dimanche, septembre 29, 2013

La mence du Front National

Quelle est la vraie menace du Front National? Qu'il gagne quelques sièges dans des exécutifs locaux et quelques villes à l'occasion des prochaines municipales ou qu'il sème ses idées dans tous les partis? La première menace est ce qui inquiète le plus les observateurs, mais la seconde est sans doute la plus inquiétante. Les derniers propos de Manuel Vals sur les roms attestent des progrès de son idéologie. Si pour mieux le combattre, il faut, reprendre ses idées, il y a vraiment péril en la demeure…

Les succès du Front National dans les sondages (et demain dans les urnes) tiennent, pour l'essentiel, à ce que, ne participant au pouvoir, il ne peut être comptable de ses échecs. Comme on entend souvent des électeurs tentés par un vote FN le dire : "on a tout essayé, rien ne marche, pourquoi ne pas les essayer?"

Il est plus que probable que s'ils essayaient, ils seraient terriblement déçus. Pour au moins trois motifs :

  • parce que les solutions du FN sont absurdes ; ni la sortie de l'euro, ni le protectionnisme, ni l'arrêt de l'immigration, ni la préférence nationale ne peuvent prétendre résoudre nos problèmes. Bien au contraire, ils ne feraient que les aggraver : on l'a beaucoup dit de la sortie de l'euro mais c'est tout aussi vrai du protectionnisme (que feraient donc les entreprises qui vivent de leurs ventes à l'exportation? et celles qui intègrent dans leurs fabrications des composants venus de l'étranger?) ou de l'immigration (que feraient le BTP, la restauration et tant d'autres secteurs sans travailleurs immigrés?) ;
  • parce qu'il y a peu de chances qu'ils mettent en oeuvre ces solutions tant les obstacles paraissent nombreux (pour ne prendre que l'exemple de l'immigration comment croire qu'ils pourraient bloquer les flux de population quand personne nulle part n'a réussi à le faire? même chose pour l'insécurité) ;
  • parce qu'enfin, ils n'ont pas les ressources humaines, les compétences nécessaires pour diriger une ville… Les échecs répétés des municipalités FN le montrent à l'évidence.
Pour tous ces motifs, il y a fort à parier que l'expérience du FN aux commandes de quelques villes décillera les yeux de beaucoup d'électeur. Ses prochains succès électoraux pourraient bien être l'annonce de son déclin dans les sondages. C'est ce qui s'est produit ailleurs  Ce qui ne veut pas dire que ses succès seraient sans conséquence. On a vu, il y a quelques années, dans les villes gérées par le FN monter l'intolérance, se développer les ghettos, l'ostracisme. Et ce ne serait certainement pas une bonne nouvelle. Mais entendre des politiques "responsables" à gauche comme à droite s'inspirer de son discours au motif qu'il est populaire n'est guère plus satisfaisant.

jeudi, août 15, 2013

Et si c'étai tHollande qui avait "fuité" la lettre de Valls?

C'est l'été. Il ne se passe pas grand chose sur le front intérieur, les éditorialistes sont en vacances. Ceux qui sont restés à Paris s'ennuient un peu. Et puis voilà que Le Monde, dont on ne saluera jamais assez les efforts pour remplir l'actualité (rapport sur le voile à l'université…) publie le texte d'une lettre que Manuel Vals a adressée à François Hollande sans en avertir Christiane Taubira qui, en la découvrant, est, assez naturellement, tombée de sa chaise. Le conflit entre le ministre des policiers et celui des magistrats et de l'administration pénitentiaire n'est pas une nouveauté. Les policiers (ou, plutôt, leurs syndicats) sont en général favorable à des peines lourdes, les magistrats qui les prononcent, les fonctionnaires qui gèrent les prisons plutôt à la recherche de substituts plus efficaces et qui évitent la récidive. Mais en plein été, c'est pain béni pour tous les commentateurs qui se perdent en conjectures sur l'effet de cette brouille sur l'autorité du premier ministre, sur la solidarité gouvernementale, sur l'origine de cette fuite.

Celle-ci paraissant faire plutôt du tort à Valls, on ne le soupçonne pas d'être à son origine. Comme cette annonce est, par ailleurs, venue brouiller les efforts de Hollande pour reconquérir l'opinion alors même que l'INSEE annonçait un rebond inattendu de la croissance (rebond bien maigre, cependant), nul ne l'en a crédité. Et tous de s'interroger sur la manière dont il se sortira de ce mauvais pas : par un report? par une synthèse?

Par une synthèse, sans doute. Mais la synthèse qui est en passe de venir, à droite, un mot négatif, ne se limite pas à cet exercice académique qui vient clore les dissertations lycéennes, c'est aussi un exercice de mouvement qui consiste à déplacer les rapports de force. Valls est populaire, il occupe le terrain, on le voit partout. Il agace certainement. S'il avait voulu le déstabiliser, Hollande ne s'y serait sans doute pas pris autrement : en le mettant en faute par rapport au premier ministre, au garde des sceaux et en le forçant sinon à se rétracter du moins à nuancer son propos, à le banaliser, il l'aurait mis, dans cette hypothèse, en situation d'accepter ce que justement il critique dans ce texte.

