dimanche, février 26, 2012

Les ouvriers préfèrent Hollande

Les sondages inquiètent les journalistes, comme en témoignent les titres du Monde d'il y a qulques jours et celui du JDD d'aujourd'hui. Ils nous donnent pourtant des indications assez précises : Nicolas Sarkozy n'a pas vraiment réussi son entrée en campagne, Bayrou et Le Pen sont en perte de vitesse, Hollande voit son capital s'effriter lentement mais sûrement, d'où la réduction de l'écart avec le Président candidat, Mélenchon ne progresse que peu, Joly reste très bas. Mais il est vrai que peu de choses ont vraiment bougé ces dernières semaines et que cela rend plus difficile l'interprétation.

Peut-être faut-il, pour en savoir un peu plus et comprendre les mouvements d'opinion, chercher des sondages plus fins comme celui que vient de publier TNS-Sofres sur les ouvriers. Ses résultats devraient faire parler tant ils surprennent : on attendait Marine Le Pen en favorite des ouvriers, voire Mélenchon. Hé bien, non, c'est François Hollande qui arrive en tête devant Mélenchon et loin devant Sarkozy ou Le Pen.


Ce qui fait penser que les commentateurs qui nous expliquent depuis des années, derrière les analystes du Cevipof et de Pascal Perrineau, que le vote ouvrier est devenu propriété du Front National se trompent. Le tournant ouvriériste de Nicolas Sarkozy et de Marine Le Pen n'a pas convaincu les premiers intéressés. Bien au contraire, semble-t-il, puisque 75% des ouvriers interrogés choisissent, dans ce sondage un candidat de gauche lorsqu'il s'agit de choisir le candidat qui défend le mieux les ouvriers. Ce qui ne veut évidemment pas dire qu'ils voteront pour eux : on peut penser que François Hollande défend mieux les ouvriers et cependant voter pour Nicolas Sarkozy parce qu'on le pense plus énergique ou pour Marine Le Pen par détestation des immigrés. Mais tout de même, cela fait penser que les lignes ne sont pas si nettes qu'on dit. 

Autre surprise, les candidats protectionnistes (Le Pen et Mélenchon, 37% à eux deux) arrivent loin derrière les candidats du libre-échange (Hollande, Bayrou, Joly, Sarkozy, 65%), ce qui fait penser que cette thématique n'est pas aussi puissante qu'on a pu le penser.

La bonne tenue des candidats de gauche, et notamment de Hollande, vient sans doute de ce qu'ils visent la finance, ce que ne font ni Sarkozy ni Le Pen, or les ouvriers qui perdent leur emploi ou craignent de le perdre mesurent très bien son poids dans les décisions qui les affectent. Et sans doute savent-ils mieux que quiconque combien la production industrielle dépend aujourd'hui de l'extérieur. Quand on est dans un atelier, on sait ce qu'il en coûterait de mettre des barrières aux frontières. Non seulement, on aurait du mal à vendre ses produits à l'étranger mais ceux-ci seraient encore moins compétitifs du fait de l'augmentation du prix des composants venus de l'étranger qui entrent dans leur fabrication.

Du Fouquet's à Lejaby

Les liens entre pouvoir politique et pouvoir économique ont toujours été étroits, surtout lorsque la droite est au pouvoir, mais aucun Président ne les avait mis en scène avec autant de désinvolture, de fatuité et d'outrecuidance que Nicolas Sarkozy.

Il nous dit regretter la soirée du Fouquet's, mais ses amis de l'époque sont en première ligne pour le soutenir que ce soit dans leurs journaux (Le Figaro dont les titres sont comme autant de tracts de l'UMP) ou dans la reprise d'entreprises au bord de la fermeture (Lejaby).

Cette séquence nous aura en tout cas éclairé sur les moeurs de cette oligarchie, sur sa brutalité et sur la nature des relations qu'entretiennent ses membres. On aura appris que l'on y utilise volontiers un vocabulaire qui sent bon les mafias des séries télévisées ("mon frère" : Borloo/Proglio, Lagardère/Sarkozy), qu'on y entretient des liens étroits qui ne sont pas seulement d'affaires, mais aussi d'amitié, avec des hommes d'affaire dont la réputation laisse à désirer (Proglio/Guérini, Copé/Takkiédine, Sarkozy/Tapie/Bolloré…), qu'on y parle éventuellement corse et qu'on utilise des méthodes de barbouze pour éliminer les adversaires qu'il s'agisse de journalistes (affaire Woerth) ou de dirigeants qui n'appartiennent pas à la famille (Areva). De là au népotisme et à la corruption, il n'y a qu'un pas qui semble avoir souvent été franchi.


samedi, février 25, 2012

Lettre de Casablanca

Je viens de passer deux jours au Maroc où j'ai donné une conférence, ce qui m'a donné l'occasion de rencontrer des marocains, à Paris, d'abord, le chauffeur de taxi qui m'emmenait à Orly, puis à Casablanca où j'ai croisé quelques cadres dirigeants de ce pays.

Le chauffeur de taxi, jeune français d'origine marocaine, sachant que je me rendais dans le pays de sa famille, m'a raconté les difficultés de son grand-père qui mourrait de faim si sa famille ne l'aidait pas, celles de sa tante qui n'ayant pas de travail chez elle avait du émigrer, s'installer en France où elle avait trouvé, grâce à sa soeur, mère de ce jeune homme, en un mois seulement, un emploi de femme de ménage avant d'acheter (grâce à un mariage blanc payé, me dit-il, 10 000€) la nationalité française. Il n'était pas amer, trouvant même que nous avions bien tort de nous plaindre tant la vie était plus facile en France que de l'autre coté de la Méditerranée.

A Casablanca, je déjeune, avant la conférence, avec les trois jeunes femmes qui m'ont invité, brillantes, intelligentes, charmantes. Nous bavardons, elles me parlent de leur entreprise, de ses difficultés, de leurs enfants, de leurs problèmes domestiques. L'une sort d'une des meilleures écoles d'ingénieur françaises, l'autre a fait ses études au Maroc, mais après avoir suivi un cursus primaire et secondaire dans des écoles françaises, la troisième, la plus âgée, a fait ses études à Lyon et à Paris. Toutes trois connaissent parfaitement la France, parlent un français impeccable. Nous pourrions être n'importe où dans l'hexagone.

Elle sont jeunes, la conversation tourne autour de leurs enfants (de 3 à 5 ans) qu'elles envoient dans des écoles françaises, très demandées tant l'école publique marocaine s'est, me disent-elles, dégradée, écoles françaises si demandées qu'elles font passer des tests aux enfants (des enfants de quatre ans) avant de les accepter. Une sélection féroce dés le début qui explique sans doute que l'on trouve tant d'enfants issus de cette bourgeoisie d'Afrique du Nord dans nos meilleures classes préparatoires. Comment ne seraient-ils pas meilleurs que beaucoup de nos élèves?

