vendredi, janvier 06, 2012

Villepin à 8%?

C'est ce qu'annonce Thierry Desjardins qui dit tenir son information d'un ancien collègue du Figaro. Le chiffre n'aurait pas été publié à la demande de l'Elysée "hystérique". C'est plausible : Villepin peut espérer réunir les vieux gaullistes, bonapartistes de toutes sortes et nostalgiques du beau style, qui doivent bien peser cela, et tous ceux que ses propositions de salaire citoyen ont séduit (j'en connais, personnellement). Mais si l'Elysée est intervenu, pouvait-il un instant penser que cela resterait confidentiel?

Reste, évidemment, à Dominique de Villepin à obtenir ses signatures, ce qui ne va pas de soi puisqu'il semble que d'autres, et non des moindres comme Marine Le Pen, peinent à obtenir les leurs.

mercredi, janvier 04, 2012

Seafrance : improvisation au sommet de l'Etat

La Scop qui envisage de reprendre les salariés de Seafrance vient de rejeter les propositions de l'Elysée au nom de l'insécurité juridique qu'elle créerait : la solution préconisée par l'Elysée suppose en effet une liquidation qui contraindrait la Scop à négocier de nouveaux accords avec les ports sans garantie de succès. Belle gifle pour Nicolas Sarkozy qui vient une nouvelle fois de montrer l'amateurisme et l'improvisation de tant de ses décisions. A ne penser qu'à l'impact de celles-ci sur l'opinion, il en oublie que nous vivons dans un monde complexe où la seule volonté d'un homme ne peut faire changer durablement les choses.

Sans doute saura-t-il se tirer de ce mauvais pas comme il a fait de bien d'autres avant, mais tout cela confirme ce que l'on devrait appeler son défaut de méthode de gouvernement.
Le CSA a tranché et indiqué les règles de la campagne présidentielle sur les radios et télévision. Voici comment le Monde les résume :


On voit tout de suite que cela ne sera pas simple à gérer : on imagine déjà le casse-tête des personnes chargées de gérer tout cela. Bien des antennes risquent de limiter au maximum leurs émissions politiques pour ne pas perdre leurs auditeurs tant des émissions politiques trop équitables risquent de devenir rapidement ennuyeuses. 

A trop vouloir jouer le jeu de l'égalité, le CSA a probablement tué la campagne électorale de premier tour à la télévision (au second tour ce sera naturellement plus simple). Ce qui devrait inciter les grands candidats, ceux qui ont des troupes et des moyens financiers à reporter leurs efforts sur des techniques plus traditionnelles, meetings en province, rencontres avec les Français, interviews dans la presse régionale… C'est certainement plus fatigant, mais cela permet de nouer un lien plus étroit avec les Français. Nicolas Sarkozy et François Hollande l'ont compris qui ont choisi de parcourir la France en tous sens.


2011 : l'année de l'automatisation des services

Ce sera probablement passé inaperçu au milieu de toutes les autres nouvelles de l'année qui vient de se terminer, mais 2011 aura été, en France et probablement ailleurs dans le monde développé, l'année de l'automatisation systématique de trois grands services au public, la banque, la grande distribution et la poste.

Cela s'est fait presque discrètement et plutôt à la satisfaction des consommateurs qui ont vu les queues devant les caisses et les guichets diminuer et les agents et employés changer de métier et devenir conseil et soutien. Si ce mouvement se confirme, comme on peut le supposer, les jeunes gens nés en ce début du siècle ne pourront plus comprendre ce que voulait dire W.C.Fields dans ce délicieux petit sketch :


Tout n'est pas encore complètement stabilisé. La grande distribution semble encore hésiter entre plusieurs modèles (le "drive" : commandes passées sur internet, le client va chercher au dépôt sa commande ; le passage aux caisses mains libres : le client scanne ses achats et passe devant une caisse où la caissière fait une vérification statistique ; les caisses avec douchette aussi dites self-scanning : le client scanne ses produits devant une employée qui le conseille et contrôle), mais le pli est pris. Même chose dans les banques : tous les grands réseaux ont  transformé leurs agences en boutiques à automates et pour la poste.

