs, de penseurs, de théoriciens dont on n'a jamais entendu parler et qui paraissent cependant éclairants. C'est le cas de Martin van Creveld, un historien de la guerre israélien que j'ai découvert à l'occasion d'une recherche sur la technologie (ainsi va la recherche sur Internet qui nous mène là où on n'imaginait pas aller). Il a mauvais esprit, il manie le paradoxe mais ce qu'il dit est souvent très fort comme en témoignent ces quelques citations trouvées dans l'article que lui consacre Wikipedia :

"In addition to writing on military history, he also comments, often pointedly, on contemporary societies and politics.

In a TV interview,[3], he expressed doubts as to the ability of the Israeli army to defeat the Palestinians, and argued that one would inevitably be perceived as cowardly:

I agree with you. They [Israeli soldiers] are very brave people... they are idealists... they want to serve their country and they want to prove themselves. The problem is that you cannot prove yourself against someone who is much weaker than yourself. They are in a lose/lose situation. If you are strong and fighting the weak, then if you kill your opponent then you are a scoundrel... if you let him kill you, then you are an idiot. So here is a dilemma which others have suffered before us, and for which as far as I can see there is simply no escape. Now the Israeli army has not by any means been the worst of the lot. It has not done what for instance the Americans did in Vietnam... it did not use napalm, it did not kill millions of people. So everything is relative, but by definition, to return to what I said earlier, if you are strong and you are fighting the weak, then anything you do is criminal.

In a September 2003 interview on Israel and the dangers it faces from Iran, the Palestinians and world opinion van Creveld stated “We possess several hundred atomic warheads and rockets and can launch them at targets in all directions, perhaps even at Rome. Most European capitals are targets for our air force…. We have the capability to take the world down with us. And I can assure you that that will happen before Israel goes under.”[4]


In the August 21, 2004 edition of the International Herald Tribune he wrote, "Had the Iranians not tried to build nuclear weapons, they would be crazy."[5] which was quoted by Noam Chomsky [6] and cited by John Pilger [7].


In 2005, van Creveld made headlines when he said in an interview that the 2003 Invasion of Iraq was "the most foolish war since Emperor Augustus in 9 BC sent his legions into Germany and lost them", a reference to the Battle of the Teutoburg Forest, (which actually took place in 9 AD). His analysis included harsh criticism of the Bush Administration, comparing the war to the Vietnam war. Moreover, he said that "Bush deserves to be impeached and, once he has been removed from office, put on trial." [8]


In 2007, van Creveld commented that "Iran is the real victor in Iraq, and the world must now learn to live with a nuclear Iran the way we learned to live with a nuclear Soviet Union and a nuclear China.... We Israelis have what it takes to deter an Iranian attack. We are in no danger at all of having an Iranian nuclear weapon dropped on us.... thanks to the Iranian threat, we are getting weapons from the U.S. and Germany."[9]"

Qui peut dire que ces quelques citations ne donnent pas envie de mieux connaître et de lire cet auteur?

vendredi, septembre 28, 2007

Immigration : la leçon d'un français expatrié aux Etats-Unis

On parle d'immigration à tort et à travers comme le montre cette lettre d'un chercheur français expatrié aux Etats-Unis à Patrick Weil que vient de publier Rue 89. Il réagit à une émission sur l'immigration sur Riposte. Une lettre à faire circuler!

jeudi, septembre 27, 2007

Gautier-Salagnac et la théorie du complot

Les ennuis judiciaires à venir de Denis Gautier Salagnac (patron de la très puissant UIMM au MEDEF, il aurait détourné près de 6 millions d'euros des caisses de l'organisation patronale) ont dores et déjà donné lieu à une théorie du complot.

C'est @rret sur image, le blog de Daniel Schneiderman et son équipe qui a le premier dégainé et deviné le complot. Le raisonnement est simple : ce sont des journaux des groupes Lagardère et Dassault qui ont les premiers diffusés des informations sur une enquête qui n'aurait pu, nous dit-on, avoir lieu sans la bénédiction des plus hautes autorités de l'Etat. Il y a donc anguille sous roche. Et l'anguille est toute trouvée : l'argent aurait été détourné pour financer les organisations syndicales, comme le suggère à mi-mot un journaliste du Figaro dans deux passages de son article :

- "Côté patronat, c'était hier, silence radio. « No comment ». Laurence Parisot n'a pas souhaité réagir à chaud sur l'affaire révélée par Le Figaro. Cela ne veut pas dire que la présidente du Medef restera éternellement silencieuse. Plus probablement veut-elle prendre le temps d'évaluer sereinement une situation bien embarrassante. Et pas seulement pour le patronat ! En témoigne l'absence de réaction des syndicats, habituellement si prompts aux commentaires, qui plus est lorsqu'il s'agit d'un « scandale » patronal."

- "Nombre d'observateurs subodorent en effet que ces fonds étaient en réalité versés à des organisations syndicales, de façon à peu près aussi transparente qu'étaient financés les partis politiques avant que la loi n'y mette bon ordre."


La publication de cette information à la veille de négociations qui s'annoncent difficiles pour le pouvoir n'aurait donc d'autre objet que de mettre un peu plus en position de faiblesse les organisations syndicales.

Tout cela est, bien sûr, avancé sans la moindre preuve et laisse rêveur :
- Si les syndicats sont menacés par ces révélations, le MEDEF pourrait ne pas sortir indemne de cette opération. Le pouvoir veut-il l'affaiblir lui aussi?
- Ces méthodes sentent bon le gaullisme d'hier et la Chiraquie. Pour le sarkozisme, ce serait une première. N'est-ce pas un peu tôt pour une équipe qui vient tout juste de s'installer?
- Entraîner les syndicats dans un scandale financier est-il la meilleure manière de les "calmer"? Cela pourrait, au contraire, les inciter à se radicaliser pour montrer à leurs troupes qu'ilils ne se sont pas laissés acheter ;
- Quelles négociations en cours, quels conflits graves auraient, ces dernières années justifié ces paiements?

