dimanche, janvier 27, 2013

La stratégie Buisson éclairée…

Laurent Ruquier avait hier invité dans son émission qui n'est plus tant de divertissement que cela, Michèle Tabarot, n°2 de l'UMP, copéiste de choc, ce qui nous a permis d'apprendre qu'elle était la fille d'un des responsables de l'OAS à Oran, l'une des villes où les terroristes pied-noir ont été les plus violents.


Les journalistes présents ont essayé, sans le moindre succès, de lui faire dire qu'elle condamnait les méthodes de son père et de ses amis (assassinats de civils, de militaires français…), mais rien n'y a fait. Elle est restée droite dans ses bottes.

C'est, bien sûr, son affaire, mais l'on comprend mieux, lorsque l'on connait son histoire et l'activité de son père dans l'Espagne franquiste, la stratégie de Nicolas Sarkozy et de Patrick Buisson qu'a reprise Copé : récupérer le vote Front National dans le Sud-Est en s'appuyant sur ceux qui contrôlent les associations, les amicales, tout le tissu associatif pied-noir, tissu longtemps mis au service du Front National, d'où les succès de celui-ci dans la région qu'ils voudraient aujourd'hui détourner au profit de l'UMP. Est-ce que cela peut marcher? Les nostalgiques de l'Algérie française sont aujourd'hui très âgés et leurs enfants, bien intégrés, ont pour l'essentiel, retrouvé les réflexes politiques de leurs grands-parents qui étaient plus au centre et à gauche qu'à droite.

Ceci dit, on aurait aimé savoir pourquoi cette anti-gaulliste de conviction a rejoint la famille libérale plutôt que le FN. 

jeudi, janvier 24, 2013

Ségolène en aiguillon tandis que Valérie Trierweilier restaure lentement son image

Ségolène Royal a choisi de jouer le rôle de l'aiguillon, ce qu'elle faisait il y a deux jours dans un entretien aux Echos où elle presse le gouvernement d'aller plus dans la création de la BPI :
Le régions souhaitent que les choses aillent plus vite car les entrepreneur se sentent mal aimés et souffrent de l'absence de moyens pour agir. Il y a eu beaucoup de bisbilles entre Oséo, la CDC, le FSI pour savoir qui doit diriger. Il est temps que tout cela cesse et que l'on se mette en ordre de bataille ! On nous annonce que le dispositif sera opérationnel en mai dans les régions, c'est un peu tard. D'autant que toutes les régions se sont organisées comme, par exemple, dans la mienne avec l'agence PME qui réunit 21 opérateurs compétents, dont Oséo, la CDC et et les fonds d'investissements, et qui fonctionne très bien puisque 115 projets, représentant 123 millions et 2.100 emplois en ont bénéficié cette année. Cette BPI des régions, nous l'avions déjà comme dans d'autres régions, préfigurée. Ca marche, Il n'y a donc plus de temps à perdre, l'intelligence des territoires est là. La BPI, c'est simple : elle doit permettre de démultiplier ces efforts.
Pendant ce temps là, Valérie Trierweiler reconstruit patiemment, lentement, discrètement son image. Première brique de ce lent travail de reconstruction : l'interview de Jean-Luc Romero chez Pascale Clark sur France Inter à l'occasion de la libération de Florence Cassez (de 2'30 à 4'30). Le conseiller régional d'Ile de France PS, ex UMP et prédisent du comité de soutien de la jeune française n'a pas eu de mots assez aimables pour la première dame.

mercredi, janvier 23, 2013

Hollande, Merkel, coté province


Que penser de cette photo? Si nous ne connaissions les deux personnages du milieu, comment interpréterions-nous cette photo? Deux enseignants, profs d'un lycée de province plutôt bienveillants, devant leurs élèves à la fin d'une fête de fin d'année? Sans doute. Et l'on s'attarderait sur la jeune fille à droite de Hollande qui n'est pas tout à fait là et sur le léger décalage entre Hollande et Merkel (elle est un demi-pas derrière lui) : respect de la hiérarchie ou machisme ordinaire? Ils ont en tous cas l'air aussi empruntés l'un que l'autre, lui, les bras le long du corps, elle, l'index de la main droite serré dans sa main gauche.

La presse a abondamment souligné le manque d'enthousiasme des festivités organisées à l'occasion de cet anniversaire. Il est vrai que cette photo de fin de classe n'invite pas au mythe comme celle de Kohl et Mitterrand main dans la main.



Autres temps, autres personnalités, autres ambitions… autre élégance, aussi.

Mali : le risque est moins l'enlisement que les suites d'une victoire

Nous avons les yeux fixés sur les risques d'enlisement militaire, face à des troupes qui pratiquent la guérilla. Mais le vrai danger de l'opération malienne n'est sans doute pas là.

La guerre contre les djihadistes devrait être assez facilement gagnée. Ils ne sont pas si nombreux que cela, la fermeture des frontières de tous les voisins du Mali leur interdit d'aller se "resourcer" dans des zones protégées, inaccessibles aux militaires français et maliens et le désert, vide d'habitants ou presque, ne leur apportera pas le soutien des populations nécessaire aux guérillas pour se protéger, trouver des forces et renverser l'opinion à leur avantage (à défaut de pouvoir cibler les adversaires, on tape dans la foule suscitant rapidement l'opposition de ceux que l'on est censé protéger). Bien loin d'une situation à la vietnamienne, à la chinoise ou à l'algérienne, les djihadistes risquent de se retrouver dans la situation des guérillas latino-américaines condamnées à végéter dans des zones peu peuplées.

Mais une fois "gagnée" cette guerre (gagner pouvant vouloir dire : cantonner les groupes djihadistes dans des zones où ils peuvent difficilement survivre et se développer), il faudra gagner l'autre : celle de la reconstruction du Mali qui passe par la reconnaissance de l'autonomie du Nord du pays pour régler la question touareg, l'installation de la démocratie et d'un Etat efficace. Or, les choses promettent d'être beaucoup plus compliquées :

  • la reconnaissance d''une certaine autonomie du Nord du Mali va se heurter aux craintes des voisins du Mali, notamment de l'Algérie, de voir pareilles revendications s'installer chez eux,
  • la reconstruction d'un Etat et de la démocratie au Mali même sera difficile du fait même de la fragmentation politique et ethnique de ce pays, des pratiques clientélistes de sa classe politique, de ce qui rend si instable tant de pays de l'Afrique subsaharienne depuis qu'ils sont devenus indépendants,
  • la France deviendra alors la première cible, accusée de néo-colonialisme, de vouloir s'insérer dans les affaires intérieures de l'Etat.
C'est à ce moment là, la guerre contre les djihadistes gagnée qu'il faudra trouver une solution et que la FRance aura vraiment besoin d'alliés, tant en Europe qu'en Afrique pour se libérer de ce qui pourra alors apparaître comme un piège.



dimanche, janvier 20, 2013

Jamais on n'est parti en guerre avec aussi peu de fleurs au fusil…

Si personne ou presque, ce qui est exceptionnel, n'a critiqué l'intervention française au Mali, on ne peut pas dire que la France soit partie la fleur au fusil. Rarement opération militaire aura été accompagnée d'autant d'avertissements quant à ses risques. Dès les premiers jours, les commentateurs, un peu partout dans le monde, se sont inquiétés des risques d'enlisement mais aussi, ce qui est plus nouveau et un effet du Rwanda, des risques de génocide, de massacres de touaregs commis non par l'armée française mais par ses alliés maliens (c'est l'un des motifs avancés pour expliquer les réserves des Européens). Tout se passe comme s'il y avait plusieurs fronts :

  • un front djihadiste,
  • un front africain. Tout le monde serait enchanté que les Africains prennent leurs responsabilités sur le plan militaire, mais est-ce envisageables alors que cette guerre promet de raviver les conflits ethniques?
  • un front intérieur : comment éviter que le djihad ne se transporte chez nous et ne prospère sur les difficultés que rencontrent les jeunes issus de familles sub-sahariennes?

Cette conscience aigüe des risques devrait inciter militaires et politiques à travailler très vite sur les buts de cette guerre. Maintenant que la marche en avant des colonnes djihadistes est interrompue, que faut-il faire? S'agit-il d'éradiquer les mouvements djihadistes ou, de manière plus modeste, et peut-être plus réaliste, de sécuriser le sud Mali et de cantonner djihadistes dans un bout de désert? de réorganiser un Etat malien qui préserve les intérêts des Touaregs (un des mouvements indépendantiste serait prêt à négocier une forme d'autonomie)? Mais jusqu'où aller sans céder au néo-colonialisme? François Hollande puisque c'est lui qui est en première ligne va devoir faire preuve de beaucoup de finesse pour se sortir de cette affaire.

samedi, janvier 19, 2013

Mali : quelques questions…

Les journalistes se plaignent de ne pas avoir accès au champ de bataille au Mali, de ne pouvoir en rapporter des images. Je ne sais pas si ce serait mieux avec des images, mais la manière dont cette guerre est rapportée, commentée laisse un drôle de sentiment. Pour dire les choses simplement, on se pose mille questions auxquelles la presse n'apporte aucune réponse. En voici quelques unes.

Qui sont, d'abord, ces "terroristes"? des brigands qui font des trafics de toutes sortes dans le Sahara, des miltants radicaux islamistes, des soldats perdus orphelins de Kadhafi (d'après ANI, une agence mauritanienne il y aurait eu dans le groupe intervenu en Algérie des Egyptiens, des Algériens, des Canadiens, des Mauritaniens, des Maliens et des Nigériens), des Touaregs en quête de liberté? Chacun donne son opinion divergente. On a le sentiment que personne ne sait vraiment qui est en face. Pas plus pouvoirs publics qui se contentent de parler de terroristes, que les quelques experts de cette région. Ce serait pourtant utile pour pouvoir 1) engager, dans un avenir plus ou moins proche, des négociations avec l'un ou l'autre de ces groupes, ce qui finira par arriver mais aussi pour 2) anticiper les conflits au sein de ces bandes. Si le Sahara est une plaque tournante importante du trafic de drogue (voir sur cette question, ce reportage de Ousmane Wague), on peut supposer que les trafiquants ne voient pas d'un très bon oeil l'intervention française qui va, entre autres effets, forcer algériens et marocains à renforcer le contrôle leurs frontières méridionales.