Si cela peut passer pour une bonne nouvelle pour les clients (service plus rapide, agents aux comportements plus commerciaux), on peut douter que c'en soit une pour l'emploi. Il y a plus de trente ans, le rapport Nora-Minc sur l'informatisation de la société française annonçait une hécatombe dans les emplois de service, notamment dans la banque. Il ne s'était jusqu'à présent rien produit de tel. Mais cette automatisation systématique annonce une réévaluation massive et rapide des politiques des ressources humaines de ces entreprises de service et une réduction programmée de leurs effectifs. Avec les caisses automatiques que l'on trouve dans la grande distribution, une employée fait aujourd'hui le travail de quatre caissières. Il serait bien surprenant que les grandes enseignes n'en tirent pas rapidement les conséquences (peut-être même même est-ce déjà fait dans ces magasins type monop ou Carrefour Market qui se multiplient, à mi-chemin entre la supérette et l'hypermarché).


Les gains de productivité sont en général accompagnés d'une augmentation des rémunérations des salariés qui conservent leur emploi. Ne serait-ce que parce que le contenu de l'emploi change : conseiller et contrôler n'est pas la même chose que passer des articles devant un scanner. Est-ce que ce sera le cas cette fois-ci? On peut en douter, ne serait-ce que parce qu'un chômage croissant exercera une pression sur les salaires.

mardi, janvier 03, 2012

Hollande : ce qui fait un bon texte

François Hollande vient donc de publier le texte qui doit (re)lancer sa campagne. Texte que publie intégralement Libération dans sa livraison de ce matin au moment même où l’affaire Karachi vient mettre de nouveaux bâtons dans les jambes de Nicolas Sarkosy. Difficile de trouver meilleur moment. Difficile également de faire texte mieux construit, plus efficace. On devine, à le lire, qu’il a été préparé et travaillé jusqu’à la dernière minute et qu’il devrait toucher juste et modifier sensiblement l’image un peu floue que donnait Hollande ces dernières semaines.

C’est un texte ferme, incisif, qui attaque dans le vif Nicolas Sarkozy là où cela fait mal : son inconstance, les mesures prises en faveur des privilégiés, son inefficacité en matière européenne, la dégradation de la France : «Un mandat se juge sur des résultats, une politique sur sa cohérence, un caractère sur sa constance.» Et qui propose des formules qui font mouche : «J’entends déjà les lieutenants paniqués de Nicolas Sarkozy prétendre que dans la tempête il ne serait pas sage de changer le capitaine. Ce qui prête à sourire quand le navire s’est échoué» et, quelques lignes plus loin, cette autre formule qui se prête à déclinaison dans les conversations de toutes sortes : «plutôt que de reconduire un président qui aurait tellement changé, pourquoi ne pas changer de président, tout simplement?» On remarquera le p minuscule à président quand tant d’autres auraient is une majuscule : présidence normale, dit-il…

Un texte riche en allusions de toutes sortes. Au saint-simonisme, d’abord, qui a tant nourri nos élites administratives et économiques : «Nos ouvriers, nos techniciens, nos chercheurs, nos savants, nos fonctionnaires…» On s’attendrait presque à ce qu’il les oppose aux rentiers, aux héritiers, mais ce n’est pas nécessaire. Nous avons tous cette musique dans les oreilles. Aux slogans de la gauche qui manifeste, ensuite : «l’angoisse est partout, la confiance nulle part» évoque le «la police est partout, a justice nulle part» de l’extrême-gauche dont il reprend le vocabulaire pour parler de la crise : «mondialisation débridée, arrogance et cupidité des élites financières, libéralisme effréné…». A l’histoire, enfin, avec ces cent-dix jours qui renvoient à ces cent jours qui ont justement duré cent-dix jours et se sont conclus par le départ de Napoléon.

Un texte qui ne s’attarde pas sur la critique de Nicolas Sarkozy, elle a si souvent été faite quoique rarement avec autant de vigueur, mais qui poursuit avec les quelques idées simples et fortes qui vont guider son programme dans les mois à venir : la vérité, la volonté, la justice (le mot revient plusieurs fois), l’espérance, c’est-à-dire le retour de la confiance en l’avenir. Un programme qu’il ne décline pas ce qui laisse peu de prise à ses adversaires qui seraient tombés comme vérole sur le bas clergé sur des mesures plus détaillées.

En un mot, un excellent texte qui devrait lui servir de socle pour une campagne qu’il semble avoir choisi de mener au plus près des Français, ce qui est sans doute ce qu’ils attendent. Et ce qui devrait se révéler d’autant plus nécessaire que les nouvelles règles du CSA vont rendre à peu près insupportable la campagne audiovisuelle.