Il est vrai qu'aller chercher de l'argent en liquide quand chacun sait que c'est risqué au delà de certaines sommes, comme l'ont fait DSG et ses collaborateurs, laisse également rêveur…

Taxis parisiens

Quiconque les emprunte sait combien les taxis sont gens étranges.

Ils étaient hier en grève à Paris pour mettre en garde un gouvernement qui voudrait toucher à leurs "privilèges". Une corporation en marche… classique, rien à dire sinon que l'on aurait préféré qu'ils fassent cela un jour de beau temps.

Le soir-même, je prends un taxi. Sa première question : allez-vous dans le 16ème? Je n'y vais, je le lui dis, il m'invite à monter. Je demande au chauffeur, un homme plutôt jeune, pourquoi il refuse d'aller dans ce quartier. Parce que, me dit-il, les gens qui y habitent sont des cons… sans autre commentaire.

Je doute que ce comportement soit pris en compte dans les modèles des économistes.

lundi, septembre 24, 2007

Jospin, ségolène et les socialistes

Jospin récidive dans les attaques contre Ségolène. C'est, bien sûr, son droit, mais ses attaques rappellent celles de Giscard contre Chirac et celles de Rocard contre Mitterrand. Comment se fait-il que des gens intelligents, des démocrates sincères, des politiques de qualité qui ont plutôt bien gouverné se révèlent aussi mesquins dans l'adversité, aussi incapables d'accepter leur défaite et de voir la réalité en face : si les militants socialistes ont massivement (à plus de 60%) choisi Ségolène Royal contre Fabius, Strauss-Khan et (faut-il le rappeler?) Jospin, c'est sans doute qu'ils avaient de bonnes raisons de le faire. A tout le moins, leur choix signifiait qu'ils en avaient assez des dirigeants historiques du parti, qu'ils voulaient de nouvelles figures capables de renouveler problématique, programme et discours, ce que Ségolène a fait, même si ce fut souvent de manière improvisée et un peu brouillonne. Ses idées de démocratie participative ont beaucoup choqué, mais elles avaient le mérite de la nouveauté et annonçaient une révision de notre environnement politique autrement intéressant que le ravaudage constitutionnel que nous prépare la commission Balladur.

Les propos de Jospin, parler de Ségolène comme d'une figure seconde de la politique ne relèvent certainement pas du sexisme, moins encoredu racisme, mais ils sont une marque intolérable de mépris à l'égard de quelqu'un qui a été choisi par les militants et n'a pas démérité (on ne le répètera jamais assez, 47% des voix au second tour c'est infiniment mieux que 16% au premier).

Un dernier mot : à force d'attaquer aussi violemment Ségolène Royal, certains socialistes vont finir par nous faire croire que non contentes de pas voter pour elle (car comment un Jospin a-t-il pu voter pour Ségolène sachant ce qu'il en pensait?) ils ont incité leurs camarades à faire de même.

samedi, septembre 22, 2007

Rhétorique sarkozienne

Nicolas Sarkozy parle tant et tant qu'est en train de se développer une sorte de spécialité nouvelle qui est à Sarkozy ce que la kremlinologie fut un temps au Kremlin. Elle produit assez régulièrement l'occasion de belles analyses comme celle que Judith Bernard propose des dernières allocutions de notre Président. Elle convoque quelques figures de rhétorique pour nous expliquer qu'il parle pour ne rien dire, ce que l'on soupçonnait. Mais, il y a plus : la lecture des commentaires montre que beaucoup d'internautes n'en peuvent plus de cette campagne permanente. Ils ferment leur poste ou tournent le bouton lorsqu'ils croisent Nicolas Sarkozy à la radio ou à la télévision. Ce qui m'amène à cette question : combien de temps faudra-t-il pour ue ce phénomène de rejet touche une majorité de Français?

Picasso en raccourci

Pour tous ceux qui trouvent les expositions un peu fastidieuses, ce très joli petit film montre que la technologie a ses solutions. Plutôt que d'aller au Musée Picasso, de faire la queue pour acheter un biller, de piétiner devant des tableaux, de se perdre dans les salles,quelques secondes devant son écran et le tour est joué.

mercredi, septembre 19, 2007

Dialogue social, un leurre comme l'ouverture à gauche?

Nicolas Sarkozy n'a pas manqué une occasion, dans son discours sur le social au Sénat, de parler du dialogue social. Nul ne saurait le lui reprocher. Il en a tant parlé que j'ai eu un instant le sentiment qu'il voulait créer en France un Etat corporatiste à l'autrichienne. Mais ce n'était sans doute qu'une illusion. On en est très loin pour des tas de motifs et je ne pense pas que l'idée l'ait jamais effleuré (ou, mais c'est peut-être la même chose, qu'elle ait jamais effleuré ses conseillers).

Connaissant l'état des organisations syndicales, leur difficulté à représenter et mobiliser les travailleurs (et le MEDEF ne fait pas mieux que les syndicats ouvriers), voyant également son insistance à obtenir des résultats dans des délais si courts qu'il est matériellement impossible de les tenir, entendant ce qu'il a pu dire des électriciens ("admirables en 1999") et des conducteurs de la SNCF (tout aussi "admirables en 2005"), je me demande si tout cela ne relève pas de la tactique.

Un peu comme l'ouverture a pu anesthésier une partie de l'opinion et faire passer des mesures destinées aux plus riches (ces 15 milliards de cadeaux fiscaux que même ses amis trouvent inutiles et inefficaces), cet appel au dialogue social, ces rencontres avec les dirigeants syndicaux pourraient n'avoir pour objectif que de faire passer la pilule et éviter ou retarder le déclenchement de mouvements sociaux de grande ampleur.