L'une d'elles se plaint de ce que sa fille de cinq ans refuse de parler arabe à sa femme de ménage (des femmes de ménage qu'il est, explique-t-elle, difficile de trouver à Casablanca, si difficile que certaines familles font appel à des Philippines), mésaventure qui ne parait pas si banale puisque les deux autres ont des histoires comparables. Elles se demandent si ce n'est pas la faute de l'école. Je n'ose leur dire que leurs enfants ne font probablement que reproduire leurs propres comportements, qu'il y a dans ce refus de parler leur langue maternelle quelque chose de symptomatique du néo-colonialisme sans colons qui s'est installé dans tant d'ex-pays colonisés où vivent côte à côte un peuple qui se débat dans les pires difficultés et une élite internationale, aussi à l'aise à Casablanca qu'à Paris, aussi aveugle aux difficultés de ce peuple que pouvaient l'être les colons. Ce dont j'ai confirmation, quelques minutes plus tard, lorsque la conversation glisse vers la situation sociale (quiconque le veut peut s'en sortir dans la société marocaine explique l'une de mes convives) puis vers la situation politique qui ne les inquiète pas plus que la situation en Algérie n'inquiétait, à la fin des années cinquante mes camarades pieds-noirs avec lesquels, tout jeune adolescent, je passais mes vacances en Suisse (Pour dire vrai, ces propos optimistes ont été fortement nuancés un peu plus tard par le dirigeant de la filiale marocaine d'un groupe français, bien plus prudent, sinon plus inquiet).

De retour à Paris, j'en parle à une de mes proches qui me rappelle que les Tunisiens avaient été un peu choqués de voir des compatriotes installés en France, diplômés de nos meilleures écoles, se précipiter au lendemain de la révolution à Tunis pour prêter main forte au nouveau régime.

NKM et le ticket de métro

Nathalie Kosciusko-Morizet est donc tombée dans le piège.

A un auditeur d'Europe n°1 qui lui demandait : "Vous, la porte-parole du 'candidat du peuple' (qualificatif utilisé par Nicolas Sarkozy pour se décrire), pouvez-vous dire quel est le prix d'un ticket de métro ?" elle a répondu, après avoir hésité : "4 euros et quelques". Ce qui a suscité l'ironie de l'auditeur qui lui a répondu que le ticket de métro vendu à l'unité coûtait 1, 70€. Ironie d'autant mieux venue qu'elle était, il y a quelques semaines encore, ministre de l'écologie, du développement durable et des transports.

On peut être surpris qu'une politique ne se soit pas préparée à cette question si banale et si fréquente. Et même si elle ne souhaite pas mémoriser tous les tarifs de la RATP (tarifs qu'il n'est d'ailleurs pas si facile de trouver sur le site de la régie), du moins aurait-elle pu imaginer quelques réponses dilatoires. Elle aurait pu, par exemple, dire qu'il existe de nombreux tarifs, que l'on peut acheter un billet à l'unité (1,70€) mais aussi en carnet de dix (12, 70€) ou un passe navigo (62, 90€ pour un nombre de voyages illimité dans la zone 1 (Paris intramuros et la banlieue la plus proche) pendant un mois). Elle aurait pu ajouter que les salariés sont remboursés d'une partie de ce prix. Elle aurait pu également se défausser en expliquant qu'élue d'une banlieue lointaine (Longjumeau dans l'Essonne), elle connaissait beaucoup mieux le prix du billet de RER pour se rendre à Paris. Mais elle a tenté de répondre, a trébuché, et sa réponse est moins stupide que l'on pourrait le croire.

Ignorant manifestement le prix du billet de métro, elle a essayé de l'imaginer. Et le chiffre qu'elle a donné n'est pas complètement absurde puisqu'il se situe quelque part entre le prix du ticket parisien et le prix du ticket de métro londonien (5£, soit 6€). Il l'est d'autant moins qu'il n'est pas très éloigné de ce que devrait être le prix du transport à la RATP si celle-ci devait se financer exclusivement avec ses recettes (aujourd'hui, les ventes de titres de transport correspondent à la masse salariale de l'entreprise, soit, à peu près à la moitié de son budget global).

Ce chiffre n'est pas non plus complètement absurde si on le rapporte au budget d'un ménage appartenant aux classes moyennes avec deux enfants, dont l'un va à l'université à l'autre bout de Paris, qui dispose de revenus mensuels de 4000€. Si trois de ses membres achetaient tous les jours deux tickets pour aller travailler et en revenir au prix imaginé par NKM, ils paieraient en transport en commun 528€ par mois (4€ par voyage x 2 voyages par jour x 3 personnes x 22 jours). Le ménage consacrerait donc, hors vacances et week-ends, 13% de ses revenus aux transports. Or, les transports représentent en moyenne 15% des budgets des ménages.

Sans doute a-t-elle confondu les budgets transport des parisiens et ceux des provinciaux, notamment de ceux installés dans les zones rurales, qui doivent emprunter tous les jours leur voiture pour aller travailler et qui dépensent beaucoup plus que les Parisiens qui bénéficient d'économies d'échelles : ils peuvent emprunter des transports collectifs, très largement subventionnés par la collectivité.

Pour se justifier, NKM a expliqué que depuis qu'elle était ministre, elle ne prenait plus souvent le métro. Soit, mais on peut supposer qu'elle le prenait étudiante, lorsqu'elle allait à Louis le Grand, au début des années 90. Si elle avait pioché dans ses souvenirs, elle aurait tout de suite vu que son chiffre ne collait pas : 4€ font un peu plus de 26 francs. Chiffre exorbitant que l'inflation et les évolutions tarifaires de ces vingt dernières années ne sauraient expliquer. Un peu de bon sens, l'aurait incitée à le diviser par un peu plus de deux, ce qui lui aurait permis d'échapper au ridicule.

vendredi, février 24, 2012

Face à Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon a trouvé la formule

Drôle de débat hier soir avec Marine Le Pen sur France 2. Alerte au début et efficace, notamment dans sa critique de Nicolas Sarkozy auquel elle a reproché, non pas d'avoir dîné au Fouquet's, mais d'avoir fêté son élection avec des membres de l'oligarchie qui viennent aujourd'hui à sa rescousse en sauvant (mais pour combien de semaines?) des emplois, elle s'est enferrée dans le débat sur l'économie, a repris un peu d'air face à un Guaino gêné aux entournures dont la mission semblait être de retourner ses électeurs et s'est, enfin, effondrée devant Mélenchon. Comme elle l'avait annoncé, elle a refusé de débattre avec lui, a longuement expliqué et à plusieurs reprises, à la manière d'un enfant en colère, ce qui tenait en une petite phrase (il m'a insultée) alors même qu'il l'attaquait sur des points précis de son programme avec, comme toujours chez Mélenchon, ce mélange de brutalité à la Marchais, et de subtilité, d'intelligence et de connaissance des dossiers. Avec ses questions, reprises par David Pujadas auxquelles Marine Le Pen a refusé de répondre il a mis en évidence les contradictions, l'hypocrisie d'un programme qui, sous couvert d'aider les femmes, ne peut que les appauvrir. Il a souligné les faux semblants de son populisme et a osé dire la vérité : cette obsession du FN sur l'immigration est tout simplement pathologique. De la belle ouvrage!

lundi, février 20, 2012

Homeland, l'autre Amérique…

A force d'entendre les sottises des républicains et les excès du tea party on peut avoir le sentiment de ce coté-ci de l'Atlantique que l'Amérique des classes moyennes est entrée dans une sorte de délire réactionnaire, incapable de penser ses échecs, ses erreurs et ses drames. Mais est-ce bien le cas? Je viens de regarder une série télévisée, Homeland, qui a reçu de nombreux prix. Cette série produite par Fox, une chaine du groupe Murdoch (que l'on associe plutôt à des éditorialistes familiers des investives et dérapages extrémistes), raconte l'histoire d'un marine fait prisonnier en Irak, resté de nombreuses années prisonnier  d'Al Quaïda, qui rentre aux Etats-Unis. Il y retrouve sa famille mais est rapidement soupçonné par une agent de la CIA d'avoir été retourné.