Mais comme tout finit par se savoir, on saura bientôt d'où vient cette fuite.

samedi, août 03, 2013

Heidegger et le nazisme, une nouvelle fois


Le Monde publie aujourd'hui une tribune de Jean-Pierre Faye où il reprend sa bataille contre ces grands intellectuels, Heidegger, Carl Schmitt, Junger qui auraient, à l'entendre, favorisé l'arrivée au pouvoir de Hitler. L'article est assez décousu, s'en prend aussi bien à la déconstruction (sans citer Derrida) qu'à la pensée de Carl Schmitt et l'argumentation guère convaincante. S'il suffisait de quelques cours ou de quelques conférences devant des grands patrons pour fabriquer le totalitarisme, cela se saurait. Mais Faye cite dans son article plusieurs mots de Heideger, mots connus, qui déconsidèrent complètement la pensée de ce philosophe qui a tant fasciné l'intelligentsia française. Une seule suffit à couvrir de ridicule l'essentiel de son oeuvre : dans sa "Profession de foi en Adolf Hitler, la Bekenntnis zu Adolf Hitler il décrit le Führer comme l'instant de "retourner à l'essence de l'Etre".  Qu'il ait été ou non nazi importe au fond assez peu, mais qu'il ait pu ainsi confondre en une même phrase le "retour à l'être" qui revient en permanence dans ses textes et Hitler indique tout simplement la vacuité d'une pensée qui a fini à force de confondre poésie et philosophie par tourner en rond autour de quelques vieilles rengaines réactionnaires.

mercredi, juillet 17, 2013

Les réactions des lecteurs sont trop souvent déprimantes

La lecture des réactions des lecteurs que les versions électroniques de nos journaux mettent à la suite de leurs articles a quelque chose de déprimant. Je prendrais, exemple entre mille, celles qui suivent un article du Monde racontant la déposition de Pierre Moscovici hier devant la commission Cahuzac. Qu'en retenir? sinon que ces lecteurs n'ont pas lu l'article, n'ont pas suivi la déposition (qui n'était, je crois, pas télévisée), qu'ils expriment des idées qu'ils avaient la veille et l'avant-veille, qu'ils auront encore sans doute demain, qui ne nous éclairent en rien. Je ne suis même pas sûr que cela nous éclaire sur l'état de l'opinion en France.

C'est d'autant plus dommage que le courrier des lecteurs peut être instructif (voir, par exemple, celui qui suit les chroniques de Paul Krugman), mais peut-être faudrait-il que les journaux les modèrent, fassent un tri, ne retiennent que celles qui présentent un quelconque intérêt.

ROGER BONHOMME 17/07/2013 - 07h15
Francois, le joueur de fluteau dans son parc: "Dormez en paix braves gens , tout va bien !" Les sbires Pierre et Manuel s enfoncent un peu plus dans la mare Cahuzac, pataugeant dans la douleur devant la commission d'enquête parlementaire. Supers menteurs ? pas morts !
 
A J Julianto 17/07/2013 - 06h19
C'est quand même une bonne bande de guignols qui s'arrangent ! Cahuzac n'aurait jamais du avoir lieu, ce président et son gouvernement ne valent plus rien de ce simple fait ! Et nous avons été nombreux a voter pour eux ! On avait assez du polichinelle excité et on se retrouve avec des branquignoles. Tu parles d'une élite ! Quels modèles ! Et comment se fait t'il que Le Monde et la justice n'enquêtent pas plus sur les comptes offshore ??
 
Pepef- le-Brun 17/07/2013 - 04h12
"J'avais confiance en Jérôme #Cahuzac mais mon devoir de ministre était le doute": le "mais" est de trop. Il dit tout et son contraire, c'est a dire rien. C'est vraiment se foutre de la gueule du monde.
 
Lo 17/07/2013 - 01h15
Je ressens une irritation croissante devant la forme de collage de tweets que prennent de plus en plus d'articles du Monde.fr. Il faut choisir : ou bien vous citez le tweet in extenso, ou bien vous le reproduisez, mais les deux ça fait vraiment double emploi et paraphrase.
 
Didier Dufour 16/07/2013 - 23h31
Enfin! Cela suffit !! Il est évident que Mosco a tout fait pour protéger l'avant dernier strauskanien. Le dernier, c'est lui !
répondre
 

mercredi, juillet 03, 2013

La refondation de la droite

Au delà des interrogations sur les échecs répétés du Front Républicain et du transfert d'une partie des voix de gauche vers les candidats du Front National, la gauche devrait s'inquiéter d'un phénomène nouveau : la refondation de l'idéologie conservatrice autour de nouveaux thèmes.

L'arrivée de la gauche au pouvoir en 1981 avait amené la droite à découvrir ou redécouvrir le libéralisme qui a nourri sa pratique pendant les décennies qui ont suivi. Quelques personnalités avaient alors joué un rôle important : Alain Madelin, du coté des politiques, Henri Lepage, Alain Laurent, Philippe Nemo du coté des intellectuels. Journaliste bon connaisseur des travaux de l'école de Chicago, Lepage avait résumé dans de nombreux articles et ouvrages publiés en livre de poche les idées des économistes néo-classiques, Nemo avait contribué à faire connaître et traduire Hayek, Laurent a fait de même avec Ayn Rand et les classiques du libéralisme. Le même phénomène est, semble-t-il, en train de se produire.

