jeudi, mars 28, 2013

Hollande doit rendre confiance dans l'avenir

Que peut faire François Hollande ce soir? Nul ne pense qu'il renversera la courbe des sondages ni même qu'il annoncera de nouvelles mesures (lesquelles, d'ailleurs?). Dans une situation de crise économique (et bientôt politique?) comme celle que nous traversons, le principal adversaire (le sien, le notre) est la défiance à l'égard de l'avenir, la perte de confiance en soi.

On nous dit que nous sommes plus pessimistes que nos voisins, que nous broyons plus facilement du noir. Les sondages le confirment. La faute à l'école, dit-on aujourd'hui. Hier, on nous assurait que c'était la faute de notre système social. Peu importe la cause, le fait est que cela ne nous aide pas. François Hollande doit s'attacher à rendre confiance aux Français. A ceux qui souffrent du chômage mais aussi à tous ceux qui ont un emploi, qui travaillent dans des entreprises compétitives et n'ont pas vraiment à se plaindre de la crise. Faute de leviers sur le chômage et la croissance, il doit s'attacher à modifier l'atmosphère générale. Il a su calmer le jeu politique et supprimer cette violence permanente qui était la marque du sarkozysme, on aimerait qu'il trouve le moyen de calmer cette vague dépressive qui nous a saisis et nous fait voir la situation bien plus noire qu'elle n'est en réalité. Après tout, nous ne sommes pas en récession comme plusieurs de nos voisins, nos banques fonctionnent correctement, notre démographie reste positive, les plus démunis ne sont pas chassés de leur logement et peuvent continuer d'envoyer leurs enfants à l'école et se faire soigner. Notre système social si souvent décrié donne chaque jour la preuve de son efficacité, nos institutions nous ont donné une équipe qui peut gouverner et la corruption de nos élites reste circonscrite.

François Hollande a fait preuve à plusieurs reprises de sa détermination. Il lui reste à nous faire reprendre espoir et confiance dans des institutions qui résistent et nous protègent mieux que d'autres. Pas facile à faire sans tomber dans l'angélisme et la niaiserie. 

mercredi, mars 27, 2013

L'erreur stratégique de Mélenchon

En forçant le trait, en durcissant son vocabulaire, en parlant, à propos de Moscovici,  de "quelqu'un qui ne pense plus en français, qui pense dans la langue de la finance internationale", Jean-Luc Mélenchon s'est attiré une vive riposte d'Harlem Désir qui a parlé "d'un vocabulaire des années trente" qui "donne le haut le coeur". De là à accuser Jean-Luc Mélenchon d'antisémitisme il n'y avait qu'un pas qui a vite été franchi, ce qui est absurde. Mélenchon est outrancier et excessif, il n'est pas plus antisémite que Désir.

Ses propos et ceux de ses amis du Front de gauche ("salopard" pour désigner les ministres de l'eurogroupe) l'indiquent : il a choisi une stratégie de la tension plus familière de l'extrême-droite que de la gauche. Stratégie conçue, semble-t-il, pour s'imposer auprès des classes populaires comme le meilleur opposant à François Hollande, meilleur en tout cas que le Front National que le Front de gauche a désigné comme son premier ennemi, celui dont il vise l'électorat. Alors même que Marine Le Pen est quasi silencieuse. On ne l'entend pas dans les médias. Mais en a-t-elle besoin alors que ses troupes se sont mises en province à faire le travail des fond des politiques, la présence, le porte à porte et que ses candidats continuent de marquer des points dans les élections, comme dans l'Oise où, après avoir ridiculisé au premier les candidats de gauche, elle a pratiquement fait jeu égal avec Jean-François Mancel, le candidat de l'UMP.

Cette stratégie est doublement erronée.

Mélenchon se trompe, d'abord, de peuple. Je veux dire par là que le peuple qui vote pour lui n'est pas celui qui se reconnait dans le Front National. Ce n'est pas en durcissant son discours qu'il convaincra celui-ci de voter pour lui :

  •  Il séduit des salariés du secteur public et des professions intellectuelles, catégories protégées de la concurrence internationale. Le Front National trouve ses soutiens chez les chômeurs, les ouvriers, les petits employés qui voient dans l'étranger (le travailleur chinois, l'immigré) un concurrent. 
  • Les premiers sont plutôt ouverts sur le plan des moeurs et adeptes de la démocratie participative, les seconds plutôt traditionalistes et amateurs de leader charismatique, sauveur de la nation.

