jeudi, janvier 19, 2012

Le diesel Hollande…

On le sent bien, la campagne de Hollande patine. Les journalistes et l'opposition mettent l'accent sur le flou de ses propositions, mais c'est probablement de bonne tactique (qu'aurait-on dit s'il avait présenté son programme économique deux jours avant la perte du triple A?). Non, ce qui donne cette impression de flottement c'est qu'il ne suscite pas, à l'inverse de Ségolène Royal en 2007,  d'enthousiasme. Il ne crée pas ce mouvement qui donne envie de se battre pour lui. Il est bon orateur (excellent même), il a réussi à mettre le PS au pas malgré quelques incidents ici ou là, mais il ne passionne pas. Il y a chez lui quelque chose de ces diesels qui roulent bien et ne coûtent pas cher mais ronronnent et ennuient les amateurs de belles voitures.

Cela tient sans doute à sa personnalité et à son positionnement : un président normal n'excite pas vraiment les foules. A l'inverse de Ségolène Royal, de Nicolas Sarkozy, de Jean-Luc Mélenchon ou, bien sûr, de Marine Le Pen, il ne clive pas. Si personne n'est tombé amoureux de lui, personne non plus ne le déteste. En ce sens, il rappelle le Chirac de la dernière période. Est-ce un handicap ? Cela ne l'aide sans doute pas à enrayer sa longue glissade dans les sondages mais il bénéficie de la prime de celui qui a le plus de chance de l'emporter à gauche. Et les sondages le suggèrent, ce pourrait être un atout pour le second tour face à Sarkozy. Encore faut-il y arriver. Mais, ne serait-ce que pour nous donner un peu plus l'envie de le défendre, il aurait intérêt à trouver quelque additif à mélanger à son carburant.

L'exemple de Nixon?

On reproche beaucoup à François Hollande mais aussi à François Bayrou de rester discrets sur leur programme. On pourrait faire le même reproche à Nicolas Sarkozy : si quelqu'un a compris en quoi consistait son projet de TVA sociale, qu'il le dise!




Mais l'exemple vient de loin et de… haut (je ne suis pas sûr que cet adjectif convienne vraiment, mais à défaut…), je veux dire de Nixon, si j'en juge par ce rappel de ses "secret plans" pour en finir avec la guerre du Vietnam en 1968, avec la levée du contrôle des prix en 1972… qui agaçaient (le mot est faible) les commentateurs mais ont trouvé grâce auprès des théoriciens de la stratégie. "The American citizenry, écrivait par exemple Steven Kerr, l'auteur d'un formidable article sur les incitations (On the folly of rewarding A while hopping for B), wants its candidates for public office to set forth operative goals, making their proposed programs "perfectly clear" specifying sources and use of funds, etc. However, since operative goals are lower in acceptance, and since aspirants  to public office need acceptance (from at least 50.1 percent of the people), most politicians prefer to speak only of official goals, at least until after the election." Dit autrement, tout le monde est convaincu que l'austérité sera au rendez-vous et l'accepte, mais un détail trop précis des mesures proposées pour réduire les déficits reviendrait à couper l'herbe sous les pieds du candidat. D'où ce sentiment étrange de flou et d'incertitude qui entoure ce début de campagne.

Quand le vice paie…

On sait que depuis Mandeville et Adam Smith le capitalisme et le vice font bon ménage. Le moindre escroc peut aujourd'hui espérer tirer quelques sous de ses mésaventures en en faisant un livre ou un scénario. Voilà, dans le même genre d'idées, que le Huffington Post, un journal en ligne que personne ne connaissait en France vient de se faire une publicité gratuite dans tous les médias en recrutant comme directrice éditoriale Anne Sinclair. Qu'elle ait les compétences pour l'emploi, nul n'en doute, mais aurait-elle été choisie si son mari n'avait occupé si longtemps la première page des journaux? On peut en douter…

mercredi, janvier 18, 2012

La crise et les super yachts

C'est la Tribune qui nous l'apprend : jamais les super yachts ne se sont mieux vendus. On en a vendu 263 en 2011 dans le monde contre 204 un an plus tôt. A eux seuls, ils représentent un chiffre d'affaires de 2,5 milliards d'euros. De quoi se mettre en colère? Oui mais de quoi, surtout, s'inquiéter. Quand les super riches achètent des Rolls et des yachts de très grande taille c'est qu'ils préfèrent dépenser leur argent pour leurs plaisirs (et le prestige), plutôt que pour s'enrichir. C'est qu'ils n'ont plus confiance dans l'avenir et se comportent comme ces pauvres qui ont si peu confiance dans le leur qu'ils dépensent ce qui leur reste plutôt que d'épargner. Vivement des difficultés pour les industriels du très grand luxe pour nous rassurer!


Imbécile brutalité

La campagne suit son bonhomme de chemin avec chaque jour un peu plus de fébrilité (et de brutalité) du coté de la majorité. Voilà que Gérard Longuet, crétin avéré depuis que, ministre de la Défense, on peut juger de ses prestations publiques, politique à l'éthique défaillante, facho bien introduit depuis qu'il a épousé la soeur de Bolloré, compare Hollande au capitaine du Concordia. Nadine Morano dont la finesse n'est pas la première qualité est enfoncée. Les socialistes demandent des excuses? Ils ont tort. On le leur reprochera. Et on les accusera d'être, à cause même de ces excuses, aussi coupables que leurs adversaires. Pourquoi ne se contentent-ils pas, à l'image de Fabius, de souligner l'indécence et la bêtise de la comparaison?