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lundi, décembre 26, 2011

Nombrilisme américain

Dans les pages nécrologie du Monde de ce jour (le Carnet), il y a un anniversaire de décès. Alain Touraine, Marisol Touraine, ses enfants, neveux… rappellent qu'ils ont perdu il y a vingt et un ans déjà Adriana Touraine née Arenas. Devinant que c'était l'épouse d'Alain, mais voulant le vérifier, je vais sur Google où je tombe sur cet article de l'Encyclopedia of World Biography qui raconte la vie de Touraine vue par des Américains. Je m'en voudrais de faire preuve du moindre anti-américanisme primaire, secondaire ou tertiaire mais… à le lire on a le sentiment que Touraine n'existe que par les Etats-Unis, que tous les intellectuels français ont fait leurs classes rue d'Ulm, que 1968 est une affaire américaine, surtout pour un français enseignant à Nanterre, ce qui était alors le cas de Touraine… Tout cela prêterait à sourire si ces biographies étaient insignifiantes. On peut malheureusement craindre qu'il ne reste que cela de Touraine, ce qui serait dommage…

PS. Ayant eu tout récemment eu l'occasion de relire le petit livre de Touraine sur la société post-industrielle, j'ai été frappé de ce qu'il paraissait daté, non par les idées qu'il défend mais par sa manière d'écrire. Ses textes seraient-ils aujourd'hui publiés dans les revues savantes? Ce n'est pas certain. Ce qui me rappelle une anecdote que me racontait ma fille à propos d'Howard Becker, autre sociologue de grande qualité. Présent à Paris, ville qu'il fréquente semble-t-il beaucoup, il est invité  parler à l'EHESS. Il y raconte qu'un de ses amis, responsable de l'American Sociological Review, lui reproche de ne pas lui avoir envoyé récemment de papier. Becker lui répond : mais je pense que vous n'en voudriez pas. Mais si, mais si, répond l'autre. Becker s'exécute donc et envoie deux papier, l'un sous son nom, l'autre sous un pseudonyme. Il craignait que un refus pour le second mais pensait que le premier serait accepté au seul vu de son nom. Erreur : aucun des deux ne fut retenu. Etaient-ils moins bons que ce que l'on publie d'ordinaire dans cette revue? C'est possible mais… peu probable tant Howard Becker dépasse de la tête et des épaules tous ceux qui écrivent depuis quelques années dans cette revue. Mais peut-être ne respectait-il pas les nouvelles normes scientifiques… Ces normes qui oblige à tout sourcer. Vous voulez dire que le ciel est bleu, vite une référence récente, forcément récente, pensez aux carrières qui se construisent. Résultat, cela donne : "le ciel est bleu (Tartempion, 1998)." C'est mieux, non?

La Turquie, le commerce extérieur

Notre commerce extérieur touche le fond. C'est une des causes de notre endettement. C'est le moment que choisit le parlement pour voter un texte dangereux : quelle autorité ont donc des parlementaires pour décider de ce qu'est un génocide? C'est l'affaire des historiens, des philosophes, certainement pas des politiques.

Texte dangereux et imbécile : la Turquie est un pays en croissance forte, avec lequel notre commerce extérieur était tout à la fois en croissance et excédentaire. Et voilà que l'on veut casser tout cela pour faire plaisir à quelques groupuscules arméniens qui se sont déclarés porteurs du vote communautaire, ce qui serait à vérifier, même si l'on peut comprendre que les Arméniens soient particulièrement sensibles à ces questions.

Pour ajouter la maladresse à la sottise, voilà que l'on apprend que Nicolas Sarkozy a promis au premier ministre turc que jamais le Parlement ne voterait ce texte.

Beaux dégâts pour des voix qui ne seront même pas acquises : qui peut en effet penser une seconde que les Français d'origine arménienne dont beaucoup sont installés en France depuis plusieurs générations se détermineront en fonction de ce seul texte?