Si la droite politique est aujourd'hui en lambeaux, toute entière occupée par ses batailles de présidentiables, on voit se développer les bases d'une refondation de la pensée et de l'idéologie conservatrice qui n'emprunte plus au modèle américain et à la théorie économique comme ce fut le cas dans les années 80, mais qui regarde plutôt du coté de la philosophie.

Les manifestations contre le mariage pour tous ont mis en évidence un des thèmes de cette refondation en cours : la nature. Le mariage homosexuel, l'adoption d'enfants par des couples homosexuels serait contre-nature. Il y a des réalités contre lesquelles on ne peut rien parce qu'elles relèvent de la nature : la différence des sexes serait de celles-là. D'où les attaques répétées contre ce que ses adversaires appellent la théorie du genre (selon laquelle les traits féminins ou masculins seraient moins affaire de différence des sexes que d'éducation, de culture) et contre un "égalitarisme dévoyé".

Un autre thème de cette refondation est la réécriture de la laïcité qui ne serait plus une conquête des adversaires du goupillon comme on le pensait, mais le résultat de ce que Jean-Louis Harouel appelle le "vrai génie du christianisme" : la disjonction du politique et du religieux. "Le royaume de Dieu est, dit-il, céleste et non terrestre ; Dieu et César sont séparés." Ce qui permet de critiquer l'Islam pour lequel il n'y aurait pas d'action profane mais aussi de s'en prendre à ces nouvelles "religions d'Etat" que seraient "l'écologisme" et le "droit de l'hommisme", un thème que l'on retrouve chez Patrick Buisson (qui l'emprunte à Jen-Louis Harouel, ce qui lui a valu des accusations de plagiat). Ce qui permet également de renouveler la thématique de l"intégration des étrangers et de leurs enfants, de renouer avec les critiques du multiculturalisme.

On devine dans tout cela, tout à la fois un retour distancié du catholicisme, de la tradition et une attaque contre l'égalité et la modernité dont l'expression politique n'est pas encore pleinement définie même si on la devine en germe chez certains membres de l'UMP et au FN.

lundi, juillet 01, 2013

Quand la gauche ne fait plus barrage au FN

Le Monde publie cet après-midi une étude qui montre que 63% des électeurs de gauche de Villeneuve sur Lot ont voté blanc ou se sont abstenus au deuxième tour de l'élection qui opposait un candidat UMP très à droite à un jeune loup du FN. Des chiffres comparables à ceux d'études réalisées sur l'électon dans l'Oise d'il y a quelques semaines. Faut-il être surpris alors que la droite s'est, avec Nicolas Sarkozy, terriblement droitisée tandis que le FN mettait (au moins en apparence) de l'eau dans son vin? Pour beaucoup d'électeurs de gauche l'UMP d'aujourd'hui et le FN, c'est un peu, comme disait en d'autres temps Jacques Duclos, blanc bonnet et bonnet blanc.

Plus troublant, cet autre chiffre : 15% des électeurs de gauche auraient, comme dans l'élection dans l'Oise, reporté leur vote sur le candidat FN. Est-ce confusion mentale d'électeurs qui ne feraient plus la différence entre les différentes offres politiques? haine de l'UMP, comme il put y avoir dans les années soixante haine du gaullisme chez les partisans de l'Algérie française? volonté de lancer un signal, une manière de dire : attention! plus rien ne va? ou, plus simplement, accord avec certains points du programme du FN sur l'Europe, le protectionnisme? On ne sait, mais c'est en tout cas un signe de désaffiliation croissante des électeurs qui ne se reconnaissent plus vraiment dans les catégories politiques.

Espionnage de l'UE, de l'ambassade de France et de quelques autres alliés

Les Etats-Unis ont donc espionné leurs alliés les plus proches, posé des micros dans leurs ambassades, lu leurs courriels, écouté leurs conversations téléphoniques et celles de leurs citoyens. Les réactions sont vives en Europe. Cela choque semble-t-il moins aux Etats-Unis. On attend toujours la réaction de Barack Obama qui déçoit, décidément, chaque jour un peu plus. Même les défenseurs affichés (j'allais écrire professionnels) de la protection des données privées semblent prendre cela à la légère. Je pense à la réaction de Lauren Weinstein, l'un des fondateurs de People for Internet Responsibility, qui a fait profession de se battre contre les intrusions de l'industrie dans la vie privée de chacun. Il vient de publier sur son blog un post, False indignation and spy vs spy d'où il ressort :

  • que les Etats-Unis ont toujours espionné ses alliés comme le prouve un article publié en 2000 dans le Wall Street Journal par un ancien directeur de la CIA : Why we spy on our allies, article qui rappelle que le programme Echelon avait alors soulevé la même indignation depuis bien retombée,
  • que tous les pays font de même,
  • que ce n'est en définitive pas si grave que cela.
Weinstein qu'on a connu mieux inspiré s'amuse de la réaction indignée des Européens et rappelle l'excellente bande dessinée "spy vs spy" qui fit les beaux jours de Mad Magazine dans les années soixante. On y voyait deux espions, l'un habillé en blanc, l'autre en noir, dont on ne savait à peu près rien, et surtout pas le pays pour lequel ils travaillaient, sinon qu'ils étaient passablement ridicules.