Comment se fait-il, ensuite, qu'un site gardé par l'armée algérienne, site important, semble-t-il pour l'économie algérienne, ait pu tomber si facilement aux mains d'une trentaine de "terroristes" venus de Lyvie (source algérienne) ou une quarantaine venus du Niger (source mauritanienne)? Système de sécurité défaillant? personnel de sécurité en nombre insuffisant? Mauvaise organisation? Les autres sites de la région sont-ils aussi vulnérables? On a l'impression que nul ne le sait. Les spécialistes de la sécurité des entreprises installées dans cette région ont sans doute une opinion. On ne les a pas interrogés (ou ils n'ont pas voulu répondre). Cette faiblesse algérienne n'est en tout cas pas de bonne augure pour la France si elle doit permettre aux terroriste de trouver refuge en Algérie.

Les terroristes ont un accès semble-t-il facile aux médias mauritaniens. Pourquoi ceux-là plutôt que d'autres? Comment se fait-il que ce soit eux qui aient annoncé la mort du chef du commando? Y a-t-il dans ce pays des spécialistes qui connaissent bien ces groupes? qui entretiennent des contacts réguliers avec leurs porte-parole? Il doit être plus facile de les joindre et de les interroger que de participer aux opérations militaires. Le président de la République mauritanienne est actuellement à Paris pour une visite médicale (suite à l'attentat dont il a été victime en 2012). Rencontrera-t-il des officiels français à l'occasion?

lundi, janvier 14, 2013

Une manifestation bien rangée

340 000 (chiffres de la police)? 800 000 (chiffres des organisateurs)? Peu importe. Il y avait du monde. Mais pouvait-il en être autrement alors que l'Eglise et la droite mobilisaient leurs troupes? De cette longue journée, je retiendrai surtout le coté sage et propre sur soi de ces manifestations. Pas de dérapages homophobes, comme lors des manifestations contre le Pacs, pas d'hystérie collective, juste des manifestants que l'on avait admirablement encadrés, auxquels on avait vivement recommandé de ne pas parler aux médias et auxquels on avait distribué des pancartes sages.

De ce point de vue aussi, cette manifestation aura été une réussite. Mais une réussite d qui? De la droite, mais aussi de la société française qui ne tolère plus l'homophobie et l'a fait comprendre aux organisateurs.


samedi, janvier 05, 2013

Depardieu, Bardot, Poutine et une cathédrale

Ce  n'est pas le comportement erratique du comédien, auquel les récentes sorties de Brigitte Bardot ont donné un coté burlesque, qui est, dans l'affaire Depardieu le plus inquiétant, mais l'attitude de Poutine qui vient de faire un pied de nez frisant l'insulte à François Hollande. On savait Poutine guère regardant en matière de démocratie, de droit des peuples et assez indifférent à l'opinion du reste du monde mais il vient une nouvelle fois de le montrer. On espère simplement que François Hollande saura tirer parti de cette mauvaise manière que vient de lui faire le nouveau petit père des peuples pour annuler le projet de centre culturel orthodoxe engagé en 2010 avec Nicolas Sarkozy qui prévoit la construction d'une cathédrale (mais oui!) avec des bulbes dorés sur le quai Branly, à coté du champ de Mars (voir sur ce projet ici).


jeudi, janvier 03, 2013

Triste presse…

Après Le Monde, c'est Libération qui augmente ses prix. La presse va mal, ce n'est pas un scoop, mais ce qui, dans ce processus de destruction créatrice qu'elle vit, étonne le plus est l'étrange aveuglement de ses dirigeants, aveuglement dont le papier de Nicolas Demorand pour annoncer cette hausse est un trop triste exemple.

Que nous dit-il?  que "la production d’informations de qualité coûte cher, comme une photographie inédite, à la une ou en pages intérieures, qui marquera durablement l’œil et l’esprit de celui qui la regarde. La mise en scène, la mise en forme, la stylisation des «news» requièrent des équipes douées de savoir-faire rares, aux confins de l’art, qui concourent pleinement à l’identité d’un journal comme Libération." C'est exact, mais où sont, dans Libération, les informations originales? les reportages qui nous éclairent? On trouve dans ce quotidien des éditoriaux, des papiers de style (comme les excellents portraits de la dernière page), des reprises de dépêches d'agences de presse et des commentaires politiques, mais pas beaucoup d'articles que l'on ne trouve ailleurs, dans le Monde, Le Figaro ou le Parisien. Et c'est sans doute ce qui éloigne les lecteurs. Cela et une titraille à base de calembours et jeux de mots terriblement vieillie (comme ce "trop falaise dans ses baskets" de ce matin à propos d'Obama).

Si Libération perd des lecteurs c'est qu'il n'innove plus depuis longtemps, ne joue pas avec ses lecteurs, comme il le faisait lorsque les secrétaires de rédaction intervenaient dans les textes et se moquaient des journalistes, ne nous dit rien de nouveau sur la France, le monde et ne nous apprend rien.

Plus grave, peut-être, on ne sait en le lisant à qui il s'adresse, avec quel lecteur il entretient ce lien original qui en a fait, un temps, le quotidien d'une génération. Ses positions politiques actuelles témoignent d'une direction erratique. Est-ce bien malin de critiquer si sévèrement Hollande et de parler de son incompétence quand la plupart de vos lecteurs ont voté pour lui? Rien, en fait, ne donne envie de l'acheter sinon l'habitude et le souci de ne pas rester désoeuvré dans le métro.

Demorand annonce pour les mois à venir "d’autres manières de faire du journalisme." Mais rien sur l'articulation entre le journal imprimé et internet, alors que le plus intéressant du journal est souvent à chercher dans les blogs de ses journalistes qui peuvent publier sur internet ce qui ne trouve pas place dans l'édition papier (on pense aux Coulisses de Bruxelles de Jean Quatremer ou Secret Défense de Jean-Dominique Merchet aujourd'hui chez Marianne). Rien non plus sur la taille des papiers, qui paraissent longs dans la version imprimée et si courts sur un ipad. Je crains que ces nouvelles "manières de faire du journalisme" ressemblent comme deux gouttes d'eau aux anciennes. 

lundi, décembre 31, 2012

Les nuages s'accumulent sur Hollande et cependant…

Chiffres du chômage consternant, couacs au gouvernement, affaire Cahuzac, opposition des communistes, tentations de révolte des écologistes, désaveu du Conseil Constitutionnel, déception des milieux culturels, des défenseurs des sans-papiers, des syndicalistes de Florange et d'ailleurs, échec annoncé de la conférence sur le contrat de travail… les nuages s'accumulent sur François Hollande et son gouvernement. Il serait pourtant prématuré de juger la messe dite et pas seulement parce que la droite a passé ces dernières semaines à se déconsidérer. Trois motifs m'incitent à un certain optimisme:

  • d'abord l'attitude de François Hollande. Il a choisi de dédramatiser et s'est refusé, chaque fois que nécessaire, à durcir les conflits et les oppositions. Dans la période de crise violente que nous traversons, il fait tout pour gommer les aspérités (voir, par exemple, ces propos sur Depardieu). Il refuse de cliver la société, ce qui n'est pas toujours compris (comme ce qu'il a dit sur le mariage pour tous qui était tout simplement de bon sens) mais est nécessaire. Ce n'est pas l'art de la synthèse, c'est celui, plus subtil et délicat, de l'apprentissage de la vie en commun lorsque l'on n'est pas d'accord sur tout ;
  • ensuite parce que malgré les chiffres terribles du chômage et les prévisions pessimistes du FMI, on ne peut exclure un retournement de l'activité : sur le front du commerce extérieur, les perspectives de nos principaux clients sont bonnes et nous devrions en profiter dans les mois qui viennent ; sur le front intérieur, les consommateurs reprennent confiance ;
  • enfin, les mesures pour l'emploi prises ces derniers mois qui devraient commencer de porter leurs fruits dans le courant de 2013.
Les crises, même les plus violentes, ont une fin. L'Europe et la France ont choisi des médecines violentes. Elles devraient entrevoir dans les mois qui viennent le bout du tunnel. Dans 12 mois, les polémiques ne seront pas moins vives, on reprochera au gouvernement de ne pas avoir tout à fait atteint son objectif de 3%, le chômage continuera d'être élevé, mais l'atmosphère sera très probablement différente, plus légère, plus agréable…

75% et après?

Le Conseil Constitutionnel a donc décidé de retoquer la taxe de 75% sur les revenus de plus de 1 million d'euros. De quoi donner de la migraine à François Hollande qui doit, ce soir, nous donner un peu d'espoir dans une conjoncture particulièrement dégradée, mais aussi de revenir sur les raisons de cet échec. On retiendra de cet épisode pas très glorieux trois choses :

  • le gouvernement a péché moins par incompétence, comme le suggère ce matin Libération, que par excès de subtilité. A vouloir transformer un slogan de campagne en mesure fiscale provisoire il s'est pris les pieds dans le tapis. Le Conseil Constitutionnel lui a justement fait remarquer qu'il n'était pas très équitable de taxer à 75% un couple dont l'un des membres gagne 1,2 million € et l'autre rien et d'épargner celui dont les membres gagnent chacun 900 000€ ;
  • les institutions sont renforcées : on n'a pas entendu du coté du parti socialiste ou du gouvernement de protestations contre un Conseil Constitutionnel dont les membres ont été nommés par la droite. Il est vrai que celui-ci a fait son travail de manière impeccable sans condamner la politique du gouvernement. C'est un progrès. Le mot "sereinement" utilisé par l'Elysée pour décrire la réaction de François Hollande est probablement hypocrite mais il dit l'essentiel : il n'y aura pas de polémique, chacun est dans son rôle ;
  • la question des hautes rémunérations a été mal posée. Il est vrai qu'il y a un problème de ces hautes rémunérations que souligne, hasard objectif, la polémique naissante sur les salaires excessifs des comédiens des films populaires. Dans un nombre croissant de domaines, le sport, les affaires, la culture, la distribution des ressources est de plus en plus inégalitaire. Quelques uns font fortune quand la grande majorité s'appauvrit. C'est de tous points de vue mauvais. Cela incite les bénéficiaires de cette distribution à tout faire pour échapper à un impôt jugé confiscatoire et cela crée des inégalités à terme catastrophiques génératrices, notamment, de dégradation des services publics. Il faut donc lutter contre le développement de ces distributions inégales. Si l'impôt (mais pas les 75%) est une piste, ce n'est certainement pas la seule. Plutôt que de réécrire une mouture de son texte sur les 75%, le gouvernement serait bien inspiré de réfléchir à cette question.
PS. Le départ de Gérard Depardieu a donné l'une de nos brillantes icônes nationales installée depuis plusieurs années en Suisse, Johnny Halliday, des idées de collage. Le résultat (un Depardieu en Manneken-pis pissant sur Hollande) est à l'image de son auteur : pathétique.

dimanche, décembre 30, 2012

Les Anglais ont une idée : remplacer des policiers par des bénévoles

Il faut toujours se méfier des Anglais. Non seulement ils ont des idées, mais souvent elles finissent par s'imposer ailleurs.