Le mystère Bayrou

Il y a un mystère Bayrou. Voilà un candidat qui n'est plus neuf, qui a montré ses limites et ses faiblesses, qui en a de nouvelles et qui cependant remonte très vite dans les sondages, au point que certains commencent à l'imaginer au second tour où il aurait, il est vrai, de bonnes chances de l'emporter tant contre Sarkozy (la gauche le préférerait sans difficultés) que contre Hollande (la droite le préférerait sans doute au candidat PS). Ses limites sont pourtant bien connues. Il est seul et sans troupes, son programme est du plus grand flou, pour ne pas dire invisible. Et s'il gagnait les élections, on ne sait avec qui il gouvernerait ni comment il ferait pour constituer une majorité aux législatives qui suivront l'élection présidentielle. Devra-t-il gouverner avec un PS qui aura gagné les élections? avec une coalition gauche droite? avec un bout de l'UMP? Et cependant, les sondages montrent qu'il progresse dans l'opinion. Sans doute est-il le candidat de ceux que les autres ne satisfont pas. En 2007, il avait attiré des voix socialistes que Ségolène Royal gênait. Et il l'avait fait battre en facilitant le report au second tour de ces voix sur Nicolas Sarkozy. Il pourrait très bien, cette fois-ci, servir de solution de rechange aux électeurs de droite qui ne supportent plus Nicolas Sarkozy, sa personne, ses scandales et sa politique droitière. Il se retrouverait une nouvelle fois dans la position de celui qui fait et défait les rois mais toujours sans la possibilité d'en profiter. Sauf à faire ce qu'il a refusé à Ségolène Royal en 2007 : passer un deal avec l'un ou l'autre candidat.

mardi, janvier 17, 2012

Dégradé? Une affaire d'honneur?

Le toujours excellent Arthur Goldhammer s'amuse dans un récent post de l'erreur d'un internaute français qui confond "downgraded" et "degraded" mot qui renvoie en anglais aux notions d'honneur et d'humiliation, ce qui lui permet de souligner le glissement de sens observé dans la presse française ces derniers jours qui rappelle ce sens de l'honneur dont d'Iribarne faisait une caractéristique du tempérament français. Il est vrai que la dramatisation de la perte du triple A se colore chez nous d'un sentiment d'humiliation que je ne me souviens pas d'avoir trouvé dans les réactions américaines à la même dégradation il y a quelques mois. En se faisant le défenseur intransigeant mais incapable du triple A Sarkozy aurait donc commis une erreur tactique (en mettant en avant une notation qui n'intéressait il y a quelques mois encore personne), et une faute politique en faisant d'une mesure technique une question d'honneur. Mais gageons qu'il saura vite faire oublier ce faux pas en annonçant de nouvelles réformes comme cette suppression de la cinquième semaine de congés payés dont il était question hier.

lundi, janvier 16, 2012

Hollande, Sarkozy, deux tactiques, deux gestions du temps

Plus on avance dans la campagne, plus on voit se dessiner deux tactiques, deux manières de gérer le temps que les réactions à la crise du AAA a une nouvelle fois illustré. D'un coté, Nicolas Sarkozy multiplie les annonces, les projets, les promesses de réforme comme s'il était assuré de remporter l'élection, comme si le temps ne lui était pas compté, de l'autre, François Hollande évite de trop s'avancer, reste sur le plan des principes et se garde de trop s'engager sur des projets détaillés. Le premier prend le risque de passer pour brouillon et inconsistant, le seconde pour flou et incertain.

Il y a là deux manières de maîtriser le temps. Nicolas Sarkozy parie sur l'oubli : il fait tant de promesses que nous oublierons, pense-t-il, celles d'hier et d'avant-hier. François Hollande veut, à l'inverse et à la manière de Mitterrand (qui utilisait cependant une autre technique, l'ambiguïté), se réserver le droit de trancher plus tard, au moment qu'il jugera opportun.

Le premier prend le risque d'être en permanence démenti, le second celui d'être accusé de manquer de réactivité, d'être trop prudent. La faiblesse de Sarkozy est que nous savons qu'il ne tient pas ses promesses, qu'il y a beaucoup de vent derrière tous ses discours, celle de Hollande est qu'il ne nous a pas encore montré qu'il savait trancher, décider.


samedi, janvier 14, 2012

Fonctionnaires, à vos portefeuilles!

Un passage des déclarations du préfet Gaudin à propos du scandale de l'IGS dans le Monde d'hier (Les policiers de l'IGS conservent tout mon soutien) devrait retenir l'attention de tous ceux qui se piquent de rechercher des solutions pour lutter contre le déficit de l'Etat :

"Est-il normal que Claude Bard, qui coordonnait l'enquête en 2007, et qui est aujourd'hui à la tête de l'IGS, ait défrayé un expert sur ses deniers personnels? 
"Ce fonctionnaire a été appelé dans le cadre d'une réquisition liée à une enquête judiciaire pour analyser la manière dont étaient traités certains dossiers d'étrangers à la Préfecture de police. Il est parfaitement qualifié pour cette mission en sa qualité de chef du bureau des étrangers d'une grande préfecture, celle du Rhône. Il fallait bien quelqu'un qui ait à la fois expérience et recul. S'agissant des défraiements liés à son déplacement, M. Bard les a tout simplement directement réglés afin de lui éviter une avance. Bien loin de constituer une anomalie, il s'agit d'un cas exemplaire de bonnes relations entre fonctionnaires."