La mort d'un dictateur

Les dictateurs sont capables de faire beaucoup de choses, obtenir de leur armée qu'elle tire sur le peuple, comme aujourd'hui en Syrie, affamer celui-ci, comme en Corée du Nord, l'embarquer dans des guerres sans fin, mais il est une chose qu'ils ne savent pas faire : cacher leur mort plus de quelques heures. On pourrait imaginer qu'ils réussissent à construire un régime qui leur survive et les maintienne, quoique mort, au sommet. Ce n'est pas faute d'essayer. Dans l'Egypte ancienne, ils se déclaraient divinité et se faisaient construire des temples mortuaires qui, s'ils ont passé les siècles ont rapidement été oubliés des contemporains. En l'URSS et dans le monde communiste, on les embaumait et faisait défiler devant des dépouilles admirablement conservées des foules silencieuses et forcément recueillies. Dans le monde contemporain, leurs proches tentent de les maintenir en vie aussi longtemps que possible, comme ce fut le cas pour Franco, mais dés qu'ils disparaissent, impossible de cacher la nouvelle très longtemps. Deux jours, pas plus en Corée du Nord, pays pourtant très secret. Le temps sans doute d'organiser la communication sur la succession et la succession elle-même pour donner le sentiment que tout est bien huilé, bien maîtrisé. Pas question que le peuple puisse, une seconde, imaginer une vacance à la tête de l'Etat. C'est sans doute cela qui force à annoncer cette mort. Le seul soupçon d'une absence à la tête de l'Etat lui ferait perdre aussitôt toute légitimité et toute force.

On connait depuis Kantorowicz la théorie des deux corps du roi, le corps politique qui ne peut pas mourir, et le corps physique qui est lui mortel. Cette succession coréenne semble confirmer sa thèse. Sauf, qu'elle s'appliquait au Moyen-Age et traitait de thématiques développées par les théoriciens, théologiens et canonistes d'avant la Renaissance.

mercredi, décembre 21, 2011

Quand la presse buvait les paroles de Nicolas Sarkozy

Les journalistes se plaignent régulièrement de ne pas avoir la confiance des Français. Mais comment pourrait-il en être autrement lorsque l'on voit une photo comme celle-ci, publiée ce matin dans Libération, qui pourrait servir de modèle à une représentation de la complaisance, comme en faisaient autrefois les peintres.

 Pas un ne marque la moindre réserve, la moindre distance. On peut imaginer que Nicolas Sarkozy ait été en la circonstance particulièrement drôle dans cette évocation du pénitent béat, mais tout de même… si l'on pouvait être séduit par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'intérieur, pouvait-on l'être par Claude Guéant que l'on devine derrière dans une position qui évoque celle du manipulateur de marionnettes. 

mardi, décembre 20, 2011

Europe : la panne démocratique

L'Europe est au bord de l'implosion, plus rien ne va et nous voyons cela passer devant nos téléviseurs sans rien y comprendre, sans que l'on nous informe. Nous sommes démunis, incapables d'agir, de retenir ce radeau qui sombre. Nous en serons victimes sans être pour rien responsables de quoi que ce soit. Il serait sans doute difficile, inutile et contre-productif d'organiser des referendum sur l'Europe tant le sujet est difficile, mais est-ce trop demander que de souhaiter voir les dirigeants européens, les Angela Merkel, Mario Monti, David Cameron, Nicolas Sarkozy… se réunir devant une caméra pour nous expliquer leurs différends, leurs projets, leurs ambitions. Ils nous doivent bien cela, non?

jeudi, décembre 15, 2011

Nicolas Sarkozy sauvé par l'Europe? Pas si sûr…

La crise européenne est souvent présentée par les éditorialistes comme une chance pour Nicolas Sarkozy de se refaire dans l'opinion, d'occuper le premier plan et de retrouver une image de Président qui s'occupe des affaires du monde quand son adversaire règle la dette de la Corrèze et se retrouve empêtré dans les affaires du PS. Mais est-ce bien sûr?

Quelle image ressort de ces sommets à répétition, de ces déclarations alarmistes, de ces chants de victoire qui se succèdent sans discontinuer? Une image positive. Pas si sûr.

Le Sarkozy que l'on voit à l'oeuvre se révèle brutal, pas très diplomate et plutôt mal élevé (faire attendre Papandréou, refuser de serrer la main de David Cameron), jamais en reste d'une contradiction (les eurobonds indispensables puis inutiles, le AAA capital, secondaire…), faible devant Angela Merkel, acceptant un renforcement des contrôles sur les budgets nationaux qui ne peut que hérisser les eurosceptiques, hâbleur (toutes ces proclamations définitives de victoire) et somme tout incompétent.

Brutal, faible, hâbleur, mal élevé, incompétent… Cela fait beaucoup pour un seul homme.