Le problème, et Lauren Weinstein devrait le savoir mieux qui quiconque, est que nous avons changé de monde, qu'avec le numérique on est passé d'un espionnage artisanal à un espionnage industriel, que toutes les communications, même les plus privées, peuvent être dorénavant interceptées par des services officiels mais aussi par des entreprises privées. Et que cela demande 
  • des moyens techniques considérables que tous les pays n'ont pas et ne peuvent pas avoir,
  • des législations laxistes, peu soucieuses de la protection de la vie privée, ce qui est le cas aux Etats-Unis, ce qui l'est moins en Europe qui a échappé au Patriot Act.
Il y a là une asymétrie que les non-Américains ne sauraient tolérer. Pas plus, d'ailleurs, que les Américains ne tolèrent les intrusions des Chinois dans leurs systèmes informatiques. D'où l'importance des discussions en cours actuellement sur la protection des données privées qui ne concernent actuellement que les entreprises privées (Google, Facebook, Amazon…) mais qui devront demain concerner les Etats et leurs services de renseignement.

Il n'y a qu'un point sur lequel Lauren Weinstein a raison, c'est lorsqu'il souligne que la NASA , ne devait guère s'inquiéter des retombées de la divulgation de l'espionnage des Européens pour l'avoir confié au collaborateur plutôt junior d'un lointain sous-traitant. Ce n'est pas le plus rassurant.

dimanche, juin 30, 2013

Etre patissier…

Joli reportage aujourd'hui sur la patisserie sur France. On y apprend que la patisserie française est la meilleure, qu'elle s'impose partout dans le monde, qu'il y faut, pour réussir, le sens du design, des produits de première qualité (joli détour par la fabrication d'un lait d'exception) et la capacité à assembler des saveurs. On y apprend que des écoles forment des patissiers venus d'un peu partout qui restent souvent en France. On y découvre surtout une étrange alliance pour le succès : l'apprentissage + le souci de l'excellence + la volonté de toujours innover, une recette déjà appliquée dans l'industrie du luxe.


Et si Hollande gagnait son pari sur l'emploi?

Depuis quelques jours, on entend un peu partout, de Jean-François Copé à Olivier Blanchard, des gens suggérer à mi-mot que François Hollande pourrait gagner son pari de voir la courbe du chômage s'inverser d'ici à la fin de l'année. Dans le Monde d'il y a deux jours, l'économiste en chef du FMI répondait au journaliste qui l'interrogeait :
François Hollande annonce une baisse du chômage en France pour la fin de 2013. Est-ce réaliste ? 
Cela n'est pas certain, mais possible. Lors de nos prévisions d'avril, nous tablions sur un chômage qui se stabiliserait fin 2013. Depuis, on a plutôt eu des mauvaises nouvelles. Il se peut que le chômage augmente un peu plus longtemps. Mais la tendance est à la stabilisation, éventuellement à l'inversion.
C'est nouveau. Jusqu'alors tout le monde s'accordait à penser que ce serait impossible, que c'était irréaliste. Ce n'est pas fait malgré les dernières résultats encourageants de Pôle Emploi. Mais si cela était le cas, cela voudrait dire que le traitement social du chômage aura été efficace. On peut naturellement le critiquer, dire que cela coûte cher à la collectivité, que ce n'est pas une garantie d'emploi sur le long terme. Ce qui n'est pas faux. Mais que vaut-il mieux? Etre au chômage ou avoir un travail, un salaire et l'opportunité de se former à un métier et, mieux encore, à la discipline d'un emploi régulier?

Si tel devait être le cas, ce serait en tout cas une très belle victoire pour François Hollande et, au delà, le signe que les politiques ne sont pas complètement impuissants, qu'ils peuvent encore, pour peu qu'ils en aient la volonté faire évoluer les choses. De quoi faire reculer le pessimisme ambiant. Cela ne veut pas dire que François Hollande retrouvera des sondages heureux ni que le PS fera bonne figure lors des prochaines élections, on en est bien loin, mais cela changera, pour le mieux, l'atmosphère. Ce ne serait pas négligeable.