Cette stratégie rend également plus difficile un rapprochement avec la gauche du parti socialiste et creuse les différences avec le PC dont l'électorat et les intérêts stratégiques sont différents. Le PC a besoin du PS pour maintenir ses positions municipales. Ce n'est pas en insultant les socialistes qu'il peut espérer signer de bons accords au prochaines élections.

En fait, cette stratégie ne mène nulle part. Les communistes qui ont en pris conscience commencent à s'inquiéter. Ils sont trop faibles pour rompre les ponts avec Mélenchon et il n'est pas sûr qu'ils aient les moyens de le faire changer de comportement.






mardi, mars 26, 2013

La puissance d'Hollywood

La  orée du Nord vient de diffuser une nouvelle video de propagande dans laquelle elle promet d'envahir la Corée du Sud.


Ce qui, quand on la regarde frappe le plus est combien elle ressemble aux bandes annonces des westerns et des films de guerre dont Hollywood a inondé le monde. Même s'ils réussissaient à envahir leur voisin du Sud, les dirigeants du Nord perdraient la bataille des têtes et des coeurs. Ils ont tant nourri l'imaginaire de leur peuple d'images empruntées au grand ennemi que l'on peut imaginer qu'en cas d'invasion réussie du Sud,  leurs soldats se couleraient très vite dans le moule impérialiste et abandonneraient rapidement l'idéologie du régime, à supposer qu'ils y aient jamais cru.

samedi, mars 23, 2013

Le pire du sarkozisme

La mise en examen de Nicolas Sarkozy a donné à l'ex-président et à ses amis l'occasion de nous rappeler quelques uns des bons motifs que nous avons eu de les renvoyer : brutalité, absence de respect des hommes et des institutions. On pouvait espérer que la défaite leur avait appris à se maîtriser et à mieux contrôleurs affects. Il n'en est rien et ils nous ont, une nouvelle fois, montré le pire du sarkozisme.

La presse souligne que cette mise en examen rendra plus difficile le retour de Nicolas Sarkozy. Sans doute, mais ce sera moins pour ce dont il est accusé qui parait difficile à prouver et qui conduira probablement par un non lieu que pour ces comportements agressifs et ce manque avéré de sang-froid.

mercredi, mars 20, 2013

Cahuzac, suite mais pas fin…

J'avais il y a quelques jours envie d'écrire ici un post pour demander où en était l'affaire Cahuzac. nous sommes maintenant fixés. Le soupçon est validé par la justice, d'où sa démission et son remplacement immédiat (pour un homme que l'on décrit comme hésitant, Hollande montre une nouvelle fois sa capacité à réagir vite lorsque nécessaire). Il n'y a là rien que de normal, mais en attendant de nouveaux développements, on retiendra de cette affaire :
  • que mieux vaut ne pas partager ses secrets financiers avec son épouse puis qu'il semble que ce soit celle de Cahuzac qui soit à l'origine des mésaventures de l'ex-ministre, conseil qu'auraient gagné à suivre plusieurs protagonistes de l'affaire Karachi qui se sont retrouvés en difficulté à la suite de divorces difficiles : l'intimité n'est plus une garantie de secret,
  • qu'il y a des journaux (Mediapart mais sans doute aussi beaucoup d'autres) qui nous assomment de leçons de morale mais ne craignent pas d'utiliser des conflits intimes un peu sordides pour sortir des affaires. Ce n'est pas nouveau, mais cela donne au journalisme d'investigation (pourtant nécessaire) une drôle d'odeur : là où l'on imaginait des enquêtes approfondies, il y a des tractations avec des avocats déterminés,
  • que nul ne s'étonne qu'un homme de gauche, partisan affiché des hausses d'impôt, riche de surcroit, critique sévère du bouclier fiscal de Sarkozy soit soupçonné d'évasion fiscale. Comme si l'on acceptait et trouvait normal que l'homme privé puisse faire le contraire de ce que préconise l'homme public.