Si je comprends bien M.Gaudin, il est naturel et normal qu'un fonctionnaire paie de sa poche les dépenses professionnelles d'un collègue. Plus même : ce serait un cas exemplaire, ce qui veut sans doute dire un exemple à suivre… Pourquoi, en effet, l'Etat rembourserait-il des frais si les collègues s'en chargent? On pourrait ainsi régler le problème de la dette : demander aux fonctionnaires de cotiser pour financer leurs déplacements…

L'explication est naturellement grotesque. On en rirait, d'autant plus volontiers que Michel Gaudin n'a rien d'un comique troupier, si l'on ne devinait derrière ce "cas exemplaire de bonnes relations entre fonctionnaires" une caisse noire sur laquelle Claude Bard s'est probablement remboursé.

vendredi, janvier 13, 2012

La fin du triple A

Les rumeurs confirment ce que l'on craignait depuis plusieurs semaines : fin du triple A pour la France, dégradée semble-t-il (mais ce ne sont encore que des rumeurs) plus que ses voisins. Il va nous falloir penser la dette. Certains ont déjà commencé comme Nathalie Sarthou-Lajus, auteur d'une Ethique de la dette (PUF, 1997) qui explique que la dette est fondatrice du lien social ou, de manière plus inattendue Friedrich List, économiste allemand du 19ème siècle, théoricien du protectionisme et grand ennemi des classiques, de Smith et Say, qui écrivait : "la dette dont le fardeau accable (la Hollande et les Pays-Bas) n'est qu'une suite d'efforts excessifs pour maintenir leur indépendance et il dans la nature des choses que le mal atteigne un point où il devienne insupportable, et où l'incorporation dans une plus grande nationalité leur semble à eux-mêmes désirable et nécessaire" (Système National d'Economie Politique, p.298). List était partisan d'une grande Allemagne qui regroupe le Danemark et les Pays-Bas, mais ce fut aussi un défenseur ardent du Zollverein, l'union douanière qui a donné naissance à l'Allemagne.

Près d'un tiers des Français d'accord avec les idées du FN? Voire…

Il faut se méfier des titres des journaux, même des meilleurs. Le Monde titrait hier "Près d'un tiers des Français adhèrent aux idées du Front National" en présentation des résultats d'un sondage de TNS-Sofres, interprétation qu'une lecture plus attentive invite à nuancer.

A le lire dans le détail, on découvre bien des éléments qui soulignent :
- le pessimisme des électeurs de l'UMP : 38% des sympathisants du parti majoritaire pensent que Marine Le Pen sera présente au second tour de l'élection présidentielle, score élevé qui suggère que beaucoup doutent de la capacité de leur candidat à rassembler la droite,
- et la porosité entre l'électorat de l'UMP et le Front National : pour 46% d'entre eux, Marine Le Pen est la représentante d'une droite patriote attachée aux valeurs traditionnelles et ils sont 45% à penser que l'UMP devrait faire des alliances électorales avec le FN (de circonstance pour 38% d'entre eux, globale pour 7%). Alliance qui pourrait justifier l'entrée de ministres FN dans un gouvernement de droite pour 33% des partisans de l'UMP,

Mais on découvre également que l'adhésion aux idées du FN, quoiqu'en progression, reste faible (11%), même à droite : 50% des sympathisants UMP adhèrent aux constats qu'exprime Marine Le Pen mais pas aux solutions qu'elle propose. Solutions qui auraient même plutôt tendance à reculer dans l'opinion :
- préférence nationale dans l'emploi (22% contre 45% en 1991),
- suppression de l'euro (30% contre 34% il y a un an),
- rétablissement de la peine de mort (33% contre 45% en 2000),
- l'immigration (49% des personnes interrogées pensent qu'il y a trop d'immigrés en France, ils étaient 59% en 2000).

Seul thème du FN en progression dans l'opinion : la place de l'Islam. 51% des personnes interrogées trouvent qu'on lui accorde trop de droit contre 43% en 2010. Mais est-ce un thème propre au FN? Les débats sur l'identité nationale et la politique de Claude Guéant montrent qu'il est bien partagé à droite.



mercredi, janvier 11, 2012

Pouvoir d'achat, TVA sociale et quotient familial

Les propositions sont à préciser de part et d'autre mais le débat fiscal qu'on nous promettait pour la présidentielle est engagé avec, d'un coté, le gouvernement qui milite pour une TVA sociale et, de l'autre, la gauche qui propose une transformation du quotient familial.

On sait encore peu de choses des projets socialistes, mais Les Echos citent une étude du Trésor qui en éclaire les effets : "la direction du Trésor vient de consacrer une note de 150 pages aux effets à attendre d'une telle réforme. Elle ne l'a évidemment pas fait pour le PS, mais pour le Haut Conseil de la famille, rattaché à Matignon. L'intérêt de ces simulations est qu'elles collent parfaitement avec le projet socialiste : les scénarios étudiés ont été calibrés pour assurer un rendement constant pour l'Etat -ce qui est l'objectif visé par François Hollande. Le Trésor a en fait simulé plusieurs scénarios (réduction d'impôt, abattement sur le salaire imposable, etc). Parmi eux, c'est celui du PS qui réduit le plus les inégalités : le crédit d'impôt est en effet le seul à bénéficier aux non-imposables. Dans l'hypothèse où l'Etat reverserait l'intégralité des gains aux ménages, le crédit d'impôt s'élèverait à 607 euros par enfant, calcule le Trésor. La réforme aurait des effets massifs : la moitié la plus riche de la population reverserait 3,5 milliards d'euros à la moitié la plus pauvre. Dans le détail, elle ferait près de 5 millions de gagnants (à hauteur de 829 euros par an en moyenne) et un peu moins de 4,5 millions de perdants (à hauteur de 931 euros en moyenne). Pour près de deux tiers des ménages, la réforme serait neutre. Les gagnants se situeraient parmi les ménages gagnant jusqu'à 3 SMIC (soit 4.200 euros brut par mois). L'impact serait défavorable au-delà. Les pertes seraient considérables pour les familles de plus de trois enfants aux revenus élevés. Elles perdraient jusqu'à 1.692 euros pour chacun des deux premiers enfants, 3.384 euros pour chacun des suivants, calcule le Trésor."

En clair, cette mesure conduirait à une augmentation du pouvoir d'achat des ménages gagnant jusqu'à 3 SMIC (on retrouve les 4000€ dont parlait en 2007 François Hollande). Soit, exactement l'inverse de l'effet produit par la TVA sociale qui augmenterait, si elle était mise en place, les coûts de la plupart des produits de consommation courante et réduirait d'autant le pouvoir d'achat de ceux qui dépensent l'essentiel de leurs revenus (soit ceux dont le revenus sont, justement, inférieurs à 4000€). Je sais bien que le gouvernement présente son projet comme une arme anti-délocalisation, un argument qu'Olivier Bouba-Olga avait efficacement déconstruit en 2007. Non seulement, la TVA sociale ne permettra pas de rapatrier les emplois perdus mais elle conduira à une augmentation des prix, les entreprises étant surtout soucieuses dans les périodes d'incertitude économique de consolider leurs comptes.