A la fin de la première saison, ce marine s'apprête à commettre un attentat suicide qui vise le vice-président des Etats-Unis dont on découvre qu'il a organisé sciemment le bombardement d'une école et le massacre de 82 enfants et qu'il a menti sur cette affaire. Ce massacre qui a tué le fils de chef d'Al Quaïda auquel le marine enseignait l'anglais dans une maison élégante et raffinée, explique qu'il soit prêt à commettre cet attentat.

Tout au long de cette série, on entre progressivement dans la personnalité d'un terroriste potentiel, on s'identifie à lui, on lui trouve de bonnes raisons de se comporter comme il fait, on en vient presque à espérer qu'il libère l'Amérique de ce vice-président menteur et manipulateur qui n'a aucun respect de la vie humaine. Puissance d'un récit bien construit : le spectateur ne peut sortir de cela sans s'interroger sur le bien fondé de la politique américaine.

Je ne sais si cette série a été beaucoup vue, elle a eu assez de succès pour qu'une deuxième saison soit prévue, mais j'imagine qu'elle a touché bien au delà des cercles progressistes habituels. Elle confirme, en tout cas, ce que l'on savait depuis longtemps : l'Amérique si prompte aux dérives est aussi capable, et bien mieux que nous, de réfléchir collectivement sur ses erreurs et ses faiblesses.


samedi, février 18, 2012

La stratégie du Casse toi pauv' con

Du Kärcher au Casse toi pauv'con Nicolas Sarkozy nous a montré qu'il savait manier la violence pour se faire entendre. Il semble avoir choisi de renouer cette manière de se battre qui consiste, au fond, à se choisir un adversaire sur lequel on tape, tape, tape en espérant que le public applaudira cela qui l'emporte parce que plus agressif et déterminé.

Cette stratégie qui rappelle celle des caïds des cours de récréation, comme le rappelait hier Edwy Plenel sur Canal Plus, va  bien avec cette politique de coups de menton auxquels il nous a habitués : on crie haut et fort que l'on va faire quelque chose quand on ne fait en fait rien, et pour cause : il y a ces corps intermédiaires qui resistent et se mettent en travers. Parce qu'ils défendent des intérêts catégoriels, sans doute, mais aussi parce qu'ils maîtrisent mieux qu'un Président la complexité des choses et les dangers d'une politique qui, sous couvert d'urgence et de réactivité, va dans tous les sens. Faut-il le rappeler au nouveau converti aux vertus du référendum (mais surtout pas sur sujets qui fâchent l'opinion, qu'il s'agisse de la TVA social ou de la règle d'or!) sans corps intermédiaires il n'y a pas de démocratie, juste des régimes autoritaires qui peuvent, à l'occasion d'un plébiscite, se réclamer du peuple.

Bien loin de corriger sa pratique politique, une pratique qui tient autant à sa personnalité qu'à son expérience d'avocat (métier où l'exercice de la violence est monnaie courante), Nicolas Sarkozy semble avoir choisi d'en faire le meilleur argument de sa campagne. Cela ne peut fonctionner qu'en opposant, en clivant, en désignant des adversaires à la vindicte, en traitant Hollande de menteur, en envoyant ses snippers parler de nazisme (oui de nazisme!) lorsque François Hollande a, dans le même paragraphe consacré aux Roms, utilisé les mots camps et solution. Est-ce ce dont la France a besoin en ces temps de crise?

vendredi, février 10, 2012

Où donc est le populisme?

Le Monde titrait hier sur les deux populismes, celui de Marine Le Pen et celui de Jean-Luc Mélenchon. Titre absurde et surtout faux : le vrai populisme se trouve aujourd'hui à l'Elysée avec ces propositions de référendum sur le chômage et l'immigration. Passer outre les corps intermédiaires et les institutions chargées de contrôler les impulsions du politique, c'est cela le populisme. Mais peut-être ne faut-il pas prendre au sérieux ces propositions que Nicolas Sarkozy a distillées dans un entretien au Figaro Magazine. Qui peut croire un instant que la question de l'emploi sera réglée par la formation obligatoire de ceux qui perdent leur emploi à 55 ans? par l'obligation faite aux ouvrières de Lejaby qui vivent à Yssingeaux de prendre les emplois qui leur seront proposés, quand elles vivent dans une commune de moins de 7000 habitants? Qui peut enfin ne pas sourire de ces idées sorties d'un chapeau après 5 ans d'échec en matière d'emploi? Personne. Ces projets de référendum ne sont là que pour détourner l'attention, pour créer un nuage de fumée qui occupe les médias en attendant le début de la campagne. Et ils montrent une méconnaissance des mécanismes du chômage qui laissent pantois. On peut, d'ailleurs, se demander ce que ceux qui, à droite, connaissent ces questions, pensent de ces propositions. Leur silence, celui de Xavier Bertrand, celui du Medef, vaut sans doute réponse.

jeudi, février 09, 2012

Guéant nazi?

En évoquant le nazisme à propos des remarques de Claude Guéant, Serge Letchimy est évidemment allé trop loin, mais il me semble qu'il a, en même temps, mis le doigt sur ce que la personnalité de Claude Guéant, sa politique et ses portraits évoquent si facilement : ces préfets qui ont pendant la guerre continué d'obéir aux autorités de Vichy sans la moindre hésitation. Il y a chez lui quelque chose du bureaucrate sans âme qui fait froid dans le dos. Chaque fois que je vois une de ses photos je pense au René Bousquet qu'avait composé pour un film Daniel Prevost. Tout cela est bien sûr injuste et frôle le délit de sale gueule, mais une politique, ce sont aussi des visages. Celui de Guéant est aussi fermé, insensible, dur et hautain que celui que s'était façonné le comédien pour jouer ce rôle.



PS. On a, par ailleurs, appris que Guéant n'était pas l'auteur de ce discours, mais un certain Yves Roucotte, professeur à Paris X (Nanterre) dont Wikipedia nous dit qu'il est "partisan du retour du courant moraliste en science politique et d'une vision humaniste du sens de l'Histoire par ses thèses sur la convergence des grandes spiritualités, contre l'idée d'un "conflit des civilisations", ce qui en fait un néo-conservateur bon teint ami, nous dit toujours Wikipedia, de Norman Podhoretz, un des néo-conservateurs américains les plus en vue. Qu'un ministre demande à une universitaire de rédiger ses discours surprend déjà un peu, mais qu'il n'ait pas assez de sens politique pour voir que certaines phrases ne "passeront" pas en dit long sur son talent.

mercredi, février 08, 2012

Les français, race inférieure?

Arthur Goldhammer cite dans le post qu'il consacre aux propos de Guéant sur les civilisations un échange entre Clémenceu et Jules Ferry dans lequel le premier dit : "Races supérieures ! Races inférieures ! C’est bientôt dit. Pour ma part, j’en rabats singulièrement depuis que j’ai vu des savants allemands démontrer scientifiquement que la France devait être vaincue dans la guerre franco-allemande, parce que le Français est d’une race inférieure à l’Allemand. Depuis ce temps, je l’avoue, j’y regarde à deux fois avant de me retourner vers un homme et vers une civilisation et de prononcer : homme ou civilisation inférieure ! [...]" Ce qui sonne étrangement en cette saison de germanophilie échevelée…

mardi, février 07, 2012

Le retour de l'Amérique?