Nationalisme britannique

Les nationalistes et les anti-européens ont le vent en poupe en Grande-Bretagne. Les journaux britanniques ne parlent que de cela et l'UKIP, un parti populiste dont le programme se résume pour l'essentiel à la sortie de la Grande-Bretagne de l'Union Européenne, grimpe dans les sondages, au point de passer, dans certains, devant les libéraux. Ce regain de nationalisme s'entend dans les conversations avec les britanniques, le ressentiment à l'égard de l'Allemagne reste vif chez les plus âgés, mais il se voit  aussi dans les rues de Londres comme en témoigne cette affichette dans la vitrine d'un magasin d'habits pour enfants au nom pourtant français : Jojo Maman Bébé.


mardi, mars 19, 2013

Carla Bruni réinvente gentiment la chanson engagée

La chanson politique, engagée était traditionnellement plutôt de gauche. Voilà que la droite s'y met. On avait entendu parler (mais pas vraiment entendu) celle où Carla Bruni compare François Hollande à un pingouin, en voici une autre, gentillette vaguement potache de Carla Bruni sur son mari qu'elle appelle étrangement Raymond, ce qui lui donne un coté patron de bar un peu vieilli qui ne lui va pas vraiment, mais cette chanson le suggère : Carla Bruni sait être moqueuse.

mardi, mars 12, 2013

Eric Woerth, l'indestructible, ou le silence de l'opposition

On croyait Eric Woerth définitivement compromis par les différentes affaires dans lesquelles il a été cité (affaire Bettencourt, hippodrome de Chantilly, financement de l'UMP), mais non… On le voit de plus en plus fréquemment à la télévision où, presque seul de l'opposition, il porte la contradiction aux ministres socialistes. Ce retour confirme que l'on n'est jamais complètement mort en politique mais dit aussi beaucoup de l'extrême faiblesse de l'opposition. Malgré toute sa vivacité, son agressivité et son manque de rigueur (il a hier soir répété au moins quinze fois que la gauche était au pouvoir depuis 12 mois, ce qui est avancer un peu la dernière élection présidentielle), Woerth reste un second couteau et ne peut prétendre, n'a d'ailleurs jamais prétendu, à un rôle de premier plan. D'où cette question : où sont donc ceux qui prétendent jouer, demain, un rôle de premier plan? les Copé, Fillon, Pécresse, NKM, Lemaire… Jugeraient-ils que ce serait déroger que de porter, comme hier soir sur France 2, la contradiction à Marylise Lebranchu? Craignent-ils de se voir opposer le bilan dérisoire de 10 ans de droite au pouvoir en matière de réduction des dépenses et de lutte contre le chômage? Sont-ils en peine de proposer des alternatives? Woerth peut se contenter de dénoncer l'inaction du gouvernement et de parler, parler jusqu'à plus soif, Copé ou Fillon seraient bien obligés d'avancer quelques pistes, quelques solutions. Leur silence vient-il de ce qu'ils en sont incapables? Ce n'est pas impossible. Il est vrai que leur refus de tirer le bilan de 10 ans de gouvernement de droite et leurs batailles n'incite guère a développement de solutions nouvelles à la crise.

samedi, mars 09, 2013

viande française…

L'une des conséquences inattendues de la crise du cheval (je veux dire de la découverte de viande de cheval dans des plats préparés chez plusieurs fournisseurs, Findus, Ikea, Covi…) aura été la décision prise par un grand nombre d'entreprises de ne vendre des produits qu'à base de viande d'origine française.


C'est ce qu'on annoncé successivement Carrefour, Thiriet, Findus, Intermarché (voir cet article du Figaro). D'autres suivront sans doute s'il apparait que cela rassure effectivement les consommateurs. On  devrait voir se multiplier sur les emballages l'un ou l'autre de ces logos (l'un, celui de dessous, semble plus "officiel" que l'autre).



Il aura, semble-t-il, suffi d'une chute des consommations et d'une solution proposée par le Président de la République au salon de l'agriculture (que les industriels s'engagent à titre volontaire en attendant une décision de la commission européenne) pour que les industriels prennent des mesures qui devraient tout à la fois assurer une meilleure traçabilité, réduire les circuits (plus besoin de passer par des intermédiaires néerlandais installés à Chypre) et, ce qui n'est pas le moindre intérêt de ces décisions, si elles sont vraiment appliquées, donner un peu d'air à une profession qui souffre depuis plusieurs années.