Le fait de se mettre ainsi en avant peut d'ailleurs aider. On cède plus facilement au président de la République qui a une légitimité que nul ne conteste qu'à un ministre que l'on sait révocable. Et, pour dire les choses plus prosaïquement, il est plus excitant pour un dirigeant syndical d'être reçu à la Lanterne à Versailles que dans une salle de réunion du Ministère du Travail. Ce n'est pas faire injure aux Thibault, Chérèque et autres Mailly que de penser qu'ils sont comme nous tous sensibles à ce type d'attention.

Cet appel au dialogue social ne suffira évidemment pas, mais accompagné de quelques glissements et reculs subtilement négociés, il peut faire passer des mesures qui auraient autrement eu plus de difficultés à s'imposer. C'est certainement habile, reste à vérifier que les salariés se laissent faire et, surtout, que ces mesures peuvent résoudre les problèmes qu'elles prétendent traiter.

Quant au dialogue social… Nicolas Sarkozy met les organisations syndicales dans une étrange situation, un de ces double binds dont parlait d'école de Palo Alto. D'un coté, il leur dit "je vous aime" et il le répète, de l'autre, il les somme de se plier à ses désirs, de signer les accords que ses collaborateurs auront rédigés. Appliquée dans les familles, ces stratégies conduisent à la schizophrénie, dans le monde du travail, elles peuvent conduire à une fragmentation plus grande encore du champ syndical et à des conflits au sein des organisations entre ceux qu'il aura séduits et les autres.

lundi, septembre 17, 2007

La question humaine : un film qui pense

C’est un film qui intrigue, d’abord. De longs plans avec des coupes sèches qui déroutent le spectateur qui ne sait pas où il se trouve mais reste attentif jusqu’à ce que lentement se dégage un thème qui ne prend tout son sens qu’à la toute fin du film, une voix qui parle sur un écran noir. Ce film parle de l’entreprise, de la technique, de la solution finale, du management, des licenciements et des sans papiers et met ces différents sujets en résonance.

Son thème central est sans doute la technique, mais les lecteurs de Christophe Dejours reconnaîtront certainement quelques uns des thèmes de leur auteur favori, notamment cette insensibilité à la douleur d’autrui que produisent les organisations hiérarchiques et qui rapprochent les managers des kapos.

Quand je dis que le thème central de ce film est la technique, je veux dire qu’il est une réflexion sur la manière dont la technique permet, dans une structure hiérarchisée et surtout organisée de manière rationnelle de déplacer la responsabilité individuelle : l’ingénieur n’est pas déresponsabilisé, comme le montrent à l’évidence deux scènes de ce film, l’une dans laquelle le psychologue d’entreprise, son personnage principal, parle avec le Directeur général qui le félicite, un peu ironiquement, de la manière dont il a su identifier les bons critères pour sélectionner ceux à licencier (scène d’une formidable vérité qui révèle l’un des ressorts du pouvoir : la capacité du dirigeant à ramener la morale dans la conversation, morale que son interlocuteur a justement négligée tout à l’exécution de sa tâche), l’autre dans laquelle le psychologue lit un texte dans lequel un ingénieur de la SS explique comment modifier le camion qui tue en Pologne les juifs (la marchandise, dit-il, dans un euphémisme ou, plutôt, processus d’abstraction, qui lui permet justement de ne traiter que des aspects techniques) pour les rendre plus efficaces. L’ingénieur (le technicien) n’est pas déresponsabilisé, il est tout à fait responsable, mais sa responsabilité est réduite, limitée à à son champ de compétences et à lui seul.

Aller de l’entreprise aux nazis ne va pas de soi, mais il y a un passage de ce film qui révèle un des mécanismes de cette mise en évidence des résonances. Il est au croisement de deux plans, deux scènes. Dans la première, le personnage principal est dans un café de banlieue, le soir. Des policiers arrivent et arrêtent systématiquement, sans explication, les noirs qui y sont présents et les fouillent contre un mur avant sans doute de les faire expulser. La scène suivante est un gros plan sur deux chevilles attachées par du scotch large. Le spectateur fait aussitôt le lien avec les pratiques de la police des frontières lorsqu’elle reconduit des étrangers un peu turbulents. Il ne s’agit pas du tout de cela : les pieds sont ceux du directeur général qui s’est attaché pour mieux se suicider. Mais par ce biais rhétorique, par cette métaphore, le lien est directement établi entre des univers a priori lointains et ce rapprochement est d’autant plus troublant, qu’il est à peine suggéré : juste un peu de scotch autour de chevilles. C’est au spectateur de penser, de convoquer ce qu’il sait pour mieux comprendre ce qu’on lui montre.

Il y a dans ce film une autre dimension qu’on aurait tort de négliger. On y voit au début plusieurs scènes tournées dans une rave party, scènes violentes, indécentes, brutales, quoique très contrôlées, il y a des gardiens au milieu des ravers qui évitent qu’ils se fassent trop mal alors qu’ils perdent conscience. Dans une de ces scènes, on comprend que le psychologue va retourner au travail au petit matin sans avoir dormi ou presque (c’est un garçon qu’il a recruté qui le nettoie avec des serviettes humides). Cette absence de travail pourrait lui valoir une journée d’enfer, une matinée pourrie. Rien de pareil. Il continue, toujours aussi efficace. Plus peut-être même qu’avant. C’est, nous dit le film, que l’entreprise fonctionne comme une secte, qu’elle n’a de cesse d’épuiser ses collaborateurs pour mieux se les attacher, les motiver et leur interdire de penser à autre chose.

Il est rare de voir un film qui pense. C’est le cas de celui-ci.

jeudi, septembre 13, 2007

Il est revenu!

Il nous manquait, il est revenu. Je veux dire François Mitterrand et son blog que l'on peut trouver ici. Son premier message, après quelques mois d'absence, est court et sibyllin mais quelques mots valent mieux que beaucoup de silence.