vendredi, juin 28, 2013

Cahuzac et son message

Il est plus que probable que c'était bien la voix de Jérôme Cahuzac que l'on entend dans l'enregistrement publié par Médiapart. Le fait qu'il se soit contenté de réponses dilatoires lorsque les députés l'ont interrogé là-dessus semble le suggérer. Et pourtant, que valent ces expertises vocales? Pas grand chose si j'en juge par ce qu'en disait en décembre dernier Jean Véronis, un spécialiste des technologies du langage dans son blog sous forme d'une lettre à celui qui était encore ministre :
Monsieur le Ministre, Je me permets de vous faire parvenir cette information qui peut vous être utile dans les circonstances actuelles. La plupart des chercheurs en technologies du langage considèrent que les expertises vocales manquent totalement de fiabilité en l'état actuel de la technique, et qu'elles peuvent difficilement aboutir à l'identification des individus — a fortiori quand les enregistrements sont de mauvaise qualité. Une pétition a même circulé il y a quelques années, lancée par la Société Française d'Acoustique et le Groupe Francophone de la Communication Parlée. Vous trouverez un exposé grand public de ce point de vue ici et un article par mes collègues Louis-Jean Boë et Jean-François Bonastre dans le Journal du Syndicat de la Magistrature (ici et ) :  Ce sont, à mon sens, les meilleurs spécialistes français sur la question. 
 Cahuzac n'a manifestement pas lu Véronis. Et maintenant qu'il a avoué cela n'a plus beaucoup d'importance, mais on aimerait que cette affaire permette de mettre en garde contre un excés de confiance à l'égard de ces expertises.

lundi, juin 17, 2013

Christine Lagarde : une si petite fille…

Le Monde d'aujourd'hui publie une "lettre d'allégeance" de Christine Lagarde à Nicolas Sarkozy trouvée dans les papiers de celle-ci lors de la perquisition que les enquêteurs ont réalisée à son domicile le 20 mars :
"Cher Nicolas, très brièvement et respectueusement 
1) Je suis à tes côtés pour te servir et servir tes projets pour la France. 
2) J'ai fait de mon mieux et j'ai pu échouer périodiquement. Je t'en demande pardon. 
3) Je n'ai pas d'ambitions politiques personnelles et je n'ai pas le désir de devenir une ambitieuse servile comme nombre de ceux qui t'entourent dont la loyauté est parfois récente et parfois peu durable. 
4) Utilise-moi pendant le temps qui te convient et convient à ton action et à ton casting. 
5) Si tu m'utilises, j'ai besoin de toi comme guide et comme soutien : sans guide, je risque d'être inefficace, sans soutien je risque d'être peu crédible. 
Avec mon immense admiration. Christine L. "
Que dire? Sinon que c'est au mieux terriblement puéril au pire légèrement ridicule et dans tous les cas un peu inquiétant : qui donc a aujourd'hui encore besoin d'un guide? On espère seulement qu'elle a gardé pour elle ce monument de littérature…

Hollande : incisif mais toujours plus réformiste

François Hollande avait rarement été aussi incisif qu'hier soir sur M6, mais rarement aussi il n'avait autant avancé sa vision réformiste de la politique. Qu'il s'agisse de fiscalité, des retraites ou du contrat de travail, pas question de faire table rase, de tout reprendre à zéro : cela ne sert à rien, c'est, dit-il dans une jolie formule, comme à l'opérette où l'on fait semblant de courir tout ne ne faisant que du surplace. Sans doute a-t-il raison. Dans des sociétés où toute mesure suscite l'opposition résolue de ceux qu'elle menace, il faudrait une révolution pour faire table rase. L'inconvénient est que cette méthode a un coût : la complexité. Si notre fiscalité est aujourd'hui aussi compliquée, si le droit du travail est devenu ce qu'il est avec la multiplication des contrats de toutes sortes, c'est qu'à force de refuser de faire table rase, on ajoute des rustines, on gomme ici, on ajuste là et l'on rend l'ensemble illisible, incompréhensible, ingouvernable et toujours plus à réformer.  François Hollande fait penser à ces pilotes qui, pendant la guerre, conduisaient des bombardiers aux tableaux de bord si complexes qu'il leur arrivait de se perdre en mer faute de complètement maîtriser leur appareil.   

jeudi, juin 13, 2013

Le retour des retraites

La question des retraites revient donc à l'ordre du jour et les débats reprennent dans les médias avec toujours ces mêmes figures un peu agaçantes :

  • d'abord, le sourire satisfait, voire jubilatoire, de tous ceux qui nous expliquent que nous vivons depuis trop longtemps au dessus de nos moyens. On a l'impression d'une revanche sur la gauche, sur des décennies de luttes sociales qui donne à ces débats un ton souvent désagréable,
  • ensuite, le coté terriblement abstrait de ces débats. On nous explique, à juste titre sans doute, qu'il faut allonger les durées de cotisation ou retarder l'âge de la retraite, mais comment concilier cela avec le chômage des seniors? avec la réalité de la maladie qui touche plus au delà de soixante ans? On nous donne l'exemple de retraités qui se remettent au travail. C'est très bien, mais pour qui est-ce que cela vaut? Et comment concilier cela avec la réforme du statut de l'auto-entrepreneur qui permettait à beaucoup de prolonger leur carrière dans les métiers du bâtiment? 
  • enfin, l'imprécision des données. On compare les situations du privé et du public pour souligner les avantages des fonctionnaires tout en oubliant que si la fonction publique d'Etat offre des pensions plus avantageuse en moyenne que le privé, ce n'est pas vrai de la fonction publique territoriale et que ces écarts tiennent aux populations : surtout des bac+5 dans la Fonction publique d'Etat (profs, catégorie A des ministères), des ouvriers et des employés dans la fonction publique territoriale…
Espérons que les débats entre experts dans les prochaine séances de concertation seront d'une meilleure tenue.