Comme leurs collègues européens, les policiers britanniques ont un problème d'effectif, problème qui ne peut que s'accroître avec les coupes massives dans les budgets ces prochains mois. Coupes d'autant plus dommageables qu'il leur faudrait recruter des experts pour lutter contre un crime en ligne en pleine expansion. A défaut de trouver des livres sonnantes et trébuchantes pour financer ces recrutements, leur ministre de l'intérieur, James Brokenshire, vient de demander que des informaticiens travaillent bénévolement pour le gouvernement.
The Government is also drawing up plans for 'NCA Specials' - enabling people with specialist skills and expertise not traditionally found in law enforcement to contribute some of their time to help protect the public. That might include, for example, people with up-to-date IT skills to support the NCA's cyber crime capability. Through this means, we can share skills and knowledge on how we deal with cyber crime. (IT specialists urged to help police)
Idée farfelue? Sans doute, mais qu'il n'est pas le premier à avoir défendue. Sara Thornton, la  Thames Valley Police chief constable, l'avait déjà proposée, non pas pour des informaticiens mais pour des policiers ordinaires. On n'est pas très loin des milices privées, mais il est vrai que les Britanniques ont déjà inventé le "neighbourhoodwatch" qui consiste à confier aux habitants d'un quartier une partie des tâches que prend ailleurs en charge la police. 10 millions de britanniques seraient aujourd'hui affiliés à ce mouvement.

Mais pourquoi s'en tenir à la police? Pourquoi ne pas demander à des bénévoles d'assurer des cours au lycée, de garder des prisonniers ou de collecter les impôts? On réduirait ainsi très vite les dépenses publiques sans avoir besoin d'augmenter les impôts (surtout ceux des plus riches qui non contents de pouvoir s'exiler trouvent des soutiens jusqu'au Conseil Constitutionnel).


dimanche, décembre 23, 2012

Il y a aussi de la stratégie dans l'offensive de l'Eglise catholique contre la modernité

L'église est depuis plusieurs années en première ligne contre plusieurs projets qui visent à faire évoluer les moeurs. On est tenté d'attribuer ces positions à un attachement à des valeurs traditionnelles que la modernité menace. C'est ce qu'avancent les avocats de l'Eglise qui n'hésitent pas à s'inquiéter de l'avenir de notre civilisation et à souligner leur convergence de vues avec d'autres confessions.

Pour étoffer leur opposition au mariage pour tous et à l'adoption d'enfants par des couples homosexuels, ils mettent en avant les positions voisines de responsables juifs et musulmans pour conclure que toutes les religions y sont opposées. Ce qui est inexact. De nombreuses églises protestantes ont, sur tous ces sujets, des positions beaucoup plus libérales. Positions qui peuvent, d'ailleurs, comme actuellement en Grande-Bretagne, leur poser de vrais problèmes et inciter certains de leurs fidèles à se rapprocher de… l'église catholique. Ces "anglo-catholiques" se sont tout récemment opposés à la nomination d'évêques femmes. Et plusieurs ont menacé de rejoindre Rome si leur Eglise passait outre leur opposition.

Difficile pour une Eglise de Rome en difficulté de ne pas voir là une opportunité. Dans un monde occidental marqué par la déchristianisation, l'église catholique semble avoir choisi de réunir tous ceux qui l'ont quittée à un moment ou l'autre. On a beaucoup parlé des efforts faits pour accueillir les intégristes proches de Monseigneur Lefebvre, mais le Vatican fait également preuve de beaucoup de souplesse lorsqu'il s'agit d'attirer à elle des membres de l'église anglicane. Il accepte des prêtres mariés (mais oui!) et les laisse conserver leur liturgie.


Ces "nouveaux catholiques" se rapprochent de l'église de Rome parce que celle-ci, justement, résiste au monde. Se plier aux désirs du monde, se moderniser serait ruiner cet avantage stratégique. Jean-Paul II l'avait compris, sans doute à l'instigation du futur Benoit XVI qui poursuit inlassablement cette politique au risque de choquer tout ce que le monde catholique compte de modernes. Au delà des valeurs il y a une logique institutionnelle à cette crispation identitaire de l'Eglise catholique.

vendredi, décembre 07, 2012

Le tombeau de la méthode Montebourg

Crise politique, cette affaire Florange? Sans doute. Reste que l'essentiel, la préservation de quelques 600 emplois, a été obtenu à un prix élevé, tant pour l'industriel que pour le gouvernement. Lorsque la poussière sera retombée, on découvrira que la méthode Montebourg, on crie très fort, o insulte et on frôle le populisme, n'a pas que des avantages : les syndicalistes ne souhaitaient à l'origine que préserver les emplois, c'est fait, mais à annoncer une nationalisation "provisoire" tout à fait improbable (pourquoi nationaliser cette usine et pas toutes les autres?), Montebourg a suscité des espoirs qui ne pouvaient qu'être déçus. La méthode est mauvaise. On ne peut pas confondre, sauvegarde des emplois actuels et reconstruction d'un paysage industriel. Ce sont deux choses différentes. Si l'on veut sauver la sidérurgie en France (ce qui n'est pas absurde), faut-il s'arcbouter sur la Lorraine? On comprend la colère d'Ayrault.

Affaire Cahuzac : une presse étrangement bienveillante

On pouvait craindre que la presse de droite, celle qui multiplie les unes ravageuses contre François Hollande ne se saisisse de l'affaire Cahuzac pour dénoncer une nouvelle fois la gauche. Ce n'est pas le cas. La droite politique fait preuve d'une extrême prudence, mais sans doute ses représentants sont-ils tenus par une camaraderie de caste, le souvenir de l'affaire Worth (du regard de celui-ci à certains moments) et de quelques autres. Le comportement de la presse est plus surprenant.

Qu'Ivan Rioufol, qui parle du "piège de Médiapart", prenne pratiquement la défense de Jérôme Cahuzac est étonnant :


Mais on retrouve le même ton dans Le Point qui titre un de ses papiers sur le sujet : Face aux dénégations de Cahuzac, Mediapart sort ses "preuves": Les guillemets témoignent pour le moins d'une réelle neutralité et invite le lecteur à ne surtout pas aboyer avec les loups. L'Express fait un portrait du ministre ambigu, il a beaucoup d'ennemis mais est professionnel, conclu par un "si c'est vrai" à propos de son compte en Suisse qui va dans le même sens. Dans un autre papier, le journal rappelle qu'"il n'y a pas de contre-indication à posséder un compte en Suisse, en soi." Quant au Nouvel Observateur, il ouvre un de ses papiers sur l'affaire par cette déclaration de l'inspecteur du fisc par lequel le scandale serait arrivé : ""Je n'exclus pas l'innocence de Jérôme Cahuzac", déclare Rémy Garnier, l'auteur du rapport fiscal mettant en cause le ministre du Budget."

Prudence? Refus d'accabler sans plus de preuves? Sympathie pour l'homme? C'est possible. Le plus probable est cependant que la presse ne serait pas mécontente que cette information se révèle fausse. Moins par amitié pour le ministre que par défiance à l'égard de Mediapart. Ce journal agace profondément la presse classique. Pour au moins deux motifs :

  • son modèle économique basé sur un journalisme d'investigation dessine un sombre avenir pour des journalistes plus habitués à commenter l'actualité au chaud, du fond de leur fauteuil,
  • la personnalité éruptive, excessive de son directeur, Edwy Plenel qui n'hésite pas à donner des leçons à toute la profession alors qu'il a poussé loin, comme le rappelle Rioufol le bouchon dans l'affaire Baudis, n'a pas hésité à titrer contre toute vraisemblance, dans le Monde, sur l'antisémitisme de Mitterrand et s'est fait, dans la période sarkoziste, le messager clandestin de Villepin. Il est des donneurs de leçon que l'aim voir trébucher.

jeudi, décembre 06, 2012

Le dilemme de l'électeur de gauche

Dans une réponse à mon dernier post sur Cahuzac et Mediapart, un lecteur, Massilian a, je crois, très bien décrit le dilemme dans lequel se trouve l'électeur de gauche : il aimerait que l'un et l'autre ait raison, mais…
D'un côté, je souhaite de tout coeur que M. Cahuzac n'ait jamais eu de compte à l'UBS, parce que si c'est vrai, c'est désespérant et absolument navrant, le pire étant ses dénégations. Je souhaite de tout coeur qu'Edwy Pleinel expose une vérité solide et non un tripatouillis vague, parce que si Mediapart devient une sorte de tabloïd justicier de gauche, ce que je redoute, ce serait un naufrage lamentable. Je sens que d'une façon ou d'une autre, mes voeux ne seront pas comblés. Sale époque. 
Problème sans solution : de quelque coté que l'on se tourne, on est perdant.  Sale époque, effectivement.