L'immigration : terrain d'expérimentation

Il y a des informations qui devraient ramener rapidement à la réalité ceux qui se sont laissés séduire par la jeunesse et le dynamisme de Nicolas Sarkozy. Le titre du Monde de ce soir est de celles-là : Tests ADN pour certains candidats à l'immigration qui nous rappelle de manière particulièrement crue que la lutte contre l'immigration a, de tous temps, été un terrain d'expérimentation de toutes les mesures de contrôle de la population. Si l'on accepte aujourd'hui les tests ADN pour les immigrés, pourquoi les refuser demain pour telle ou telle autre catégorie de citoyens? Il ne s'agira que d'une extension banale.

Quand on pense à Kouchner et à tous ceux qui se disaient il y a quelques semaines encore de gauche… S'ils se souciaient un peu plus que de leur carrière, ils claqueraient la porte.

Qu'ils sont sages!

Je suis avec beaucoup d'attention les nouveautés sur internet, ce qui m'a fait découvrir tout récemment un service formidable, Panimages, qui permet de trouver des images en plusieurs langues. Il ne s'agit encore que d'un produit expérimental, mais dores et déjà très efficace.

Je l'ai, comme vous ferez sans doute, expérimenté sur de nombreux mots et, notamment, sur le mot étudiants qui, dans ma jeunesse, évoquait plutôt la révolution, la révolte ou, au moins, le désir de changer le monde. Ce qui n'est plus tout à fait le cas, si j'en juge par ces résultats où l'on voit, à coté d'étudiants vraiment très sages, des militants sarkozistes. Déprimant? Un peu, tout de même.

vendredi, septembre 07, 2007

Rien ne vaut un regard d'ailleurs

Il y a quelques années, alors que j'étais abonné au Wall Street Journal et que je le lisais tous les jours, j'avais remarqué qu'on avait plus facilement dans ce journal américain des informations sur ce qui se passait en Europe que dans les presses européennes qui avaient les yeux fixés sur les informations locales.

Dans un registre un peu différent, il me semble que l'une des sources d'information les plus riches sur ce qui se passe en France nous vient actuellement des Etats-Unis. Je veux parler du blog sur la société français et son actualité que tient très régulièrement l'excellent Arthur Goldhammer. On y découvre l'actualité vue par quelqu'un qui vit à Boston et qui fait des choix souvent très pertinents, qui éclairent en tout cas bien mieux que les mises en page de nos journaux sur ce qu'il y a de plus étonnant dans l'actualité politique ou économique. Godhammer travaille avec de la presse et d'internet, mais sa lecture est un délice. Vraiment!

jeudi, septembre 06, 2007

Internet nous enseignerait-il la tolérance?

Dans un article récent du Daily Telegraph, une psychologue de Harvard assure qu'internet nous rendrait plus timide. D'après ses calculs, depuis qu'internet s'est développé, le nombre de ceux qui se déclarent dans les sondages timides aurait fortement augmenté (passant de 40 à 50%). C'est naturellement à vérifier, mais la fréquentation régulière du net fait penser que celui-ci favorise plutôt la tolérance ou, autre hypothèse, qu'il séduit les plus tolérants d'entre nous.

J'en veux pour preuve un échange sur le blog de Chris Anderson. Anderson est l'auteur de The long tail, un livre sur l'internet qui a eu un certain succès l'année dernière. Il se trouve qu'Anderson a une passion dans la vie : les drônes, qu'il en construit et qu'il fait circuler des informations sur la manière d'en construire sur ses sites. Or, voilà qu'il a découvert sur un site spécialisé le post d'un amateur iranien qui raconte qu'il a construit son propre drône. L'appareil montré en photo est décoré de drapeaux iraniens, ce qui inquiète aussitôt Anderson qui se demande si en mettant à la disposition de tous ses informations il ne risque pas d'aider l'ennemi.

Ce post a suscité immédiatement de nombreuses réponses d'un peu partout dans le monde qui vont toutes dans le même sens, qui développent les mêmes idées et lui donnent le même conseil : continuez de donner vos informations.

Les arguments de ses correspondants sont les suivants :
- Si l'ennemi veut cette information il pourra l'obtenir de toutes manières.
- cet Iranien qui a mis la photo de son drône a plutôt fait preuve d'ouverture d'esprit. En lui répondant sur le même ton on ne peut que le rendre plus tolérant, s'il ne l'est pas déjà,
- en facilitant les échanges entre des gens installés aux quatre coins du monde, le net favorise la compréhension mutuelle,
- venant d'un Américain, cette réaction fait sourire : après tout, le comportement de l'armée américaine en Irak n'est pas au dessus de toute critique.

Tout cela parait plein de bon sens.

Un livre à lire : L’empire de l’université

Il y a quelques mois, Louis Gruel avait publié un livre qui a fait plaisir à tous ceux que Pierre Bourdieu agace pour de bons et moins bons motifs tant il y dénonçait avec bonheur les à peu près et artifices du sociologue. L’Empire de l’Université, le petit livre que vient de publier Geoffroy de Lagasnerie aux Editions Amsterdam devrait également leur plaire, mais pour un tout autre motif. Ce jeune sociologue qui enseigne à Paris 1 n’est pas un critique de Bourdieu, on devine même à le lire qu’il a le plus grand respect pour ses thèses, un tel respect qu’il les utilise, non sans ironie, pour critiquer les positions qui en ont fait, à la fin de sa vie, un des critiques les plus sévères des médias.

Dans les années 70, Bourdieu comme quelques autres grands intellectuels, Deleuze, Foucault, Derrida, s’en est pris vigoureusement aux journaux et aux journalistes accusés d’imposer leur échelle des valeurs, de préférer des essayistes médiocres (pour l’essentiel les "nouveaux philosophes", Glucksman, Bernard-Henri Levy…) aux chercheurs et savants, de valoriser les effets de manche et de négliger le travail sérieux. Cette polémique a à ce point occupé ces auteurs de tout premier plan qu’il est aujourd’hui banal de dire, du coté de l’université, que le journalisme a mis en péril la pensée sérieuse.