vendredi, juin 07, 2013

Pierre Maurroy est mort

Pierre Mauroy est mort à 84 ans. On l'avait peu vu ces derniers mois aux cotés de François Hollande. Etait-il déjà malade? Je l'ai croisé quelque fois dans des réunions. Je me souviens de sa haute stature (il y avait quelque chose d'imposant chez cet homme), de ses longues mains (les plus belles de la République disait alors une journaliste en vue, ce qui était sans doute excessif), de sa simplicité et de sa disponibilité, de cette manière un peu réservée qu'il avait d'aller au devant des autres. Un homme solide qui a fait une splendide carrière mais dont on devine qu'il ne pensait pas chaque matin en se rasant à autre chose qu'à son travail. 

mardi, mai 28, 2013

Un FN pépère

Le Monde publie ce soir une image troublante, celle d'une réunion du Front National dans le midi. On y voit des vieux messieurs et une dame frigorifiée bien sages, les mains croisées devant leur braguette, de braves gens auxquels on donnerait le bon dieu sans confession. Rien à voir avec des nervis au crane rasé. On se demande, d'ailleurs, s'ils apprécieraient leur compagnie. Un peuple de braves gens un peu lourdauds et pleins de bon sens qui s'ennuient dans leur retraite paisible.


Même l'homme au micro, Steve Briois, le secrétaire général du FN a l'air d'un agent d'assurance fêtant l'ouverture d'une nouvelle agence. C'est en voyant des images comme celle-ci que l'on comprend mieux les succès à venir du FN dans le midi mais aussi probablement sa grande faiblesse : il ne fait plus peur et peut espérer de beaux succès électoraux, mais la France qui le soutient est vieillie, rassie, ennuyeuse. Elle n'a en tout cas rien à voir avec la jeunesses et le prolétariat révoltés qui ont fait le succès des fascistes avant-guerre. Plus que de fascisme ou de racisme, il faudrait parler à son propos du conservatisme d'une population vieillissante restée enfermée dans les certitudes d'il y a trente ans quand la France était blanche, le petit commerce florissant et les homosexuels discrets. 

lundi, mai 27, 2013

Melenchon, Le Pen devraient regarder du coté du Japon

Ce soir, Le Monde consacre tout un article, assez amusant, aux problèmes de logement du Premiere Ministre japonais qui a refusé de s'installer dans les appartements qui lui sont réservés, préférant rester chez lui. Ce n'est pas inintéressant et je ne reprocherais certainement pas au Monde ce papier, mais… Mais je comprends moins que la politique économique (sur cette politique voir la chronique que je lui ai consacrée ici) que mène ce premier ministre basée sur la planche à billets, le retour de l'inflation pour relancer la consommation, la dévaluation du Yen et l'annonce d'une réforme des secteurs de l'économie protégés, soit, à peu de choses près (peu de choses, enfin pas tout à fait : il est plutôt pour le libre-échange et l'extrême-gauche plutôt pour le protectionnisme), le programme de Mélenchon. C'est d'autant plus surprenant que ses premiers résultats sont positifs : retour de la croissance et de la confiance des acteurs économiques. Mélenchon trouverait là, certainement, de l'eau pour son moulin. Et comme ce Premier Ministre se situe à la droite de la droite sur l'échiquier politique japonais pourrait nourrir l'argumentaire de Marine Le Pen. Mais voilà qu'ils soient très à droite, très à gauche ou entre les deux, nos politiques ne s'intéressent guère à ce qui se passe en dehors de nos frontières. Ils perdent de bons arguments (même si l'on peut craindre que la politique de ce premier ministre ne produise qu'un feu de paille).

vendredi, mai 17, 2013

Hollande choisit l'Europe

François Hollande a fait preuve, hier, d'une grande audace. Alors que, sondages après sondages, on découvre une opinion française de plus en plus sceptique, voire hostile à l'Europe, il a choisi d'aller de l'avant dans la construction européenne, de renforcer l'axe franco-allemand, de lui donner un contenu, un programme pour les deux années à venir : la création d'un gouvernement économique européen. Plus même, il a repris une idée d'Angela Merkel. Les réactions des opposants à l'Europe n'ont pas tardé. Témoin ces quelques lignes de Dupont-Aignan sur son blog :

Selon les observateurs il (François Hollande) n'aurait pas de cap. Aujourd'hui tout porte à croire le contraire. François Hollande sait parfaitement où il va, ou plutôt il suit avec docilité le chemin que d'autres lui indiquent. En commençant sa conférence de presse par une référence à la journée qu'il a passée la veille à Bruxelles, il ne laisse aucun doute sur qui dirige vraiment la France. Il est allé chercher sa feuille de route chez les Commissaires de Bruxelles et il compte bien l'appliquer pour l'an II de son quinquennat.
Depuis un an on pensait avoir René Coty à l'Elysée. En vérité c'est José Manuel Barroso.
Lors de sa conférence de presse, François Hollande a indiqué un cap très clair. Malgré ses échecs il continuera à confier toujours plus de pouvoir à l'Union européenne. Cette camisole de force qui empêche tous les gouvernements depuis 30 ans d'agir, il compte bien la serrer encore plus fort. Plutôt que de redonner à la France des marges de manœuvre pour sortir de la crise, il va paralyser encore un peu plus le pays en le mettant sous la férule d'incompétents et de corrompus.
Pourquoi ce choix qui va à l'encontre de l'opinion dominante? Sans doute parce qu'il a pris la mesure du rôle des instances européennes dans la gouvernance du pays et que mieux valait prendre la tête du mouvement (d'où ce sentiment qu'il donnait hier de prétendre au titre de moteur de l'Europe) si l'on voulait défendre ses intérêts. Peut-être aussi pour anticiper la campagne sur les élections européennes, donner un élan dans une élection que nombre d'observateurs donnaient déjà gagnée par le Front National. Peut-être, enfin, pour faire passer quelques décisions que refuse l'Allemagne (les Eurobonds…).