Cahuzac, Mediapart…

Difficile, pour l'heure, de dire qui a raison ou tort de Cahuzac ou de Mediapart, mais comme Mediapart s'est fendu, ce matin, d'un article sur la gestion de crise, on s'autorisera quelques remarques sur cette affaire :

  • sur la puissance, d'abord, du non-dit : sans doute pour éviter des poursuites en diffamation, Mediapart ne dit pas que l'argent qui aurait été déposé en Suisse viendrait des laboratoires pharmaceutiques à l'époque où Cahuzac travaillait au cabinet de Claude Evin, mais il le suggère : "Membre du cabinet du ministre de la santé Claude Évin, sous le gouvernement de Michel Rocard, entre 1988 et 1991, Jérôme Cahuzac a noué à cette époque des liens étroits avec l’industrie pharmaceutique. (…) Quelle était l’origine des fonds du compte suisse et à quoi ont-ils pu servir ? (…) D’après l’acte notarié d’achat de l’appartement (deux salons, une salle à manger, quatre chambres…), daté du 28 octobre 1994, Jérôme Cahuzac a bien versé quatre millions de francs – 600 000 euros – « de ses deniers personnels », un tiers seulement du financement étant assuré par un prêt bancaire. Rien ne permet aujourd’hui de dire si l’argent provient du compte suisse ." De là à conclure que les "liens étroits" avec l'industrie pharmaceutique noués à la fin des années 80 auraient permis de financer l'achat de l'appartement quelques années plus tard, il n'y a pas loin. Mediapart ne le dit pas, mais le lecteur est invité à le deviner à mi-mots… Les plus malins l'ayant compris feront circuler "l'information" qui pourrait rapidement devenir rumeur,
  • sur la fragilité des preuves : celles qu'a jusqu'à présent présentées par Mediapart peuvent être lues de deux manières, comme des accusations fortes contre le ministre, mais aussi comme des montages : personne ne reconnait la voix du ministre dans les enregistrements, l'inspecteur des impôts présentée comme une source a aussi un lourd contentieux avec le ministre…
  • sur la force de la preuve par le mensonge : le ministre aurait menti sur le financement de son appartement, il peut donc mentir sur tout. Peu importe qu'il avance de nouvelles informations sur ce financement, elles ne correspondent pas à ce qu'il a dit dans une précédente interview, c'est donc un indice de culpabilité,
  • sur la puissance d'attraction du PS : les indications de Cahuzac sur le financement de son appartement l'indiquent : il appartient à la meilleure bourgeoisie, habite le 7ème arrondissement, paie l'ISF, sa famille et sa belle-famille ont de l'argent, il est lui-même chirurgien et exerce dans une discipline (la chirurgie esthétique) qui attire ceux qui ont choisi cette profession pour gagner de l'argent. Tout cela aurait du en faire un bon électeur de l'UMP. Et bien non, il est socialiste et mène une politique économique qui n'est pas forcément favorable aux plus riches,
  • sur le dilemme de la presse d'investigation. Lorsque ses adversaires sont au pouvoir, tout est pour le mieux : les scandales qu'elle dévoile attirent les lecteurs et les abonnements. Mais que faire quand ses proches sont au pouvoir? les épargner au risque de perdre des lecteurs? ou les poursuivre au risque de voir leurs adversaires revenir au pouvoir? Le Canard Enchaîné avait beaucoup souffert de l'arrivée de Mitterrand au pouvoir, Edwy Plenel et ses amis semblent avoir compris la leçon.

lundi, décembre 03, 2012

Ayrault, Florange et les nationalisations

Jean-Marc Ayrault a donc vivement retoqué l'idée de nationalisation provoquant une mini-bourrasque politique. Maladresse? Difficulté à communiquer? Peut-être mais j'y vois un autre motif. Qu'a-t-il dit?

  • que la situation à Florange ne nécessite pas une "expropriation pour nécessité publique" qui peut se justifier «dans des circonstances historiques particulières ou pour sauvegarder les intérêts de la Nation»,
  • que ce n'est «pas efficace pour une entreprise en panne de débouchés ou en manque de compétitivité»,
  • que le  pacte de compétitivité est là pour aider les entreprises ayant des difficultés,
  • que le rôle de l'Etat n'est pas de sauver les canards boiteux mais d'aider les secteurs d'avenir : «Ma conception du rôle de l'État est qu'il doit animer, impulser, réguler l'activité économique, et protéger les intérêts stratégiques», ce qui l'amènera «investir lui-même dans les projets d'avenir qui ne sont pas immédiatement rentables» et dans des entreprises stratégiques dont la survie serait en jeu,
  • que l'Etat peut être amené à intervenir pour protéger les entreprises d'OPA hostiles.
Tout cela dans une discours écrit et sans doute soigneusement pensé et revu avant d'être prononcé. Au delà du cas de Florange, il s'agissait de cadrer les interventions de l'Etat dans une situation où beaucoup d'entreprises sont en difficulté. Et au delà des interventions les plus spectaculaires de l'Etat, celles de la Banque publique d'investissement qui se met en place. On sait que les régions aimeraient avoir leur mot à dire. Alain Rousset, le Président de l'Association des Régions de France, est revenu à la charge il y a quelques jours, demandant que les guichets uniques soient animés par les régions. Or, le risque est, dans une période de crise, que les élus soient naturellement tentés de protéger les emplois existants au dépens des emplois nouveaux, de sauver des canards boiteux plutôt que d'aider de jeunes pousses (après tout des élections se profilent dans les mois qui viennent et ils risquent d'être soumis à une forte pression). C'est sans doute cela que voulait faire entendre Jean-Marc Ayrault au delà du cas de Florange. 

vendredi, novembre 30, 2012

Question bête : mais où DSK va-t-il trouver 6 millions de dollars?

Un accord serait donc en vue entre DSK et Nafitassou Dialo. Il aurait accepté de lui verser 6 millions de dollars. Je ne sais que penser de cet arbitrage : cela fait cher de la fellation, mais la brutalité a un prix.  Est-il indexé sur la richesse de l'agresseur? sur sa réputation? ou sur la gravité de l'agression? Reste une question : où et comment va-t-il trouver l'argent maintenant qu'Anne Sinclair l'a quitté? Va-t-il vendre un appartement parisien (s'il en possède un)? Juste par curiosité, on aimerait savoir.

Droites éclatées : les deux visions stratégiques

S'il est une règle bien établie en politique, c'est que l'on fait en général la politique de ses adversaires. C'est Giscard d'Estaing qui, sur le plan des moeurs, a fait la politique qu'attendait la gauche. Ce sont les gouvernements socialistes successifs qui ont libéralisé, privatisé l'économie française et c'est aujourd'hui François Hollande qui s'attaque à la compétitivité. C'est paradoxal mais assez compréhensible : il est plus facile d'imposer des mesures souhaitables à son camp qu'à ses adversaires.

Nicolas Sarkozy a commencé son septennat sur cette même pente avant d'en changer radicalement avec le discours de Grenoble et la création d'un ministère de l'identité nationale. Que s'est-il alors passé? Cette chose simple : il a jugé que son principal adversaire n'était plus la gauche, mais le Front National qui montait dans les sondages et menaçait sa domination sur la droite (et sa réélection) et que c'était donc lui qu'il fallait combattre en collant à ses positions.

La bataille à droite aujourd'hui n'est que la conséquence de cette inflexion stratégique. Plus que deux politiques, il y a aujourd'hui à l'UMP deux visions : il y a ceux qui jugent, autour de Copé et des partisans de la droite décomplexée, que leur principal adversaire est le Front National et ceux qui, du coté de Fillon, continuent de penser que c'est la gauche. Les premiers n'ont qu'une ambition : récupérer les voix (et éventuellement les militants et cadres) du Front National, les seconds d'attirer à eux le marais centriste, ces cadres supérieurs qui votent socialiste.

La stratégie de la droite décomplexée conduit naturellement à des accords avec l'extrême-droite, leur modèle est Mitterrand qui a su, à force d'accords et de programmes communs, étouffer le PC. Mais elle n'est pas au bout de ses peines : le programme du Front National est aussi économique, anti-européen, protectionniste. La droite décomplexée osera-t-elle aller jusque là, au risque de se couper des "forces vives" (Medef, industriels…) ?

Celui de la droite "modérée" est tout différent : il s'agit de se tenir aussi éloigné que possible du FN pour ne pas effaroucher centre-droit et centre-gauche et attendre les échecs de François Hollande pour reprendre le pouvoir.

La difficulté pour la droite est qu'il parait difficile de concilier ces deux visions et qu'à se diviser elle risque de faire du Front National l'aimant-repoussoir de l'électorat de droite qui creuse encore un peu plus le fossé entre les deux tendances.

mercredi, novembre 28, 2012

Copé, Coppé, Coppet…

Arthur Goldhammer me fait gentiment remarquer que j'orthographie mal le nom du futur ex-Président de l'UMP. Et comme il est d'un naturel bienveillant, il se demande si je ne le confonds avec le groupe que fréquentait Benjamin Constant. Il ne croit pas si bien dire Si je ne pensais pas à Benjamin Constant, la confusion vient sans doute du chateau de Coppet dans le canton de Vaud que j'ai souvent vu dans ma jeunesse, chateau qui a accueilli Mme de Staël et, donc, Benjamin Constant.

Le chateau de Coppet aujourd'hui


Le chateau à l'époque de Madame de Staël


mardi, novembre 27, 2012

Exercice imbécile à The Economist

C'est The Economist ou, plutôt, sa filiale chargée de réaliser des sondages qui le dit, tel que rapporté par La Tribune : La France arrive 26e dans le classement des pays où il fait bon naître.

Mal classée, la France est devancée par la Belgique, le Chili ou Chypre... L'Hexagone tient toutefois son rang face au Royaume-Uni. 
On ne choisit pas sa famille… Ni son pays. Cela n’empêche pas The Economist Intelligent Unitde publier une étude des pays où il fait bon naître. Cet observatoire lié au magazine britannique The Economist a réalisé son classement en fonction de divers critères objectifs (espérance de vie, qualité des services de santé et éducatifs, taux de criminalité…) mais également plus subjectifs comme des enquêtes de satisfaction de la population. Enfin, le magazine économique a pris en compte les perspectives de croissance des deux prochaines décennies.

C’est la Suisse qui est arrivée en tête de ce classement. L’Australie arrive en seconde position, suivie de la Norvège, la Suède et le Danemark. La France, elle, n’arrive qu’à la 26e position, loin derrière l’Allemagne et les Etats-Unis (16e ex-æquo). Le Nigéria remporte, lui, la triste position de pire pays où il faut naître. Les pays émergents ne sont pas bien classés non plus. La Russie arrive en 72e position sur 80 pays. La Chine est 49e, l’Inde 66e et le Brésil 37e. 
Devant l’Hexagone, on retrouve des pays comme la Belgique (15e), le Chili (23e) ou Chypre pourtant détenteur de la plus mauvaise note de la zone euro après la Grèce. Les Français pourront toutefois se réjouir d’être mieux positionnés que les Britanniques (27e). 
Au royaume des imbéciles, où arriveraient donc les journalistes et analystes de The Economist? Sans doute assez haut. Ce n'est, bien évidemment, pas très grave,  mais rappelle tout de même que les journaux sont des entreprises commerciales, ce qui jette un léger voile sur leur jugement. 