Detroit a convoqué Clint Eastwood, l'un des meilleurs cinéastes de sa génération, l'un des meilleurs analystes de la société américaine (je pense notamment à Gran Torino, un film splendide sur l'immigration), pour une de ces publicités qui ne vendent aucun produit, pas même une marque, juste une idée : l'Amérique est de retour, si Detroit a pu le faire (la publicité est financée par Chrysler) alors l'Amérique peut le faire. Imagine-t-on EDF, Danone ou L'Oréal tenter la même aventure sans sombrer aussitôt dans le ridicule?

lundi, février 06, 2012

Angela Merkel fait campagne pour Nicolas Sarkozy

Angela Merkel a donc choisi de faire campagne pour Nicolas Sarkozy. Elle avait annoncé qu'elle participerait à un de ses meetings alors même qu'il n'est pas encore candidat déclaré et voilà qu'elle sera ce soir à la télévision en sa compagnie. On peut trouver cela formidable, signe que l'Europe avance vraiment et que les électeurs français devraient dans leur choix aussi tenir compte de l'opinion des Allemands. On peut trouver cela détestable, signe de la vassalisation de la France dans une Europe chaque jour un peu plus dominée par l'Allemagne. On peut encore se demander ce que Merkel devra payer pour se faire pardonner cette immixtion dans la campagne française si François Hollande est élu. Il sera, en effet, en droit de lui demander de faire oublier ce soutien si affirmé à son adversaire par quelque compromis européen. A moins que Nicolas Sarkozy ait laissé la France tellement affaiblie devant l'Allemagne qu'Angela Merkel se sentira autorisée à lui rire au nez.

Reste que cette Europe où l'Allemagne s'autorise à intervenir si directement dans les affaires de ses voisins, de la Grèce qu'elle veut mettre sous tutelle aux élections françaises pour lesquelles elle affiche si officiellement ses préférences en passant par le choix des dirigeants italiens, est inquiétante.

dimanche, février 05, 2012

Guéant et les civilisations…

Qu'un ministre de l'intérieur parle devant les jeunes apprentis fascistes de l'UNI (organisation de jeunes patriotes dont la secrétaire générale vit depuis 1981 aux Etats-Unis, pays dont elle a pris la nationalité et dont le "supplémant" est un retraité!) est en soi surprenant. Imagine-t-on un instant les hurlements de la droite si Moscovici était allé faire un discours devant les militants de Lutte Ouvrière? Mais non content de les fréquenter, voilà qu'il tente de les séduire avec des propos indignes et qu'il entraine la droite sur un terrain tellement glissant qu'on attend de voir lequel osera, le premier, se démarquer. Juppé a tenté de le faire discrètement (jugeant "inadéquat" l'utilisation du mot civilisation), Rachida Dati également mais du bout des lèvres et avec tant d'euphémisme que cela ne compte pas. Raffarin, peut-être, ou Sarkozy qui nous expliquera, demain ou après demain, qu'il n'a pas vraiment apprécié ce dérapage. Mais il est vrai que le sondage qui met Sarkozy et Hollande au coude à coude en cas d'absence de Marine Le Pen au premier tour a du convaincre quelques uns qu'il fallait labourer ces terres xénophobes au risque de passer à coté d'une société qui me parait (mais je me trompe peut-être) de plus en plus tolérante et ouverte.

vendredi, février 03, 2012

Débat Aubry-Fillon

Que retenir de ce débat passablement brouillon (souvent par la faute de Martine Aubry) venu conclure une soirée ennuyeuse (le format de cette émission n'est manifestement pas le meilleur)? Deux choses :
- que la droite s'est mise en mouvement. Après un Juppé passablement décevant, Fillon a su défendre son bilan avec clarté et précision, sans rien céder même lorsque Martine Aubry sut le mettre en difficulté (sur le rapport Malinvaud, montrant qu'il y avait plusieurs politiques possibles, sur le Front National),
- que la droite n'a que peu de choses à répondre au volontarisme de François Hollande qui dit vouloir renégocier le traité européen sinon que l'on ne peut pas faire grand chose, ce qui jure avec l'activisme du Président et sonne comme un aveu d'échec.

mercredi, février 01, 2012

Rafale : Cocorico à Paris, ironie en Inde



La vente du Rafale, succès si longtemps attendu de la technologie française, a fait pousser plus que des soupirs de satisfaction à Paris, mais peut-être faut-il lire la presse indienne pour avoir une vision plus objective de ce "contrat du siècle." The Hindu, le grand journal anglophone de l'Inde du Sud (il est publié à Chennaï) y consacre un long article qui tire ses informations du concurrent malheureux, EADS. On y apprend :
- que cet avion a 26 ans et qu'il n'est plus de la dernière jeunesse (son concurrent proposé par EADS serait plus moderne), ce que la presse française dit peu ;
- que cette vente qui avantage Dassault dont on sait les liens étroits avec l'Elysée a été poussée par Nicolas Sarkozy au point que Louis Gallois, alors Président d'EADS, avait demandé au journal de repousser la publication de l'interview qu'il lui avait accordé au lendemain du voyage de Nicolas Sarkozy en Inde. “We are both pushing competing products. It could complicate matters,” lui aurait-il dit ;
- que cette vente devrait sauver Dassault Aviation qui connaîtrait selon le journal de sérieuses difficultés financières ;
- que cette préférence indienne aurait, enfin, une dimension politique : la France a un siège au Conseil de Sécurité de l'ONU et cela aurait compté, l'Inde ayant des visées dans ce domaine. C'est, en tout cas, ce qu'a affirmé une source chez EADS au journal.


mardi, janvier 31, 2012

Augmentation de la CSG : un taux record de taxation de l'épargne

La Tribune a disparu, dans sa version papier. C'était un bon journal, pas trop à droite, ce qui pour un journal économique n'est pas si fréquent, avec des informations et des analyses souvent originales. Il continue d'exister sur internet et de publier des analyses originales comme celle-ci de Philippe Mabille sur les hausses de la CSG décidées par Nicolas Sarkozy dont je retiens les passages suivants :

- "Avec la hausse de deux points de la CSG sur les revenus financiers, Nicolas Sarkozy porte au niveau record de 39,5% la taxation de l'épargne. Soit onze points de mieux en cinq ans... De quoi faire fuir les capitaux et dissuader les Français de financer l'économie. C'est donc sous Nicolas Sarkozy et une majorité de droite que la taxation des revenus financiers aura le plus fortement augmenté au cours de notre histoire, subissant un choc fiscal sans précédent, même quand la gauche était au pouvoir."

-  "En annonçant son intention de relever de 2 points la CSG sur les produits financiers, en complément de la hausse de 1,6 point du taux normal de TVA ( à 22,1%), pour financer la baisse de 13 milliards d'euros des cotisations patronale de la branche Famille, le chef de l'Etat (…) procède à un tour de passe-passe improvisé et dangereux pour le financement de l'économie française, de la façon la plus injuste qui soit de surcroît. Pas sûr d'ailleurs qu'il parvienne à convaincre sa majorité UMP de voter un tel coup de massue fiscal à la veille des échéances présidentielles et législatives."

- "Cette hausse de la CSGi concernera en effet la quasi totalité des placements (dividendes, intérêts d'obligations, y compris celles émises par l'Etat, assurance-vie, sicav et FCP, épargne salariale, livrets et comptes sur livrets et autres comptes à terme) et donc tous les épargnants, les gros comme les petits, notamment les retraités aux revenus modestes qui vivent des revenus de leur épargne. Seuls le livret A et le Livrets de Développement Durable y échapperont. De ce point de vue, le projet annoncé par François Hollande d'aligner la taxation du capital sur celle des autres revenus comme les salaires, en leur appliquant le barème de l'IR apparaît plus équitable, puisque le prélèvement sera progressif en fonction du revenu. Les petits patrimoines seront donc moins taxés que les gros."