Est-ce que cela améliorera la qualité des plats préparés? Pas sûr. Est-ce que cela en augmentera les prix?   Sans doute légèrement. Surtout si les éleveurs français ne sont pas en mesure de fournir immédiatement toute la viande, comme le suggèrent plusieurs articles de presse, dont celui-ci des Echos. Mais quel est le poids de la viande dans le prix de revient d'une barquette de lasagne?

Cela pourrait surtout avoir des conséquences sur l'organisation même de l'industrie agro-alimentaire. Dans un des premiers textes sur le management, Charles Babbage indiquait que le gouvernement britannique fabriquait lui-même sa propre farine parce que cela lui revenait moins cher que de contrôler la qualité de celle fournie par des industriels sachant qu'il lui aurait fallu contrôler la farine mais aussi le blé utilisé pour la fabriquer. De la même manière, on pourrait bien voir, dans les années qui viennent, les distributeurs procéder à une intégration en amont, construire leurs propres usines pour fabriquer leurs plats préparés pour mieux en contrôler la qualité (sur Babbage, voir ici) sachant qu'ils sont comptables de ce qu'ils vendent à leurs clients et que si, cette fois-ci, le scandale n'a eu aucune incidence sanitaire, il pourrait en aller tout autrement une prochaine fois (d'ores et déjà, Ikéa a retiré du marché des tartes peut-être contaminées avec des matières fécales!) . Certains se sont déjà, semble-t-il, lancés dans l'aventure : Les Mousquetaires possèdent une flotte de 17 navires de pêches, plusieurs abattoirs, 60 usines en France dont trois spécialisées dans la production de plats préparés à base de boeuf. Il n'est pas impossible que d'autres ne s'inspirent de ce modèle.

Cela pourrait, enfin, mais c'est un détail, modifier un peu le poids de nos ministres. Grâce à ce scandale,  Benoit Hamon, ministre en charge de la consommation, plutôt discret et quasiment invisible dans les médias, risque de laisser une trace plus significative de son passage que son très turbulent collègue Montebourg dont l'efficacité semble inversement proportionnelle de son agitation. 

samedi, mars 02, 2013

Quand la crise s'aggrave, il faut rendre confiance!

La crise s'aggrave, de financière et économique, elle est devenue politique tant aux Etats-Unis qu'en France. Les gouvernements pris en étaux entre des exigences contradictoires ne peuvent plus tenir leurs promesses. Il leur reste à éviter la crise sociale qui pourrait bien suivre demain avec les risques que l'on sait.

Une solution serait de donner aux citoyens des raisons d'espérer. En ce sens, les mesures prises par le gouvernement Ayrault sur le front de l'emploi, s'il n'est pas certain qu'elles permettent de stabiliser le chômage avant la fin de l'année, vont dans le bon sens. Toutes, contrats d'avenir, contrat de génération, recrutement de 60 000 jeunes enseignants visent un même public : les jeunes. Si elles réussissent à faire reculer le chômage de cette catégorie de la population, ce sera important pour donner au moins une raison d'espérer aux jeunes, à leurs proches, à leurs parents… Est-ce que cela suffira? Non, bien sûr. Et il faudra trouver autre chose.

On nous dit que François Hollande est apprécié des chefs d'entreprise qu'il emmène en voyage. Peut-être pourrait-il leur demander, demander à ceux, du moins qui en ont les capacités financières et peut-être, surtout, humaines, de développer des programmes de solidarité avec les entreprises en difficulté. Non pas forcément en les rachetant, cela n'a en général pas de sens, mais en leur demandant, par exemple, de créer des programmes de soutien aux entreprises en difficulté. Envoyer des cadres compétents en organisation, marketing, production ou logistique (pas forcément des cadres supérieurs, plutôt des cadres moyens, des agents de maîtrise…) aider des PME dont l'une des grandes faiblesses est le manque de compétences pourrait être une de ces solutions. Il suffit souvent de peu de choses, de la mise en place de techniques éprouvées dans les grands groupes pour soulager une PME, réduire ses coûts, améliorer sa qualité ou ses ventes. Je ne suis pas sûr que ce genre de solidarité relève de la loi. Mais le MEDEF ou d'autres organisations patronales pourraient tenter l'aventure.

mercredi, février 27, 2013

Stéphane Hessel disparu, que reste-t-il des indignés?