Reste que ce choix est audacieux et qu'il impose qu'il engrange rapidement quelques victoires sur ce front. Pouvoir dire dans six mois ou un an que l'Europe a retrouvé du dynamisme grâce à la France contribuerait certainement à améliorer son image et à donner du ses à la cure de rigueur que sa politique nous impose.

PS Sa promesse de tenir une conférence de presse tous les six mois, promesse jusqu'à présent tenue, donne un rythme particulier à sa présidence. Elle l'oblige à redonner tous les six mois un coup d'accélérateur à sa politique. Est-ce un bon rythme? Saura-t-il le tenir?

mercredi, mai 01, 2013

L'autorité de François Hollande

Rien n'y fait, la critique revient en boucle : François Hollande manquerait d'autorité. Affaire, dit-on de personnalité. Trop fin tacticien, soucieux de toujours maintenir plusieurs fers au feu, il en oublierait de trancher. Critique étonnante quand on voit comment il fait avancer des dossiers qui prennent de front sa majorité, que ce soit sur la productivité ou la transparence des élus, l'opposition, comme sur le mariage pour tous, ou encore les syndicats avec l'accord national interprofessionnel (ANI). Il sait manifestement où il va et ne change pas, malgré les apparences, de route. Pourquoi, alors cette impression récurrente de manque d'autorité?

Cela tient pour une part, sans doute, à sa bonhommie naturelle et à son allure de bon médecin de province. Il n'a, ni dans son physique ni dans ses propos, le tranchant d'un Sarkozy, la distance d'un Mitterrand ou d'un Giscard, le charisme et la vigueur virile d'un Chirac.

Pompidou n'avait rien de tout cela et pourtant personne ne critiquait cependant son manque d'autorité. Mais le contexte, les institutions et le processus qui l'ont menés à la Présidence étaient différents.

Le quinquennat a modifié bien plus qu'on ne l'imaginait le fonctionnement de notre système politique. Le premier ministre a cessé d'être le paravent qui protégeait le Président et lui permettait, en en changeant dans les cas les plus graves ou en sifflant la fin de la récréation dans les cas plus légers, de reprendre la main lorsque la majorité s'agitait un peu trop. Le Président est aujourd'hui en première ligne sur tout. Il doit entrer dans le détail des dossiers et s'engager personnellement. Il ne peut plus reculer sans perdre aussitôt la face. C'est tout le dispositif qui construisait l'autorité du Président, qui le mettait à l'abri du quotidien qui est tombé.

Le quinquennat  a, de fait, cassé le système des godillots qui a si longtemps marqué la cinquième République. Un "système godillot" ne fonctionne que si on laisse aux élus des marges de liberté qui leur permettent de se singulariser sans que cela ait de conséquences pour l'exécutif. Ce n'est plus vrai lorsque le Président est sur tout ou presque en première ligne. Un député ne peut plus aujourd'hui faire entendre une voix un peu différente sans aussitôt s'opposer à lui.

Le mécanisme des primaires qui a porté François Hollande au pouvoir a également contribué à affaiblir son autorité. Hier, les candidats s'emparaient du parti de manière brutale, à la suite d'un coup d'Etat (De Gaulle, Chirac contre Chaban),  d'un assassinat du père (Pompidou, Sarkozy). Ils écrasaient leurs adversaires (Mitterrand et Rocard, Sarkozy et Juppé) qui n'avaient plus de poids politique. Leur parole ne portait plus : ils étaient dominés. Les primaires ont changé tout cela : Montebourg et Valls ont acquis une légitimité qui les autorisent à se projeter dans le futur, à se considérer comme des alter-ego du Président, à affirmer des positions qui ne sont pas les siennes et à être écoutés.

Hollande peut-il renverser cette situation? Ce n'est pas certain. Peut-être pourrait-il tenter de proposer une vision de la société française qui s'impose à tous et le situe au dessus de la mêlée. En bon pragmatique, il a préféré mettre en avant sa boite à outils. Reste à espérer qu'elle donne rapidement des résultats convaincants.

mercredi, avril 24, 2013

Bref, c'est mon outil de travail qui s'en va!

On peut parler de la crise de la presse de mille manières, mais c'est dans le catalogue d'une exposition suisse d'une exposition d'un peintre parisien, Jean-François Dubreuil, que j'ai trouvé la plus originale et, sans doute, la plus pertinente.