Derrière des débats techniques sur la fiscalité, c'est donc la question du pouvoir d'achat qui est en cause. La gauche privilégiant celui des plus modestes qui dépensent tous leurs revenus, la droite les plus aisés qui épargnent quand ils ne consomment pas des produits de luxe. En 2007, Nicolas Sarkozy s'était présenté comme le candidat du pouvoir d'achat. Cela lui sera, cette fois-ci, plus difficile.

Un Président de gauche pour une France de droite?

Lorsqu'ils interprètent les sondages, les observateurs ont les yeux fixés sur l'écart entre Nicolas Sarkozy et François Hollande, écart qui se resserre au premier tour mais reste toujours élevé au second. Il en est un autre qui n'est pas moins intéressant : celui entre les voix qui se portent sur les candidats de gauche, Mélenchon, Joly, Hollande, Arnaud (41% d'après le dernier sondage de BVA) et celles qui se portent sur les candidats de droite, Sarkozy, Le Pen,  Villepin : 45% qui montent à 56% si l'on y ajoute les voix des électeurs de Bayrou qui sont probablement dans leur majorité des électeurs de droite que Nicolas Sarkozy a déçus. Hollande est en tête mais la majorité des Français penche plutôt à droite.


Si François Hollande est élu au second tour, il le devra plus aux divisions de la droite qu'aux forces de la gauche. Ces divisions sont profondes mais elles ne sont pas une garantie. Qu'il inquiète trop les électeurs de droite et ceux-ci se retourneront vers leur candidat "naturel". Les Français ont clairement envie de changer de président, ils n'ont pas forcément envie de gauche. Il en allait autrement en 1981…

mardi, janvier 10, 2012

Thierry Desjardins, que l'on connait pour son blog qui rappelle à qui l'ignorerait que l'antisarkoysme se porte bien à droite vient de publier un livre portrait de Dominique de Villepin dont il semble avoir fait son héros pour cette campagne présidentielle.


On y apprend beaucoup de choses (inutiles) sur son nom et sa particule qui n'a rien de vraiment aristocratique. On y découvre qu'il est plus un émigré qu'un Français ordinaire (né au Maroc, élevé au Vénézuela où il aura comme condisciple Anne Wiazemski), ce qui explique peut-être son image rêvée, idéale de la France. Diplomate, il continue de vivre à l'étranger. On découvre également qu'il s'est séparé de sa femme (pour vivre avec une journaliste comme tant d'autres? l'auteur ne nous le dit pas) et l'on y retrouve de multiples piques contre Sarkozy que Desjardins égraine régulièrement dans son blog, mais guère de révélations. On devine seulement, derrière le récit effarant des coups bas et affaires de la droite ces cinq dernières années, pour qui Thierry Desjardins roule. 

La police roumaine contrôle les Roms à Paris

Ils sont 25 officiers de police roumains, élégants et polyglottes, qui, depuis novembre et jusque fin février, patrouillent dans les rues de Paris, accompagnés de deux collègues français, à la recherche des Roms, jeunes ou moins jeunes qui mendient dans les rues. "Pour savoir qui les met dans la rue", m'expliquaient hier les deux policiers français qui en accompagnait un au coin du boulevard Saint-Michel et du Boulevard Saint-Germain avant de m'inviter à bavarder avec ce collègue "qui parle 5 langues". Cet "officier de police roumain" (ainsi se présenta-t-il lorsque je lui demandais s'il était policier) m'expliqua gravement que les Roms, quoique nés en Roumanie, donnent vraiment de son pays "une mauvaise image". Lorsque je lui fis remarquer qu'ils étaient citoyens européens et avaient donc le droit de circuler librement au sein de l'UE, il ne l'a pas contesté même s'il n'aurait sans doute pas fallu beaucoup insister beaucoup pour lui faire dire que les Roms n'étaient pas vraiment roumains. Est-ce ma présence, notre conversation? la jeune mendiante n'a pas demandé son reste et est aussitôt partie.

Question : avons nous vraiment besoin du soutien de policiers roumains pour faire circuler quelques mendiants dans les rues de Paris?


vendredi, janvier 06, 2012

Villepin à 8%?

C'est ce qu'annonce Thierry Desjardins qui dit tenir son information d'un ancien collègue du Figaro. Le chiffre n'aurait pas été publié à la demande de l'Elysée "hystérique". C'est plausible : Villepin peut espérer réunir les vieux gaullistes, bonapartistes de toutes sortes et nostalgiques du beau style, qui doivent bien peser cela, et tous ceux que ses propositions de salaire citoyen ont séduit (j'en connais, personnellement). Mais si l'Elysée est intervenu, pouvait-il un instant penser que cela resterait confidentiel?

Reste, évidemment, à Dominique de Villepin à obtenir ses signatures, ce qui ne va pas de soi puisqu'il semble que d'autres, et non des moindres comme Marine Le Pen, peinent à obtenir les leurs.

mercredi, janvier 04, 2012

Seafrance : improvisation au sommet de l'Etat

La Scop qui envisage de reprendre les salariés de Seafrance vient de rejeter les propositions de l'Elysée au nom de l'insécurité juridique qu'elle créerait : la solution préconisée par l'Elysée suppose en effet une liquidation qui contraindrait la Scop à négocier de nouveaux accords avec les ports sans garantie de succès. Belle gifle pour Nicolas Sarkozy qui vient une nouvelle fois de montrer l'amateurisme et l'improvisation de tant de ses décisions. A ne penser qu'à l'impact de celles-ci sur l'opinion, il en oublie que nous vivons dans un monde complexe où la seule volonté d'un homme ne peut faire changer durablement les choses.