C’est cette thèse devenue lieu commun que Lagasnerie démonte dans son livre avec beaucoup de vivacité et, parfois, une certaine cruauté comme lorsqu’il soupçonne ces belles âmes d’avoir surtout reproché à la presse de leur préférer des auteurs moins prestigieux. Ce qui est sans doute injuste. Si Foucault et quelques autres se sont à ce point montrés critiques envers les médias, ce n’est pas que ceux-ci les aient abandonnés mais plutôt qu’ils s’y sont brûlés les ailes. L’auteur des Mots et les choses n’a tant opposé le travail des chercheurs à la légèreté de la presse qu’il avait fini par comprendre, lui qui écrivait dans le Nouvel Observateur et multipliait les interviews, que le journalisme simplifie et aplatit les pensées les plus novatrices. Le complexe devient simple, le problématique évident, le solidement argumenté pétition… Le succès immédiat du premier volume de son Histoire de la sexualité, la manière dont une thèse, qu’il voulait paradoxale, est devenue en quelques semaines banalité a certainement, joué un rôle déterminant dans ce revirement. Tout ce travail, toutes ces lectures, toutes ces heures passées à démonter des textes pour être résumées en quelques lignes…

Mais revenons à Lagasnerie. S’il critique les intellectuels qui s’en prennent aux médias, ce n’est pas pour rendre justice à la presse mais pour déconstruire l’opposition, qu’il juge factice, entre le champ savant, celui de la science et de l’université, et celui, de la presse, de l’opinion. Ce qu’il fait avec finesse en s’appuyant sur les analyses de l’université qu’a produites Bourdieu. À ceux qui reprochent aux journalistes leur incompétence, il rappelle que beaucoup ont des titres universitaires qui valent bien ceux de beaucoup de chercheurs. Il y a aussi des docteurs, des agrégés et des normaliens dans les rédactions! La différence se fait, dit-il, entre ceux qui ont obtenu des postes dans l’université et ceux qui, faute d’en obtenir, ont faire carrière ailleurs. Or, qui décide de l’attribution des postes? Les plus travailleurs? Les plus profonds? Non. Le pouvoir de nomination et d’attribution des postes à l’Université est détenu par ceux qui ont investi dans les positions de pouvoir au sein de l’université, ce qui n’est pas la même chose. Et n’est en tout cas pas une garantie de sérieux scientifique. Le jugement des pairs, que les universitaires opposent au jugement des médias ne vaut guère mieux. La biographie des grands intellectuels des années 70, tous tenus à l’écart des postes les plus prestigieux de l’université (Foucault recalé de la Sorbonne, Derrida de Paris X…), lui donne bien évidemment raison.

Toute la première partie de ce petit livre est donc consacrée à la critique de cette opposition entre université et médias. Dans sa seconde partie, Lagasnerie propose de la remplacer par une opposition entre avant-garde et arrière-garde. Il s’appuie, pour cela, sur un texte , peu connu, que Bourdieu a consacré à Manet et aux impressionnistes. Il y a, dit-il en substance, dans tous les champs des avant-garde et des arrière-garde. Tout comme il y a des chercheurs d’avant-garde, il y a des journalistes d’avant-garde. Ils travaillent dans des champs différents, mais ont des intérêts communs, se comprennent et se soutiennent mutuellement. C’est, dit-il Zola, romancier et journaliste d’avant-garde qui a fait connaître Manet, peintre d’avant-garde, que ses pairs méprisaient et jugeaient sans intérêt. C’est l’Express, magazine d’avant-garde à la fin des années 50 qui a publié les premiers textes de Barthes, c’est le Nouvel Observateur, journal d’avant-garde des années 60, qui a soutenu et fait connaître les travaux de Foucault, Bourdieu, Deleuze, c’est Tel Quel, revue d’avant-garde dans les années 70, qui a fait connaître les structuralistes. C’est, à l’inverse, le Figaro, journal conservateur, qui a publié tous ceux qui s’opposaient aux novateurs… On pourrait ajouter que sans le travail de quelques éditeurs d’avant-garde, comme François Wahl au Seuil, ces auteurs auraient eu plus de difficultés à percer.

Disons-le : tout cela sent bon les années 60, quand il était encore possible de parler d’avant-garde dans les milieux artistiques, littéraires ou politiques sans faire sourire. Est-ce que cela a, aujourd’hui encore, un sens? Ce n’est pas certain tant le conformisme semble l’avoir emporté un peu partout. Lagasnerie rappelle, à juste titre, que les innovateurs sont des hérétiques, des marginaux, qu’ils inventent en prenant position contre leurs aînés, en faisant autre chose, autrement… Ce qui est vrai de l’art (et c’est dans l’analyse de l’art que cette réflexion sur l’hétéronomie a été le plus loin poussée, par Bourdieu et Adorno, mais aussi par d’autres, comme Isou), l’est d'à peu près tous les domaines. Mais, justement : où sont aujourd’hui les hérétiques? Comment se fait-il que l’on soit incapable de citer un artiste, un philosophe, un musicien qui renouvelle profondément son champ, bouleverse les habitudes de pensée et ouvre de nouveaux horizons?

Prétendre que ces innovateurs ont disparu serait absurde, mais on ne les voit plus. C’est, sans doute, qu’ils sont isolés dans leur champ d’origine, tenus en marge, sans alliés dans les champs voisins, sans moyen de se faire connaître, ni même de se faire publier et, donc, ce qui est le plus grave, de travailler. Lagasnerie cite ce repli de chacun sur son univers intellectuel sans vraiment en analyser les causes, c’est dommage. Mais peut-être ira-t-il plus loin dans un prochain livre. Celui-ci, en tout cas, mérite la lecture tant il est rafraîchissant et tant il tranche sur le conformisme ambiant.

mercredi, septembre 05, 2007

Les dirigeants ne sont donc pas inutiles

J'ai longtemps pensé que les dirigeants des grandes entreprises n'avaient pas l'impact qu'ils supposaient et qu'on leur prêtait sur les résultat de leur organisation. Comme c'était un peu paradoxal, j'ai du développer quelques arguments pour soutenir cette thèse. Tous revenaient en fait à expliquer que le rôle des dirigeants dans les décisions qui font la différence (les décisions stratégiques, comme on dit en général) était infime.