Drôle d'Hadopi à l'Elysée

C'est un post d'Arthur Goldhammer qui m'a intrigué : on aurait illégalement téléchargé des films à l'Elysée. Ce qui prête à sourire chez les inventeurs d'Hadopi. Arthur G., qui tenait l'information de Frédéric Martel, renvoie à un site (http://www.nikopik.com/cgi-sys) qui a mystérieusement disparu depuis qu'il l'a cité.


En d'autres temps, on aurait parlé de censure. Mais là…

mercredi, décembre 14, 2011

Noël sans décoration dans le 19ème arrondissement

La crise ne se voit guère dans les beaux quartiers mais elle se devine à de petits signes lorsqu'on les quitte pour des quartiers plus populaires, comme cette affichette collée le long de la station de métro Gambetta dans le vingtième arrondissement : les commerçants du quartier y indiquent que, crise oblige, ils ne financeront pas cette année les décorations lumineuses dans la rue, mais qu'ils verseront un chèque de 5000€ aux Resto du coeur.


L'Europe ne peut qu'être allemande

Cette crise de l'euro est aussi, et peut-être surtout, une crise de l'Europe qui vient de se conclure par la victoire de l'Allemagne et de son projet européen, victoire que vient de signer le départ de la Grande-Bretagne. On a beaucoup insisté sur l'opposition entre la France et la Grande-Bretagne, sur cette main de David Cameron qu'un Nicolas Sarkozy exaspéré a refusé de serrer. Et il est probable que la France n'a rien fait pour retenir les britanniques. Il me semble, cependant, qu'à l'inverse de ce qu'affirment à peu près tous les analystes, les britanniques étaient sur le fond du projet plus proches des Français que des Allemands. A l'inverse de l'Allemagne, de l'Italie ou de la Belgique, la Grande-Bretagne et la France sont deux pays anciens, organisés autour d'un pouvoir central puissant qui s'est trouvé de longues décennies à la tête d'empires coloniaux considérables. La souveraineté nationale, le contrôle par le centre du pays sont des notions qui ont, en Angleterre comme en France, nourri des dirigeants politiques qui n'imaginent pas l'Europe autrement que comme une extension de leur puissance. L'idée que celle-ci puisse être bridée par des institutions indépendantes, supranationales les hérissent au plus point. Sur ce point, nous sommes tous peu ou prou gaullistes. Ce que De Gaulle disait en 1962 pourrait être repris aujourd'hui par tous nos dirigeants : "C’est sur des éléments d’action, d’autorité, de responsabilité qu’on peut construire l’Europe. Quels éléments ? Eh bien, les États ! Car il n’y a que les États qui soient à cet égard valables, légitimes et capables de réaliser. J’ai déjà dit et je répète, qu’à l’heure qu’il est il ne peut pas y avoir d’autre Europe que celle des États, en dehors des mythes, des fictions, des parades."

Les Allemands (mais aussi les Italiens, les Espagnols, les Belges) sont dans une position toute différente. Ils ont l'expérience du fédéralisme, d'un pouvoir central contrôlé par des pouvoirs régionaux et par des institutions indépendantes. Or, on imagine mal pour l'Europe un autre modèle que celui-là. On ne voit pas quel européen pourrait accepter que Paris ou Berlin devienne la capitale de l'Europe comme Paris l'est de la France ou Londres de l'Angleterre. On ne voit pas comment on pourrait faire vivre ensemble tout un continent sans une bonne dose de fédéralisme. C'est ce modèle que les Allemands avaient en tête lorsqu'ils ont imposé l'indépendance de la banque centrale, c'est celui qu'Angela Merkel a défendu lorsqu'elle a voulu, au delà des considérations économiques, des dispositifs qui renforcent les contrôles sur les Etats membres. C'est ce modèle, naturel aux Allemands, c'est le leur depuis toujours, qu'a refusé la Grande-Bretagne. C'est sans doute aussi ce qui fonde l'hostilité grandissante à l'égard de l'Europe en France et les réserves qu'exprimait Hubert Védrine dans un article du Monde (Le fédéralisme n'est pas la solution miracle à la crise). L'Allemagne, l'Italie, l'Espagne ou la Belgique ont des modèles nationaux qui peuvent s'étendre à la dimension d'un continent. Ce n'est le cas ni de la Grande-Bretagne ni de la France malgré nos timides tentatives de décentralisation. Les Allemands n'ont pas seulement une économie plus forte, ils ont aussi un modèle démocratique mieux adapté à la construction européenne. Et, qu'on le veuille ou non, cela nous condamne à les suivre. Dit autrement, et malgré tous les discours sur l'axe franco-allemand, l'Europe s'inspirera plus des institutions allemandes que des notres.