Sans doute saura-t-il se tirer de ce mauvais pas comme il a fait de bien d'autres avant, mais tout cela confirme ce que l'on devrait appeler son défaut de méthode de gouvernement.
Le CSA a tranché et indiqué les règles de la campagne présidentielle sur les radios et télévision. Voici comment le Monde les résume :


On voit tout de suite que cela ne sera pas simple à gérer : on imagine déjà le casse-tête des personnes chargées de gérer tout cela. Bien des antennes risquent de limiter au maximum leurs émissions politiques pour ne pas perdre leurs auditeurs tant des émissions politiques trop équitables risquent de devenir rapidement ennuyeuses. 

A trop vouloir jouer le jeu de l'égalité, le CSA a probablement tué la campagne électorale de premier tour à la télévision (au second tour ce sera naturellement plus simple). Ce qui devrait inciter les grands candidats, ceux qui ont des troupes et des moyens financiers à reporter leurs efforts sur des techniques plus traditionnelles, meetings en province, rencontres avec les Français, interviews dans la presse régionale… C'est certainement plus fatigant, mais cela permet de nouer un lien plus étroit avec les Français. Nicolas Sarkozy et François Hollande l'ont compris qui ont choisi de parcourir la France en tous sens.


2011 : l'année de l'automatisation des services

Ce sera probablement passé inaperçu au milieu de toutes les autres nouvelles de l'année qui vient de se terminer, mais 2011 aura été, en France et probablement ailleurs dans le monde développé, l'année de l'automatisation systématique de trois grands services au public, la banque, la grande distribution et la poste.

Cela s'est fait presque discrètement et plutôt à la satisfaction des consommateurs qui ont vu les queues devant les caisses et les guichets diminuer et les agents et employés changer de métier et devenir conseil et soutien. Si ce mouvement se confirme, comme on peut le supposer, les jeunes gens nés en ce début du siècle ne pourront plus comprendre ce que voulait dire W.C.Fields dans ce délicieux petit sketch :


Tout n'est pas encore complètement stabilisé. La grande distribution semble encore hésiter entre plusieurs modèles (le "drive" : commandes passées sur internet, le client va chercher au dépôt sa commande ; le passage aux caisses mains libres : le client scanne ses achats et passe devant une caisse où la caissière fait une vérification statistique ; les caisses avec douchette aussi dites self-scanning : le client scanne ses produits devant une employée qui le conseille et contrôle), mais le pli est pris. Même chose dans les banques : tous les grands réseaux ont  transformé leurs agences en boutiques à automates et pour la poste.

Si cela peut passer pour une bonne nouvelle pour les clients (service plus rapide, agents aux comportements plus commerciaux), on peut douter que c'en soit une pour l'emploi. Il y a plus de trente ans, le rapport Nora-Minc sur l'informatisation de la société française annonçait une hécatombe dans les emplois de service, notamment dans la banque. Il ne s'était jusqu'à présent rien produit de tel. Mais cette automatisation systématique annonce une réévaluation massive et rapide des politiques des ressources humaines de ces entreprises de service et une réduction programmée de leurs effectifs. Avec les caisses automatiques que l'on trouve dans la grande distribution, une employée fait aujourd'hui le travail de quatre caissières. Il serait bien surprenant que les grandes enseignes n'en tirent pas rapidement les conséquences (peut-être même même est-ce déjà fait dans ces magasins type monop ou Carrefour Market qui se multiplient, à mi-chemin entre la supérette et l'hypermarché).


Les gains de productivité sont en général accompagnés d'une augmentation des rémunérations des salariés qui conservent leur emploi. Ne serait-ce que parce que le contenu de l'emploi change : conseiller et contrôler n'est pas la même chose que passer des articles devant un scanner. Est-ce que ce sera le cas cette fois-ci? On peut en douter, ne serait-ce que parce qu'un chômage croissant exercera une pression sur les salaires.

mardi, janvier 03, 2012

Hollande : ce qui fait un bon texte

François Hollande vient donc de publier le texte qui doit (re)lancer sa campagne. Texte que publie intégralement Libération dans sa livraison de ce matin au moment même où l’affaire Karachi vient mettre de nouveaux bâtons dans les jambes de Nicolas Sarkosy. Difficile de trouver meilleur moment. Difficile également de faire texte mieux construit, plus efficace. On devine, à le lire, qu’il a été préparé et travaillé jusqu’à la dernière minute et qu’il devrait toucher juste et modifier sensiblement l’image un peu floue que donnait Hollande ces dernières semaines.

C’est un texte ferme, incisif, qui attaque dans le vif Nicolas Sarkozy là où cela fait mal : son inconstance, les mesures prises en faveur des privilégiés, son inefficacité en matière européenne, la dégradation de la France : «Un mandat se juge sur des résultats, une politique sur sa cohérence, un caractère sur sa constance.» Et qui propose des formules qui font mouche : «J’entends déjà les lieutenants paniqués de Nicolas Sarkozy prétendre que dans la tempête il ne serait pas sage de changer le capitaine. Ce qui prête à sourire quand le navire s’est échoué» et, quelques lignes plus loin, cette autre formule qui se prête à déclinaison dans les conversations de toutes sortes : «plutôt que de reconduire un président qui aurait tellement changé, pourquoi ne pas changer de président, tout simplement?» On remarquera le p minuscule à président quand tant d’autres auraient is une majuscule : présidence normale, dit-il…

Un texte riche en allusions de toutes sortes. Au saint-simonisme, d’abord, qui a tant nourri nos élites administratives et économiques : «Nos ouvriers, nos techniciens, nos chercheurs, nos savants, nos fonctionnaires…» On s’attendrait presque à ce qu’il les oppose aux rentiers, aux héritiers, mais ce n’est pas nécessaire. Nous avons tous cette musique dans les oreilles. Aux slogans de la gauche qui manifeste, ensuite : «l’angoisse est partout, la confiance nulle part» évoque le «la police est partout, a justice nulle part» de l’extrême-gauche dont il reprend le vocabulaire pour parler de la crise : «mondialisation débridée, arrogance et cupidité des élites financières, libéralisme effréné…». A l’histoire, enfin, avec ces cent-dix jours qui renvoient à ces cent jours qui ont justement duré cent-dix jours et se sont conclus par le départ de Napoléon.