Ce peintre s'est fait une spécialité de réaliser des tableaux en exploitant les unes de la presse selon un protocole très sophistiqué qui lui fait attribuer des couleurs aux surfaces selon leur destination (publicité, titres, textes, photographies…). Ce pourrait être de l'abstraction (cela y ressemble), mais on est bien plus dans un mode de représentation, d'imitation de la nature au sens d'Aristote pour lequel, on s'en souvient, l'imitation est aussi une forme de connaissance. 

Dubreuil termine l'entretien qui ouvre ce beau catalogue par ces mots : "bref, c'est mon outil de travail qui s'en va!" ll fait allusion à la banalisation des unes qui se ressemblent de plus en plus depuis que les éditeurs utilisent la PAO et à la difficulté, toujours plus grande, de trouver des journaux étrangers ou régionaux dans les kiosques qui disparaissent.

La presse quotidienne disparait lentement de notre horizon et pas seulement parce que les journaux se vendent moins, mais aussi, comme le suggère avec force Jean-François Dubreuil, parce qu'ils perdent lentement mais sûrement leur identité.

mardi, avril 23, 2013

Crise politique?

Les multiples manifestations contre le mariage pour tous ont montré la formidable faiblesse de la droite parlementaire qui s'est laissée entraîner dans un combat d'arrière-garde, réactionnaire, qui n'aurait pas du être le sien. Tirée vers la tradition par une église catholique qui s'est renfermée sur ses derniers fidèles et des prêtres vieillissants, entraînée vers l'extrême-droite par des groupuscules intégristes, elle s'est laissée aller à contester le droit d'une majorité et d'un président fraîchement élus à faire passer des textes depuis longtemps annoncés au Parlement. Que reste-t-il de la démocratie parlementaire si une majorité toute nouvelle est contestée jusque dans son droit de voter des textes ?

Cette crise était annoncée depuis longtemps. Elle date, pour l'essentiel, de l'instauration du quinquennat qui a bouleversé nos institutions en mettant le Président en première ligne sur à peu près tous les sujets. A quoi sert un Premier Ministre dans ce contexte? Il ne peut plus jouer le rôle de fusible, comme on l'avait observé avec Nicolas Sarkozy et comme le confirme l'expérience de François Hollande. Elle a été renforcée par les multiples affaires de corruption, de Marseille à Karachi, qui, bien plus que les mensonges de Jérôme Cahuzac, ont mis en évidence les dérives de notre système.

Plusieurs politiques en ont depuis longtemps l'intuition. Je pense à Montebourg et Mélenchon qui parlent de VIème République, mais aussi à Ségolène Royal qui militait pour une démocratie participative. Il faut réformer nos institutions. François Hollande qui l'apprend aujourd'hui à ses dépens s'il ne le savait déjà, a entrepris de le faire : la transparence, la lutte contre le cumul des mandats, la réforme de la décentralisation s'inscrivent bien dans cette logique, mais tout cela se fait dans de mauvaises conditions :

  • en ordre dispersé, au coup par coup, sans véritable ligne directrice qui donnerait du sens à l'ensemble de ces réformes, dans l'urgence (moralisation de la vie politique) ou dans la reculade (droit de vote des étrangers, décentralisation),
  • face à l'opposition de la majorité des parlementaires auxquels on demande d'abandonner plusieurs de leurs "privilèges", ce qu'ils ne feront certainement pas de gaité de coeur.

François Hollande a bien, pour reprendre son expression, une boite à outils, mais on a l'impression qu'il lui manque le plan d'ensemble qui lui permettrait de donner du sens à ces différents projets et  de mieux les faire passer. Il faut dire, à sa décharge, que l'on ne voit pas bien qui possède ce type de plan. Les constitutionnalistes et théoriciens de la chose politique qui seraient en mesure de faire des propositions sont silencieux ou inaudibles. L'opposition qui devrait être porteuse d'idées est aussi atone (plus peut-être même) que le PS. Quant à l'extrême-gauche on ne voit pas bien qui, en dehors de Mélenchon a réfléchi à la question. La crise économique n'arrange rien puisque toute proposition de révision constitutionnelle majeure (de référendum sur le sujet, par exemple) ne pourrait passer que pour diversion et risquerait donc d'être retoquée pour cela même.

A défaut de révision ou de projet de révision, on risque donc de voir le Président condamné, à l'instar d'Obama incapable de faire passer des textes aussi évidents que celui sur le contrôle des armes, à négocier en permanence avec ses ministres, sa majorité, à rogner ses ambitions pour satisfaire tel ou tel groupe attaché à ses avantages particuliers.

L'attitude de la droite sur le mariage pour tous lui donnerait l'occasion de frapper fort, d'expliquer pourquoi nos institutions ne fonctionnent plus, pourquoi il faut les faire évoluer, pourquoi il faut rendre les élus plus représentatifs de la population, donner le droit de vote aux étrangers, rendre aux abstentionnistes la possibilité de s'exprimer, imaginer d'autres modes de consultation que le vote aux municipales ou législatives pour toute une série de sujets qui intéressent directement les citoyens… Il lui faudrait pour cela une vision de ce que devrait être une nouvelle République qui lui manque probablement.