UMP, tricheries massives du clan Coppé, tricheries locales chez Fillon

Si chaque jour apporte son lot de révélation, il semble bien que si les deux camps ont triché, ce n'est pas de la même manière. Il parait de plus en plus claire qu'il y a eu tricherie massive, généralisée et, probablement, organisée chez Coppé et simplement tricheries locales, improvisées chez Fillon.

Tout a été fait du coté de chez Coppé pour interdire la victoire de Fillon : gestion des fichiers d'adhérents, financement par le parti de la campagne du candidat, organisation des bureaux de vote, gestion des procurations… ce qui fait penser que cela a été organisé, voulu au plus haut niveau. Demain, peut-être, découvrira-t-on, un chef d'orchestre, un cabinet noir autour de Coppé chargé de cela. On apprendra ce qui s'est dit dans le secret de réunions consacrées à l'organisation de la campagne. Les séries télévisées américaines qui traitent de politique (The Good Wife) nous ont familiarisé avec les coups bas que les opposants d'un même parti pouvaient se porter. Cela pourrait y ressembler.

Reste à comprendre ce qui peut pousser des militants à s'engager ainsi si violemment. On comprendrait s'il ne s'agissait que de quelques individus, attachés à leur carrière, mais ce sont probablement des dizaines et des dizaines de militants pro-Coppé sans vraie ambition politique qui ont mis la main à la pâte. Dans le cas du PS, la tricherie pouvait s'expliquer par le rejet que suscitait Ségolène Royal chez beaucoup de responsables du parti. Il ne semble pas que ce soit le cas à l'UMP. Est-ce l'intensité de la compétition? Le sentiment que rien n'était joué malgré les sondages favorables à Fillon? le sentiment que cela n'avait pas d'importance? qu'une élection interne n'était pas une élection comme les autres? ou, de manière peut-être plus subtile, un habitus du coup d'Etat?

L'histoire de la droite est remplie de coups d'Etat, de putsch, depuis De Gaulle, en passant par Chirac, Balladur et Sarkozy. Le pouvoir s'y conquiert le sabre à la main. Et les militants n'ont-ils peut-être vus dans ces tricheries organisées massivement qu'une réédition de tous ces coups qui ont fait, au fil de l'histoire de ces 50 dernières années, leurs dirigeants.  Ils savent que la victoire vole au secours du plus hardi, que l'opinion, d'abord choquée, finit par se laisser séduire, que les militants du camp adverse cèdent rapidement au charme de l'audacieux. Reste que cette fois-ci l'audacieux a trouvé un adversaire coriace et hargneux, sûr de son bon droit qui ne semble pas décidé à céder. Et qui se trouve dans l'obligation d'aller au bout. Céderait-il maintenant qu'il passerait aux yeux mêmes de ses amis pour un lâche incapable de les mener au combat. Même chose pour Coppé. La solution ne peut venir que des entourages. Le premier qui cédera, qui marquera son envie d'en finir au plus vite quel qu'en soit le coût, amorcera la retraite de son champion. 

lundi, novembre 26, 2012

La droite s'est radicalisée trop tôt

Au début des années 80, la droite s'était radicalisée au lendemain de l'élection de François Mitterrand lorsque Madelin, Longuet, Devedjian et quelques autres, souvent issus de l'extrême-droite d'alors (Occident…), sont montés au créneau. Cette fois-ci, la droite s'est radicalisée alors même qu'elle était au pouvoir. D'où, sans doute, la défaite de Nicolas Sarkozy qui n'a pas su récupérer les voix qui s'étaient portées cinq ans plus tôt sur Bayrou.

Aujourd'hui, cette même droite est prise dans un combat suicidaire avec le Front National. Elle ne peut pas s'allier avec lui, au risque de voir ses troupes l'abandonner mais à tenter de le contrer exclusivement en visant sa clientèle,  celle des périphéries urbaines, elle choque et abandonne tous ceux, le centre-droit moderne, dynamique, habitant les grandes villes que le centre-gauche, façon Hollande, n'inquiète pas. Inquiète d'autant moins qu'il leur ressemble ou qu'il ressemble à ce qu'ils aimeraient être : conservateur et altruiste, ouvert et traditionnel, bourgeois et sensible, compétent et attentif aux autres, rigoureux et cool (a-t-on remarqué que François Hollande ressemblait terriblement au modèle même du bon manager tel que le décrivent les livres spécialisés?)… Cette bourgeoisie, pas forcément intellectuelle mais en général cultivée et bien insérée dans la mondialisation, ne peut, tant pour des motifs idéologiques que pour des raisons éthiques et économiques (égoistes), accepter les propos sur le pain au chocolat de Coppé. A trop vouloir combattre le Front National, la droite s'est coupée de son électorat naturel. Elle ne s'en remettra pas de sitôt.

dimanche, novembre 25, 2012

Copé-Fillon, un conflit entre deux postures morales

L'affaire de l'UMP ressemble tellement à une suicide politique que les bras en tombent. On a envie de dire qu'ils sont devenus fous, mais ce n'est certainement pas le cas, qu'ils ont perdu la tête, mais ils paraissent tellement rationnels qu'on en doute. Ce qui invite à se demander ce qui se passe dans leur for intérieur et dans celui de leurs conseillers et partisans. Comme ce sont des gens intelligents, je suis sûr qu'ils voient bien dans quelle aventure catastrophique ils se sont l'un et l'autre engouffrés, sans doute par maladresse (la première de ces maladresses et la principale étant certainement l'annonce anticipée de sa victoire par Copé), dans ce qui est une catastrophe pour l'un et l'autre, pour leurs amis, pour leur parti, pour la démocratie (comment demain croire au souci du bien commun des politiques quand on les voit se battre de cette manière?). Mais ils ne peuvent faire autrement. Ils savent qu'ils font une bêtise mais ils la font et ils mesurent toute la stupidité de leur comportement en même temps qu'ils s'enfoncent.

Aristote avait un mot décrire ce type de comportement : akrasia, que les scolastiques ont traduit par incontinens qui a donné notre incontinence, concept qui a beaucoup intéressé les philosophes anglo-saxons des années 60 qui parlaient, de manière un peu trompeuse, de faiblesse de la volonté (weakness of will). J'ai longtemps pensé, sans avoir le moindre début de preuve, que cet intérêt était lié au spectacle de camarades incapables de se défaire de la drogue (le texte de Donald Davidson sur le sujet, How is weakness of will possible, date de 1969). Ce n'est certainement pas la drogue qui a brouillé le jugement de Fillon et Copé mais plutôt le sentiment de l'injustice pour l'un et celui d'avoir le droit de son coté pour l'autre.

Ce ne serait donc plus l'ambition qui les guiderait dans leurs actions, ambition dont leurs comportements rend la réalisation bien improbable, mais des sentiments moraux, celui du juste et celui du bon droit, du respect de la règle, qui ne sont pas rappeler ceux qui amènent les enfants à résister à leurs parents quand bien même ils savent qu'ils ne l'emporteront pas. En ce sens, ils me rappelle les comportements de ces salariés licenciés qui, plutôt que de tirer un trait et chercher un nouvel emploi, se lancent dans une grève de la faim ou dans des actions extrêmes.

Le plus étonnant est que rien ni personne n'ait su les arrêter. Faut-il le rappeler? dans une situation voisine, Ségolène Royal avait su jeter l'éponge. Peut-être parce qu'elle avait plus confiance en son étoile que les deux prétendants à la direction de l'UMP.

jeudi, novembre 22, 2012

Mais qui sont ces militants UMP?

Il y a (il y aurait?) 300 000 militants à l'UMP. Plus de 150 000 sont allés voter. Tout cela est plutôt surprenant : quels motifs ont pu conduire 300 000 personnes à s'engager et à militer (ce qui prend du temps) dans un parti qui était depuis dix ans au pouvoir et qui n'a jamais prisé les débats? Que venaient-ils donc y chercher. On devine que certains venaient faire carrière, nouer des contacts, briguer des postes, mais 300 000… cela parait beaucoup.

Que ces militants, exaspérés par des années d'anti-sarkozysme ambiant, aient développé des réflexes pro-sarkozystes est naturel, qu'ils soient plus à droite, plus "décomplexés" que les électeurs de droite est également logique, mais pourquoi militent-ils dans un parti qui ne sollicite ses membres que lors des campagnes électorales? Le plaisir d'afficher son opinion? le désir de résister à la modernité?

Ils ont voté, se sont divisés, ont découvert, probablement effarés, la médiocrité et l'ambition désespérément nue de leurs dirigeants. Continueront-ils de se comporter comme des godillots que l'on ne convoque que pour faire la claque lorsqu'un ministre passe dans leur région? Vont-ils, écoeurés, déserter leur parti? ou, déterminés, faire entendre leur voix? Et pour dire quoi? Pour défendre quelle politique? S'ils se sont divisés sur le choix de leur Président, ils le sont plus encore sur celui des motions.

On nous dit (et l'on voit sur les photos) qu'ils sont âgés, plutôt de genre masculin, et d'allure bourgeoise genre catho de province, assez éloignés en somme de ce peuple des zones péri-urbaines, de ces classes moyennes que les nouveaux idéologues de l'UMP, Peltier et Didier, les deux têtes de liste de la motion la droite forte, veulent séduire. Se reconnaissent-ils dans ce peuple des pavillons trop souvent tenté par l'abstention, le populisme ou le vote Front National? Sont-ils prêts à sauter le pas et à voter pour des candidats d'extrême-droite? Et comment les futurs dirigeants du parti, pro-européens, partisans du libre-échange, hostiles à toutes formes de protectionnisme s'arrangeront-ils de militants qui auront pris, mascarade électorale aidant, un peu plus d'autonomie?

Au delà du cirque à la tête de l'UMP, il y a toutes ces questions qui affecteront durablement le sort d'une droite que Nicolas Sarkozy aura laissée en état de décomposition avancée. 

Mariage homosexuel, polygamie, inceste : quand les évêques disent n'importe quoi

Le mariage homosexuel, dont j'ai déjà parlé ici (sur les évolutions du mariage) et (sur l'adoption), aura révélé ce que l'appareil intellectuel de l'église et d'une bonne partie de la droite peut avoir de vétuste et de figé. Les propos de Monseigneur Barbarin sur la polygamie et l'inceste témoignent d'une vision de l'histoire  tragique et d'une bien mauvaise connaissance de notre société.