Un texte qui ne s’attarde pas sur la critique de Nicolas Sarkozy, elle a si souvent été faite quoique rarement avec autant de vigueur, mais qui poursuit avec les quelques idées simples et fortes qui vont guider son programme dans les mois à venir : la vérité, la volonté, la justice (le mot revient plusieurs fois), l’espérance, c’est-à-dire le retour de la confiance en l’avenir. Un programme qu’il ne décline pas ce qui laisse peu de prise à ses adversaires qui seraient tombés comme vérole sur le bas clergé sur des mesures plus détaillées.

En un mot, un excellent texte qui devrait lui servir de socle pour une campagne qu’il semble avoir choisi de mener au plus près des Français, ce qui est sans doute ce qu’ils attendent. Et ce qui devrait se révéler d’autant plus nécessaire que les nouvelles règles du CSA vont rendre à peu près insupportable la campagne audiovisuelle.


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lundi, décembre 26, 2011

Nombrilisme américain

Dans les pages nécrologie du Monde de ce jour (le Carnet), il y a un anniversaire de décès. Alain Touraine, Marisol Touraine, ses enfants, neveux… rappellent qu'ils ont perdu il y a vingt et un ans déjà Adriana Touraine née Arenas. Devinant que c'était l'épouse d'Alain, mais voulant le vérifier, je vais sur Google où je tombe sur cet article de l'Encyclopedia of World Biography qui raconte la vie de Touraine vue par des Américains. Je m'en voudrais de faire preuve du moindre anti-américanisme primaire, secondaire ou tertiaire mais… à le lire on a le sentiment que Touraine n'existe que par les Etats-Unis, que tous les intellectuels français ont fait leurs classes rue d'Ulm, que 1968 est une affaire américaine, surtout pour un français enseignant à Nanterre, ce qui était alors le cas de Touraine… Tout cela prêterait à sourire si ces biographies étaient insignifiantes. On peut malheureusement craindre qu'il ne reste que cela de Touraine, ce qui serait dommage…

PS. Ayant eu tout récemment eu l'occasion de relire le petit livre de Touraine sur la société post-industrielle, j'ai été frappé de ce qu'il paraissait daté, non par les idées qu'il défend mais par sa manière d'écrire. Ses textes seraient-ils aujourd'hui publiés dans les revues savantes? Ce n'est pas certain. Ce qui me rappelle une anecdote que me racontait ma fille à propos d'Howard Becker, autre sociologue de grande qualité. Présent à Paris, ville qu'il fréquente semble-t-il beaucoup, il est invité  parler à l'EHESS. Il y raconte qu'un de ses amis, responsable de l'American Sociological Review, lui reproche de ne pas lui avoir envoyé récemment de papier. Becker lui répond : mais je pense que vous n'en voudriez pas. Mais si, mais si, répond l'autre. Becker s'exécute donc et envoie deux papier, l'un sous son nom, l'autre sous un pseudonyme. Il craignait que un refus pour le second mais pensait que le premier serait accepté au seul vu de son nom. Erreur : aucun des deux ne fut retenu. Etaient-ils moins bons que ce que l'on publie d'ordinaire dans cette revue? C'est possible mais… peu probable tant Howard Becker dépasse de la tête et des épaules tous ceux qui écrivent depuis quelques années dans cette revue. Mais peut-être ne respectait-il pas les nouvelles normes scientifiques… Ces normes qui oblige à tout sourcer. Vous voulez dire que le ciel est bleu, vite une référence récente, forcément récente, pensez aux carrières qui se construisent. Résultat, cela donne : "le ciel est bleu (Tartempion, 1998)." C'est mieux, non?

La Turquie, le commerce extérieur

Notre commerce extérieur touche le fond. C'est une des causes de notre endettement. C'est le moment que choisit le parlement pour voter un texte dangereux : quelle autorité ont donc des parlementaires pour décider de ce qu'est un génocide? C'est l'affaire des historiens, des philosophes, certainement pas des politiques.

Texte dangereux et imbécile : la Turquie est un pays en croissance forte, avec lequel notre commerce extérieur était tout à la fois en croissance et excédentaire. Et voilà que l'on veut casser tout cela pour faire plaisir à quelques groupuscules arméniens qui se sont déclarés porteurs du vote communautaire, ce qui serait à vérifier, même si l'on peut comprendre que les Arméniens soient particulièrement sensibles à ces questions.

Pour ajouter la maladresse à la sottise, voilà que l'on apprend que Nicolas Sarkozy a promis au premier ministre turc que jamais le Parlement ne voterait ce texte.

Beaux dégâts pour des voix qui ne seront même pas acquises : qui peut en effet penser une seconde que les Français d'origine arménienne dont beaucoup sont installés en France depuis plusieurs générations se détermineront en fonction de ce seul texte?