En deux mots :
- la plupart des décisions dans les entreprises relèvent de la routine,
- celles qui échappent à la routine sont préparées, conçues et contrôlées par la technostructure qui ne laisse que peu de marge de manoeuvre aux dirigeants,
- les dirigeants exercent surtout leur pouvoir au travers des nominations, or une fois nommés leurs collaborateurs n'ont de c esse de conquérir leur autonomie et d'élargir leur champ d'intervention.

Mais sans doute me trompais-je. C'est en tout cas ce que suggèrent ces quelques articles que cite le blog "marginal revolution" :

1. In Danish data, if a CEO's child dies, the value of that CEO's company falls by one-fifth in the following two years.
2. If a CEO's wife dies, the value of that CEO's company falls by fifteen percent.
3. If a CEO's mother-in-law dies, the value of that CEO's company rises slightly.
4. American CEOs with McMansions run companies which significantly underperform the market
The Danish paper is here, the McMansions paper is here. On both studies, see today's WSJ, "Scholars Link Success of Firms to Lives of CEOs," the ungated link is here.

C'est effectivement très troublant. Encore que… l'effet de la mort de la belle-mère sur les performances de l'entreprise laisse réveur et invite à y regarder de plus près.

Encore Sarkozy?


Avez-vous vu cette image dans Libération de ce matin? Nicolas Sarkozy, une fois de plus? On le dirait, eh bien non, ce n'est pas lui, c'est Christian Streiff, le patron de Peugeot. On pourrait s'y tromper, et pourtant, les autres images que l'on a de lui, comme celle-ci ne suggèrent aucune ressemblance.

Qu'en conclure? que nous avons tant vu dans la presse le président ces derniers mois que nous avons des hallucinations? que les journalistes, documentalistes et rédacteurs en chefs de Libération sont à ce point séduits qu'ils le voient partout?

Il y en a tout cas quelque chose qui demande interprétation. Avec un peu de chance nous aurons samedi dans le journal un de ces commentaires qui toujours m'enchantent dans cette rubrique (oh honte!) dont je n'ai retenu ni le nom ni l'auteur mais qui commente une image publiée dans la semaine dans le journal avec autant d'acidité que de pertinence.

Délit d'entente chez les boulangers?

Vous l'avez sans doute remarqué en rentrant de vacances mais le prix du pain a fortement augmenté. La baguette qui valait 1€15 dans mon quartier en juin y est aujourd'hui vendue, chez certains boulangers 1€30, une augmentation de 13% que rien ne justifie, pas même l'augmentation du prix de la farine puisque n'entre que pour 5 centimes dans le prix de la baguettes (c'est en tout cas ce qu'assurent tant Michel Barnier que le patron de Système U).

Mais cette augmentation est si générale que l'on peut s'interroger sur les pratiques de la profession. J'en veux pour témoignage cet échange dans une boulangerie ce matin. Un éboueur entre dans la boulangerie pour acheter un petit pain. Lorsque la boulangère lui annonce le prix, il dit : "mais c'est cinq centimes de plus qu'en juin".

- Normal, répond la boulangère, le prix de la farine a augmenté…
- Il a tant augmenté que cela? interroge un peu narquois l'employé de la ville…
- Nous avons décidé d'augmenter de cinq centimes tous nos produits, réagit un peu agacée la boulangère. Vous pouvez aller chez les autres, c'est partout pareil…
- Une chose est sûre, ajoute l'éboueur, mon salaire n'a pas augmenté…
- Vous n'avez qu'à demander au gouvernement, lui rétorque la boulangère devenue acide.
- Et vous, lui répond, sur le même ton l'éboueur, vous avez demandé au gouvernement l'autorisation d'augmenter vos prix?

En 2004, la Fédération de la Boulangerie de la Marne avait été condamnée pour De cet échange mi-figue mi-raisin, je retiendrai 1) que le prix du pain reste symbolique et donc sensible, il est de ces produits quotidiens dont les augmentations se voient comme le nez au milieu de la figure et qui agacent même si sa part dont le budget familial reste minime, 2) que l'on ne peut exclure que les boulangers se soient entendus sur c es augmentations. Ce ne serait pas la première fois.des ententes comparables (voir ici).

mercredi, août 01, 2007

Si les NMPP voulaient la mort de la presse parisienne…

Si les NMPP voulaient la mort de la presse parisienne, elles ne s'y prendraient pas autrement. La plupart des lecteurs de la presse l'achètent en kiosque or, en été à Paris, deux kiosques sur trois sont fermés. Et qui ne trouve pas le journal oublie, tout simplement, de l'acheter. Pire encore, s'habitue à vivre sans quotidien.

Je dis en été, mais cherchez donc un journal au mois de mars à 7 heures du soir du coté de la place Saint-Augustin, vers Iéna ou à Saint-François Xavier en face du lycée Victor-Duruy. C'est pareil : les kiosques existent, mais ils sont fermés (les kiosquiers pas remplacés, à mi-temps, que sais-je). Et je ne cite là que des quartiers bourgeois, bien équipés. Dans les quartiers "populaires", c'est pire encore.

Mais revenons à l'été. Les kiosques sont fermés, les kiosquiers partis en vacances (des vacances qu'ils méritent naturellement), mais pourquoi ne sont-ils pas remplacés? La vente des journaux est trop compliquée? L'est-elle plus que celle du vin? Nicolas, que chacun connaît, organise le remplacement de ses gérants et recrute pour l'été des stagiaires étudiants, trop contents de gagner un peu d'argent, de découvrir le monde du commerce et de se rendre utiles. Les NMPP pourraient faire de même et organiser des remplacements. Cela permettrait de vendre des journaux… il parait que c'est son métier. Mais il y a certainement plus important à faire.