mardi, décembre 13, 2011

Une carte pour expliquer le vote Le Pen

L'Usine Nouvelle, magazine industriel que la presse cite rarement mais dont les informations sont souvent intéressantes vient de publier une carte des emplois menacés en France. Il apparait à sa lecture qu'il n'est pas une partie du territoire qui soit épargnée mais aussi, et surtout, que les emplois menacés sont souvent dans des zones semi-rurales ou dans de petites villes, c'est-à-dire dans des régions où le marché du travail ne donne aux salariés qui perdent leur emploi aucune chance d'en retrouver un (même dégradé) à proximité de leur logement.



A la lire, on découvre que la France ne souffre pas tant de désindustrialisation, comme nous le disent aujourd'hui tous les candidats (les effectifs ouvriers diminuent partout, même en Chine) mais d'une politique d'aménagement du territoire qui a conduit les entreprises, depuis le début des années soixante, à s'installer dans des zones industrielles éloignées qui leur offraient mille avantages (terrain gratuit, main d'oeuvre bon marché, impôts locaux réduits…) mais qui n'étaient pas de taille suffisante à créer un marché de l'emploi susceptible de pallier les déficiences de l'un ou de l'autre.

Sur la désindustrialisation, voir également cette chronique.

mercredi, décembre 07, 2011

A qui la candidature de François Bayrou va-telle profiter?

En 2005, la candidature de François Bayrou avait largement mordu sur l'électorat socialiste et séduit tous ceux, nombreux, qui ne supportaient pas Ségolène Royal. Ce faisant, il avait facilité le transfert vers Nicolas Sarkozy d'électeurs qui penchent plutôt à gauche. Cette fois-ci, sa candidature pourrait avoir l'effet inverse : inciter des électeurs de droite qui ne supportent plus Nicolas Sarkozy à le délaisser, ce qui réduirait d'autant son score au premier tour et rendrait plus difficile son élection, surtout si une partie de ces électeurs choisissent de voler au secours de la victoire. Peut-elle faciliter l'arrivée de Marine Le Pen au second tour? Les sondages ne le suggèrent pas pour l'instant puisque l'écart entre la candidate du FN et Nicolas Sarkozy est de l'ordre de 7 points (17 contre 24) mais l'accord européen, ce qui ressemble à une victoire par KO d'Angela Merkel et l'annonce de pertes de souveraineté peuvent réveiller le sentiment national chez ces électeurs de droite qui avaient choisi le non au référendum sur Maastricht et qui aimeraient aujourd'hui revenir au franc (ils seraient un tiers, dit-on, à reprendre cet élément du programme de Marine Le Pen). Nicolas Sarkozy risque, en l'affaire, de se retrouver face à une coalition très large qui associe, dans le refus de ce rabibochage dont chacun devine qu'il ne tiendra pas longtemps, l'extrême-gauche, l'extrême droite et le Parti Socialiste, ceux qui se soucient de démocratie et ceux qui s'inclinent chaque matin devant le drapeau. Il aura bien du mal à justifier des pertes de souveraineté autrement graves que l'oubli de la marseillaise sur les terrains de foot.  

mercredi, novembre 30, 2011

La droite s'emballe…

Lorsque l'on fait de l'équitation, on sait qu'il arrive que les chevaux s'emballent et qu'il est alors très difficile de les ramener à la raison. C'est ce qui arrive aujourd'hui à la droite parlementaire. Obsédée par le risque d'un mai 2002 à l'envers, elle s'est déportée vers le Front National. Le risque de voir Marine Le Pen au second tour semble s'éloigner, mais pour éviter un mauvais report des voix, la droite continue sur la même pente et fait de l'étranger et des jeunes (surtout s'ils sont délinquants) un bouc émissaire. Hier Jean-Pierre Raffarin, que l'on a connu plus raisonnable, évoquait des gamins de douze ans armés de Kalachnikoff attaquant les braves citoyens. Et l'on se demande jusqu'où l'on ira dans l'absurdité.