La mort d'un dictateur

Les dictateurs sont capables de faire beaucoup de choses, obtenir de leur armée qu'elle tire sur le peuple, comme aujourd'hui en Syrie, affamer celui-ci, comme en Corée du Nord, l'embarquer dans des guerres sans fin, mais il est une chose qu'ils ne savent pas faire : cacher leur mort plus de quelques heures. On pourrait imaginer qu'ils réussissent à construire un régime qui leur survive et les maintienne, quoique mort, au sommet. Ce n'est pas faute d'essayer. Dans l'Egypte ancienne, ils se déclaraient divinité et se faisaient construire des temples mortuaires qui, s'ils ont passé les siècles ont rapidement été oubliés des contemporains. En l'URSS et dans le monde communiste, on les embaumait et faisait défiler devant des dépouilles admirablement conservées des foules silencieuses et forcément recueillies. Dans le monde contemporain, leurs proches tentent de les maintenir en vie aussi longtemps que possible, comme ce fut le cas pour Franco, mais dés qu'ils disparaissent, impossible de cacher la nouvelle très longtemps. Deux jours, pas plus en Corée du Nord, pays pourtant très secret. Le temps sans doute d'organiser la communication sur la succession et la succession elle-même pour donner le sentiment que tout est bien huilé, bien maîtrisé. Pas question que le peuple puisse, une seconde, imaginer une vacance à la tête de l'Etat. C'est sans doute cela qui force à annoncer cette mort. Le seul soupçon d'une absence à la tête de l'Etat lui ferait perdre aussitôt toute légitimité et toute force.

On connait depuis Kantorowicz la théorie des deux corps du roi, le corps politique qui ne peut pas mourir, et le corps physique qui est lui mortel. Cette succession coréenne semble confirmer sa thèse. Sauf, qu'elle s'appliquait au Moyen-Age et traitait de thématiques développées par les théoriciens, théologiens et canonistes d'avant la Renaissance.

mercredi, décembre 21, 2011

Quand la presse buvait les paroles de Nicolas Sarkozy

Les journalistes se plaignent régulièrement de ne pas avoir la confiance des Français. Mais comment pourrait-il en être autrement lorsque l'on voit une photo comme celle-ci, publiée ce matin dans Libération, qui pourrait servir de modèle à une représentation de la complaisance, comme en faisaient autrefois les peintres.

 Pas un ne marque la moindre réserve, la moindre distance. On peut imaginer que Nicolas Sarkozy ait été en la circonstance particulièrement drôle dans cette évocation du pénitent béat, mais tout de même… si l'on pouvait être séduit par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'intérieur, pouvait-on l'être par Claude Guéant que l'on devine derrière dans une position qui évoque celle du manipulateur de marionnettes. 

mardi, décembre 20, 2011

Europe : la panne démocratique

L'Europe est au bord de l'implosion, plus rien ne va et nous voyons cela passer devant nos téléviseurs sans rien y comprendre, sans que l'on nous informe. Nous sommes démunis, incapables d'agir, de retenir ce radeau qui sombre. Nous en serons victimes sans être pour rien responsables de quoi que ce soit. Il serait sans doute difficile, inutile et contre-productif d'organiser des referendum sur l'Europe tant le sujet est difficile, mais est-ce trop demander que de souhaiter voir les dirigeants européens, les Angela Merkel, Mario Monti, David Cameron, Nicolas Sarkozy… se réunir devant une caméra pour nous expliquer leurs différends, leurs projets, leurs ambitions. Ils nous doivent bien cela, non?

jeudi, décembre 15, 2011

Nicolas Sarkozy sauvé par l'Europe? Pas si sûr…

La crise européenne est souvent présentée par les éditorialistes comme une chance pour Nicolas Sarkozy de se refaire dans l'opinion, d'occuper le premier plan et de retrouver une image de Président qui s'occupe des affaires du monde quand son adversaire règle la dette de la Corrèze et se retrouve empêtré dans les affaires du PS. Mais est-ce bien sûr?

Quelle image ressort de ces sommets à répétition, de ces déclarations alarmistes, de ces chants de victoire qui se succèdent sans discontinuer? Une image positive. Pas si sûr.

Le Sarkozy que l'on voit à l'oeuvre se révèle brutal, pas très diplomate et plutôt mal élevé (faire attendre Papandréou, refuser de serrer la main de David Cameron), jamais en reste d'une contradiction (les eurobonds indispensables puis inutiles, le AAA capital, secondaire…), faible devant Angela Merkel, acceptant un renforcement des contrôles sur les budgets nationaux qui ne peut que hérisser les eurosceptiques, hâbleur (toutes ces proclamations définitives de victoire) et somme tout incompétent.

Brutal, faible, hâbleur, mal élevé, incompétent… Cela fait beaucoup pour un seul homme.

Drôle d'Hadopi à l'Elysée

C'est un post d'Arthur Goldhammer qui m'a intrigué : on aurait illégalement téléchargé des films à l'Elysée. Ce qui prête à sourire chez les inventeurs d'Hadopi. Arthur G., qui tenait l'information de Frédéric Martel, renvoie à un site (http://www.nikopik.com/cgi-sys) qui a mystérieusement disparu depuis qu'il l'a cité.


En d'autres temps, on aurait parlé de censure. Mais là…

mercredi, décembre 14, 2011

Noël sans décoration dans le 19ème arrondissement

La crise ne se voit guère dans les beaux quartiers mais elle se devine à de petits signes lorsqu'on les quitte pour des quartiers plus populaires, comme cette affichette collée le long de la station de métro Gambetta dans le vingtième arrondissement : les commerçants du quartier y indiquent que, crise oblige, ils ne financeront pas cette année les décorations lumineuses dans la rue, mais qu'ils verseront un chèque de 5000€ aux Resto du coeur.