Stéphane Hessel avait su, avec son petit livre, donner du sens et une certaine visibilité au mouvement des indignés, jacquerie moderne sans autre programme qu'une certaine rage. Lui disparu, qu'en reste-t-il? Pas grand chose, malheureusement. Aucune idée, aucune organisation, aucune utopie, aucune filiation non plus. Rien à voir avec le gauchisme de la fin des années soixante qui a formé toute une génération de responsables et imposé ses thèmes libertaires à la société pendant au moins une vingtaine d'années. Reste sans doute la désespérance et la rage. Mais elles peuvent virer de bord et fournir des troupes au populisme ou à la dérision comme en Italie.

Faute d'armature théorique, d'utopie, de slogans fédérateurs, de structures pour accueillir, encadrer les plus déterminés, cette rage et cette désespérance tournent en rond, butent contre les murs, les plus engagés se démobilisent, de dispersent. Le texte, assez faible pour être franc de Stéphane Hessel, avait donné un semblant de cohérence à un mouvement social qui se cherchait, il est aujourd'hui comme passé à la machine à décerveler. Et l'on ne voit pas bien d'où pourrait venir la relève. 

J.P.Balpe publie sur Facebook ses archives : Un autre regard sur l'histoire littéraire

Pionnier de l'art numérique, inventeur programmes à composer des poèmes, longtemps collaborateur d'Action poétique et animateur du BIPVAL, la biennale de poésie du Val de Marne, Jean-Pierre Balpe a entrepris très discrètement d'éditer sur Facebook ses archives, courriers reçus d'auteurs de toutes sortes, refus, mots aimables, dessins… Tout cela commence dans les années soixante quand poètes et écrivains écrivaient encore à la main. C'est indiscret, insolite, un petit monument de l'histoire littéraire que Michel Pierssens et Jean-Jacques Lefrère devraient signaler dans leur excellente revue : Histoires littéraires.

Un exemple de ce qu'on y trouve : une carte postale recto-verso de Michel Butor :


mardi, février 26, 2013

Europe : une crise politique après la crise économique

Italie, Espagne, Grèce, Bulgarie… les crises politiques se succèdent en Europe, prennent un tour différent dans chacun des pays mais reposent tous sur les mêmes fondamentaux : un rejet par les peuples d'une austérité qui bien loin de conduire à la croissance ralentit celle-ci et appauvrit, du coup, l'essentiel de la population. En cause, partout, des politiques qui se plient aux standards de l'Europe en matière de dette, de déficit budgétaire et qui ne peuvent en réalité guère faire autrement.

Standards dont il est d'autant plus difficile de se défaire que, sous l'influence de l'Allemagne (mais aussi de la technocratie bruxelloise), l'Europe s'est dotée d'institutions indépendantes (ce qui veut dire indépendantes des politiques), BCE, Cour de Justice Européenne… chargées de les faire respecter : quelles que soient les circonstances. Le déficit public est un bon exemple, il ne doit pas dépasser 3% et si c'est le cas les Etats pourraient être poursuivis et condamnés à de fortes amendes (jusqu'à 0,2% de leur PIB). Il faut pour y échapper qu'une majorité qualifiée d'Etats s'y oppose. Les mêmes Etats doivent présenter leur projet de budget à Bruxelles avant même de le discuter avec leur Parlement. Tout cela est excellent pour ramener la discipline dans des pays qui en sont souvent manqué et ont laissé leurs déficit et endettement courir sans vergogne. Mais… ces instances ne sont pas seulement indépendantes des politiques, elles le sont également des opinions. Elles n'en tiennent tout simplement pas compte. D'où les réactions de celles-ci : discrédit des politiques, rejet de l'Europe, populisme, manifestations violentes, élections rendant les pays ingouvernables.