On se souvient que le cardinal et archevêque de Lyon avait déclaré
Un mariage, c'est un mot qui veut dire rempart, pour permettre au lieu le plus fragile de la société, c'est-à-dire une femme qui donne la vie à un enfant, que toutes les conditions soient établies pour que ça se passe dans les meilleures possibilités.
Après, ça a des quantités de conséquences qui sont innombrables. Après, ils vont vouloir faire des couples à trois ou à quatre. Après, un jour peut-être, l'interdiction de l'inceste tombera.
Et ceci sans le moindre sourire mais avec quelque chose d'un peu déplaisant et de plutôt inquiétant  dans la manière de s'exprimer, de bouger que n'excuse pas son peu d'expérience des médias audiovisuels :


Pour ce prélat comme pour tous ses opposants, cette loi fera tomber les remparts qui nous protègent de la barbarie et est l'amorce d'une chute sans fin vers l'anomie, l'absence de règles, de normes. Comme s'ils ne savaient pas que les normes sociales évoluent, changent. Des comportements qui étaient hier stigmatisés sont aujourd'hui acceptés. D'autres qui choquaient hier sans vraiment scandaliser sont devenus intolérables. Je pense aux violences sexuelles et conjugales, au harcèlement moral et, surtout, à la pédophilie (voir ce que j'écrivais ici même il y a trois ans sur l'évolution de la norme en la matière).

Prétendre que le mariage pour tous est la porte ouverte à toutes les dérives est tout simplement ignorer le jeu subtil de normes en perpétuelle évolution.

Faut-il pour autant exclure que se réveillent demain des revendications en faveur de la polygamie ou de la polyandrie? Oui. D'abord, et tout bêtement, parce que, à l'inverse de ce qu'avance l'archevêque, personne n'en fait la promotion, pas même ceux qui sont de fait polygames dans nos sociétés. Bien au contraire, les immigrés venus de régions dans lesquelles ces pratiques existent les abandonnent chez nous et leurs enfants ne souhaitent certainement pas les reprendre. Et pour cause.

La polygamie qui reste très minoritaire dans les sociétés qui la pratiquent encore (pas plus de 5 à 10% des hommes ont plusieurs femmes dans ces sociétés) s'est développée et se maintient dans des environnements sociologiques très différents du notre : c'est une partie intégrante du système patriarcal où la possession de plusieurs femmes est une marque de prestige et de puissance et une manière de nouer des alliances multiples(qui peut dire cela de notre société?). Dans le monde musulman médiéval, son développement a été lié à un déséquilibre démographique entre hommes et femmes et la multiplication de veuves avec charge d'enfants qu'elles ne pouvaient, faut de ressources, nourrir, comme l'indique la sourate 4, verset 3 du Coran : 
Et si vous craignez de n'être pas justes envers les orphelins... Il est permis d'épouser deux, trois ou quatre, parmi les femmes qui vous plaisent, mais, si vous craignez de n'être pas justes avec celles-ci, alors une seule, ou des esclaves que vous possédez. Cela afin de ne pas faire d'injustice (ou afin de ne pas aggraver votre charge de famille).
On en est bien loin.

Quant à ceux et celles qui vivent plusieurs aventures amoureuses en parallèle, qui peut imaginer une seconde qu'ils voudraient institutionnaliser ce qu'ils vivent aujourd'hui clandestinement. Il faut ne jamais avoir rencontré un homme marié à plusieurs femmes ou une seconde ou troisième épouse pour imaginer que cela puisse devenir une revendication. C'est pour les uns et les autres, l'enfer, la jalousie et les récriminations permanentes. Certains peuvent souhaiter décriminaliser la polygamie pour protéger les épouses déjà dans cette situation, mais de là à la légaliser il y a un pas que rien, dans notre société n'invite à franchir (Le sujet a fait l'objet d'un débat entre universitaires en 2006 au Québec dont on trouvera ici trace). La crainte qu'exprimait le Cardinal est purement imaginaire.

Quant à l'inceste…Maurice Godelier, grand spécialiste de cette question, il a dit l'essentiel il y a quelques jours dans un entretien au Monde :
C'est une condition universelle de toute société. Si les familles se reproduisaient par elles-mêmes, la société ne pourrait pas exister. Le tabou est un élément producteur de la société, transféré à tout individu et intériorisé par chacun, hétérosexuel comme homosexuel. Ces fantasmes sont grotesques. Il n'y aura pas plus d'inceste chez les homos que chez les hétéros.

mercredi, novembre 21, 2012

UMP : ce n'est plus de la haine…

Hier, on pouvait penser que l'UMP se déferait lentement, des élus allant lentement rejoindre l'UDI de Borloo, lentement parce que freinés par l'inimitié entre Borloo et Fillon. Là, avec ce nouvel épisode qui voit les partisans de Fillon contester l'élection de Copé, on s'achemine vers tout autre chose : la cassure de l'UMP et la constitution, à coté de l'UMP de Copé (canal historique?) d'une UMP nouvelle autour de Fillon, Wauquiez, Pécresse, Cioti. Ce qui conduirait à une droite éclatée en quatre mouvements concurrents visant la même clientèle : le FN, l'UMP décomplexée, une droite vaguement sociale et l'UDI. Tout le contraire de ce qu'avait réussi Sarkozy. Une éventualité qui prendra d'autant plus de consistance que le Parlement votera l'introduction d'une dose de proportionnelle, ce qui devrait faciliter l'émiettement, en donnant à chacun une chance d'avoir des élus au Parlement.

Une bonne nouvelle pour Hollande? Sans doute même s'il peut craindre que ces quatre partis se lancent dans une course à qui sera le plus critique. Reste que l'on se demande ce que les uns et les autres ont fait de leur sens politique…

Le mariage a tant évolué en trois générations…

Les récents propos de François Hollande font hurler les partisans du mariage homosexuel. Bien à tort. Il n'a fait qu'acter ce qui se produira lorsque le texte sera voté : les maires hostiles délégueront la cérémonie à un adjoint plus libéral. Ce faisant, François Hollande a voulu décrisper l'atmosphère. Il a eu raison. Et tous ceux qui, comme Noël Mamère, montent sur leurs grands chevaux feraient mieux de répondre aux opposants, de leur opposer des arguments. Car il y en a plusieurs.

Dans un post récent, j'indiquais qu'on avait de bonnes raisons de penser que l'adoption dans des familles homoparentales pouvait mieux se passer que dans des familles "normales". On pourrait également opposer aux adversaire du mariage pour tous, l'évolution rapide de cette institution. Il a suffi de trois générations pour qu'elle change complètement d'allure.

Je ne suis en rien un spécialiste de ces questions, mais il me suffit de regarder le cas de ma famille. Mes grands-parents avaient une famille élargie. Vivaient chez eux, leurs trois enfants, un oncle fauché qui faisait office de chauffeur, une nièce orpheline qui gardait les enfants et plusieurs domestiques. Famille rurale traditionnelle transposée dans une petite ville.

Mes parents illustraient à merveille la famille nucléaire : deux parents, deux enfants.

Ma génération a inventé la famille recomposée où l'on se retrouve parent des enfants de son conjoint.

Trois générations, trois modèles différents.

Le mariage pour tous n'est qu'une nouvelle évolution de cette institution. Prétendre que la famille nucléaire est un modèle inscrit dans le marbre est donc une ânerie que chacun peut éviter de répéter en regardant autour de soi ou en interrogeant son histoire familiale mesurer l'inanité.

Ces transformations sont liées à des phénomènes sociologiques, aux migrations qui ont conduit les enfants des familles élargies à s'installer dans de grandes villes où ils n'avaient que peu contacts et aux logements plus petits. Au travail des femmes, à la contraception, à l'allongement de la durée qui ont contribué à l'éclatement de la famille nucléaire. Aujourd'hui, c'est la plus grande tolérance à l'égard de l'homosexualité, sa banalisation qui rend naturel cette revendication d'un mariage pour tous.

Il se fera. Concernera-t-il beaucoup de monde? Ce n'est pas certain tant les tendances lourdes de notre société nous orientent vers le célibat (40% de la population hexagonale, à Paris un logement sur deux est occupé par une personne seule) qui se généralise et entraine de nouvelles formes de sociabilité qui n'ont, nous disent les sociologues, pas grand chose à voir avec la solitude. Mais il y a quelque chose d'un peu paradoxal, d'ironique, à voir les homosexuels qui ont été les pioniers de notre civilisation de célibataire en pointe dans le débat pour défendre une institution que l'on pensait en déshérence.


mardi, novembre 20, 2012

Et si les familles homoparentales étaient plus aptes à adopter des enfants?

Et si mieux valait que les enfants soient adoptés dans des familles homoparentales? La question peut paraître un peu farfelue, et cependant… le débat sur l'adoption par les familles homoparentales fait abstraction de ce qui se passe dans tant de familles "normales" qui adoptent.

On gagnerait à s'interroger sur l'adoption et sur ses multiples échecs qui tiennent, pour une part, au hiatus entre des enfants abandonnés qui se méfient de tout geste d'attachement excessif et les familles qui les adoptent. et sont, du fait même du long et douloureux parcours qui les a conduites à l'adoption (découverte de la stérilité de l'un des deux partenaires, gymkhana administratif), dans l'attente de gestes d'attachement que ces enfants refusent. Un désir de maternité exacerbé conjugué à une réserve à l'égard de gestes d'amour est à l'origine de beaucoup de déception et d'échecs..
Ces enfants, écrivent deux spécialistes, Nicole Guedeney et Claire Dubucq-Green, n’arrivent pas vierges, prêts à s’attacher à des parents nouveaux. Ils ont pu développer, au contraire, une profonde méfiance à l’égard de toute personne censée les protéger. De nombreux auteurs soulignent les difficultés énormes que peuvent vivre les parents face aux troubles du comportement ou aux attitudes que présente leur nouvel enfant, surtout au début de l’adoption, justement parce que celle-ci active dramatiquement le système d’attachement de l’enfant, placé dans une situation inconnue, face à des inconnus, et qu’elle peut réveiller les protections habituelles de l’enfant que les nouveaux parents ne peuvent pas toujours comprendre. (Adoption, les apports de la théorie de l’attachement, Enfance et Psy, n°24, 2009)

Or, la situation des familles homoparentales est toute différente. Les enfants qu'elles accueillent ont bien des réserves quant aux gestes d'attachement, mais ils entrent dans des familles qui n'ont pas connu l'échec de la stérilité et dont les membres (mère ou père) n'ont pas un désir d'enfant exacerbé par les échecs à répétition de tentatives de conception.