- "Cette hausse de la CSG sur les revenus financiers est d'autant plus étonnante qu'elle entre en totale contradiction avec l'affichage, purement factice il est vrai, de la fiscalité entre la France et l'Allemagne. Vaccinée depuis la fin des années 1980 contre tout excès de taxation du capital (qui avait à l'époque fait fuir les capitaux massivement au Luxembourg), notre voisin taxe de façon beaucoup plus légère les épargnants."

- "Certes, la gauche veut elle aussi augmenter lourdement les impôts, mais la structure qu'elle envisage est beaucoup plus cohérente avec une stratégie de convergence avec l'Allemagne, puisqu'au lieu d'augmenter la CSG et la TVA, elle veut alourdir l'impôt sur le revenu et baisser l'impôt sur les sociétés sur les PME et les bénéfices réinvestis. A tout prendre, le Medef, qui a applaudi discrètement la TVA sociale Sarkozy, ferait peut-être bien de refaire ses calculs... En faisant financer les déficits sociaux par l'alourdissement de la fiscalité de l'épargne et de la TVA, Nicolas Sarkozy prend le double risque de faire chuter la consommation, seul moteur de la croissance et de provoquer une vague d'évasion fiscale qui pénaliserait gravement le financement de l'économie par l'épargne nationale. Il est peu probable que la compétitivité de la France en sortira améliorée."

- "Les 3 ou 4 points de baisse de charges dont va bénéficier l'industrie risquent d'être annulés par une hausse de leur coût d'accès au capital. Sans oublier le cadeau fiscal gigantesque fait au passage aux banques, qui ne sont pas assujetties à la TVA, mais payent une taxe sur les salaires, et sont parmi les plus concernées par l'allégement de cotisations familiales vu les niveaux de revenus concernés (jusqu'à 2,4 Smic)..."

lundi, janvier 30, 2012

Sur la guerre contre la finance

Dans son discours du Bourget François Hollande a dit vouloir interdire aux banques de traiter avec des paradis fiscaux ou des établissements situés dans ceux-ci. Ailleurs dans son discours il a dit (et répété, à plusieurs reprises depuis) que les grandes entreprises savaient comment échapper à l'impôt.

Le sujet est évidemment crucial, mais il en a si peu dit que l'on peut craindre que ses déclarations ne soient que paroles en l'air destinées à séduire le peuple de gauche alors même que là est l'une des clefs de cette guerre contre la finance qu'il annonce vouloir engager, bien plus sans doute que du coté des banques.

A-t-il pris la mesure du rôle que jouent les paradis fiscaux dans l'économie mondialisée, qui va bien au delà des seules banques, et de l'implication des grandes entreprises internationales ? Il faut, pour le faire, entrer dans le détail des politiques d'entreprise. Prenons Apple. Cette entreprise a des réserves de trésorerie considérables, supérieures à celles des Etats-Unis. Or, près des deux tiers de celles-ci (soit 64 Mds$) sont conservés à l'étranger pour éviter d'être taxé à 35% si elles étaient rapatriées aux Etats-Unis (si Apple rapatriait ses réserves aux Etats-Unis, elle verserait 22 Mds$ au fisc américain!). Combien les entreprises du CAC 40 conservent-elles ainsi à l'abri du fisc?

Comme l'expliquait il y a quelques années Alternatives Economiques, les paradis fiscaux sont un des piliers du capitalisme moderne. Les entreprises dont les produits sont mondiaux évitent de rapatrier leurs bénéfices, elles les stockent là où les taux d'imposition sont les plus faibles.

Et c'est de là qu'elles investissent dans les pays émergents : en 2008, les dix premières sources des investissements étrangers en Chine ont été Hong Kong, les Îles Vierges britanniques, Singapour, le Japon, la Corée du Sud, les Etats-Unis, puis les îles Caiman, les Samoa, Taïwan et Maurice. Les îles vierges britanniques ont plus investi en Chine que les Etats-Unis, les îles Caïman et Samoa plus que n'importe quelle économie européenne! C'est l'argent des impôts que les grandes entreprises ne paient pas aux pays dans lesquels elles opèrent ou dans ceux dont elles viennent qui servent à financer leurs délocalisations. Et ceci est vrai des grandes entreprises d'où qu'elles viennent. Beaucoup d'entreprises chinoises sont installées aux îles vierges britanniques pour ce motif.

Dans un registre voisin, Pak et ses coauteurs ont calculé, dans un article publié en 2003 que 4% du PIB grec était détourné et transféré à l'étranger pour échapper à l'impôt des sociétés. Quand on sait la sévérité de l'austérité imposée aux Grecs, on se dit qu'il y a là un dossier qui mériterait de plus longs développements.

Un certain nombre de mesures ont été prises dans le cadre du G20, sans grand effet, semble-t-il. Des régions françaises se sont également engagées dans la bataille, ce qui tend à prouver que cette guerre contre la finance n'est pas une invention de dernière minute. Mais avec quels résultats? Ce serait intéressant de le savoir. Pour ne prendre que cet exemple la majorité élue en Ile-de-France s'était engagée, en 2010, à la demande des Verts, à ce que la région ne fasse plus appel à des banques disposant de filiales dans les paradis fiscaux. Qu'en est-il aujourd'hui? "En Ile-de-France, d'après un communiqué d'Europe-Ecologie publié en juin 2011, cet engagement a déjà donné des résultats très probants. Ainsi fin 2010, le Crédit Foncier de France et la Caisse d’épargne et de prévoyance Ile-de-France Paris ont ainsi du apporter la preuve qu’ils n’étaient pas implantés dans les Etats ou Territoires non coopératifs. La Société Générale a d’ores et déjà assuré de fournir ces éléments durant l’année 2011. Cette exigence de transparence était essentielle dans ce processus de lutte contre les établissements financiers exerçant des activités dans des zones internationales de non-droit. Toutefois, certains éléments de « reporting » pays par pays se font encore attendre, signe de certaines résistances des institutions financières." C'était il y a sept mois. La campagne présidentielle pourrait être l'occasion de faire le bilan de ces premières escarmouches et de réfléchir à la meilleure manière d'étendre ces initiatives à d'autres secteurs que la banque.




Nicolas Sarkozy : bricolage de dernière minute

Les mesures proposées hier soir donnent, à la relecture, le sentiment de l'improvisation, du bricolage de dernière minute. Il fallait répondre à François Hollande, on a donc improvisé des mesures sur le logement, la jeunesse que l'on a ajouté à une vieille lune, l'augmentation de la TVA, et à une très vieille revendication du MEDF, le transfert des négociations au niveau de l'entreprise.

La plupart paraissent soit condamnées d'avance (comme cette mesure le logement qui va se heurter à l'opposition d'à peu près toutes les collectivités locales qui ne voudront pas revoir leur Plan d'Occupation des Sols sans un minimum de réflexion), soit des coups d'épée dans l'eau (les déclarations martiales sur l'alternance qui ne s'interroge pas une seconde sur les résistances des employeurs), soit encore la porte ouverte à une bataille frontale contre les organisations syndicales dont les contrats emploi-productivité signeraient la mort puisque, sans plus de pouvoir sur la gestion de l'entreprise, le choix de ses investissements, ils n'auraient pour seule fonction, en période de crise, que d'aider les employeurs à convaincre les salariés d'augmenter leur durée de travail et de baisser leurs salaires.

Quant à la TVA sociale… qui peut croire que cette petite augmentation suffira à diminuer de manière significative le coût du travail.

On a, à relire ce discours, le sentiment que Nicolas Sarkozy aborde cette campagne électorale sans biscuits, sans programme, sans s'y être vraiment préparé. Sinon, peut-être, sur le plan du comportement et des manières puisqu'il a évité tout ce qui rend d'ordinaire ses interventions insupportables.