La construction européenne, telle qu'elle a évolué, de manière presque invisible pour qui n'est pas spécialiste, a voulu encadrer au plus près des politiques prompts à renvoyer au lendemain les efforts, elle aura réussi à couper le lien qui les unit à ceux qui les élisent. Elle leur a interdit (ou, du moins, rendu beaucoup plus difficile) d'écouter leur opinion, de prendre acte de ses refus, de ses attentes en matière économique. Faire des économies pour rembourser ses dettes, c'est une obligation, le faire en réduisant les allocations chômage, en fermant des écoles, en réduisant les dépenses de santé, comme en Espagne, c'est tout simplement aller à l'encontre de ce qu'attend la population, qu'elle soit de droit ou de gauche, jeune ou vieille. Or, faut-il le rappeler, dans des régimes démocratiques, être attentif aux attentes de la population et tenter de les satisfaire fait partie de la mission des politiques. Et c'est pour cela que la démocratie vaut mieux que tous les autres régimes.

L'Europe a aujourd'hui besoin de revoir ses politiques d'austérité qui se révèlent incapables de résoudre nos problèmes mais aussi son modèle politique : Bruxelles doit entendre les opinions si l'on veut éviter l'explosion de l'Europe pour cause de déficit démocratique. Il lui suffirait de prêter un peu plus d'attention au Parlement européen…

mardi, février 19, 2013

Une catégorie en pleine expansion : les nouvelles classes populaires

Dans une intéressante tribune libre publiée aujourd'hui dans Le Monde (Exclues, les nouvelles classes populaires s'organisent en contre-société), le géographe Christophe Guilluy note que "les rares ascensions sociales en milieu populaire sont aujourd'hui le fait de jeunes issus de l'immigration." Un phénomène qui mériterait d'être étayé même si l'intuition semble le confirmer (on peut notamment l'observer lorsque l'on regarde le générique des films et des séries télévisées : que de noms et de prénoms venus d'ailleurs!)

Guilluy attribue ce phénomène à l'implantation des immigrés dans les centres-ville à proximité des catégories supérieures et intellectuelles dans les territoires les plus dynamiques quand les classes populaires autochtones sont trop souvent reléguées à la périphérie dans des zones semi-urbaines. "Habiter dans une métropole, y compris en banlieue, n'est pas une garantie de réussite, mais représente l'assurance de vivre à proximité d'un marché de l'emploi très actif et de l'offre sociale et scolaire la plus dense." Là encore, on conçoit bien qu'un marché de l'emploi actif et une offre scolaire dense facilitent la promotion sociale. Mais est-il vrai que les classes populaires ont autant déserté les métropoles que l'affirme Guilluy?

Reste que l'on trouve là quoi enrichir ce concept de nouvelles classes populaires qui est étrangement entré dans le monde des sociologues après un détour par les sciences politiques et l'analyse électorale puisque c'est l'analyse du vote Front National qui a fait émerger cette catégorie sociologique.

mercredi, février 13, 2013

Grèves, violence…

Le succès des grèves d'instituteurs sont en apparence, au moins, incompréhensibles sur le fond, le gouvernement se contentant de revenir sur une réforme qu'ils avaient unanimement critiquée. Il l'est moins lorsque l'on sait l'importance des horaires dans les aménagements de la vie de chacun.

Hostiles aux rythmes scolaires actuels sur le plan des principes, les instituteurs ne veulent pas, en pratique, qu'on les change tant ils structurent leur vie et contribuent à l'articulation de la vie privée et de la vie professionnelle. On avait observé des phénomènes comparables lorsque, négociant la réduction du temps de travail, on cherchait à supprimer les horaires flexibles pour assurer une meilleure coordination d'équipes aux journées plus courtes. Ce n'est pas du corporatisme, comme on l'a dit, c'est, plus simplement, la défense des emplois du temps et compromis que chacun a construits. Ces grèves peuvent réunir beaucoup de monde, il y a peu de chance qu'elles dégénèrent. On ne met pas le feu à des  pneus pour quelques heures de travail le mercredi matin.

Il en va tout autrement des grèves ouvrières sur les sites menacés de fermeture qui paraissent, si l'on en juge par les images que montre la télévision, très "viriles". Risque-t-on de se retrouver dans des situations comparables à celles de 1979 avec des affrontements violents avec les forces de l'ordre (comme ceux d'avril 79 auxquels fait référence cette couverture de Paris-Match)?