L'UMP veut rendre plus difficile l'accès à la nationalité pour les enfants nés en France de parents étrangers et "rendre possible les travaux de réparation des actes commis dès 12 ans" mais ses juristes ont-ils oublié que le droit international du travail interdit d'imposer le moindre travail avant 16 ans et ses élus ont-ils perdu tout bon sens? Comme l'expliquait Nadine Morano, que l'on ne peut cependant pas soupçonner de tendresse à l'égard des délinquants, jusqu'où va-t-on descendre? Jusqu'aux enfants de 8 ou 9 ans?

Tout cela se situe bien dans la droite ligne des propositions du FN. A ceci près que celui-ci n'a pas besoin d'en faire état et de le crier sur tous les toits puisque cela fait partie de son ADN. Ce qui lui permet d'avancer sur d'autres fronts, de se présenter comme le premier parti ouvrier et le digne héritier de Georges Marchais (on n'y est pas encore, mais j'imagine bien Marine Le Pen ayant un jour ou l'autre quelque mot aimable pour celui qui déclarait en 1981 : "En raison de la la présence en France de près de quatre millions et demi de travailleurs immigrés et de membres de leur familles, la poursuite de l’immigration pose aujourd’hui de graves problèmes. Il faut les regarder en face et prendre rapidement les mesures indispensables. La cote d’alerte est atteinte. (…) C’est pourquoi nous disons : il faut arrêter l’immigration, sous peine de jeter de nouveaux travailleurs au chômage. Je précise bien : il faut stopper l’immigration officielle et clandestine.Il faut résoudre l’important problème posé dans la vie locale française par l’immigration." Les sites d'extrême-droite, comme ici, là ou là,  font d'ores et déjà leurs délices de cette déclaration reprise de l'Humanité).

En se laissant déporter ainsi de plus en plus à droite, l'UMP prend le risque de se couper du monde des entreprises qui sait, mieux que quiconque, les vertus d'une politique d'immigration ouverte, mais aussi, ce qui est sans doute plus grave, d'une opinion bien plus libérale et ouverte que ne le disent les ténors de la droite populaire. Ainsi, vient-on de découvrir qu'elle était dans sa grande majorité (61%) favorable au vote des étrangers aux élections municipales (Le Parisien Libéré). D'autres sondages nous diront sans doute demain qu'elle est favorable au maintien de l'acquisition automatique de la nationalité aux enfants nés de parents étrangers.

Tout se passe comme si la droite ignorait la réalité sociologique des classes populaires de plus en plus composées de gens dont les parents sont venus d'ailleurs. La société française n'est pas scindée, clivée, elle est mêlée, il suffit de se promener dans les rues du Paris populaire pour le découvrir.

En tapant sur étrangers et leurs enfants elle s'enferme dans un piège dont le Front National est en train justement de sortir en laissant à d'autres le soin de développer son discours populiste traditionnel pour en développer un nouveau sur le protectionisme qui touche directement les salariés qui ont perdu leur emploi ou qui craignent de le perdre.

lundi, novembre 28, 2011

Pour la défense d'Eva Joly

Peu de gens ont pris la défense d'Eva Joly qui parait bien seule (et seule, elle l'est effectivement : je l'ai croisée l'autre jour au Select seule avec un journaliste sans personne pour l'accompagner, la soutenir, voire la protéger. Imagine-t-on cela au PS ou à l'UMP?). Mais a-t-elle eu tort de refuser de dire pour qui elle voterait pour  au second tour? On comprend l'agacement des socialistes, mais la réaction des écologistes laisse pantois. Pourquoi avoir un candidat si ce n'est avec l'espoir de l'emporter? Pour mieux négocier un programme de second tour avec le candidat arrivé en tête? Mais il ne fallait pas alors signer un accord électoral avec les socialistes.

Si Eva Joly prend au sérieux sa candidature, et pourquoi continuer un marathon épuisant si l'on ne garde un petit espoir de gagner?, elle ne peut évidemment pas annoncer avant même le début de la campagne qu'elle n'a aucune chance d'être au second tour.

On lui a également reproché son intransigeance sur le nucléaire. On peut là encore penser qu'elle a tort, mais le combat contre le nucléaire est génétiquement associé à l'écologisme. A trop l'oublier, les Duflot et autres Placé ont surtout montré leur ambition politique. Leur programme compte moins que des circonscriptions susceptibles d'être gagnées.