PS. Un peu plus de 16 millions de Français l'ont donc regardé hier. Mais ce matin, quasi silence sur les antennes, peu de commentaires, pas de défilé des réactions enthousiastes de ses partisans et des protestations de ses adversaires. Un presque non événement qu'on aura oublié dans les 48 heures.

L'Allemagne pas si exemplaire que cela…

Les auteurs du blog OWNI ont eu l'idée de confronter les comparaisons avec l'Allemagne qu'a faites Nicolas Sarkozy hier soir avec les statistiques officielles. Disons, pour faire simple, qu'il a forcé le trait quand il ne s'est tout simplement pas trompé.

dimanche, janvier 29, 2012

Nicolas Sarkozy aura rassuré ses partisans, mais…

Nicolas Sarkozy a ce soir, certainement, rassuré ses partisans même s'il a laissé transparaître une certaine lassitude en fin d'émission. Il s'est déclaré (et montré) déterminé et a affiché une tactique de campagne : coller au programme de son opposant chaque fois que possible. Il l'a fait sur le logement, le financement de l'industrie, l'emploi des jeunes.

Mais s'il a rassuré les uns, il devrait également avoir beaucoup inquiété sur d'autres points :
- sur le plan social, en annonçant la possibilité, grâce à des accords d'entreprise, de déroger à la durée légale du travail mais aussi semble-t-il à d'autres règles, permettant notamment aux entreprises de négocier des baisses de salaire, ce qui annonce des lendemains sanglants dans des entreprises qui n'ont pas d'organisation syndicale ou des organisations si faibles qu'elles seront incapables de négocier quoi que ce soit ;
- sur le plan industriel en faisant porter l'essentiel de l'effort de compétitivité sur le seul coût du travail alors même que la comparaison avec l'Allemagne le prouve : c'est moins une affaire de coût du travail qu'une affaire de spécialisation et d'organisation du tissu industriel ;
- sur le logement avec une proposition qui devrait faire hurler toutes les collectivités locales qui tentent de préserver une certaine qualité de vie sur leur territoire.

On se demande, par ailleurs, si ces mesures peuvent être efficaces : pourquoi les entreprises qui refusent de recruter aujourd'hui des jeunes en alternance le feraient-elles plus demain? Pourquoi les entreprises travaillant dans des secteurs protégés ne profiteraient-elles pas de l'augmentation de la TVA pour augmenter leurs marges?

On remarquera enfin qu'il n'a cité qu'une fois le mot justice (à propos des fonctionnaires qui méritaient qu'une partie des économies réalisées avec le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux leur soit reversée), mot qui est revenu si souvent dans la bouche de François Hollande. La ligne de démarcation entre la gauche et la droite est, malgré la tentative de coller à l'adversaire, claire et nette.

Marine Le Pen en meeting

Grâce aux chaînes d'information continue ont peut assister en direct à quelques uns des meetings des candidats à l'élection présidentielle. Aujourd'hui, celui de Marine Le Pen à Perpignan. Spectacle intéressant qui éclaire sur la personnalité de la candidate du Front National, très à l'aise, parfois amusante, empruntant volontiers des trucs aux comiques spécialistes du stand-up, mais aussi et surtout sur son public et sur ce qu'il attend. 

Son discours était entièrement consacré au travail et à son programme économique (vraiment très flou). Elle fut très applaudie chaque fois qu'elle s'en est pris à l'immigration, aux syndicats, qu'elle a stigmatisé les fraudes sociales, illustrées par les Mercédès des Roms, qu'elle a fait la promotion de l'apprentissage et qu'elle a expliqué qu'il fallait réserver les aides sociales, à commencer par les allocations familiales, aux Français. La salle était infiniment plus froide (pour ne pas dire glaciale) quand elle parlait d'augmenter les salaires les plus faibles, lorsqu'elle expliquait que le coût du travail n'est pas un problème et que le baisser ne servirait à rien. 

C'était à Perpignan, région où le Front National est depuis longtemps bien implanté sans vieille tradition ouvrière. En irait-il de même dans le Nord? Ce serait à vérifier. Reste que l'on a bien le sentiment que son public est plus d'artisans et de petits patrons que d'ouvriers. Public sensible à son discours sur les valeurs du travail, mais plus sceptique sur une hausse des salaires et sur sa vision de l'entreprise. Ce qui laisse à Nicolas Sarkozy qui milite pour une baisse du coût du travail un espace à reconquérir.

vendredi, janvier 27, 2012

Juppé trahi par les siens

Ce n'est pas la gauche qui est le plus critique avec Alain Juppé, ce sont ses amis ou, plutôt, ses anciens amis, des chiraquiens anti-sarkozystes comme Thierry Desjardins ou Jean-François Probst. Je les trouve bien sévères. Juppé a été agressif et un peu de mauvaise foi? c'est vrai, et il a permis à François Hollande de montrer sa pugnacité, mais il n'a pas démérité. Plusieurs de ses questions étaient pertinentes même si ses réponses sur la TVA sociale ont surpris par leur imprécision. Le projet n'est donc pas plus avancé? Et même si s'il a à plusieurs reprises donné le sentiment d'avoir intégré la défaite de son candidat.

Petite revue de la presse étrangère…

Arthur Goldhammer signale l'article que Die Zeit, le grand journal allemand, consacre à François Hollande. Le papier est assez banal, mais la phrase d'accroche surprend : "Einst als Langweiler verspottet, soll der Sozialist Hollande nun Frankreichs neuer Präsident werden." ce qui veut, en gros dire : "longtemps considéré comem un raseur, le socialiste veut être élu Président." Raseur, Hollande? ennuyeux? On lui a longtemps reproché plutôt le contraire, de blaguer trop souvent, de faire trop d'humour.

Tous les journalistes étrangers n'ont pas cette vision étrangement déformée du candidat socialiste. Le Daily Telegraph propose un résumé tout à fait fidèle de ses propositions et des réactions qu'elles suscitent à droite.

Le Times de Londres s'inquiète surtout des répercussions sur la place financière londonienne et souligne que le maire de Londres, le premier ministre britannique et plusieurs responsables économiques ont dit leur inquiétude : "The Prime Minister, the Mayor of London and British business chiefs were taken aback by Mr Hollande’s plans, claiming that they would damage financial centres. Mr Johnson (le maire de Londres) accused him of “political vindictiveness”.

Le Guardian met sur son site des extraits de la conférence de presse en VO avec sous-titres, le tout accompagné d'un article de Pierre Haski qui souligne la dimension socio-démocrate de son programme et s'amuse, comme toute la presse britannique de la vraie-fausse citation de Shakespeare.

Le Financial Times qui rappelle, dans un article étrangement sobre, que la droite s'en est également pris aux banques, souligne qu'il y a souvent loin des mots aux actes et publie la lettre d'un professeur de l'INSEAD, Theo Vermaelen, pour qui la perspective de voir Hollande arriver au pouvoir aurait été une raison suffisante de dégrader la note de la France. Le Wall Street Journal s'inquiète lui aussi des banques et met en perspective le projet de séparer les activités de dépôt et de marché. Gageons qu'il publiera vite dans ses pages Opinions quelque pamphlet sanglant.