Localement, c'est très possible, je dirais même probable, ce qui demandera beaucoup de doigté de la part d'un gouvernement de gauche. Est-ce que cela "monter" jusqu'à Paris, comme ce fut le cas en 1979? ou comme on l'a observé ces derniers mois en Grèce et en Espagne ?

On a de bonnes raisons d'en douter : les organisations syndicales n'ont plus la même force, les salariés concernés dispersés, divisés (comme chez Goodyear) et le Front de Gauche et les mouvements d'extrême-gauche qui pourraient être tentés de jeter de l'huile sur le feu n'ont pas la puissance du PC, de la LCR et des maoïstes d'alors. Reste que les mouvements sociaux sont toujours imprévisibles, si imprévisibles que le gouvernement gagnerait à suivre cela de très près et à travailler à une gestion des forces de l'ordre qui maintiennent celui-ci sans ajouter au désordre ambiant.

Hollande et le scepticisme

François Hollande suscite depuis toujours, chez ses collègues, chez les observateurs, les militants et les citoyens, une forme inédite de scepticisme pour un dirigeant politique de sa stature : on le crédite de nombreuses qualités (intelligence, habileté, sens de l'écoute) mais on doute de ses capacités à diriger, à prendre des décisions. Alors même qu'on le sait intelligent et efficace, on le mésestime. Ces doutes sont d'autant plus surprenant que, où qu'il soit passé, son bilan est plutôt positif. Ce scepticisme a des avantages : il lui permet de surprendre. Personne ne le croyait en mesure d'emporter ces primaires et, derrière, l'élection présidentielle. Que pesait-il face à ces poids-lourds de la politique qu'étaient Dominique Strauss-Kahn, Martine Aubry ou Nicolas Sarkozy? Il les a tous dépassés et… enterrés. Mais il a surtout l'inconvénient de rendre difficilement lisible sa politique et de faire confondre souci de prendre en considération les positions de ses adversaires et flou sur les orientations.  

On peut se demander d'où cela vient? Peut-être de la conjonction d'un tempérament qui l'incite à la bienveillance à l'égard de ses adversaires (bienveillance qui le conduit non pas à céder sur ses projets mais à chercher une solution qui évite de trop contraindre ceux qui ne partagent pas ses vues) que d'un physique de notable de province (il est sans doute le premier de nos présidents de la République à illustrer aussi bien la figure du notaire ou du médecin de sous-préfecture, même Pompidou avait un saillant dans le visage qui interdisait de le confondre avec). On prend sa bienveillance pour de la faiblesse et sa rondeur pour de la mollesse. On a sur les deux points, tort, tout à fait tort. On commence tout juste à le découvrir.

dimanche, février 10, 2013

La France n'en a pas fini avec le Mali

Laurent Fabius nous annonçait il y a quelques jours un départ prochain des troupes françaises du Mali. Voeu pieu? Comment pourrait-il en être autrement lorsque les militaires maliens se battent entre eux, comme ce fut le cas à Bamako il y a deux jours :
A Bamako,raconte FranceTVinfo, plusieurs personnes ont été blessées, vendredi 8 février, dans l'attaque du camp des "Bérets rouges", proches de l'ancien président Amadou Toumani Touré, par des soldats d'autres corps de l'armée malienne. D'après le correspondant de France 24 à Bamako, l’attaque a fait au moins un mort.
"Des militaires lourdement armés, tous corps confondus, ont attaqué le camp. Ils sont en train de tirer sur nos femmes et nos enfants", ont confié des témoins aux journalistes. 

Dangereux mariages…

On n'a jamais tant vanté les vertus du mariage que ces dernières semaines avec les débats à l'Assembleé sur le mariage homosexuel (et cela devrait reprendre avec les débats au Sénat dans quelques semaines) alors même que l'actualité est pleine d'unions qui finissent dans les pires conditions.