Il n'est, en ce sens, pas impossible que l'adoption par des familles homoparentales se passe mieux que l'adoption par des familles dites "normales" et qui ne le sont pas tant que cela.

lundi, novembre 19, 2012

UMP : la comparaison avec le PS est trompeuse

Il est tentant de comparer le fiasco de l'UMP à ce qui s'est produit à Reims entre Ségolène Royal et Martine Aubry. Sur le respect des règles démocratiques élémentaires, il y a de quoi et personne n'a de leçon à donner. Il semble bien que nos politiques soient à peu près aussi vertueux que nos sportifs : dés qu'ils en ont l'opportunité, ils n'hésitent pas à tricher (mais sont-ils les seuls : ne rencontre-t-on pas pareilles pratiques dans toutes les associations et organisations où l'on vote?).

Il y a cependant une différence majeure entre ce qui s'est produit au PS et ce que vit aujourd'hui l'UMP : la fracture au PS portait sur des personnalités, beaucoup ne voulaient pas, ne voulaient plus de Ségolène Royal qu'ils considéraient comme incontrolable, mais si différences politiques il y avait entre les deux candidates, elles étaient mineures et tout sauf insurmontables. Dans le cas de l'UMP, c'est différent. Au delà de la bataille des egos, il y a un projet politique différent. Copé, proche en cela des militants, a choisi de se rapprocher dangereusement du Front National et de ses thèmes. Fillon, plus sensibles aux attentes des électeurs de droite est resté plus mesuré, plus fidèle à la ligne de Chirac. Et cette fracture politique ne va pas disparaître. Bien au contraire, elle devrait se creuser alors qu'à la droite comme au centre, on devine des candidats à la reprise d'une partie des troupes déboussolées de l'UMP. Le FN ne tardera pas à faire des appels du pied aux élus et aux militants proches de Copé et Borloo fera de même avec tout ce que ce parti compte d'anciens MRP, UDF, humanistes.

Il est peu probable que l'UMP explose immédiatement, ils ne sont pas à ce point suicidaires (encore que leur comportement de ces dernières heures pourrait le faire penser), mais elle devrait subir une lente érosion avec des élus insistant, d'un coté, pour des alliances avec le FN et, de l'autre, pour un rapprochement avec les centristes. Beaucoup dépendra des situations locales, de la puissance du FN, de la sensibilité des élus de droite… mais cette élection ratée pour cause de division profonde des militants laissera des traces profondes, bien plus qu'au PS où, une fois évacuées les blessures d'ego, tout a pu repartir. 

dimanche, novembre 18, 2012

UMP : tout simplement grotesque

La droite a devant elle un boulevard : chute de François Hollande et Jean-Marc Ayrault dans les sondages, crise économique qui n'en finit pas, presse internationale qui montre à l'offensive contre le pouvoir socialiste… et malgré tout cela, elle réussit à se prendre les pieds dans le tapis, à se ridiculiser et à se rendre inaudible. On parlait hier de la droite la plus bête, nous avons certainement la plus maladroite.

The Economist parle (plutôt mal) de la France

Le cahier spécial que The Economist a consacré à la France a fait couler un peu d'encre de ce coté-ci de la Manche. Il est vrai que le titre n'y allait pas par quatre chemins : The time-bomb at the heart of Europe et que les illustrations n'étaient guère plus aimables. Il y a les baguettes transformées en explosif :



Il y aussi une photo drôle de François Hollande lisant l'heure sur son poignet alors que sa montre s'est retournée.

Un passage de l'éditorial pouvait effectivement énerver à Paris :
So far investors have been indulgent of France; indeed, long term interest rates have fallen a bit. But sooner or later the centime will drop. You cannot defy economics fot long.
Le journal aurait voulu appeler les marchés à sanctionner la France qu'il ne s'y serait pas pris autrement. Mais on peut penser 1) que les marchés ne se fient pas seulement aux avis des journalistes de The Economist pour prendre leurs décisions et, 2) qu'ils ont lu dans le détail le dossier et qu'ils ont mesuré la faiblesse de leurs analyses.

Ce dossier n'est pas mal fichu. Il est bien renseigné, bien présenté et fait un résumé assez exact de ce que l'on peut lire sous la plume des éditorialistes de droite genre Nicolas Baverez. Il y ajoute une aversion déclarée pour la taxation à 75% au delà de 1 millions d'€, quelques niaiseries, comme celle-ci :
Even today there are not many more visitors to the Massif Central than in the days when Robert Louis Stevenson was travelling with his donkey through the Cévennes in 1878.
quelques bêtises, pour rester dans l'euphémisme, comme ici :
One business woman says that the rich are now stigmatised in the way the Jews were 70 years ago.  
quelques clichés comme celui sur le refus des Français de changer.

D'un journal réputé, on attendait des analyses un peu plus fines. Pas un moment, on ne cite la récession en Grande-Bretagne, en Italie, en Espagne qui peut expliquer une partie des difficultés du commerce extérieur français. Nulle part, il ne s'interroge sur la résistance de la France à la récession. N'est-ce pas pour partie lié aux amortisseurs sociaux, à ces réglementations qui freinent les licenciements dans les périodes de crise et évitent l'effondrement de la consommation? La question méritait au moins d'être posée.

Le journal souligne à juste titre l'absence d'entreprises de taille intermédiaire en France. Mais son explication par le seuil des 50 salariés (au delà duquel il faut créer un comité d'entreprise) est un peu courte. Pourquoi les entreprises qui ont passé ce seuil ne grandissent-elles pas plus? Un coup d'oeil sur une carte de l'industrie française l'aurait éclairé : la plupart des entreprises de taille moyenne sont dispersées sur le territoire, installées dans des petites villes où elles ne trouvent aucune des ressources (compétences, services…) nécessaires à leur croissance.

Le journal indique, ce que peu de gens savent, que les inégalités, telles que les mesure l'index Gini,  bien loin de progresser ont reculé en France depuis les années 80. Est-ce une bonne ou une mauvaise chose? Pourquoi?

Un dossier décevant donc qui confirme ce que l'on savait : les britanniques, les journalistes de The Economist sont très hostiles à l'euro. Ce n'est pas un scoop, ils l'ont toujours été. Cette fois-ci ils ont utilisé la France pour mener leur combat. Il n'y a pas de quoi s'inquiéter plus que cela. D'autant que tout cela a, d'après les Echos, un air de campagne publicitaire : un journal, c'est aussi un produit qu'il faut vendre (aux décideurs français que le dossier caresse dans le sens du poil)

mercredi, novembre 14, 2012

Hollande devait réussir sa conférence de presse pour être obéi

Hollande a réussi sa conférence de presse. Il devait la réussir non pas pour rassurer l'opinion, qui ne l'aura sans doute guère été tant son ton a été grave et ses annonces d'un chômage appelé à durer pénibles, mais sa prestation a remis à leur place, celle d'exécutants de sa politique, ses ministres et, surtout, les hauts-fonctionnaires qui se sentaient autorisés, au vu des unes de la presse toujours plus dures, à trainer des pieds, à jouer la montre à chaque annonce de réforme.

François Hollande n'est pas le premier à s'être heurté à l'inertie de la haute fonction publique. Tous les présidents et premiers ministres ont connu cela, à commencer par Nicolas Sarkozy qui n'a pas su la faire travailler comme il souhaitait, d'où sans doute sa brutalité.

Les ministres sont importants mais ils ne peuvent rien sans leur administration or celle-ci est en général tentée par l'attentisme, surtout depuis que le quinquennat a délié le lien qu'il pouvait y avoir entre les carrières des politiques et celles des hauts-fonctionnaires appelés à rester longtemps dans les mêmes bureau. La haute fonction publique est d'autant plus tentée par l'immobilisme qu'elle sent le pouvoir hésitant, fragile, plus occupé à débattre de politique qu'à traiter les dossiers. Et c'était ce qui se produisait depuis quelques semaines : on trainait des pieds dans les couloirs des ministères, on s'interrogeait sur la volonté des uns et des autres, sur la possibilité de faire revenir le pouvoir sur ses positions. C'est probablement fini.

De ce point de vue,  Manuel Valls en commettant cette étrange bourde sur le terrorisme a rendu un fier service à François Hollande. Il lui a permis de réagir à chaud, de montrer son autorité, sa manière courtoise mais ferme de s'imposer. Idem pour ses propos sur les personnalités de la société civile appelées, malgré tous leurs talents, à rester dans la société civile. Il lui fallait recadrer ses troupes. C'est fait. 

Anna Cabana ou le journalisme du valet de chambre

Anna Cabana, journaliste du Point, célèbre pour ses livres scandale sur Cecilia Sarkozy, Valerie Trieweler et quelques autres a consacré sa chronique matinale sur France Inter à la cravate de François Hollande. Il parait qu'elle ne tenait pas droit hier et que c'était bien la seule chose remarquable dans la conférence de presse de François Hollande. Ce qui m'a fait penser à ce beau texte de Michel Bosquet écrit il y a plus de ving ans que Mediapart vient de publier dont cet extrait montre que cette jeune journaliste n'innove en rien en s'en prenant à la cravate du Président :
Et il en allait de même du journalisme dit personnel que Jeannot avait pratiqué avec brio pendant quelque temps : ça consistait à rapporter avec dérision les paroles et les gestes de grands personnages, selon la technique du valet de chambre : vous contestez les propos élevés du personnage par la description de leur cravate, du mouvement de leurs doigts et des ratés de leur parole : encore la caméra.
 Sur la conférence, on aura noté l'autorité, la fermeté, la précision des propos (sauf sur le crédit d'impôt aux entreprises dont l'explication m'a paru tout à la fois empruntée et peu convaincante), la façon aimable mais directe de rappeler à l'ordre Manuel Valls et le recadrage tout aussi aimable et ferme des personnalités de la société civile qui se sentiraient pousser des ailes. Seul bémol, mais de taille : si l'on comprend bien que proposer une loi sur le vote des immigrés qui n'a aucune chance d'aboutir serait une sottise, il y a de la paresse ou de la lâcheté à ne pas s'engager pour faire évoluer l'opinion. 

mardi, novembre 13, 2012

Publications scientifiques : drôle de dérive…

Il y a quelques chose de rafraîchissant et d'un peu inquiétant à lire des articles d'économie ou de sociologie publiés dans les années 70 dans les revues savantes (AER, JPE…). Rafraichissant parce que l'on comprend ce que veut dire l'auteur, ce qui n'est pas toujours le cas des articles les plus récents, et inquiétant parce que l'on se dit que beaucoup, même parmi les plus importants, ne seraient plus acceptés par ces revues dont les normes de publication se sont considérablement compliquées.