Le New-York Times offre un compte-rendu fidèle des propos de François Hollande et de quelques unes des réactions de l'opposition, ce qui donne cependant une drôle d'impression comme dans ce passage : "Mr. Hollande said he would raise the income tax bracket for those making more than 150,000 euros a year (about $197,000) to 45 percent from 40 percent, cap tax deductions for individuals at 10,000 euros a year (about $13,000), increase taxes on bank profits and create a financial-transaction tax — the last also a promise of Mr. Sarkozy. The head of Mr. Sarkozy’s center-right political party, Jean-François Copé, said Mr. Hollande’s promises were a “fiscal clobbering of the middle class." Qui lit vite se dit que les classes moyennes en France sont bien riches…

Dans l'ensemble, donc, les lecteurs de la presse "sérieuse", ceux au moins que la politique française intéresse ont une vision assez juste et pas du tout caricaturale des propositions de François Hollande. C'est sans doute le signe qu'il ne fait pas très peur même alors même que l'on observe, depuis quelques jours, une tentative de la part de plusieurs grands dirigeants conservateurs européens, britannique, allemand ou espagnol, de venir au secours de Nicolas Sarkozy.

jeudi, janvier 26, 2012

Dimanche soir, sur six chaines…

Dimanche soir, Nicolas Sarkozy parlera donc simultanément sur six chaines de télévision, TF1, France 2, I-Télé, BFM TV, LCI et les chaines parlementaires! Dans quel autre pays démocratique serait-ce possible?  Comme nous ne sommes pas encore au pays de Big Brother, nous pourrons faire autre chose, sortir, lire, regarder un film, nul ne nous forcera à assister à l'entretien d'une heure, mais comment ne pas avoir le sentiment d'être cerné?

On se demande qui a pu avoir cette idée farfelue qui parait, au delà du ridicule, une erreur de communication.

On nous dit que Nicolas Sarkozy veut la "jouer modeste", cette invasion des écrans dit tout le contraire. Et on peut compter sur ses adversaires pour dénoncer cette privatisation de l'espace public, cette "nationalisation" éphémère des télévisions privées. On nous annonce qu'il va renverser la table et faire des propositions décoiffantes, mais tout le monde (ou presque) les ayant entendues de sa bouche, il n'y aura pas ce travail d'infusion qui, au travers des annonces, des reprises dans les jours qui suivent dans la presse, fait évoluer l'opinion. De quoi parlera-t-on le lendemain? de ses propositions ou de son occupation des télévisions?

Cette mesure est si exceptionnelle, qu'on peut d'ores et déjà imaginer qu'il va dramatiser la situation. Il y a dans cette volonté de toucher tous les Français quelque chose de la communication en temps de guerre. Mais où est l'ennemi?  François Hollande a désigné les marchés financiers. Difficile pour Nicolas Sarkozy de reprendre l'argument. Il lui reste l'Etat social, ces cotisations sociales qui ruinent, nous dit-on, notre compétitivité. Mais l'argument a tant servi qu'on a envie de soupirer et de dire : encore…

mardi, janvier 24, 2012

"Si l’on veut être aimé dans le futur, il faut couper.”

Le Monde attribue cette phrase à Nicolas Sarkozy évoquant sa carrière après une défaite aux prochaines présidentielles. Défaite qui le mettrait dans la même situation que Valery Giscard d'Estaing, à ceci près qu'il semble vouloir s'y préparer, qu'il aimerait, nous dit-on, gagner de l'argent. Mais pourra-t-il être aimé dans le futur? C'est une ambition que l'on comprend mais qu'il n'est pas si facile à accomplir. Mitterrand et Chirac ont réussi cela, chacun à leur manière, mais d'autres ont échoué. Qui aime Pompidou? ou Giscard d'Estaing, même si derrière le ridicule du vieux monsieur qui écrit des romans à l'eau de rose se dessine une réhabilitation d'un septennat qui sut aérer une France que le gaullisme et le pompidolisme avaient tellement enfermée dans la naphtaline.

Le personnage pourra émouvoir et peut-être susciter quelque sympathie chez ceux qui se souviendront de son dynamisme, de ses échecs amoureux, de sa capacité à entraîner ses pairs dans des aventures militaires, mais que restera-t-il de son bilan? La dégradation de la France s'est sous son quinquennat accélérée, en partie de son fait, en partie par la faute de la crise, beaucoup parce qu'il a agi à contre-temps, n'ayant pas anticipé une catastrophe qu'il était peut-être difficile de prévoir. Beaucoup aussi parce que, à l'inverse de De Gaulle ou Mitterrand, il ne s'est pas placé dans la longue durée. Où sont ses grands travaux, ses réalisations qui laisseront sa marque? A quel musée, à quelle bibliothèque pourra-t-on donner son nom? Que resterait-il dans nos mémoires de Pompidou, le mal aimé, s'il n'avait imposé Beaubourg? Laquelle de ses réformes résistera à l'usure du temps? Celle sur les retraites devra être renégociée, celle sur l'Université n'a pas, c'est le moins qu'on puisse dire, encore porté beaucoup de fruits, pour le reste, on peine à voir…

Il est vrai qu'il n'est pas battu et qu'une improbable victoire arrachée de main de maître pourrait lui valoir d'entrer dans le dictionnaire des grands artistes de la politique, mais qu'en ferait-il?  dans quel état laisserait-il la France après cinq nouvelles années, si elles sont aussi chaotiques que les cinq dernières?

Cette question de l'après se pose d'ailleurs pour de nombreux politiques qui quittent la scène jeunes après avoir occupé les plus hautes fonctions. Elle se pose également pour DSK. Que faire? La tournée des conférences grassement rémunérées comme Clinton et Blair? C'est rémunérateur mais probablement un peu désespérant.

Il est un modèle que tous ces politiques devraient méditer, et peut-être suivre, celui de Schumpeter qui après avoir été ministre des finances a écrit les livres que l'on sait. S'il en a le goût, Nicolas Sarkozy pourrait, une fois passées l'amertume et la déception des premiers mois, amorcer une réflexion sur le pouvoir, son exercice, la personnalité du leader. Son expérience difficile, paradoxale lui donneraient certainement matière à nous enrichir. Mais il est, encore une fois, bien loin d'être battu.

Nicolas Sarkozy prêt à quitter la politique?

C'est ce que suggère Ouest-France reprenant une phrase citée par les journalistes du Monde.fr : « En cas d’échec, j’arrête la politique. Oui, c’est une certitude » aurait-il ainsi déclaré, interrogé sur son éventuelle incapacité à obtenir un second mandat présidentiel. Le chef de l’Etat se dirait même lucide sur la fin de sa carrière. « De toute façon, je suis au bout. Dans tous les cas, pour la première fois de ma vie, je suis confronté à la fin de ma carrière. »

Remarque en l'air? signe d'épuisement? Drôle de manière, en tout cas, de débuter une campagne électorale qui ne devrait pas rassurer ses partisans. Un candidat qui fait sienne l'hypothèse de l'échec, qui pense déjà à l'après, qui s'y prépare en un mot, ne se met pas dans les meilleures conditions pour l'emporter. Mais peut-être n'est-ce qu'un bref passage à vide? Les images le montrant dérivant sur une pirogue en Guyane tandis que Hollande faisait un tabac à Paris donnent cependant à ces quelques mots une certaine substance.

lundi, janvier 23, 2012

Hollande dans ses habits de président

Je signalais hier le coté patriotique du discours de François Hollande, son appel répété à l'identité de la gauche, la laïcité, la République, l'égalité… L'analyse du vocabulaire que propose ce matin Libération confirme cette première impression :


Mais il y avait évidemment bien plus dans ce discours. Il y avait, d'abord, symbole fort, cette foule énorme, joyeuse, colorée, réactive, qui manquait jusqu'à présent aux meetings de François Hollande, il y avait également la réunion de tous les dirigeants socialistes dont les visages étaient plutôt souriants, même Laurent Fabius paraissait heureux. Il y eut ensuite, cet effet de surprise qui a pris de court l'UMP dont les réactions ont été très en dessous de ce que l'on pouvait attendre. Depuis deux jours, on nous promettait un discours personnel, vague et sans trop d'annonces. François Hollande a fait tout le contraire : il a nourri un discours personnel de nombreuses mesures dont plusieurs paraissaient complètement nouvelles. Le secret aura été bien gardé.