PS Pour ceux que cela intéresse, j'ai écrit il y a quelques années une histoire des NMPP que l'on peut trouver sur mon site principal. Instructive me disent tous ceux qui l'ont lue.

vendredi, juillet 27, 2007

SDF : Sans Difficultés Financières

Il y a des livres qui dérangent. Si l'exclusion m'était contée de Liliane Gabel, livre qu'elle aurait mieux fait de titrer Sans Difficultés Financières, comme elle en a eu, un temps, l'intention est de ceux-là.

Ce n'est pas un livre très bien écrit, il n'est pas non plus très bien construit, mais ces défauts, qui auraient sans doute interdit sa publication chez d'autres éditeurs (ou, qui auraient, plus probablement poussé à une réécriture), sont ce qui en font, justement, l'intérêt : l'auteur est restée telle qu'en elle-même avec ses souvenirs, ses colères, son amertume.

Liliane Gabel raconte ses trois ans de travail dans un centre du Samu Social, boulevard Richard Lenoir. Elle le fait avec peu de complaisance, n'ayant pas été reconduite dans ses fonctions à la fin de son contrat pour des raisons qu'elle ne dit pas mais que l'on devine : il ne doit pas être tous les jours facile de travailler avec elle.

Succession de portraits de SDF et de scènes de la vie dans un centre d'accueil ce livre donne une image impitoyable de cet univers, de la violence des SDF entre eux, de leur violence à l'égard des travailleurs sociaux qui s'occupent d'eux, mais également de la violence des travailleurs sociaux dont le livre trace un portrait qui n'est certainement pas celui qu'ils choisiraient spontanément.

Le SAMU social ne sort pas indemne de récit. Son fonctionnement laisse manifestement à désirer. A plusieurs reprises, l'auteur suggère des formes de clientélisme (mieux vaut connaître la directrice pour avoir un lit…). On apprend qu'il rejette régulièrement à la rue les plus démunis qui se comportent de manière violente. L'alcool est présent partout, chez les SDF mais aussi chez les travailleurs sociaux que plusieurs scènes nous montrent mesquins, pas très compétents, pas vraiment charitables, capables de harcèlement à l'égard de leurs collègues voire de vols. Quant à Xavier Emmanuelli, on ne sait plus très bien s'il faut l'admirer ou le juger sévèrement (dans une scène que raconte l'auteur, la nouvelle directrice générale dit à ses collaborateurs qu'il n'est pas aussi gâteux qu'on veut bien le dire).

Mais ce livre vaut surtout par ce qu'il nous dit de ces hommes et femmes qui vivent dans la rue, de la manière dont ils changent de nom, se créent des histoires de vie pour échapper à la leur, dont ils souffrent (scène insoutenable de ce SDF qui sent la mort et dont les jambes se gangrènent), dont ils ont perdu le contact avec les autres (ils ne reconnaissent pas ceux qui les ont aidés en dehors de leur milieu de travail), dont ils sont sans gêne, dont ils se rendent insupportables avec ceux-là même qui veulent les aider au point de susciter des réponses violentes (verbales ou physiques) de la part des mieux disposés à leur égard.

On y voit à l'oeuvre ce processus de déqualification sociale qu'a décrit Serge Paugam, processus qui les amène à être d'autant plus exigeants avec ceux qui leur apportent soutien qu'ils n'ont rien à donner en échange.

Ce livre se termine par une scène sur le Canal Saint-Martin, scène mélancolique, sous la pluie, comme l'est ce récit qui ne laisse en définitive guère d'espoir.

mardi, juillet 24, 2007

A quoi servent les anges?

Je me suis souvent demandé à quoi pouvaient bien servir les anges. Je viens de trouver la réponse, un peu contournée, à la lecture d'un livre de Bernard Edelman (Quand les juristes inventent le réel) qui cite et résume les analyses de Ernst Kantorowicz sur les deux corps du roi, analyses que je n'ai pas lues mais l'été approchant…

Mais revenons aux anges : le roi a deux corps, un corps humain, mortel, vulnérable, et un corps politique qui ne peut être vu ni touché, qui n'a pas d'âge, qui échappe aux infirmités du corps naturel. Ce corps politique est, en un mot, l'ancétre de notre personne morale. Or, d'où vient-il, ce corps? sinon de cette figure de l'ange placée entre Dieu et les hommes, immortel et, en même temps, relevant du temps humain puisqu'il y a un avant et un après… Les juristes, nous dit Edelman, ont tout simplement repris aux théologiens cette figure de l'ange. Ils en ont fait une figure politique. Formidable, non?

vendredi, juillet 20, 2007

Sarkozy a-t-il appris son métier dans les séries télé?

Les politologues devraient regarder plus souvent la télévision et, plus précisément les séries télévisées américaines. Ils y découvriraient que c'est là, sans doute, que Nicolas Sarkozy a appris son métier et puise son inspiration. Je pense à deux séries en particulier, deux bonnes séries : West Wing (Maison Blanche en français) et Commander in chief (dont je ne sais si elle a été diffusée en France). Toutes deux traitent du même sujet : la vie à la Maison Blanche. La première raconte celle d'un Président qui découvre en cours de mandat qu'il est atteint de sclérose en plaque (souvenirs, souvenirs…). La seconde celle d'une vice-présidente choisie pour rallier les voix des femmes devenue Présidente à la suite du décès du Président, contre le gré de celui-ci et de son entourage (elle est femme et indépendante, il était républicain, à moins que ce ne soit démocrate, ce n'est pas très clair dans les premiers épisodes…).