J'ajouterai qu'à ainsi la déconsidérer, les écologistes ont rendu sa candidature inutile et affaibli celle de François Hollande qui n'aura pas, au second tour, de réserve de voix du coté des écologistes, et qui ne trouve pas aujourd'hui, sur sa gauche, une candidate qui réponde fermement à Nicolas Sarkozy et tacle ses déclarations imbéciles sur le retour à la bougie. La position centrale qu'a choisie François Hollande sur de nombreux sujets, dont celui du nucléaire, suppose qu'il trouve sur sa gauche des gens qui le tirent de ce coté et lui permettent de passer pour raisonnable. Le pire qui pourrait lui arriver est que ses deux adversaires de gauche s'effondrent et deviennent inaudibles.

samedi, novembre 26, 2011

Critiques cultivés? A demi…

Je regardais tôt ce matin une émission culturelle sur Paris-Première : Ca balance à Paris, une sorte de masque et la plume qu'anime Eric Naulleau avec quelques jolies frimousses (dont celle de la très blonde Adélaïde de Clermont-Tonnerre) et plusieurs quinquagénaires mal rasés et plutôt négligés. La formule est convenue, mais l'ensemble est vif et parfois amusant. On y parle théâtre, cinéma, littérature, toujours en quelques secondes, mais aussi de musique, de rock, de chanson, de variétés, jamais de musique classique ou contemporaine, d'opéra, de concert ou de danse. N'est-ce pas de la culture? Ou n'est-ce pas plutôt que nos critiques tous terrains sont d'une ignorance crasse en la matière? Mais sont-ils les seuls?

Ivo Malec me faisait récemment remarquer que les gens cultivés n'ont souvent, en France, de références musicales que dans la chansonnette. C'est vrai. Mais pourquoi? On peut avancer plusieurs explications sans qu'aucune soit vraiment convaincante :
- L'éducation musicale depuis toujours négligée en France? C'est vrai, mais les salles de concert sont pleines ;
- A l'inverse d'un film ou d'une pièce de théâtre, les concerts se donnent rarement plusieurs fois, ce qui interdit au critique de les recommander? Sans doute, mais cela ne vaut pas pour les disques ;
- Les critiques n'ont aucune formation musicale et seraient donc bien en peine de porter un jugement ayant quelque apparence de sérieux? Probable, mais il existe des critiques de musique qui savent lire et vont aussi au cinéma. Ils seraient tout à fait à leur place dans ce genre d'émission ;
- Cela ennuierait le public? Peut-être, mais pourquoi plus que des discussions sur une pièce de théâtre ou un roman?
- Il est difficile de parler de musique? C'est vrai, mais la tribune des critiques d'Armand Panigel et toutes les émissions construites depuis sur le même modèle, que l'on peut entendre sur France Musique, montrent que ce n'est pas impossible (que l'on peut même y faire preuve de beaucoup de méchanceté) ;
- La critique, partie prenante de l'industrie culturelle, privilégie les niches les plus "rentables"? C'est l'explication la plus convaincante. Je ne suis cependant pas sûr qu'elle suffise…


DSK : le feuilleton continue

L'affaire DSK ressemble de plus en plus à un de ces feuilletons télévisés qui se nourrissent, semaine après semaine de nouveaux rebondissements. C'est, cette fois-ci, la thèse du complot qui ressurgit depuis les Etats-Unis avec le travail méticuleux d'un de ces journalistes d'investigation qui refont le travail de la police et que l'on aime tant voir à la télévision : seul contre tous, ils réussissent à démêler ce que la police, avec tous ses inspecteurs, a laissé passer.

La lecture des extraits de son article que donne Le Monde est effectivement troublante (et bien plus facile à comprendre que les longs développements sur l'affaire Takiedine que raconte régulièrement Médiapart). Le plus étonnant est, sans doute, ce passage qui fait penser que l'UMP avait accès aux conversations privées de DSK : "Une amie de l'ancien directeur du FMI, qui travaille comme documentaliste au siège parisien de l'UMP, lui a envoyé un message dans la matinée pour le prévenir "qu'au moins un de ces e-mails privés récemment envoyés depuis son BlackBerry à son épouse, Anne Sinclair, avait été lu dans les bureaux de l'UMP à Paris."

Si c'est avéré, ce serait effectivement très grave, à peu près aussi grave que le Watergate, et pourrait donner un cours nouveau à l'élection présidentielle. L'avantage est que cela devrait pouvoir être facilement vérifié : DSK doit pouvoir le confirmer et la documentaliste, si elle existe, doit être assez facile à retrouver. Quant au blackberry trafiqué, il doit être assez facile de savoir s'il a effectivement disparu.