L'Europe ne peut qu'être allemande

Cette crise de l'euro est aussi, et peut-être surtout, une crise de l'Europe qui vient de se conclure par la victoire de l'Allemagne et de son projet européen, victoire que vient de signer le départ de la Grande-Bretagne. On a beaucoup insisté sur l'opposition entre la France et la Grande-Bretagne, sur cette main de David Cameron qu'un Nicolas Sarkozy exaspéré a refusé de serrer. Et il est probable que la France n'a rien fait pour retenir les britanniques. Il me semble, cependant, qu'à l'inverse de ce qu'affirment à peu près tous les analystes, les britanniques étaient sur le fond du projet plus proches des Français que des Allemands. A l'inverse de l'Allemagne, de l'Italie ou de la Belgique, la Grande-Bretagne et la France sont deux pays anciens, organisés autour d'un pouvoir central puissant qui s'est trouvé de longues décennies à la tête d'empires coloniaux considérables. La souveraineté nationale, le contrôle par le centre du pays sont des notions qui ont, en Angleterre comme en France, nourri des dirigeants politiques qui n'imaginent pas l'Europe autrement que comme une extension de leur puissance. L'idée que celle-ci puisse être bridée par des institutions indépendantes, supranationales les hérissent au plus point. Sur ce point, nous sommes tous peu ou prou gaullistes. Ce que De Gaulle disait en 1962 pourrait être repris aujourd'hui par tous nos dirigeants : "C’est sur des éléments d’action, d’autorité, de responsabilité qu’on peut construire l’Europe. Quels éléments ? Eh bien, les États ! Car il n’y a que les États qui soient à cet égard valables, légitimes et capables de réaliser. J’ai déjà dit et je répète, qu’à l’heure qu’il est il ne peut pas y avoir d’autre Europe que celle des États, en dehors des mythes, des fictions, des parades."

Les Allemands (mais aussi les Italiens, les Espagnols, les Belges) sont dans une position toute différente. Ils ont l'expérience du fédéralisme, d'un pouvoir central contrôlé par des pouvoirs régionaux et par des institutions indépendantes. Or, on imagine mal pour l'Europe un autre modèle que celui-là. On ne voit pas quel européen pourrait accepter que Paris ou Berlin devienne la capitale de l'Europe comme Paris l'est de la France ou Londres de l'Angleterre. On ne voit pas comment on pourrait faire vivre ensemble tout un continent sans une bonne dose de fédéralisme. C'est ce modèle que les Allemands avaient en tête lorsqu'ils ont imposé l'indépendance de la banque centrale, c'est celui qu'Angela Merkel a défendu lorsqu'elle a voulu, au delà des considérations économiques, des dispositifs qui renforcent les contrôles sur les Etats membres. C'est ce modèle, naturel aux Allemands, c'est le leur depuis toujours, qu'a refusé la Grande-Bretagne. C'est sans doute aussi ce qui fonde l'hostilité grandissante à l'égard de l'Europe en France et les réserves qu'exprimait Hubert Védrine dans un article du Monde (Le fédéralisme n'est pas la solution miracle à la crise). L'Allemagne, l'Italie, l'Espagne ou la Belgique ont des modèles nationaux qui peuvent s'étendre à la dimension d'un continent. Ce n'est le cas ni de la Grande-Bretagne ni de la France malgré nos timides tentatives de décentralisation. Les Allemands n'ont pas seulement une économie plus forte, ils ont aussi un modèle démocratique mieux adapté à la construction européenne. Et, qu'on le veuille ou non, cela nous condamne à les suivre. Dit autrement, et malgré tous les discours sur l'axe franco-allemand, l'Europe s'inspirera plus des institutions allemandes que des notres.

mardi, décembre 13, 2011

Une carte pour expliquer le vote Le Pen

L'Usine Nouvelle, magazine industriel que la presse cite rarement mais dont les informations sont souvent intéressantes vient de publier une carte des emplois menacés en France. Il apparait à sa lecture qu'il n'est pas une partie du territoire qui soit épargnée mais aussi, et surtout, que les emplois menacés sont souvent dans des zones semi-rurales ou dans de petites villes, c'est-à-dire dans des régions où le marché du travail ne donne aux salariés qui perdent leur emploi aucune chance d'en retrouver un (même dégradé) à proximité de leur logement.



A la lire, on découvre que la France ne souffre pas tant de désindustrialisation, comme nous le disent aujourd'hui tous les candidats (les effectifs ouvriers diminuent partout, même en Chine) mais d'une politique d'aménagement du territoire qui a conduit les entreprises, depuis le début des années soixante, à s'installer dans des zones industrielles éloignées qui leur offraient mille avantages (terrain gratuit, main d'oeuvre bon marché, impôts locaux réduits…) mais qui n'étaient pas de taille suffisante à créer un marché de l'emploi susceptible de pallier les déficiences de l'un ou de l'autre.

Sur la désindustrialisation, voir également cette chronique.

mercredi, décembre 07, 2011

A qui la candidature de François Bayrou va-telle profiter?

En 2005, la candidature de François Bayrou avait largement mordu sur l'électorat socialiste et séduit tous ceux, nombreux, qui ne supportaient pas Ségolène Royal. Ce faisant, il avait facilité le transfert vers Nicolas Sarkozy d'électeurs qui penchent plutôt à gauche. Cette fois-ci, sa candidature pourrait avoir l'effet inverse : inciter des électeurs de droite qui ne supportent plus Nicolas Sarkozy à le délaisser, ce qui réduirait d'autant son score au premier tour et rendrait plus difficile son élection, surtout si une partie de ces électeurs choisissent de voler au secours de la victoire. Peut-elle faciliter l'arrivée de Marine Le Pen au second tour? Les sondages ne le suggèrent pas pour l'instant puisque l'écart entre la candidate du FN et Nicolas Sarkozy est de l'ordre de 7 points (17 contre 24) mais l'accord européen, ce qui ressemble à une victoire par KO d'Angela Merkel et l'annonce de pertes de souveraineté peuvent réveiller le sentiment national chez ces électeurs de droite qui avaient choisi le non au référendum sur Maastricht et qui aimeraient aujourd'hui revenir au franc (ils seraient un tiers, dit-on, à reprendre cet élément du programme de Marine Le Pen). Nicolas Sarkozy risque, en l'affaire, de se retrouver face à une coalition très large qui associe, dans le refus de ce rabibochage dont chacun devine qu'il ne tiendra pas longtemps, l'extrême-gauche, l'extrême droite et le Parti Socialiste, ceux qui se soucient de démocratie et ceux qui s'inclinent chaque matin devant le drapeau. Il aura bien du mal à justifier des pertes de souveraineté autrement graves que l'oubli de la marseillaise sur les terrains de foot.