Ces deux séries donnent une image trépidante de la vie des Présidents. Leur agenda est en permanence rempli, ils interviennent sur tout et rien, les situations potentiellement catastrophiques sont légion, ils prennent des décisions (toujours difficiles, naturellement) et sont en permanence accompagnés de leur "chief of staff", de leur porte-parole et de leur spécialiste de sondage (une femme sourde dans Maison Blanche, un beau jeune homme dans Commander in chief). Les porte-parole sont dans les deux séries, des jeunes femmes, choisies pas spécialement jolies mais très efficaces (ce qui est sans doute un signe adressé aux femmes qui travaillent : elles sont en permanence stressées, n'ont pas de vie sentimentale qui vaille la peine et pas vraiment le temps de se faire belles. Un message subliminal pour les femmes cadres?).

L'image que les médias nous renvoient de Nicolas Sarkozy en hyperprésident est exactement celle que ces deux séries donnent de leur personnage principal. D'où deux hypothèses :
- les journalistes de télévision ont tant vu de séries télévisées qu'ils présentent l'actualité au travers de leurs yeux de téléspectateur : il faudrait une analyse des cadrages, du rythme des reportages… pour le vérifier,
- Nicolas Sarkozy a pris modèle sur ces deux séries.

Je préfère cette seconde hypothèse. Ne serait-ce que parce que l'on voit mal les journalistes inventer l'emploi du temps démentiel d'un Président qui a choisi, à l'image de ces modèles, de gérer par la présence.

Son agenda, au sens d'emploi du temps, est plein au point qu'on a le sentiment d'ubiquité : il est partout à la fois, il intervient sur tout, au risque d'affaiblir son Premier ministre. Son projet de conférence de presse régulière est directement empruntée à Commander in chief. Tout comme l'ouverture que l'on trouve dans les deux séries. Dans la dernière saison de Maison Blanche le nouveau Président élu choisit comme Ministre des affaires étrangères son rival malencontreux. Dans Commander in chief, la Président consulte et collabore très régulièrement avec son principal adversaire et son cabinet est composé de gens qui ne sont pas de ses amis politiques.

Naturellement, l'ouverture réelle est un peu plus compliquée que celle imaginée par les scénaristes. On l'a peu souligné, mais la première proposition de Jack Lang, supprimer le poste de Premier ministre, avait tout pour plaire à François Fillon qui a déjà du mal à exister par lui-même.

Qu'un Président puisse prendre modèle sur la télévision est bien dans l'air du temps. Ces séries télévisées sont intelligentes, bien faites, bien construites et sont, pour beaucoup, une bonne occasion de réfléchir au fonctionnement du pouvoir. Comme tout se passe aux Etats-Unis (et qu'on ne manque pas une occasion de nous le rappeler), elles incitent à penser ce fonctionnement dans le cadre des institutions américaines que beaucoup d'Européens vont finir par mieux connaître que leurs propres institutions : je n'irai pas jusqu'à recommander à Balladur, Lang et alii de les voir en boucle pour construire leurs propositions de réforme constitutionnelle, mais… cela les aiderait à trouver les solutions que leur Président attend.

Comme ces séries sont intelligentes et fines, elles construisent et imposent un modèle de dirigeant auprès desquels les "vrais", ceux qui occupent les palais officiels, font pâle figure. Ce n'est pas à Blair, Chirac ou Mitterrand que Nicolas Sarkozy doit aujourd'hui se mesurer mais à Bartlett (le Pésident de West Wing) et à Mackenzie Allen (la Présidente de Commander in chief). Ce n'est pas forcément facile…

dimanche, juillet 08, 2007

L'ouverture à gauche de N.Sarkozy forcera-t-elle la gauche à se rénover?

On imagine assez bien Nicolas Sarkozy s'amusant de l'affolement des socialistes, de leur empressement à répondre à ses appels à collaboration, on comprend l'agacement des dirigeants du PS et l'incompréhension des électeurs de gauche. Et, cependant, il y a dans ce que l'on appelle ouverture plus que de la manipulation.

Demander à Jack Lang de participer à une commission chargée de travailler sur la réforme des institutions n'est pas qu'un coup : il est légitime et normal que sur un sujet de ce type, l'opposition soit consultée. Les compétences de Jack Lang, sa capacité de travail, son expérience, son imagination ne peuvent que profiter à tous. Sans doute aurait-il mieux valu que cette commission fut parlementaire, mais son existence même serait un progrès.

Proposer Dominique Strauss-Khan pour la direction générale du FMI est habile. C'est mettre de coté l'homme de gauche qui séduit le plus les gens de droite et, en cas d'échec de sa nomination, une manière de l'affaiblir pour longtemps. Mais là encore, ses compétences, son expérience, ses qualités personnelles en font un excellent candidat

Pendant la campagne électorale François Bayrou a réuni 18% des électeurs au premier tour sur son projet de faire travailler les meilleurs des deux camps. Nicolas Sarkozy ne fait pas autre chose. Difficile de le lui reprocher. Cette ouverture devrait contribuer à décrisper les relations politiques.

Est-ce que cela va, comme on l'entend de plus en plus dire, asphyxier la gauche? Peut-être, mais cela devrait surtout l'amener à réfléchir de manière plus approfondie qu'elle n'a fait jusqu'à présent aux institutions, à son rôle, à ce qui la distingue de la droite sur de nombreux sujets. Qu'est-ce qui distingue une action de gauche d'une action de droite dans un pays comme la France où, on le voit bien, les frontières idéologiques se sont déplacées? Quelles sont les lignes d'opposition? de fracture? En d'autres mots, cela pourrait la forcer à faire de ce travail de rénovation dont ses dirigeants parlent tant sans voir qu'ils sont, par construction même, les plus mal placés pour la mener. Dans les années 70, ce n'est pas un cacique de la gauche officielle qui a rénové le parti socialiste d'alors, mais un outsider venu du centre droit : François Mitterrand.

Difficile aujourd'hui de dire qui peut mener ce travail de refondation, mais le recrutement de vedettes du PS par Nicolas Sarkozy pour des tâches qui n'ont rien de honteux (à l'inverse de ce qui s'est passé avec Besson) devrait faciliter le renouvellement des dirigeants. Si Jack Lang et DSK sont occupés ailleurs, d'autres pourront prendre leur place