Discours ancré à gauche nous dit-on? Sans doute. Mais avec des mesures qui ne devraient guère choquer les spécialistes, la séparation des activités de dépot et d'investissement est demandée depuis de nombreux mois par de nombreux économistes, et une thématique que l'on entend ailleurs : les industriels ne sont pas les derniers à contester la prééminence des marchés. Si Hollande s'est ancré à gauche, il l'a fait avec des thèmes fédérateurs.

Et sans jamais citer Nicolas Sarkozy (plus tard sur TF1, comme on le lui faisait remarquer, il faisait comme si tout cela c'était déjà du passé), il a marqué sa différence : simplicité, cohérence, respect et… autorité. Une autorité affichée dans le ton mais aussi dans la rumeur : on dit qu'il a écrit tout sel ce discours, ce qui serait bien sûr une autre manière de se distinguer et de s'envoler.

On a évidemment envie de le comparer à François Mitterrand. Il en a quelques manières de tribun, mais son style est tout différent, il est bien moins dans le charme et la séduction, et s'il lui arrive d'être flou il n'est jamais ambigu. Son discours d'hier était, par ailleurs, bien plus charpenté et structuré que beaucoup de ceux de François Mitterrand.  Il serait d'ailleurs amusant de comparer son style et celui de Mélenchon autre héritier de Mitterrand.

dimanche, janvier 22, 2012

Hollande et l'identité nationale

Ségolène Royal avait, en 2007, joué du drapeau bleu blanc rouge, Hollande a cette fois-ci construit tout son discours autour de la France, autour de ce que l'on aimerait appeler, si Nicolas Sarkozy, n'avait démonétisé le mot, notre identité nationale. Il l'a fait avec finesse, commençant par l'affirmation de la laïcité (qui, inscrite dans la Constitution, nous protégerait de toutes les tentations d'évoquer les racines chrétiennes de l'Europe que l'on devine ici ou là et pas forcément en France), concluant par une longue litanie sur l'égalité en passant par des rappels de notre histoire et par une jolie formule sur son goût des gens qui n'était pas sans rappeler Chirac qu'il a évoqué lorsqu'il a parlé de la Corrèze. On nous avait dit qu'il fendrait l'armure, il me semble qu'il l'a fait autant que possible, en parlant de son père et de sa mère, et qu'il ne ferait pas un catalogue de mesures, il nous a donné du grain à moudre. Mais c'est cette dimension patriotique qui m'a le plus frappé, il a voulu réveiller le sentiment national. Un discours réussi, en ce qu'il devrait réveiller les ardeurs socialistes (bien présentes au Bourget) et gêner ses adversaires immédiats, moins sur sa gauche que sur sa droite, ce qu'il semble avoir réussi si j'en juge par les réactions mitigées de Benhamias, le bras droit de Bayrou.

vendredi, janvier 20, 2012

Mélenchon, Le Pen et les classes populaires…

Jean-Luc Mélenchon peut-il encore monter dans les sondages? François Hollande y aurait tout intérêt pour peu que cette progression dans le sondage se fasse au dépens de Nicolas Sarkozy, d’un coté, et de Martine Le Pen, de l’autre. Ce qui supposerait que l'ex-sénateur socialiste séduise des voix populaires (pas forcément ouvrières) que Nicolas Sarkozy a déçues et que Marine Le Pen attire. Son repositionnement, l’arrêt des attaques frontales contre François Hollande et son offensive contre le FN visent bien cela. Mais peut-il réussir?

Cela ne va pas de soi.

Parce qu’il lui arrive de se comporter en populiste, on l’a souvent comparé à Marine Le Pen. Sa clientèle n’est cependant pas la même. La sienne vient, pour l’essentiel, du secteur public, protégé, personnels de santé, personnel des collectivités locales, enseignants… qui s’opposent au capitalisme pour des motifs idéologiques, mais aussi parce qu’ils souffrent de la dégradation des services publics, de la réduction de leurs budgets et du manque d’effectifs…

Celle de Marine Le Pen est toute différente. L’héritière de Montretout séduit ouvriers et employés installés dans de petites villes qui sont doublement menacés : non seulement leurs emplois sont fragiles mais s’ils le perdent ils n’ont, du fait, de l’étroitesse des marchés du travail locaux, peu de chance d’en trouver un autre.

Les uns et les autres en appellent à l’Etat pour les protéger. Mais ils n’en attendent pas la même chose. Les premiers veulent surtout qu’il affecte plus largement ses recettes aux services au public. Les seconds veulent conserver ce qu’ils ont. Et c’est à cela que répond Marine Le Pen avec son programme ultra-protectionniste.

Melenchon peut-il rassurer cette France qui travaille dans les zones industrielles des petites villes dans des entreprises d’autant plus menacées qu’elles manquent de ressources financières et de compétences managériales pour retrouver le chemin de la croissance? Ce sera difficile. Ce le sera d’autant plus qu’il ne peut compter sur le soutien même indirect des organisations syndicales absentes de ces PME. Mais sa virulence peut être efficace dans les vieilles régions industrielles, dans le Nord, en Lorraine, en France-Comptén dans le pays de Montbéliard, là où les traditions ouvrières, syndicalistes, communistes ou socialistes, ont laissé des traces et nourri des générations de travailleurs. Sa virulence, son opposition radicale aux thèses anti-immigrés du FN (et de Nicolas Sarkozy) peut séduire dans des régions dont la population ouvrière est largement issue de l’immigration. Même s’il n’emporte pas l’adhésion d’une majorité, son offensive pourrait en faire douter quelques uns, suffisamment pour freiner l’irrésistible ascension de Marine Le Pen dans ces vieilles régions industrielles.

Restera, quels que soient les résultats de l’élection, à trouver des solutions pour ces salariés. Ni Mélenchon ni Le Pen n’en ont à l’évidence. Ce sera à l’élu d’en trouver.

jeudi, janvier 19, 2012

Inégalités et mobilité sociale ; nous avons des progrès à faire!

C'est une conférence (avec ici les graphiques) d'Alan Krueger, un économiste qui a travaillé pour Barack Obama avant de retourner à Princeton, qui devrait faire quelque bruit chez les économistes mais qui pourrait aussi nourrir nos débats politiques. On y trouve un graphique qui associe inégalités des revenus et mobilité sociale :


On lit ce graphique de la manière suivante plus un pays est en haut, à droite plus ses inégalités sont grandes, plus il est à droite en haut plus la mobilité intergénérationnelle y est faible, plus les revenus des enfants dépendent de ceux des parents. Que les inégalités soient très fortes aux Etats-Unis n'est pas une information nouvelle, que la mobilité sociale y soit aussi faible est, par contre, moins connu. Mais oublions un instant les Etats-Unis et regardons l'Europe. On trouve en bas à gauche, les pays du Nord : faible inégalité et plus grande mobilité et en haut à droite, pas très loin des Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France. Nous avons des efforts considérables à faire tant pour réduire les inégalités que pour aider la mobilité sociale.

On remarquera que l'Allemagne qu'on nous présente comme un modèle l'est effectivement : les inégalités y sont plus faibles que chez nous et la mobilité sociale plus importante.