Il y a aujourd'hui des formats très stricts à respecter dont on peut se demander s'ils contribuent vraiment à l'enrichissement de nos connaissances. Il faut, par exemple, justifier absolument toute information d'une référence, d'où une explosion des bibliographies (et des références à des auteurs récents, collègues…) dont on se demande parfois si l'auteur les a vraiment lus.

Je ne sais de quand datent  ces évolutions, des années 80, d'un peu plus tard peut-être, mais elles me semblent correspondre à une double évolution de la littérature scientifique dans ces disciplines :
- une mathématisation qui rend très difficile, pour ne pas dire impossible pour qui n'y consacre pas de longues heures, l'évaluation des raisonnements,
- et une diffusion beaucoup plus large de ces textes qui ne sont plus réservés aux seuls spécialistes mais consultés par hauts-fonctionnaires, journalistes…

D'où un paradoxe : plus c'est difficile, plus c'est lu. Paradoxe que ne pouvait résoudre qu'une transformation des pratiques de lecture : plutôt que de lire, comme on faisait autrefois, le texte d'un article in extenso, on se contente d'en lire le résumé, l'introduction et la conclusion. On lit, aujourd'hui les articles d'économistes ou de sociologues comme on lit des brevets, en allant directement à quelques passages soigneusement signalés (introduction avec annonce du contenu des différentes parties, conclusion et bibliographie).

Ces évolutions ont accompagné une concurrence accrue pour être publié. La plus petite école de commerce propose à ses professeurs des primes représentant parfois plusieurs mois de salaire pour le moindre article publié dans une revue classée. D'où une inflation des articles proposés et… des revues qui se créent toujours plus nombreuses et qui se spécialisent  sur des créneaux de plus en plus étroits (combien de revue sur le seul et très minuscule thème des business ethics, pour ne prendre que cet exemple?). Avec pour seul résultat que plus personne ne lit personne.

Mais quelle importance puisque cette production ne se traduit moins par une augmentation des connaissances produites que par la multiplication de discussions oiseuses qui ne sont pas sans ressembler aux débats passionnés des scolastiques sur la vertu dormitive de l'opium ou le sexe des anges…




samedi, novembre 10, 2012

L'Express, Le Point, imprimeurs de tracts UMP

La campagne de lUMP laisse l'opinion indifférente, ses militants s'épuisent dans des luttes stériles pour savoir qui portera ses couleurs en 2017. Peu importe, L'Express et le Point sont là pour distribuer gratuitement ses tracts. Depuis des mois, ces deux magazines multiplient les unes si hostiles à François Hollande qu'on peut se demander s'ils ne sont pas lancés dans une entreprise de démolition systématique du nouvel élu.

Ces Unes qui s'étalent sur tous les kiosques de France et sont naturellement vues par bien plus de citoyens que les tracts que les militants UMP pourraient distribuer sur les marchés le dimanche matin.





On peut se demander pourquoi ces journaux mitraillent ainsi systématiquement le Président? Opinion politique? C'est possible pour le Point qui est officiellement un journal de droite. Ce l'est moins pour l'Express qui avait fait de même avec Sarkozy. Est-ce offensive délibérée réalisée à la demande des propriétaires de ces journaux? Dans le cas de l'Express qui appartient pour partie à un groupe belge, c'est peu probable. Ce n'est guère plus plausible pour le Point dont le propriétaire, François-Henri Pinault, ne passe pas pour spécialement interventionniste. On peut avancer une autre hypothèse : la volonté des dirigeants de ces hebdomadaires de créer des dossiers à charge qui leur permettent de vendre plus de papier en ville (parce que les journaux sont aussi des entreprises qui se soucient de leur chiffre d'affaires). Ce ne serait pas une première. Il y a quelques mois le Point de Frantz-Olivier Giesbert avait monté un lourd dossier sur la grande distribution dont l'objectif était manifestement de faire un coup.


Il en va aujourd'hui sans doute de même avec ces unes répétées contre Hollande. Est-ce efficace en matière de vente? Il semble que ce soit le cas puisque les ventes de ces deux magazines sont, d'après l'OJD, un peu meilleures cette année que l'année dernière alors même que les ventes du reste de la presse magazine s'effondrent. Tant qu'il en ira ainsi, ces deux magazines feront dans le "Hollande bashing". Une stratégie qui ne fonctionne pas forcément pour tous les journaux comme le soulignait il y a quelques semaines Le Monde : les journaux de gauche qui s'y essaient hérissent leurs lecteurs plus qu'ils ne les séduisent. 




jeudi, novembre 08, 2012

Les succès de Ferrari, Hermès : plutôt de mauvais signes

Les entreprises de luxe se portent bien, très bien. C'est vrai de Ferrari, ce l'est d'Hermés qui annonçait il y a quelques jours :
A fin septembre, le chiffre d'affaires consolidé du groupe atteint 2 440 M€ et progresse de 22,7% à taux de change courants (+15,5% à taux de change constants). Au troisième trimestre, la croissance des ventes atteint 24,2% à taux de change courants (+15,7% à taux de change constants). Dans les magasins du groupe, la progression des ventes demeure remarquable (+16,8% à taux de change constants), en dépit d’une base de comparaison élevée.
Aussi étrange que cela puisse paraître c'est probablement mauvais signe. Cela veut, d'abord, dire, que les inégalités continuent de se creuser, cela suggère ensuite que les plus riches, plutôt que d'investir dans des activités rentables, consomment faute de confiance dans l'avenir.  Quand on est riche et qu'on n'a pas confiance, on met son argent à l'abri ou on le gaspille.

Raisonnement tiré par les cheveux? Peut-être mais le Portugal de Salazar était le meilleur marché de Rolls Royce. Un hasard?

Hollande ou l'art de la synthèse

C'est le gouvernement qui a présenté le programme du gouvernement en matière de compétitivité, mais celui-ci incontestablement la marque de Hollande, cette capacité à écouter attentivement les uns et les autres, à construire une solution qui sache répondre aux attentes des uns et des autres. Ce qu'on appelait lorsqu'il était à la tête du PS son art de la synthèse et qu'il faudrait apprendre à appeler autrement. C'est du grand art qui n'a pas grand chose à voir avec cette ambiguïté que l'on a tant reproché à François Mitterrand. C'est une manière de calmer le jeu, de trouver une solution qui donne à chacun du grain à moudre.

Les organisations patronales voulaient une réduction du coût du travail, il leur offre un crédit d'impôt de 20 milliards. Les syndicats ne voulaient pas de réductions des cotisations sociales qui menaçaient de mettre à mal le financement des allocations familiales et de l'assurance maladie, il finance ces 20 milliards par une augmentation de la TVA et une réduction des dépenses de l'Etat.

Quant à la droite qui avait construit toute sa critique de la séquence sur l'abandon du rapport Gallois, elle est bouche bée.

C'est habile et tout le monde peut se dire satisfait. Les seuls qui seraient en droit de protester sont ceux qui ont cru qu'il ne toucherait pas à la TVA comme il l'avait avec tant de force annoncé et ceux (dont je suis) qui espéraient une refonte plus radicale du mode de financement des allocations familiales et de l'assurance maladie. Mais comme il s'agit, en général, de gens qui ont voté pour lui, leur pouvoir de nuisance est faible. Hollande illustre une nouvelle fois cette règle qui veut que les premiers déçus d'un Président sont ceux qui ont voté pour lui.

C'est habile, mais est-ce que cela suffira? Il faudrait, pour cela, 1) que les partenaires sociaux qui ont aujourd'hui toutes les raisons d'être satisfaits lui renvoient demain la balle en signant un accord sur la réforme du marché du travail. On n'y est pas. Et, 2) que le gouvernement trouve le moyen de réduire de 10 milliards ses dépenses sans affecter la qualité des services offerts aux Français. Il lui faudra faire de gros efforts d'imagination, à moins qu'il se décide à tailler dans des aides qui servent surtout aux grandes entreprises qui investissent en priorité à l'étranger.

mardi, novembre 06, 2012

Compétitivité : le rapport Gallois, suite

Le gouvernement va donc mettre en oeuvre la plupart des mesures préconisées dans le rapport Gallois mais peut-être pas tout à fait de la manière dont celui-ci l'envisageait. Si j'ai bien compris, mais les détails manquent encore, le gouvernement va réduire les coûts pour les entreprises en leur accordant des crédits d'impôts. Mais ce n'est pas la même chose qu'une réduction des cotisations sociales. Il y avait une mesure simple et rationnelle qui aurait consisté à retirer des cotisations sociales des entreprises ce qui relève de la famille et de la santé, deux domaines qui ne sont pas, à l'inverse du chômage, des accidents du travail ou de la retraite, directement liés au travail. Effectuer ce transfert aurait pérennisé cette réduction du coût du travail et aurait concerné toutes les entreprises et tous les salariés. En choisissant l'arme fiscale, le gouvernement s'est donné la possibilité de revenir en arrière (il parle, d'ailleurs, de trois ans pour atteindre cet objectif) et d'introduire des mécanismes incitatifs (crédits d'impôt lié aux investissements, à l'emploi…). Ce qui risque de réduire l'impact de la mesure : les industriels peuvent craindre que dans trois ans, les choses changent et les mécanismes incitatifs risquent de ne guère être efficace sur des entreprises en grande difficulté (ce sont elles qui licencient).

Je suis également supris qu'il n'ait pas envisagé, pour financer cette réforme, une révision des aides publiques (65 milliards en 2007 d'après la cour des Comptes distribués au travers de 6000 dispositifs différents) et une action plus vigoureuse sur la fiscalité des entreprises, notamment des entreprises multinationales qui réussissent à ne pas payer d'impôts en France (sur ce sujet voir pour plus de précisions, cette chronique que j'ai donnée ce matin : Compétitivité : et si on finançait les réductions de cotisations sociales en regardant du coté de la fiscalité et des aides aux entreprises?). Il est vrai que la solution qu'il a retenue lui permet de garder la main sur la politique économique. Mais elle introduit un peu plus de complexité encore dans un système fiscal déjà illisible.