Qu'il s'agisse de ce diplomate français que son épouse indienne accuse d'inceste sur leur fille de trois ans, des mésaventures (le mot est bien faible) de Takiéddine, Gaubert ou, plus récemment, Cahuzac dont les futures ex-épouses ont nourri la justice et la presse d'informations qui seraient autrement restées confidentielles ou encore de ces cas dont chacun a pu avoir connaissance (époux qui kidnappent les enfants, épouses qui dénoncent les fraudes fiscales…), on a trop d'exemples de ces mariages qui deviennent toxiques. Le schéma est presque partout le même : dispute sur la garde des enfants et/ou le partage des biens du ménage, utilisation pour l'emporter devant le juge de tous les moyens, de toutes les informations glanées au cours des années de vie en couple. L'art du compromis qui semblait à la base des unions qui durent semble oublié : on va beaucoup plus vite à la rupture et les séparations sont toujours plus violentes.

Je me souviens de vieilles tantes qui cachaient à leurs époux les économies qu'elles faisaient sur l'argent du ménage. Elles s'assuraient ainsi une certaine autonomie. Devra-t-on, de la même manière, apprendre à mesurer la confiance que l'on accorde à ceux dont on est le plus proche pour se protéger en cas de séparation?

vendredi, février 08, 2013

Les séries télévisées n'aiment pas les politiques

Air du temps? Populisme ambiant? Les séries télévisées qui présentent des élus ne leur font plus de cadeaux et révèlent mieux que tout autre média l'altération profonde de leur image dans nos sociétés démocratiques.

Quand West Wing parlait de politique, ses scénaristes en donnaient une image élogieuse. Le Président était très compétent, économiste de renom, et ses collaborateurs en permanence soucieux de régler tous les problèmes du monde (avec, pour qui n'est pas américain, le sentiment qu'ils s'occupaient bien souvent de ce qui ne les concernait que de très loin). Les séries télévisées plus récentes comme Les hommes de l'ombre (qui raconte la campagne présidentielle de Nathalie Baye alias Anne Visage) ou The House of Cards (qui raconte la vie du whip de la chambre des représentants) sont bien moins aimables. Elles nous montrent de seconds couteaux, conseillers en communication ou flibustiers parlementaires habiles à faire des croche-pieds et donner de mauvais à leurs ennemis mais aussi, et surtout, à leurs amis et alliés.

Les britanniques ont été les premiers (avec, par exemple, Yes, Minister) à créer des séries de ce type, mais ils le faisaient avec un humour féroce qui a disparu de leurs épigones continentaux ou américains qui se complaisent dans la présentation de personnage tellement cyniques que l'on en vient à douter de leur réalisme.

lundi, février 04, 2013

Patriotisme français?

Dans un post dans lequel il médite sur les réactions de ses lecteurs français à ses remarques légèrement (très) légèrement cyniques sur le discours de F.Hollande à Bamako, Arthur Goldhammer s'interroge sur le renouveau du "patriotisme" français à cette occasion.

La question est pertinente et il est vrai que cette intervention ne suscite que très peu de critiques et d'interrogations, bien moins que celle en Libye. Et les rares qui s'y essaient, comme Thierry Desjardins, passent pour un peu grincheux.

Si cette opération dont on n'a pas vu la fin attire de ce coté-ci de l'Atlantique tant de soutiens, c'est qu'elle combine :
- une intervention juste : qui pouvait laisser le Mali aux mains de bandes de voyous et de terroristes qui violent les femmes et coupent les mains des voleurs?
- une démonstration de la force et de l'efficacité de nos forces armées qui ont donné le sentiment de mieux s'en sortir que d'autres (peut-être était-ce tout simplement plus facile d'intervenir au Mali qu'en Afghanistan…), démonstration d'autant plus parlante que nos alliés sont restés bien discrets,
- une confirmation de ce que la France n'est toujours pas une puissance comme les autres. Qui, hormis les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne aurait pu mener ce type d'opérations? Ni les Allemands, ni les Italiens, ni les Espagnols, ni les Russes ni les Chinois : nous valons bien notre siège au Conseil de Sécurité,
- la preuve de la maturité et des qualités de dirigeant de François Hollande : il a su prendre des décisions rapides sans hésiter ni se pavaner comme son prédécesseur.

Tout cela vaut bien quelques bravos. Même si l'on ne peut jurer de lendemains qui chantent.